Posté le : 22 Février 2019. Getting younger and younger : it's my birthday today :)

Note rapide : J'ai honte. Ça va faire un siècle au moins que je n'ai rien posté et je pourrai entrer dans une longue explication, cela ne changera rien au fait. Maintenant ça va beaucoup mieux ! J'ai plus de temps à consacrer à mes passions et je vais essayer, autant que faire se peut, d'updater mes fics. Mon amour pour cette histoire en particulier ne faiblit pas et j'ai extrêmement hâte de me retrouver au T7 ! Je tenais à remercier Elora qui, même des années après, continue de corriger et d'attendre la suite avec impatience. M-E-R-C-I et bonne lecture.


A Dragon in the Wind

Chapitre 41 : « Tempête »

Comme à chaque fin d'hiver aux alentours du mois de février, l'Institut Durmstrang entier se préparait pour le Grand Pèlerinage. Ce trek en haute altitude était un rituel sacré pour commémorer la pérennité de la glace et du froid à travers les âges.

La neige était un élément crucial dans la vie de l'école : c'était elle qui, faisant office de rempart naturel, protégeait l'enceinte des attaques ou des moldus un peu trop aventureux. Elle encore qui était réchauffée pour alimenter les grands bassins de source chaude. Et la neige toujours qui servait de base pour apprendre de nombreux contre-maléfices et de la Médicomagie.

Draco – qui avait toujours été fasciné par la médecine – avait beaucoup appris en côtoyant les huitièmes années de Durmstrang qui savaient faire disparaître la moindre contusion d'un coup de baguette magique. Sa formation avait d'autant plus été renforcée qu'il s'était proposé pour faire partie de l'équipe des soigneurs pour le trek. En plus des sorts dédiés à la circulation du sang et à la réparation des os, Draco – comme tous les nouveaux venus de cette année – reçut une formation d'une semaine par leurs enseignants sur la survie en milieu hostile.

Bien sûr, ils utiliseraient la magie tout au long de la montée, mais il y avait toute une flopée de sorts que Draco ignorait encore et qui pouvaient s'avérer très utiles ! Par exemple, il n'avait pas encore appris à Poudlard l'Aguamenti, qui permettait de faire jaillir de l'eau du bout de sa baguette. Cela avait profondément choqué l'ensemble des élèves car pour eux, l'eau faisait partie de la magie élémentaire et ils apprenaient à en faire apparaître dès leur première année. Il y avait aussi Solsore, un maléfice pouvant créer une épaisse nappe de brouillard afin de se dissimuler de l'ennemi ou d'animaux sauvage. Sans oublier le sortilège de tractation, Magneta, qui permettait à quiconque qui le lançait d'être tiré dans une direction par un filin invisible, et donc d'éviter une chute mortelle...

– Retiens bien celui-là, lui chuchota Mafalda, Il peut s'avérer très utile quand quelqu'un trébuche et tombe d'une falaise. Et articule bien si tu ne veux pas te retrouver avec une radio à la place du postérieur.

Dit comme ça Draco n'était pas certain de vouloir accomplir cette ultime randonnée. Même à l'issue de sa formation, il ne sentait guère plus préparé qu'une semaine plus tôt, et l'idée d'être réparti en équipe le rassurait encore moins. Il faisait partie de la cordée de Sigmur, un cinquième année particulièrement tête-brûlée et issu d'une famille sang pure norvégienne ; Adonis, un grand garçon aux cheveux longs et noirs qui essayait sans cesse de se faire remarquer des professeurs ; Jaspe, qui ne s'était toujours pas décidé à lui adresser à nouveau la parole, et Andreas. Le chef de file fut tiré à la courte-paille dans le hall de l'école et la responsabilité du groupe revint à Adonis qui en bomba aussitôt le torse.

– … Et n'oubliez pas, des étincelles vertes dans le ciel s'il vous manque quoique ce soit, comme des vivres, une couverture... Des étincelles oranges si vous pensez devoir faire une halte, continua le professeur Tibère Parkinson en enfilant une énorme parka en fourrure d'ours. Et des étincelles rouge si l'un d'entre vous est blessé... ou si vous êtes pris au sein d'une tempête. (Parkinson leva le nez vers le col de la montagne et ne parut guère optimiste) Les conditions ne sont pas idéales pour grimper, admit-il. Et une bonne moitié de vos parents nous interdiraient de faire un pas avec vous sur la montagne au vue de la météo... (Son regard s'attarda sur Andreas) Vous êtes tous les précieux, et parfois uniques, héritiers de grandes lignées, donc, mmh, autant ne pas vous perdre. Mais il est nécessaire d'aller là-haut. La survie de l'école dépend chaque année de ce voyage : quoiqu'il en coûte, nous devons grimper et rallumer le feu de protection pour le Grand Hiver. Si l'on faillit... eh bien, attendez-vous à voir débarquer d'énormes dragons d'eau sur le seuil de votre porte un beau matin.

C'était tout juste l'aurore et les professeurs vérifiaient l'état de leur combinaison coupe-froid ainsi que de leurs chaussures à grappins. Ils en profitèrent aussi pour les enchanter de sortilèges de réchauffement.

– Ça devrait tenir trois jours, dit Tibère Parkinson en rabattant le col de Draco. Ensuite, il faudra que tu le lances toi-même. Et ne le fais surtout pas à deux reprises : tu risques de mettre le feu à ton pantalon.

Il tapota sur son épaule et s'éloigna pour s'occuper de la combinaison d'un autre élève. Mafalda, assise sur le muret de l'enceinte intérieure, s'était déjà chargée d'ensorceler toutes ses affaires.

Adonis fit signe aux autres membres de sa cordée de se rassembler et vérifia avec minutie qu'ils avaient bien tous leurs outils de grimpée ainsi que les tentes. Il répertoria l'ensemble du matériel sur un long bout de parchemin qu'il gardait dans la poche intérieure de son manteau.

– Donne-moi ta baguette magique, marmonna Andreas après avoir rapetissé une corde de cinquante mètres pour qu'elle tienne au fond de sa poche.

– Pourquoi ? demanda aussitôt Draco, sur la défensive.

– Donne-la-moi, insista-t-il. Tu me diras merci tout à l'heure.

Le Gryffondor plissa des sourcils et lui tendit son bien le plus précieux. Andreas la fit tournoyer entre ses doigts et de la fumée s'en échappa.

– Un simple sort de Dégivrage, dit-il en la lui lançant au vol. Plutôt pratique pour ne pas avoir les doigts collés dessus en haute altitude. Elle restera toujours tiède.

– M-merci, balbutia Draco en la rangeant dans sa poche.

Un peu plus loin, leur professeure d'Incantation cherchait à obtenir l'attention de tout le monde, une paire de crampons à la main :

– ...Si vous tombez, elles pourront vous maintenir dans une position d'équilibre contre la montagne près de quinze minutes. Pas plus malheureusement. Donc soit quelqu'un vient vous chercher avant le délai imparti, soit vous vous débrouillez, soit… eh bien… nous en parlerons quand nous serons tous arrivés sains et saufs là-haut, énuméra-t-elle en rangeant sa paire de secours dans son sac.

– Combien d'élèves sont déjà morts pendant ce périple ? risqua Draco en enfilant son surcot en laine par-dessus sa combinaison.

– Deux, je crois. Mais c'était il y a très longtemps. Maintenant, les conditions de sécurité sont toutes réunies pour que la procession se déroule sans accroc, informa Andreas après avoir enfilé sa capuche.

Les dites conditions de sécurité consistaient à leur courte formation en survie, à des équipes constituées d'élèves de plusieurs tranches d'âge et à la présence d'un accompagnateur extérieur aguerri.

