Chapitre 5- Première terreur
Le son faisait écho entre les parois froides de la Grande Salle. Parmi les longs silences, les regards de peur et de compassion, contre les murs s'écrasaient sanglots et larmes. Les visages étaient fermés, choqués. Tom, pas plus silencieux qu'habituellement, observait l'ambiance morne de la Grande Salle. Devant lui gisait la Gazette et son gros titre, coupable du froid pesant. Les partisans de Grindelwald sèment la terreur lors d'une attaque à Sainte Mangouste. L'article résumait les faits, comment en fin de soirée, les partisans du mage noir sont arrivés à l'hôpital, se débarrassant de plus de la moitié du personnel présent, causant la mort de beaucoup de patients. Plus de 150 blessés comptés, dont une vingtaine dans un état critique. Le médicomage supérieur de la section gérant les pathologies des sortilèges assassiné. Ignus Bulstrode. Sa fille était en septième année dans la même Maison que Tom.
Nullement choqué, ni attristé, Tom écoutait d'une oreille sourde les pleurs. Rien n'était plus pathétique à ces yeux que cette tristesse, cette faiblesse. Les sentiments étaient une faiblesse dont il fallait s'émanciper pour régner. Grindelwald avait compris cela, Tom le savait. S'attaquer à Sainte Mangouste était du génie, le mage noir venait d'handicaper une bonne partie du monde sorcier de la Grande-Bretagne.
Les élèves dans la Grande Salle étaient partagés entre le déni et la tristesse. Même les professeurs étaient touchés par l'article et l'affichaient sans aucune gêne. Mais celui qui intéressait le plus Tom ne l'était pas de la même façon que les autres. Dumbledore apparaissait confus, perturbé. Lui qui, à l'image de Tom, était d'habitude très doué pour dissimuler ses pensées, n'arrivait pas à camoufler son désarroi évident. Réussir à contrôler ses émotions avait déjà convaincu Tom que son professeur était un grand sorcier, malgré la haine qu'il nourrissait à son égard. Les rumeurs selon lesquels Grindelwald aurait peur du professeur de Métamorphose renforçait ce sentiment.
Mais au vu de la réaction de Dumbledore, Tom se douta immédiatement qu'il y avait quelque chose d'autre, que la simple réputation de l'autre n'était pas la cause de ces sentiments. Profitant de la baisse de garde apparente de son professeur, le jeune Serpentard tenta le plus discrètement possible de s'introduire dans son esprit, de découvrir ce que Dumbledore cachait à propos de Grindelwald. Il entraperçue, pendant un quart de seconde, le visage du mage noir, bien plus jeune qu'aujourd'hui, avant d'être expulsé de l'esprit du professeur.
Tom mit encore moins de temps à agir comme si de rien n'était, avalant la fin de son jus de citrouille. Sur lui était fixé le regard perçant de Dumbledore. Evidemment, il n'avait aucun doute sur l'auteur de l'intrusion mentale et Tom le savait, mais son professeur ne pouvait rien prouver. Tom, malgré le rejet immédiat du professeur, avait déjà une réponse : Dumbledore avait connu Grindelwald plus jeune. Il jeta un dernier coup d'œil aux élèves en deuil avant de quitter la Grande Salle. Il avait un livre d'arithmancie à rendre à son professeur, aussi se dirigeât-il vers l'aile est où se trouvait la salle de classe. Il croisa son professeur sur le chemin et lui remit le livre, en le remerciant bien évidemment de lui avoir prêté un ouvrage de sa propre collection. Les professeurs l'adoraient et n'hésitaient jamais à répondre positivement aux demandes du sorcier prodige. Une fois encore, Dumbledore était la seule exception, d'autant plus que Tom devinait déjà que la méfiance du professeur de métamorphose à son égard n'allait qu'augmenter.
Alors qu'il faisait demi-tour pour rejoindre la bibliothèque, Tom passa devant la cour de métamorphose où il aperçut Naos adossé à l'arbre, semblant couvrir de compliments une Serdaigle rougissante. Un sourire et la voilà qui gloussait en posant sa main sur le bras du blond. Assises sur un banc de pierre plus loin derrière lui, Walburga et Alice observaient d'un œil désintéressé le manège de Naos tout en discutant. Tom décida de les rejoindre, peu désireux d'aller s'enfermer seul dans la bibliothèque alors que le temps déjà chaud du mois d'avril promettait un mois de mai ensoleillé et poussait les élèves à sortir de nouveau.
