CHAPITRE 35
Bonjour/Bonsoir à toutes et à tous.
Je me dois de vous prévenir quant aux chapitres qui vont suivre (35-38), si vous êtes plutôt sensible en ce qui concerne la violence verbale, physique et mentale, je vous déconseille fortement de les lire. Un résumé des informations importantes délivrées dans ces chapitres est envisageable, il suffit de demander.
Sur ce, merci pour les commentaires, n'hésitez pas à commenter ce chapitre pour faire part de votre ressentit et de vos questionnements.
" Bonne" lecture.
Nous nous étions réveillés en plein après-midi. Je n'avais jamais dormis autant au bord d'un lit par peur de toucher celui à mes côtés, c'était inhabituelle dans mon comportement. Normalement, j'aurais pris toute la place sans m'en soucier, mais cette nuit... Enfin cette journée, j'avais fait très attention à ne pas le toucher, à ne surtout pas entrer en contact avec sa peau à aucun moment.
Sauf que... Lui ne s'était pas vraiment préoccupé de cela et à plusieurs reprise, je sentis ses bras s'enrouler autour de mes hanches pour me serrer dans une étreinte. J'étais partagé entre une gêne incroyable et un sentiment de bonheur inégalé jusqu'à présent. J'aurais tellement dû en profiter...
Nous étions partis du village Goron alors que le soleil commençait à décliner dans le ciel. Nous avions fait nos adieux à Yunobo et au boss, Buldo. C'était assez émouvant malgré tout, mais... Je m'étais juré de ne pas pleurer. J'ai eu du mal à tenir ma promesse, mais au moins je l'avais respecté, pas une seule larme n'avait tracé son chemin sur ma joue alors que je prenais Yunobo dans mes bras... Ou plutôt l'inverse. Quand nous aurons retrouvé le souvenir de Link, nous partirons pour Cocorico pour parler à Dame Impa puis après l'avenir nous dira quoi faire.
Si seulement tout avait été aussi simple...
Nous marchions depuis des heures et j'avais revêtu la tenue que m'avait offerte ma sœur, bien sûr, j'avais pris un remède ignifus contre la chaleur de la région, mais ça devenait bien plus supportable au fur et à mesure que nous nous éloignions du volcan pour rejoindre le lieu choisi sur la carte hier soir. Ma tenue actuelle facilitait grandement mes mouvements et je me sentais revivre.
Nous voulions atteindre le lieu au plus vite, pour ne pas perdre de temps mais ça aussi semblait être un rêve lointain. Le sentier par lequel nous passions pour rejoindre le sommet de la montagne désigné comme notre objectif était une pente atroce... Je ne sentais plus mes jambes et transpirais à grosse goûte à cause de la multitude d'efforts fournis pour l'ascension de ce mont, mais bientôt j'en vis le bout et sentis le vent au sommet frapper mes cheveux complètement libres. Mon ruban me manquait, c'était un fait, mais d'autres choses bien plus essentiels faisaient partit de mes priorités.
Mes jambes se sentaient revivre lorsque j'arrêtais de marcher tandis que je respirais tel un bœuf ayant couru un cent mètre. Link aussi était fatigué, mais il se fit moins remarquer. J'étais bien trop heureuse lorsque mes pieds rencontrèrent enfin une surface plane que j'étendis mes bras pour me laisser porter par le vent jusqu'à ce que je prenne un aperçu de ce qui s'étendait devant moi. Mon cœur s'arrêta de battre alors en découvrant la vue... Ça me brisait le coeur, malgré ce à quel point je haïssais cette bâtisse stupide... Le château d'Hyrule était malgré tout le lieu où j'avais grandi... Je pouvais facilement voir les remparts autour de lui ainsi que l'épaisse aura de corruption qui en émanait. Mon corps frissonnait alors que j'observais ce lieu emprunt d'histoire aujourd'hui complètement... Détruit. Des cris d'agonie se profilèrent dans mon esprit sans que je ne puisse rien contrôler, les cris des personnes mortes à l'intérieur... Et pourtant... Je n'entendis pas les cris de celui que j'aimais... J'ouïs des appels à l'aide, des enfants appelant leurs parents désespérément et je bouchai instinctivement mes oreilles... Mais rien n'y faisait...