– Tous les élèves devront être présents d'ici deux jours au Sommet Doria pour le rituel d'hiver. Je vous rappelle que s'il en manque un, la cérémonie ne pourra pas s'accomplir. Et ceci est notre responsabilité à chacune et chacun d'entre nous en tant que gardiens de la vallée du Nord.

Draco était partagé : d'un côté sa soif d'aventure lui disait de foncer tête baissée, de l'autre son envie de rester bien au chaud le tiraillait. Il n'eut pas le temps de se torturer davantage que Adonis passa près de lui pour rattacher la cordée à sa taille. Il était désormais temps de partir. Les premières lueurs timides du soleil nimbait la paroi de glace d'une auréole orangée. Draco attrapa son bâton de randonnée pour marcher et suivit sa file. Adonis ouvrait la marche, suivi de Jaspe et Andreas au milieu Draco venait après et Sigmur surveillait leurs arrières. C'était l'un des grimpeurs les plus expérimentés du groupe malgré son jeune âge, alors il s'occuperait de bien les assurer.

– On empruntera ce col, indiqua Adonis à son équipe en pointant du doigt l'une des flèches de la montagne.

Ils se mirent en marche et plusieurs groupes les suivirent, tandis que d'autres empruntaient des passages différents afin d'allumer les diverses colonnes de feu jusqu'au sommet. La cordée s'était mise en route depuis une heure seulement que Durmstrang semblait déjà avoir perdu considérablement en volume.

– Ne regarde pas en bas, maugréa Sigmur en le poussant en avant. C'est la règle numéro un de l'alpinisme ! Surtout quand on est un gros froussard comme toi !

– Je ne suis pas froussard, s'énerva Draco. Je suis de Gryffondor !

– Ça, c'est de l'histoire ancienne, intervint Andreas. Maintenant, tu es avec nous. Peu importe ce que tu pensais savoir de toi et de ta personnalité auparavant, tout ça, c'est à balayer d'un revers de main. Durmstrang t'offre une page blanche, alors arrête de ressasser le passé.

Draco se mordit les lèvres et continua de grimper les interminables dunes de neige. Adonis les guidait bien et n'imposait pas de rythme effréné. Curieusement, ce qui inquiétait davantage l'ancien Gryffondor Draco était le silence de plomb de Jaspe. Autrefois liés d'amitié, ce dernier s'évertuait à faire comme si le blond n'avait jamais existé depuis qu'il avait repoussé ses avances. Draco aurait bien voulu être doué d'un tel talent d'occultation, mais il en était bien incapable. En fait, il n'avait jamais réussi à demeurer insensible à l'ignorance des autres cela lui infligeait bien plus de peine que de simples insultes...

Les heures s'écoulaient et les diverses cordées de Durmstrang ne limitaient pas leurs efforts pour arriver au col de la montagne avant la nuit tombée. À bout de force, Sigmur exigea une halte. Il venait de s'écrouler dans la neige, son sac de randonnée comportant tout leur attirail de cuisine rapetissé faisant un tintamarre infernal.

– T'es fou ?! Tu veux déclencher une avalanche ? s'énerva Adonis en revenant sur ses pas.

Les avalanches étaient courantes dans la vallée : un membre par cordée au moins savait comment les déjouer grâce à un sortilège. Étant le plus âgé et aguerri, Andreas ferait office de protecteur du groupe dans un tel cas de figure.

– Je-suis-mort-de-froid, articula Sigmur en claquant des dents. Ma combinaison ne chauffe plus.

– Tu ne pouvais pas le dire plus tôt, crétin ! s'énerva Jaspe en lâchant également son sac contenant leurs vivres.

Du feu dans les yeux, Sigmur se redressa en titubant :

– Le froid est traître. Je ne l'ai pas senti venir. Je croyais que ça chauffait encore, mais c'était juste moi qui transpirait.

Jaspe ricana.

– T'es juste un débile, voilà tout. Je croyais que tu étais le pro de la grimpée, bah faut croire que non.

– Si j'ai eu assez de force pour me redresser, j'en trouverai suffisamment pour t'étrangler, tête de con.

Adonis pointa sa baguette magique vers Jaspe.

– Ramasse ton sac, et grimpe. Quant à toi, dit-il en se tournant vers Sigmur, viens ici que je remette de la chaleur dans tes vêtements.

– Euh, Ado, intervint Draco en jetant un coup d'œil à sa baguette grésillant d'étincelles jaunes, t'es plutôt à cran... Tu risques de le faire exploser, pas de le réchauffer. Je m'en occupe, ok ?

Les deux autres s'éloignèrent tandis que Draco sortait sa propre baguette pour procéder à la réactivation de l'enchantement. Un nuage de buée s'échappa du bout pour englober la silhouette de Sigmur pour enfin s'infiltrer sous ses diverses couches de vêtements.

– Ça devrait faire l'affaire une bonne dizaine d'heures, conclut Draco en rangeant sa baguette magique. Je ne suis pas aussi doué que les professeurs qui arrivent à le faire tenir plus longtemps.

Les yeux fermés, Sigmur soupira d'aise et laissa la chaleur se propager sur sa peau. Peu à peu, son teint devint moins livide.

– Merci, grommela-t-il.

Adonis l'aida à se remettre debout puis imposa aux autres de reprendre leur marche.

Une fois à bonne distance du reste de la cordée, Andreas glissa :

– Tu sais avec qui tu vas partager ta tente ce soir ? (Draco lui jeta un regard transperçant, presque outré) Pas que ça m'intéresse particulièrement, mais j'ai seulement envie d'être au courant si jamais tu dors aux côtés de Jaspe. Ce vilain bougre risque de t'égorger dans ton sommeil.

– Pas si je le cloue sur place avant, rétorqua Draco en le désignant du menton. Je suis plus fort que lui.

Andreas rigola légèrement, sa voix rendue rauque par le froid.

– C'est à moi que tu dis ça ? rit-il. Sérieusement Draco, tout le monde dans cette école se doute bien que tu es très fort. Tu as réussi à apprendre la plupart de nos sorts en un semestre seulement... alors que la plupart des futurs diplômés de Durmstrang seraient bien incapables de métamorphoser une aiguille en botte de foin – et ça, même si leur existence en dépendait. (Le Gryffondor esquissa un sourire reconnaissant) Mais...

– Mais ? répéta-t-il en s'arrêtant en pleine montée.

Andreas se posta devant lui et le regarda droit dans les yeux :

– Mais tu es trop sensible. C'est ça ton gros défaut. Tu ne devrais pas prendre tes décisions sous le coup de l'impulsion ou des sentiments... ou puiser ta magie de ce que tu as là-dedans, expliqua-t-il en pointant de son doigt ganté sa poitrine. Mais plutôt de ce que tu as ici, finit-il en tapotant son front. La magie est la chose la plus rationnelle qui soit. C'est le début de la fin quand des sorcières ou des sorciers exécutent des sorts au nom de la haine, de l'amour, de la vengeance ou de ce genre de conneries. La magie n'est qu'au service de la raison. Alors tu vois Jaspe là-bas ? Tu l'ignores, il n'existe plus. Parce que quoique tu fasses, rien de bon n'en ressortira.

Draco reprit sa marche et balança par-dessus son épaule :

– C'est toi qui dis des conneries.

– Ah ouais ?

– Ouais. L'amour est la source même de la magie. Même un frigide fini comme mon père le sait.

– Ça c'est sans doute parce que vous venez du Sud que vous êtes plus enclin à...

– C'est surtout parce qu'on est plus éduqué, là d'où je viens, coupa Draco avec une pointe de prétention. L'amour a motivé bien des quêtes et des mages à travers les siècles. Et cela a aussi réussi à en arrêter certains, dit-il en pensant plus particulièrement à Harry.

