Le soleil passa a travers l'or des ses cheveux, attirant le regard un court instant. Le premier regard fut bref, le deuxième s'attarda, le dernier se fit fuyant. Zoro regarda le cuistot déposer un verre coloré auprès de la navigatrice, tourbillonner comme un abrutit avant de retourner dans sa cuisine. Il ne savais pas trop comment c'était arrivé, a vrai dire. Il ferma les yeux, méditant les derniers événements. Il lui avait fallu quelques instants pour réaliser. Comme l'évidence simple d'un changement de saison. Il y avait eut un avant, et il y aurait un après. Zoro n'était pas du genre cérébral, pourtant c'était quelque chose qu'il n'avait jamais eut de mal a comprendre. Certaines choses changent. D'autres persistent. Il avait espéré pendant des mois que ça changerait, que ça lui passerait. Mais voila, après presque trois ans d'aventure, à se côtoyer les uns et les autres, malgré les changements, rien ne s'était effacé. Au contraire, après les deux ans qui les avaient tous séparés, tout s'était amplifié. Si l'or avait juste accroché son regard un instant la première fois, le détail s'était installé les fois suivantes. Dans sa contemplation, il s'était mis a dessiner du regard certains mouvements. Il avait mémorisé certains éclats de voix. S'était enivré d'alcool a défaut de son odeur.

Et puis, il avait recherché le contact. La rivalité, comme substitut de flamme a alimenter. Ils s'étaient engueulés, jugés, battus, respectés, insultés, mais surtout, ils avaient échangés. Zoro n'était ni ignorant, ni idiot. Ces brefs moments de conflit étaient libérateurs, leur permettant de décompresser de cette attente permanente du moment où le danger leur tomberait de nouveau dessus. Ou peut être espérait il plus que le danger comme excuse? Plus le temps avançait, et plus le regard du sabreur s'attardait. L'or à l'éclat accrocheur était pâle comparé au saphir qui marquait, à travers la brume d'une cigarette, les abysses de la mer. La profondeur d'un éclat de rire. L'élégance de certains gestes, chorégraphiés avec une précision qu'il admirait sincèrement. Chaque jour, un nouveau détail le faisait frémir, jusqu'à le distraire de son propre entraînement. Alors il avait décidé qu'il valait mieux l'ignorer. S'enivrer de petites doses, parfois cherchant le conflit, parfois l'évitant, comme s'il risquait l'overdose. De courts et singuliers moments pour exprimer toute sa frustration, déguisée en mépris. Il s'était traité de lâche cent fois par seconde. L'entendre de sa bouche, alors qu'il luttait pour ne pas céder à ses pulsions, l'avait fait céder un court instant, et puis l'avait également libéré.

Zoro n'était pas du genre a se cacher du regard des autres. Mais c'était tout de même dur a s'avouer, même pour Zoro. Alors il s'était creusé la cervelle comme jamais. Juste une fois... Peut être qu'une seule et unique fois lui permettrait de mettre tout ça derrière lui, et de se concentrer a nouveau sur son entraînement et leurs objectifs dans le Nouveau Monde. Alors il avait attendu le bon moment. Mais... L'équipage avait été séparé, l'identité du cuistot s'était révélée, il avait faillit se marier. Et Zoro n'avait absolument aucune idée que pendant ce temps la, l'équipage avait faillit perdre le cuisinier. Qu'il aurait très bien pu ne plus jamais revoir le blond jouer de sa dextérité avec ses couteaux dans sa cuisine. Plus jamais se réveiller de sa sieste avec des insultes et un plateau de boulettes de riz préparé rien que pour lui. Plus jamais avoir la chance de lui dire, de faire ce pas en avant... Vers lui. Alors le voir danser dans les bras d'une autre femme un soir après leur départ de Wano, l'avait rappelé a l'ordre. Ils avaient faillit le perdre. Et ça risquait d'arriver encore, et ça le rendrait fou s'il n'agissait pas bientôt. Alors l'alcool aidant, il avait révélé ses intention. Et une seule fois n'avait pas suffit.

Zoro leva les yeux au ciel, passant une main sur son visage, alors qu'il était assis sur le pont supérieur. Ce n'était pas dans ses habitudes de polluer sa séance de méditation par ce genre de pensées. Mais ce qu'il avait pris pour une simple attraction physique se révélait peut être plus qu'une attraction sexuelle. Il ne savait plus trop quoi en penser. Non loin de lui, lisant un énième bouquin, Robin se détendait au soleil. Cependant ses coups d'œil se faisaient insistants, et il la soupçonnait d'avoir une idée de ce qui se tramait. Après tout, espionner les autres était un de ses passe temps favoris. Il se leva, s'approcha d'elle et de la vue parfaite qu'elle avait sur le pont inférieur, se postant près d'elle. Plus bas, Luffy, Chopper et Usopp jouaient avec des pistolets a eau, riant gaîment.

