Posté le : 17 Mai 2018. Hum... ouais, ça remonte.
Note d'auteur : Ok. D'abord, pardon. Désolé d'avoir mis autant de temps depuis la dernière publication (presque un an, en fait). Il s'est passé énormément de choses et une note prendrait bien trop de temps pour tout vous expliquer. Pour être honnête, je n'ai même pas répondu à de nombreux messages reçus de votre part et j'étais quasi en mode fantôme sur mon groupe facebook. Il s'est passé de l'ultra positif (diplôme, embauche, déménagement..) comme de l'ultra négatif. Et c'est ce négatif qui m'a fait prendre une pause. J'ai subi cette pause plus qu'autre chose et j'ai encore du mal à en parler. Ce négatif a pris un pas énorme sur ma vie personnelle et créative et j'ai encore du mal à lutter contre ce bloquage.
C'est vraiment un truc que j'essaie de combattre au quotidien et je suis persuadée que les deux sont intimement liés. Ce n'est pas une affaire résolue parce que, mine de rien, ce chapitre (même si j'ai adoré l'écrire) a été rédigé en me faisant quand même violence. Parce que l'écriture me manque énormément. Vous n'en avez pas idée. Ce chapitre ne garantie pas que je reprenne du service pour de bon, mais c'est plutôt un signe positif j'imagine. Je suis désolé de ne pas avoir répondu à vos reviews et vos MP. Je les ai tous lu (certains plusieurs fois) et ils m'ont encouragé. Le truc c'est que je me voyais mal vous envoyer des « Bientôt » alors que tout ceci n'était pas encore réel. Certaines personnes pensaient même que j'avais arrêté les fics ! Mes pauvres... Je me sens coupable, mais bon. J'ai préféré faire ce gros break plutôt que de vous sortir de la merde.
Bon, peut-être que vous n'aimerez pas ce chapitre non plus mais... j'aurais essayé. Ca m'a fait du bien de retrouver Draco et son petit monde. J'adore tellement cette fic 3 Merci d'être encore là et de me soutenir. Beaucoup de love, votre petite biche.
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Chapitre 40 : « Secrets au grand jour »
Depuis hier, la neige tourbillonnait à gros flocons contre les fenêtres couvertes de givre. Noël approchait à grands pas et l'euphorie était palpable dans tout le château. La plupart des élèves partageaient à qui voulait l'entendre leurs programmes de sortie : des personnes qu'ils allaient revoir ou des endroits qu'ils auraient la chance de visiter en famille pendant les fêtes.
Hagrid avait déjà rapporté à lui tout seul les douze sapins destinés à décorer la Grande Salle. De nombreuses branches de houx et des guirlandes argentées fureent été dispersées un peu partout dans les étages afin d'éveiller l'esprit de Noël. La tour Gryffondor n'était pas en reste : les elfes de maison s'étaient véritablement surpassés, enchantant de nombreuses boules de Noël rouge et or pour que celles-ci flottent et émettent de temps à autre un discret bruit de carillon.
Toujours seul dans son dortoir, Harry rangea son miroir à double sens puis écarta ses rideaux à baldaquin auxquels il avait jeté un sortilège de Silence. A Poudlard, il était difficile de garder quelque chose – même une bribe de conversation – pour soi. Le Gryffondor ne voulait surtout pas que quelqu'un entende la discussion qu'il avait eu avec Draco.
Il devait être 17 heures, tout au plus, et Slughorn avait donné rendez-vous à ses chouchous quelque temps plus tard pour une soirée spéciale en l'honneur de son retour à l'école. Ron – lui aussi invité pour ses prouesses en tant que capitaine de Quidditch – avait demandé aux elfes de l'école de repriser ses pantalons de soirée pendant la nuit, ce qui avait rendu Hermione absolument furieuse. Depuis, les deux ne s'adressaient plus la parole.
La préfète des Gryffondor s'était enfermée depuis l'heure du déjeuner dans son dortoir afin de se préparer. Selon Parvati Patil, très envieuse, Hermione devait se rendre à la soirée avec un garçon très populaire de l'école. Harry espérait juste que cela ne soit pas Zabini...
Suite à leur altercation dans le hall du château, le Survivant redoutait de croiser à nouveau sa route. Pas qu'il avait véritablement peur de Blaise, mais quelque chose dans sa nouvelle attitude le mettait profondément mal à l'aise sans pouvoir dire pourquoi.
En fait, Harry avait naïvement cru que les Gryffondor et Serpentard avaient finalement réussi à mettre de côté leur éternelle rivalité. Malheureusement, tout ceci n'était qu'une illusion : les Serpentard n'avaient jamais vraiment été proche d'eux, même en Quatrième année lors du voyage pour le Tournoi des Trois Sorciers. Ce qui les avait lié, était leur amitié commune avec Draco. Mais maintenant qu'il était parti…
Amer, Harry décida de se rendre dans la salle de bain afin de prendre une bonne douche. Il enfila la robe de sorcier verte émeraude commandée par catalogue un an plus tôt et remarqua que les manches commençaient déjà à être trop courtes. Il les ajusta d'un bref coup de baguette magique puis essaya tant bien que mal de se brosser les cheveux avec un pot de gel coiffant laissé sur le rebord du lavabo.
Après un quart d'heure de bataille acharnée, Harry finit par s'admettre vaincu : il paraissait beaucoup mieux coiffé qu'à l'ordinaire – c'était un fait –, mais bien moins que ce qu'aurait pu faire Draco grâce à un bon sortilège de Gomina. Las et certain de ne pas pouvoir obtenir de meilleur résultat, Harry finit par enfiler ses chaussures et quitter la salle commune des Gryffondor. En sortant, il passa devant quelques élèves lui jetant de brefs coups d'oeil emplis d'envie, mais essaya de ne pas en tenir rigueur.
Le Grand Escalier était particulièrement vide ce soir-là, car certains profitaient encore de la neige dans le parc.
À peine eut-il mis un pied dans le hall que Harry accrocha le regard de Théodore.
Ce dernier portait une robe de sorcier bleu nuit, presque noire, à boutons dorés remontant jusqu'au col. Contrairement à Harry, le Serpentard s'était légèrement ébourriffés les cheveux, lui donnant un air moins sage et limpide que d'ordinaire.
— Salut, finit par timidement prononcer Harry une fois à sa hauteur.
— Salut, répondit Théo d'un air distant. Tu es en retard.
Harry jeta un coup d'oeil à sa montre. Il était 18h02.
— Mais ça n'a aucune importance, ajouta Théodore comme s'il était capable de lire dans ses pensées. Tu as pensé à m'acheter des fleurs ?
Le Gryffondor haussa tellement les sourcils qu'il crut que ces derniers allaient finir par s'arracher.
— Des fleurs ? répéta-t-il, perplexe.
— Oui. Regarde, Ron en a offert à Lavande.
Le Survivant tourna la tête et constata qu'en effet, son meilleur ami tendait un horrible bouquet de chrysanthèmes grisâtre à sa cavalière. Celle-ci était tellement excitée qu'elle ne semblait pas lui en tenir rigueur.
— J'aurais préféré une bouture du Filet du Diable, dit Théodore plus pour lui-même. C'est plus classe et très original. (Il riva ses deux grands yeux bleus vers Harry et esquissa un sourire) Je plaisante, tu sais.
— Ah… répondit Harry, ne sachant plus où se mettre. Je, euh, d'accord.
— On y va ?
Harry acquiesça, soulagé de ne plus avoir à affronter le regard pesant et curieux des élèves se rendant dans la Grande Salle pour le dîner. Ils marchaient côte à côte sans échanger la moindre parole : Théodore était peu loquace, ce qui l'arrangeait grandement. À mesure qu'ils s'approchaient du bureau de Slughorn, la rumeur des rires et des conversations s'amplifièrent.
— Est-ce qu'il y a un mot de passe ? Un code ? Quelque chose comme ça ? demanda Théodore.
— Non, je ne pense pas. Il suffit de toquer.
À peine eut-il exécuté le geste que la porte s'ouvrit en grand :
Qu'il ait été conçu ainsi ou aménagé magiquement, le bureau de Slughorn semblait bien plus grand que celui des autres professeurs. De larges tentures vertes et dorées étaient suspendues au plafond donnant alors une atmosphère à la fois tamisée et festive. Une fontaine à cocktails multicolore trônait au milieu de la pièce où se regroupait un petit monde. Hermione était déjà là, suspendue au bras de Cormac McLaggen offrant son plus beau sourire à qui voulait le voir.
— Ils ne vont pas du tout ensemble, dit Théodore d'une voix suffisamment forte pour que Hermione l'entende. C'est dommage, il est plutôt beau garçon. Et Hermione n'est pas vraiment moche dans son genre.
Harry aurait sans doute donné la moitié de sa fortune à Gringotts pour que la Gryffondor cesse de les fusiller du regard. Il entraîna Théo de l'autre côté de la pièce et tomba malheureusement nez à nez avec Slughorn.
— Harry, mon garçon !
Le nouveau professeur des Potions portait un ridicule béret à pompon et fumait la pipe auprès d'un homme particulièrement blafard. Harry n'écoutait pas un mot de ce que Slughorn lui racontait : tantôt il le félicitait pour ses résultats prodigieux, tantôt il essayait de lui arracher des informations juteuses sur d'autres élèves du château. La discussion coupa court quand l'homme pâle sortit brièvement ses longs crocs en s'approchant d'une élève.
— Sanguini ! Couché !
— Filons, murmura Théodore en lui attrapant la main.
Ils se dissimulèrent derrière une colonnade, près du balcon, et attendirent que Slughorn les perdent définitivement de vue. Harry risqua un coup d'oeil et aperçut Ron au milieu de la piste de danse avec une Lavande Brown absolument déchaînée.