– Eh bien, je te le souhaite. Mais ici... à je ne sais quelle altitude, je doute que l'émotion ait sa place. Il fait un froid de canard, et t'auras beau t'asperger de sortilèges, la nature reprendra ses droits. Quand il fera nuit et que Jaspe viendra te chercher des comptes, j'espère qu'il écoutera ta joyeuse petite berceuse. À ta place, j'arrêterais de le considérer comme un ami. Ça fait huit ans que je suis dans cet Institut, et j'ai vu des gars se faire menacer de mort pour moins que ça.

– Moins que quoi ? siffla Draco.

Andreas ricana.

– Arrête de jouer à ça avec moi. Tout le monde sait que tu as refusé de coucher avec. Le pauvre garçon... Il a encore du mal à s'en remettre. Il devait sans doute imaginer que ça serait facile.

– Facile... ? répéta Draco, perplexe. Pourquoi est-ce que ça serait facile ?

Andreas le regarda, une once de surprise flashant dans ses yeux puis il reprit tout à coup sa marche. Draco tira sur la cordée qui les reliait pour l'empêcher de progresser parmi l'interminable tapis de neige.

– Dis-moi le fond de ta pensée.

– Il n'y a rien.

– Tes yeux mentent.

Andreas attrapa la corde et la tira dans sa direction, ce qui fit tituber Draco.

– Tu veux vraiment savoir ce que les gens racontent derrière ton dos ? Que tu as couché avec Viktor juste pour qu'on parle de toi dans les journaux, que t'as fait ça pour obéir à ton père. Et que derrière son dos, tu te tapais d'autres mecs, dont quelques-uns de Poudlard. Les gens ici pensent que... que c'est une sorte de jeu pour toi, que t'aimes bien attirer l'attention sur ta petite personne avec tes jolis cheveux blonds et ton ascendance ultra pure...

Draco avait les yeux écarquillés, saisi par le choc.

– … que c'est une façon pour toi de recoller les morceaux pour ta famille. Que tes parents t'ont envoyé ici pour ça, pour trouver un garçon de très bonne lignée afin de redorer votre petit blason écorché – et ce, quitte à passer dans le lit de la moitié de l'école pour trouver le parfait pigeon. (Andreas marqua une pause) C'est... C'est ce que les gens pensent de toi. Je pensais que tu le savais déjà, vu comme tu es malin. Mais j'imagine que ça, tu ne l'as pas vu venir.

Draco détourna son visage pour masquer sa déception et son dégoût.

– C'est pour ça que je t'ai dit de ne pas lancer de sort sous le coup de l'impulsion.

Le Gryffondor attrapa son bâton de randonnée et dépassa Andreas.

– Tu... Tu ne veux pas en parler ? Hey !... Malfoy ! Je vois... Pas le moindre commentaire ?

Draco garda le silence et continua à grimper. Qu'est-ce qu'il y avait à dire de toute façon ? Derrière lui, il pouvait deviner Andreas réfléchir à toute vitesse pour faire rebondir la conversation. Il pouvait parfaitement imaginer par quels chemins tortueux son cerveau de mâle alpha pouvait bien passer, ce qu'il pouvait déduire de son silence, et ce qu'il dirait aux autres une fois de retour à l'école.

Draco n'était pas naïf. Il s'était toujours douté que sa réputation à Durmstrang était loin d'être idéale : il venait d'une école étrangère rivale à la leur, Poudlard leur avait chipé la coupe du Tournoi des Trois Sorciers, il était sorti avec Viktor Krum – leur dernier élève vedette –, et il était aussi ami avec le célèbre Harry Potter... Sans oublier son père qui était un Mangemort en tête des gros titres des derniers mois.

Draco ne se faisait clairement pas d'illusions sur son avenir. Que ce soit ici ou en Grande-Bretagne, on douterait toujours de ses intentions et appartenances. Alors peu importe si une majeure partie de l'école l'imaginait comme un vulgaire opportuniste près à tout pour faire briller sa lignée, cela n'avait plus d'importance. Plus rien n'en avait à vrai dire...

Alors que la nuit commençait à tomber, Adonis ordonna une halte pour monter leur campement. Il sectionna le lien magique sous forme de corde qui les avait lié toute la journée. Draco en profita aussitôt pour s'éloigner du groupe en prétextant aller chercher du bois, bien qu'il n'y en ai que très peu dans les parages. Les autres montaient les tentes magiques et organisaient la vie autour du campement. Divers groupes de l'école les avaient rejoints et s'étaient établis à une distance respectable. Le Gryffondor ne revint qu'une demi-heure plus tard, les bras chargés de brindilles toutes plus humides les unes que les autres.

– Enfin de retour parmi nous, maugréa Jaspe en lui jetant un regard noir.

Draco jeta le tas de bois à ses pieds et demanda à Adonis :

– Je dors où ?

– La tente à gauche.

Sans demander son reste, Draco s'engouffra à l'intérieur. La tente, comme toutes celles du monde sorcier, avait subi un sort d'agrandissement. Il déposa à ses pieds son paquetage de vêtements et commença à chercher ce qu'il mettrait pour la nuit qui promettait déjà d'être glaciale. Sigmur était déjà assis dans un fauteuil près du feu, frissonnant encore.

– Je crois que je suis tombé malade, dit-il en guise d'explication. Tu serais pas aussi guérisseur par hasard ?

Draco fit non de la tête et se rendit dans sa chambre. Il déposa ses vêtements propres sur son lit et alla prendre une bonne douche chaude pour se vider l'esprit. En revenant, il enfila diverses couches de pulls puis se sécha les cheveux d'un coup de baguette magique. Il ne devait être que vingt heures, tout au plus, mais une nuit noire englobait déjà le flan de la montagne. Draco n'avait guère envie de côtoyer les autres ce soir et d'éponger leurs regards curieux ou moqueurs – même si son estomac criait famine.

Il ouvrit son sac à dos et en sortit un bout de pain assez sec censé leur servir de réserve pendant leur ascension. Draco posa le quignon de pain sur un bout de serviette puis s'assit en tailleur sur son lit, sa baguette magique au poing. En cinq années d'étude à Poudlard, il avait entendu relativement peu de choses sur les sorts liés à la nourriture. Tout ce qu'il savait, c'est que celle-ci ne pouvait être générée de nulle part, contrairement à l'eau. On ne pouvait que l'améliorer ou la transformer. Draco avait vu Dobby des milliers de fois faire apparaître des pièces de viande entières en un seul claquement de doigts. Pourtant, le Gryffondor devait bien admettre qu'en la matière, la magie des elfes de maison était nettement supérieure à celle des sorciers...

Il agita sa baguette magique après un bref moment de concentration afin de transformer ce bout de pain rassis en sandwich bien garni. Sans succès.

– Aaaarg ! Concentre-toi Draco ! s'écria-t-il.

Après quelques minutes de pause, Draco prit une profonde inspiration et agita une nouvelle fois sa baguette magique. Cette fois-ci, le bout de pain se transforma en cactus.

– Bon courage pour l'avaler celui-là, pouffa la voix d'Andreas sur le côté.

Draco ignorait depuis combien de temps il était là à l'observer se débattre avec ses piètres talents de chef sorcier. Il n'avait nullement envie de voir sa sale face à cet instant.

– Je ne suis pas doué non plus en matière de cuisine. Mais... (Il sortit de son dos une assiette contenant des brochettes de viandes) j'ai ramené ça du campement.

Draco ne cilla point, esquissa un sourire mauvais, puis dit :

– Tu as pitié de moi maintenant ?

– Pitié... Je n'irai pas jusque là... Mais, même à plusieurs centaines de mètres d'altitude, je suis toujours ton instructeur en chef. Donc personne ne dormira le ventre vide.

– Tu n'es l'instructeur de personne ici. C'est Adonis qui a été choisi pour nous guider. Pas toi. Ici, tu es un élève comme un autre. Alors dégage de ma chambre.

Andreas fit disparaître l'assiette d'un coup de baguette magique et lui lança un regard dédaigneux.

