CHAPITRE 26
Nous atteignions le village d'Euzero en une demi-heure... Enfin, si on pouvait appeler ça un village. Il n'y avait qu'une maison sur toute l'île, cette dernière était identique aux maisons très colorées d'Élimith. Mais la pluie ne permettait pas d'apprécier les couleurs.
Ce n'était pas le seul facteur, la nuit commençait à tomber. Avec cette nouvelle, j'espérais pouvoir convaincre Link de faire une pause au sein de ce village pour se reposer, mais, j'avais beau observer les alentours, il n'y avait aucunement la présence d'auberges. Je soupirais, acceptant l'idée que nous allions encore devoir chevaucher afin de trouver un relais pour se reposer.
Nous descendions de cheval et nous approchions du seul homme présent dans les parages. Il était après casser des rochers avec une pioche, mais, à notre approche, il s'arrêta et prit le temps de nous saluer :
« Salut ! Tiens... On se connaît ? 'Suis le charpentier de l'entreprise Sérasieh & Associés. Grosaillieh, c'est mon nom. On m'a envoyé ici pour construire un village. Y avait rien du tout quand j'ai commencé. Fallait partir de zéro. Alors c'est comme ça que j'ai appelé le village : Euzero. Le problème... C'est que j'ai à peine de quoi construire un seul bâtiment pour entreposer le matériel. Pas vraiment ce qu'on peut appeler un village... Va me falloir du rab. ».
Il parlait beaucoup trop à mon goût, mais ce long discours laissa filtrer ces pensées. Je savais exactement où il souhaite en venir, alors, je le questionnai :
« C'est-à-dire ?
-Eh ben... Des ouvriers... Des matériaux... Des sous... Tout quoi. Si vous avez le temps et surtout les moyens n'hésitez pas à me ramener des fagots de bois ou du personnel. Mais attention ! Il faut que le nom de l'employé termine en « ieh », règle de la maison ! ».
J'en étais sûre. Comme si notre quête ne nous prenait pas assez de temps... Je soupirai en pinçant l'arrête de mon nez, réfléchissant déjà aux solutions à notre disposition, je clôturai en lui donnant une parole réconfortante : « On verra ce qu'on peut faire. ».
Une fois notre petit entretien achevé, nous nous dirigeons vers nos montures. Au final, ce détour n'avait fait que nous prendre du temps inutilement, cependant, il était de mon devoir et de mon rang de venir en aide au peuple. Je remontai sur Orbital, prête à repartir en direction du fameux laboratoire pour lequel nous étions venus à la base.
Link fit de même au détail près que, lorsque le chemin principal pour rejoindre le laboratoire était en vue, le héros retourna sur ses pas, se dirigeant sur la route par laquelle nous venions d'arriver. Je le regardai, lui lançant des regards d'incompréhension totale. Il fait quoi encore ? Pensais-je, légèrement agacé. Il descendit d'Epona au bout de quelques minutes poursuivant sa route à pied, je fis de même, m'étant résigné à l'accompagner. Nono me questionna, tout aussi perdu que moi:
« Qu'est-ce qu'il fait ?
-Je n'en ai aucune idée... Ça lui prend souvent. ».
Nous arrivions près d'une forêt, qu'il la traversa. J'essayai de le suivre du mieux que je le pouvais, jusqu'à arriver au centre de la forêt où il n'y avait plus d'arbre... Seulement, un gros bulbe de fleur... Une fontaine des fées ! Comment l'avait-il remarqué ?! Il ne pouvait pas y passer plus tôt ?! Mais quel idiot !
Il se plaça devant et la grande fée se mit à expliquer la même chose que la précédente, disant que les dons s'étaient fait rare et que désormais elle était ainsi et qu'elle avait besoin de rubis. Elle se nommait Mija et elle voulait 500 rubis. Je riais mentalement pensant à moi-même :
« Je suis désolé chère grande fée, mais nous ne possédons pas cette somme. ». J'étais sûre de moi, commençant à me retourner pour repartir, persuadée que Link ferait de même. Jusqu'à ce que j'entende la fée sortir de sa prison végétale. Je me retournais, ahuri et furieuse de découvrir que Link avait bel et bien la somme suffisante pour la libérée. J'en connais qui vont dormir dehors cette nuit, pensais-je.
Quand elle fut à nouveau en pleine possession de ses moyens, elle proposa à Link de l'aider en améliorant ses équipements. Je sus que cela risquait d'être long, alors je partis en direction des chevaux. La nuit tomba progressivement accompagnée du froid. Je plaçai mes mains dans ma cape pour tenter de les réchauffer.
