Bien le bonjour, je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau chapitre et espère que tout le monde par ici garde une forme olympique, que vous passez un bon milieu de semaine et que bla bla bla bla...

Une fois n'est pas coutume, je remercie les nouveaux followers de cette histoire : Delphine Matre, Miss Marie 08, Nanayouche et Ragondin. Vous êtes géniaux !

Ayant déjà répondu aux reviews des inscrites par mail, il ne me reste plus qu'à donner suite à celui de :

Mélin220 : Ton commentaire m'a amusé autant que fait sourire, j'imagine que la rencontre fracassante de ce chapitre te plaira, du moins je l'espère :)

Disclaimer 1 : Certains personnages de cette fiction appartiennent à la talentueuse Stephenie Meyer.

Disclaimer 2 : La typographie en italique ( et entre guillemets ) désigne des passages extraits de Fascination, le Tome 1 traduit par Luc Rigoureau.

Trève de blablatage, je vous souhaite une excellente lecture et vous retrouve juste en bas !


Chapitre 3 : Les nouveaux

J'étais dans un bureau dont la décoration suintait l'érudition. J'étais à deux pas d'un tableau, sa surface obscure m'empêchait de distinguer les quelconques détails de la peinture. Boum. Les murs de la pièce vibraient, pulsaient presque, sous l'impulsion d'un son lointain. J'étais en compagnie de deux apollons. Le premier peu reconnaissable, de dos, se saisissait d'un recueil sombre dans sa bibliothèque. Le second : le fils de l'homme - je le qualifiais comme tel sans savoir pourquoi - était à mon côté. Son parfum envahissait mes sens pendant que sa main effleurait ma clavicule. Les traits du visage du dernier étaient insaisissables, la figure étant masquée par une pomme géante.

- " Bella, il est grand temps, c'est l'heure. " murmura la pomme.

Attendez... Une pomme, ça parle d'habitude ?

J'étais. Boum. Confuse. J'étais. Boum. J'étais à Forks. Etendue dans mon lit.

Charlie, qui devait s'échiner à tambouriner depuis un moment contre la porte de ma chambre, n'eut pas le loisir de s'acharner davantage, il soupira en s'éloignant dans l'escalier : " Au moins, je t'aurais prévenu. "

En d'autres circonstances, je me serai lancée à la recherche des bribes de mon rêve, juste pour revoir ces chimères oniriques qui s'estompaient déjà. Cependant, il était déjà six heures et demie, j'allais donc devoir m'occuper de besoins plus vitaux.

En passant à proximité du portable sur la table de chevet, je ne pus m'empêcher de lancer ma playlist musicale du moment. Le regain d'énergie passe toujours par l'écoute de refrains énergiques. C'est bien connu !

Première piste diffusée par le son faiblard de mon téléphone : We used to be friend. Ce matin,The Dandy Warhols feront largement l'affaire.

Me dandinant maladroitement, je me dirigeais vers la salle de bain. La douche fraîche fut accueillie avec plaisir, je m'autorisai même une fantaisie, en troquant mon réconfortant gel douche à la fraise, contre un nouveau produit à l'odeur sensuelle de vanille épicée.

Un brossage de dents, et de un ! Une coiffure à l'aspect, volontairement coiffé/décoiffé, et de deux ! Une minime couche de BB crème, et de trois !

J'étais déjà prête... du moins si je voulais jouer l' exhibitionniste.

Mon calvaire modesque prit donc forme, béant devant moi, en exposant les entrailles de ma penderie. Je pouvais toujours piocher au hasard un haut et un bas et m'en contenter. J'aurai pu l'an dernier, mais pas cette année.

À croire que les présentatrices du talk show Fashion Police sur E s'étaient amusé à effectuer un tri drastique dans mon armoire : je ne reconnaissais aucun de mes choix de tenue habituels. En fouillant au milieu de ces étranges pièces, je me remémorais l'impensable : les relookeuses en herbe n'étaient rien d'autres ...qu'Angela et moi.

Lors de notre dernière promenade estivale à Port Angeles, nous avions voulu "oser" dans une boutique de prêt-à-porter. Swatcher plusieurs pièces en s'imaginant être capable de les enfiler au quotidien nous avait tellement amusé qu'on avait apparemment décidé d'en d'embarquer quelques unes.

Aujourd'hui, étais-je capable de sortir de mon carcan vestimentaire habituel ? Allons, j'avais voulu oser, alors j'allais oser ! Envahie d'audace, j'optai alors pour une longue robe à carreaux rouge et noir - le nom du motif m'échappait pour l'instant - une veste en cuir noir puis une écharpe colorée, et enfin des collants foncés avec des santiags noires. Ma rentrée sera résolument rock!

Après mon interlude défi de filles, je me rendis compte qu'il ne me restait plus qu'une poignée de minutes pour me restaurer. Je passai donc en coup de vent dans la cuisine et piochai des Pop-Tarts à la fraise. Mon nouveau mode de vie allait jusqu'à me faire déguster ces choses non réchauffées. Beurk.

Dehors, ma camionnette fut réactive et accepta de démarrer presque immédiatement. Le trajet se fit rapidement sans embûches majeures comme si de hautes instances avaient hâte que je débarque au lycée.

Le principal lieu d'éducation de notre petite bourgade semblait égal à lui-même, aucune bombe n'y avait explosé pendant l'été. Un groupe de bâtiments rouge brique bordé d'un parking à l'avant, et d'une forêt à l'arrière, voilà la définition la plus simple de ce cher lycée.

La plupart des moyens de transport, aussi anciens, que ma Chevrolet étaient déjà garés sur les places de parking réservés aux étudiants. Cahin-caha, je manoeuvrai donc scrupuleusement pour me garer sur un emplacement encore libre.

