Posté le : 16 Juin 2017. Toc, toc ? Il y a encore quelqu'un ?
Note d'auteur : Je sais que ça fait un moment que je n'ai rien updaté et avant tout de chose je souhaitais vous rassurer sur un point : Aucune de mes fanfictions n'est abandonnée. J'ai juste passé des mois très remplis, voire parfois difficiles, et je n'avais plus vraiment envie d'écrire quoique ce soit. Depuis un moment, ça revient tout doucement et je tente de reprendre mes fics. J'ai toujours autant d'idées et de plans pour celle-ci et j'ai vraiment hâte de vous emmener jusqu'au T7 qui, dans mon esprit, sera grandiose, héhé.
Désolé de n'avoir répondu à aucune de vos reviews alors qu'elles m'ont toutes remontées le morale comme pas possible. Désolé de ne pas avoir répondu à vos si gentils MP mais je me sentais juste... un peu vide et j'avais peur de répondre un truc trop banal qui vous aurez alors déçu. Bon, là je me dis qu'une réponse aurait été plus polie mais voilà, je voulais vous offrir quelque chose d'entier et pas une pâle de figure de bonne humeur. Mais là tout va mieux !
J'essaie de rester positive et de faire un énorme travail sur moi-même pour me créer la vie dont j'ai toujours rêvé. Et ça inclus bien évidemment l'écriture. J'espère pouvoir updater plus régulièrement au cours de l'été même si je travaillerai à temps-plein. J'ai déjà le plan du prochain chap déjà tout tracé et j'espère qu'il arrivera dans pas trop longtemps. En tout cas merci de ne jamais avoir perdu espoir, de toujours m'avoir suivi et soutenu. Des bisous et excellente lecture !
N'hésitez surtout pas à me dire ce que vous avez penser de ce chapitre ! Ça va me rebooster pour continuer. Merci pour tout ! Et merci à ma bêta Elora !
Chapitre 39 : « Double Sens »
Après le cours de Sortilèges, Harry trouva les élèves particulièrement excités dans les couloirs. Il jetait un regard interrogateur du côté de Hermione et Ron, quand Colin Crivey finit par foncer droit dans leur direction :
– Les matchs reprennent ! cria-t-il en bondissant comme un chien fou après un morceau de sucre. Les matchs ! Le ministère autorise à nouveau les matchs !
Il tendit un parchemin à l'aspect officiel à Ron qui le lut à toute vitesse. Ses yeux bondissaient d'une ligne à l'autre à une rapidité déconcertante.
– C'est aussi signé par Dumbledore, dit-il. Mais il y aura une réunion de tous les capitaines concernant de nouvelles règles de sécurité... Je suis content que le Quidditch reprenne mais... ça m'étonne qu'ils aient donné leur autorisation aussi facilement. Ils avaient été beaucoup plus stricts quand ils soupçonnaient Sirius d'être dans les parages pendant notre troisième année.
Harry acquiesça. Il se souvenait encore parfaitement du glas persistant autour de la vallée de Pré-au-Lard à cette époque. Mais il n'allait pas vraiment s'en plaindre : les Détraqueurs ne manquaient à personne.
– Poudlard est à l'abri grâce à un charme de Protection très ancien et puissant, informa Hermione en dépassant Colin dont les yeux brillaient de convoitise à l'idée de prendre des clichés de haute voltige. Les gens du Ministères le savent très bien, et les professeurs aussi.
– Oui, mais tu oublies les passages secrets, ajouta Harry plus bas malgré la cohue de l'intercours. La dernière fois, je suis passé devant l'un d'eux et il n'était pas surveillé...
Une profonde impression de malaise ne le quittait pas à l'idée que les enseignants ne soient pas informés de l'existence de ces recoins méconnus de Poudlard. Et si Voldemort profitait de cette faille pour entrer dans le château ? Et si un soir des Mangemorts se faufilaient dans l'enceinte de l'école ?
– Si Dumbledore ne connaît pas tous les passages, il n'y a aucun risque que Voldemort les connaisse, rétorqua Ron, comme s'il lisait dans ses pensées. Franchement, il aurait déjà eu l'occasion de tenter quelque chose, non ?
Hermione hocha la tête d'un air raide sans toutefois paraître très convaincue. Elle eut néanmoins la décence de ne pas ajouter de stress supplémentaire à Harry qui se posait déjà beaucoup de questions au sujet de la sécurité du monde sorcier... Depuis quelques semaines, les phénomènes étranges se multipliaient par dizaines autour de la région. Il ne se passait pas un matin sans que la Gazette du Sorcier ne rapporte la nouvelle d'un magicien disparu ou de bruits étranges survenus en pleine nuit...
Les trois Gryffondor rejoignirent leur salle commune pour récupérer leur matériel d'Astronomie – matière qu'ils continuaient pour les ASPIC.
– Sérieusement, Harry, reprit Ron une fois à bonne distance du portrait de la Grosse Dame, Tu vois vraiment Voldemort se tordre dans un tunnel et se cacher juste derrière une armure pour faire un effet de surprise ? Il est plutôt du genre à aimer le spectaculaire. (Ron mima des bruits d'explosions et d'étincelles avant de le saisir par les épaules) Et puis, ton bon vieux Ron sera là pour te protéger, ajouta-t-il avec un large sourire.
– Ouais, rigola Harry en se détendant un peu, tu es l'arme imparable.
Ils déposèrent leur sac et prirent leur carte du ciel ainsi que quelques crayons.
Au sommet de la tour, les Poufsouffle de sixième année attendaient le début du cours en claquant des dents. La nuit était déjà tombée sur la vallée de Pré-au-Lard et les températures fraîches de l'hiver les obligeaient à porter des gants pendant qu'ils manipulaient leur télescope.
Le professeur Sinistra leur donna, comme à l'ordinaire, des consignes plutôt rudimentaires à suivre. Ce soir, ils devaient calculer la rotation de Saturne. Harry, l'esprit plutôt ailleurs, ne parvenait pas à se concentrer. Il n'avait qu'une hâte : retourner dans son dortoir pour écrire sa réponse à Draco. Finalement, au bout d'une heure, le professeur Sinistra abrégea leurs souffrances quand une bise commença à les frigorifier sur place malgré ses nombreux sorts de chaleur qui s'évaporaient aussitôt.
– Bon, vous me rendrez ça un autre jour, dit-elle en resserrant son écharpe. Bonne nuit à tous !
Hermione rangea ses livres en vitesse puis fila à la bibliothèque pour finir un devoir.
– Elle ne changera jamais, formula Ron en la regardant dépasser l'encadrement de la porte. Tu sais quoi ? On devrait en profiter pour aller dîner dans les cuisines ! Fred et George m'ont toujours recommandé d'aller là-bas, mais avec Hermione dans les pattes, ça n'aurait pas été une partie de plaisir... Tu viens ?
Harry le suivit de suite. Un bon repas lui remonterait forcément le moral.
Ron et lui dévalaient les marches menant au hall quand ils tombèrent nez à nez avec un petit groupe de Serpentard mené par Blaise Zabini.
– Potter ! interpella-t-il d'une voix autoritaire.
Les deux Gryffondor firent volte-face, la main sur la rampe d'escaliers menant au sous-sol. Apparemment, Blaise et ses amis revenaient tout juste de la Grande Salle car Adrian Pucey tenait encore dans sa main une énorme part de tarte au citron.
– Tu crois aller où comme ça ? poursuivit Blaise en le regardant de haut en bas. C'est chez les Serpentard de ce côté.
Harry fronça des sourcils puis haussa des épaules.
– Et qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
– Je crois que tu n'as pas très bien saisi, dit-il en s'approchant de quelques pas, les mains enfoncées dans les poches de sa cape. Les élèves n'appartenant pas à Serpentard n'ont pas le droit de descendre cet escalier après les cours.
– Ah ? Et depuis quand ?
Blaise se redressa : il devait bien faire une demi-tête de plus que lui.
– Je viens de le décider, là, tout de suite. (Il jeta un regard en biais à Ron) Weasley et toi, dégagez.
– Tu te prends pour qui, au juste ? demanda Harry en avançant un peu. Tu crois que c'est ta mère qui l'a chié ce château ?
– Insulte encore une fois ma mère, Potter, et je t'assure que c'est la dernière chose qui te sera donnée de faire.
Harry fit mine de ne pas être impressionné.
– J'ai été menacé et pourchassé par Voldemort tout au long de ma vie et je m'en porte pas plus mal. (Blaise grimaça en entendant le nom du terrible Mage Noir) Tu crois vraiment que c'est un type comme toi qui finira par m'impressionner ? ajouta-t-il avec un demi-sourire. Sois lucide deux petites minutes, tu veux.