Je regardais la lune de ce soir ainsi que les astres autour d'elle, le vent brassait agréablement l'herbe sous mes pieds alors que je rejoignais les chevaux. Mais je sentis une présence dans les environs... Une fois auprès de ma monture, je prêtais attention aux alentours pour trouver une quelconque présence étrangère. Personne. Epona semblait un peu agité, ce qui était rare de sa part. Je m'approchai d'elle pour caresser son museau : « Qu'est-ce qu'il y a ma belle ?... ».
Je chuchotai en essayant d'écouter tous les bruits alentours... J'entendis un rire dans la pénombre, je me tournai instinctivement dans sa direction, mais il n'y avait personne... Je ne me souviens pas avoir touché de la corruption tout à l'heure... Alors il y a forcément quelqu'un. Je me préparais à sortir ma lance lorsque j'entendis une voix se rapprochant peu à peu : « Comme on se retrouve. ». Je sentis une main sur ma hanche. Je sursautais au contact soudain, avant de m'en éloigner, dégainant ma lance.
Je regardais la personne face à moi... Un Yigas... Encore ?! Ils n'en ont pas marre à la fin ! Mais ce n'était pas n'importe lequel... Mon cœur rata un battement alors que je resserrais mon emprise sur mon arme. Les mauvais souvenirs refirent surface, mais je tentais de les balayer, déterminé à lui rendre la monnaie de sa pièce. Pas cette fois mon coco ! J'entendais Nono dans mes cheveux :
« C'est qui lui ?
-Un abruti, je vais vite fait lui régler son compte. ». Il commençait à s'énerver et dit : « Qui tu traites d'abrutis ?! Cette fois, je ne te laisserais pas m'échapper. ».
Il sortit son arme puis courut dans ma direction. Je bloquai son coup à l'aide du manche de ma lance, visiblement, le combat n'était pas ça seule préoccupation, je sentis son regard sur moi, ce qui eut le don de me donner instantanément des nausées.
« J'espère que tu tenais à tes attributs masculins parce que je me suis juré de te les arracher et de les donner à bouffer aux loups. ». Il rit légèrement avant de tenter un autre coup que je bloquai à nouveau puis il dit :
« Pourquoi tant de dramaturgie ? Je te demande juste de me suivre gentiment et de m'aider à tuer ce héros stupide. Je te traiterais comme une princesse si tu me suis.
-Plutôt crever que de te suivre ! ».
Je me baissais et entraînais ma lance dans ma descente inattendue. Désorienté, je profitais de son état pour lui administrer un coup avec le manche de ma lance dans ses parties intimes. Il hurla de douleur, un cri incroyable, puis il tomba à genoux en apportant ses mains au niveau de son entrejambe meurtris : « Alors ? Je te plais comme ça ? », lui dis-je avec un grand sourire. Je me redressai, prête à mettre mes précédentes menaces à exécution quand je vis Link revenir en courant vers moi.
Ah bah enfin, pas trop tôt ! Il dégaina son épée, prêt à m'aider. Mais durant ce laps de temps, le Yigas échappa à ma surveillance, ce dernier saisit alors l'occasion pour s'enfuir et ainsi préservé ce qui le définissait en tant qu'homme. Il disparut dans un nuage de fumée en profanant quelques menaces dénuées de sens :
« Je te retrouverais et ferais de toi mon esclave ! Prépare-toi ! » ... Ouais, ouais, c'est ça. Vu le coup que je venais de lui donner de toute façon, il ne devrait plus vraiment pouvoir s'en servir. Link arriva près de moi et rangea son épée avant de saisir mes épaules dans ses mains, tandis qu'il reprenait son souffle :
« Ça va ?! J'ai entendu un cri atroce.
-Ce n'était pas moi, c'était le Yigas. ». Link me regarda quelque peu surpris : « Qu'est-ce que tu lui as fait pour qu'il hurle comme ça ?
-Juste un coup bien placé dans sa virilité. Si tu veux, je peux te le faire à toi aussi. ».
Link déglutis, visiblement mal à l'aise. Je ris à son comportement et à la rougeur qui se répandit sur ses joues.
