Le chant des grillons après le coucher du soleil se fit si soudain que Sanji se rendit à peine compte que la journée avait filé à une vitesse folle. Après la chasse aux crustacés fructueuse des garçons de l'après midi, le capitaine avait ordonné qu'un festin de barbecue de la mer soit fait, et Sanji avait donc ajouté les nombreuses captures à la viande marinée qu'il avait préparé le matin même. Le tout avait donné un véritable banquet sur la plage, sous les palmiers de l'île, où ils avaient allumé un grand feu, et planté des piquets autour duquel les filles avaient accroché des guirlandes lumineuses, afin qu'ils puissent profiter de la douce et chaude soirée qui s'annonçait. Les moments aussi paisibles et agréables étaient plus que rares dans leurs péripéties, et ils avaient appris à les apprécier. Et puis le repas avait pris des airs de fête sous les tropiques, Usopp s'était mis aux tambours pour accompagner Brook qui avait décidé de sortir ce qui ressemblait à un espèce de xylophone, tandis que Franky jouait du ukulélé. Les filles ainsi que Chopper et le capitaine avaient alors entamé un hula improvisé, tandis que Sanji s'occupait de ranger la vaisselle.

Le second de l'équipage, étrangement de bonne humeur, s'était contenté de boire un coup près du feu, les observant avec un sourire flottant sur le visage. Et ça n'avait échappé ni à la navigatrice, qui fourrait bien évidemment son nez partout, ni au cuistot, qui malgré l'ambiance légère de la soirée, n'arrivait pas à se détendre. Malgré sa bonne humeur, on pouvait clairement noter que le blond était tendu. Les événements de l'après midi l'avait plus que secoué. Non seulement le bretteur lui avait clairement fait comprendre qu'il éprouvait à son égard plus que du dégoût ou une espèce de rivalité mal placée, mais ce dernier lui avait montré toute l'étendue de son désir pour lui. Et c'était beaucoup trop pour lui, comme information, à gérer. Alors il avait fait exactement la même chose que la première fois que Zoro l'avait embrassé, il avait fuit. Malheureusement pour lui, l'épéiste était pas si mauvais au sprint et était parti à sa suite dans le but de l'arrêter. Il voulait lui parler. Mais qu'est ce qu'il lui avait pris de lui dire qu'ils allaient s'isoler, ensemble, rien que tous les deux, à la nuit tombée, dans le noir, loin des autres ? Est ce qu'il y avait plus dangereux comme situation ? Non, je ne crois pas. Jamais Sanji n'avait été aussi effrayé à l'approche d'une simple conversation.

La musique, qui avait pour habitude de le mettre dans une certaine humeur légère, n'aidait pas du tout à alléger ses pensées. Alors qu'il débarrassait quelques verres, l'un d'entre eux lui échappa, et il le rattrapa de justesse. Il pesta contre lui même. Nami n'en perdit pas une miette, et décida de discrètement se rapprocher de lui, suspicieuse.

« Sanji-kun, tout vas bien ? » demanda t-elle, d'une voix douce, de façon à ce que leur conversation reste discrète et entre eux.

Sanji sursauta de nouveau, montrant à quel point il était tendu. Mais il tenta de se reprendre face à la belle navigatrice.

« Nami-san ! Bien sûr, j'étais juste en train de ranger la vaisselle. Tu as besoin de quelque chose ? Un autre cocktail ? » demanda t-il, attentionné comme toujours, lui adressant un grand sourire.

« Je te sent un peu tendu, Sanji, il s'est passé quelque chose ? »

Aie. Décidément, il était impossible de cacher quoi que ce soit à la navigatrice, songea Sanji. Après tout, ils se connaissaient bien trop les uns les autres pour se cacher quoi que ce soit. Réflexion faite, le regard du blond désigna brièvement l'escrimeur, qui semblait bien s'amuser ce soir. Depuis quand ce dernier avait ce genre…. D'attirance pour lui ? Nami, capta directement le mouvement e son regard, et regarda également Zoro. Face au silence du cuisinier, elle sembla comprendre immédiatement.

« C'est Zoro, c'est ça ? Vous vous êtes encore battus ? Je pensais que ça allait mieux en ce moment, vous ne vous battez presque plus. » dit elle, croisant les bras sur sa poitrine, les sourcils froncés dans une expression inquiète. Elle avait beau se dire que leurs querelles étaient habituelles, elle sentait que Sanji se comportait différemment cette fois ci. Quelque chose clochait.

« Non, je… Nami-san, c'est rien du tout, tout va bien. » dit il, mais la rousse n'était pas dupe, l'expression sur son visage indiquait clairement qu'il essayait de s'en convaincre lui même.