– Tu as tort, Potter, poursuivit le Serpentard. C'est toi qui manque de lucidité.
Il jeta un regard par-dessus son épaule et dit plus bas :
– Tes ennemis sont de plus en plus nombreux ici, et je dois dire que tu as un certain talent pour t'en faire d'autres chaque semaine... (Harry fronça des sourcils, perplexe) Descends ces escaliers si ça te chante, mais ne nous provoque plus sur notre propre terrain.
Harry s'apprêtait à rétorquer quand Ron lui saisit le bras.
– Viens. Restons pas là.
Même en descendant les marches, Harry ne se sentit pas serein. Bien sûr, Blaise ne lui faisait pas vraiment peur, mais il avait l'air plutôt sérieux dans ses propos...
Ils ouvrirent la porte à droite de l'escalier principal, descendirent encore une volée de marches menant à un large corridor. Face à eux se trouvait la peinture d'une large coupe de fruits, composée d'une poire bien juteuse. Ron la chatouilla puis l'embrasure pivota. Les cuisines de Poudlard étaient aussi immenses que la Grande Salle. Sur les étagères s'entassaient diverses casseroles, poêles et chaudrons de tailles variées. Mais le plus impressionnant était ces dizaines d'elfes de maison bien trop pris dans leur travail pour remarquer leur arrivée. Ron tira un tabouret et finit par s'assoir. Aussitôt, un minuscule elfe – apparemment très ému – leur servit une miche de pain tiède.
– Avec Dean, on redoutait que ça se passe comme ça, soupira-t-il.
– De quoi ? dit Harry.
– Un truc pareil ne serait jamais arrivé si Draco était encore là, poursuivit Ron, amer.
– Mais de quoi tu parles à la fin ?
– Blaise.
Harry le fixa un long moment, ne comprenant pas où il voulait en venir.
– Mais enfin, Harry, c'est évident ! Il est jaloux !
– Jaloux ? Mais... pourquoi ?
– Tu sors avec Théodore.
Harry faillit s'étouffer avec son morceau de pain.
– Je ne te suis plus, là. Blaise... est jaloux de cette ''relation'' ? (Il mima les guillemets avec ses doigts) Mais ça n'a aucun sens !
– Ecoute, Blaise est une tête dure. Il ne voit et n'entend que ce qui l'arrange. Il trouvera le moindre prétexte pour t'attaquer maintenant que tu lui as pris son jouet préféré.
Le Survivant arqua un sourcil.
– C'est lui et ses copains de Serpentard qui ont abandonné Théodore à son propre sort. Il n'a pas levé un seul petit doigt pour l'aider depuis le début de l'année. Et maintenant... il veut s'interposer ? Vraiment n'importe quoi.
– Pense ce que tu veux, mais je suis prêt à mettre ma main au feu que je ne suis pas loin de la vérité. Ça doit le faire enrager de savoir que Théodore n'a plus besoin de lui pour s'épanouir. Je me demande même s'il ne lui a pas déjà touché deux mots à ce sujet... En tout cas, si j'étais toi, je regarderais derrière moi avant de m'aventurer dans certains couloirs. Blaise a la revanche très tenace.
– Je... Ok. Je ferai attention.
Harry ne profita pas vraiment des mets succulents que les elfes ne cessaient de déposer devant lui : il était bien trop perturbé par sa récente altercation. Blaise n'avait jamais été son ami à proprement parler, mais depuis le Tournoi des Trois Sorciers une sorte d'entente cordiale s'était établie. Et puis, il y avait eu l'Armée de Dumbledore aussi. Blaise avait adoré participer aux réunions... Tout ça semblait s'effriter et appartenir à un passé lointain. Peut-être devrait-il avoir une conversation avec lui pour tout remettre à plat. Après tout, lui aussi avait les intérêts de Théodore à cœur.
– Il faudrait sans doute que je demande à Draco quel genre de personne il est, dit Harry au bout de longues secondes de réflexion.
– Ouais, mais le temps que ta lettre lui arrive, Blaise t'aura déjà fait la tête au carré.
– Pas faux.
– Il faudrait trouver un moyen de communication plus rapide.
– Tu n'en connais pas un, toi ? demanda Harry avec une lueur d'espoir.
– J'en connais certains, mais la plupart ne fonctionne pas dans Poudlard. Il te faudrait quelque chose de discret, léger et à la fois pratique...
– Je crois savoir ce qu'il vous faut, dit une petite voix suraiguë.
Les deux Gryffondor se tournèrent comme un seul homme. Sur leur gauche, une minuscule elfe aux énormes yeux bleus les observait. Harry ne pouvait pas se défaire d'une impression de déjà-vu.
– On se connaît ?
L'elfe hocha de la tête.
– Elle s'appelle Winky. Elle a été l'elfe personnelle de Mr Croupton. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises à la Coupe du Monde de Quidditch. Winky a été li-lib-bérée par son maître après que la Marque soit apparue dans le ciel, raconta-t-elle en réprimant de gros sanglots.
Harry et Ron se jetèrent un regard éloquent.
– Nous sommes, euh, désolé de l'apprendre.
Winky hocha la tête de reconnaissance tout en reniflant.
– Mr Croupton avait l'habitude de rester très tard au Ministère pour travailler et notre cheminée était condamnée car il craignait que quelqu'un puisse s'introduire chez nous par ce biais. Mr Croupton détestait les visites à l'improviste. Alors, pour rester en contact avec moi il m'avait confié le miroir à double sens qui appartenait auparavant à sa femme.
– Ah oui, pas bête ! J'en ai déjà entendu parler, renchérit Ron. C'était très à la mode à l'époque de mes parents.
– Ça consiste en quoi ?
– Ce sont deux miroirs reliés par un enchantement. En prononçant le prénom de la personne possédant l'autre moitié, vous serez capable de le voir et de lui parler.
– Pourquoi on n'a pas pensé à ça plus tôt ? gémit Ron en se tapant le front.
Cela faisait déjà trois mois que le système des lettres leur ruinait le moral. Ron – qui avait été élevé dans une famille sorcière – ne pensait parfois pas à ces solutions pourtant simples.
– Où est-ce qu'on s'en procure ? demanda Harry avec empressement.
– Il y en a des tas sur le Chemin de Traverse, dit-il. Mais ça coûte plutôt cher.
Harry haussa des épaules. L'argent n'était pas un problème. Il avait un coffre rempli d'or à Gringotts que ses parents lui avaient laissé avant de mourir.
– Tu crois que si j'écris à ta mère pour qu'elle m'en achète, elle pourra le faire ? demanda Harry avec une lueur d'espoir.
– Elle sera même ravie ! Elle t'adore.
Le Gryffondor eut un sourire resplendissant. Tout semblait s'éclaircir à présent. Harry était en train de rassembler ses affaires pour rejoindre la volière quand il se tourna vers Winky :
– Merci, dit-il. Merci infiniment.
Harry attrapa sa baguette magique posée sur la table et courut vers la sortie.
– Tu m'abandonnes !? cria Ron, la bouche pleine.
– Finis tranquillement. On se rejoint dans le dortoir !
Il ouvrit la porte à la volée puis grimpa les marches quatre à quatre. Puisqu'il était bientôt l'heure du couvre-feu, il ne croisa pratiquement personne excepté un groupe de quatrièmes années de Serdaigle. Une fois dans la volière, il sortit un bout de parchemin puis écrivit à la va vite un mot pour Mrs Weasley, en y indiquant le code de son coffre-fort. Il cacha son chiffre secret sous un maléfice de Dissimulation puis plia le courrier en six. Hedwige vint aussitôt se poser sur son bras, apparemment impatiente de se mettre au travail.
– Ne reviens que lorsque tu auras sa réponse. Errol est beaucoup trop vieux pour faire le voyage maintenant.
Hedwige claqua son bec puis prit aussitôt son envol. Un sentiment de joie s'empara de lui à l'idée de pouvoir enfin se rapprocher de Draco...
Lorsqu'il revint dans la salle commune, Hermione semblait l'attendre de pied ferme.
– J'ai croisé Dumbledore à la bibliothèque. Il m'a donné ceci.
Elle lui tendit un fin rouleau de parchemin que Harry s'empressa d'ouvrir.
– Il veut que je vienne dans son bureau demain soir pour une autre séance, résuma-t-il en rangeant le mot dans la poche arrière de son pantalon. Je crois que ça sera pour voir les souvenirs que Sirius m'a confié lorsque nous sommes allés le voir aux Trois Balais.