Je ne prêtai aucune attention au véhicule sur ma place voisine de parking. Jusqu'à ce que je descendis pour me stopper net dans mon élan et, comme la plupart de mes camarades aux alentours, fixer la voiture bouche bée.

Le modèle semblait être - si je ne me trompe pas - une BMW M3. Il était impensable qu'un étudiant soit assez riche, surtout à Forks, pour pouvoir se déplacer dans ce type d'auto. À qui appartenait-elle ? En admirant la carrosserie d'un peu plus près le constat se dressa de lui-même : cette BMW était neuve.

Plutôt que de siffler d'admiration devant tant d'ostentation, je frissonnai étrangement et me hâtai de rejoindre l'entrée.

- " Bella, Bella, Bella, mais regarde-toi quel incroyable changement ! "

Jessica Stanley, qui m'avait malheureusement vu arriver de loin, se précipita sur moi en me saisissant par les épaules pour mieux admirer mon "incroyable changement ". Selon moi, rien d'extraordinaire : l'habit ne faisait pas le moine mais apparemment pour Jessica c'était un autre son de cloche...

- " Je me suis abonnée à Vogue. "

Avait-elle saisi le sarcasme sous-jacent dans ma voix ? Ou m'avait-elle seulement entendu ?

- " Bref peu importe, tu ne devineras jamais quoi !? Nous avons des nouveaux. "

Son excitation était palpable mais, dommage pour elle, pas communicative.

Comme je ne voulais pas être acariâtre dès la rentrée, je faignis quand même de m'y intéresser. Des nouveaux ? Groupes de musique de la trempe de Fifth Harmony ? De nouveaux vernis ? Difficile de savoir. À ma connaissance, Jessica n'avait que deux grandes passions dans la vie : les cancans et Mike Newton.

Vrrr, vrrr, vrrr. Un texto. Un discret coup d'oeil :

Reçu le 3 Septembre 2018 à 8h10

De : Angela

Faut-il venir te tirer des griffes de notre Gorgone locale ?

Je balayai les environs du regard : Angela était trois mètres plus loin près du bâtiment administratif.

Je combattis furieusement mon envie de rire en secouant discrètement la tête. Gorgone était le surnom qu'Angela et moi avions innocemment dégoté l'an dernier pour qualifier Jessica. Rien de bien méchant de notre part. Ill faut dire qu'avec son indéniable crinière bouclée et sa fausse avenance qui vous faisait croire que vous étiez sa meilleure amie pour mieux pouvoir vous fustiger derrière votre dos, Jessica n'avait pas volé ce qualificatif de méduse.

- " Bella tu es irrécupérable. Tu devrais pourtant facilement te mettre à leurs places. Imagine un peu si l'année dernière on t'avait réservé un si mauvais accueil au lycée. Comment te serais tu sentie ? "

Sur cette tirade, qui éclaira au moins ma lanterne, elle me planta là pour rejoindre une de ses amie, Lauren Mallory.

Le voile était levé, le mystère s'évapora. C'était donc ça. Ce camion de déménagement aperçu la veille. Cette pimpante et invraisemblable voiture sur la place de parking. La petite ville de Forks hébergeait, à présent en ses murs, un nouveau foyer. Je frissonnais violemment, je préférais ne plus y penser. Une faible partie de moi voulait, quand même, compatir au sort de ces nouveaux lycéens, vus comme des bêtes de foire, mais je décidai de simplement rejoindre rapidement Angela.

La matinée passa, surtout pour moi, à une allure d'escargot.

J'eus le sentiment d'assister, via les conversations intarissables, à ce que je considérais comme étant les coulisses de ma propre venue un an plus tôt.

Le pire était invariablement les rumeurs. La première, que je crus être la pire, fut répugnante. Les "nouveaux" - à croire qu'ils n'avaient jamais été baptisés - étaient représentés comme étant des frères et sœurs vivant des amours impossibles outrageusement consanguins.

Le temps que la première matière de la journée fut enseignée, la vague de ragot avait enflé jusqu'à concerner toutes les classes du lycée. Un seul potin n'étant plus suffisant pour alimenter le lycée entier, un autre commérage fit parler de lui.

L'heure du cours d'histoire grava dans le marbre la menace qui risquait de s'abattre sur la ville : les nouveaux venus étaient des serial killers, les plus dangereux criminels recherchés par Interpol, venus se cacher pour perpétrer leurs méfaits. On nageait en plein polar, mais surtout en plein délire.

Durant toute cette matinée - ce que je ne réussis à qualifier d'ingénieux ou de stupide - les nouveaux ne daignèrent se montrer. Ils se cachaient, peut-être des rumeurs, à contrario d'un ciel bleu magnifique.

Le soleil - ce qui n'était pas prévu au programme de la météo hier soir - dardait fièrement ses rayons. Le temps était radieux. Radieux mais instable.

Aussi quand Mike et d'autres élèves de ma classe de terminale décidèrent de finir la journée à First Beach, la Push, et virent les amoncellements de nuages à la pause du midi, l'enthousiasme fut douché.

- " Tout est tombé à l'eau, maintenant. C'est dommage Bella, j'aurai bien voulu t'y voir dans les moindres détails. "

" Dans les moindres détails ? " Dans le plus simple appareil aussi tiens, pendant qu'on y était ! La drague pseudo-subtile de Mike était, à mon grand désarroi, de retour. Ce n'est pas qu'il s'était séparé de Jessica mais cette dernière, fantasmant le physique d'un des nouveaux lycéens, avait blessé Mike dans son orgueil. La réflexion sur ma tenue, ou absence de tenue " dans les moindres détails" avait donc uniquement des allures de revanche. Classe.

- " Allez ne chouine pas, que serait Forks sans un peu de pluie ? "

Joignant le geste à la parole, Jessica me bouscula presque pour renverser une partie de sa bouteille d'eau dans le cou de Mike.

