Mon cœur rata un battement au même moment où ma voix cria : « Link ! Ça va ?! ». Sans une seconde pour répondre, le Yigas le saisit par son écharpe et je sentis le contact de son corps s'éloigner peu à peu du mien. Il le tenait à une main tandis que le héros essayait de se libérer de son emprise à l'aide de ses mains... Mais en vain. Il commençait à étouffer, alors que je restais immobile, tétanisé, simplement capable de les regarder. Je ne peux pas rester ici à rien faire... Mais la vision du Yigas me rappelait l'autre jour... Près du domaine Zora.
Un frisson me traversa ainsi qu'une vague de nausée face aux souvenirs encore bien trop frais dans mon esprit. Cependant, Link était après souffrir, ses yeux me lancèrent des appels silencieux de détresse, mais une flamme de détermination y persistait...
Je... Je ne peux pas l'abandonner ! Il ne m'en fallut pas plus pour me décider à l'aider. Je me relevai et saisis ma lance. Mon sang ne fit qu'un tour puis je donnai un coup horizontal qui alla frapper le flanc de mon nouvel ennemi. Il lâcha Link et celui-ci tomba au sol en tenant son ventre... Il saignait et il perdait beaucoup de sang... Merde... J'allais devoir me débrouiller seule ce coup-ci.
Le Yigas me regarda, il observa mon corps tout entier avant de dire d'un air arrogant: « J'ignorais que les jolies filles savent se battre... Mais c'est d'autant plus amusant ! Je peux toujours te garder avec moi une fois tout cela terminé. »
À ces mots, il lança son arme dans ma direction tandis que je parai son coup. Les fers se croisaient dans un bruit retentissant à travers toute la forêt. « Désolé, on m'a déjà proposé et je suis au regret de vous annoncer que ce n'est pas dans mes plans. Je compte bien me battre jusqu'à la mort ! » Il fallait que je l'éloigne de Link. Je baissai ma garde puis courus en direction de la plateforme orange vers le Sheikah. Je passai à côté de l'homme quand il me dit :
« Si nous le laissons partir... Il s'en prendra sûrement aux villageois ! Nous devons le vaincre ! ». T'inquiètes pas pour ça ! Pensais-je.
Le Yigas me suivit, j'essayai de ne pas regarder Link pour ne pas être distraite. Mon ennemi se rapprochait, préparant une grande attaque verticale... Mauvaise idée espèce d'idiot ! Il m'attaqua puis planta sa lame dans le sol, après m'avoir manqué. Il était légèrement accroupi avec ses jambes fléchi... J'eus alors une idée. Je me dirigeais vers le Yigas mais plutôt que de l'attaquer, je pris appuie sur sa jambe pour sauter.
J'atterris derrière lui, puis m'agrippai à son dos. J'enroulai mes jambes autour de son torse tout en plaçant le manche de ma lance sous son menton, puis je serrais de toutes mes forces pour l'étrangler. L'homme lâcha son arme et recula, perdant son équilibre. Je dois vite m'enfuir sinon il m'écrasera, songeais-je. Je rassemblais toutes mes forces pour sauter et ramener mes pieds au niveau de ses épaules.
Je lâchais mon emprise sur son cou alors que je tentais de garder l'équilibre durant sa chute. Je sentis son regard s'attarder sous mon kimono. Agacé, je lui donnai un coup de pied dans son masque, ce qui le fit se fissurer. Je sautai à la dernière minute de mon perchoir pour atterrir un peu plus loin. Je tombais au sol, à bout de souffle, essayant de faire de mon mieux pour retrouver un rythme cardiaque normal.
Le Yigas commença à se relever et il en était de même pour moi. Je me relevai plus vite, profitant de cet avantage pour courir dans sa direction et le maintenir au sol avec un pied. Je le regardais avec un air de dégoût profond, tout en tenant ma lance dans une main. Je l'enfonçais doucement dans sa cuisse droite et je ne pensais plus être moi même à ce moment là... Un sourire sadique se profila sur mon visage... Je chuchotai :
« Alors... J'espère que tu aimes mon toucher autant que j'ai aimé celui de ton camarade ! » J'enfonçai plus profondément la lame et le sang jaillit de la plaie... Je ne pouvais plus m'arrêter... Je voulais le torturer et le voir mourir sous ma lance...