– Tu... Tu te sens comment ?
– Je suis impatient. Mais aussi mort de trouille de découvrir une facette de lui que je ne connais pas.
Hermione acquiesça puis replongea dans la lecture de son manuel de Potions. Pour sa part, Harry était épuisé. Il préféra directement aller se doucher et attendre Ron dans leur dortoir. La fatigue faisant, il s'endormit avant de pouvoir lui dire bonne nuit...
ooo
La journée du lendemain passa à la vitesse de l'éclair : ils subirent une longue interrogation de deux heures en DFCM, des travaux pratiques en botanique, une leçon particulièrement difficile en métamorphose puis enfin un entraînement de Quidditch harassant. Avec tout ça, Harry en avait presque oublié son entrevue avec Dumbledore. Il arriva essoufflé devant sa porte avec deux minutes de retard. Celle-ci s'ouvrit aussitôt, laissant apparaître le directeur assis derrière son bureau. Il leva la tête vers lui et lui adressa un sourire poli.
– Désolé pour le retard, s'empressa de prononcer le Gryffondor, sa tenue de Quidditch toujours sur le dos.
– Ça ne fait rien, Harry. Je t'aurais de toute façon attendu toute la nuit s'il l'avait fallu. Tu te souviens sur quoi nous nous étions quittés la dernière fois ?
– Nous nous sommes retrouvés dans un souvenir du père de Théodore. Il y avait les Malfoy, mais aussi Sirius et son frère, Regulus. Il voulait en savoir plus à propos de l'ascension de Voldemort.
– Exact. Assieds-toi, je te prie. (Harry s'exécuta) Il m'a été très difficile de collecter des souvenirs à propos de Regulus. Il a toujours été un garçon excessivement discret et ses anciens camarades de classe n'en ont gardé que quelques bribes... Les seules personnes encore en vie capable de nous renseigner sont Sirius et Lucius Malfoy, pour qui il éprouvait une profonde admiration. Il était donc crucial pour nous que Sirius se confie, tu comprends ?
Dumbledore attrapa la bouteille de bièreaubeurre dans laquelle Sirius avait placé ses souvenirs. Cette dernière contenait une généreuse dose de filaments argentés. Le directeur attrapa le récipient en verre puis en versa le contenu dans la Pensine incrustée de métaux précieux. Dumbledore remua la surface du bout de sa baguette magique, puis invita Harry à s'enfoncer dans ces fragments de mémoire.
Il tomba droit sur une chaise, dans un lieu qui lui semblait étonnamment familier. C'était le living-room du 12, Square Grimmaurd, mais en beaucoup plus propre et aéré qu'actuellement.
Une sorcière et un sorcier aux airs austères lisaient respectivement Tradition – un magazine sur les usages du monde sorcier – et la Gazette. Un copieux petit-déjeuner s'étalait sur la longue table de marbre noir. Kreattur, l'elfe de la noble famille Black, servait avec déférence des tasses de thé fumantes. Il semblait bien plus propre et aimable qu'aujourd'hui. Ses petits yeux humides fixaient ses maîtres avec un bonheur farouche de les voir ainsi satisfaits de son travail.
À côté de Mrs Black – car il était évident que cette sorcière ne pouvait être qu'elle –, se trouvait un adolescent à la silhouette malingre. La ressemblance avec Sirius était violente. Si brutale que cela en décrocha la mâchoire de Harry.
Regulus ne dégageait certes pas cette aura de beauté insolente que possédait son frère, mais il avait les mêmes cheveux sombres et épais, les mêmes yeux noirs, la même fossette au menton. Un silence de plomb régnait dans la salle à manger tant et si bien qu'il fut impossible d'ignorer les pas dans l'escalier. L'adolescent leva la tête, envoyant une œillade sinistre vers la porte close.
– Par Mordred, Patmol ! s'écria une voix masculine. Jamais je ne pourrai m'y faire. Voir toutes ces têtes d'elfes empaillées de si bon matin me donne la gerbe.
Un aboiement de rire répondit à la plaisanterie, et l'instant d'après, la porte s'ouvrit en grand. Dire que Harry eut un choc était un euphémisme : Sirius et son père se tenaient sur le seuil. Harry eut aussitôt le sentiment qu'ils avaient exactement le même âge que lui. Il ne put s'empêcher de s'approcher pour détailler le visage de James Potter qui tira une chaise et commença à remplir son assiette de toasts.
Le reste de la famille Black fit comme s'ils n'avaient pas été interrompus dans leurs activités. Il lui semblait étonnant, choquant même, que son père se tienne à cet endroit précis, vu les affiliations nébuleuses de la famille Black. Mais maintenant qu'il y réfléchissait, tout semblait parfaitement logique : à l'époque, Voldemort n'était pas une réelle menace. Il n'était qu'un loup solitaire, en quête de pouvoir et de distinction. Et son père provenait d'une autre grande famille de sangs purs. Sa présence ici était donc tout à fait légitime...
Sirius se servit généreusement de jus de citrouille, tout en salissant la nappe en dentelle brodée. Sa mère plissa le nez de dégoût, mais se retint de faire une remarque déplaisante. Sans doute était-ce la présence de James qui l'interdisait d'exploser de rage. Toutefois, elle oublia très vite ce détail quand un hibou essoufflé se posa sur le rebord de la fenêtre, une lettre dans son bec.
Kreattur se précipita pour déposer le plateau qu'il tenait et laisser entrer l'animal. Il tendit la missive à sa maîtresse après une large courbette inutile et son nez en forme de groin s'écrasa contre la moquette. Walburga Black décacheta l'enveloppe et poussa un glapissement ravi qui contrastait avec son ordinaire attitude froide et distante. Sirius leva le nez de son bol de porridge, son visage encadré par sa terrible et longue chevelure.
– Reggy ! Tu as été choisi pour être préfet !
Tel un chien de chasse, Sirius se tendit, à l'affût. Lentement, Regulus attrapa son insigne vert et argent tandis que son père applaudissait avec distinction depuis l'autre bout de la table. James, lui, fit semblant de vomir. Kreattur pleurnichait en essuyant ses larmes avec un recoin de sa toge qui n'était autre qu'un torchon de vaisselle.
– Quelle fierté ! félicita Mr Black en entortillant son doigt autour de sa moustache brune. Je n'ai pas été préfet moi-même, c'est vrai. Mais à mon époque, il y avait bien plus de candidats plausibles que ça (Il lança un regard dédaigneux à Sirius qui ne cilla pas). Slughorn a certainement eu du flair en t'invitant dans son petit comité. Si ça se trouve, tu seras consacré d'ici quelque temps de l'Ordre de Merlin, comme ton grand-père !
Les yeux de Regulus s'animèrent d'une suffisance incroyable. D'un point de vue extérieur, il était évident que ce dernier vivait l'un des plus beaux jours de sa vie. Mr et Mrs Black s'emballèrent en propos incohérents : tantôt Regulus devenait le prochain ministre de la magie à quinze ans à peine, tantôt leur famille devenait la prochaine dynastie anglaise sorcière, tantôt leur cadet recevait un prix pour avoir dressé des trolls enragés.
La frénésie était totale : Walburga Black criait presque les noms de toutes les personnes à qui elle devait annoncer la nouvelle, tandis que son époux demandait – non, ordonnait – à Kreattur de se rendre dans la pièce voisine afin de lui amener la médaille de son père. Le petit elfe revint une poignée de secondes plus tard, tenant un coussin de velours sur lequel reposait une énorme médaille d'or. Walburga poussa un cri étranglé. Elle se mit à pleurer hystériquement tandis que son mari grimpait sur une chaise, la main sur le cœur :
– L'Ordre de Merlin, première classe, annonça Cygnus Black, d'un air profondément solennel sous le rire moqueur de James. Mon fils, cet insigne de préfet n'est que le début – Non ! La genèse que dis-je ! – d'un chemin pavé de gloire. Les sorcières vierges soupireront ton nom dans leur plus profond sommeil. Les moldus te redouteront. Et les autres sangs purs t'admireront... (À l'autre bout de la table, les bras croisés, Sirius contemplait ce spectacle d'un air navré) Cette médaille en or massif fait partie de nos plus grands biens...
– … Biens..., répéta sa femme en un coassement pathétique.
– Un or coulé par les gobelins eux-mêmes dans les entrailles du Mont Cendré !
– … Cendré, continua Walburga en pleurant d'émotions.