Son habitude prise de travailler avec Alice, sur ses cours comme sur ses recherches, avait eu cet effet sur lui : il appréciait beaucoup moins travailler seul, sans l'aura de sécurité l'entourant. C'est en s'approchant qu'il vit Adversaril et Alphard, auparavant dissimulés par l'arbre trônant dans le coin de la cour. La jeune fille était assise en équilibre sur le bord d'une arcade, adossée au pilier de pierre séparant la fenêtre de la suivante. Elle faisait la conversation au brun qui semblait à peine l'écouter critiquer les élèves passant de l'autre côté de la cour, son attention était portée sur sa sœur plutôt que sur sa future épouse. Il, le soir précédent, avait avoué n'avoir aucune envie de passer plus de temps que nécessaire avec Carrow mais qu'une missive de ses parents l'obligeait à se rapprocher d'elle. Tom ne pouvait que comprendre son ennui et désintérêt total pour la blonde.
Tandis que Tom rejoignait les verts et argents, quelques Gryffondors attroupés de l'autre côté de l'arbre firent une remarque en le voyant s'approcher, assez forte pour que Tom l'entende :
« Il ne manquait plus que le serpent en chef pour que ses petits ne se sentent plus perdus. »
Sans y manquer, la remarque entraîna les hostilités, Naos abandonna sa Serdaigle pour défendre son propre honneur et Alphard se leva de son perchoir, visiblement soulagé d'enfin avoir une excuse pour s'éloigner d'Adversaril. Pas le moins du monde étonné par la situation qui s'envenimait, ne connaissant que trop bien l'antipathie que se vouait les deux maisons, Tom s'approcha du groupe.
« Un problème ? »
Alphard et Naos s'écartèrent à l'entente de sa voix, laissant Tom devant les quatre Gryffondors. Face à n'importe quel autre élève, les rouges et ors auraient sans hésitation fait preuve de leur caractéristique impétuosité, mais Tom fit face à des regards baissés ou furieux. Aucune réponse ne vint comblée le silence et, non sans regard de haine, les Gryffondors disparurent trouver un autre coin. Voilà un effet que Tom aimait avoir sur les gens, déceler la crainte dans le regard, voir le courage disparaître. Il imposait le respect et la peur. Il se savait meilleur qu'eux, et ils le savaient aussi. Même son entourage était composé d'incapable, seule Alice atteignait, ou presque, son niveau.
« Du classique Gryffondor, commenta Alphard.
- Ils mériteraient une correction, se moqua Naos avant de remarquer que sa conquête avait disparu, ce n'est plus une correction mais une véritable séance de torture que je leur réserve.
- Une Serdaigle donc, commenta Tom.
- Margery Prewett, Sang-Pur et de notre année.
- Margery Prewett, plus grosse poitrine de notre année tu veux dire, corrigea Alphard qui occupait maintenant la place de l'intéressée.
- Ce serait mal me connaitre, ria Naos avec un sourire en coin.
- Oui, espérons que ma cousine soit à la hauteur de tes attentes Selwyn, lança Walburga depuis son banc, visiblement irritée.
- Ou du moins, commença Adversaril déjà rouge de rire, à la grosseur ! »
Alice leva les yeux au ciel tandis que sa camarade les fermait, contenant son irritation exacerbée par la remarque plus qu'inutile de Carrow.
« T'es pas censée faire le deuil de ta grand-mère Adversaril ? demanda la jeune Black.
- Cette vieille peau ? Elle a eu ce qu'elle mérite, grogna Adversaril, pas un seul mot gentil envers moi de toute sa vie, et avec l'héritage qu'elle nous laisse ! Je pourrais tout aussi bien remercier Grindelwald !
- Adversaril, le père d'Hestia est mort, » rétorqua Alphard.
