Fausse aurore
Cela devait faire plusieurs heures que le dragon noir et Astrid étaient dans la crevasse. Cette dernière commençait à trouver le temps long. Quand Mérida allait-t-elle revenir? Elle savait qu'elle pouvait avoir confiance en elle mais est-ce que cela lui prendrait toute la nuit? Si c'était le cas alors une bonne partie de son temps aurait été très ennuyeuse. Certes, la chasse avait été bonne, le repas agréable et la course amusante si l'on avait pas compté cet accident stupide mais tout de même, Astrid était assez énervée d'avoir perdu sa soirée. La précédente avait été bien meilleure malgré le périlleux obstacle qui s'était dressé entre elle et Mérida. Mais à cet instant, il n'y avait rien qui pouvait la faire songer que la soirée lui avait apporté assez de plaisir. C'était cela, il avait été trop bref. Le dragon noir s'était mis en boule sur le sol rocailleux. Ne sachant pas combien de temps Mérida allait mettre pour revenir, Astrid l'avait recouvert d'un drap noir. En l'ayant à ses côtés, elle se sentait moins seule. Elle sourit et lui caressa la tête.
Tout à coup, Astrid vit une lueur sur le sol. Le dragon noir la remarqua également. Il fit monter Astrid sur sa tête qui leva la sienne tout en prenant une longue-vue. Ce qu'elle vit au loin manqua de trop l'éblouir. Le soleil venait tout juste de montrer sa lumière et commençait à être bien visible. Comprenant ce que ça voulait dire, Astrid tapa rapidement sur la tête du dragon noir, qui ne serait bientôt plus sous cette forme, et la fit sauter plus qu'il ne la fit descendre. Elle s'arracha ses vêtements plus qu'elle ne se les ôta et se drapa d'un drap bleu tout en s'allongeant.
Petit à petit, le dragon noir se dissipait laissant place à un beau jeune homme brun ayant les yeux clos. Lorsqu'il les ouvrit, il eût une surprise incroyable. Une lueur s'était dessinée sur le sol tandis qu'une magnifique femme blonde qu'il connaissait bien, et surtout qu'il aimait plus que tout, se trouvait devant lui. Il se rendit compte qu'il était allongé près d'elle. Il ne savait pas vraiment où ils se trouvaient tous deux mais il s'en fichait. Tout ce qui comptait pour lui, c'était d'être à ses côtés.
Astrid avait complètement oublié les heures agaçantes et, surtout, sa nuit perdue dans cette crevasse où elle avait été piégée avec le dragon noir. Harold était devant elle; il n'y avait rien de plus important. Rien que le voir l'émouvait tellement qu'elle retenait un sanglot.
Presque simultanément, Harold et Astrid tendirent leurs têtes respectives l'un vers l'autre. Ils étaient là. Dans une crevasse, seuls. Ils étaient si proches. Ils pouvaient enfin profiter l'un de l'autre comme deux amoureux normaux. Leurs lèvres allaient se frôler. Elles allaient le faire.
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Cachée derrière un rocher près de la crevasse, Mérida observait la scène triste. Alors, Astrid et Harold devaient toujours attendre ces brefs moments pour, seulement, s'apercevoir? Quelle horrible torture cela devait être!
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Ils y étaient presque. Cela ne serait qu'un bref baiser mais ça serait mieux que rien. En tout cas mieux que ce qu'ils avaient vécu jusqu'ici: être incapables de se voir, de sentir le corps de l'autre.
Alors qu'il avait les paupières fermées et s'apprêtait à offrir ses lèvres à sa fougueuse dulcinée, Harold entendit un grognement. Astrid avait disparue. A sa place se tenait la dragonne bleue. Elle tentait de sortir de la crevasse dans laquelle elle et Harold semblaient être tombés. Les yeux désormais ouverts et les lèvres fermées, Harold constata son échec et, surtout, sa déception; encore une. Douleur et colère se mêlèrent en lui. Il trembla et grogna en même temps. Tout à coup, il se mit à hurler et frappa la roche en face de lui. Cela ne le soulagea pas et il finit par mettre ses bras autour de ses genoux tout en enfonçant sa tête dans ses derniers.
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En voyant son ami si triste, Mérida souffla tout en versant une larme. Son idée avait été la pire qu'elle ait jamais eu. Elle voulait seulement faire comprendre quelque chose à Harold, pas lui faire autant de mal. Elle devrait essayer autre chose de moins brutal mais elle se jura de ne plus jamais le faire autant souffrir. La douleur d'Harold semblait tellement forte que personne à cet instant n'aurait été capable de le consoler tant aucun humain au monde ne pouvait réaliser ce qu'il ressentait que ce fût au quotidien qu'à cet instant. Y compris Mérida. Elle se dit alors qu'il valait mieux le laisser seul un certain temps et s'en alla le temps qu'il allât mieux.
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Il pleurait. Pourtant, ça n'était pas la première fois qu'il échouait. Mais à chaque fois, ça faisait tellement mal. Tout cela était tellement injuste! Pourquoi n'avait-t-il pas le droit d'être humain en même temps que son amante? Pourquoi leur était-t-il interdit d'être vraiment ensemble alors qu'ils n'avaient jamais fait de mal à personne? Viggo! Il le haïssait de toute son âme! Le jour où il serait devant lui, il se vengerait comme personne ne pourrait l'imaginer.