Une main sur mon épaule me sortit de ma transe... Link. Il regardait lui aussi à l'horizon, ne laissant paraître aucune émotion. J'observais attentivement les traits de son visage et je me demandais comment... il était mort il y a 100 ans. Comment même cela avait-il pu arriver ? Il semble... Invincible et pourtant Ganon avait gagner.
Devant nous s'étendaient les pleines d'Hyrule ainsi qu'une partie de la grande forêt d'Hyrule, la tour de la région de la forêt se trouvait en contre-bas et Nono sortit de ma sacoche pour regarder. C'était sa maison, là où il avait vécu depuis tout petit... Même s'il ne me semblait pas bien vieux. Je pouvais apercevoir les canyons représentant l'entrée du désert Gerudo ainsi que les montagnes de la chaîne d'Hébra. Là-bas, se trouvait dans le ciel la créature divine Vah'Medoh, notre prochaine destination. Contrairement à Ordinn, la région d'Hébra était réputée pour ses températures négativement extrêmes, nous allions devoir nous équiper en conséquence.
Link prit dans ses mains sa tablette Sheikah, affichant l'image pour laquelle nous étions là. Puis nous regardions tout deux une dernière fois le paysage correspondant à la photo. Link prit ma main dans la sienne et entrelaça nos doigts ensemble, je frissonnais légèrement à cette action soudaine. C'était banal, mais pourtant... Ça me semblait bien plus intime. Il se plaça face à moi avant de fermer doucement les yeux et je l'imitais à mon tour pour laisser les images défiler devant mes yeux.
Le noir de mes paupières était remplacé par le sentier par lequel nous étions arrivés. Il était jonché d'une tonne de cadavre de monstre : des lynels, des bokoblins et des moblins. C'était au crépuscule à peu près à la même heure que dans le présent et j'entendis la voix de ma sœur en arrière-plan :
« Cette blessure n'a pas l'air trop sérieuse. » L'image s'éleva du sentier et je découvris les deux hyliens assis l'un près de l'autre. Ma soeur était entrain d'observer une blessure sur le visage de Link, ça semblait assez superficiel mais elle y prêtait beaucoup d'attention... Plus que nécessaire à mon goût. Elle se redressa un peu pour s'éloigner légèrement de lui avant de poursuivre : « Mais tu devrais peut-être faire plus attention. ». Elle était vêtue de sa tenue de voyage composé d'un pantalon noir et d'une tunique bleue brodée d'or comme celle des prodiges dont elle était très proche. « Tu as beau être fort, tu n'es pas immortel. » Dit-elle. À ses mots, elle regarda la scène de crime devant eux : « Les rapports récents indiquent que les monstres se font chaque jour plus agressifs et que des espèces encore plus redoutables font leurs apparitions. »
Le visage de Zelda trahi son inquiétude alors qu'elle semblait réfléchir à quelques choses dans son esprits: « C'est inquiétant... Se pourrait-il que ce soit là un signe annonciateur de la résurrection de Ganon ? » Ses yeux regardèrent vers le sol dans un gâchis de tristesse avant qu'elle ne se lève tout en enlevant la poussière de ses vêtements. Elle regarda Link toujours assis sur le sol avant de lui dire:
« Allons, ne traînons pas. Mieux vaut nous attendre au pire. Nous n'en serrons que mieux préparés quand ce jour arrivera. » Elle lui sourit tendrement avant que lui aussi se lève. Ils commencèrent à marcher, ma sœur devant en direction du château d'Hyrule. Link la suivit bien sagement et l'image devant mes yeux redevint tout à coup noir.
J'ouvris lentement mes yeux pour rencontrer ceux de Link et mon cœur s'affola. Je n'avais jamais pu les observer d'aussi près, son regard plongé dans le mien, il s'apprêtait à dire quelques choses, mais une voix familière provenant du sentier par lequel nous étions arrivés le coupa : « Bonsoir. »
Nos mains se détachèrent instinctivement tel des amants prit sur le fait. La peur me saisit, tandis que mes yeux prirent un aperçu du visiteur osant interrompre ce moment de nostalgie.
Une capuche noire... Des cheveux blancs, il n'était donc pas partit de la région d'Ordinn. Je m'avançais stupidement vers l'homme, ne me méfiant pas de lui, mais Link me barra la route avec un bras. Le visage de notre visiteur m'était toujours inaccessible, mais j'avais le pressentiment que celui-ci allait m'être enfin dévoilé aujourd'hui. Il l'avait dit à Cocorico, il était obligé de tenir sa promesse.