– Amuse-toi bien avec tes miettes.

Une fois le battant de toile redevenu immobile Draco eut un profond sentiment de malaise. Il avait l'impression d'être entouré d'ennemis. Et des ennemis, il n'en avait guère besoin de davantage vu ce que ses parents affrontaient à l'heure actuelle...

– Protego, formula-t-il.

Une épaisse bulle bleue se propagea autour de lui pour finalement englober son lit tout entier. Une chaleur réconfortante l'entoura et Draco se glissa sous ses couvertures, plus que jamais préoccupé... Il aimerait tellement retrouver sa famille, être au manoir Malfoy en ce moment, voir sa mère lui sourire, et son tout petit frère Mercutio courir dans tous les sens...

Pour la énième fois depuis son arrivée à Durmstrang – et pour échapper à la réalité – Draco essaya de pénétrer dans l'esprit de son petit frère comme de nombreuses autres fratries sorcières parvenaient à le faire lorsqu'ils se sentaient profondément seuls ou en danger...

Draco titubait. Il avançait bon gré mal gré à travers l'immense pièce aux colonnades de marbre. Tout ici semblait gigantesque. Tout au bout, sa mère discutait avec une femme, un sourire crispé placardé sur le visage. Plus il progressait vers elle, plus Draco pouvait apercevoir ses traits tirés. Néanmoins, elle ne manqua pas d'arborer un large sourire en le voyant enfin :

Mercutio, mon chéri ! Tu marches si bien !

Au moment où Narcissa le souleva du sol pour le prendre dans ses bras, Draco se sentit glisser... comme s'il entamait une chute vertigineuse. La même chute que toutes les autres fois quand il tentait, en vain, d'entrer dans l'esprit de Mercutio. Le décor s'effaça et tout devint noir autour de lui jusqu'à ce que la lumière du jour l'asperge de nouveau... Celle-ci éclairait de manière diffuse une ruelle qui lui paraissait familière. Draco ne savait pas où il était, ni pourquoi on l'avait éjecté ici. Un soudain sentiment de panique s'empara de lui, comme s'il savait qu'il n'avait rien à faire ici... comme s'il sentait qu'on avait décelé sa présence. Draco regarda autour de lui, se gratta le cou, la peau... Il y avait quelque chose là-dessous qui le démangeait. Mais quoi ? Pourquoi cette soudaine impression de trop plein ? Draco observa « ses » mains. Elles tremblaient. Mais ce n'était pas les spasmes qui le saisit tout entier. Ces mains-là... appartenaient à son père !

Draco se redressa en sursaut, la respiration haletante. Il tentait de mettre bout à bout toutes les informations qui venaient d'affluer dans son cerveau en un si court laps de temps. Draco ne comprenait plus rien : son père n'était-il pas censé être à Azkaban ?

Ooo

Poudlard était enveloppé sous un épais manteau de neige.

En contrebas de la tour Gryffondor, Ron et Seamus s'adonnaient à une furieuse bataille de boule de neige ensorcelées. Bien que tout là-haut, Harry pouvait entendre leurs éclats de rire depuis la fenêtre entrouverte de leur dortoir. C'était un samedi après-midi ensoleillé mais glacial : la Gazette du Sorcier avait prévu une tempête de neige provenant du nord-est de l'Europe. Pour cette raison, toutes les activités extérieures à l'école seraient annulées entre dimanche et mardi matin.

Harry pensa à Draco. Il se demandait où il était, ce qu'il faisait, si à Durmstrang les températures aussi étaient basses, s'il lui en voulait encore pour leur dispute de l'autre jour... Harry avait toujours gardé le Miroir à Double Sens dans sa poche depuis. Si la fierté l'avait empêché de reprendre contact avec son meilleur ami, il s'était ensuite laissé prendre et avait aussitôt multiplié les appels... tous laissés sans réponse. Draco ne voulait plus lui adresser la parole, de toute évidence. Harry maudissait Pansy de lui avoir tout raconté avant qu'il ait eu la chance d'aborder le sujet...

Son intérêt pour Théodore – contrairement à ce que la plupart des gens imaginaient – ne sortait pas de nulle part. Cela faisait un moment déjà que son comportement à l'égard du Serpentard avait évolué. Déjà, il le regardait davantage en cours, se préoccupait de lui et de l'acharnement des autres élèves depuis qu'on avait découvert les affinités de son père envers Voldemort. Il trouvait ses grands yeux bleus fascinants, tout comme son amour fou pour la mort et les fantômes. Théodore pouvait presque rendre charmante la perspective de perdre la vie pour la science. D'ailleurs, le Serpentard jurait que dès sa majorité, il signerait un contrat avec le Département des Mystères afin de leur remettre sa dépouille après sa mort pour qu'ils puissent mener des expériences approfondies. Selon lui, rien ne pouvait le rendre plus fier ! Bref, Théodore Nott était définitivement un garçon très intéressant. Harry avait bien tenté de s'éloigner, car il ne voulait pas risquer l'amitié qu'il avait pour Draco... surtout au vu de leur dernière dispute.

Mais après tout, Draco avait toujours eu tendance à exagérer. D'ici quelques mois, il aurait sans doute tout oublié et ils en rigoleraient autour d'une bonne Bièraubeurre... Alors, oui... Pourquoi Harry devait-il se forcer à ignorer ce qu'il ressentait pour Théodore ?

Aujourd'hui était une journée très spéciale : c'était la Saint-Valentin, et le Gryffondor comptait bien la passer avec Théo. Il l'avait invité à une petite virée à Pré-au-Lard aux alentours de onze heures – ce que Hermione avait vivement déconseillé.

« Mais de quoi tu te mêles à la fin ? », s'était énervé Harry en descendant à la volée les dernières marches de la Tour d'Astronomie. « Si je veux passer la Saint-Val avec Théodore, c'est mon choix. Et tu n'as pas à interférer. »

Hermione lui avait lancé un regard désapprobateur avant de le coincer entre deux armures le long de l'interminable couloir du septième étage.

« Tu risques de briser le cœur de Draco en faisant ça... » (Harry détourna le regard) « Tu es en train d'offrir à son ami d'enfance ce qu'il a toujours espéré venant de toi... un véritable amour. Mets-toi un peu à sa place. Il voudrait tant être avec nous et il ne le peut pas et toi, tu remues le couteau dans la plaie. »

Harry soupira. « Je sais déjà tout ça, Hermione. Mais je ne peux pas combattre ce que je ressens et faire comme si ça n'existait pas. Même si Draco était toujours à Gryffondor avec nous, cela reviendrait au même. »

La préfète s'était contentée de lui jeter une moue attristée avant de partir vers la bibliothèque en lui indiquant qu'ils se rejoindraient dans la Grande Salle pour le dîner. Ron non plus n'avait pas l'air très enthousiaste à l'idée que Harry se rapproche davantage de Théodore, mais il semblait le prendre avec plus philosophie : « S'il te plaît vraiment, bah, fonce. Draco sera vexé c'est vrai, mais si c'est vraiment un ami il finira par accepter... Tout ce que je sais c'est que jusqu'ici ça ne t'a pas franchement réussi de sortir avec des Serpentard. T'as déjà oublié comment ça c'était passé avec Tracy... ? Vas-y mollo mon gars. » Harry avait grimacé en enlevant ses chaussettes tricotées par Molly Weasley. Il marquait un point... Ron marquait toujours des points.

Alors aujourd'hui, pour cette journée de la Saint-Valentin, Harry était définitivement décidé à y aller ''mollo''.

Il n'avait rien mis de spécial et ne comptait pas non plus se coiffer les cheveux plus que d'ordinaire. C'est toutefois avec un sentiment d'appréhension que le Gryffondor arriva dans le Hall. Théodore l'attendait un peu à l'écart des autres élèves, juste au niveau des escaliers menant aux cachots. Il portait un énorme manteau de laine noire qui le rendait plus mince qu'il ne l'était en réalité.