- " Oups ! "

Sur cette interjection faussement ingénue, elle marcha rapidement vers la cafétéria, Mike, jurant vengeance sur ses talons.

- " Et dire qu'on est en terminale, tu arrives à y croire toi ? " interrogeai-je en me tournant vers Angela.

- " Il ne reste plus qu'à espérer que les fameux tueurs en série consanguins relèvent un peu le niveau. " taquina Angela avec amusement.

- " À moins qu'ils ne décident de ne plus venir en cours en voyant cette belle mentalité."

Inexplicablement, je tremblais en formulant mon hypothèse.


Je suivis en soupirant les élèves de notre classe vers le réfectoire. La nourriture n'y était jamais vraiment très originale, sans parler des sujets de discussions immatures. Je ne m'y sentais jamais vraiment à ma place et comptais les mois qui me séparaient de l'ambiance à l'Université. Certes je ne l'avais pas encore choisi, mais c'était juste un détail.

En m'imaginant un avenir lointain, je rejoignis une place libre à l'habituelle table de Jess, Mike et d'autres élèves de ma classe.

Le silence était singulier ; leurs regards fascinés, obnubilés en un même point.

Et ce fut là, à cette table tellement ordinaire que rien n'aurait jamais dû s'y passer que, " je les vis " réellement " pour la première fois.

Ils étaient assis dans un coin, aussi loin que possible de la longue pièce où je me trouvais, ils etaient cinq. [...] Ce furent leurs visages, si différents et si semblables d'une splendeur inhumaine et dévastatrice. Des visages qu'on ne s'attend jamais à rencontrer, sauf ..."

À mesure que la lumière se faisait sur des étranges réminiscences, je divaguais des pensées qui n'existaient pas et qui ne le pourraient jamais.

Ma conscience me hurlait que j'étais assise à la cantine et que si je ne me comportais pas normalement j'allais attirer l'attention de mes camarades. Mais j'étais dans une inextricable dichotomie. Alors que mon inconscient s'enlisait, tout mon être s'ancrait dans une paire d'yeux de couleur aurifère incomparable : d'une couleur caramel aux nuances dorées. Les yeux d'Edward Cullen, qui me dévoraient presque.

Ces yeux sondaient mon âme et dans un même laps de temps suscitaient des flashs comme des scènes sur des mots - et non l'inverse.

Volvo C30. Celle que j'avais vu hier et qui m'avait laissé en transe.

Marmoréen. Un chuchotement à côté de moi.

Grâce remarquable. Un murmure narquois à notre table.

Amour. Un très léger coup de coude.

Edward Cullen rompit notre contact visuel pour se lancer dans une analyse, peu convaincante, d'une pomme verte.

Comme si on avait coupé le mode Mute d'une télévision, le brouhaha des conversations à notre table reprit.

" Regarde un peu, comment elle le mate. On a encore jamais vu ça ! " : le murmure narquois peu discret de Jessica à l'oreille de sa voisine de table.

" C'est ceux que tout le monde appellent les nouveaux. " : l'indice d'Angela dont le coup de coude voulait attirer mon attention.

- " Les Cullen et les Hale. " pensais-je à voix haute sans m'en rendre compte.

" Rosalie Hale. Elle avait une silhouette magnifique [...]

Jasper Hale. Blond, plus grand, plus élancé

Alice Cullen. La petite [...] rappelait un lutin [... ] ses cheveux noir corbeau coupés très courts pointaient dans tous les sens.

Emmet Cullen. Massif, musclé comme un type qui soulève de la fonte avec acharnement. "

Et bien sûr " Edward Cullen. l'Apollon. "

J'espérais ne pas avoir pensé tous ces splendides prénoms à voix haute mais oui, je les connaissais tous parfaitement. Tellement, que j'aurais pu les décrire à un portraitiste avant même de les voir dans cette cantine. Même si cela je ne pouvais le savoir avant de les contempler aujourd'hui.

- " Comment est-ce-que tu ... ", tenta Angela.

- " Tu les connais ? ", la coupa vivement Jessica.

Les doigts longs et fins d'Edward s'immobilisèrent en une fraction de seconde sur l'étiquette d'une bouteille de soda. Alors qu'il plissait ses yeux, il bougea ses lèvres comme s'il essayait de lire l'étiquette soudainement rédigée en chinois.

C'est alors que dix yeux perçants se posèrent sans aucune affabilité sur moi.

L'air de Rosalie était hautain et méprisant.

Le regard d'Alice, semblable à celui d'Edward, était un rien cordial mais fixe, légèrement écarquillé, déstabilisant.

Emmett, me lorgnait simplement amusé comme il l'aurait été par un rat de laboratoire.

Jasper Hale, quant à lui, me transperçait d'un regard profond et décidé.

Un autre flash-back presque calligraphié m'envahissa.

TRAQUE

Ce simple terme s'imprima comme en caractères gras dans mon esprit.

Le mot de trop qui fit déborder mon inconscient. La vanne des souvenirs les plus effrayants s'ouvrit. Je ne pus en supporter plus et en mouvements totalement désynchronisés, me levais, fis valser mon plateau, valdinguer ma chaise et tomber mon sac.

Les bruits furent assourdissants et amoindrirent tous les autres. Si j'avais voulu devenir le nouveau centre d'attention de toute la cafétéria, je ne m'y serais pas prise autrement.

Je récupérai mon sac et, en ignorant les applaudissements moqueurs et autres railleries mais surtout les regards scrutateurs de la famille Hale et Cullen, me précipitai hors de la cantine.

Plus à la lumière du jour, que des récents événements je m'efforçais de comprendre et rationaliser ce qui venait de se produire.

Bien, en résumé, je m'étais ridiculisée à tout jamais. Soit, mais plus important qu'une quelconque réputation au lycée, j'avais enfin pu voir l'identité des nouveaux. Sauf que je les avais déjà parfaitement vus ... Pas au sens premier du terme, en tout cas.