Je retirais ma lance de son précédent point d'ancrage pour la placer devant sa gorge. Je me préparais à l'enfoncer, disant : « Tu devrais t'estimer heureux, j'épargne ce qui te définit en tant qu'homme. Mais ça c'est pour avoir blessé Link ! ».
À l'instant où la lame toucha sa pomme d'Adam un rire laissa ma gorge... Et j'arrêtai tout acte... Ce... Ce n'est pas moi... Je ne suis pas comme ça... Ça ne me ressemble pas... Je reculai, mon regard plongé dans le vide... Le Yigas en profita pour sortir de mon emprise et heureusement pour moi Durann vint le menacer. Le Yigas battait en retraite blessé à la cuisse et visiblement effrayé.
C'est comme si je ne contrôlais plus rien... Comme quand les blocs de glace, ont disparut... Sauf que cette fois, c'était différent... Comme si quelqu'un avait pris le contrôle... Mon bras gauche me lançait énormément et je posais ma main dessus... Je sentais la main de Durann sur mon épaule et je sursautais. Il s'assurait que j'allais bien... Et tout me revint à l'esprit : Link !
Je me retournai et courus dans sa direction. Il était assis au sol tenant fermement sa blessure avec un visage douloureux. Je m'agenouillai tout en m'arrêtant près de lui. Je ne pouvais cacher mon inquiétude... Je ne savais pas où poser mes mains, par peur d'encore plus lui faire du mal. Mais instinctivement, elles allèrent sur sa plaie pour effectuer un point de compression, espérant sincèrement que ce soit suffisant pour stopper l'hémorragie. Il fallait un médecin, c'était profond. Durann s'approcha et dit :
« Vous m'avez suivi... Tout ça est arrivé à cause de moi...
-Vous trouverez le temps de vous morfondre plus tard non ?! ».
Link prit ma main dans la sienne, tout en me regardant... Il voulait me parler... Mais il ne pouvait pas devant le Sheikah...
« Allez récupérer votre orbe vous ! Je me charge de Link ! ». Il acquiesça doucement, légèrement perturbé par mon soudain haussement de voix. Mais sans aucune question, il partit un peu plus loin dans la forêt. Mon attention se dirigea à nouveau vers Link qui me dit enfin :
« Le pouvoir de Mipha... Je ne sais pas comment l'utiliser... » Son pouvoir de guérison ! Sauf que je n'en savais rien moi non plus... Je réfléchissais... Comment l'utilisait-elle avant ?... Elle positionnait ses mains devant la blessure et la magie opérait... Je regardais les mains de Link... Il tenta de faire pareil... Mais rien ne s'opéra... Je réfléchissais... Pourquoi ça ne fonctionne pas ?... Comment est-il même censé l'utilisé ?... Il observait sa blessure tandis que je regardais ses yeux bleus, contrastant avec la pénombre de la nuit.
« Tu possédais une potion rouge à Élimith... Est-ce que tu l'as toujours ?... ». Ses yeux s'élargirent et puis me regardèrent enfin avant de dire : « Je l'ai déjà utilisé. » Merde... Il faut que son pouvoir fonctionne sinon il pourrait bien mourir d'une hémorragie, ce qui serait assez bête... Je vous en supplie Hylia soyez clémente...
J'aperçus alors une ombre de l'autre côté du pont, se rapprocher peu à peu... Sûrement, Durann peut être pourra-t-il nous aider ! Mais... Il ne s'agissait pas de lui. C'était un homme portant une cape... L'Homme à la cape d'Élimith ! Il regardait dans notre direction, mais je ne pouvais pas le voir correctement... Mon cœur accélérait...
Il pouvait sûrement nous aider ! Je chuchotai à Link: « Je reviens ! » puis je me levai, manquant de trébucher me pressant pour rejoindre l'homme de l'autre côté. Je sentis les yeux de Link me suivre et j'étais persuadé de l'avoir entendue me dire de ne pas y aller, mais je n'en faisais qu'à ma tête... Comme d'habitude.