– Et forgé par le souffle d'un MAGYAR A POINTES ! vociféra Cygnus, toujours debout, cette fois sur la table, et sa fourchette brandie vers le plafond. Si l'on faisait refondre cet or aussi pur que notre sang, une seule goutte suffirait pour concocter la plus redoutable potion d'alchimie. Nicholas Flamel lui-même en serait vert de jalousie.
– … Vert ! Vert ! Vert ! s'époumona Mrs Black.
Harry lança un regard inquiet vers Dumbledore qui se contentait de sourire face à ce spectacle incongru. Regulus, pour sa part, n'avait pas l'air de trouver ça étrange. Il regardait son père, le nez levé vers le plafond, en serrant son insigne de préfet comme s'il s'agissait d'un nouveau-né.
– Une simple babiole, cracha Sirius, mettant un terme à cette démonstration excessive de joie.
L'emballement des autres membres de la famille Black retomba comme un soufflé au fromage. Sa mère le foudroya du regard. Mais son père se contenta de déposer un baiser farouche sur la médaille en or, avant de la confier à nouveau à Kreattur.
– Petit impertinent ! De toute façon, tu n'as jamais su apprécier la GRANDEUR de notre famille à sa juste valeur.
– Il est simplement préfet, s'étrangla Sirius en lâchant sa cuillère. Sérieusement ? Préfet ? Lui ? Regulus-Cul-Plein-d'Puces ?
James explosa de rire, recrachant une partie de ses flocons d'avoines.
– Je ne vois pas pourquoi cela devrait t'étonner, fit remarquer sa mère en le gratifiant d'une œillade glaciale. Regulus est un élève respectable et respecté. Il est Attrapeur dans l'équipe de Quidditch. Il participe activement au Club de Duel et, maintenant, à celui de Slug. Il a gagné le prix de Métamorphose en troisième année et a toujours été reçu avec les honneurs.
– Moi aussi j'ai été reçu avec les honneurs aux B.U.S.E. ! rétorqua Sirius d'un ton flamboyant.
– Oui, on va dire que tu y es arrivé un peu par hasard, nargua son père en déposant sa main sur l'épaule de Regulus. Après être redescendu de ton insalubre perchoir que tu oses appeler Tour Gryffondor... Je me demande bien comment tu as pu déjà trouver la salle d'examen l'an dernier. Peut-être que si tu arrêtais de faire le toutou derrière tes amis, tu pourrais prétendre à ce genre de titulature.
James cessa aussitôt de rire : il semblait aussi vexé que son meilleur ami. Il déposa sa cuillère sur la table et foudroya du regard le restant de la famille Black, y compris Kreattur qui n'y était visiblement pour rien...
Le souvenir se dissout pour laisser place à un autre, au décor tout à fait différent...
Regulus avait grandi.
Il semblait préoccupé par quelque chose car il fixait un point à travers les rideaux de sa chambre. Apparemment, Regulus ne souhaitait pas être vu car il se tenait tout de même en retrait. Harry et Dumbledore s'approchèrent assez pour contempler le spectacle : en contrebas, au milieu du Square Grimmaurd, Sirius âgé de peut-être quinze ou seize ans flirtait avec une fille.
Elle baissait régulièrement les yeux et une jolie teinte rosée couvrait ses joues. Elle sursauta en apercevant son bus puis fila après un dernier signe de la main. Sirius la regarda partir, un sourire aux lèvres, puis grimpa les marches menant au perron du numéro 12. La porte d'entrée claqua. Regulus lâcha le rideau et une expression faciale indescriptible – un mélange de fureur, de dégoût, de stupeur et de honte – contracta ses traits. Les pas de Sirius étaient reconnaissables entre tous. Quand il passa devant la porte de la chambre, Regulus l'ouvrit en grand puis le regarda de haut en bas :
– Tu ne devrais pas toucher cette fille, dit-il à mi-voix, comme s'il redoutait d'être entendu.
Sirius se figea dans l'escalier – sa chambre étant à l'étage au-dessus – puis arqua un sourcil avant de faire volte-face. Pourtant, il ne fit aucun effort pour faciliter la tâche à son frère et le regarda poliment, comme si cela ne pouvait pas lui procurer plus grande satisfaction que de le voir s'énerver.
– C'est une moldue, ajouta Regulus comme si ce simple mot lui écorchait la langue. Tu ne devrais même pas les regarder. Ils sont affreux et ils puent.
– Vraiment ? Ce n'est pas l'impression que j'ai eue en la regardant. Très mignonne et elle sent la vanille.
– Ne fais pas semblant de ne pas comprendre ce que j'essaie de dire, s'impatienta le Serpentard. Elle n'appartient pas à notre monde, à notre rang.
– Et alors ? (Regulus semblait en avoir le souffle coupé) Tu crois vraiment que c'est ce genre de détails qui m'intéresseront une fois que je serai au pieu avec elle ?
– Un détail !? Tu ne comptes quand même pas... ?
– Si.
– Elle en est indigne ! s'écria-t-il. Si tu fais ça, Père et Mère risquent d'en avoir le cœur brisé.
– Ouais, c'est ça.
Il reprit sa marche puis Regulus lâcha à mi-voix, tout bas :
– J'ai honte d'être ton frère.
Sirius se retourna immédiatement et à son expression, il était évident qu'il n'aurait pas pu lui faire plus mal.
Le souvenir se dissipa en un tourbillon de couleurs pour laisser place à une vallée humide.
À leurs côtés, Sirius venait tout juste de discrètement transplaner et restait tapi dans l'ombre.
Harry eut le réflexe stupide de vouloir se cacher à son tour avant de se souvenir que dans la Pensine, personne ne pouvait le voir. Le Survivant prit un moment pour comprendre ce qu'il observait. Non loin d'ici, des jets d'étincelles ressemblaient à s'y méprendre à des feux de Bengale. Il s'agissait en réalité de maléfices complexes qu'exécutaient deux silhouettes encapuchonnées.
– Encore ! cria un homme, debout sur un rocher.
Sa voix sonna désagréablement familière à l'oreille de Harry, sans qu'il ne sache pourquoi. Les deux sorciers redoublèrent d'efforts et se livrèrent à un affrontement acharné. Sirius se redressa en voyant le premier en difficulté, titubant parmi les herbes hautes. En un éclair, il transplana encore une fois et malgré le léger bruit de détonation, les sorciers en contrebas n'entendirent absolument rien. Sirius réapparut au milieu d'eux puis fit apparaître un gigantesque dôme glacé qui repoussa le maléfice de l'assaillant. Harry et Dumbledore durent presque courir pour suivre le reste de la scène. Agenouillé parmi les hautes herbes, le sorcier balbutia :
– S-Sirius ?
– Rentre à la maison, ordonna-t-il en brisant son sortilège de protection. Je ne veux plus te voir avec eux.
Regulus ôta sa cagoule vulgairement taillée puis se redressa. Le sorcier en face d'eux, avec qui il s'exerçait à un duel sorcier à la sauvage, n'était autre que Severus Rogue – beaucoup plus jeune et manquant considérablement d'assurance. Sa cagoule, ayant glissé lors de sa chute, dévoila ses longs cheveux graisseux ébouriffés.
– Tu ne devrais pas être là, insista Sirius d'une voix ferme. Pas avec eux.
Regulus jeta un regard de côté, comme gêné.
– Je suis du côté qui est juste, et tu devrais faire de même. Père et Mère sont très fiers de ce que je fais pour notre communauté.
– Ils n'ont pas les yeux en face des trous. S'ils savaient vraiment ce que votre petit groupe...
– Petit ? persifla l'homme sur le rocher. Nous sommes déjà plus nombreux que tu ne peux le soupçonner.
Harry leva les yeux et reconnut aussitôt Tom Jedusor.
Il avait changé depuis son apparition dans la Chambre des Secrets : ses cheveux étaient plus longs, ses pommettes plus creusées et ses pupilles teintées de rouge. Harry resta coi, sidéré. Mais ce qui l'effrayait le plus était l'apparence sereine, presque effrontée de Sirius. Il n'avait pas peur. Il regardait Voldemort droit dans les yeux sans manifester la moindre crainte.
– Comment as-tu fait pour nous retrouver ? demanda d'abord Jedusor.
– C'est mon frère, répondit Sirius comme si Jedusor n'était qu'un parfait abruti.
– Je croyais que vous ne vous parliez plus.
– C'est vrai, ajouta-t-il d'un ton parfaitement égal. Mais nos parents nous ont liés à un sort de vieille magie après sa naissance. Parfois, il m'arrive de sentir quand il a besoin de moi. Et d'autres fois, j'ignore ses appels au secours car ça lui arrive de pas mal exagérer... n'est-ce pas, Reg ?