Peut-être alors qu'il s'agissait juste d'une banale impression de déjà vu ?

Des personnages de fiction vus à la télé qui faisaient écho à ces anges tombés du ciel ? Non, je ne regardais pas la télévision, enfin si, les retransmissions sur les chaînes sportives avec Charlie mais cela ne comptait pas vraiment. Si ?

Des rêves ? Possible, après tout je faisais des rêves souvent beaucoup trop explicites. Alors mes rêves seraient comme des prémonitions ? Impossible, si j'avais un quelconque don médiumnique je le saurais et aurais une vie moins ordinaire.

Amnésie partielle ? Avais-je déjà eu un grave accident pouvant la causer ? Non, ma maladresse ne rejoignait pas ces sommets.

Peut-être que je les avais connu à une autre époque ou vie antérieure. Voilà que je pensais réincarnation maintenant. Peut-être que toute mon ancienne vie me revenait subitement. Il ne me restait plus qu'à tester l'écriture automatique pour m'en convaincre : la bonne blague ...

Bon je m'égarais, je n'arrivais pas à savoir ce qui clochait chez moi. Soit. Mais, et eux alors ? D'abord d'où venaient t'ils ? De la ville de Denali, en Alaska.

Interdite, j'arrêtai de tourner en rond.

La réponse avait fusé. Elle venait tout droit sans que je ne sache comment de mon inconscient. Si je me concentrais davantage, j'étais certaine qu'à présent j'en saurai plus et que toutes les pièces du puzzle se mettrait en place.

- " Bella, est-ce-que tu vas bien ? "

Edward ? Le coeur proche de l'implosion, je fis volte-face pour tomber nez à nez avec ... Ben Cheney, le copain d'Angela.

Celui-ci commença à se ronger un ongle, l'air mal à l'aise.

- " Angela m'a demandé de m'assurer que tu allais bien. "

Le tour d'un autre ongle.

- " Je suis content de te trouver debout plutôt qu'à genoux, occupée à vomir ton déjeuner derrière un buisson" . pérora t-il en forçant un sourire.

- " Je ... je suis vraiment désolée. Ça va déjà beaucoup mieux. "

Bien sûr, je mentais.

- " Tu es sûre, tu es encore un peu pâle. Avec Ange, enfin Angela on peut t'emmener rapidement à l'infirmerie. Elle est restée dans la cafétéria pour aider le personnel d'entretien."

Il fit alors mine d'y retourner.

- " NON ! "

Je m'étais quasiment époumonée pour le retenir. Même si je n'étais pas convaincue de mon parfait état de santé - surtout mental - l'ultime chose dont j'avais besoin était d'attirer de nouveau l'attention.

- " Non, vraiment ça va mieux. J'avais cru trouver un truc bizarre dans mon assiette... mais j'ai paniqué pour rien. Rien de grave, vraiment. "

- " Ah, si c'est que ça...Je peux te laisser te reprendre si tu veux. Tu vas en avoir besoin..."

Il haussa les épaules comme pour contre balancer ce qu'il venait de dévoiler à demi-mot.

- " Euh, comment ça ? "

Pitié, j'étais lassée des surprises.

- " On a cours de physique-chimie avec Mr Banner ".

- " Et ...? ". hasardai-je.

Le cours de Mr Banner...Même si une très vilaine appréhension me titillait, j'étais larguée.

- " C'est un peu spécial mais c'est la tradition en terminale : mon frère me l'a dit. Chaque année, le prof interroge les meilleurs éléments de l'année précédente pour résumer ce qui pourrait être retenu des cours de Biologie. Un peu comme une transition je crois. Tu avais d'excellents résultats l'an dernier non ? "

Je fermais les yeux. Au vue de ma grande timidité mon impression d'imminente tragédie durant le cours de Mr Banner s'intensifia.

- " Eh, ça va ? "

Apeuré, Ben regardait partout autour de nous en espérant, peut-être, trouver le remède qui me sauverait dans la flore - et bientôt la faune lycéenne locale qui se déversait de la cafétéria.

- " Je, je vais juste m'asseoir un peu et attendre que ça passe. Et si ça ne va pas mieux j'irai à l'infirmerie. Ne t'inquiète pas, tu peux aller en cours, tu m'as suffisamment veillé. "

Prenant la mission qui lui avait été confié au sérieux, Ben eut l'air d'hésiter, mais il vit Angela au loin qui se dirigeait, seule, vers le bâtiment 4.

- " Bon, à plus Bella. "

Il réempocha sa main aux ongles martyrisés, et, enfin détendu se sauva.

D'autres étudiants sortirent de la cafétéria. Plus qu'une question de minutes avant que je ne croise cet étrange Edward Cullen et sa famille.

La peur est, paraît-il, un puissant moteur de décision...Ma décision était donc prise, je sécherai mon premier cours de physique-chimie.

C'est dans une vague tentative de paraître plus mal que je ne l'étais que j'entrai dans le bâtiment d'accueil. Ma mascarade consistait à tenir un côté de mon ventre avec un air de profonde agonie. Un jeu d'acteur digne de la plus mauvaise promotion d'Actors Studio. Peu convaincant mais surtout inutile. Les simples murs peints d'un vert kaki produisirent immédiatement l'effet escompté : mon estomac se contracta.

L'agente d'accueil, Mrs Cope, avait troqué sa flamboyante coloration rouge carmin de l'an dernier contre une improbable teinture vert alpin. Overdose de verdure. Le contenu de mon estomac commença à remonter le long de mon oesophage.

- " Oh petite, ça n'a pas l'air d'aller très fort. Que puis-je pour toi ? "

Son air de commisération maternel me rendit encore plus mal. Je l'imaginai presque évaluer ma température en me palpant le front.

- " Ma, ma, malade." balbutiai-je.

Au moins, je n'eus pas besoin de simuler.