Je m'approchai en ralentissant jusqu'à marcher lentement vers l'homme... Des hommes avec une cape, il y en avait plusieurs... Ce n'était peut-être pas le même... Sauf qu'en j'entendis le son de sa voix : « Pathétique. ». Hein ?... Quoi pathétique ?! Et toi, tu n'es pas pathétique peut-être ?! Mais je me souvenais d'autre choses désormais... C'était lui qui m'avait aidé au domaine Zora ! Comment ai-je pu oublier ?!
Je m'approchai un peu plus et découvris qu'il faisait presque ma taille... La taille de Link en fait... Je pouvais observer ses cheveux blancs tombant de chaque côté de son visage, mais je ne voyais pas ce dernier... J'approchai ma main de sa capuche pour tenter de l'enlever, mais il recula puis saisit ma main. Hein ?...
Il y glissa un flacon au contenu étrange avant d'approcher son visage du mien... Je rougissais sûrement d'une lueur bien plus intense que celle de la lune... Je sentais son souffle contre mon oreille où il y chuchotait : « La prochaine fois sera la bonne. Pour l'instant, soigne ce héros avant que je ne sois trop tenté de le tuer. ». À ces mots, il frotta un doigt tendrement sur ma joue avant que son visage ne recule peu à peu.
Je restais figée... Ce toucher... Cette voix... Je le vu sourire sous l'ombre de sa capuche avant qu'il ne se retourne et ne disparaisse dans la nuit... Je restais sûrement trop longtemps au même endroit pour que personne ne remarque mon état de choc... La prochaine fois ?... Je saurais qui il est ?... Je me retournais doucement, toujours songeuse des précédentes paroles ayant tété dites. Puis... Mes yeux se posèrent sur la forme allongée de Link... Il avait perdu connaissance... MERDE !
Je courrais dans sa direction similairement à Durann. Je m'agenouillai près de lui, puis mis deux doigts contre son cou pour chercher un pouls... Heureusement, il était encore en vie... Mais pas pour longtemps si je ne m'occupais pas de lui... Je passais mon bras derrière son dos et le maintenais du mieux que je pouvais. J'enlevais le tissu cachant sa bouche avant de positionner le flacon ouvert devant cette dernière...
Je m'apprêtais à verser son contenu, mais... Une lumière turquoise émana de la plaie... Choqué était un euphémisme pour décrire mon ressentis. Je revissais le flacon avant de me concentrer sur la plaie qui guérissait petit à petit sans aucune raison... Qu'est-ce qu'il se passe ?... Très vite, j'en eus la réponse. La voix de Mipha retentit dans mes oreilles : « Je serais toujours là pour le sauver... Mais... Mon pouvoir à besoins d'énormément d'énergie pour fonctionner et il doit se recharger avec le temps. Il le guérira complètement... Mais pas à chaque fois... Alors... Prends soin de lui Princesse... »
La plaie se referma complètement ne laissant aucune cicatrice apparente... Mais il ne retrouvait toujours pas ses esprits... Durann pris place au chevet de Link avec l'orbe sacré sous le bras. Il regarda l'hylien dans mes bras puis soupira de soulagement. J'étais aussi soulagé... Je secouais légèrement son épaule pour le ramener à lui en chuchotant : « Allez Link... Debout. ». Ses paupières se mirent à bouger petit à petit puis s'ouvrirent légèrement. Ses yeux cherchèrent dans quel environnement il se trouvait avant de rencontrer les miens. Je soupirais à mon tour. Déesse merci...
Je souriais doucement à Link puis je pris un air plus sérieux alors que je regardais Durann: « Vous nous devez des explications. ». Il lâcha l'orbe qui tomba au sol. Il leva les mains en signe de paix avant de les placer sur ses genoux et dire :
« J'étais comme eux avant... Je faisais partie du gang des Yigas. Je n'en suis pas très fière, mais... C'est la vérité. Je les accompagnais, mais, c'est alors que j'ai rencontré ma femme. Quand elle m'a donné la première de nos deux merveilleuses filles... J'ai voulu changer et quitter ce gang... Mais... ».