– Veuillez l'excuser, messire, interrompit Regulus, confus.
– Messire ? Tu t'agenouilles devant lui ? s'étonna Sirius, choqué. C'est donc pire que ce que je croyais. Lève-toi, tu es un Black, nom de Dieu !
Regulus arqua un sourcil, comme surpris que son frère se souvienne tout à coup de sa descendance illustre.
– Tu ne comprends pas, Sirius. C'est ici qu'est ma place désormais. Jedusor nous apprend à Severus et à moi à devenir de meilleurs sorciers. Il existe des sortilèges que le Ministère nous interdit d'apprendre car les moldus en ont peur. Je refuse de me plier à ces règles. Nous devons tous ensemble bâtir une société plus juste où l'on n'aurait plus besoin de se cacher, de craindre les brigades d'Oubliators ou d'être envoyé en prison tout simplement pour avoir jeté un fichu sort dans une rue moldue... nos rues ! Je sais que toi aussi tu en as marre de te cacher, sinon, pourquoi avoir cette moto volante, hein ? Jedusor se bat pour ça. Pour que nous puissions tous être qui nous sommes réellement en plein jour. Nous sommes moins nombreux que les moldus, c'est vrai, mais nettement supérieurs en force. Si tu nous rejoins, nous le serons encore plus...
Regulus hésita, puis finit par lui tendre la main. Sirius le dévisagea, incrédule. Il se tourna vers Severus qui avait encore le visage maculé de terre puis reporta son attention sur son frère. Il ne savait pas s'il devait exploser de rire ou éclater en sanglot, alors Sirius opta pour la sobriété la plus extrême.
– Vous êtes sur le point de tout écraser sur votre passage, dit-il avec un sérieux que Harry ne lui connaissait pas. Femmes, enfants, vieillards...
– Ce sont de simples moldus, répéta Regulus. On devrait plutôt se préoccuper de tous les sorciers qui se mettront bêtement en travers de notre chemin, comme ton ami, James. Lui il raffole des moldus, n'est-ce pas ? Il sort même avec l'une d'elle.
Severus semblait être sur le point de dire quelque chose mais se ravisa en interceptant le regard flamboyant de Jedusor.
– Lily est une sorcière, comme nous.
Regulus eut un ricanement mauvais.
– C'est un imposteur ! Elle a volé ses pouvoirs à l'un de nous et elle se balade avec en jetant des sorts au hasard. Elle ne mérite pas ce titre ni les privilèges qui vont avec.
– Il n'est pas prêt, trancha Jedusor avec une pointe de déception dans la voix. Ça ne fait rien, Regulus : un jour ton frère comprendra pourquoi tu fais tout ça.
– Ce que vous faites est dangereux et illégal, appuya Sirius.
Severus éclata d'un rire sinistre dans son dos.
– Ce ne sont pas deux choses dont tu as toujours raffolé ? lança le Serpentard.
– Pas lorsqu'il s'agit du bien-être d'innocentes personnes...
Severus ricana.
– Toi et tes petits copains ne vous posiez pas autant de question quand j'ai failli MOURIR à cause de vous !
– Ce n'était pas... (Sirius poussa un râle d'énervement) Là n'est pas la question ! Mon frère n'a rien à faire ici. C'est une folie ! Vous pensez vraiment que le sang nous donne le droit de... de tyranniser les autres ? Rien de bon ne peut en découler.
– Ce serait un crime que de ne pas agir en tant que Sang-Pur, intervint Jedusor en s'approchant à la hauteur de Sirius. Si tu n'es pas avec nous, Black, tu es contre nous... Contre les tiens, ta propre famille.
Regulus glissa un regard empli de reproches à son frère avant de se détourner.
– Vous êtes fous, finit par souffler Sirius. Regulus, rentre.
– Non !
– ALORS CE SERA DE GRE OU DE FORCE ! hurla Sirius en sortant sa baguette.
Malheureusement pour lui, Jedusor fut bien plus rapide. Sirius se retrouva brusquement figé en l'air en une position grotesque, la tête vers le bas. Seuls ses yeux bougeaient et on y lisait une soudaine panique.
– La seule raison pour laquelle je ne te tue pas là, ici, maintenant, c'est parce que du sang noble coule dans tes veines. La prochaine fois que tu essaieras de te mettre en travers de notre chemin, ceci n'aura guère d'importance.
Un éclair jaunâtre sortit du bout de la baguette de Jedusor et foudroya Sirius qui tomba raide inconscient. Aussitôt, le souvenir s'arrêta et la lumière tamisée du bureau de Dumbledore réapparut. Il fallut quelques secondes à Harry pour s'acclimater, encore ébranlé par ce qu'il venait de voir.
– Jedusor...
– N'était pas encore celui que l'on connaît à ce moment-là, formula Dumbledore comme s'il était capable de lire dans ses pensées. Ses troupes commençaient tout juste à grossir et il intronisait de nombreux sorciers et sorcières qui, comme Regulus, croyaient en un idéal pour notre monde. Il s'en est servi à des fins moins nobles que celles présentées. Puis, j'imagine qu'il fut trop tard pour certains de faire machine arrière.
– Le sort qu'il a lancé à la fin à Sirius, c'était de la magie noire ?
– Eh bien... Pas vraiment. C'est un maléfice très ancien, que très peu de gens connaissent aujourd'hui. Tom Jedusor passait beaucoup de temps à la bibliothèque de Poudlard à essayer d'en apprendre. Voldemort a la particularité de ne pas utiliser que de la magie noire, mais des sortilèges hybrides et donc difficile à contrer.
– Des sortilèges hybrides ? Je n'en avais jamais entendu parler.
Dumbledore eut un sourire.
– C'est parce qu'il serait bien trop compliqué de vous les inculquer à votre niveau. Et puis, on ne peut pas lancer des sortilèges hybrides sans connaître à la fois la magie noire et la magie blanche. Il faut les deux, et c'est plutôt rare les sorciers qui ont un niveau avancé dans les deux domaines.
– Mais vous, vous y arrivé n'est-ce pas ?
– Je pourrais facilement y parvenir mais je me suis promis de ne plus essayer. Mais dans ton cas, ça ne sera pas difficile, je pense. (Harry haussa les sourcils, interrogateur) Ton ami Draco Malfoy apprend sûrement les bases de la magie noire à Durmstrang au moment où l'on parle...
ooo
Draco attendait nerveusement les résultats de ses examens, assis sur un tabouret du réfectoire.
Un Cracmol était censé les afficher d'ici quelques minutes. Autour de lui, ses camarades avaient l'air plutôt anxieux. En y regardant de plus près, la plupart des élèves de Durmstrang arboraient une mine défaite. Seule une poignée d'entre eux, les plus forts de chaque promotion, semblaient détendus.
Par exemple, Mafalda riait bruyamment à une plaisanterie, entourée d'une bande de garçons aux yeux humides d'espoir. Plus loin, Andreas Gregorovitch s'amusait à ensorceler des chaises qui éjectaient quiconque essayait de s'assoir dessus. L'ancien Gryffondor aurait pu trouver ça drôle en temps normal mais son estomac était bien trop noué.
De ses résultats scolaires dépendaient énormément de choses...
Les meilleurs élèves de l'établissement obtenaient une bourse pour étudier ici ou à l'étranger, notamment. Depuis que Draco le savait, il ne réfléchissait plus que par rapport à ça : une bourse permettrait sans doute d'assurer ses arrières.
L'issue du procès de son père étant incertaine, il ne pouvait pas savoir si sa famille conserverait alors sa fortune ou perdrait tout en dédommagement aux victimes et en notes de frais... ce qui serait un désastre pour eux : les Malfoy n'avaient jamais travaillé de leur vie ! Et Draco deviendrait alors l'homme de la maison, devant à la fois s'occuper du bien-être de sa mère et de son très jeune frère.
Avec tout ça, il était certain qu'il devrait abandonner l'école pour trouver un véritable métier. Sauf s'il avait une bourse, et que Poudlard lui ouvrait à nouveau ses portes. Dans lequel cas, il pourrait très certainement aller travailler à Pré-au-Lard certains soirs avant le couvre-feu et les week-ends... Oui, Draco avait déjà pensé à tout ça. En fait, il n'en dormait pratiquement plus de la nuit.