Comme un enfant réprimandé, Adversaril se tut. Tom se fichait de l'amour et ne le connaissait pas. Il n'avait ni ami, ni amante, simplement des alliés. Mais même s'il ne savait rien de l'amour, qu'il soit fraternel, maternel, paternel ou sous n'importe quelle autre forme, il ne parvenait pas à approuver le raisonnement de la blonde. Elle faisait passer l'argent avant tout le reste, ce qui expliquait sans doute qu'elle n'ai aucun mal à devoir se rapprocher d'Alphard et de la fortune des Black. Il était clair que l'amour n'avait rien à faire dans la vie d'Adversaril non plus, mais cela ne la rendait en aucun cas proche de Tom.
Pour lui, l'amour était à sens unique, on l'aimait mais jamais ce n'était réciproque. Jusqu'alors, il ne considérait même pas la personne lui donnant cet amour, se sachant supérieur. Pourtant, Alice avait quelque peu modifier ce fonctionnement, depuis le début de leur collaboration, ils s'étaient rapprochés. Tom voyait qu'elle l'appréciait, voire l'aimait, comme un ami. Bien que le sentiment ne soit pas retourné, il la voyait avec respect, presque comme une égale. Tom se refusait d'y penser, mais il savait qu'il l'enviait. Elle savait aimer sans pour autant être faible ou montrer un quelconque signe de faiblesse. Mais il savait que les sentiments rendaient faible, Dumbledore en était la preuve. Une simple nouvelle, aussi accablante soit elle, avait causé en lui la chute de ses défenses mentales.
« Salut tout le monde ! »
Cette fois ce fut Tom qui dut se retenir de lever les yeux au ciel. Rhéa Malefoy, bien que fiancée depuis ses huit ans, semblait s'être mis en tête de tout faire pour obtenir les faveurs de Tom en cette dernière année d'étude. De grands yeux bleus accentués par d'épais sourcils blonds, un visage fin quelque peu gâché par le manque de joue, la jeune Serpentarde était loin d'être repoussante mais certainement pas aux yeux du garçon aux cheveux de jais. Naos lui avait une fois confié que toute la famille aurait été convaincue que Rhéa était une Cracmolle, croyance qui ne s'était pas révélée infondée puisque les talents de sorcière de leur camarade était terriblement réduit. Rien au monde n'était moins attirant aux yeux de Tom qu'un sorcier faible. De toute manière, il entretenait parfaitement sa réputation d'homme intouchable, inatteignable. La pauvre Malefoy se heurtait à un mur que chaque approche rendait de plus en plus furieux.
L'irritante Malefoy eut à peine le temps de l'approcher qu'il déclara devoir travailler. Il quittait la cour quand il entendit Alice prétendre avoir un devoir à finir, son pas ralenti naturellement et sa camarade fut à ses côtés en peu de temps. Aucune conversation ne fut engagée mais Alice sortit de son sac un petit carnet à la couverture usée.
« Je l'ai enfin reçu, dit-elle en lui tendant, je te préviens, c'est un ensemble de notes prises dans le désordre. Presque aucune n'a été rédigée en anglais alors il va te falloir du temps pour tout traduire. »
Il feuilletait les pages jaunies tout en acquiesçant. En survolant les pages il reconnut du latin et peut-être même du grec, certaines pages comportaient des diagrammes compliqués requérant un niveau supérieur d'arithmancie.
« Ca ne devrait pas poser de problème, commença-t-il, je dois passer voir un professeur avant, je te rejoins à la Bibliothèque. »
Il allait prendre une autre direction quand il se souvint d'un détail.
« Alice !
-Oui ? demanda-t-elle en se retournant.
- La sortie à Pré-au-lard est toujours de mise ? »
Elle sourit avant d'hocher la tête et reprendre son chemin, il fit de même et prit la route jusqu'au bureau du professeur d'arithmancie afin de lui demander des ouvrages avancés non disponible à la bibliothèque. Arrivé devant la porte en bois massif, Tom frappa trois coups avant d'entendre un « entrez ! » étouffé.
« Bonjour Monsieur, salua Tom.
- Tom, bonjour, bonjour, commença le professeur d'un aire enjoué, assieds toi mon grand ! »
Tom était sans aucun doute son meilleur élève et le professeur à l'allure chaleureuse malgré ses yeux étirés disparaissant à chaque début de sourire lui accordait une sympathie à peine dissimulée.