La douleur dans sa voix était presque palpable tandis que ses mains serraient le tissu ample de son pantalon. Il baissa la tête, tremblant légèrement puis reprit :
« Mais... à cause de moi, ma femme a été tuée... Je ne pouvais pas les laisser faire plus de mal à ma famille. J'ai donc profité de mon rôle de garde pour leur donner des informations sur le village et... sur le héros... Mais je ne pouvais pas continuer comme ça et je me suis résolu une nouvelle fois à couper les ponts avec eux ! Je me suis dit que je pouvais protéger mes enfants moi-même... ». Une expression de haine remplaça la tristesse sur son visage pareillement aux émotions dans sa voix :
« Mais ces lâches... Ils s'en sont pris à dame Impa et dame Pahya... Alors j'ai décidé de me rendre là où j'étais sûr de retrouver un des leurs... Je suis vraiment... Désolé que ceci vous ai attiré des problèmes à vous aussi... Je m'en vais de ce pas tout expliquer à Dame Impa. ».
Il se releva, un regard déterminé placarder sur son visage puis s'en alla vers le village nous laissant seul. Je regardai l'homme s'en aller peu à peu dans la nuit quand Link me ramena à la raison en se libérant de mon emprise et se redressant en position assise sur le sol : « Qui était-ce ? ». Je le regardais d'un air surprise... Il est devenu encore plus stupide ?...
« Bah... C'est Durann, le garde que nous suivions-
-Je ne te parle pas de lui. ». Ma bouche forma un petit « o » quand je compris de qui il parlait... Il n'était pas encore inconscient à ce moment-là. Je ne savais pas quoi lui répondre tandis que mes joues se réchauffèrent au souvenir du contact un peu trop proche que nous avions partagé tout à l'heure... Mon regard fuyait celui de Link et je regardais le sol pour me distraire... Avant de répondre :
« J'ignore qui il est... Je... Je l'ai rencontré à Élimith... Puis il m'est venu en aide au Domaine Zoras contre des Yigas... Et maintenant il m'a donné ça pour t'aider. ». Je lui tendis le flacon qu'il regarda attentivement, presque l'examinant... Puis ses yeux s'élargirent avant de jeter le flacon contre un arbre : « MAIS QU'EST-CE QUI TE PREND ?! T'es fou ?! » Il haussa le ton pour la première fois avec moi :
« T'es complètement folle ?! C'était un élixir à base de cyanure, idiote va ! Arrête de faire confiance à n'importe qui comme une gamine ! ». Mes yeux s'élargirent à mon tour et je couvris ma bouche avec mes mains dans le choc... Du... Du cyanure ?... J'aurais pu... Le tuer ?! Mais mon caractère bien trempé revint à la charge et je lui répondis :
« Excuse-moi d'avoir voulu t'aider ! La prochaine fois, t'as qu'à crever tiens ! ». Je me levais le plus rapidement possible, marchant d'un pas déterminé en direction du village de Cocorico... Je ne voulais plus le voir... Ce n'est pas entièrement ma faute... Je voulais juste l'aider... Nous commencions tout juste à bien nous entendre... Et j'ai tout gâcher... Comme toujours... Je suis maudite.
J'étais retourné chez Impa où je m'endormis rapidement dans la chambre que m'avait à nouveau prêtée cette dernière. Je me réveillais trop tôt dans la matinée, il m'était impossible de retrouver le sommeil. J'en avais donc profité pour manger quelques choses et me laver avant de m'habiller et retrouver Impa, assise comme à son habitude sur ses coussins. Je la saluai d'un signe de main et elle m'accueillit avec un dicton :
« On dit souvent qu'une ligne très fine sépare l'amour et la haine. » Je soupirais en levant les yeux au ciel :
« Impa ce n'est pas vraiment le moment de parler de ça...