Le procès de son père approchait à grand pas et il n'avait pas eu le moindre retour à ce propos de sa mère ou de ses amis toujours en Grande-Bretagne. Que se passait-il ? Que lui cachait-on ? Un désagréable sentiment d'angoisse lui tordait constamment les entrailles et Draco dû prendre une profonde respiration pour s'apaiser.
Enfin, un Cracmol entra dans le réfectoire et un petit mouvement de foule se créa – les élèves se donnant des coups de coudes ou des tapes derrière la tête pour s'approcher des listes. Certains garçons allèrent même jusqu'à lancer des sortilèges de Repulsion pour écarter quiconque se trouvait sur leur passage.
Draco ne bougea pas, toujours assis sur la table, le pied battant l'air. Il n'avait aucune envie de savoir où est-ce qu'il se situait par rapport aux autres. Ici, le système de notation n'était pas le même qu'à Poudlard : les notes allaient de 1 à 10 et la moyenne était fixée à 6.
En-dessous de 6, on était recalé et on devait alors subir une session de rattrapage mais aussi des cours du soir... Draco n'avait pas du tout envie de cela, même s'il savait que dans son cas c'était presque inévitable. Plusieurs des matières obligatoires ici lui étaient jusqu'alors presque inconnues, et acquérir les bases en si peu de temps ne l'aidait pas du tout...
Quelques élèves de sa promotion poussèrent des exclamations triomphantes tandis que quelques-uns lui jetèrent des regards narquois. Draco rassembla finalement son courage et s'approcha de la liste. Il chercha rapidement son nom puis suivit sa ligne de résultats du bout du doigt :
MATIERES THEORIQUES
Géographie sorcière : 8
Histoire de la magie : 7
Nécromancie : 5
Artefacterie : 6
Religion : 6
Démonologie : 9
MATIERES PRATIQUES
Duel : 3
Potions : 9
Incantation : 7
Magie ancienne : 8
Langues : 4
Sport sorcier : 8
En tout, Draco était recalé dans 3 matières, ce qui voulait donc dire trois cours de rattrapages au moins deux fois par semaine... Son 3 en Duel ne l'étonnait guère vu sa piètre performance face à Paavo Lohk. Mais ce qui le choquait davantage, c'étaient ses résultats en Magie ancienne (aussi enseignée par le professeur Agoulos). La magie ancienne s'apparentait plutôt à ce que Poudlard appelait la Magie noire.
Bien que sa famille ait baigné dedans pendant des générations, Draco n'en avait jamais fait de sa vie. Son père ne l'avait jamais estimé « prêt » pour la lui enseigner – au plus grand bonheur de Draco. Pourtant, ici, sans l'aide de quiconque, Draco était un élève très doué en magie noire. Même un peu trop à son goût... Le professeur Agoulos en personne avait eu du mal à y croire à ses prédispositions...
Cette partie de lui – qui coulait indéniablement dans ses veines – l'effrayait. Draco ne pouvait pas croire que des capacités à infliger du mal sommeillaient en lui et ne demandaient qu'à être exploitées.
Draco sursauta quand une main pressa son épaule : c'était Mafalda. Elle arborait un large sourire tandis que sous son nom une belle suite de 9 s'alignait en rang d'oignons.
– Je dois dire que je suis impressionnée. 3 en Duel et 4 en Langues ?
– Ah, ça va ! s'énerva-t-il en s'éloignant, les sourcils froncés. J'ai fait ce que j'ai pu !
– Et qui t'as donné ces petites leçons particulières ? Ah oui, Jaspe. On voit où ça t'a mené.
– J'ai eu 9 en Démonologie et pour ça aussi il m'a aidé.
– Vraiment ? Tu crois que tu as eu 9 en Démono' grâce à Jaspe ou... tout simplement parce qu'on te parle de démons depuis que tu portes des couches culottes ? (Mafalda tapota sur sa tempe puis s'éloigna) Au fait, l'entraînement de Quodpot va commencer.
Draco fut presque heureux de cette opportunité de se vider l'esprit.
Ici, à Durmstrang, le Quodpot était presque aussi populaire que le Quidditch. Les deux sports se jouaient sur des balais avec des balles mais ils étaient en réalité diamétralement opposé. Le Quidditch était un sport d'équipe basé sur la cohésion du groupe, tandis qu'une seule règle régissait le Quodpot : tous les coups étaient permis.
Mafalda, dont une large partie de la famille était moldue, disait à qui voulait l'entendre que cela ressemblait à du rugby à l'aveugle, sans arbitre ou ligne à ne pas franchir. Malgré ses longues explications, Draco n'avait toujours pas compris ce sport étrange qui consistait à aller de l'avant tout en envoyant la balle en arrière...
Mafalda et Draco passèrent devant la Flamme éternelle de l'école puis descendirent les marches du hall. De là, on pouvait d'ors et déjà admirer le modeste stade dans lequel un groupe d'élèves chahutaient déjà dans les gradins. Le professeur de sport aussi était là pour faire en sorte que rien ne dégénère – ce qui laissait entendre beaucoup de choses...
Le Quodpot se jouait généralement à 4 mais pouvait également se faire à 6 lors de tournois. Les joueurs défendaient chacun leur propre intérêt et le but était de récupérer une balle bien spécifique et de la conserver le plus longtemps possible tout en évitant à la fois les agressions des autres joueurs, mais aussi les giclées de potage brûlant de l'énorme chaudron se trouvant en contre-bas. De loin, cela pouvait sembler drôle, mais pour Draco ce sport était à la fois fascinant et absolument terrifiant.
De nombreux élèves manquaient de tomber de leur balai en prenant un mauvais virage et d'autres se rentraient dedans juste pour déstabiliser l'adversaire. Les titulaires de l'école s'affrontaient entre eux en attendant que d'autres institutions aussi téméraires se joignent à la tradition.
Draco avait eu la chance de poser autant de questions qu'il le souhaitait car Jaspe était joueur. Mais l'élève qui l'impressionnait le plus était Rabiah Tshespout, une jeune aveugle qui était incroyablement agile sur un balai. D'après ce que l'on racontait dans l'école, Rabiah aurait été victime d'une attaque de membres de son clan alors qu'elle n'était que toute petite – une sombre histoire de passation de pouvoir au sein de sa lignée. Si certains élèves la pensaient faible, Draco ne fit pas l'erreur de la sous-estimer – et encore moins lorsqu'elle était sur un balai. Ce qu'elle arrivait à accomplir dans l'air relevait du génie.
– Oh, regarde !
Mafalda pointa un hibou dans le ciel qui descendait en piqué droit dans leur direction. L'oiseau se posa sur le bras de Draco et tendit aussitôt sa patte au bout de laquelle était attaché un petit colis.
– Il a l'air plutôt mal au point, avisa la jeune fille. Il a dû faire une longue route, le pauvre.
En effet, le hibou semblait exténué et Draco l'enveloppa dans sa veste car la neige commençait à tomber à gros flocons depuis plusieurs heures.
– Je reviens ! promit Draco en rebroussant chemin vers l'école. Je vais lui donner à boire et à manger !
Il ne laissa pas le temps à Mafalda de répondre et courut jusqu'à sa chambre. C'était aussi un prétexte pour se dérober car il s'avait qu'il s'agissait d'un des hiboux de Poudlard. Connaissant la curiosité maladive de Mafalda, Draco préférait ouvrir son courrier hors de sa portée. Il ferma la porte de sa chambre grâce à un sortilège de Verrouillage puis ouvrit les volets pour laisser la lumière du jour filtrer à l'intérieur.
L'oiseau émettait un sifflement inquiétant et Draco se dépêcha de lui apporter de l'eau puis d'allumer un feu dans la cheminée afin de réchauffer l'atmosphère. Il espérait de tout cœur qu'un peu de nourriture suffirait à le remettre d'aplomb. En attendant, Draco ouvrit sa lettre – étonnamment courte.
« Salut !
Je viens de recevoir ton courrier il y a quelques jours et cela m'a donné une idée ! Tu trouveras dans le colis un miroir à double sens qui nous permettra de communiquer et de se voir ! Il te suffira de dire mon nom pour que mon miroir chauffe un peu puis que mon visage apparaisse si j'accepte de te parler. C'est fantastique, non ? C'est la mère de Ron qui est partie m'en acheter un sur le Chemin de Traverse.
Je voulais t'envoyer Hedwige – qui aurait été bien plus rapide – mais elle est revenue blessée du Terrier. Ron pense qu'on a essayé de l'intercepter, et Hagrid aussi... J'espère que tu recevras rapidement ma lettre. Ce hibou avait l'air d'être le plus heureux d'aider, alors je l'ai choisi. Je ne sais pas trop comment il s'appelle ni même s'il a l'habitude des longs voyages, alors je croise les doigts.