Après s'être assuré que je n'avais rien, nous reprenions la route sur le dos de nos montures. Link m'observa avec insistance durant quelques minutes avant de se décider à me demander :
« Pourquoi s'acharnent-ils sur toi ? J'ai cru comprendre que c'était après moi qu'ils en avaient. ». Je le regardais alors que mes yeux s'élargirent un peu dans la surprise puis je les baissais en regardant mes mains sur les rênes d'Orbital avant de lui répondre :
« Souviens-toi. Je me suis mis en travers de leur chemin depuis le début de notre aventure. Mais ce qui n'était à la base qu'une envie de me tuer pour te récupérer, c'est transformer en une envie de me posséder. Je pense simplement que les Yigas ne supportent pas l'idée de se faire battre par une femme et c'est leur manière de me dire où est ma place en me rappelant que je ne suis bonne qu'à satisfaire les désirs des hommes. Malheureusement pour eux, je ne me laisserais pas faire et je me battrais. Je suis née en tant que femme, mais je me battrais comme un homme. ».
Je levais les yeux avec un regard déterminé... Du moins, j'espérais qu'il paraisse ainsi. Link sembla légèrement choqué de mon petit discours, mais, il reprit ses esprits et se concentra à nouveau sur la route.
Il dit doucement, presque inaudible, mais je pus l'entendre : « Je te défendrais si tu en as besoin. ». Je le voyais resserrer sa prise sur les rênes de sa jument avant de partir au galop. Orbital suivit tout simplement, Nono sortit de mes cheveux pour se poser sur mon épaule et dire : « Ah bah enfin ! On s'enracinait ! ».
La nuit nous permettait d'avancer rapidement, c'était un avantage. Quant à mon cœur, il suivait le rythme des sabots de mon cheval... Il battait trop fort, bien trop fort...
***
Nous avions galopé pendant trois heures avant d'atteindre un relais où je souhaitais qu'on s'arrête, mais... Nous n'étions plus qu'à quelques kilomètres du laboratoire. Ce serait bête de s'arrêter maintenant...
Donc nous nous reposions juste un peu auprès du feu. Link en profita pour se charger d'un sanctuaire juste à côtés du relais tandis que je m'occupais des chevaux.
Je les abreuvais et les nourrissais, ils étaient affamés. Epona me semblait bien plus fatigué qu'Orbital, rien d'étonnant à cela, elle avait galopé en tête tout du long. Mais, ça m'inquiétait malgré tout. Je l'observai attentivement pour vérifier que tout allait bien. Je regardais chacune de ses pattes pour m'assurer qu'elle ne s'était pas blessée... Rien. Pourtant, elle semblait bien plus épuisée et affamée que d'habitude... Link devait faire attention.
J'observai ses sabots et toujours rien en vue... Bon, il vaudrait mieux la laissée se reposer, Link lui en demandait beaucoup trop. Nono s'était endormit dans mes cheveux depuis notre départ d'Euzero, je l'enviais. J'aimerais bien être porté par quelqu'un pour m'endormir et ne pas à avoir à me soucier de la conduite de ma monture. Je bâillai en m'étirant pour réveiller mes muscles endoloris par le chevaucher lorsque le héros vint me rejoindre.
Il s'apprêta à monter sur Epona, mais je saisis son bras pour l'en empêcher : « Elle n'a pas vraiment l'air en forme... Tu devrais la laisser se reposer. Nous n'avons qu'à marcher à côtés d'eux... Ou tu peux monter sur Orbital avec moi, comme tu veux. ». Link échangea des regards entre Orbital et moi puis me donna son verdict :
« Je vais diriger Orbital, monte derrière moi et tiens les rênes d'Epona. ». Je n'eus pas le temps de protester qu'il monta sur mon cheval. Ce dernier réagit de manière négative au nouveau cavalier. Il commença à s'agiter. Pour éviter que le héros ne soit désarçonné, je me dépêchais de monter derrière le Prodige, plaçant une main sur la hanche de Link pour me tenir tandis que l'autre tenait les rênes d'Epona.
Orbital sembla se calmer un peu maintenant et Link fit avancer mon cheval au trot pour ne pas demander trop d'effort à Epona qui suivait derrière. En quelques minutes, je sentis la fatigue me rattraper petit à petit... Je regardais le paysage défiler alors que je n'avais rien d'autre à faire que de tenir des rênes. Je fermais mes yeux pendant quelques minutes pour les reposer et ces quelques minutes c'était transformé en des heures...
***
Je me réveillais dans un environnement chaud... Confortable... Moelleux... Je tenais quelque chose serré contre moi... Enfin plutôt quelqu'un. Mes yeux s'ouvrirent immédiatement dans la réalisation et je m'écartais de l'homme que j'étreignais jusqu'à maintenant... Mon cœur accéléra d'un coup et je sentis mes joues devenir rouge petit à petit que le sang afflua. Je...J'étais après le serrer contre moi... Et pourquoi sommes-nous dans le même lit ?!