« Dis-moi donc, qu'est-ce qui t'amènes ici ?
- Eh bien, l'autre jour à la bibliothèque, en faisant quelques recherches dans la Réserve, je suis tombé sur un diagramme très compliqué que je n'ai pas su résoudre, commença-t-il en employant le même discours qu'il avait tenu à Slughorn l'an passé, j'ai évidemment tout de suite pensé à vous.
- C'est gentil de ta part, répondit Robins.
- C'est normal monsieur.
- Tu ne te souviens donc pas de quel ouvrage il s'agissait ?
- Vous m'en voyez confus professeur, mais j'ai oublié. »
Le rondouillard sembla peser le pour et le contre quelques instants puis se lever en accordant un sourire en coin à son élève.
« Bien évidemment Tom, ceci reste entre vous et moi, commanda le professeur tout en sortant quelques ouvrages de sa bibliothèque, mais voici quelques livres plus avancés qui vous permettront sûrement de résoudre votre diagramme. Vous me les ramènerez quand vous le pourrez Tom !
- Merci beaucoup monsieur, j'en ferais bon usage.
- Mais voyons de rien Tom ! Vous pourrez même les utiliser pour mieux préparer vos ASPIC ! »
Tom se leva et quitta la salle après que le professeur lui ai rappelé qu'il ne faisait ça que parce que Tom était le meilleur élève de sa classe. Il rejoint la bibliothèque où, avant même de s'installer à sa table habituelle, il chercha les quelques ouvrages et dictionnaires de latin et de grec. Il était très rare pour un élève de tomber sur un passage rédigé dans un de ces langues mortes, aussi les dictionnaires proposés étaient vieux et peu nombreux. C'est avec trois grimoires que Tom arriva à côté d'Alice, concentrée sur la rédaction d'un devoir. Sans plus la déranger, il commença à lister les différentes langues du carnet, en dehors des deux auparavant reconnues. Les dernières pages en particulier semblaient avoir été écrites dans une langue ultérieure au latin et au grec.
« Alice ?
-Mh ?
- Tu connais cette langue ? demanda-t-il en lui tendant une page du carnet recouverte de signes indéchiffrable, on dirait de l'ancien hébreu mais certains caractères ne collent pas.
- C'est la langue des anges, répondit-elle après une minute à observer la page. Enfin c'est ainsi que les Moldus la surnomme, c'est un des plus vieux langage magique, de l'énochien. »
Tom hocha la tête en la remerciant. Il avait déjà lu ce nom dans certains ouvrages de la Réserve lors de ses recherches sur les Horcruxes. L'énochien était pour les Moldus une sorte de mythe qu'ils liaient à l'occulte et à la magie alors qu'il s'agissait de la langue sorcière des anciens temps.
En commençant à résoudre certains diagrammes avec l'aide des livres du professeur Robins, Tom comprit que traduire l'entièreté des notes prises dans ce carnet serait une tâche longue et compliquée : les diagrammes étaient faits pour être compris en latin qu'il faudrait retranscrire en anglais. Certains passages utilisaient des codes mélangeant plusieurs langues européennes, d'autres avaient été rédigées dans un anglais dépassé, plus écrit ni parlé aujourd'hui, aussi bien qu'il était incompréhensible pour Tom. Avec tous les stratagèmes mis en place par l'auteur, ou les auteurs, du carnet, Tom pu déduire qu'il contenait des informations capitales sans doute à propos d'une magie très ancienne, qui malgré l'étude faite de cette magie dans ce carnet, devait rester le plus secrète possible.
Peu désireux de se lancer dans le long processus que serait la traduction des notes, Tom se rabattit sur le devoir de sortilège du professeur Lenuta. Le temps passa rapidement jusqu'à l'après-midi où, à 15 heures pile, les élèves partant à Pré-au-Lard s'étaient réunis dans la cour de l'horloge. La plupart des étudiants avaient choisi de restés aux château, sûrement par peur depuis les nouvelles du matin, en dehors du groupe de Serpentard de Septième année et un groupe de Serdaigle, il n'y avait que quelques Poufsouffle, dont Lyall Lupin qui, la semaine précédente, avait demandé à Walburga de l'accompagner, et des élèves de Sixième et Cinquième année.