« Eh bien, quel accueil chaleureux. ». Mes yeux s'élargirent un peu plus, puis mon expression surprise laissa place à un air de défis :
« Je n'ai pas pour habitude de saluer chaleureusement les inconnues. ». Je sentis son regard sur moi puis il se mit à rire en ajoutant d'un ton condescendant :
« Moi ? Un inconnu ? Je devrais être offensé d'être appelé ainsi, mais... Je vous pardonne Princesse, votre mémoire a dû être profondément altéré pour que vous arriviez à m'oublier. ».
Je sentis mon sang accourir dans mes veines à un rythme affolant tandis que mes mains devinrent moites. Mon cerveau créa des centaines de propositions quant à son identité. Je me souviens de toutes les personnes qui étaient importantes pour moi... Si je le connaissais, j'aurais dû immédiatement reconnaître sa voix... Sa voix. Ma respiration s'arrêta net, j'étais figé sur place. Link me regarda visiblement perdu et je laissai les mots s'échapper de ma bouche :
« C'est... c'est toi... Qui me harcelait dans mon esprit ?! » J'haussais le ton, effrayé, mais aussi énervé par cette découverte. Qui était cet homme s'amusant à me torturer de l'intérieur, que voulait-il ? Pourquoi me cherchait-il ? Il rit de nouveau avant de jouer avec une mèche de cheveux entre deux doigts et dire :
« Je ne pensais pas que vous traiteriez votre sauveur ainsi, moi, vous harcelez Votre Altesse ? Ô grand jamais, je vous ai même empêché une situation des plus déplaisante au domaine Zora, je m'attendais à un peu plus de sympathie de votre part. Mais j'imagine que si je fais tomber les masques... J'obtiendrais ce que je désire. ».
Je vis Link passé devant moi en sortant son épée visiblement prêt à se battre. Je posais une main sur son épaule pour lui dire que ce n'était pas la peine et il m'offrit un regard perplexe. Je lui souris doucement avant de me diriger vers l'homme jusqu'à n'être plus qu'à quelques mètres de lui.
Je pus voir un sourire se dessiner dans l'ombre de sa cape alors qu'il mettait un genou à terre afin de s'incliner devant moi. Je rougissais violemment, je haïssais déjà ce comportement à l'époque et je ne l'aimais pas plus aujourd'hui. Il baissa la tête vers le sol et dit :
« Je vois que vous êtes toujours autant gêné par tant de protocoles. Mais... »
Il plaça ses mains de chaque côté de sa capuche avant de commencer à la faire tomber doucement. Mon cœur s'accrocha à chaque mouvement qu'il fit, s'accordant à ma respiration saccadée. Le tissu noir laissa ses cheveux pour me dévoiler une chevelure blanche accrochée en une queue-de-cheval avec un élastique rouge, l'homme releva la tête et mon cœur s'arrêta de battre. Mes mains allèrent devant ma bouche pour éviter un gémissement de surprise et mes yeux se remplirent de larmes.
Je découvris un homme de mon âge, des yeux rouge sang et des cheveux blanc comme neige, il était identique à Link en tout point sauf pour ces détails et une peau plus claire... Mais malgré tout... Je reconnaissais l'homme dont il s'agissait derrière toutes ses transformations. Il souleva un peu le tissu couvrant son épaule et je découvrais une marque du destin que nous avions en commun : 02.
Je fondis en larme, courant et tombant à terre pour prendre l'homme dans mes bras alors qu'il chuchotait dans mes cheveux : « Mais... Je suis obligé d'être ainsi Princesse. » Je pleurais toutes les larmes de mon corps en le serrant fort contre moi et enfouissant ma tête dans son épaule avant de chuchoter entre deux sanglots: « Je... Pourquoi es-tu en vie ?... Pourquoi es-tu ainsi ? Pourquoi... Réponds-moi... ». Il posa sa main sur ma tête et caressa tendrement mes cheveux en faisait un léger « chut » pour me calmer.