« ... »

« Quelque chose ne va pas, bretteur-san? » demanda t-elle, alors qu'il venait se poser près d'elle.

« ... Tu le sait déjà très bien. Tu sait tout ce qu'il se passe sur ce bateau. » dit il, le regard glissant du pont inférieur jusqu'au hublot de la cuisine.

« ... Effectivement. Mais je me demandais si tu voulais en parler, simplement. »

« Je vois pas ce que ça changerai a la situation. » lâcha t-il, contrarié.

« La parole libère de certaines pensées. Tu ne serait pas le premier a en faire l'usage. » dit elle, en le rejoignant près du bastingage du pont, regardant Nami griffonner ses cartes sur le pont de la proue, juste en face, sur une table installée par Usopp quelques jours plus tôt.

La navigatrice était très concentrée sur ses tracés, et n'avait pas vu que le soleil lui tapait désormais sur la tête. Plus bas les garçons continuaient de jouer, mais elle était trop concentrée sur ses cartes pour y donner un quelconque crédit. Zoro avait suivit le regard de l'archéologue, mais ne comprenais pas vraiment où elle voulait en venir. Et puis Luffy s'était immobilisé en bas, jetant un œil a sa navigatrice. Son bras s'était étiré et avait fait sursauter Nami, qui allait crier sur le capitaine lorsqu'elle reçu un chapeau bien familier sur la tête. Surprise, elle jeta un œil plus bas, et alors que le capitaine affichait un sourire idiot, Nami lui rendit son sourire, attendrie, et se remit a dessiner. Zoro leva un sourcil d'étonnement, avant de se tourner vers Robin, qui souriait.

« Toi qui les connaît depuis longtemps, tu ne t'en doutais pas ? » dit elle, complice de sous entendus.

« ... Si, bien sur. » dit-il, un peu déstabilisé par l'argument.

« On vit tous ensemble, ce n'était qu'une question de temps. » déclara la brune, haussant des épaules.

« Et toi? » demanda Zoro, avec un sourire en coin.

« Quoi moi? » répondit-elle, avec un air faussement étonné.

« Je ne suis pas aveugle au point de ne pas comprendre, mais sérieusement... Franky? » dit-il roulant des yeux, comme si c'était évident.

Elle eut un petit rire et haussa de nouveau des épaules. « Et toi? »

« Quoi moi?! » lança Zoro, piqué au vif.

« Le seul qui semble étonné de ce développement, c'est notre cher cook-san. Il ne s'y attendais pas, si je puis dire. » dit-elle, diplomate.

« Hmphf. S'il pensait un peu moins a draguer et un peu plus a s'entraîner, on en serait pas la. » se renfrogna le sabreur.

« Mais ce ne serait pas notre cook-san. Tu dois lui pardonner, il ne se serait jamais éloigné de l'équipage s'il n'y avait pas été forcé. »

« Tu en sait quelque chose, hein? »

« Hm-hm. Mais je suis encore la. Et lui aussi. Laisse lui le temps de s'y faire... Avec le temps, certaines choses apparaissent plus évidentes que d'autres. » dit elle, avec un beau sourire.

« ... »

« Au pire, si ça ne fonctionne pas, vous n'aurez qu'a recommencer a vous quereller comme d'habitude! »

Zoro eut un petit rire, avant d'adresser un franc sourire a l'archéologue, ses inquiétudes étrangement plus légères.

Plus bas, depuis le hublot de sa cuisine, un certain cuisinier n'avait rien perdu des sourires échangés entre l'archéologue et le sabreur. Et il n'avait jamais mordu sa cigarette aussi fort. Furieux, Sanji se dit qu'il était temps que les bonnes (ou mauvaise?) habitudes reprennent, et qu'il était encore plus temps de flanquer une correction à cette stupide tête d'algue.


« Oi, Sanji ! C'est le troisième paquet que tu fumes, tu penses pas que tu devrais ralentir la cadence ?! » lança Usopp, alors qu'il bricolait dans l'herbe, plus tard dans l'après midi.