Tom attendait adossé à un des pilier de l'édifice brisé qui devait autrefois protéger la mare au milieu de la cour, Naos, mains dans les poches, regardaient avec impatience le professeur Dumbledore récupérer les dernières autorisations de sortie avant d'annoncer le départ aux élèves.
Naos, Rhéa et Walburga discutaient de leurs achats à faire tandis qu'Alphard écoutait Adversaril déblatérer les ragots de la semaine, les futurs époux devançant le petit groupe. Alice et Tom étaient à la traîne derrière, mais cela ne dérangeait pas Tom, cela lui permettait d'avoir un regard d'ensemble et de mieux observer les réactions de chacun. La température de l'après-midi ayant encore plus augmentée, accentuée par la marche, Tom déboutonna sa veste et la retira.
« En avril, ne te découvre pas d'un fil, dit Alice.
-Quoi ? questionna Tom qui n'avait pas compris.
-C'est une maxime française, cela veut dire qu'il ne faut pas faire confiance au mois d'avril, et il faut éviter de sortir comme si c'était l'été.
- Une maxime française ? répéta-t-il moqueur.
- Ma mère est française, expliqua Alice sans se formaliser du ton de son camarade, et comme mon père a étudié l'économie magique en France…
- Je l'ignorais, donc tu es à moitié française, lança-t-il après qu'elle ai laissé sa phrase en suspens.
- Comme quoi, tu ne sauras jamais tout Jedusor ! »
Il la regarda sourire, heureuse et sans doute fière de sa pique qui leur rappelèrent quelques mois plus tôt, où ce genre de remarque était une constante entre eux. Tom admirait cette facette d'Alice, elle savait sourire d'une chose simple, sans grande envergure. Pourtant, seules quelques personnes pouvaient se vanter d'avoir eu l'honneur de voir le vrai sourire de la jeune fille et non pas un de ses sourires fabriqués de toute pièce. Avant de mieux connaître la jeune fille, Tom n'avait jamais réellement souri en compagnie de quelqu'un, il ne savait offrir que les sourires faux et forcés.
« Même si Alphard n'a définitivement aucune envie d'être avec elle, débuta Alice, je les trouve bien ensemble.
- Ils n'ont définitivement pas le choix de toute manière, Alphard y perds plus qu'il n'y gagne.
- Il est vrai, rie-t-elle, elle y gagne l'argent et un Black.
- Comment ça ?
- Oh Tom quand même ! Tu ne peux pas nier qu'Alphard a le charme si spécifique des Black, expliqua Alice en prenant le temps d'observer le concerné, il n'est peut-être pas aussi beau que son frère mais-
- Je crois que je vois merci. »
Le groupe arrivait enfin à Pré-au-Lard et la première direction qui fut prise fut celle de Zonko, sauf pour Alice qui s'excusa en disant devoir aller à Honeydukes où aucun n'avait prévu de passer.
Une fois les achats de chacun effectués, ils se retrouvèrent tous autour d'une Bièraubeurre aux Trois Balais. Alors que Walburga s'excusait de devoir aller aux toilettes, Naos interpela Howard Lestrange et Elliot Nott, les deux autres garçons de leur année.
« Bonjour à tous, salua Elliot.
- Vous resterez bien boire un coup ? proposa Naos, déjà prêt à attirer plus de chaises à la table.
- Vraiment désolé, mais on a déjà des trucs de prévus, déclina Howard d'une voix sulfureuse.
- On se revoit à Poudlard dans ce cas. »
Howard hocha la tête avant d'accorder à Tom un signe discret. C'était bien plus que « des trucs de prévus » et il le savait. Les deux jeunes hommes agissaient sous les ordres de l'héritier de Serpentard. Suite à la révélation de l'intérêt qu'un certain Poufsouffle avait montré envers Walburga Black, et de l'audace dont il avait fait preuve en osant lui demander un rendez-vous, Tom avait donc ordonné à Howard et Elliot de faire passer un message assez clair à Lyall Lupin : le frapper, l'effrayer, le torturer, peu importait à Tom du moment où le Sang-de-Bourbe comprenait la leçon. Ce n'était même pas comme si tout Poudlard savait qu'elle était engagée à épouser son cousin, Orion.