Je ne me souviens de rien... Songeais-je. J'observais l'homme encore endormi à mes côtés... Il dormait paisiblement en me tournant le dos... Son torse était nu et je ne préférais pas savoir s'il portait quelque chose en bas... Mes yeux se posèrent sur mon corps pour découvrir à mon grand soulagement que j'étais vêtu semblablement à hier... Ouf...
Je regardai les alentours pour découvrir que nous étions dans une chambre simple, très sombre avec une simple fenêtre. Il avait aussi les équipements de bases d'une chambre : un miroir, une armoire, un bureau le tout dans un bois très foncé. Le lit était grand et j'avais largement assez de place pour ne pas me coller à Link...
Je me décalais pour lui laisser un peu plus d'espace quand je sentis quelques choses bouger dans mes cheveux. Soudain, Nono tomba sur le lit. Il me regarda puis sourit, visiblement heureux de me voir. Il s'apprêtait à me parler, mais je lui fis signe de se taire en montrant le héros endormi. Déçu, mais compréhensif, il regagna ma chevelure sans poser plus de questions.
Je reposais ma tête sur mes mains alors que je m'allongeais sur le ventre tout en regardant Link dormir... Il était si paisible à ce moment précis... Je voulais me fondre dans ses bras et rester ici à le regarder jusqu'à la fin de ma vie...
Qu'est-ce que je raconte moi ?! Hors de question ! Mais... Pourtant, j'en avais vraiment envie... Je sentis des papillons batifoler dans mon estomac... Ce n'était pas la faim malheureusement... Mais j'ignorais ce sentiment alors que je me recouchais de l'autre côté du lit...
Il faisait encore sombre ce n'était pas le moment de se lever, je pouvais encore profiter de quelques minutes de sommeil et c'est bien ce que j'allais faire ! Je tournais moi aussi le dos à Link alors que je fermais doucement mes yeux... Je sentis l'homme à mes côtés remuer un peu et changer de position...
Je sentis un bras passer sur moi et me serrer contre un corps chaud... Je rougissais comme une folle... T-trop... Trop près ! Je n'arrivais pas à calmer mon rythme cardiaque alors que je sentais son souffle dans mes cheveux ainsi que son torse contre mon dos... Il avait besoin... D'affection ?...
Je n'aurais jamais pensé cela de lui... Mais après tout... Il possédait des sentiments lui aussi et une étreinte ne faisait de mal à personne. Je me laissais faire et je regardais son bras qui passait au niveau de mon ventre. J'observais sur sa main le signe de la triforce.
Je ne pus m'empêcher d'effleurer la marque des déesses avec énormément de délicatesse pour ne pas le réveiller. Je... Dormais avec le héros de la légende... Il me tenait près de lui... Le chevalier de ma sœur... Le plus grand prodige d'Hyrule... Si ma sœur l'apprenait... Je me ferais tuer...
Je ne devais plus laisser ce genre de chose arriver. Je devais tout faire pour empêcher un rapprochement entre nous deux. Enfin... Surtout moi, parce que Link ne changeait pas vraiment... Je devais me contenir...
Comme il l'a si bien dit : il n'avait pas de temps à consacrer à l'amour ou à l'amitié... Je profitais alors une dernière fois de cette étreinte que désormais, j'éviterais à tout prix. Mon cœur me faisait mal... Je ne voulais pas l'écouter... Nan... Pas cette fois... Je ne ferais plus souffrir ma sœur... Elle l'aime... Elle seule lui est destinée... De toutes façons... Je vais mourir à quoi bon m'attarder sur des détails aussi futiles ?...
Je me réveillais à nouveau un peu plus tard dans la matinée, mais cette fois, j'étais seule dans le lit. Sans plus tarder, j'en profitai pour m'étaler dans celui-ci tout en me réveillant peu à peu. Mon réveil en douceur vint être gâché par une petite voix m'appelant :
« Hey ! Hey ! Debout ! ». J'ouvris légèrement les yeux et vus Nono m'accueillir les bras grands ouverts en se dandinant. Je me redressais, toujours dans la brume apportée par le sommeil. Rien n'avait changé ici, mis à part la disparition du héros.
J'étais seule dans la pièce, j'en profitais pour me lever et observer les environs. Où est-il passé... ? Je devais lui parler pour en savoir plus sur hier soir, mais il n'était nulle part pour être vue. Nono avait peut-être vu quelques choses :
« Nono, tu sais où est passé le méchant monsieur ? ». Il me désigna une porte dans la salle. J'hésitais à l'ouvrir... Il était préférable de l'attendre ici. Cependant, un détail m'interpella. Il avait laissé sa tablette Sheikah sur le bureau. Sans attendre, je la saisis et l'observai. J'allais enfin pouvoir la découvrir de moi-même. Un module en particulier avait retenu mon attention : l'appareil photo. En l'activant, je vu mon visage comme dans un miroir.