- " Ah, c'est peut-être la grippe. J'en ai déjà eu plusieurs très tôt ce matin, bien largement avant que les cours ne commencent. Aussi pâles que toi, ça ne loupe pas. "

" Bien largement avant que les cours ne commencent " ? À l'aube ? Pâles... Les Cullen et les Hale. Malades ? Ici ? Impossible.

- " Tu m'as l'air encore plus mal en point si c'est possible. J'appelle tes parents...".

Elle décrochait déjà son combiné téléphonique en ouvrant un épais registre.

- " Pas besoin, sincèrement, mon seul tuteur est mon père et ... il est sûrement en patrouille importante vu l'heure qu'il est ".

Évoquer le Chef Swan était l'astuce à connaître : aucune administration ne veut voir débarquer la police.

Mrs Cope mordit à l'hameçon : " D'accord, mais j'insiste pour que notre infirmière te donne un médicament et que tu t'allonges pendant une bonne demi-heure. "

Sans autre forme de procès, elle me conduisit vers l'infirmerie où je m'allongeai docilement sur l'alèse médicale blanche qui recouvrait un genre de lit. Simple et efficace.

- " Mrs Hammond va venir tout de suite t'ausculter petite. "

Elle me tapota la main avec précaution - à croire que j'étais sur mon lit de mort - et rejoignit son poste à l'accueil.

L'heure qui suivit me fit presque regretter d'avoir esquivé le cours de physique-chimie. Mrs Hammond, l'infirmière en chef si vieille qu''elle semblait venir tout droit de l'époque de Mathusalem, me soumit à une batterie d'examens médicaux aussi pointus qu'inutiles. Pour au final, bien sûr, ne rien trouver. Elle soulagea malgré tout son éthique, en me donnant un simple cachet, censé amoindrir la nausée. Ce genre de traitement qui encrasse la moindre parcelle de votre corps vous rendant lourde et inconfortable.

Enfin, la sonnerie qui signalait la fin des cours, et surtout la fin de mon calvaire, se fit entendre.

Je marchais donc vite, plus vite qu'à l'accoutumée, pressée de mettre le plus de distance possible entre moi et l'horrible infirmerie où j'avais déjà consacré trop de temps de ma journée, voire de ma vie entière, lorsque l'accident arriva.

Je ne l'entendis, ni ne le vis.

Pourtant, en une fraction de seconde, mon corps vint heurter une chose – comment définir ça autrement – de plein fouet.

Ce fut si soudain et si brutal que j'en eus le souffle coupé. Je n'avais jamais expérimenté ou connu ça auparavant, la chose était glaciale.

Un souvenir s'imposa à moi, quand Jacob et moi, durant nos étés mémorables à la plage de la Push, riions aux éclats, le corps frappé par de grandes vagues d'eau froide. Ce n'était pourtant en rien comparable. L'élément tout contre moi n'était pas aqueux, mais d'une substance beaucoup plus dure.

Blessante, froide et dure comme de la pierre.

J'avais le cœur battant à tout rompre comme erratique.

Je crus, j'espérais qu'il en était fini de mon calvaire, lorsqu'une violente bourrasque arctique vint se heurter contre mon dos, me plaquant davantage à une surface granitique. La pierre gelée me blessa puis aussitôt m'engourdissa.

Mon corps commençant à être endormi, je tentais de me baser sur mes autres sens pour appréhender la situation. Une odeur particulière, sauvage et piquante me chatouilla les narines, cette odeur peu commune titilla le plus profond de mon être. Aux confins de ma mémoire, quelque chose, comme un vague souvenir se rappela à moi : c'était comme si un sentiment ancien s'agitait et tentait de remonter à la surface. J'avais l'impression, dans cette étreinte de pierre, d'être à ma place, comme si j'avais toujours dû y être et y serai toujours. Mon âme exultait, mon cœur chantait.

Bientôt, une nouvelle sensation vint parachever au reste : un souffle froid me chatouilla au creux du cou, enflammant mon derme, envoyant des ondes électriques dans tout mon corps. Alors je perdis pied et ce fut mon corps entier qui s'embrasa. Je fus prise de frissons incontrôlés qui évoluèrent vite en agréables tremblements. Des spasmes me chamboulaient, m'amenaient vers une stratosphére d'un nouveau genre.

C'est ce moment précis que la chose qui avait empêché ma chute, sondant mon corps au sien, choisit pour me jeter brusquement en arrière.

D'un coup, le paradis se morpha en enfer. Mon cou partit en arrière alors que mon corps heurtait brusquement le sol. Un infime craquement se fit entendre, ma colonne vertébrale ou … finalement non, moins grave qu'il n'y paraît : Debussy dans mon baladeur avait encore rendu l'âme !

Je me retrouvais donc les quatre fers en l'air, interdite, ébahie, comme éblouie.

Etait-ce la douleur due à ma chute, l'odeur enivrante qui extasiait encore mes narines, les sensations provoquées dans tout mon être ? Toujours est-il que la douleur ne se manifesta pas tout de suite et que je pris un moment à comprendre la situation.

Je la compris en le regardant. L'être qui avait fait naitre ce trouble en moi, qui m'avait retenu dans ma chute pour mieux la précipiter était … Edward Cullen.

Son visage à la beauté stupéfiante était changé en un masque hideux. Ses lèvres pleines, au dessin si parfait, étaient pincées en un pli haineux. Il reculait avec une lenteur exagérée dardant sur moi un regard où se mêlait une émotion inouïe : un regard assombri mêlé à la fois de désir et de répulsion. Ses narines palpitaient, et son corps fut bientôt touché par des tremblements, rien à voir avec les miens cependant : c'était comme si son organisme luttait contre un virus.

A distance, j'avais aussi l'impression, j'aurais juré l'avoir entendu grogner …

La répugnance que dégageait tout son être n'avait d'égal que ma peur. J'étais littéralement terrifiée par les vagues de fureur qui émanaient de lui pour mieux se déverser en moi.