— Encore une minute de plus et j'aurais vomi sur ses chaussures, soupira Théo.
Harry éclata de rire.
— C'est vrai qu'il peut devenir très gênant.
— Gênant un peu comme votre présence ici, répliqua une voix dans leur dos.
Théodore et Harry firent volte-face et se retrouvèrent face à Blaise. Ce dernier semblait irradier de colère.
— Qu'est-ce qu'il se passe, Potter ? Tu n'as pas pu trouver quelqu'un de plus intéressant à inviter ?
Théo baissa brièvement les yeux.
— Et toi Nott, tu flirtes avec l'ennemi ? Je sais que les finances de ta famille sont maintenant à sec, mais je serai très curieux de savoir combien Potter t'a offert pour jouer les potiches de service pour la soirée.
— Bien plus que ce que ta mère pourrait se faire.
Du feu dans les yeux, Blaise dégaina sa baguette magique qui diffusait déjà des étincelles rouge.
— Parle encore une fois de ma mère et…
— Ferme ta grande gueule, Blaise, intervint Théodore en se plaçant devant Harry, lui aussi la baguette au poing. Ou sinon je t'éjecte de cette tour en te propulsant par-dessus cette balustrade.
Blaise émit un ricanement de pur mépris.
— Comme si tu étais véritablement capable de faire quelque chose contre moi.
— Ça fait trop longtemps que tu me sous-estimes. Je ne suis pas ton ombre, Blaise. Ni celle de Pansy ou de Draco. J'ai le droit de faire mes propres choix et tu n'as aucune raison de m'en tenir rigueur.
— Tu es en train de trahir ta propre maison en… en fréquentant cet abruti fini à la pisse !
Harry arqua un sourcil, intrigué par ce soudain élan de rage.
— Trahir ma maison ? répéta Théodore, plus énervé que jamais. J'ai toujours été fidèle à Serpentard. Toujours ! Même quand la moitié des élèves se sont tournés contre moi ou se moquaient de moi. S'il y a bien quelqu'un coupable de trahison, c'est TOI pour ne m'être jamais venu en aide alors que des idiots me voulaient du mal ! Tu avais juré qu'on se protégerait toujours l'un l'autre et tu n'as pas tenu ta promesse ! Moi, je t'ai toujours protégé. J'ai toujours, toujours été là pour toi Blaise. Mais tu es incapable de le voir : tu préfères m'en vouloir pour des raisons totalement débiles.
— Ce n'est pas débile, au contraire, riposta Blaise, sur la défensive. Si Potter te trouve un soudain intérêt, ne crois pas que c'est par pure bonté d'âme. Il essaie simplement de redresser sa côte de popularité.
— Ma côte de popularité ? s'énerva Harry à son tour. Dis plutôt que tu ne peux pas digérer les quatre vérités que tu viens de te prendre dans la figure alors c'est plus facile de te focaliser sur les autres !
— TU NE CONNAIS PAS THÉODORE AUSSI BIEN QUE MOI, QUE NOUS LES SERPENTARD ! hurla Blaise, perdant complètement pied. IL NE SERA JAMAIS L'UN DES VÔTRES ET TOI TU RESTERAS A JAMAIS QU'UN SORCIER DE PACOTILLE !
— TU ES JUSTE JALOUX QU'IL RÉUSSISSE SANS TOI, PAUVRE MEC.
Tout à coup, les rideaux s'écartèrent et Hermione apparut le rouge aux joues.
— S'il vous plaît, calmez-vous. Tout le monde peut vous entendre !
— EH BIEN QU'ILS ÉCOUTENT, cria le Serpentard après avoir rangé sa baguette dans sa poche. Tu sais quoi Théodore ? Si tu t'entends si bien avec eux, pourquoi tu ne prendrais pas d'ores et déjà toutes tes affaires pour déménager dans leur fichue Tour ?
— Je ne te ferai jamais ce plaisir, répliqua Théo. Ça ne te donnerait qu'une raison de plus pour baver sur mon compte. C'est tout ce que tu sais faire de toute façon : critiquer les autres et répandre de fausses rumeurs.
Pendant une seconde, Harry crut que Blaise allait le frapper. Au lieu de cela, il fit volte-face et disparut par l'embrasure par laquelle Hermione venait d'apparaître.
— Je… Je suis désolé de m'être donné en spectacle, finit par dire Théodore après un long silence gênant.
— Ce n'est pas une question de se donner en spectacle, rétorqua Harry. Tu ne pouvais quand même pas le laisser t'insulter comme ça, devant tout le monde. Ce type a un grain et tu étais dans tes droits. Il n'avait pas à te gâcher ta soirée.
Hermione jeta une oeillade inquiète à Harry puis finit par les laisser seuls.
— Si tu veux, tu peux dormir dans mon dortoir ce soir, si ça peut t'éviter d'avoir à le croiser...
— Non, c'est bon. Ça l'énervera plus que nécessaire. Et puis, de toute façon, il faudra bien que je retourne dans la salle commune des Serpentard et que je l'affronte un jour ou l'autre.
Harry acquiesça.
— Mais il ne faut pas que tu croies que tu es tout seul, d'accord ? Blaise a tort : peu importe notre maison, nous sommes tous un peu pareils dans le fond. Et… ce qui t'arrive depuis que ton père est à Azkaban est totalement injuste. Tu n'étais même pas au courant qu'il était un… enfin, un Mangemort.
Théodore essuya rapidement une larme qui commençait à glisser sur sa joue, sans doute honteux de se mettre à pleurer pour si peu.
— Je ne suis pas bête, tu sais. Je m'en doutais un peu de ce qu'il faisait. Même si… j'ai toujours préféré fermer les yeux. C'était plus facile comme ça, tu comprends ?
Harry ne pouvait pas comprendre, ou même deviner ce que cela faisait d'être dans ses baskets. Mais, ce dont il était certain, c'est que Théo regrettait amèrement toute cette situation.
— Je suis vraiment désolé. Je sais que je l'ai déjà dit, mais je le pense vraiment. Tout ça ne devrait pas arriver.
Théodore lui attrapa la main et la serra un moment avant de lui adresser un demi-sourire :
— Tu as raison, Harry. Blaise est sans doute jaloux que j'ai un ami Gryffondor, et pas lui.
— Bon, eh bien, passons l'éponge sur tout ça et allons boire un verre.
— Bonne idée, Potter.
Le reste de la soirée se déroula plus légèrement.
Ron et Lavande s'étaient enfin décollé l'un de l'autre pour échanger quelques mots et Hermione partagea même une ou deux plaisanteries avec Théodore !
Lorsque minuit approcha, le professeur de Potions amplifia sa voix à l'aide de sa baguette magique afin d'obtenir l'attention de l'ensemble de ses invités.
— Il y a quelques semaines, un événement tragique a secoué le château et je m'en suis lourdement senti responsable. Les Forces du Mal ont essayé d'entrer dans le château par un objet ensorcelé que j'avais juste sous le nez. Malheureusement, quelqu'un en a été victime et a dû être hospitalisé d'urgence à l'hôpital Sainte-Mangouste. Mais Merlin en voulu autrement et notre brave Fergus est désormais à nouveau sur pied ! Applaudissez-le !
Un nuage de fumée violette apparut aux côtés de Slughorn et Fergus se matérialisa. Harry savait bien qu'il était impossible de transplaner à Poudlard, alors il se demanda aussitôt comment l'ancien Poufsouffle avait fait pour se déplacer sans que personne ne l'aperçoive. Ce n'était sans doute pas pour rien que Fergus avait obtenu des Optimal à chacune de ses A.S.P.I.C sans même ouvrir un fichu livre de toute sa Septième année. Tous les professeurs se demandaient même pourquoi il n'avait pas terminé à Serdaigle…
Mais soit, Fergus était là, adressant un large sourire à qui voulait le voir. Son regard s'arrêta sur Hermione qui fut bientôt plus rouge encore que la robe qu'elle portait.
— Je suis très honoré d'être là ce soir, dit-il. Merci de m'avoir invité, professeur.
Slughorn rougit de plaisir et lui infligea une claque dans le dos qui le fit grimacer de douleur.
— Euh, par contre, je suis encore en convalescence… donc si pouviez éviter de me renvoyer à Sainte-Mangouste j'en serai fortement reconnaissant, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie.
— Oh, euh oui, désolé mon garçon. Bon, reprenons les festivités !
Slughorn tapa deux fois dans ses mains et la musique reprit. Fergus fit un signe de main à Harry puis s'approcha.
— Fergus !
— C'est comme ça que les vierges m'appellent, répondit-il d'une voix de velours.
Harry roula des yeux et dit :
— De nouveau sur pieds ?
— Plus en forme que jamais, ouais. Bon, j'ai dû arrêter l'école des Aurors un moment. Je commence tout juste à récupérer mes réflexes, mais… disons que je lance des sorts aussi rapidement qu'un centenaire.
— Dumbledore est centenaire, fit remarquer Théodore. Tu dois être vraiment doué.
Fergus éclata de rire.
— Si seulement… Mon cousin a fini de vous embêter ?
— Comment tu sais que…
— Que Blaise est toujours une fichue tête de pioche ? Oh, eh bien, j'étais dans le coin. Je regardais le spectacle de loin sans me manifester. Vous pourriez lui dire de se raser cette ridicule petite barbe qu'il essaie de faire pousser ?
— Je lui passerai volontiers le mémo, répondit Harry en un large sourire. Alors comme ça, tu nous observes depuis tout à l'heure ?
— Ouais. C'était assez drôle d'ailleurs. Bien joué. Je sais que ce n'est pas simple de la lui faire fermer.
— Tu as une Cape d'Invisibilité ? demanda Harry, intrigué.