Après un timide bonjour, ils rejoignirent la file des élèves dont Rusard cochait les noms sur sa liste. De temps en temps, leurs regards se croisaient et ils échangeaient un sourire furtif mais sans se parler. À l'extérieur, c'était une fraîche journée d'hiver ensoleillée. Harry se sentit fou de joie à la perspective de la passer avec Théo. Ils discutaient des cours du professeur Flitwick lorsqu'une bande de filles de Serpentard, menée par Pansy Parkinson, les dépassa.

– Potter et Nott ! s'écria-t-elle d'une voix moqueuse. Beurk...

Elles accélérèrent le pas, parlant et riant avec insistance et lançant derrière elles des regards appuyés à Harry et Théodore qui retombèrent aussitôt dans un silence embarrassé. Harry ne trouva plus rien à dire d'intéressant sur les cours de Sortilèges et Théodore, profondément gêné, contemplait ses chaussures tout en marchant. Ils conservèrent un mutisme de plomb jusqu'à ce qu'ils arrivent au sein du village sorcier.

– Où est-ce que tu voudrais aller ? demanda Harry.

– Ça m'est égal. On pourrait aller manger un morceau aux Trois Balais ?

Ils s'engagèrent sur la rue principale et poussèrent la porte de l'établissement. Puisque malgré les températures glaciales, le soleil était au rendez-vous, la plupart des élèves de l'école avaient privilégié une sortie à l'extérieur. Le Trois Balais restait encore relativement vide à cette heure-ci. Ils s'installèrent à une table vide près d'une fenêtre et immédiatement Mrs Rosmerta agita sa baguette magique pour que deux menus apparaissent sur leur table. Harry le feuilleta négligemment, comme s'il trouvait les diverses propositions d'une fascination extrême... Théodore, quant à lui, avait le regard perdu vers la fenêtre.

– Ça va ? s'inquiéta le Gryffondor.

Théo détacha son regard des rues pavées de Pré-au-Lard avec lenteur et dit :

– Draco ne répond plus à mes lettres. (Il fronça les sourcils d'un air peiné) Je crois qu'il... qu'il ne me considère plus vraiment comme un ami.

– Dis pas ça. Draco a toujours été assez, mmh... volcanique. Il finira bien par se rendre compte qu'on n'a pas fait ça pour qu'il soit triste ou déprimé. Je crois simplement que ça le fait paniquer que des choses se passent en son absence. Ça me ferait paniquer aussi.

– Oui... Tu as raison.

Théodore lui accorda un maigre sourire avant de retourner à sa contemplation de Pré-au-Lard. La porte du pub s'ouvrit sur un groupe d'élèves mené par Zabini. Son regard s'arrêta aussitôt sur eux et il renifla de dédain, avant de tirer la main de son rencard pour l'entraîner quelques tables plus loin sur d'épaisses banquettes confortables. De suite, Théo parut extrêmement mal à l'aise. Harry essaya alors d'engager la discussion sur des choses plus joyeuses, comme le fait que bientôt ils passeraient leur permis de Transplanage.

– J'ai peur d'avoir la nausée, dit Théo. Beaucoup de sorciers ont la nausée lorsqu'ils transplanent.

– Je pense qu'on peut facilement la combattre en...

– Hey ! Potter ! interpella Zabini depuis l'autre bout de la salle. Je peux savoir à qui tu parles depuis tout à l'heure ? Parce que là je vois que du vent en face pour te répondre.

Ses amis et sa copine de Serdaigle, dont il avait le bras posé sur ses épaules, commencèrent à ricaner de concert. Théodore baissa aussitôt la tête. Même s'il ne lui faisait pas face, Blaise devait sans doute tirer un plaisir inimaginable à imaginer l'expression apeurée de son camarade de chambrée.

– … Il est comme ça ce fabuleux Potter, renchérit Zabini. Depuis qu'il a sa petite cicatrice sur le crâne, il voit des choses qui n'existent pas.

– Ne fais pas attention à eux, marmonna Harry tandis que Mrs Rosemerta s'approchait pour prendre leur commande.

Théodore fut si déboussolé qu'il fut incapable de choisir quoique ce soit. Harry fit le choix de prendre deux hamburgers et des sodas fumants. Plus loin, Zabini embrassait bruyamment son rencard tout en jouant avec ses boucles frisées.

– Sinon, uhm, ça se passe comment dans votre salle commune ? s'inquiéta le Survivant.

– C'est moins pire qu'il y a quelques mois, reconnut Théodore avec un sourire en coin. Oh bien sûr, ils adorent se moquer de moi de temps en temps... Ils pensent que... que je me déshonore en te fréquentant.

– Ah...

Harry fut incapable d'avoir la moindre réponse constructive. Il se mura dans un silence gêné, presque triste, et fut heureux de voir leurs assiettes léviter dans leur direction : au moins, il pouvait désormais avoir une bonne excuse pour ne pas parler en ayant la bouche pleine.

Le monde continua d'affluer dans le pub et des groupes d'élèves s'agglutinaient au comptoir en rangs serrés. Harry regretta d'avoir mangé aussi vite car le Serpentard ne semblait guère avoir autant d'appétit. Théodore redéposa son sandwich et dit :

– J'ai demandé à Dumbledore de rester à Poudlard cet été. Depuis que mon père est en prison et qu'il... qu'il collabore avec le Ministère, toutes les familles de Sang Pur se sont retournées contre nous. Je n'ai plus nulle part où aller et Rogue pense que je serai plus en sécurité entre les murs de l'école.

Pour la première fois de sa vie, Harry dû admettre qu'il était d'accord avec Rogue. Mais par fierté, il n'osa le dire à voix haute.

– Je me pose beaucoup de questions moi aussi. Sur mon avenir, sur celui du monde sorcier... C'est un moment très, très, très bizarre pour nous tous.

– Parfois... parfois je me dis que Draco a eu beaucoup de chance d'avoir été envoyé à l'étranger juste à temps. Ses parents l'ont vraiment protégé en l'envoyant là-bas, hors de portée de tout ce cirque. Il n'a pas à essuyer les regards cruels dans les couloirs, les bousculades et les piques de certains (Son regard s'attarda sur la table de Zabini et ses amis qui trinquaient à leur prochain match de Quidditch). Je sais que ça doit être frustrant pour lui, mais au moins... presque tout le monde a déjà oublié qu'il est le fils d'un Mangemort.

Le reste de l'après-midi se déroula de manière un peu plus normale. Ils abordèrent des sujets plus légers et Théodore rigola même une ou deux fois. Ils se rendirent chez Zonko, Honey & Dukes puis longèrent le petit chemin menant jusqu'à la Cabane Hurlante. En faisant demi-tour, ils croisèrent Ginny qui s'empressa de tendre un bout de parchemin scellé à Harry.

– C'est de la part du professeur Dumbledore, précisa-t-elle en retournant vers son groupe d'amies.

Le Gryffondor la remercia et déroula le parchemin :

« Harry,

J'espère que tu passes une excellente journée. Je me doute que celle-ci doit être importante pour toi mais j'aimerais te montrer quelque chose. Pourrais-tu me rejoindre dans mon bureau vers 18h ? Si ce n'est pas possible, je t'enverrai un autre message dans la semaine. Peut-être à tout à l'heure, A.W.B. Dumbledore.

p-s : J'aime les sucettes à l'anis. »

– Ça a l'air important, dit Théodore qui avait lu par-dessus son épaule.

– Euh... oui.

– Dans ce cas, rentrons au château.

– Tu... Tu n'avais pas envie qu'on passe aussi la soirée ensemble ?

– Il y en aura d'autres, t'en fais pas, rassura Théo en descendant la petite butée de la Cabane Hurlante.