J'étais légèrement surprise, je manquais de la faire tomber par terre. Je la récupérais juste à temps et une photo se prit au moment où je la récupérais. Je faisais une tête affreuse, complètement paniqué... Merde comment on efface ?!
J'entendis la porte précédemment désignée par Nono, se déverrouiller, je m'empressais de remettre la tablette Sheikah à sa place avant de sauter sur le lit. Je m'étalais avec aucune grâce lorsque la porte s'ouvrit. Nono remonta instantanément dans mes cheveux alors que je faisais semblant de me réveiller en m'étirant. J'ouvris les yeux comme s'il s'agissait de la première fois de la journée et j'observai Link rentrer dans la pièce se séchant les cheveux.
Je ne l'avais jamais vu avec les cheveux détachés, mais il ne laissa pas plus temps pour l'observer qu'il reprit son élastique bleu habituel pour les attacher dans une petite queue de cheval. Comme d'habitude. La serviette humide reposait désormais sur ses épaules... Nue ?... Je baissais le regard et il était à moitié vêtue... Ça devenait une habitude...
Il me dévisagea alors qu'il prit le reste de ses vêtements qu'il enfilait désormais, puis il dit :
« Tu es réveillé depuis longtemps ?
-Non, je viens de me lever. Dis... Où sommes-nous ?
-Nous sommes dans le laboratoire antique d'Akkala. En arrivant complètement trempé hier soir alors que je te tenais dans mes bras une femme a cru que tu étais mal en point et elle nous a proposé une chambre. »
Mes yeux s'élargirent. Déjà ?... Je ne me souviens même pas être arrivé ici... « Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé ?! » Il rit légèrement alors qu'il replaçait correctement sa sacoche ainsi que ses armes avant de me répondre :
« J'ai essayé, mais tu as un sommeil assez lourd. Donc je t'ai porté jusqu'ici, j'étais épuisé moi aussi donc j'ai dormi avec toi. Désolé si ça te dérange... Mais il n'y avait pas vraiment d'autre choix. ». Ah... Je vois. Je me levais pour la seconde fois du lit et pris mes affaires tout en répondant :
« T'en fais pas pour ça, nous sommes adultes après tout. Il n'y a rien d'étrange là-dedans. ». Je passais devant lui et me rendais dans la pièce d'où il venait et comme prévu dans mon esprit, il s'agissait de la salle d'eau.
Je ressortis vêtue de la tenue que m'avait offerte la femme au relais de Delass avec tous les accessoires. Ça faisait longtemps... Mais il faisait vraiment froid et humide dans le coin alors je devais me couvrir un peu plus que d'habitude. Je sortis de la chambre et Link m'attendait, assis sur le lit en regardant quelque chose sur sa tablette. J'entendis une petite voix dans mes cheveux qui me rappela que j'avais complètement oublié le petit korogu pendant que je me lavais ; il dit:
« Oui ! Tout nue ! ». Je rougissais comme une folle, Link tourna son regard dans ma direction un peu perplexe :
« Tu m'as appelé ?
-NON ! J'ai rien dit ! ». Link continua à me dévisager, alors que je tentais de cacher ma gêne... Mais le pire restait à venir. Il me montra sa tablette Sheikah avec la photo que j'eus prise accidentellement plus tôt... Ma bouche s'ouvrit, ma mâchoire manqua de tomber alors que mes yeux s'élargirent bien plus que nécessaire...
Je me précipitais dans sa direction, tentant de prendre la tablette Sheikah des mains du héros alors qu'il se levait, la tenant haut dans les airs, hors de ma portée.
Il rit en disant d'un air taquin : « Si jamais je refais un sommeil de 100 ans, je suis sûr de me souvenir de toi avec cette photo. ».
J'enrageais, devenant rouge de honte et de colère. Je sautais pour essayer de la lui reprendre avec toute la détermination contenue dans mon être.
Je vais lui faire la même chose qu'au Yigas ! Il rira moins après ! Il me regardait sans vraiment faire quoi que ce soit pour m'empêcher de rattraper la tablette antique... Je soupirais décidant d'arrêter de me fatiguer pour rien. Je m'asseyais sur le lit en faisant la moue réfléchissant à ce qu'il avait dit... Ce souvenir de moi si besoin ?... Nan... Il ne fallait pas qu'il s'en souvienne. La seule dont il devait se souvenir était ma sœur. Elle et elle seule. Je me levai et pris mes affaires pour finir de me préparer alors que Link se dirigeait vers la porte. Il l'ouvrit et je le rejoignis une fois prête.