— Non. Un simple sort de Désillusion fait l'affaire. Oh, regardez ! Hermione danse avec cet idiot de Cormac, ricana Fergus d'un ton mauvais. Quel mauvais danseur. Je ne sais pas pourquoi, mais elle passe son temps à m'éviter… (Il secoua la tête de dénégation) Après tout, c'est pas comme si j'avais effleuré la mort il y a quelques semaines pour les beaux yeux d'un de ses amis. À croire que ça ne représentait rien du tout, dit-il plus pour lui-même.
— Elle ne doit pas savoir comment s'y prendre avec toi, déclara Théo. Tu es plutôt impressionnant comme personne.
— Je n'aurais pas mieux dit, jeune Serpentard. Bon, je vais aller lui parler. Harry, je te dis à la prochaine et souhaite-moi bonne chance !
Fergus fendit la foule et disparut. Le Survivant jeta un regard en biais à Théodore et dit :
— Tu veux danser ?
Aussitôt, Harry regretta d'avoir prononcé cette phrase. Qu'est-ce qui lui avait pris, bon sang ?! Le Serpentard cligna lentement des yeux comme s'il n'avait jamais entendu quelque chose d'aussi stupide de son existence.
— J'ai de très mauvais genoux depuis la naissance, Potter.
Harry leva les yeux au ciel.
— Et moi je ne sais pas danser.
— Alors… pourquoi tu me proposes de danser ?
— Eh bien, je ne sais pas ! C'est ce que je suis censé faire, non ?
Théodore regarda autour de lui d'un air intrigué.
— Tu vois un panneau avec écrit "Danse obligatoire" ici ? demanda-t-il comme s'il s'adressait à un enfant particulièrement bête.
Le Gryffondor se pinça l'arrête du nez, poussa un râle d'énervement puis entraîna Théo à sa suite au milieu de la piste de danse. Quelques couples y étaient enlacés : Fergus tenait les épaules de Cormac tout en gardant les yeux fermés, tandis que celui-ci essayait de se dégager de son emprise en tenant fermement Hermione contre lui. Ce curieux trio amusa beaucoup la galerie. Harry déposa ses mains sur les hanches du Serpentard qui le regarda avec de gros yeux :
— Qu'est-ce que tu fais, au juste ?
— Je… Je ne sais pas.
— C'est très gênant. Faisons vite, d'accord ?
Harry acquiesça et tandis qu'ils dansaient (ou plutôt, essayaient de ne pas se rentrer dedans) la musique sembla durer une bonne éternité. Finalement, l'orchestre abrégea leur souffrance au bout de quatre longues minutes et Théodore regarda sa montre.
— Je dois y aller. Demain matin j'ai retenue avec Rogue.
— Quoi ? Il t'a foutu une retenue un samedi matin ? Il est complètement sans coeur.
— Il fait ça pour me protéger : ce n'est pas une vraie retenue, juste un prétexte pour pouvoir me tenir éloigné des autres le plus possible.
— Ah… dans ce cas.
— Tu peux rester ici si tu t'amuses. Ne t'en fais pas. C'était une soirée… assez, euh, intéressante.
— Oui, j'ai trouvé ça… mmh, intéressant aussi.
Théo jeta un regard gêné dans sa direction puis dit :
— Bon, eh bien, à demain Harry.
— Euh, attends ! dit-il en lui prenant la main.
— Quoi ?
N'obtenant pas de réponse, Théo essaya de dégager sa main, mais tout à coup, Harry se pencha vers lui et l'embrassa rapidement sur les lèvres. Les yeux de Théodore s'écarquillèrent plus encore — si cela était humainement possible — et il resta cloué sur place.
— Je… C'était… C'était une très mauvaise idée. Je suis désolé. Ce n'est pas…
— Arrête de balbutier comme un stupide Poufsouffle, s'impatienta Théo.
— Hé ! s'offusqua Fergus dans leur dos, qui ne semblait pas avoir raté une miette du spectacle.
— Je dois y aller, abrégea Théodore qui commençait à rougir de secondes en secondes.
Et avant même que Harry puisse ajouter quoi que ce soit, le Serpentard s'était déjà éclipsé.
ooo
Le lendemain fut éprouvant. Peu importe où Harry posait les yeux, il ne trouvait que des gens lui jetant des regards curieux, voire moqueurs. La rumeur selon laquelle il était officiellement en couple avec Théodore Nott avait fait le tour du château en une traînée de poudre.
En réalité, Harry n'avait pas songé à tout ça lorsqu'il l'avait furtivement embrassé. Il n'avait pas du tout mesuré l'ampleur que la chose prendrait aussi bien pour lui que pour le Serpentard. Théodore demeurait introuvable depuis la matinée, restant enfermé dans son dortoir pour éviter la moindre remarque déplaisante.
Harry aussi avait préféré s'isoler : il était resté à la bibliothèque tout l'après-midi en compagnie d'Hermione pour avancer dans ses devoirs.
— Tu devrais mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes, dit-elle en entamant son quatrième rouleau de parchemin de la journée. Les gens me harcèlent pour savoir si cette histoire de baiser est vraie ou non. Et puis ça serait même une bonne chose pour toi… histoire de savoir où tu en es.
Elle lança un regard empli de reproches dans sa direction puis continua à écrire. Harry ignorait ce que cela pouvait bien vouloir dire et continua son exercice de Sortilèges.
Ron non plus n'était pas en reste, mais prenait la nouvelle avec plus de philosophie :
— C'était tout à fait prévisible, dit-il alors qu'ils approchaient tous les deux de la Grande Salle pour le dîner. Théodore en pinçait pour toi depuis au moins l'année dernière ! Il n'osait sûrement pas t'approcher vu que tu étais proche de Draco. Maintenant, dans un certain sens, il doit se sentir plus libre de ne plus l'avoir dans les parages à te monopoliser. (Voyant son air choqué, Ron ajouta) C'est vrai quoi, tu passais ton temps collé à lui donc pas mal de gens n'osaient même pas venir te parler !
Harry n'avait jamais envisagé les choses de cette façon. Pour lui, Draco est et restera l'ami en or qui le comprenait mieux que quiconque ici. Il était à mille lieu d'imaginer que sa relation avec lui avait pu constituer un frein pour se construire de nouvelles amitiés...
L'ambiance était plutôt lourde du côté de la table des Serpentard. Pansy Parkinson jetait des regards sévères en direction de Théodore qui mangeait seul, sans accorder la moindre attention aux autres.
— Tu crois que je devrais lui proposer de venir se joindre à nous ?
Ron fit non de la tête.
— Je ne pense pas que cela soit une bonne idée. Ils ont d'abord des trucs à régler entre eux. Ça ne ferait que compliquer les choses. Tu te souviens quand tu sortais encore avec Tracy l'année dernière ? Les Serpentard ont failli la décapiter. Ils préféreraient sans doute lécher les pieds d'un gnome plutôt que de voir l'un des leur sortir avec un Gryffondor.
Ron n'avait pas tout à fait tort : sa relation avec Tracy fut ponctuée de complications de toutes sortes à cause des élèves de sa maison. Sans oublier les Gryffondor, qui n'étaient pas tendres non plus, surtout à l'approche des matchs.
Harry ne put s'empêcher de lancer un regard empli de culpabilité vers Théodore avant de se servir à manger. Il pensait vraiment pouvoir l'aider, au lieu de ça, il n'avait fait qu'empirer la situation. Harry n'était pas… enfin… Il n'avait jamais été attiré par les garçons. Il ne comprenait pas ce qui lui était passé par la tête pour avoir fait une telle chose. Si quelqu'un lui avait soufflé qu'il embrasserait un jour Théodore Nott sur la bouche, il l'aurait cru frappé d'un maléfice d'Hérésie. Mais aujourd'hui, il se retrouvait face à la brutale réalité. Qu'est-ce qui clochait chez lui ? Était-ce si bizarre d'avoir eu envie de l'embrasser ? Qu'est-ce que cela signifiait... ?
Le Survivant fut interrompu par Dean qui lui tendit un fin rouleau de parchemin scellé :
— De la part de Dumbledore ! dit-il avec enthousiasme.
Harry était surpris : leur dernière séance s'était déroulée il y a seulement quelques jours ! Qu'est-ce que le directeur voulait bien lui montrer ?
— Dumbledore veut que je vienne dans son bureau tout de suite après le dîner, chuchota-t-il à Ron.
— Pourquoi à ton avis ? Un autre souvenir ?
Harry haussa des épaules, incertain. Ça pouvait aussi être n'importe quoi.
— Dépêche-toi de manger, alors ! Je suis sûr que c'est important.
Harry enfourna le plus de nourriture possible, but d'un trait un grand verre de jus de citrouille puis se faufila entre les tables des deux maisons rivales sans prêter attention aux chuchotis sur son passage.
Le Survivant grimpa les escaliers quatre à quatre puis arriva enfin devant le bureau du directeur. Il prononça le mot de passe à la gargouille qui pivota pour faire place à un étroit escalier en colimaçon.
Le Gryffondor toqua et la voix de Dumbledore l'autorisa à entrer.
Immédiatement, Harry remarqua que le directeur paraissait anxieux. Il avait l'air bien plus épuisé qu'à leur dernière rencontre. Ses lunettes en demi-lune étaient posées tout près de la Pensine qui bouillonnait tel un torrent. Sans un mot, Harry s'assit face à Dumbledore et attendit les prochaines instructions avec impatience.
— Cette fois, Harry, le souvenir que nous allons voir te demandera énormément de contrôle. C'est quelque chose qui, à tes yeux, sera bien plus important que la chasse aux Horcruxes, car cela concerne quelqu'un que tu apprécies. Cependant, il va falloir que tu me promettes de ne pas en parler autour de toi. Pas maintenant. Seulement au moment venu tu pourras révéler ce secret bien enfoui... Ai-je ta parole, Harry ?