« Si je croisais Grindelwald, je le tuerai probablement.
- Oui, je pense que beaucoup le ferait Rhéa, répondit simplement Alphard.
- Hestia n'a pas quitté le dortoir depuis qu'elle a reçu la lettre de sa mère, reprit Malefoy, je pense qu'elle va rentrer chez elle pour la semaine, peut-être même plus longtemps.
- La mort de son père est vraiment une terrible perte, c'était un Médicomage fantastique. »
Malgré son implication dans la conversation, Alphard n'avait pas l'air plus intéressé, probablement occupé à oublier la main d'Adversaril dans la sienne.
« Une terrible perte pour elle comme pour le monde magique, débuta Alice, Grindelwald n'avait jamais assassiné de personne influente avant. A mes yeux le vrai crime est là.
- C'est terriblement égoïste Alice, répondit Naos.
- Non, je ne vois pas d'égoïsme là dedans, défendit Tom, ce qu'il a réalisé en attaquant Sainte-Mangouste, c'est du génie ! »
En voyant le regard incompréhensif de ses camarades après sa remarque, Tom argumenta :
« Ce que je veux dire, c'est qu'il s'en ai pris directement au lieu où les personnes qu'il aurait blessé ailleurs auraient été emmenées. En faisait cela, il a réduit les chances de survie.
- C'est vrai que je ne l'avais pas envisagé de ce point de vue là, concéda Naos, et puis il est reconnu comme étant un grand sorcier.
- D'accord, mais est-ce qu'il a vraiment un but ? s'intégra Adversaril, cherchant de toute évidence à simplement se mettre en avant avec une question qu'elle pensait pertinente.
- Son but est sans doute la chose la plus connue de sa campagne, rétorqua le blond.
- Je veux dire, bredouilla-t-elle en réfléchissant, en dehors de ça, j'ai entendu dire qu'il serait à la recherche de l'immortalité.
- Qui ne la recherche pas, répondit Alice.
- Mon père m'a dit que son signe est partout à Durmstrang, continua Carrow, vous savez le truc qui ressemble à un œil.
- C'est le signe des Reliques de la Mort, oui.
- Ah oui c'est vrai ! Merci Naos, cela vient d'un des contes de Beedle le Barde ? questionna Adversaril qui n'avait visiblement pas le contrôle de la conversation.
- Le conte des Trois Frères, ajouta Tom.
- Je l'avais sur le bout de la langue, rétorqua Adversaril, donc le plus grand mage noir de notre temps poursuivrait les mythes d'un conte pour enfant ? »
Les rires des Serpentards dérangèrent quelque peu l'auberge moins bruyante qu'à son habitude. Alors qu'Alphard, reprenant son sérieux, commençait à dire que ce ne serait pas si bête, Walburga revint enfin des toilettes en demandant à Alice de la mettre à jour sur la conversation qu'ils étaient en train d'avoir. Elle agissait comme de rien mais Tom remarqua un air subtil de culpabilité, si faible qu'il serait presque passé à côté, mais après la façon dont son frère l'avait scruté le matin même, Tom avait compris que la jeune Black dissimulait quelque chose.
« Ce serait logique que Grindelwald croit aux Reliques si il recherche l'immortalité, expliqua Alphard.
- Oui mais deux des trois frères meurent dans le conte, rétorqua Tom.
- C'est un sorcier intelligent, interrompit Alice, peut-être prétend-il simplement être à la recherche de chimères afin de brouiller les pistes quant à ses réelles recherches.
- De toute manière l'esclavagisme des moldus et la domination magique sont ses buts principaux n'est-ce pas ? »
Tom perdit le fil de la conversation durant la tirade de Walburga, trop préoccupé par ses pensées. Grindelwald était à la recherche de l'immortalité et il était en Angleterre actuellement. Le Serpentard fit rapidement un lien entre ce fait et ses recherches, à lui et Alice. Alice qui cachait un secret, quelque chose qui l'avait sauvé une fois. Et si Grindelwald avait entendu parler d'une jeune fille à Poudlard qui avait des réponses à ses questions, qui avait peut-être une clé pour l'immortalité. Tom devait faire encore plus attention à Alice si c'était le cas. Pourquoi sa première pensée fut de protéger Alice, Tom n'en savait rien. Sans doute car il se sentait supérieur à cet homme et voulait atteindre l'immortalité avant lui, et surtout sans lui.