Néanmoins, il aboya des paroles qui firent monter mon affolement à son paroxysme : " Ne t'avise plus de m'approcher."

Il recula davantage beaucoup plus vite cette fois et lâcha tristement ces paroles : " Il en va de ta propre survie. "

Le serviable Mike Newton, qui passait par là, fut promu du rang d'amusant St-Bernard au rang de Ste-Rita version masculine. Mon nouveau sauveur apparut sur ma droite et se pencha au-dessus de moi pour vérifier mon état me cachant, ainsi, à la vue d'un Edward furibond qui aurait sûrement signé ma perte.

- " Bon sang Bella, ça va ? "

J'avais le désagréable sentiment que depuis le début de la journée, je ne cessais de provoquer cette inlassable question. Énervée contre moi-même, je me retins de répondre et préférai opiner du chef.

- " Satané. Maudit. Cullen. "

Les trois seuls mots que je compris parmi le flot désagréable de l'ancienne Ste-Rita.

- " Calme toi Mike, il ne s'est rien passé. "

Courroucé, Mike se releva brusquement.

Je pus donc apercevoir le lointain.

Edward, sa chevelure cuivrée désordonnée reconnaissable entre toutes, rejoignait déjà le parking, tête baissée, tel un condamné. Il était escorté par Emmett, qui semblait serrer d'une poigne puissante l'épaule d'Edward. Emmett était-il là depuis le début ? Je ne l'avais pas vu pourtant. Alice, adossée à la fameuse BMW, les attendait ; son regard nerveux semblait passer au crible les élèves à proximité.

Une fois réunis, ils montèrent tous dans la voiture.

- " Tu rigoles, j'espère j'ai vu ce monstre te jeter sur le sol. " relança Mike.

- " Non, tu n'étais pas là, c'est moi qui lui ai foncé dedans et qui, avec mon élan, suis tombée. "

J'ignorais où Mike était et ce qu'il avait vu, mais j'avais assené à mon ton toute mon assertion. J'avais défendu Edward sans même réfléchir.

- " C'est vrai, il est trop beau et trop poli pour être honnête. Heureusement que t'étais pas là en cours de chimie. " se désola Mike.

- " Non je ne peux pas savoir je n'y étais pas, mais colporter ces histoires ne m'intéresse pas. "

Je serrai vaillamment mon sac contre mon corps meurtri pour me donner de la force.

- " Écoute, il n'y est pour rien dans ma chute d'accord. J' ai été maladroite. Et lui, il était juste au mauvais endroit, au mauvais moment. "

- " C'est bon j'ai compris, oublie ça. "

Penaud, Mike rentra la tête dans les épaules et rejoignis sa Suburban.

Comme pour clore cet instant fantasmagorique, Rosalie et Jasper Hale, déboulèrent d'un bâtiment le pas gracieux et rapide. Jasper projetait un regard alerte et tout aussi anxieux que celui d'Alice. Rosalie, impétueuse et fière, cherchait les coup d'œils avides des lycéens encore présents. Cette dernière ouvrit la portière de sa BMW comme une furie, puis la claqua tout aussi méchamment.

Elle mit les gazs et, tel un mirage, ils disparurent tous en moins d'une minute.

De manière beaucoup moins théâtrale - après tout j'étais meurtrie et propriétaire d'une simple Chevrolet - je m'astreignis aussi à quitter le lycée pour rentrer chez moi.


Méthadone : non.

Tramadol : non plus.

Où sont donc passé les puissants remèdes de cheval quand on les cherche ? Bien, au grand maux, les grands remèdes.

Je saisis la boîte et en renversa son contenu sur la table de la cuisine. Peut-être y verrrai-je enfin plus clair ?

Je cherchai encore.

Diamorphine : je passais mon tour. Je souhaitais me soulager, pas me tuer.

AT-121 : la bombe du médoc, enfin ! Un comprimé, comme une petite pilule de bonheur garantie sans effet secondaire et sans accoutumances, voilà ce qu'il me fallait...

J'en fis tomber un dans la paume de ma main. Un deuxième pour la route ? Non, ce n'était pas la solution. Je m'efforçais donc d'être raisonnable, et fis passer mon précieux avec un verre d'eau. Voici qui devrait faire effet.

En attendant, la sensation douloureuse continuait de vriller ma carcasse depuis mon retour du lycée. Nul besoin de préciser que la douche chaude, qui soulage certaines douleurs habituellement, avait fait chou blanc.

Enfin, elle avait quand même eu son utilité.

C'est sous la douche, en voulant me réchauffer, que je remarquai ces traces - j'avais en horreur ce mot hématomes - bleutées sur ma cage thoracique et, autant que je pus voir en me contorsionnant, mon dos. J'ignorais ce qui avait pu me marquer à ce point.

Même si, en étant honnête avec moi-même, mon inconscient me suggérait : le choc avec le corps d'Edward. J'essayais de relativiser : aucun contact humain ne peut vous donner l'impression de vous être heurté à un mur. Aucun contact humain, non.

Alors qu'était-il ? Un adonis sublime que, même le plus talentueux des sculpteurs aurait été incapable de créer ? Un être, né sous la férule d'un Dieu, qui faisait chanter mon coeur d'un simple souffle ? Qui bouleversait ma personne aussi profondément et intimement qu'aucun autre garçon n'en était capable ?

Misère ! Une douche - mais froide cette fois-ci - était peut-être mieux qu'une douche chaude finalement.

Certes, Edward Cullen était un aimant, à sentiments ( N/A : enfin là surtout à hormones ) mais il n'en restait pas moins un aimant ... à problèmes.

L'apollon était - ou pensait être - dangereux. Dangereux ou nocif pour moi. C'est ce qu'il avait semblé exprimer à demi-mot en m'exhortant à la distance.