Il hésita un long moment, le cœur battant, avant de hocher de la tête.
— Très bien. Maintenant, après toi.
Harry plongea son visage dans la bassine et fut pris de la même sensation de chute que les autres fois. Il finit par atterrir dans un grand jardin ensoleillé. Aveuglé par la lumière, Harry dut plisser les yeux pour voir le décor tout autour de lui se former. L'endroit lui semblait étrangement familier.
— Tu reconnais cet endroit ? demanda Dumbledore, qui venait de se matérialiser à sa droite.
— Oui, déglutit Harry. C'est le Manoir Malfoy.
De grandes haies d'ifs bordaient l'ensemble gigantesque du jardin. Rien n'avait changé depuis ses souvenirs... Harry, qui avait passé un été dans le Wiltshire à ses douze ans, fut chamboulé par des souvenirs heureux : sous cet arbre, Draco et lui avaient joué à la bataille explosive ; près de l'étang, ils avaient pu observer des carpes multicolores ; et là-bas, sous cette pergola, Draco lui avait avoué qu'être ami avec lui était la meilleure chose qui ne lui soit jamais arrivée de sa très courte vie.
Cependant, il n'y avait pas Draco là-dessous. Enfin, si, d'une certaine manière...
Draco – encore bébé – était dans les bras de sa mère, reconnaissable grâce à sa chevelure argentée. Instinctivement, Harry fit un pas en avant pour essayer de savoir ce que Narcissa Malfoy racontait à son amie, Morticia Nott, qui tenait un minuscule et chétif Théodore endormi contre son sein. Mais la main de Dumbledore se posa sur son épaule. D'un léger signe de tête, le directeur lui fit comprendre que la scène qu'ils devaient observer se trouvait ailleurs.
À plusieurs dizaines de mètres de là, près de la véranda, Lucius Malfoy fumait une cigarette, le regard plongé vers l'horizon.
— Tu es sûr de vouloir le faire ? prononça Meraxes Nott.
Lucius exhala un nuage de fumée.
— Ce n'est pas comme si j'avais véritablement le choix. Bientôt, je ne pourrai plus cacher cette situation embarrassante. Le mage que nous avons consulté nous a dit qu'il n'y avait aucun espoir. (Lucius se tourna vers son ami Mangemort, tremblant de rage) Narcissa pense que cela provient de son côté de sa famille. Après tout, ça ne serait pas la première fois…
À l'autre bout du jardin, Draco réveillait brusquement Théodore en éclatant de rire. Il agitait ses minuscules poings comme pour lui arracher, à lui aussi, un sourire.
— Comment ça, ce ne serait pas la première fois ?
— Son grand-oncle Marius l'était aussi, maugréa Lucius. Et tu connais le dicton ? Une mandragore mal déracinée à toutes ses chances en Mai de repousser... Au moins, Draco n'est pas concerné par ce fléau. (Il porta un regard presque tendre vers sa progéniture) Draco sera parfait, j'en suis certain.
— Et...Narcissa est d'accord avec ce que tu comptes faire ? s'enquit Meraxes, perplexe.
— Elle en a parlé en premier, avoua-t-il. Elle a tellement honte d'avoir apporté cette malédiction dans notre mariage. Je lui ai dit que je ne lui en voulais pas. Je lui ai dit que je l'aimerai toujours. Narcissa est ma femme, mon âme soeur... alors nous affronterons cette difficulté ensemble, quoi qu'il nous en coûte. Nous agissons pour le plus grand bien. Même pour lui, ça ne sera que souffrance que de rester ici. Le plus tôt sera le mieux. En attendant, aucune autre famille de sorciers ne doit apprendre que…
— Papa !
La silhouette de Harry fut traversée par un tout petit garçon, de quatre ou cinq ans, les cheveux d'un noir d'encre. Il avait pourtant les traits fins de Lucius Malfoy et les yeux gris orageux de Draco.
— Papa ! Regarde ce que j'ai trouvé ! Regarde !
— Hypérion, je t'ai déjà dit de surveiller tes manières, de surcroît lorsque nous avons des invités, formula sévèrement l'aristocrate. (L'enfant rougit et se tritura les doigts derrière son dos) Qu'est-ce que c'est ?
— Un œuf de hibou ! Je l'ai trouvé près de ton cabinet de travail. J'ai bien fait attention à ne pas le casser. Regarde ! Tu as vu ?
Lucius Malfoy s'agenouilla face à lui et observa l'oeuf.
— J'ai essayé d'utiliser la magie pour le faire venir à moi, continua le petit garçon. Comme tu as essayé de m'apprendre. Mais je n'ai pas réussi. Draco, lui, il sait déjà faire. N'est-ce pas, Papa ?
Lucius Malfoy l'attira tout contre lui, et Harry eut pour la première fois la vision d'un homme brisé. Il était plus qu'évident, en observant la scène d'un point de vue extérieur, que Mr Malfoy aimait cet enfant. Mais, pour une raison obscure et complètement obsolète, il devait s'en séparer sans jamais se retourner.
— Draco est né sous le signe du changement. Il arrivera toujours à maîtriser des choses avant les autres, et à s'adapter mêmes aux situations les plus difficiles. Toi, tu es placé sous le signe de l'ombre.
— Je préfère la lumière, marmonna le petit garçon. C'est plus joli, et c'est tout doux quand c'est le matin.
— Mais la lumière ne pourrait pas exister sans les ombres, intervint Meraxes. Fais-moi voir cet œuf ?
Hypérion s'approcha, presque inquiet.
— Si c'est un garçon, j'aimerai beaucoup l'appeler Boniface. Ça sera mon hibou rien qu'à moi, Papa, hein ? J'aurai le droit de le garder, dis ?
— Demande d'abord à ta mère.
Hypérion courut vers les deux jeunes femmes. En apercevant son grand frère, Draco fut si excité qu'il faillit glisser des bras de sa mère. Une très belle complicitée liait les deux bambins.
— Boniface c'est le nom du hibou de la famille Malfoy, prononça Harry, plus pour lui même.
Encore sous le choc, il fut strictement incapable de se focaliser sur ce que se disaient Lucius et Meraxes juste à côté de lui. Son regard était comme scotché à ce qu'il se déroulait face à lui : il observait le tout petit Draco rire face aux pitreries de son frère.
— Ça suffit, murmura Dumbledore en le tirant en dehors de la Pensine.
Harry eut du mal à reprendre ses esprits pendant de très longues minutes. Dumbledore agita sa baguette magique et du thé fumant apparut de nulle part. Des morceaux de sucre galopèrent sur le bureau puis firent un bond jusqu'aux tasses. Avec quelques hésitations, Harry prit la tienne, histoire d'avoir quelque chose dans ses mains. Il était tellement nerveux et bouleversé que rien ne pourrait désormais redevenir comme avant. Il ressentit même une pointe de colère envers Dumbledore pour lui avoir placé un secret aussi lourd sur les épaules.
— Hypérion... Il est encore vivant, n'est-ce pas ?
— Oui, et en très bonne santé. J'imagine que c'est ce que souhaitait Narcissa Malfoy et son époux en prenant cette importante décision.
— Ils l'ont écarté de leur famille juste parce qu'il était cracmol, c'est bien ça ?
Dumbledore parut profondément attristé.
— Pour de nombreuses familles de sorciers, c'est une honte d'en avoir, y compris parmi les plus tolérantes d'entre elles. Oh, bien sûr, elles ne le diront jamais de façon explicite, mais cela se ressent dans leur manière de traiter leurs enfants. Les jeunes cracmols souffrent souvent de carence affective, sont beaucoup plus déprimés et tristes que les autres. Tel Hypérion, ils sont placés sous le signe de l'ombre, car, aux yeux de la société, c'est comme s'ils n'existaient pas vraiment. Ils ne seront jamais entièrement moldus car du sang sorcier coule dans leur veine. Mais ils ne seront jamais vraiment sorciers, car leurs pouvoirs sont, comme qui dirait, bloqués. Certains cracmols arrivent à utiliser la magie dans des moments de détresse ou d'angoisse absolue, mais cela n'arrive qu'une ou deux fois au cours de leur existence, et de manière si brutale et extraordinaire, que cela peut en devenir dévastateur... (Dumbledore but une longue gorgée de thé) Lucius et Narcissa ont grandi dans un milieu très conservateur. Pour eux, avoir un enfant cracmol – leur premier-né de surcroît – est un affront insurmontable.
— Neville m'a dit que pendant longtemps, sa famille pensait qu'il n'avait pas de pouvoirs magiques.
— Neville a toujours été un enfant renfermé, alors sa magie a adopté exactement la même posture que lui. Elle a juste pris son temps pour se manifester, mais cela ne veut pas dire pour autant qu'il est moins sorcier que des enfants plus précoces ! Dans le souvenir que nous venons de voir, Hypérion dit d'ailleurs que Draco maîtrisait déjà la lévitation étant tout bébé. Chez certains enfants, la magie est quelque chose d'inné, comme la respiration, tu comprends ? Alors que pour d'autres, cela demande tout un cheminement afin de réaliser ce qu'il se passe autour d'eux.
Harry réfléchit un moment.
— Jusqu'à l'arrivée de Hagrid, je n'avais jamais compris que j'étais un sorcier. Pourtant, un jour, ma tante m'avait rasé la tête et le lendemain, tous mes cheveux avaient repoussé ! Même après avoir parlé à un serpent au zoo, je ne savais pas trop ce qui ne tournait pas rond avec moi.
Dumbledore lui offrit un sourire bienveillant :
— Hypérion a dû être persuadé que ses pouvoirs arriveraient après ceux de Draco. Et je pense que Lucius Malfoy l'espérait aussi, secrètement. Car après tout, il l'a gardé à ses côtés près de cinq ans.