Le cuisinier avait rangé et astiqué toute sa cuisine de fond en combles, mais continuais de fulminer. Alors il était sorti prendre l'air… Ou plutôt prendre sa dose de nicotine. Mais celle ci ne parvenait pas à le satisfaire, et il fumait cigarette sur cigarette, en faisant les cents pas, non loin du canonnier. Ce dernier l'avait regardé d'un air étonné dans un premier temps, et puis s'était souvenu que Sanji était plutôt du genre sanguin, donc il était certainement énervé. Mais par quoi ? Et puis la fumée avait fini par le déranger, d'où la remarque.

« Tu veux en parler, ou tu va continuer à m'enfumer longtemps ? Geez, tu devrais peut être te mettre au sport pour décompresser, comme Zoro...»

« Ne me parle pas de cet abrutit de Marimo de mes deux! » hurla le blond, commençant à perdre son calme.

« Ouh ! Du calme, j'y suis pour rien moi ! » répondit Usopp, leva les mains en signe d'innocence.

« … Excuse moi, tu as raison. Je vais aller m'en prendre à lui plutôt ! » dit-il, avant de remonter les manches de sa chemise blanche, lançant son mégot dans le cendrier.

Usopp leva un autre sourcil, étonné. Il n'était pas rare que ces deux là s'énervent, mais là Sanji était bien trop remonté pour que ce soit une simple dispute. Depuis qu'il avait entendu que Sanji avait faillit quitter l'équipage, il s'inquiétait que Zoro le lui reproche, comme il l'avait fait pour lui à Water Seven. Au moment même ou Sanji allait monter sur le pont supérieur, Zoro qui revenait d'une autre séance de musculation apparut en haut des marche, torse nu comme à son habitude, une serviette sur l'épaule. Le blond s'immobilisa en le voyant, et Zoro descendit les marches et dépassa le cuisinier, ignorant sa présence, et ce dernier se retourna, rouge de colère. Ça allait barder.

Rapidement, alors que Zoro s'avançait vers l'autre pont, Sanji profita qu'il était de dos pour l'attaquer d'un coup de pied surpuissant dans les côtes, mais tout aussi rapide que lui, Zoro se retourna et para le coup, à mains nues, ses sabres absents à sa hanche. Retenant sa jambe, Zoro esquissa un sourire provocateur.

« Tu attaques un homme désarmé, maintenant, cook? »lança t-il, piquant.

« Va te faire foutre Marimo, il est temps que je te flanque la correction de ta vie! Espèce d'enflure!» répondit Sanji, déjà bien échauffé.

« Puisque tu insistes. J'ai même pas besoin de mes sabres pour te battre à plate couture. »

« Naaaamiiiii! Ils recommencent! » hurla Usopp, à l'attention de la navigatrice, qui pointa le bout de son nez quelques minutes après, alors que tout l'équipage qui avait entendu l'appel du canonnier se rassemblaient sur le pont principal.

Sanji se dégagea de l'emprise de Zoro, et envoya d'autres coup de pieds, que Zoro n'eut aucun mal à éviter ou parer. Plus haut, sur le pont au dessus, Nami allait s'élancer pour les calmer d'un bon coup de poing chacun, mais Luffy, sérieux, lui fit signe de ne pas bouger, et elle lui lança un regard étonné puis reporta son attention sur les deux principaux intéressés. Sanji avait l'air trop sérieux pour une querelle habituelle, et Zoro se foutait ouvertement de lui en se contentant de parer ses coups. Inquiète, la main de Nami se serra sur le bois du garde-corps.

« J'en ai plus qu'assez de ton comportement! Tu te prend pour qui, bordel ?! Tu crois que je t'ai pas vu, hein ?! » lança le cuisinier, hors de lui.

« Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Tu devrais arrêter ton char de love-cook, tu commences à débloquer à force de saigner !» Zoro sentait que quelque chose clochait, mais il ne put s'empêcher de répondre aux provocations.

« Ben voyons ! Tu sais très bien de quoi je parle, enfoiré. En plus d'être un lâche, tu deviens un menteur, algue de malheur ! » Le visage de Sanji était rouge de colère et sa voix exprimait une rage qu'ils ne lui connaissaient pas.

« Quoi ?! Mais c'est quoi ton problème, bordel ?! » Zoro commençait à perdre patience, ne comprenant pas un traître mot de ce qu'il lui reprochais.

« Tu te met à draguer Robin-chan maintenant, marimo dégénéré ?! T'a pas autre chose à faire, espèce de demeuré ?! Tu peut bien me faire ton cinéma après tiens, mais tiens toi loin d'elle. Sinon je te refait le portrait façon puzzle, kuso-marimo ! » hurla le blond, hors de ses gonds, enchaînant les techniques, toutes parées par le bretteur.