Au château, les élèves les plus jeunes pas encore autorisés de sortie jouaient dans la cour. Harry et Théodore devaient faire partie des premiers à être rentrés car le Hall était pratiquement vide.

– Bon... eh bien, au revoir, balbutia le Gryffondor.

– Passe une bonne soirée.

Théodore s'approcha rapidement de son visage et l'embrassa sur les lèvres avant de disparaître vers l'escalier menant aux cachots. Comme un parfait idiot, Harry resta là, les bras ballants, avant de reprendre contenance. Il grimpa les marches du Grand Escalier le plus rapidement possible et arriva devant la gargouille qui gardait le bureau du directeur.

– Sucettes à l'anis ! lança Harry.

La gargouille pivota pour le laisser monter les dernières marches. La porte s'ouvrit aussitôt et Dumbledore semblait finir de prendre un thé à la verveine. Il déposa sa tasse et lui offrit un sourire.

– Entre, nous avons beaucoup à faire aujourd'hui.

La Pensine, posée sur son bureau, bouillonnait d'un aura bleutée.

– C'est un nouveau souvenir de Meraxes Nott ? s'interrogea Harry.

– Non, de Regulus Black. Encore une fois.

Harry n'osa demander à Dumbledore comment il se l'était procuré.

– Nous allons assister à un jour important dans la vie de la famille Malfoy. Cela remonte à bien avant ta naissance ou celle de Draco, mais cela fournit une explication à de nombreux événements par la suite. Allons-y.

Le Survivant prit une profonde inspiration puis plongea son visage dans la Pensine. Aussitôt, cette même impression familière de chute le saisit. Il fallut un moment pour que Harry s'habitue à son nouvel environnement. Dumbledore apparaissait à ses côtés quand la famille Black traversa leurs silhouettes dématérialisées. Mrs et Mr Black tenaient fermement leurs deux fils par les épaules. Ils entrèrent dans une pièce remplie de monde. Une femme – que Harry reconnut comme Drusilla Malfoy d'après les portraits qu'il avait pu voir au Manoir – s'effondra au sol, secouée de sanglots incontrôlables.

C'était une chambre.

Malgré ses proportions flatteuses, un sentiment de petitesse s'empara de Harry tant celle-ci était pleine de monde. De nombreux sorcières et sorciers de la haute société étaient tassés autour du majestueux lit boisé. L'atmosphère était aussi froide que l'extérieur, où de gros flocons s'accumulaient sur le rebord des hautes fenêtres du manoir.

En jetant un rapide coup d'œil à Regulus, il était clair qu'il aurait préféré se trouver partout sauf en cet endroit. Mais la famille Malfoy étant de très proches amis, et des parents de surcroît, leur présence ici semblait indispensable. Pour rien au monde ils n'auraient pu rater ces funérailles. Mr Black tenait fermement ses deux fils par l'épaule et les poussait vers le lit du défunt, suivi de son épouse Walburga.

Pour l'occasion, Mrs Black s'était habillée de sa plus belle toilette et jetée un sortilège de Pleurs. Dans la société aristocratique Sang Pur, il était recommandé de beaucoup pleurer lors des enterrements. Plus on semblait accablé de tristesse, et plus on était alors perçu comme quelqu'un de proche de la famille et de loyal à sa branche. Sirius, lui, ne faisait aucun effort. Il affichait un masque d'indifférence, comme s'il se tenait dans un cours particulièrement ennuyeux d'Astronomie.

Les Black se frayèrent un chemin entre les Lestranges et les Rosier et arrivèrent de l'autre côté du lit où était étendue la dépouille de Abraxas Malfoy, sur un linceul blanc, les bras en croix sur sa canne à pommeau à tête de serpent. Dans un fauteuil olive, Lucius Malfoy ajustait la canne, tirait sur les plis du drap, tout en restant accoudé et un doigt posé au-dessus de sa lèvre supérieure.

Regulus et son père le saluèrent d'un hochement de tête avant de reporter leur attention sur le cadavre. Regulus s'était attendu à ce qu'il pue. Mais là encore, le mort avait été parfumé de la plus délicate et subtile fragrance. Ses yeux étaient clos et sa peau semblait un peu plus flasque qu'à l'ordinaire. Derrière eux, les Pleureuses s'époumonaient en cris et en vagissements tandis que Regulus se penchait pour baiser les deux joues du défunt avant qu'il ne soit inhumé.

– À toi, Sirius, murmura leur père en poussant son aîné.

Sirius l'assassina du regard, jeta une œillade à Narcissa debout derrière son promis, le visage fermé. Puis il embrassa rapidement Abraxas avant de quitter la pièce sans même qu'on ne lui en fasse la remarque. C'était excessivement déjà un progrès en soi.

Ils rejoignirent les rangs et attendirent qu'un Prophète fasse sa prédication. Il demanda à l'audience de se plier à toutes sortes de prières avant de mettre le feu à Abraxas qui s'embrasa dans un crépitement de flammes bleues magiques et inodores. Deux minutes après, c'était comme si le lit n'avait jamais été défait. Lucius traça sur sa poitrine le triangle de Merlin puis se tourna vers ses invités.

– Par ici, je vous prie.

Ils descendirent en petits rangs ordonnés jusqu'à la salle de réception un étage plus bas où rôtissait un gigantesque porc ailé dans l'âtre de la cheminée. La longue table de marbre noire était dressée de mets succulents et des elfes de maison finissaient d'apporter les dernières touches quand ils pénétrèrent dans la pièce. Sirius n'était pas là. Sans doute avait-il fini par s'éloigner et trouver un moyen de s'occuper.

Cette sixième année à Poudlard ne se déroulait pas comme prévu pour lui. James Potter avait finalement réussi à convaincre Lily Evans de sortir avec lui et en oubliait presque l'existence de ses amis. Sirius ne disait rien, bien sûr, pour passer pour un mec cool. Mais son caractère était devenu nettement plus irritable ces derniers temps. Les années précédentes, Potter lui écrivait très régulièrement pendant les fêtes de Noël. Là, il n'avait reçu aucun courrier. Regulus aurait dû éprouver un sombre plaisir à cette idée, pourtant il resta tout de même inquiet pour son frère : si même les Gryffondor l'abandonnaient, que lui resterait-t-il ?

À cause des nouvelles fréquentations de James, les Potter avaient été rayés de la liste des invités aux funérailles. Sur ce point, Regulus s'en félicitait. Il remarqua Barty près de l'outrageuse fontaine à sirop et s'approcha. Barty avait un peu grandi depuis la rentrée et était de plus en plus collé aux Serpentard afin d'en apprendre le davantage sur les pratiques de la magie noire. Elles étaient, pour la plupart, illégales et c'était pour cette raison que Mr Croupton n'en faisait jamais mention chez lui. Mr Croupton était ce genre de personne qui s'imaginait sans doute qu'en ne parlant pas de quelque chose, cela n'avait aucune existence à proprement parlé.

Le père de Barty était planté comme un piquet à quelques mètres, ne se donnant même pas la peine de se mêler aux conversations. Mr Croupton était vêtu d'une robe de sorcier impeccable aux ourlets bleutés de constellations. Ses chaussures étaient si parfaitement cirées qu'elles éclataient de brillance sous l'éclat des nombreux lustres suspendus au plafond. Une raie sur le côté séparait ses cheveux grisonnants et courts. Son étroite moustache semblait avoir été taillée à l'aide d'une règle, au millimètre près.

Mr Croupton était bien différent de son fils qui, lui, se tenait de façon décontractée et se fondait dans les discussions avec une aisance désarçonnante. Mrs Croupton était une sorcière plutôt ordinaire et avait légué à son fils quelques-uns de ses traits comme ses cheveux d'un blond sale et ses tâches de rousseurs. Barty se tenait entre ses parents, l'air de s'ennuyer ferme.