— Hypérion n'a pas essayé de recontacter sa famille d'origine ?
— Il ne garde aucun souvenir d'eux. Je pense, et je crois ne pas me tromper, que Hypérion ainsi que Draco par mesure de sécurité, ont vu leur mémoire être modifiée. Leurs parents leur ont sans doute jeté un puissant sortilège d'Oubliette pour que ni l'un, ni l'autre ne garde la moindre trace de leur lien fraternel. Pourtant... Il y a une forme de magie qui ne peut être éradiquée, celle que nous avons tous au fond de nous. Peut-être que Draco ne garde aucun souvenir de son frère, mais une forte impression de déjà-vu peut le submerger en le croisant.
— Cela s'est déjà produit, réalisa Harry. Au Tournoi des Trois Sorciers ! Hypérion était présent, avec sa famille adoptive !
Dumbledore acquiesça avec un sourire espiègle, presque fier.
— Tu progresses, Harry. Je pensais que ce jour-là, tu n'aurais même pas remarqué la présence de Hypérion, tant il est un garçon de nature discrète. Je surveille de près Hypérion depuis un moment, car je crains que Voldemort essaie de le trouver.
— Pourquoi ? demanda Harry, paniqué.
— Que Lucius Malfoy le veuille ou non, Hypérion reste le premier né de ses fils. Peu de gens le savent et la plupart sont actuellement en prison. Mais si jamais le procès de Lucius se joue défavorablement, Voldemort essaiera de trouver une solution de remplacement... et vite. Il essaiera d'abord de prendre Draco dans ses filets et le forcera à accomplir des maléfices de vieille magie du sang au nom de son père… Mais ça ne marchera jamais. Car Draco n'est pas l'héritier légitime. Draco ne peut pas et ne pourra jamais prendre des décisions au nom de son père tant que Hypérion respire quelque part entre le monde magique et moldu. Quand Voldemort s'en apercevra, il comprendra vite qu'il a été dupé. Il essaiera alors de remonter jusqu'à l'héritier véritable et l'utilisera lui comme arme pour parvenir à ses fins contre toi.
Harry avait du mal à tout assimiler.
— Mais, Hypérion n'est pas sorcier. Il ne pourra pas exécuter des maléfices ou des sortilèges pour Voldemort à cause de son statut. On va droit dans une impasse !
— Je crains que tu te trompes, Harry. Réfléchis à ce que je t'ai dit plus tôt : les cracmols ne sont pas dépourvus de magie, bien au contraire. Elle est juste bloquée en eux. Pour toi comme pour Rusard, les murs du château sont bien réels. Il n'y a aucune différence entre vous deux, juste que ta baguette magique t'obéit. Hypérion pourrait — s'il le désirait vraiment — ouvrir des portails, exécuter des maléfices ou même réaliser des prophéties. Ce n'est pas une question de potentiel, mais une question de dépassement et de volonté. La plupart des cracmols ne s'y risquent jamais, car ils ont toujours vécu dans la crainte immense de blesser leur entourage ou de se blesser eux-mêmes en essayant d'utiliser la magie par la force. Ils préfèrent en général ignorer leurs pouvoirs profondément enfouis et vivre avec cette… tempête qui fait rage au fond d'eux sans jamais pouvoir l'extérioriser.
— Donc Voldemort pourrait le persuader de faire des choses ?
Harry bondit presque de sa chaise et déposa sa tasse encore chaude sur le bureau.
— Voldemort saurait comment s'y prendre si jamais il en arrivait là, crois-moi. C'est pour cette raison que Hypérion est sous surveillance étroite. Pour l'instant, il vit avec insouciance dans le monde moldu. Il a renié à tout jamais ses origines sorcières et ne veut plus entendre parler de magie. Il rend de temps en temps visite à sa famille d'accueil, mais sans réel enthousiasme. Il croit que sa destinée se trouve de l'autre côté, dans l'autre monde. Mais… peut-être que lui seul pourrait vraiment protéger Draco. À l'heure actuelle, personne ne le peut véritablement, sauf lui.
— Comment ? demanda Harry en fronçant des sourcils. Excusez-moi professeur, mais je ne sais pratiquement rien des cracmols. Tout ça est encore flou pour moi.
— Ne t'excuse pas, Harry. Il n'y a pas de question bête. Et puis, la majorité des sorciers ne savent rien des cracmols car pour eux ils ne sont hélas pas intéressants. Les cracmols possèdent un don pour voir les choses mieux que n'importe qui, car ils possèdent à la fois la vision du monde des moldus ainsi que leur pragmatisme et recul. Mais ils sont aussi forgés par leur caractère dominant sorcier. Ils sont limités dans leurs actions, pas dans leur vision, tu comprends ? (Harry hocha de la tête) La vieille magie — la plus puissante de toute — peut faire barrage à n'importe quel enchantement. Regarde-toi, si tu es encore en vie c'est grâce à la vieille magie : tu es protégée par le sang de ta mère qui coule encore dans les veines de ta tante. Et cela te protège contre toute attaque. Il en va de même pour Hypérion et Draco. Hypérion n'aura pas besoin de baguette magique pour couvrir Draco d'une protection infini car…
— Le sang de Lucius Malfoy coule dans les veines d'Hypérion. Et c'est lui l'héritier. Et il est dehors… en liberté… Il pourrait s'il le souhaitait protéger sa famille. Et Voldemort… Voldemort serait alors incapable de les retrouver !
— Exact. Hypérion pourrait les rendre intouchables.
Le visage d'Harry se fendit en un large sourire.
— Alors, qu'est-ce qu'on attend pour le faire venir ici, tout lui expliquer et l'emmener à Durmstrang ?
Dumbledore lui lança un sourire navré.
— Harry… As-tu vraiment compris le souvenir que nous venons de voir ? Les Malfoy ont pris soin d'effacer tous souvenirs d'eux dans la mémoire d'Hypérion. Ce dernier est à mille lieues d'imaginer qu'il a un lien de parenté avec eux ! Il pense avoir été abandonné à la naissance par une famille de sorciers tout à fait quelconque. Et quand bien même je lui révélais toute la vérité à propos de sa véritable famille, le choc sera bien trop grand pour lui. On ne peut pas prévoir sa réaction. Il peut très bien détester les Mangemorts ou en avoir peur — ce qui serait compréhensible — et donc il pourrait refuser de donner sa protection à Draco et à sa mère. Il pourrait aussi remonter jusqu'à eux, essayer de se venger… ou tout simplement s'infliger une blessure mémorielle très brutale. Tout ça est à prendre en compte. Ce n'est pas facile.
— Alors quoi ? On attend bêtement que Voldemort aille le chercher dans le monde moldu et s'en serve comme piège ?
— Ni l'un ni l'autre. On ne doit pas forcer la main à Hypérion ou même le chercher là où il est. Ce serait bafouer la volonté de ses parents. Je ne crois pas que les précautions de Lucius et Narcissa s'arrêtent à un simple sort d'Oubliette. Ils ont dû envisager toutes les possibilités. Peut-être qu'ils ont essayé de rendre Hypérion intouchable et l'ont couvert de maléfice de Protection très résistants pour empêcher quiconque de lui dire la vérité sur ses origines, le blesser, ou le torturer… Ce sont ses parents avant tout et ils l'ont aimé comme ils aiment Draco, ou son petit frère Mercutio. Ils ont dû employer tous les moyens à leur disposition pour le cacher et le placer en sécurité.
— Qu'est-ce qu'il faudrait alors ?
Il y eut un long silence avant que Dumbledore dise enfin :
— Que Draco réalise avant Voldemort qu'il n'est pas l'aîné de la famille Malfoy.
ooo
Draco trempa sa plume dans son encrier :
"Chère Maman,
J'ai appris que le procès de Papa devait se tenir demain. Je sais que tu ne veux pas que j'y assiste, que tu penses encore que c'est trop dangereux pour moi. Mais j'ai une nouvelle fois demandé l'autorisation à mon directeur. Il dit qu'il y réfléchirait. Je sais bien que par "réfléchir" il entend te contacter en premier lieu, te demander quoi faire, car ça doit bien être la huitième fois que j'insiste pour y aller.
Je te promets que je ne resterai pas longtemps, que je ne prendrai pas la parole. Tu peux même me couvrir d'une Cape d'Invisibilté si tu le souhaites. Je te jure que je n'interviendrai pas, que personne ne me verra. Je veux juste être là, pour lui. C'est sans doute la dernière fois que je le verrais de toute ma vie si jamais il se rend à Azkaban, et si la guerre commence pour de bon. Tu ne pourras pas me tenir éloigné de lui, de vous, indéfiniment. J'ai aussi ma place dans tout ça, et surtout mon mot à dire.
Je sais aussi que tu fais ça pour me protéger, parce que tu crois prendre la bonne décision. Mais… peut-être que tu te trompes. Peut-être que c'est à mon tour d'être en danger, et à mon tour de te protéger.
Ici, à Durmstrang, j'ai appris plus de choses sur la magie en quelques mois qu'en cinq années à Poudlard. Je ne renie pas ce qu'on m'a enseigné là-bas, pourtant, tu vois, j'ai compris qu'il ne fallait plus avoir peur. Qu'un grand sorcier devait toujours se dépasser et parfois faire des choses dangereuses ou illégales pour sauver les siens. Je n'adhère pas aux idées de Papa. Je ne sais même pas si tu les partages toutes. J'ai choisi ma voie et je sais ce que je souhaite faire de mon temps, de mon énergie et ce n'est pas de vous rejoindre. Papa a toujours redouté que je finisse par choisir le chemin de Harry plutôt que le sien. Je me doute qu'au fond, toi aussi, tu en as peur. Mais pour moi, tu vois, votre chemin et celui de Harry ne sont pas si différents l'un de l'autre. Vous voulez tous les trois un monde meilleur pour moi. Et moi je veux que vous soyez tous heureux. Alors pourquoi on ne pourrait pas tous ensemble s'expliquer et mettre nos différends de côté ?