Zoro marqua une pause dans leurs échanges de coups, et soupira, piqué au vif. C'était de ça qu'il s'agissait ? Il avait du les voir discuter tout à l'heure, et voilà que ça le mettait dans tout ses états ? C'était tout simplement stupide, il savais pourtant bien que c'était lui qui l'intéressait, non pas l'archéologue. Alors pourquoi il s'énervait comme ça ? Ce n'était pas une tentative de rapprochement, non. Cette fois ci, c'était un règlement de comptes.

« T'est complètement à coté de la plaque, ma parole. Tu t'inventes des histoires tout seul et après tu viens me les briser pour ça ? Trouve toi une autre occupation, j'suis pas d'humeur, sourcil en vrille. » dit-il, soudainement très sombre et fermé.

Il allait se détourner du cuisinier, quand ce dernier décida qu'il n'allais pas s'en sortir comme ça, et Zoro fut obligé de parer un nouveau coup, puis un autre, et puis la vitesse des coups de Sanji augmenta avec sa rage. Finalement, Zoro ne put éviter le dernier coup, et le poing de Sanji vint s'écraser sur sa lèvre, qui éclata sous la puissance de l'impact. Tout l'équipage retint un exclamation de stupeur, horrifié par la violence de ce geste qu'ils n'avaient jamais vu. Sanji venait de frapper Zoro. Avec son poing.

Le cuisinier lui même en semblait choqué, mais sa rage bouillonnait toujours. Sa respiration était erratique, et ses phalanges saignaient également, contusionnées par la force qu'il y avait mis. Chopper sauta sur le pont pour s'approcher de Zoro, qui regardait Sanji droit dans les yeux, à la fois en colère et troublé, sa lèvre saignant abondamment. Suivit Nami, qui se mit entre eux deux, choquée d'avoir été témoin de ce qui ressemblait à la dispute la plus sérieuse qu'ils avaient eut. Sanji n'entendit même pas que Chopper lui demandait d'arrêter, et encore moins Nami qui lui demandait s'il était devenu fou, et lança un regard froid, brusquement calme et sans aucune émotion, à son rival.

« Ne t'approche plus de moi. »

Le cuisinier tourna les talons et disparut de l'autre côté du bateau, laissant tout l'équipage choqué du geste qu'il venait d'avoir, et un Zoro stupéfait. Il se dégagea des mains de Chopper qui voulaient déjà regarder sa blessure, et, le souffle court, fit un pas en avant, comme pour le suivre. Mais il se ravisa, et fit demi tour, envoyant bouler Nami qui s'inquiétait elle aussi. Il remonta les marches quatre à quatre, et croisa le regard durcit du capitaine, avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain plus loin.

« Oi ! Il viens de se passer quoi, là ?! » demanda Franky, abasourdi.

« Yohohoho, je crois que notre cher Sanji était très en colère... » ajouta Brook.

« Il l'a frappé, avec ses mains ! » Usopp était sur qu'il n'avait jamais vu Sanji utiliser ses mains lors d'un combat, leur assurant qu'il en prenait soin pour cuisiner. Or, c'était ce coup de poing qui semblait avoir eut plus d'impact que chacun de ses coups de pied, de part sa symbolique.

« Bon sang, ces deux là sont incapables de communiquer normalement, c'est de pire en pire, il faut faire quelque chose ! » lança Nami, alarmée.

« Laissez les régler leurs comptes. Ça nous concerne pas. » déclara solennellement le capitaine.

Nami leva le nez vers lui, et il lui répondit en retrouvant son sourire idiot habituel. La rouquine soupira, soucieuse. D'abord il ne se parlaient plus du tout, puis les choses commençaient à aller mieux, et voila que Sanji usait de ses mains pour blesser Zoro. Elle était désormais sure qu'il se tramait quelque chose entre eux, et ne savait pas comment apaiser les esprits beaucoup trop échauffés. De plus, Luffy avait donné l'ordre de ne rien faire, à l'étonnement général. Ils avaient l'habitude des disputes, mais celle ci semblait les avoir épuisés, moralement parlant. Chacun se retira pour vaquer à ses occupations, et Nami remonta vers sa cabine, et fut interceptée par Luffy, laissés seuls sur le pont.

« S'il te plait, Nami, ne t'en mêle pas. » lui demanda t-il, calmement.

« Mais.. ! » protesta t-elle, gênée qu'il ait deviné.

« Nami. » Insista le capitaine.

« Okay... » répondit-elle, subitement lasse.

Luffy lui sourit de nouveau, assit sur le garde corps et l'attira à lui, passant une main derrière sa nuque, pour l'embrasser, à l'abri des regards indiscrets… Ou presque.

A suivre...