À moins qu'il ne veuille tout simplement pas que je l'approche pour la simple raison que je le révulsais. Après tout, on ne choisit pas la personne que l'on déteste tout autant qu'on ne choisit pas l'élu de notre cœur.

Je perdais la tête. J'insinuais que j'étais amoureuse d'un inconnu. Inconnu qui ne l'est pas, car oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, il ne m'était pas inconnu...

Mon âme sœur ? Balivernes. D'autant plus, que mes souvenirs englobaient aussi l'existence de ses frères et sœurs.

Bien rêvasser était beau, mais cela n'amènera pas une réponse à mes interrogations.

Et puis, la cadence des cours et l'imminence du bac n'allaient pas se figer au nom de mes rêves et fantasmes. Histoire d'atterrir de pied ferme dans le monde réel, je me mis en tête de commencer à réviser l'histoire américaine. Cette matière n'étant ni optionnelle, ni complémentaire, mais bel et bien une matière principale, j'allais devoir m'y atteler.

Je planchais donc sur la grande guerre froide opposant, durant une grande partie du XXème siècle, les deux puissances mondiales : les États-Unis à l'URSS. De 1945 à 1991, de la sortie de la seconde guerre mondiale à la dissolution totale de l'ex-URSS, je passais les moindres détails de cette grande période historique au crible.

J'imaginais sans relâche une armée rouge, révolutionnaire aux yeux rouges cramoisis s'opposer à une garde blanche : des créatures marmoréennes, pures aux yeux dorés qui rejetaient le pouvoir vampirique. Euh, enfin soviétique.

Help. I. Need. Somebody. Help.

Décidément quand Edward Cullen n'était pas là pour me faire dérailler, je pouvais faire confiance au médicament pour prendre le relai.

Fatiguée, j'appelais de toutes mes forces la fin de soirée et son Morphée pour rejoindre les bras de mon lit. Ce ne fut pas Morphée mais Charlie qui finit par m'entendre et rentrer du travail.

- " Bella ? "

Surpris de ne pas me voir affairée aux fourneaux, mon père devait se demander si je ne m'étais pas fait la malle.

Je rejoignis donc vivement la cuisine même si je savais que j'allais devoir rejouer la comédie du bonheur pour ne pas inquiéter mon père. Je commençai donc avec un faux sourire enjoué à simuler la fille qui a goûté trop tard et qui n'a donc plus du tout faim mais qui s'empresse de faire doublement manger les autres.

- " Mais si tu veux, je peux te faire réchauffer les scones d'hier soir ... ils seront un peu ramollis mais mangeables. Je peux aussi cuisiner des épis de maïs en salade. Il reste des tomates et ... "

- " Tout ce cirque n'est pas nécessaire. Pas la peine de faire ton cinéma Bella. Je sais tout. "

Tout quoi ? De quoi parlait-il ? De mon passage à l'infirmerie ?

- " Je croyais que Mrs Cope ne t'avait pas appelé . "

- " Elle n'a pas eu à le faire. J'ai des yeux et des oreilles partout dans ton lycée. "

- " Et en langage non crypté, ça veut dire ? " raillai-je.

- " Ce qui veut dire que la fille de mon adjoint est étudiante dans ton lycée. Elle t'a vu à la cafétéria être à la limite de tomber dans les pommes pour ensuite aller te terrer à l'infirmerie. Bon sang Bella. Qu'est-ce-qu'il t'a pris ? Et pourquoi l'administration ne m'a pas appelé ? "

Passant outre la panique de mon père sur un problème de santé gravissime - j'avais tous mes membres et je tenais debout pourtant - je me concentrais sur l'essentiel : il y avait une taupe dans mon lycée qui allait informer mon père de mes moindres faits et gestes. Génial !

- " La fille de ton adjoint ... ? "

- " Sahila Albeck. "

Une étudiante avec un nom particulier d'origine indienne. Impossible de passer à côté ! Ce nom ne me disait pourtant absolument rien. Qui est-elle ?

- " Bella, que s'est-il-passé ? Je t'écoute. "

Le shériff Swan se campa solidement sur ses jambes et croisa les bras. L'interrogatoire était lancé.

J'ai prétexté un mal de ventre pour me cacher d'une catastrophe imminente causée par Edward Cullen.

- " J'ai seulement eu une crampe douloureuse à l'estomac après avoir mangé.Quand on voit le menu, rien d'étonnant. "

Un mensonge par omission, rien qu'un mensonge par omission. Pour la bonne cause.

- " Tu en es vraiment sûre ? Si ça ne va vraiment pas, on peut passer à l'hôpital. Voir ce... ce Dr Cullen, histoire de vérifier. "

Le Dr Cullen. Comment ne pas faire le rapprochement entre le fameux Carlisle et ce qui devait être son fils ? L'occasion en or pour dépoussiérer le mythe Edward et en savoir plus.

- " Ce chirurgien dont tu m'avais parlé ? C'est presque tentant vu tous les mérites que tu lui as prêté ! " plaisantai-je.

- " Il travaillerait encore à cette heure-ci... il n'a donc pas femme et enfants ? "

Prêcher le faux pour avoir le vrai, une technique qui fonctionna à merveille.

- " Et si, femme et enfants figure toi, il a l'air si jeunot qu'on a du mal à le croire. D'ailleurs j'ai rencontré l'un d'entre eux..."

Edward ...? Je devenais niaise mais j'espérais de tout cœur que mon père me parle de lui.

- "... Alice : une jeune fille bien élevée et polie. Sûrement habituée à un mode de vie et produits des plus luxueux mais pas superficielle pour autant. Une chic fille vraiment. Enfin, tu dois l'avoir rencontré non ? Elle est scolarisée à ton lycée..."