Je ne suis pas contre vous, Maman. Je ne suis pas non plus avec vous. Je suis juste… coincé au milieu. J'aimerai pouvoir décider pour de bon, mais c'est impossible. Parce que je sais que vous pensez agir pour ce qui est juste et bon pour l'avenir du monde sorcier.
J'ai pas mal discuté avec Mafalda, la cousine de Ron. Son père moldu sera présent au procès. C'est lui qui accuse Papa d'avoir commandité le meurtre de sa mère et des frères Prewett. Mafalda déteste Papa, car elle le croit coupable. Mais tu vois, Mafalda ne me déteste pas moi. Elle m'aime bien. On est ami. Et pourtant, quinze ans plus tôt, nos parents se déchiraient. Mafalda a plus de bon sens que la plupart des adultes à qui m'entourent, et pourtant elle a perdu sa mère dans la dernière guerre. Elle voit les choses telles qu'elles sont : on n'est pas tous le pur produit de sa famille.
Alors tu sais, je te le demande une dernière fois de venir. Si tu refuses, je viendrai quand même. Peut-être pas demain ou la semaine prochaine. Mais je reviendrai à la maison. Parce que même si tu me repousses, même si tu m'interdis des choses, tu restes ma mère et Papa reste mon père. Tu comprends ? Si demain Papa part en prison sans que je puisse lui dire au revoir, je t'en voudrais sûrement pour toujours. Alors laisse-moi venir. Donne-moi un moyen d'y être. Ce n'est pas du chantage : je sais que tu as horreur de ça. Je te supplie, c'est tout.
Ton fils adoré,
Draco"
Draco replia la lettre sans la relire et la plia en quatre. Après avoir cacheté l'enveloppe, il l'accrocha à la patte de son hibou.
— Viens ici, Boniface.
L'oiseau voleta jusqu'au bureau et Draco accrocha la lettre à sa patte.
— Je vais te lancer un sortilège de vitesse pour que tu rentres encore plus vite à la maison. Il fait beau aujourd'hui, donc tu devrais normalement y être en seulement quelques heures. Si elle ne répond pas, n'hésite pas à faire sur le tapis, ajouta-t-il avec une pointe de colère.
Il embrassa le crâne de son hibou et le laissa prendre son envol à travers la fenêtre ouverte.
Draco enfila sa cape et ses gants puis quitta sa chambre de l'aile Sud. Il ne faisait même pas encore jour, mais cela n'avait aucune importance, car ici il n'y avait pas de couvre-feu. Les élèves étaient considérés comme suffisamment matures pour veiller sur leur propre rythme de sommeil. Le Gryffondor poussa les portes du temple de l'école, se trouvant au milieu de la cour pavée.
Creusé à même le sol, le foyer de la flamme bleue offerte par le premier dragon d'eau de la vallée léchait le plafond vieilli par le temps. Draco attira une flammèche vers lui à l'aide de sa baguette magique et alluma les bougies du sanctuaire. Il n'avait jamais véritablement cru en ces choses-là malgré les efforts de ses parents pour le faire embrasser la cause de Merlin. Mais ici, à plusieurs centaines de mètres d'altitude, l'atmosphère et ses certitudes étaient différentes. Il ne croyait ni au hasard, ni aux interventions divines.
Draco se dirigea vers une statuette de dragon et y plongea sa baguette magique dans sa gueule ouverte. La pierre s'enflamma, illuminant l'intégralité du temple.
Des carreaux d'un rouge vieilli tintèrent le sol carrelé et les murs. Mais Draco n'était pas là pour admirer la beauté des lieux. En fait, il ne savait pas très bien ce qu'il faisait : il n'avait juste plus grand-chose auquel se raccrocher, ici, perdu au sommet d'une montagne recouverte de neige.
Agenouillé à même le sol, Draco agita sa baguette magique en de grands cercles et commença son Incantation :
— J'en appelle Merlin, et toutes les autres divinités de ce haut lieu. Laissez-moi entrevoir un moyen d'aider ma famille à travers cette épreuve. Je vous…
Un rire narquois l'interrompit.
— Merlin ? Tu crois vraiment que Merlin peut t'entendre ici ?
C'était Andreas Gregorovitch, portant une corbeille d'offrandes.
— Merlin était un charlatan. La plupart des maléfices qu'on lui attribue ont été volé à des sorciers étrangers plus compétents que lui. Merlin n'est pas un dieu, juste un usurpateur. Alors... (Andreas déposa ses fruits aux pieds de la statuette de la Grande Dragonne) si tu souhaites un jour voir l'une de tes prières se réaliser, il vaudrait mieux que tu t'adresses à quelqu'un d'autre là-haut.
Draco détourna son visage et continua de remuer le feu du bout de sa baguette magique.
— Je n'ai jamais vraiment cru en ces choses-là si tu veux tout savoir. Je faisais ça plus par… curiosité. Et désespoir.
— Mmh, je vois. Moi j'y crois dur comme fer. Je viens tous les matins ici. Je dépose une offrande à la Dragonne de temps en temps. Je lui demande de me protéger, de protéger mon père aussi, et jusqu'ici j'ai été exaucé.
— Ça a l'air plutôt simple dit comme ça.
— Il faut toujours demander des choses simples… au risque d'être déçu.
Andreas se releva après avoir brièvement couvert les yeux de la statue du bout de ses doigts.
— Ma mère disait toujours de faire très attention à ce que l'on demandait à l'esprit de la Dragonne, car on pouvait être exaucé de manière inattendue et surprenante. (Andreas lui jeta un regard en biais) Tu veux protéger ta famille contre quoi au juste ?
Draco se releva.
— Ça ne te concerne pas.
— Comme ça ne me concernait pas de savoir avec qui tu parlais l'autre jour dans ta chambre, fit-il remarquer.
— Je te l'ai déjà dit : je lisais à voix haute. C'est un crime ?
— Non, dit Andreas en le suivant hors du temple. Ce qui est un crime en revanche, c'est de cacher des choses à ton Instructeur.
Andreas avait été nommé il y a deux ans Elève Instructeur, ce qui était l'équivalent à Poudlard de Préfet-en-Chef. Il devait constamment veiller sur les plus jeunes tout en leur apprenant des notions de morale et de magie. Andreas était exceptionnellement doué, et il le devait à son père, Mykew Gregorovitch, un célèbre fabricant de baguettes magiques.
— Je ne te cache rien qui concerne la vie de l'école. C'est personnel, c'est tout.
Andreas arqua un sourcil.
— Personnel à quel point ? Tu veux en parler ?
Il était rare à Durmstrang d'aborder sa vie privée au risque de passer pour quelqu'un de particulièrement sentimental ou faible. Pourtant, Draco en avait cruellement besoin.
— Je… Ma famille et mes amis me manquent. Rien d'extraordinaire, tu vois. Mon meilleur ami qui est toujours à Poudlard m'écrit de temps en temps. Et je dois dire que ça me fait du bien d'avoir des nouvelles. En revanche, on ne peut pas en dire autant pour ma mère. Elle ne répond plus à mes courriers et c'est… très difficile à vivre.
— Mmh. Laisse-lui du temps. Penses à autre chose. Concentre-toi sur ta propre existence. C'est sans doute le mieux que tu puisses faire.
Andreas cessa de marcher pour le regarder droit dans les yeux :
— Tu as fait tes preuves ici. Les professeurs seront heureux de te garder avec nous. Considère ces murs comme ta nouvelle maison. Ils te protègent bien plus que tu ne peux l'imaginer.
Draco eut un sourire attristé. Sans doute était-il véritablement à l'abri. Mais cela ne suffisait pas : il lui manquait encore le réconfort de ses proches.
— Beaucoup de choses me manquent et je ne les trouverais jamais ici.
— Tu crois ?
— Oui, j'en suis sûr.
Andreas leva les mains en signe de défense :
— Tu marques un point pour ta mère, c'est vrai. La famille c'est irremplaçable qu'on le veuille ou non. Mais pour le reste, je ne vois pas ce qui t'empêche de refaire ta vie ici. Qu'est-ce qu'a Poudlard que nous n'avons pas ?
— Il y a mon meilleur ami d'abord.
— Tu peux te faire de nouveaux amis proches ici, rétorqua Andreas.
— J'y ai mes amis d'enfance aussi, mes repères.
Andreas haussa une nouvelle fois des épaules, guère impressionné.
— Ma vie est là-bas, résuma Draco, à fleur de peau.
— Il n'y a pas de problème si tu souhaites t'en aller. Le vrai problème à mes yeux, c'est que tu ne nous a même pas donné une chance de te convaincre que Durmstrang était une meilleure école pour toi. Tu ferais une grossière erreur en retournant en arrière.
— Je ne le fais pas pour moi, mais pour les gens que j'aime, dehors.
C'était la première fois depuis son arrivée que Draco parlait de ses émotions avec quelqu'un d'autre que Mafalda.
— Réfléchis bien à la décision que tu vas prendre dans ce cas… et… si jamais tu souhaites en rediscuter, tu sais où je me trouve.
Draco hocha de la tête puis finit par s'éloigner, rebroussant chemin jusqu'à sa chambre. Il prit une douche presque brûlante et enfila son uniforme. Le réfectoire n'était pas encore animé quand il s'y rendit pour le petit déjeuner. Il espérait vraiment que le soir même sa mère lui réponde et lui donne un moyen d'assister au procès.