A tout de suite,
Harry »
Le cœur de Draco fit un looping.
Il se dépêcha de déballer son colis et tomba sur un miroir pliant dans un coffret noir, le caressa du bout du doigt puis prononça tout bas le prénom de Harry.
Le miroir, auparavant ordinaire, se couvrit d'un voile opaque pendant quelques secondes avant de lui renvoyer son propre reflet. Draco poussa un profond soupir : c'était presque trop beau pour être vrai... Il s'apprêtait à fermer le clapet de son miroir quand une voix étonnamment claire s'éleva :
– Draco ? Draco, tu es là ?
Le concerné rouvrit son miroir et tomba droit sur les deux prunelles vert émeraude de Harry qui se mirent à briller lorsque leur regard se croisèrent enfin.
– Je, euh..., oui, oui.
– Je... C'est tellement bizarre de se voir enfin. Ça va faire quoi, quatre mois ?
- Cinq, presque six qu'on ne s'est pas vu. La dernière fois c'était à la fin du mois de juin, sur la voie 9 ¾.
Une lueur de tristesse flasha dans le regard de son meilleur ami comme s'il essayait de chasser ce souvenir au loin.
– Il nous reste encore combien de temps à tenir comme ça ? demanda Harry, amer.
– Je ne sais pas, avoua Draco. Ça dépend de beaucoup de choses : de mes résultats scolaires – car ils peuvent très bien décider de m'éjecter si je suis trop mauvais de ce qu'il va se passer pour le procès de mon père, de si ma famille aura sa fortune gelée par le Ministère de la magie et surtout de si je souhaite poursuivre mes études après la sixième année, ce qui n'est pas obligatoire à Durmstrang.
– Vraiment ?
– Oui, c'est comme ça que ça marche ici. Ils ne prennent vraiment que les meilleurs pour la septième année. Et en huitième année c'est l'élite.
– Je vois. Nous ici c'est plus dur que prévu : les profs nous donnent une tonne de travail à faire. Et tu ne devineras jamais : Rogue est notre nouveau prof de DFCM !
– Sérieusement ? C'est dingue ! Bon, tu me diras, c'est une bonne nouvelle. Il en a toujours rêvé.
– Tu plaisantes là j'espère ?
– Non, vraiment pas. Si tu prenais la peine d'écouter ce que Rogue avait à dire au lieu d'être aussi buté, tu te rendrais enfin compte qu'il peut être un très bon professeur.
Harry fit une moue désagréable et changea rapidement de sujet :
– Et toi alors ? Tu me parles beaucoup de ton école mais je... j'ai très peu d'infos sur comment tu vas.
– Eh bien, je... C'est délicat en ce moment. Ma mère ne me dit rien du tout de ce qu'il se passe. Elle pense sûrement bien faire, pour me protéger, mais je suis bientôt un homme et elle n'a plus besoin de faire toutes ces cachoteries. Ça me tue plus qu'autre chose. Depuis que mon père est emprisonné, je suis légalement le garant de la famille Malfoy en tant que premier-né, mais elle fait tout pour me mettre de côté et prendre les grandes décisions sans même m'en parler. J'ai bien essayé de bloquer certaines procédures grâce à des maléfices mais ça n'a pas marché...
– Quoi ? Comment ça bloquer des procédures ? interrompit Harry. Tu as jeté des maléfices à ta mère... à distance ?
– Oui, enfin non. (Draco se pinça l'arête du nez) C'est très compliqué, tu sais. C'est de la vieille magie.
– J'ai mon temps. On est dimanche après-midi et les autres sont tous partis au parc faire une bataille de boules de neige.
Draco s'assit en tailleur sur son lit et déposa le miroir parmi les couvertures.
– La plupart des familles sorcières sang pure ont toutes lié leurs enfants par un puissant charme. En général, l'aîné dispose de plus d'ascendant sur les autres et peu – s'il le souhaite – contrer des décisions familiales en le souhaitant très fort. Par exemple, la grande sœur de ma mère qui s'est enfuie avec un moldu avait ensorcelé en secret sa bague de fiançailles. Ce qui avait empêché ses parents de la marier avec un riche mage allemand. Ses parents ont pris beaucoup de temps avant de comprendre le subterfuge. Cette magie peut aussi prendre la forme de télépathie entre frères et sœurs ou même d'empathie, comme, euh, ressentir la douleur de son frère ou de sa sœur à chaque instant. Regarde Fred et George, ils finissent toujours la phrase l'un de l'autre ! C'est grâce à ce lien. Le fait d'être jumeau accroît la puissance du charme, tu comprends ? Moi, je voulais faire en sorte de... de voir à travers mon petit frère Mercutio. Mais ça ne marche absolument pas ! J'ai lu tout un tas de livres dessus et ils expliquent très bien comment faire. Mais bizarrement, dès que j'essaie de voir ce qu'il se passe chez moi à travers le regard de Mercutio, j'atterris quelque part dans le monde moldu !
Harry eut l'air perplexe.
– J'ai aussi fait cette tête ! Je crois que ma mère a compris ce que j'essayais de faire... et je ne sais pas comment elle s'y est prise mais elle a jeté un contre-maléfice sur Mercutio pour m'empêcher de mettre les pieds à la maison.
– Mais... ça n'a pas de sens, fit remarquer Harry. Ton petit frère ne sait même pas encore parler : comment aurait-il pu expliquer les intrusions mentales que tu essayais de faire ?
– Il n'est pas obligé de le dire. Elle a dû tout simplement sentir que quelque chose ne tournait pas rond en le touchant ou tout simplement en passant dans la pièce. Les parents sorciers savent détecter l'aura de chacun de leurs enfants même quand ils sont cachés !
Harry hocha de la tête. C'était tout à fait probable. Il y a deux ans lors de la Coupe du Monde de Quidditch, Mr Croupton avait directement su où chercher la personne qui avait fait apparaître la Marque dans le ciel en passant au peigne fin les buissons aux alentours. Pourtant, un gros point d'interrogation demeurait...
– Pourquoi est-ce que tu te retrouves propulsé dans le monde moldu alors, et pas simplement dans la tête d'un autre sorcier ?
– Je n'en sais vraiment rien. J'en ai parlé autour de moi et Jaspe pense que c'est parce que les moldus sont plus faibles d'esprit et qu'il est donc plus facile de s'y retrouver par hasard. Mais Mafalda dit que non. Elle dit que pouvoirs magiques ou non cela n'a rien à voir, et que l'explication se trouve ailleurs. Cette histoire me torture, Harry. Et je ne serais pas obligé d'en arriver là si ma mère me tenait tout simplement au courant de ce qu'il se passe à la maison !... Désolé de te prendre la tête avec tout ça, c'est juste que ça me rend vraiment dingue d'être tenu dans l'ignorance comme un gamin de quatre ans.
– Je comprends.
Et c'était vrai ! Harry vivait en permanence avec le sentiment que Sirius, Dumbledore et les autres professeurs de l'école lui cachaient quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais cette impression devenait de plus en plus persistante avec le temps...
– Et sinon, comment vont Hermione et Ron ?
– Eh bien, Hermione continue de nous martyriser avec sa Société d'Aide à la Libération des Elfes de maison. Elle a pratiquement fait pleurer une première année parce qu'elle refusait d'admettre que ses parents étaient des esclavagistes. Quant à Ron, on ne le voit presque plus depuis qu'il a accepté les avances de Lavande Brown.
Les yeux de Draco sortirent presque de leurs orbites.
– Je te demande pardon ? Ron et Lavande sortent ensemble ?! Mais quelle idée ! Elle est absolument infecte et n'a aucune personnalité. Je n'ai jamais croisé un être aussi bête et méchant : ah si, un troll des montagnes sans doute, et encore !
Harry pouffa de rire.
– Ron ne la trouve pas aussi déplaisante à regarder. Je crois qu'il a plutôt la côte depuis que Gryffondor a gagné son match contre Serdaigle. Cho Chang était furieuse quand je lui ai chipé le Vif juste sous le nez. Elle en a pleuré de rage jusqu'aux vestiaires !
Draco arbora un sourire triomphal : il aurait payé cher pour voir ça.
– Le prochain match est contre Poufsouffle et c'est déjà plutôt mal engagé pour eux : leur nouveau gardien s'est cassé le bras en tombant dans le Grand Escalier lundi matin. Mrs Pomphresh a essayé de lui donner du Poussos mais il semblerait qu'il y soit allergique... (Draco ricana) Du coup, ils doivent organiser une session de recrutement pour un remplaçant. Avec Dean on les a espionnés avec des jumelles depuis la tour Gryffondor et ils sont tous plus pitoyables les uns que les autres.