Je découvris alors le laboratoire antique d'Akkala pour la première fois. Il y avait une odeur de cramer qui flottait dans l'entièreté du laboratoire, constitué de bois sombre et de pierre. Ce laboratoire semblait bien mieux rangé que le précédent... Il y avait beaucoup d'étagères collées aux murs de la pièce circulaire, dessus y reposait des livres et des papiers. Un escalier montait à l'étage... Enfin un reste d'étage. Le toit était partiellement détruit et on pouvait sentir l'humidité envahir la pièce. Il y avait une sorte de robot au centre de la pièce.
Link observa la salle avant de se diriger vers son point central, je le suivis et nous regardions la machine à forme quelque peu humanoïde. En s'approchant, elle réagit à notre présence et dit... Ou essaya de dire: « ...ai... er ? ...ur...us...
-HÉ ! Qu'est-ce que vous faites ici ?! ».
On se retourna pour découvrir un vieil homme bien plus petit que moi, il était accompagné d'une femme d'une bonne cinquantaine d'année. Ils étaient habillés dans des tenues traditionnelles du peuple Sheikah.
Je me concentrais sur le petit homme nous interpellant. Il avait un début de calvitie laissant voir en partie son crâne, le reste de ses cheveux était tiré vers l'arrière, en pétard. Il portait une grosse paire de lunette opaque nous empêchant de voir ses yeux. Il semblait énervé, mais s'apaisa quelques instants plus tard en réfléchissant :
« Hm ?... Hmm ! HMMM ?! ». Il regarda attentivement Link et surtout la tablette Sheikah à sa ceinture... Décidément, elle attirait le regard. La femme à ses côtés nous ignora et se dirigea vers l'autre bout de la pièce pour s'occuper de certains papiers ou autre fourniture dont j'ignorais l'utilité. L'homme s'avança vers nous en se mettant à côté du robot tout en prenant un coup d'œil sur nous.
Il se frotta le menton alors que nous nous positionnons correctement face à lui puis il dit : « Hum... Jeune homme... Tu ne serais pas... Link ? ». Le héros concerné fut surpris d'entendre son nom, mais il acquiesça. L'homme face à lui resta perplexe et il poursuivit :
« Hmmm... Si tu étais le vrai Link, il y aurait des tas de choses dont je devrais te parler... Mais comment le vrai Link pourrait-il seulement PROUVER qu'il s'agit bien de lui-même ? »
... Il n'a pas l'air très intelligent celui-là... Mais je ne dis rien, continuant de l'écouter blablater.
« Ah, mais bien sûr ! Il n'aurait qu'à me montrer la blessure qu'il a reçue il y a cent ans, et je serais fixé ! C'est SIMPLE ! ».
Link déglutit un peu mal à l'aise... Il me regarda avec une lueur rouge sur ses joues... Ok, j'ai compris ! Je me retournais et me dirigeais loin pour ne pas être tenté de regarder. Je me dirigeais surtout vers la femme de toute à l'heure qui se trouvait idéalement à l'opposé de Link et du vieillard.
Elle m'accueillit en reproduisant la même pose stupide que Pru'Ha... Au secours pas encore : « Ouistiti ! ». La gêne envahit mon être ainsi que mon visage... Bon, je vais y aller moi... Mais elle redevint sérieuse remarquant sûrement la gêne occasionnée par son acte enfantin :
« J'ai voulu t'offrir ma plus belle imitation du chef du laboratoire antique d'Élimith ! Mais ce n'est peut-être pas la manière la plus appropriée de recevoir quelqu'un qu'on ne connaît pas...
-Non ça ne me dérange pas, je vous assure ! ». Mensonge Kitsis. Ses yeux se remplirent d'étincelles, elle poursuivit :
« Oh ! Je savais que tu devais être adorable quand je t'ai vu hier soir ! D'ailleurs, tu me semblais vraiment pas dans ton assiette... Ça va mieux j'espère ?
-Oh... Oui, ça va j'étais juste épuisé rien de grave.
-Tant mieux ! Bon après nous aurions pu te disséquer si tu étais morte dans la nuit... Mais c'est tout aussi bien si tu es toujours en vie ! ».
Pardon ?... Dire que j'étais mal à l'aise et effrayé était un euphémisme... Elle enchaîna comme si ce qu'elle venait de dire était normal. Elle me tendit sa main que je saisis :
« Moi c'est Jérine, je suis spécialiste de l'Antiquité. J'étudie en particulier les sanctuaires, et toi ?