-Et quel serait alors le bon moment pour toi ? Hein ? » Elle marqua un point... Puis enchaîna :
« Vous avez réussi à vaincre de nombreux ennemis jusqu'à maintenant et de plus, vous avez protégé mon village. Vous n'êtes qu'au début de votre périple, ne vous aventurez pas dans des disputes inutiles. » ...
C'est vrai... Mais il m'avait insulté ! Je n'allais pas me taire non plus ! Je regardais la porte... Est-ce qu'il était revenu cette nuit ?... Impa répondit à ma question mentale :
« Il est venu récupérer ses affaires avant de partir pour la source de la sagesse dans les hauteurs de Lanelle. Il a apparemment trouvé le lieu correspondant à une photo là-bas et il voulait aller y faire un tour.
-Hein ?... Mais pourquoi ne m'a-t-il pas attendus ?! » Impa soupira doucement en frottant le pont de son nez... Quoi, qu'est-ce que j'ai fait encore ?...
« Il commence tout juste à te faire confiance, s'isoler est sa manière à lui de se calmer pour pardonner ton comportement.
-Mais... Lui aussi, il est coupable ! Je ne suis pas la seule à faire des erreurs !
-J'en ai conscience... Seulement... Tu te comportes comme ta sœur quand tu réagis de manière excessive, tu sais très bien que tu es différente, alors je ne vais pas t'applaudir pour réagir ainsi. ».
Ma sœur... Elle... Elle insultait sans arrêt Link, elle lui reprochait toujours d'être là...
Je ne suis pas comme elle... Je suis juste... Une merdeuse, c'est tout. Je sortis de la maison d'Impa en rogne et me dirigeai vers l'allée principale du village pour rejoindre la sortit de celui-ci. Moi aussi, j'avais besoin de m'isoler. Je regardais le sol sous mes pieds... J'étais... Très agacé... Je ne voulais pas lui ressembler... Je l'aimais plus que tout au monde, mais... Son comportement avec les gardes, Link ou les autres serviteurs n'étaient pas acceptable. Je n'étais pas comme ça... Je traitais mon valet avec gentillesse... En même temps... Nous étions très proches. Je savais que ma sœur était jalouse de cette relation que nous partagions... Pourtant, elle possédait la même avec Link au bout d'un an en sa compagnie... Enfin, je crois...
Je relevais les yeux une fois à la sortie du village des Sheikahs et je trouvais devant moi deux chevaux... Un marron à la crinière blanche et un gris... EPONA ET ORBITAL ?! Ils nous avaient retrouvés ?!
Je me dirigeais vers Orbital et le serrais dans mes bras en lui chuchotant : « Tu m'as manqué mon grand ! ». Il hennissait tout en commençant à manger mes cheveux : « Hep ! Arrête ça tout de suite ! ».
Je regardais Epona à côté qui broutait tranquillement. Je m'approchais d'elle pour lui caresser tendrement l'encolure. Elle a dû sentir la présence de Link et revenir vers lui, pensais-je. Orbital quant à lui, à sûrement du suivre tout simplement. Je regardais mon cheval à nouveau, il tentait de communiquer avec Epona... Mais elle était comme son maître, ne lui répondant pas, partant un peu plus loin pour brouter tranquille. Je riais légèrement avant de le caresser pour le réconforter :
« T'en fais pas, je suis sûr qu'au fond elle t'aime bien ! » Je riais de plus belle il semblait vraiment triste... « Nous n'avons pas de chance décidément tout les deux... » Je me dirigeais vers un arbre pour m'asseoir près de celui-ci. Orbital me suivit, broutant à mes côtés. J'étais heureuse de le retrouver... J'aimais ce cheval et je pense qu'il m'aimait un peu lui aussi... Au château, je possédais un cheval qui s'appelait Phélès. C'était une jument blanche, comme celle de ma sœur. On m'avait appris à monter à cheval, j'avais insisté durant un ans tout entier pour avoir le droit de monter sur le dos d'un quelconque animal
J'aimais vraiment ça, je me sentais libre lorsque je galopais... Libre de tout protocole idiot, de toutes bonnes manières stupides... De mon père et de ses règles. Je regardais l'herbe brassé par le vent, elle se faisait arracher par un museau gris petit à petit. C'est ce dont j'avais besoin maintenant. Je me levai, puis montai sur le dos d'Orbital, Epona me regarda. Je devais devenir folle à parler avec un cheval, mais je dis malgré tout :
« Je reviens, reste ici ! ». Je fis faire demi-tour à Orbital et nous atteignions le galop au fur et à mesure que nous nous éloignions du village. Je lâchais mes rênes tout en ouvrant mes bras pour profiter du vent qui balayait aussi mes cheveux... Pour moi, c'était ça la liberté... Qu'est-ce que j'aurais aimé être un Piaf pour pouvoir m'envoler... Si j'avais la paravoile, je flotterais tout le temps dans le ciel...