« Sanji, s'il y a quoi que ce soit, tu sait que tu peut m'en parler, n'est ce pas ? » dit-elle, posant une main sur son épaule, alors qu'il fuyait son regard.

« Bien sur, mais tout va bien ma Nami-chérie, j'ai juste pris un peu trop le soleil aujourd'hui. » déclara t-il, avec un sourire rassurant, qu'il savait lui même faux. Il espérait juste que pour cette fois ci, elle ne creuserait pas trop.

« Bon… Tâche de te reposer ce soir, tu m'as l'air un peu surmené ces derniers temps. Essaie d'aller voir Chopper si tu ne te sent pas dans ton assiette, okay ? »

« C'est promis Nami-chérie. Ne t'en fait pas pour moi ! » dit il, avec un sourire plus franc.

La rousse fini par s'éloigner, et il se dit qu'il l'avait échappée belle pour le coup. Perdu dans ses pensées, il se dit qu'elle n'avait pas complètement tord pour le coup. Il commençait à se sentir dépassé par la situation. Le Zoro qui l'agressait dans un ruelle était devenu trop vite le Zoro qui l'embrasse a pleine bouche dans une caverne. Est ce que l'animosité de ce foutu marimo avait toujours caché une attirance ? Depuis quand ? Et surtout, pourquoi le dire maintenant ? Il avait besoin de tirer les choses au clair avec lui, mais ce n'était pas simple. La communication n'avait jamais été leur fort à tout les deux, encore moins entre eux. Levant les yeux vers le bretteur, il croisa son regard, il le regardait intensément, interrogateur, peut être un peu… Plus expressif que jamais. Sanji ne savais même pas que cet idiot pouvait être aussi expressif. Il détourna rapidement le regard, sentant ses joues chauffer, et disparut en direction de sa cuisine, les verres en main.


Luffy, Chopper et Usopp s'était endormis sur le sable encore chaud d'une journée ensoleillée, jetés tels quels dans une position improbable, les uns contre les autres comme une meute de loups sauvages. La scène aurait très bien pu être attendrissante si le capitaine et le canonnier ne ronflaient pas comme des camionneurs. Mais la scène eut le mérite de faire glousser Robin, qui posa sa main sur l'épaule d'Usopp pour le réveiller. A son tour, Nami passa une main dans les cheveux de son capitaine.

« Luffy, va te coucher, il est tard. » dit-elle, d'une voix douce, alors qu'elle prenait Chopper dans ses bras.

Le jeune capitaine ouvrit un œil et se redressa, la mine fatiguée. Il avisa sa navigatrice, et se leva péniblement, alors qu'elle portait un Chopper bien endormis. Usopp eut un petit rire et remercia Robin, alors qu'ils se dirigeaient tous vers le bateau. Luffy allait s'élancer à leur suite, mais marqua une pause pour s'approcher de sa navigatrice et l'embrassa sur la joue, lui arrachant un sourire tendre.

« Je te rejoins. » dit-elle, chuchotant pour ne pas réveiller le petit renne.

Il ne répondit rien, et se contenta de rejoindre le bateau, alors qu'elle le suivait, appréciant la sensation du sable doux sous ses pieds nus, un Chopper dormant à poings fermés dans les bras. Ayant observé la scène de loin, Usopp échangea un regard étonné avec Robin, qui elle lui répondit avec un sourire entendu. Il murmura un « Il était temps » avant de lui souhaiter une bonne nuit et de disparaître dans la cabine des garçons.


Il était bien tard, mais Sanji quitta sa cuisine le cœur battant. Tout le monde devait dormir à cette heure ci, il était sur d'avoir entendu tout le monde rejoindre leurs chambres respectives. D'habitude, à cette heure ci, ils étaient tous couchés, lui y compris, mais ce soir c'était un peu spécial. Leur petit banquet s'était étendu jusque tard, et voila qu'il avait… Rendez vous. Il aurait jamais pensé qu'il s'entendrait avec le marimo pour discuter… Tout cela était un peu surréaliste. Depuis le bastingage, il put distinguer la silhouette du bretteur devant le feu de joie qui brûlait toujours sur la plage, le regard perdu dans les flammes qui dansaient. Sanji soupira. Il n'allait pas passer sa vie à l'éviter, alors autant en finir une bonne fois pour toute. Pas moyen que ce petit jeu ne continue encore longtemps, et il comptait bien y mettre un terme. Mais avant ça il avait besoin de comprendre ce qu'il se passait réellement. Il passa une main sur son visage, alors qu'il brise plus légère soufflait dans sa chemise ouverte, et décida de débarquer du bateau, se dirigeant vers leur petite plage privée.