– Donc ça sera du gâteau ?
– Plutôt, oui, admit Harry. Mais, c'est dommage que tu ne sois pas là pour le voir de tes propres yeux... Tu manques à beaucoup de gens par ici.
– Vous me manquez tous aussi. C'est très dur psychologiquement d'être loin de tout ce que l'on connaît. Et puis, l'hiver approche. Du coup, je ne pourrai pratiquement plus sortir de l'enceinte de l'école car les pistes sont trop dangereuses : on sera vraiment coupé du monde.
– Je suis désolé de l'entendre.
Draco haussa des épaules.
– Je trouverai des choses à faire : déjà je dois m'améliorer dans certaines matières avant la fin du prochain trimestre si je ne veux pas des représailles.
– Tu as déjà eu tes résultats ? Tu t'en sors comment ?
– Eh bien... C'est plutôt mitigé. Pour toutes les matières qu'on avait déjà à Poudlard, je m'en sors très bien. Mais pour ce qui est des nouvelles, c'est la catastrophe sauf pour quelques exceptions. Par exemple, j'ai eu la note de trois sur dix en Duel.
– Trois ? Non, t'es pas sérieux ?
– Je me suis fait la-mi-ner. Les duels sorciers d'ici n'ont rien à voir avec les exercices inoffensifs qu'on avait avec Lockhart ou encore avec ce qu'on essayait d'apprendre pendant l'A.D. Ce sont de vrais duels, atrocement épuisants. Et ils... ils utilisent la magie noire.
Draco jeta une œillade prudente, presque craintive, vers le miroir comme s'il redoutait la réaction de son meilleur ami.
– Oui, ça ne m'étonne pas. Hermione m'avait bien dit qu'ils l'enseignaient là-bas. Dumbledore aussi m'en a parlé. Il pense que ça ne serait pas plus mal que tu en apprennes le plus possible là-dessus.
– Quoi ?! Vraiment ? Dumbledore a dit ça ? Mais je croyais qu'il défendait corps et âme la magie blanche ?
– C'est toujours le cas, sauf qu'il pense que ça pourrait m'être utile d'avoir quelqu'un à mes côtés qui connaisse cette branche de la magie. Et je commence à penser la même chose. Comment pourrais-je prétendre me battre contre les Forces du Mal si je ne sais même pas ce que je risque de trouver en face ? Quand tu reviendras...
Harry se mordit les lèvres et se tut.
– Enfin... si tu décides de revenir un jour, tu voudras bien m'apprendre tout ça ?
Draco hocha silencieusement de la tête, se sentant tout à coup plus léger.
Ces dernières semaines, il avait nourri l'appréhension d'une énième crise de Harry lorsque ce dernier apprendrait son apprentissage en magie noire. Toutefois, il s'abstint de tout commentaire sur ses progrès fulgurants afin de ne pas alarmer son meilleur ami : hors de questions que le Gryffondor s'imagine que c'était pour lui une pure partie de plaisir.
– J'ai déjà demandé à ma mère de revenir cet été, mais mes questions restent sans réponse... Je crois qu'elle redoute plus que tout mon retour en Angleterre.
– Pourquoi ?
Draco prit une profonde inspiration.
– Elle a peur qu'on me force à devenir Mangemort.
Pendant un instant, Harry parut totalement en état de choc, la mâchoire décroché comme s'il venait de tomber de son balai. Il cligna lentement des yeux puis articula :
– Mais... Tu n'as que seize ans.
Draco haussa des épaules.
– L'âge n'a pas d'importance si Tu-Sais-Qui veut vraiment obtenir quelque chose.
– Et qu'est-ce que Voldemort obtiendrait dans ton cas au juste ?
Draco eut un petit ricanement suffisant et croisa les bras :
– Fréquenter Hermione du soir au matin ne t'a pas rendu plus malin de toute évidence... Je suis le fils aîné – et jusqu'à date récente unique – d'un de ses plus fidèles Mangemorts. Je suis à la tête d'une fortune immense qui, en cas de guerre, peut largement s'avérer utile. Mes aptitudes en magie ancienne sont loin d'être dégueulasses et... oh, ah oui ! (Il claqua des doigts) J'avais presque oublié : je suis le meilleur ami du Survivant. Ça pourrait être une arme redoutable à lui secouer sous le nez si on me prenait en otage, ou pire... si on me faisait un lavage de cerveau pour faire en sorte de te détester puis de te tuer à la première occasion !
– Il... Il peut faire ça ?
– Oh oui, et plein d'autres choses atroces comme me donner en pâtures à ses recrues si je lui désobéis. Ou il peut me faire du chantage : me forcer à choisir entre toi et ma famille... Ou être encore plus créatif et m'utiliser comme bouclier humain quand tu chercheras à l'attaquer.
Harry blêmit. Il n'avait pas encore pensé à tout ça et se sentit tout à coup terrifié mais surtout stupide.
– Mais tu es à l'abri où tu es, n'est-ce pas ? Il ne peut pas te trouver ?
– Si, il peut. Durmstrang n'est pas autant protégé que Poudlard. Il y a bien un champ magnétique et une barrière Repousse-Moldus mais rien de très élaboré. La seule chose qui nous protège vraiment ce sont les montagnes et les dragons d'eau. Mais eux, on ne les voit pratiquement jamais...
A ces mots, son estomac se noua. Comment dire à Harry qu'il multipliait les cauchemars dans lesquels Voldemort en personne le réveillait en sursaut au beau milieu de la nuit ? Il vivait dans l'appréhension que le Mage Noir apparaisse au bout de l'allée centrale et menace de tout détruire sur son passage si on ne lui remettait pas Draco sur le champ.
– Il ne te fera rien, dit Harry au bout d'un long silence au cours duquel il avait réfléchi. Il n'osera pas te toucher maintenant, sinon il risque de se mettre à dos les autres Mangemorts qui auront peur pour leurs propres enfants. Il attendra le procès de ton père et ce qui sera ensuite décidé.
– Et si mon père perd ? S'il est enfermé à Azkaban ça fait de moi un homme... mort, lâcha Draco. Je me sens sale de le dire mais ma vie dépend de tout ça et je... je ne devrais pas souhaiter que mon père s'en sorte indemne après tout ce qu'il a fait mais je... C'est le seul moyen qu'il a de me sauver.
Harry semblait torturé entre l'envie de vouloir l'aider et sa conscience. Draco mit rapidement un terme à son dilemme :
– Ne t'en fais pas. Je m'en sortirai. Je me prépare ici, dit-il avec le peu de courage qui lui restait. J'essaie d'apprendre à me protéger, et tu devrais faire de même de ton côté avec l'A.D.
– Oui... Oui, tu as raison. Je suis désolé, je dois te laisser. Je viens de me souvenir que c'était ce soir la petite soirée qu'organise Slughorn. Il faut que j'aille me doucher et mettre des fringues convenables.
– Harry, ne mets surtout pas deux couleurs primaires sur toi ! Et par Merlin évite la flanelle !
Le Survivant eut un léger rire.
– Et toi, essaie de faire profil bas et de ne pas trop répondre aux professeurs, tu veux ?
Draco leva les yeux au ciel.
– Je n'appelle pas ça répondre aux professeurs, mais ajouter des précisions.
– Moui, appelle ça comme tu voudras. (Le doigt de Harry était pressé contre un recoin du miroir, comme s'il essayait d'atteindre quelque chose) Fais attention à toi, d'accord ?
– Promis. On se reparle bientôt.
Draco ferma le clapet du miroir puis prit une profonde inspiration. Revoir Harry, même dans des conditions aussi spartiates, lui avait gonflé le cœur. Il n'avait pas mesuré à quel point il y était profondément attaché...
– Bordel, soupira-t-il.
Draco se massa les tempes histoire de se vider l'esprit puis attrapa son écharpe pour rejoindre le stade où il avait pitoyablement abandonné Mafalda.
En ouvrant la porte, Draco poussa une exclamation de surprise : dans l'encadrement se tenait Andreas Gregorovitch, faisant une bonne tête de plus que lui et les sourcils froncés par la suspicion. Sans dire un mot, il le bouscula et entra dans sa chambre. Il regarda tout autour de lui avec beaucoup d'attention, fit volte-face puis prononça :
– Tu parlais avec qui comme ça ?
Fin du chapitre