- " Euh... oui. "

- " Bien. C'est une excellente chose pour notre petite communauté qu'un chirurgien aussi brillant décide d'y dispenser ses soins. Il aurait pu choisir de s'installer à Seattle et occuper un poste plus prestigieux et surtout mieux payé au Northwest Hospital Center par exemple. Ce Carlisle Cullen est un saint homme qui fait son métier pour l'amour du prochain et non pour l'argent. " s'enflamma Charlie.

Je n'avais pas vraiment douté de cette possible humanité et bonté chez ce médecin. Tout comme je savais qu'il avait dû transmettre ses valeurs, mais l'entendre me fit du bien.

- " Si tu peux essayer de parler à tous ses enfants un peu pour les intégrer. Ce sont des étrangers,et je suis persuadé que les habitants du cru se sentiront obligé de cancaner. "

La colère de Charlie, concernant l'étroitesse d'esprit des gens au lycée, ne me prit pas au dépourvu. C'était comme si je m'y attendais.

- " Considère que c'est déjà fait. "

Tu m'étonnes !

- " Alors c'est parfait. Si tu es sûre de ne pas avoir faim, tu devrais aller te reposer : tu sembles épuisée ! Ton vieux père devait être capable de réchauffer les restes. "

Reconnaissante, je m'apprêtais à rejoindre ma chambre quand une fugace pensée désagréable me traversa l'esprit.

- " Papa, rassure-moi. Tu n'as pas prévenu Renée ? "

- " Non. " bredouilla t-il en réfléchissant.

- " Pourquoi j'aurai dû ? "

- " Absolument pas ! Je préfère m'en charger moi-même. Avec mes propres mots."

- " Bon, ben, bon courage. "

Du courage, j'en aurai besoin, Renée allait faire tout un pataquès et sauter dans le premier avion.

Et c'est ce qu'elle fit. Enfin non, pas débarquer sans prévenir à Forks, mais elle fit tout de même un petit esclandre.

Ces textos plus inquiets les uns que les autres durèrent un bon moment. Je dus faire appel à des trésors d'ingéniosité pour l'apaiser concernant mon état : " Oui, j'allais beaucoup mieux et étais encore en un seul morceau. Non, aucunes catastrophes météorologiques dehors ne m'amenaient à conduire sous un déluge : Noé, avec son arche, n'avait pas encore de concurrence. " Et concernant ces questions sur les garçons... silence radio de ma part. Évidemment.

Angela s'inquiéta aussi via SMS. Après ma réaction à la cantine, quoi de plus naturel.

Une fois rassurée, elle me régala de la dernière anecdote en date avec, je cite : " Notre Gorgone locale a failli faire un malaise en cours de Chimie et te rejoindre à l'infirmerie. Je crois bien qu'elle minaudera un peu moins dorénavant ! "

Je dois dire que c'était plutôt nébuleux comme message, mais en regroupant avec les paroles outrées de Mike concernant le comportement du " monstre Cullen " en cours, j'avais ma petite idée. Edward y avait fait des siennes. Assez en tout cas, pour couper toutes envies de flirt à Jessica. J'aurai du avoir peur de lui mais pourtant non, j'étais bizarrement... Amusée ?

Voulant une distraction, je tentai de m'immerger dans un livre mais me rendit rop vite compte que mes choix littéraires se portaient sur des tragédies romantiques larmoyantes à la Roméo et Juliette. Pas besoin de fiction Shakespearienne pour ressentir les affres d'une histoire d'amour impossible : j'avais déjà mon coup de foudre d'aujourd'hui pour ça.

" Coup de foudre ? " Mais bien sûr, je ris toute seule et levai les yeux au ciel.

Finalement pour meubler ma soirée, je préférai m'endormir et rêver un Edward qui me protégeait de toutes sources de dangers en m'enserrant contre lui comme plus tôt cette après-midi. Dans cette étreinte, le cœur chantant, j'étais en sécurité, à ma place.

Aucun rejet. Aucune chute de mon petit nuage au-delà du septième ciel. Ces songes me rassurèrent. Edward n'y était ni méchant, ni dangereux. Il s'imaginait juste l'être.

Car même si je me doutais que l'imaginaire avait beaucoup de pouvoir, je me disais que les personnes qui se pensaient les plus mauvaises et les plus nocives étaient souvent celles qui l'étaient le moins.

Libre penseuse délivrée de mes craintes, j'avais pris ma décision. J'irai découvrir, coûte que coûte, le coeur et l'âme de celui que je pouvais étrangement déjà considérer comme mon Edward.

C'était décidé. Demain, à la première heure, j'irai lui parler.


Bon, bon, bon nos chers Cullen sont enfin dans la place et Bella a failli, déjà, carrément perdre la vie :D D'ailleurs pour expliquer ( entre autres ) la force de caractère de notre cher Cullen qui a su résister, je pense créer une fiction OS ou une fiction sur plusieurs chapitres avec le POV d'Edward... Qu'en pensez vous ? :)

Un petit point sur les personnages, j'ai modifié, légèrement, le caractère de Jessica en la rendant ouvertement plus pimbêche et j'ai voulu donner encore plus de piquant à la personnalité de Bella, j'espère que vous les aimerez comme ça !

Le prochain chapitre : " Se livrer pour mieux se délivrer." sera publié dans plusieurs semaines. Une foule de raisons pour expliquer le nouveau délai : les chapitres seront plus complets donc l'écriture plus longue et je compte développer un nouveau personnage qui prendra encore plus d'importance dans la suite de l'histoire !

N'hésitez surtout, surtout pas à follow cette fiction ça me fera vraiment plaisir et vous permettra d'avoir une alerte de publication :)

Et, dernière chose avoir encore plus de reviews me toucherait beaucoup. Tous vos avis, positifs comme négatifs, sont bons à prendre pour s'améliorer et surtout savoir si l'histoire vous plaît !

Prenez soin de vous ! À très vite !

T.G.W