-Je suis Kitsis, simple voyageuse, ravis de faire votre connaissance. ».
Elle me fit un grand sourire avant de dire : « Si tu as des questions, n'hésite pas ! ». Cela tombait bien... J'en avais une qui me brûlait la langue, je me hâtais de la lui poser : « Qui est cet homme là-bas ? ». Je désignais l'emplacement du petit homme derrière moi avec un signe de tête et la femme le regarda :
« C'est le Docteur Faras, il étudie les gardiens. C'est un véritable spécialiste dans ce domaine ! Il parait qu'il y a cent ans, il menait ses recherches au Château d'Hyrule ! ».
Ah, il devait faire partie de l'équipe de recherche du château avec Pru'Ha et ma sœur. Je ne l'avais jamais rencontré, juste un peu entendu parler... Elle poursuivit un regard attendri :
« Plus d'un demi-siècle nous sépare Faras et moi, mais il reste mon mari chéri ! » Mes yeux s'élargirent et je ne pus contenir ma surprise : « Votre mari ?!
-Exactement ! Lui et moi, nous nous occupons en couple du laboratoire antique d'Akkala. Nous avons même un fils ! ».
Je la dévisageais et au fond de moi j'étais vraiment mal à l'aise... D'accord, l'amour n'a pas d'âge, mais... J'ignorais même qu'il était encore possible d'avoir des enfants pour un homme de cet âge... Je frissonnais de dégoût à l'image se formant dans ma tête... Au secours. Je poursuivis alors mon interrogatoire :
« Un fils ?
-Eh oui ! Et il travaille avec nous ! Il s'appelle Nad. Il est assez beau garçon, comme son père à l'époque ! Tu l'as peut-être croisé ? ».
Beau garçon... Comme son père ?... Je crois bien que ce soit incompatible. Je secouais la tête pour lui dire que je n'avais pas croisé leur progéniture :
« Bon... Si tu le vois, sois sympa avec lui, d'accord ? Il pourrait même bien te plaire ! » Elle saisissait mes joues et m'observait sous toutes les coutures, mais j'étais sauvé par le gong, j'entendis derrière moi :
« OUAIS ! Je me souviens comme si c'était hier de ce corps couvert de cicatrices. Ta blessure à l'air de s'être refermée, mais je sais que c'est celle que t'as infligé le fléau, il y a cent ans ! ». Je tentai de me retourner, mais Jérine m'en empêcha en me tenant droite face à elle et elle me chuchota :
« Voyons jeune fille ! Ce n'est pas tout à fait finis, on n'observe pas un homme dans cette tenue si on n'est pas au moins fiancé avec lui ! ». Eh bien... Apportez-moi une bague et un bouquet parce que je ne compte plus le nombre de fois où il s'est dévêtu partiellement devant moi... Mais bon... Elle avait raison. J'entendis à nouveau la voix de Faras:
« Hmpf... J'admets donc que tu es le véritable Link ! Alors ! Reprenons ! ». Je regardai toujours dans la direction de Jérine... Bon... Il se rhabille l'autre ?! J'aimerais bien participer à la conversation ! Mais visiblement, Jérine ne me laissera pas me retourner temps que ce n'est pas convenable pour les yeux d'une jeune fille, pensais-je exaspéré. J'avais envie de rire. Je me résignais à seulement écouter pour le moment :
« Je suis le spécialiste des Gardiens, le directeur de ce laboratoire antique... Mais pour toi je serais le Docteur...FARAS ! ». Je l'ouïs taper le sol avec ses pieds avant de faire un mouvement visiblement drôle car Jérine se mit à rire. Elle me permit alors de me retourner et Link était revêtue de sa tenue du prodige. Je me dirigeais en direction de Faras qui pointait un doigt en l'air et reposait son autre main sur sa hanche. Sa tête était tournée vers le ciel dans une pose complètement ridicule...
Il reprit une pose normale ainsi qu'un air pensif : « Je te félicite d'être arrivé seul jusqu'ici, cette région est pourtant reculée ! ». Je m'approchai de Link pour me positionner à ses côtés. Je sentais le regard de Faras sur moi, me mettant mal à l'aise... Je me présentais un peu intimider et jouant avec une mèche de ma chevelure :
« Il n'était pas vraiment seul... Je suis Kitsis et je l'accompagne dans sa quête... Enchanté. ». Il ne bougea plus l'espace d'un instant avant que son nez ne se mette à saigner. Hein ?! Pourquoi saigne-t-il du nez tout à coup ?! Il rougit violemment et se tourna pour se cacher de nos regards, je m'apprêtais à me baisser pour m'assurer qu'il n'était pas blessé mais j'entendis Jérine au loin : « Ne vous en faites pas, ça lui fait toujours ça quand il voit une jolie fille. ». Je rougis quelque peu... Je n'irais pas jusqu'à dire jolie mais bon...