Chaque pas dans le sable qui se rafraîchissait avec la nuit trahissait son arrivée, mais ce qui le trahirait sûrement, c'était les échos assourdissants de son cœur, palpitant dans ses tempes et dans sa poitrine. Zoro se tenait la, debout devant les flammes qui rougissaient dans la nuit, et leur lueur dansèrent dans son regard alors qu'il levait les yeux vers lui, lui donnant cette allure animale qu'il avait l'habitude de voir chez lui, durant un combat. Mais son combat était différent ce soir, et Sanji se demanda s'il n'en était pas plutôt la proie. Ils se jaugèrent un instant du regard, avant que le cuisinier, mal à l'aise, ne brise le silence pesant qui s'était installé.

« Tu voulais qu'on parle, je suis là. Maintenant crache le morceau. »lança Sanji, à la fois mal à l'aise et impatient.

Zoro fronça les sourcils, et passa une main sur son visage, visiblement ne sachant pas par où commencer. Après quelques secondes de battement, il se baissa pour attraper la bouteille abandonnée à ses pieds et en bu une longue lampée, peut être pour y voir plus clair. L'alcool avait toujours été une façon d'alléger son esprit, clarifier les choses. Mais cette nuit là, dans cette ruelle, il avait compris que l'alcool ne pouvait pas toujours être son allié, et avait fait ressortir toute sa frustration, ce qu'il avait refoulé depuis un moment déjà. Levant de nouveau les yeux vers le cuistot, il lui tendit la bouteille déjà bien entamée. Ce dernier s'en saisit, un instant hésitant, avant d'en boire rapidement plusieurs gorgées, nerveux. Zoro eut un petit rire nerveux, avant de mettre ses mains dans les poches de son jean. La chaleur des flammes et de l'alcool commençait à lui monter à la tête, mais peu importe. Il n'avait jamais eut besoin de quoi que ce soit pour dire ce qu'il pensait, pourquoi ce serait différent ce soir ? Et puis le cuisinier devait déjà avoir compris, il l'avait embrassé déjà deux fois.

« Je veux te faire l'amour. » déclara t-il d'une voix blanche, levant un regard brûlant sur le blond.

Sanji faillit s'étouffer avec son alcool, et avala de travers, se mettant à tousser bruyamment. Il toussa pendant un moment, mais le bretteur ne put s'empêcher d'avoir un sourire en coin plaqué sur les lèvres.

« Oi, ça va ? » demanda t-il, un poil inquiet.

« Mais t'est complètement malade, ça va pas de dire une chose pareille ?! » hurla le cuisinier, la voix sifflante, le souffle encore court, la bouteille toujours à la main.

« Quoi ? Tu voulais que je crache le morceau, maintenant tu sais. Et encore, j'y ai mit les formes. Si tu veux, je peut changer de formulation, baka-cook. Je peut le dire autrement : j'ai envie de… » commença Zoro, avant d'être interrompu par un Sanji horrifié.

« NON ! Ça va, j'ai très bien compris ! Bordel mais t'est tombé sur la tête… C'est ça, j'y vois que ça comme explication. A force de prendre des coups sur ta tête d'algue t'est devenu complètement dingue. Il faut que je dise à Chopper de faire des tests sur toi, t'a perdu la tête. » se mit à déblatérer le blond, au bord de l'hyperventilation.

« … Hey. Calme toi, y'a pas mort d'homme. » lança Zoro, détendu, haussant des épaules.

« Y'a pas mort d'homme mais il risque d'y en avoir si tu me cherches Marimo ! D'abord tu m'agresses, ensuite ça ?! C'est une blague ?! Y'a pas moyen ! »

« Tu disais pas ça, tout à l'heure dans la caverne. » lança Zoro, fier de son effet.

Sanji le regarda, livide. Est ce que Zoro venait vraiment de lui avouer qu'il voulait le… ? Il avait du mal à intégrer l'idée. Pourtant, il n'avait pas tord, plus tôt, lorsqu'il l'avait embrassé, il aurait du lui flanquer la raclée de sa vie, et même dès le départ, dans cette ruelle sombre. Mais qu'est ce qui l'en avait empêché… ? Rien. Pire, il avait répondu à son baiser. Le choc ? La surprise ? Non, Sanji ne pouvait pas se mentir à ce point là. Il en avait été troublé, certes, mais au vu de leurs relations, il lui aurait flanqué un service complet de ses dernières attaques s'il n'avait pas… Apprécié ? Bordel de merde. Le souffle coupé, le blond réalisait juste maintenant qu'il avait pu, hypothétiquement, apprécier le geste. Tout se passait très vite dans la tête de Sanji, mais finalement, la seule chose qui put sortir de ses lèvres fut…

« Mais… Pourquoi ? » souffla t-il .