– Salut, dit Regulus.

– Salut. Drôle de cérémonie, hein ?

– Plutôt, oui. Ça me fait bizarre à chaque fois lorsque quelqu'un meurt. Le père de Lucius était quelqu'un de bien. Il nous manquera à tous.

Regulus ne disait pas cela par pure hypocrisie, comme l'auraient fait la plupart de ses cousins, mais parce qu'il le pensait véritablement. Abraxas Malfoy était certes un peu bourru, mais il avait des principes forts et une hygiène de vie irréprochable. Il avait toujours essayé d'appliquer à la lettre les diktats Sang Pur que lui avaient édictés ses ancêtres. Dans un sens, il rejoignait assez Mr Croupton, même si ce dernier se montrait bien plus négligent sur ses affiliations.

– C'est bizarre, non, qu'il soit mort de la dragoncelle, fit remarquer Barty en buvant une gorgée de sa boisson.

– Il avait quatre-vingt-treize ans, répondit son ami comme si cela éludait le mystère. Les guérisseurs ne pouvaient plus rien pour lui quand ils l'ont dépisté. Ma mère m'a dit qu'il s'était tellement gratté, que son visage était plein de crevasses... Je me demande comment ils s'y sont pris pour lui rendre un aspect présentable pour la cérémonie.

Barty haussa des épaules et l'entraîna ailleurs, loin des oreilles de son père.

– J'ai vu une bibliothèque quand on a descendu les escaliers.

– Oui, c'est le bureau de Lucius.

– Tu crois qu'il y aurait quelque chose à propos de la magie noire ?

Barty était autant fasciné par cette branche de la magie que Severus. Tous deux passaient un temps effroyable à disséquer des ouvrages à la quête de la moindre information. C'est vrai que le Manoir Malfoy regorgeait de mines d'or et Regulus était bien tenté de les parcourir lui aussi, pourtant il ne se voyait pas fouiner. Pas alors que Lucius venait de perdre son père.

La curiosité étant plus forte, Regulus finit par suivre son ami et se faufila en-dehors de la salle de réception. Barty se rendit invisible et attrapa son bras, afin de le faire disparaître par contact à son tour. Ils marchèrent sur la pointe des pieds et se rendirent dans la bibliothèque. Ils farfouillèrent rapidement et Regulus – ayant appris à maîtriser des sortilèges plus puissants pour ses B.U.S.E. – en réduisit une bonne dizaine au hasard avant d'en enfourner cinq dans les poches de son pantalon et de donner le reste à Barty.

Tout à coup, les doubles-portes s'ouvrirent à la volée et Regulus se félicita intérieurement d'avoir un ami sachant appliquer avec autant de soin un sortilège de Désillusion. Lucius était suivi de MacNair, un sorcier à l'allure revêche, un peu psychopathe sur les bords. Il préférait la viande crue à la cuite, fouettait ses elfes de maison et avait vendu chacune de ses filles dès l'âge de quatorze ans aux Sangs Purs les plus fortunés pour en tirer le meilleur prix. « Ils les préfèrent très jeunes, très dociles », avait-il dit à Regulus quand ce dernier s'était inquiété de l'absence prolongée de Bromilhda MacNair, l'an dernier. « Bromilhda a trouvé son époux. Il lui fait l'école là-bas, dans sa demeure et il se marieront lorsqu'elle aura dix-sept ans. » Regulus n'avait fait qu'acquiescer : il n'était pas rare que les filles Sang Pur ne terminent pas leur scolarité à Poudlard. Ce n'était pas obligatoire de toute manière, et elles seraient bien plus utiles dans leur nouveau foyer.

« Une femme », avait stipulé MacNair, « n'a qu'une seule chose à faire de toute son existence : rembourser son père du fait d'être née. Tu vois, je n'ai eu que des filles. Cinq, pour être exact. Ma femme les pond à la chaîne en espérant avoir un fils. Je ne désespère pas d'en avoir un », dit-il d'un ton plus caressant, le regard rêveur, « Un fils pour porter mon nom, pour honorer notre humble lignée. Ton père a eu beaucoup de chance d'en avoir eu deux... même si Sirius est un peu cinglé et différent. » Mr et Mrs Black plaidaient la folie au nom de Sirius dès qu'il agissait contre les normes de leur société. Si certains avaient fini par lui pardonner ses insolences répétées, d'autres – moins dupes – l'avaient déjà radié de leur répertoire et groupaient leurs filles bien loin de cette énergumène dès qu'ils devaient se croiser.

Aux côtés de MacNair se tenait Rodolphus Lestranges, l'époux de Bellatrix. Rodolphus était un très vieil ami de Lucius. Il n'était pas très bavard, restait dans son coin et passait le plus clair de son temps avec son frère Rabastan.

Rabastan n'était pas marié. Il avait choisi d'annoncer publiquement, lors d'un cocktail, son désintérêt total pour les femmes et sa passion pour les hommes. Personne n'avait songé à se moquer : tout simplement parce que lorsqu'il s'agissait de Rabastan, il était préférable de filer droit et de baisser les yeux, même pour un sorcier expérimenté. Si pour les Sang Purs il était de plus en plus difficile de trouver une femme convenable, la tâche était encore plus ardue pour Rabastan qui allait jusqu'à l'étranger pour trouver une fréquentation du même rang et de la même préférence que lui.

Les frères Lestranges s'installèrent sur le sofa tandis que Lucius se laissait tomber dans un grand rocking-chair, manipulant la canne de son père entre ses doigts. En le voyant plus jeune, sa ressemblance avec Draco était désormais frappante. La seule différence entre eux était la longueur de ses cheveux qui lui arrivaient à cette époque aux épaules.

Il s'écoula un temps très long et Regulus préféra se baisser au cas où le sortilège de Barty ne dure pas. Il trouva un point, juste au-dessus du bureau, où il pouvait entrevoir la scène à travers un miroir tout en restant caché. Le brouhaha de la salle de réception était loin désormais et Regulus commença à regretter de s'être éloigné.

– C'était la bonne chose à faire, coassa MacNair. Voire même l'unique chose à faire.

Un silence inconfortable s'étira encore quelques secondes avant que Lucius ne soupire et finisse par se masser les tempes.

– Il était déjà mort, de toute façon, appuya Rabastan d'un ton dédaigneux. Le Lord ne l'aurait jamais laissé l'insulter plus longtemps...

À la mention du ''Lord'', Regulus se crispa. Depuis quelques mois, Tom Jedusor avait pris l'habitude de se faire appeler Lord Voldemort et la présence de ses acolytes était de plus en plus pesante. Pour semer la terreur, ils marchaient un peu partout dans les villes, vêtus de masques et de longues capes. À cause de cela, les sorties à Pré-au-Lard avaient toutes été annulées. Regulus ne s'en plaignait pas : ce n'était qu'un mal nécessaire à l'ascension du Seigneur des Ténèbres. Mais pour d'autres, comme Sirius et ses amis, ça en était presque de l'outrage aux bonnes mœurs.

– … le traiter de Sang-Mêlé devant tout le monde, continua Rabastan en parlant en de grands gestes. Tu te rends compte un peu de l'impact que ça va avoir sur toi ? Il t'enterrait presque avec lui, Lucius. Ton père était sénile, de toute manière. Il ne comprenait pas que nous agissons pour le plus grand bien. Non, lui et ses traditions... Parfois, il vaudrait mieux les laisser au placard et essayer d'évoluer un peu. Nous, on évolue. On ne reste pas là, assis comme nos pères à acquiescer stupidement dès que le Ministère fait un pas de plus sur nos libertés. Ils se sont tellement habitués au confort de leur condition que jamais ils ne se sont dit que tout ça (il désigna la pièce d'un mouvement circulaire) pouvait être réduit en fumée par des lois abracadabrantes. Bientôt, ils nous obligeront à épouser des moldus pour rehausser notre taux de natalité. Tu verras. Oh ça, y'a pas de risques. Je préfère encore me jeter moi-même un Doloris ou forniquer avec un animal.