Sa journée de cours se déroula comme d'ordinaire : les professeurs les firent s'exercer à de nombreux maléfices en vue des examens de printemps, Mafalda et lui se rendirent aux abords du lac pour enlever les plaques de givre grâce à des sorts de réchauffement et Jaspe l'ignora comme les jours précédents.
— Tu crois qu'il va te faire la tête encore longtemps ? demanda Mafalda en le regardant disparaître vers l'aile Nord.
— Je ne sais pas. Je m'en fiche : j'ai des choses plus importantes auxquelles penser.
— Tu as raison : ne te laisse pas distraire.
Les heures passèrent et insidieusement, le soleil finit par se coucher. Draco prit une assiette à emporter puis s'enferma dans sa chambre. Il picora quelques légumes sans grande conviction et se mit à faire ses devoirs. Toutes les deux minutes, il jetait un regard emplit d'espoir vers la fenêtre. Mais aucun signe dans le ciel.
Pris de colère, Draco décida de mettre son pyjama et de laisser tomber ses exercices pour la soirée. Il éteignit les lumières puis se mit au lit. Draco bouillonnait de colère et il n'arrivait pas à trouver le sommeil même si sa journée avait été très épuisante. Il tournait et se retournait dans sa couverture quand de discrets coups de bec tapotèrent contre son carreau.
Draco sauta hors de son lit et alla ouvrir. Ce n'était pas Boniface, mais une chouette hulotte ressemblant fortement à celles de Poudlard. Intrigué, Draco la laissa entrer.
— Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
Le Gryffondor s'empressa de décacheter la lettre et fut presque déçu d'y reconnaître l'écriture de Pansy.
"Salut Draco,
Je sais que je n'ai pas donné beaucoup de nouvelles ces dernières semaines, mais il ne se passait pas grand-chose à Poudlard. Enfin, ça c'était jusqu'à hier… Je ne sais pas quand tu recevras ma lettre, mais je me disais qu'il valait mieux que tu l'apprennes par moi que par quelqu'un d'autre.
Notre nouveau professeur de Potions a organisé une petite fête dernièrement pour célébrer son grand retour au château et l'approche des fêtes de Noël. Bref, rien de bien intéressant. Les élèves invités pouvaient s'y rendre avec la personne de leur choix. Blaise m'avait proposé de l'accompagner, mais je suis tombée malade. Quand il est revenu, il semblait hors de lui. Je lui ai demandé ce qu'il s'était passé et il m'a assuré que Théodore sortait désormais avec Potter ! Plusieurs personnes les ont même vu s'embrasser ! Je ne te raconterais pas tout ça si je n'en étais pas certaine, mais Théo dépasse les bornes depuis quelque temps : il nous cache pas mal de chose, dont sa relation avec Potter.
Même si ça me débecte un peu, je sais que tu tiens à lui alors… voilà, tu sais tout maintenant. Potter est un gros menteur de première. Il ne t'avait pas justement dit qu'il n'aimait pas les garçons l'année dernière ? Que c'était justement pour ça que vous resteriez amis ? Donc ouais, soit Potter ment, soit Théodore lui a fait ingurgiter un puissant philtre d'amour. Si tu ne me crois pas, ouvre le prochain numéro de la Gazette du Sorcier : quelqu'un a vendu l'histoire à Rita Skeeter. Ça devrait bientôt faire les gros titres. Je dois dire que ça tombe plutôt mal avec les procès qui approchent… Potter perd en crédibilité à flirter avec le fils d'un Mangemort condamné, non ? De toute façon…"
Draco froissa la lettre dans son poing et la déposa sur son bureau.
Harry et Théodore… ensemble ?
Draco peinait à y croire. Aucun des deux n'avait jamais fait référence à leur flirt dès qu'ils avaient eu la chance de discuter. Mais en même temps... Draco ne croyait pas Pansy capable de mentir sur un tel sujet, pas avec lui. Elle était aussi son amie et jamais elle ne lui infligerait du mal gratuitement...
Pour lui, c'était de la haute trahison de la part de Théodore. Théo avait toujours su qu'il éprouvait des sentiments pour Harry. Il lui avait tout raconté depuis leur Troisième année. Il n'avait jamais eu le moindre secret pour lui. Et maintenant… Théo profitait de son départ pour se glisser entre eux et peut-être même jusque dans son lit ?!
Draco eut un ricanement méprisant. Vraiment, il ne s'était jamais attendu à une nouvelle pareille. Il fit les cent pas, encore plus en colère que tout à l'heure, si cela était possible. Perchée au sommet de son armoire, la chouette le fixait de ses grands yeux jaunes. À bout de nerfs, Draco finit par mettre la main sur son Miroir à Double Sens et l'ouvrit. Il prit une profonde inspiration et prononça le nom de son meilleur ami :
— Je veux parler à Harry.
Le miroir chauffa légèrement puis lui renvoya son propre reflet.
N'obtenant pas de réponse, Draco insista :
— Harry, réponds !
Le coeur battant, Draco tremblait de colère. Il résistait contre l'envie de briser le miroir contre un mur et d'ainsi rompre tout contact avec lui. Mais il devait d'abord en avoir le coeur net. Finalement, au bout de quelques secondes, le miroir se couvrit d'un voile brumeux avant de laisser place au visage rayonnant de Harry.
— Je veux savoir ce qu'il se passe, prononça Draco avant même que son meilleur ami puisse dire quelque chose.
Le Survivant fronça des sourcils, circonspect.
— De… De quoi tu veux parler au juste ?
— Tu dois avoir une petite idée, non ? demanda Draco, sarcastique.
— Attends, je… je me rends dans le dortoir. Là, je suis au beau milieu de la salle commune. Je… Donne-moi deux petites secondes.
Draco leva les yeux au ciel tandis qu'il l'entendait monter des marches quatre à quatre puis claquer une porte.
— Voilà, c'est bon, dit Harry. Tu peux parler.
— Non, non, non. C'est à toi de parler. Qu'est-ce qu'il se passe au juste ?
— Je ne sais pas de quoi tu parles, Draco. Donc soit tu coopères en me disant ce que tu as derrière la tête, soit tu restes là à ruminer.
Draco le fixa durement.
— J'ai appris pour Théodore et toi.
Une lueur de surprise flasha dans les yeux vert du Gryffondor.
— Je voulais… entendre ta version des choses avant de te tuer de mes propres mains.
— Me tuer de tes propres mains ? répéta Harry, nullement impressionné. Pourquoi ? Ce qu'il s'est passé n'est pas… un drame en soi. C'était une fête ! Et… Et toi tu es à des milliers de kilomètres de moi, de nous… Tu ne sais pas comment les choses se sont faites…
— C'EST JUSTEMENT POUR CA QUE JE T'AI APPELÉ. POUR SAVOIR !
— Ne me hurle pas dessus ! cria à son tour Harry. Théodore vit un enfer depuis le début de l'année. Tes copains de Serpentard l'ont complètement laissé tomber. Alors Ron, Hermione et moi on s'est mis d'accord pour se rapprocher de lui…
— Se rapprocher de lui ? ricana Draco. Oui, je vois que tu as pris ta mission très à coeur.
Harry ne se laissa guère démonter.
— J'ai appris à le connaître, voilà tout. On a beaucoup discuté et il… il m'écoute quand je raconte quelque chose. Il prend vraiment mon avis en compte et n'essaie pas de me forcer dans une direction. Et il n'est pas jaloux ou hystérique, dit-il d'un ton emplis de reproche.
— Hystérique ? Jaloux ? Harry… c'était TOI qui l'était quand je sortais avec Krum ! Tu as tout fait pour que je me détache de lui et que je ne vois que par toi. C'est ce que j'ai fini par faire en Cinquième année lorsque j'ai rompu avec Viktor. Tu m'as laissé espérer quelque chose…
— Ca c'est complètement faux ! s'énerva son meilleur ami. Je n'ai jamais…
— ARRÊTE DE MENTIR, TU VEUX ? Tu n'arrêtais pas de me reprocher de passer du temps avec lui alors que, pour une fois dans ma vie, j'étais vraiment heureux avec quelqu'un.
— Si tu as rompu avec Viktor c'est parce que tu n'étais pas vraiment amoureux de lui. Alors ne mélange pas tout !
— Oh, je vois. D'accord. C'est moi qui mélange tout maintenant, alors que tu te tapes mon ami d'enfance. L'ami que je t'ai en quelque sorte confié parce que je savais que les choses seraient dures pour lui. Tu veux que je te dise comment ça s'appelle ? Abus de faiblesse. Théodore est faible. Tu le sais. Je le sais, mais ça ne t'empêche pas d'en profiter.
— Alors là tu dérailles complètement. C'est Théodore qui m'a…
— C'est lui qui a fait le premier pas ?
— Non !
— Alors quoi ? C'est lui qui t'a supplié de sortir ou de coucher avec ?
— On n'a pas couché ensemble si tu veux tout savoir ! Je… Je ne l'ai même pas touché.
Draco éclata d'un rire froid.
— Pansy m'a dit que vous vous étiez embrassés à une fête. C'est faux, ça, peut-être ?
Harry parut résigné.
— Ce n'est arrivé qu'une fois, d'accord ? Ça ne veut pas dire grand-chose.
— Ah ouais ? Et Théo est d'accord que "ça ne veut pas dire grand-chose" ou il est quelque part à espérer et attendre ?
Harry semblait complètement désabusé et aussi dégoûté.
— Je pensais que c'était clair entre nous. Pourquoi tu agis comme si on avait été en couple ou comme si on allait l'être ? (Draco semblait sans voix) Si je veux commencer une histoire avec quelqu'un, ça ne te regarde pas vraiment pas le fond. Encore moins maintenant que tu es loin.