Ce n'était pas du tout ce à quoi s'attendait le bretteur. A vrai dire, il pensait pas qu'à ce stade là de la conversation, il n'aurait pas déjà pris un coup de pied en pleine tronche. Mais voilà qu'il posait la seule question à laquelle il se refusait de répondre. Honnêtement, en tout cas. Difficile de se l'avouer à lui même, alors le lui dire… Zoro soupira, croisant les bras.

« Parce que j'en ai envie, tout simplement. Depuis un bout de temps, à vrai dire. Et puis… Quand j'ai appris tout ce qu'il s'était passé, ton mariage, ton départ de l'équipage… Je me suis dit que j'en aurait peut être plus l'occasion. Alors il fallait que je tente. » dit il, sincèrement.

C'était le gars le plus culotté de l'univers. Le plus taré, aussi. Si Sanji hésitait entre plusieurs de ses camarades pour le prix de la palme de l'esprit le plus dérangé, maintenant il était sûr que le grand vainqueur c'était ce stupide marimo. C'était complètement dingue de l'entendre sortir une raison pareille. Il secoua la tête pour reprendre un semblant de contenance. Cette conversation n'avait pas de sens. Ils se détestaient depuis le début, pourquoi maintenant il voulait… Mon dieu, Sanji se refusait à l'imaginer ne serait ce qu'une seule seconde.

« Et bien je peut t'assurer que ça n'arrivera jamais, espèce de dérangé. Je sais pas ce qui t'a fait croire que ça pourrait arriver, mais je te le garantis, y'a pas moyen. Maintenant si tu as fini de dire des conneries, je vais aller me coucher. » lança froidement le blond, tentant de reprendre son sang froid, avant de tourner les talons. Mais c'était sans compter sur la célèbre détermination du bretteur.

« Attend. Pourquoi ? » lança t-il, le retenant. Le blond s'arrêta brusquement, comme monté sur ressort.

« Pourquoi quoi, saleté de marimo ?! » Sanji était excédé.

« Pourquoi tu ne veux pas me laisser une chance ? » demanda le bretteur, d'une voix douce que Sanji ne lui connaissait pas, et qui avait pour effet de le mettre hors de lui.

« Te laisser… ? Tu te rend même compte du délire la ! On est des hommes tous les deux, déjà. Ensuite on se déteste tout les deux depuis toujours ! Et puis… Et puis j'ai pas envie, taré de tête d'algue ! »

« … Je ne te déteste pas. Et puis des hommes, des femmes, c'est pareil, non ? » répondit-il, en haussant des épaules.

« On s'en fiche de ça ! Je t'ai dit que je ne voulais pas ! C'est mort, ça n'arriveras pas, algue de mes deux ! »

« Tu changeras d'avis. »

« Quoi ?! »

Zoro s'approcha de lui avec un sourire dangereux et sadique sur le visage. Pris de panique, le blond ne put que reculer, s'acculant à un palmier non loin, après quelques pas en arrière, maudissant son trouble qui l'empêchait de lui balancer son pied dans les parties. Le bretteur en profita pour le coincer contre l'arbre, et Sanji ne put que retenir son souffle dans l'attente de ce qui allait venir. Il se pencha sur lui, approchant ses lèvres de son oreille, une lueur de défi dans le regard.

« Tu changeras d'avis. Tu finiras par me supplier de te prendre. Et une fois que ce sera fait, cook, je te ferait gémir mon nom tellement fort… Que toute la marine saura qui fait jouir si violemment la Jambe Noire. »

Sanji se tétanisa. Les yeux écarquillés, il se figea contre l'arbre, terrorisé comme il ne l'avait jamais été auparavant (et il avait vécu sur l'île des Okamas pendant deux ans). Zoro le remarqua et eut un rictus, avant de reculer et de s'éloigner sur la plage, en direction du bateau. Sanji était écarlate, son cœur sur le point d'éclater dans sa poitrine, et son jean étrangement serré au niveau de l'entre jambe. Il s'écroula dans le sable, ses jambes incapables de le porter plus longtemps. Qu'est ce qui venait de se passer… ?!

A suivre...


Voilà pour ce chapitre ! Je voudrai m'excuser pour ces longs mois qui se sont écoulés depuis le dernier chapitre, je n'était simplement pas en capacité d'écrire, mais j'aime beaucoup cette histoire et j'aimerai la continuer. Je vais essayer de poster plus régulièrement un chapitre. Je remercie tout ceux et celles qui m'ont laissé d'adorables reviews, vous êtes les meilleurs. On se retrouve très prochainement pour le prochain chapitre ! Bye~