J'avais fait une balade d'environs 3 heures et Orbital était fatigué désormais... Nous marchions en direction du village à un rythme lent... Je n'étais pas vraiment pressé... Pourquoi même rentrer ?... Je pouvais me débrouiller seule... J'arrêtai Orbital alors que nous approchions les gorges de Cocorico. Nous serions rentrés d'ici peu... Je pouvais encore faire demi-tour... Je mis pied à terre pour marcher en direction du ravin ; dans la direction opposée à la route ; avant de m'arrêter net... Je vais éviter de me suicider une nouvelle fois... Je me laissais tomber au sol, m'asseyant au milieu des brins d'herbe secoué par le vent. Je sentais un museau chercher dans mes cheveux et je savais qu'il s'agissait de mon cheval. Je riais légèrement avant de pousser légèrement sa tête avec ma main :
« Arrête ça Orbital... Je ne suis pas une botte de foin... » Mon cheval se remit alors à brouter l'herbe m'entourant.
Le ciel attira mon regard... Il y avait de gros nuages noirs qui arrivaient. Je ferais mieux de rentrer... Mais à quoi ça sert... Je vais encore me disputer avec Link et bien sûr je n'aurais pas mon mot à dire comme d'habitude. Je suis comme ma sœur de toutes façons et bien sûr vu que la déesse Hylia trouvait ça trop simple elle m'aurait maudite en prime... Je haïssais mon peuple...
Mes souvenirs se dirigèrent vers la seule personne qui m'eut à ce jour comprise... Il avait les yeux bleus, les cheveux blonds... Mais c'est tout ce dont je me souvenais... Nous nous ressemblions beaucoup, que ce soit physiquement ou mentalement... Nous étions toujours ensemble, l'un avec l'autre. Il pouvait me comprendre lui... Mais... je ne le verrais plus jamais... J'avais d'autres préoccupations plus importantes désormais.
Je devais récupérer mon royaume et sauver ma sœur... Mais une fois que j'aurais fait tout ça... Sans lui... Que vais-je devenir ?... Je n'aurais plus de raison d'être ni aucune envie de vivre. Je me rattache chaque jour à la vengeance que je dois opérer pour son âme... Mais une fois faite, je n'aurais plus qu'à mourir. Je ne pourrais pas réaliser notre rêve seule...
Une goûte d'eau me sortit de mes pensées, puis une autre et encore une autre... Il pleuvait désormais et le tonnerre retentissait au loin. Je devais rentrer... Je risquerais d'attirer la foudre. Je me levai et caressai rapidement Orbital avant de monter sur son dos. Je n'attendis pas plus longtemps, me dirigeant vers Cocorico au galop, mais la tempête nous rattrapa... Orbital commença à s'agiter et j'essayai de le calmer en lui chuchotant :
« Tout doux, ce n'est qu'un orage on ne risque rien... Enfin presque... ». Je lui caressais l'encolure pour tenter de le rassurer et ça semblait marcher, il arrêtait de hennir et poursuivait sa route.