Rabastan tira de la poche intérieure de sa cape une boîte de tabac qu'il commença à rouler soigneusement tandis que ses mots semblaient faire impact dans la tête des trois autres. Regulus voyait bien par quelle phase ils étaient en train de passer et se demanda de quoi ils pouvaient bien parler, au fond.

– J'aurais fait la même chose, articula finalement Rodolphus. J'aurais fait la même chose, si ça avait été mon père.

Lucius semblait incroyablement tendu.

– Vous savez ce qu'il m'a dit à la fin, quand le poison était sur le point de l'achever ? Que Jedusor apporterait la perte de notre lignée, ricana-t-il. Mon père n'avait vraiment rien compris. Tu entends ça, vieux débris ?, lança-t-il en menaçant le plafond de sa canne, Je ferai briller la lignée Malfoy au-delà de tout ce qu'on peut imaginer. J'aiderai le Seigneur des Ténèbres à reprendre le monde de ces autocraties de la médiocrité. Et pour faire honneur à ta supposée dragoncelle, j'appelerai mon premier fils Draco !

MacNair applaudit vivement tandis que Regulus était absolument abasourdi. Lucius avait tué son propre père et avait maquillé le meurtre pour qu'il paraisse être une maladie ? Le choc fut si dévastateur, qu'il écouta le reste de la conversation en ne saisissant que des bribes succinctes.

– Narcissa sera d'accord pour l'appeler comme ça votre mioche ? demanda Rabastan, une cigarette coincée entre les dents.

– Elle détestait mon père. D'ailleurs, il ne voulait plus qu'on se marie, elle et moi, après ce qui est arrivé à sa catin de sœur molduphile. Il m'a dit de dégager Cissa du Manoir, qu'il ne voulait pas que notre nom soit souillé à cause de cette affaire. Et vous savez ce que je lui ai dit au vieux ? D'aller gentiment se faire voir et que si je voulais épouser cette fille, je le ferai. Que si je voulais l'avoir dans mon lit et me marier avec elle, j'étais en droit de choisir. Narcissa fera une merveilleuse épouse.

Il prononça cette phrase comme s'il essayait plus de se convaincre lui-même que les autres.

– Comment tu t'y es pris pour qu'il n'y paraisse rien ? Vous n'avez pas le serment Ad Patrem ?

Toutes les familles Sang Purs dignes de ce nom était protégée par un puissant sortilège nommé Ad Patrem. Il veillait au respect des aînés et des ancêtres. Il comprenait tout un tas de règles plus absurdes les unes que les autres et les châtiments ne tardaient jamais lorsqu'on les enfreignait. Un jour, Sirius avait insulté son père de connard. La seconde suivante, ses dents s'étaient transformées en celles de rat. Il avait refusé de sortir de l'infirmerie de Poudlard pendant près de cinq jours, le temps que le charme se dissipe. Ça avait fait rire tous les Serpentard, y compris Severus.

L'Ad Patrem était de la très vieille magie qui restait obscure pour la plupart des magiciens. Chaque nouveau-né y était lié avec une goutte de sang prélevé sur son talon le jour de sa naissance. On la déposait ensuite sur l'antique parchemin et le bébé ne pouvait rien faire pour s'élever contre ses parents sous peine de terribles menaces.

Les fondateurs des grandes lignées comme les Peverell ou les Gaunt, désormais éteintes d'après la connaissance de tous, avaient eu cette idée pour ne pas susciter la convoitise de leurs fils et ne pas être trahis. Il fut une époque où les parricides étaient devenus si communs qu'il y avait des fêtes qui leur était spécialement dédiées. Désormais, ce n'était plus qu'une pratique moyenâgeuse et barbare. Que Lucius se soit abaissé à un tel acte ruinait toutes les certitudes que Regulus avait bâties sur sa personne.

– J'ai demandé à mon elfe de le faire, avoua simplement Lucius.

– Comment ça ton elfe ?

– Les elfes sont des créatures certes considérablement inférieures à nous, mais recelant de vieilles magies. Leur existence est vouée à la servitude de la maison et si un maître leur ordonne de...

– On sait tout ça. Passe à l'essentiel, marmonna Rabastan.

– Mon elfe n'est pas lié au serment d'Ad Patrem, mais il est lié à moi. Alors si je lui demande de glisser malencontreusement quelques gouttes de poison dans le jus de citrouille de mon vénéré père, il le fera. Et puisque Père s'imagine, comme la plupart des sorciers, que les elfes de maison ne peuvent pas faire sciemment du mal à leurs maîtres, il le boira sans se poser la moindre question.

– Mais ton elfe, c'est celui de la maison, non ?

– C'est le mien. Chaque Malfoy a son elfe attitré. Il me doit d'abord service avant d'être redevable envers les autres membres de la famille... Mais ce dilemme l'a profondément secoué. Pauvre elfe. Il s'est suicidé, l'autre jour. Je vous raconte pas la misère pour décrasser ce vieux puits au fond du jardin.

Ils aboyèrent tous de rire et Regulus sentit des larmes de colère et indignation couler le long de ses joues.

– Bon, allons-y, lança Lucius avec entrain, je dois prononcer le discours mortuaire que tout le monde attend avec tant d'impatience.

Les quatre hommes burent rapidement un verre de gin et quittèrent la bibliothèque en continuant de rire bruyamment. Aussitôt, le sortilège de Barty se brisa. Il paraissait à court de souffle.

– Ils sont enfin partis. C'est la première fois que j'arrive à tenir ce sort aussi longtemps... Quelque chose ne va pas ?

Regulus aurait aimé avouer que non puis lui dire de s'en aller très loin, de le laisser tranquille. À la place, il prit une inspiration et répondit d'une voix lointaine :

– Je vais bien. Allons rejoindre les autres.

Ils réussirent à retourner dans la salle de réception sans que quiconque ne remarque qu'ils s'étaient absentés. Les elfes de maison se baladaient parmi les invités, tenant au-dessus de leur tête des plateaux en argent. Barty attrapa un petit four pendant que Lucius s'avançait parmi les invités.

– Je vous remercie d'être venus nombreux en ce jour si pénible dans l'histoire de la lignée Malfoy, prononça Lucius d'un air grave et solennel. Mon père vous connaissait tous personnellement et avait une petite affection pour les discussions au coin du feu. C'était un homme vif qui ne se laissait pas gagner ni par les années, ni par l'usure. Je l'admirais profondément pour tout ce qu'il incarnait. (Lucius marqua une pause théâtrale, se forçant de paraître réellement abattu) J'ai toujours tenté de lui ressembler et d'appliquer ses conseils à la lettre. Heureusement, j'ai un bonheur qui m'attend puisque Narcissa et moi, nous allons bientôt nous marier. Je suis certain que mon père veillera sur cette union et les fruits que cette dernière apportera. Une génération passe, une autre la succède et la terre demeure ferme à jamais.

Il leva son verre et tous les invités l'imitèrent, à l'exception de Sirius qui était réapparu mystérieusement.

Le souvenir se dissipa peu à peu et Harry se sentit tirer en arrière.

Il plongea son regard dans celui de Dumbledore qui semblait attendre une réaction de sa part.

– Lucius Malfoy a tué son propre père ?

Dumbledore acquiesça.

– Il s'est donc maudit, lui, et sa lignée. La vieille magie n'oublie jamais des actes aussi atroces.

– Vous pensez que... que c'est à cause de ça que son premier-né est devenu Cracmol ?

Les yeux bleus de Dumbledore étincelèrent.

– Sans doute, mais cela reste à creuser.

Ooo

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D.