Il se ressaisit, nous faisant face à nouveau : « Kitsis... C'est ça ? ». J'acquiesçais tandis qu'il se mit à réfléchir un instant, puis il parla pour lui-même :
« Tiens la soeur de son Altesse Zelda se nommait pareil. Je ne pensais pas qu'une famille aurait osé appeler leur fille ainsi. ».
Il m'observa et dit : « Tu lui ressemble cependant ! J'étais présent quand elle est morte, si tu me montres toi aussi ton corps, je pourrais te dire si tu lui ressemble en tout point ! ». Je bouillonnais à l'intérieur et je m'approchais pour lui administrer un grand coup sur son crâne nue mais Link m'en empêcha. Il me retint en me disant avec son regard : « Patience. » Bon... Mettons ça sur le dos de la vieillesse... Il se concentra de nouveau sur le sujet principal. Il s'adressa à Link :
« Alors mon garçon, comme ça t'es allé demander de l'aide à la vieille Pru'Ha, c'est ça ? ». Je répondis à sa place comme d'habitude : « À vrai dire c'est une enfant maintenant...
-QU-QUOI ? Pru'ha à eu un enfant ?!
-Non ! Elle a rajeuni !
-Non ! Elle s'est transformée en petite fille ?! VRAIMENT ? ». J'acquiesçai et il poursuivit :
« Elle peut rien faire comme tout le monde celle-là... La connaissant, c'est sûrement une expérience qui à MAL tourné ! Bref revenons à nos moutons ! Tu es au courant que le fléau retrouve peu à peu ses fores Link ? ». Link acquiesça, Faras reprit :
« Très bien, alors j'imagine que je n'ai pas besoin de te faire part de notre SITUATION ? ». Je le regardais et Link semblait hésiter... Faras prit alors ça pour un « explique » et il obéit :
« BIEN ! Je vois, je vois... Dans ce cas... Notre objectif à nous les chercheurs Sheikahs est de débarrasser le monde de ce fléau, cet être maléfique qui traverse le temps pour ressusciter ! ET ! Cette fois-ci, il s'agira aussi de rejoindre la princesse Zelda, retenue par le fléau même. Nous avons réussi à mener nos recherches à bien mais nous sommes trop vieux pour affronter le fléau. TOUTEFOIS ! Tu t'es heureusement réveillé à temps avant que je ne casse ma pipe ! L'heure est venue mon garçon ! Il est temps ! Il est l'heure de t'allier aux Sheikahs ! Débarrasse-nous de ce fléau ! Toi et moi nous allons coopérer et vaincre le fléau ensemble ! ».
Il était bien trop enthousiasme pour moi. Je perdais le file mais il en arrivait enfin au but:
« Je ne vais pas t'embêter avec de longs discours, alors venons-en au fait ! Je vais te fournir en équipement archéonique ! Mais ! Parce que oui il y a un MAIS ! Ma très chère Cherry... Je veux dire mon fourneau Sheikah, va mal. Je ne peux pas fabriquer d'équipement archéonique... Aaah... Il faut encore rapporter une flamme bleue du fourneau antique... ».
Link ne répondit pas mais je vus dans son regard qu'il n'était pas vraiment heureux de cette annonce. Je riais légèrement alors qu'il se dirigeait à contrecœur vers la sortie et ouvrit doucement la porte, je le suivis de près et découvris qu'il pleuvait encore... Akkala était définitivement une région que je n'allais pas beaucoup apprécier.
Je m'apprêtais à l'accompagner mais il se retourna pour me regarder d'un air de désaccord mais il regarda surtout la porte se fermant derrière moi avant de me parler :
« Reste ici, je n'en ai pas pour très longtemps.
-Tu sais, je ne suis pas en sucre, je suis capable de te suivre.
-Tu vas surtout me ralentir. ».
Il m'offrit un petit sourire pour se moquer de moi avant de reprendre son chemin... Je soupirais légèrement mais je gardais le sourire. Ses moqueries étaient sa façon à lui de communiquer et je commençais à m'habituer. Je me retournais alors en regardant une dernière fois derrière mon épaule pour le voir s'éloigner tout en mettant la capuche de sa cape sur ses cheveux blonds.