Nous galopions durant une quinzaine de minutes avant qu'Orbital ne refasse des siennes. Il s'arrêta, ne voulant plus avancer, ses oreilles pointant vers l'arrière. Il semblait effrayé. J'essayai à nouveau de le rassurer, mais il se mit à piaffer nerveusement... :
« Orbital un petit effort, on est bientôt arrivé ! Courage ! ». Un éclair éclaircit le ciel avec un bruit abominable qui me fit aussi sursauter. Orbital se cabrait et bien sûr, la chance n'était pas de mon côté. Je tombai au sol... Dans la boue... Youpi... Heureusement, je n'étais pas blessé. Mais Orbital, s'en alla s'en moi à une allure ahurissante, je ne pouvais pas le rattraper. Je me levai et criai dans un espoir vain qu'il ne me comprenne : « Reviens ! ». Mais c'était trop tard il était déjà partie loin...
Je regardai autour de moi et il y avait un arbre sous lequel je pouvais me mettre à l'abri... Au vu de la hauteur des falaises avoisinante, je ne risquais rien si je me mettais dessous, elles seraient les premières cibles de la foudre. Je m'essayai contre le tronc, soupirant du fait que je ne pus pas repartir de suite... Les éléments étaient bien trop déchaînés... Alors, je me recroquevillai sous mon arbre et jouais avec les mèches de mes cheveux désormais sales tout en pensant à ce que je pouvais faire maintenant... Je marcherais jusqu'à Cocorico une fois la tempête calmée... Pour l'instant, je devais attendre.
***
Les rayons du soleil reprirent du terrain petit à petit et la tempête se calma au fur et à mesure. J'étais trempé jusqu'aux os, mourant de froid. Je soufflais sur mes mains pour tenter de les réchauffer tout en me levant pour commencer à marcher en direction du village que j'avais quitté plus tôt dans la journée.
À pied, je mettrais une vingtaine de minutes, ça devrait aller. Je frissonnais, tentant en vain de me réchauffer en frottant mes bras. Je n'étais définitivement pas habillé pour ce genre de temps... Je donnerais n'importe quoi pour avoir mon manteau ou ma cape sur moi... J'étais couverte de boue et je pensais ne jamais réussir à rattraper la couleur naturelle de mes cheveux. Mais bon, c'était loin d'être le plus important, il fallait que je me dépêche de rentrer avant de tomber malade... « ATCHOUM ! ». Bon... bah trop tard...
J'entendais parmi les chants des oiseaux migrateur et autres animaux en tout genre, des sabots marteler le sol... Orbital, serait revenue ?! Déesse, je vous en supplie ! Je plissais les yeux pour tenter de voir l'animal se dirigeant vers moi... Bien trop rapide pour être Orbital, il y avait un cavalier sur le dos de l'animal et je reconnaissais tout de suite de qui il s'agissait... Link... Déesse, je vous hais.
Je me retournai et commençai à faire demi-tour pour l'éviter. Je préfère encore mourir de froid que lui reparler. Je marchai d'un pas pressé le plus loin possible à contre-sens de Link. Mais il était avantagé, il me rattrapa et plaça son cheval devant moi pour me barrer la route. Je le foudroyai du regard avant de me détourner en l'esquivant comme s'il n'existait pas.
Mais il fit à nouveau avancer Epona pour me barrer de nouveau la route... Je commençai à bouillonner. Je l'esquivai une nouvelle fois, mais cette fois-ci, il descendit de cheval pour me rattraper. Il attrapa mon bras, je me retournai qu'à moitié pour que nos yeux se rencontrent... Nous étions tous les deux remontés l'un contre l'autre visiblement. Mais je ne parlerais pas la première. Pas cette fois. Je me tairais jusqu'au bout.
Il commença alors la conversation en premier : « Qu'est-ce qui t'as pris de partir toute seule sans rien dire à personne ? ». Je le défiais du regard avant de rétorquer :
« Qu'est-ce que ça peut te faire ? ». Il semblait légèrement surpris par mes propos. Ouais, au fond, il s'en fichait pas mal, non ? J'étais juste une gamine dont il devait s'occuper durant son voyage. Non ? Il détournait le regard avant de parler : « Je suis revenue il y a deux heures et personnes ne savait où t'étais. Lorsqu'Orbital est revenue totalement apeuré seul, je me suis dit qu'il t'était arrivé quelque chose. ». Je le dévisageais :
« D'accord et ? Je suis juste tombée, maintenant, tu es satisfait ? » Il soupira avant de lâcher mon bras et de s'en aller vers Epona... Non qu'est-ce que j'ai fait encore...