— Ne tourne pas les choses à ton avantage, Harry. N'essaie pas de me faire culpabiliser pour une situation que je subis tout autant que toi : mes parents m'ont envoyé ici pour ma propre protection, je ne l'ai pas demandé. Donc explore ta libido avec qui ça te chante, mais ne fait pas semblant de ne pas comprendre, car tu sais très bien pourquoi je suis en colère contre toi.
De l'autre côté du miroir, Harry semblait tout aussi en colère, si ce n'est plus.
— J'ai peut-être mes torts dans tout ça, c'est vrai. Mais ne t'imagine pas un complot de grande ampleur qui s'est fait derrière ton dos, car tout ça, c'est faux. J'ai embrassé Théodore. Une seule fois. Et il n'a pas donné suite, d'accord ? Tu as le droit de m'en vouloir et de t'imaginer ce que tu veux depuis là où tu es, mais je n'ai pas… manipulé Théo pour qu'il soit tout à coup à ma merci. On s'entend très bien, c'est vrai. Mais jusqu'à présent ça c'est arrêté là.
— Jusqu'à présent… ?
— Draco, stop.
— Tu es en train de me dire que je dois me taire ?
— Attends, calme-toi deux minutes. Essaie de faire fonctionner ta tête.
Draco eut un début de fou rire.
— Je trouve ça très ironique comme conseil venant de ta part.
— Tu es complètement disproportionné. Tu es en train de me faire une putain de scène parce que j'ai embrassé un autre garçon. C'est bien ça ? (Draco ne répondit pas), Mais bordel, ça va être quoi le jour où je tomberai amoureux de quelqu'un ?! Tu n'as pas le droit de… de contrôler ma vie à distance comme ça.
— Hermione est là ? interrompit-il tout à coup. Passe-moi Hermione.
— Elle n'est pas là. Je ne te la passerai pas. Cette conversation est entre toi et moi. Que tu me reproches de ne pas te l'avoir dit en premier, ça je peux l'entendre. Pour ma décharge, cette histoire est récente. Mais que tu essaies de me faire croire que… que d'avoir un début de sentiment pour quelqu'un c'est mal… ça… ça j'ai du mal à l'avaler.
Le visage de Draco s'affaissa. Il était complètement sous le choc.
— Tu… Tu as des sentiments pour Théodore ?
Harry passa une main dans ses cheveux ébouriffés.
— Je ne sais pas. J'aurais du mal à te dire. Je… Je pense beaucoup à lui, je m'inquiète pour lui. C'est très difficile pour moi à définir. Mais ce dont je suis sûr c'est que… c'est le premier garçon qui… qui me donne envie d'être avec un garçon. Je n'avais jamais été attiré par… ce n'est pas contre toi, c'est juste que je n'avais jamais…. Je ne pensais pas que c'était possible et maintenant tout se bouscule dans ma tête.
Draco baissa la tête afin de cacher ses yeux humides.
— Ok… ce n'est pas encore fait, mais tu commences à tomber amoureux. C'est noté. Et moi je ne peux rien faire parce que je suis coincé ici, et je ne peux rien dire non plus parce que ce ne sont pas mes affaires.
Harry se mordilla les lèvres.
— Je suis désolé. Je… Je ne pensais pas que ça arriverait. Ce n'était pas… calculé, que cela soit de mon côté ou celui de Théodore. C'est arrivé, c'est tout.
— Je comprends, conclut Draco d'un ton distant.
Harry continuait de garder les yeux baissés, trop honteux pour affronter son regard.
— Je vais te laisser, termina Draco. J'ai des choses à faire.
— Ok. Bonne n-...
Draco ferma le clapet de son miroir et le rangea dans sa malle, sous une pile de vieux manuels. Désemparé, il resta un moment assis sur son lit avant de réaliser à quel point il était seul ici. Draco essuya quelques larmes avant de se reprendre.
— Tu es courageux, dit-il plus pour lui-même. Tu peux t'en sortir sans lui.
Draco enfila sa cape et attrapa sa baguette magique. Il traversa l'aile Sud et toqua contre la porte d'une autre chambre. Il ne savait pas très bien ce qu'il espérait de cette conversation, mais discuter avec quelqu'un lui ferait sans doute du bien.
— Malfoy ? Tu fais quoi ici ? On a cours demain je te ferai dire…
Andreas se tenait sur le pas de la porte, à moitié endormi.
— Si c'est pour les réponses du contrôle de Magie ancienne, reprit-il, Mafalda a déjà essayé d'obtenir les réponses en me lançant un mauvais sort. Mais je suis tenu de ne jamais vous les communiquer.
— Ce n'est pas pour ça, prononça Draco en retenant un sanglot. Je… Je voulais parler, c'est tout.
— Oh… merde, ne me dis pas que tu pleures. C'est très gênant, tu le sais ça j'espère ?
Draco hocha nerveusement de la tête et ne put retenir davantage ses larmes. Andreas réprima une moue dégoûtée et le laissa entrer.
Bien qu'ayant déjà fait sept années à Durmstrang, la chambre d'Andreas semblait à peine décorée. Il alluma quelques cierges d'un rapide coup de baguette magique et laissa Draco s'assoir sur son lit.
— Bon, dit Andreas en croisant les bras sur son torse, qui est-ce que je dois tabasser demain ?
— Personne. Enfin, si… mais il est trop loin.
— Aaarg, Malfoy, c'est pas bon de garder des attaches comme ça. Ça ne fait que de te polluer l'esprit. Laisse tes amis là où ils sont et tu t'en porteras pas plus mal.
Draco acquiesça, résigné.
— C'est juste que… j'avais beaucoup d'espoir.
— Tu n'es pas le premier ni le dernier à qui ça arrive. Le tout c'est de se prémunir un minimum, conseilla Andreas.
— Comment tu fais toi ?
— C'est simple. Je m'interdis d'éprouver quoi que ce soit pour qui que ce soit. Jusqu'ici, ça marche plutôt pas mal. C'est pas tous les jours évident parce que ça arrive de tomber sur des personnes vraiment géniales… mais en fin de compte que cela soit untel ou untel, ça n'a pas d'importance, non ? Ce qui compte c'est toi, ta vie, tes choix.
— Je voudrais être plus solide.
— Je ne peux pas t'aider là-dessus. Il faut que ça vienne de toi. Je suis votre Instructeur à vous tous, même si je suis aussi élève et que j'apprends tous les jours. Je peux juste t'aider dans tes devoirs, en magie, te corriger si tu me fais chier… ce genre de choses. (Andreas tourna ses pouces en contemplant le tapis) J'ai aussi beaucoup de devoirs envers vous, et ça en général, on ne le mesure pas. Je dois faire en sorte que vous soyez tous en sécurité, bien nourris et au chaud pour l'hiver.
— Et qui s'occupe de toi alors ?
Andreas esquissa un sourire.
— Ma fidèle main droite. Quoi ? Ne me regarde pas comme ça. Les nuits sont longues ici.
Draco rigola un peu, se sentant plus léger.
— C'est vrai que c'est assez pesant de se retrouver coincé ici. Toute cette neige commence à me rendre dingue et j'ai l'impression de voir les mêmes têtes défiler à l'infini.
Andreas soupira.
— Dis-toi que je vis cette torture depuis sept ans, bientôt huit. Vivement qu'on abrège mes souffrances, grommella-t-il.
— Tu as une copine dehors ? Enfin… si ce n'est pas une question trop personnelle.
— Pas de copine. Plein de copains. Disons que j'ai la chance de voir du monde quand on a un père fabricant de baguettes magique… et puis ça prête pas mal aux jeux de mots salaces. Et ça, c'est pas mal pour aborder.
Cette fois, Draco éclata de rire.
— Et toi, à part Vicky le baroudeur, tu comptes qui dans ton joyeux palmarès ?
— Seulement Viktor si tu veux tout savoir.
Andreas lui jeta une oeillade méfiante.
— Je ne te crois pas.
— Crois ce que tu veux, je sais où je traîne quand même.
— Encore heureux..., marmonna l'élève plus âgé.
— Je suis très sélectif.
— Ah oui, ça j'en doute pas vu comment tu as rembarré ce pauvre Jaspe à la queue tordue.
— Je te demande pardon ?
— Tout le monde l'a vu dans les vestiaires. Elle est tordue. J'aurais aussi décliné à ta place.
Draco était pris entre un début de rire et la consternation.
— Je… Comment tu sais ça ?
— Tout finit par se savoir à Durmstrang. On doit être près de cent garçons en rut cloîtrés au sommet d'une chaîne de montagnes. Forcément on a vite fini par savoir qui est qui, et à quoi ressemble l'engin de l'autre. J'ai passé suffisamment de temps dans les douches des vestiaires de Quodpot pour te décrire précisément les attributs de tous les joueurs.
— Je ne veux rien savoir.
— Tu en es sûr ? Parce que y'a aussi de jolies surprises. Fritz par exemple, bel engin. Pourtant le mec est petit comme un prématuré.
— Par la barbe de Merlin…
— Mmh, c'est marrant que tu dises ce proverbe parce que d'après mon père, son origine est très coquine elle aussi.
Andreas commença à rire et Draco aussi.
— Bon, ça va mieux ? T'as oublié ton petit con de meilleur ami ? Je peux retourner dormir ?
— Un peu oui.
— Non, ça ce n'est pas une réponse. Il est une heure du matin, Malfoy. Donc il va falloir que tu retournes sagement dans ta niche ou je te colle un rapport pour harcèlement de la hiérarchie.
— Tu n'en serais pas capable. C'est totalement injuste !
Andreas se leva et saisit sa plume et un calepin sur son bureau.
— Bon, tu veux combien d'heures de travail en plus ?
— C'est bon, c'est bon. Je m'en vais.
Draco ouvrit la porte puis dit :
— Andreas ? Merci de m'avoir écouté.
Ce dernier lui adressa un discret sourire puis regarda la porte doucement se refermer.
Fin du chapitre