Il avait déjà une longueur d'avance avec ses deux Horcruxes. Il passa distraitement le doigt sur la bague des Jedusor, repenser à la terreur qu'il avait lu sur leurs visages, son père en particulier, rien ne faisait ressortir en lui de plus grand sentiment de grandeur. Les tuer n'avait pas été la tâche la plus dure dans sa création des Horcruxes, tout comme tuer cette Sang-de-Bourbe, mais créer les Horcruxes en eux-mêmes lui avait pris du temps. Ce n'est qu'en fin de Sixième année qu'il y parvint enfin.
Après deux heures passées à discuter et boire, le petit groupe entama le chemin du retour sous le soleil couchant. Adversaril ne lâchait pas Alphard tandis que les autres marchaient devant. En arrivant aux abords du château, Alice lui proposa d'aller étudier jusqu'au dîner ce qu'il accepta. Etrangement, il appréciait de plus en plus la jeune fille qu'il apprenait encore à connaître. Bien qu'ils ne les entendaient pas, ses camarades s'accordaient à dire qu'il appréciait Alice, ce qui était une première pour le grand Jedusor, d'apprécier quelqu'un.
C'est dans la tour de l'horloge que leur chemin se séparèrent, Alice et Tom commençant à monter les escaliers pour rejoindre la bibliothèque tandis que les autres rejoignaient la Salle Commune.
« Jedusor ! »
Tom fit volte-face à l'entente de son nom. Howard et Elliot arrivait du côté opposé du couloir où ils étaient. Le jeune homme fit signe à Alice de ne pas l'attendre, il la rejoindrait.
« Alors ?
- Un échec, débuta Elliot.
- En partie ! rétorqua Howard, nous n'avons pas pu mettre la main sur le Sang-de-Bourbe.
- Mais on s'est occupé d'une Cinquième année qui avait l'air de le cacher.
- Ouais, elle affirmait ne pas savoir où il était, mais on les avait vu venir ensemble, finit Howard.
- Un échec. Ce serait dans vos intérêts que la prochaine mission que je vous donne ne se conclue pas de la même manière. »
Les deux bruns s'excusèrent et jurèrent que cela ne se reproduirait jamais.
C'est seulement après une demi-heure de travail que Tom réussit enfin à ne traduire que le titre donné aux notes du carnet. Il releva la tête, une boucle noire lui tombait sur le front. Face à lui, Alice lisait un livre d'Histoire de la Magie dans l'espoir de s'améliorer. Il pouvait voir la chaîne de son collier disparaître sous son chemisier. Il se souvint du soir où il avait voulu le toucher mais avait été brûlé par le contact.
« Dis-moi, commença-t-il face au regard confus qu'elle lui offrit, pourquoi tu as lancé un sort sur ton collier ?
- Oh et bien quelque chose d'aussi, répondit-elle avant de s'interrompre, attends, comment tu sais qu'il est protégé ?
- J'avais essayé de le toucher, uhm, le soir après la fête de Slughorn, » bégaya-t-il embarrassé à l'évocation de ce souvenir de la torture qu'il lui avait infligé. Mais elle ne parut pas s'en formalisé, ses grands yeux ambre le fixant en attendant un suite. « Je voulais juste voir le pendentif. »
Elle échappa un petit rire et son regard joueur croisa les yeux océans de Tom. Comme un instant perdu dans l'infini, le genre d'instant qui ne dure qu'une seconde mais parait ne jamais s'arrêter. C'était la première fois que Tom plongeait réellement son regard dans celui d'Alice. Sa voix rompit cet instant de confusion dans l'esprit du jeune homme.
« Je suis assez intelligente pour savoir quand je dois protéger quelque chose Tom. »
Sur cette remarque, elle retourna à son ouvrage. Troublé par l'instant, Tom regroupa ses propres notes et referma les différents dictionnaires qu'il avait emprunté pour les ranger dans son sac. Seul restait devant lui le carnet et son titre qu'il savait désormais déchiffrer : anciennes formes de magie et mythes, les Magiciens.