Il était... Inquiet ?... Et je l'ignore complètement... Mon prochain geste... Je ne pouvais pas l'expliquer. J'avançai et saisis Link par le bras avant que les larmes ne se mettent à couler sur ma joue... Je pleurais, tentant malgré tout de retenir mes larmes... Je sentis des nœuds se former dans ma gorge et mon estomac... Je mordis ma lèvre inférieure en essayant de toutes mes forces de retenir mes sentiments, mais... C'était trop... J'implosais puis j'explosais, fondant en larmes. Je tombais au sol, entrainant Link dans ma chute. Je ne lâchais pas son bras une seule seconde. Je baissais la tête pour cacher mon visage des yeux de Link. Et je pleurais sans retenue.
Je sentis l'homme face à moi se déplacer légèrement. Une main se posa à l'arrière de ma tête en signe de réconfort. Il caressa mes cheveux avec un regard inquiet puis il demanda :
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Je n'avais jamais entendu ces sentiments dans sa voix... De l'inquiétude...
Puis je déballais ce que j'avais gardé pour moi depuis trop longtemps désormais :
« Il... Il y a que... J'ai tout perdue Link ! Tout ! Même si... Je n'avais pas grand monde à mes côtés... J'ai perdu l'homme que j'aimais ! Ma sœur est peut-être bientôt morte si nous ne nous dépêchons pas ! Mon père est décédé, mon précepteur, tous les gens que je côtoyais sont décédés et... Et... Et tu sais quoi ? J'en suis heureuse ! Je suis un poids pour toi ! J'ai failli mourir tant de fois depuis que nous voyageons ensemble et pourtant cela fait si peu de temps que nous avons entrepris cette aventure ! J'ai failli te tuer à plusieurs reprises et la seule fois où tu oses répondre à ma stupidité... Je te dis d'aller crever ! Je ne vaux pas mieux que toutes ces personnes que je haïssais il y a cent ans ! Je ne vaux pas mieux que ma sœur... Je te traite mal alors... Que tu es le seul rempart qu'il me reste face à ce monde détruis dans lequel j'avance chaque jour... Tu es la seule source de lumière qu'il me reste dans la pénombre... Et tout ce que je fais... C'est te détruire... »
Je sanglotais doucement à la fin de ma tirade. Mon cœur se sentait plus léger et mes yeux me démangeaient de toutes les larmes qui avaient coulé... Mais... J'étais si bien maintenant...
J'osai regarder l'homme face à moi, mais je n'en eus pas le temps qu'il me prit dans ses bras... Comme quand nous étions à Élimith... Je pensais que c'était sa façon d'exprimer ses pensées à l'époque... Mais maintenant qu'il pouvait le faire avec la voix, il préférait encore me prendre dans ses bras... Je sentis mon cœur battre plus fort tout à coup... Il martelait ma poitrine alors que je me laissais entraîner dans ses bras et que j'appuyais mon visage couvert de l'arme contre son épaule. Je saisissais le tissu de sa tenue dans mes mains et m'y accrochais fermement alors que je pleurais toutes les larmes de mon corps et de mon cœur...
J'osais parler entre quelques sanglots :
« J-je... Suis désolé Link... Tu ferais mieux de continuer sans moi... ». Il me serrait plus fort contre lui comme pour me dire de me taire... Et j'obéis. Je sentis sa tête reposer sur mon épaule... À Élimith, notre étreinte n'était pas pareille... Pas aussi intime... Tout était différent. Je passais mes bras autour du haut de son corps, le serrant contre moi alors que je continuais à pleurer. Mon esprit me disait d'arrêter... Mais mon cœur me disait d'en profiter et pour une fois, j'écoutais mon cœur. Pour une seule fois dans ma vie... J'oubliais celui que j'aimais il y a 100 ans.