Mon cerveau était un gâchis et je n'arrivais plus à penser correctement, tout se mélangeait. Il était encore... En vie. L'homme que j'aimais il y a 100 ans était dans mes bras, ses cheveux et ses yeux métamorphosés... : « Len... ». Je me redressais, prenant son visage dans mes mains tandis que je l'observais : « Que t'est-il arrivé ? Pourquoi... Ne m'as-tu rien dit... » Il sourit un peu en essuyant une larme au coin de mes yeux avant de me répondre :
« Tu auras tout le temps de me poser des questions plus tard, maintenant, il faut qu'on parte, nous avons beaucoup de chose à faire et pas une minute à perdre. ». Len se releva tout en me gardant dans ses bras avant de diriger son regard vers le héros en retrait. Il semblait ne rien comprendre à ce qu'il se passait tandis que les paroles de Len atteignaient enfin mon cerveau. Partir ? Mais où ? Pourquoi ? Et Link ?
Puis, Len s'adressa enfin au héros: « Merci d'avoir pris soin d'elle, mais, désormais, elle n'a plus besoin de toi. » Hein ?! Comment ça ? Je ne veux pas abandonner Link ! Len passa un bras autour de mes hanches et commença à marcher vers le sentier pour partir alors que je regardais derrière nous pour voir le héros figé sur place dans le choc, mais ça ne dura pas longtemps. Il resserra son emprise sur son épée et courut dans notre direction. L'homme à mes côtés se retourna, vaguement intéressé par le héros après nous charger. Il me lâcha et chuchota:
« Attends-moi, j'en ai pour deux secondes. » Len était bien trop confiant, il devait avoir oublié que Link était le chevalier le plus puissant d'Hyrule. Mais surtout, je ne voulais pas qu'ils se battent ! Len ne prit même pas la peine de sortir une arme alors que Link se rapprochait pour tenter de lui affliger un coup.
Len se prépara à claquer deux doigts ensemble lorsqu'il dit: « Il me semble que les chiens doivent être tenus en laisse... À défaut d'en avoir une, je te propose une cage. ». Il claqua ses doigts et peu de temps après le héros tomba au sol, lâchant son arme qui partait à quelques mètres de lui. Mes yeux s'élargirent en voyant le héros prisonnier d'un champ magnétique semblable à la corruption de Ganon: « Link ! » Je courus dans sa direction, mais Len me barra la route, il me regarda avec un sourire des plus effrayant... Ce n'était pas le même Len qu'il y a cent ans... Ce n'était pas le même garçon que j'aimais et qui me réconfortait. Il était... complètement différent. Il rit un peu avant de regarder Link avec un air méprisant :
« On dirait bien que le toutou de Son Altesse Zelda ne peut plus rien faire qu'aboyer... Ah ! Mais j'oubliais, il n'aboie pas vue que son passé lui sert de muselière. C'est triste quand même. ». Puis il prit un air dramatique : « Tu pourrais m'implorer de te laisser partir sain et sauf, mais... Tu as beau possédé la triforce du courage, tu n'es pas assez courageux pour parler à un inconnu. C'est vraiment dommage, si seulement Hylia avait choisit quelqu'un de mieux comme... Ah je sais ! Moi. ».
Len claqua une nouvelle fois des doigts et fit apparaître une épée à la lame noire, une aura démoniaque l'encercla puis il la pointa vers le héros. Mon cœur battait fort mais je ne réfléchis pas une seconde avant de me mettre en travers de sa route:
« Len arrête ! Qu'est-ce qui te prend ?! Ce n'est pas toi ! Tu n'es pas comme ça ! Reprends-toi ! » Il m'offrit un regard choqué avant de rire aux éclats, il posa une main sur son ventre et je pris un aperçu de sa tenue. Il était habillé exactement comme Link mais tout était noir ou rouge... Mes yeux s'élargirent dans l'horreur lorsque j'eus compris:
« Je... Je me souviens que tu voulais être à sa place quand nous étions jeunes... Mais jamais je n'aurais pensé que tu irais jusqu'à... Devenir lui... ». Les larmes s'accumulèrent dans mes yeux et je ne pouvais plus les contenir. Il plaça un doigt sur mes lèvres avant de dire doucement: « Chut princesse, ne pleurez pas. Je suis toujours celui que vous avez connu et ne me comparez pas à ce chien... Je suis bien plus puissant, c'est lui qui n'est qu'une pale copie et un seul de nous deux peut exister dans ce monde. ».
Il m'écarta, se préparant à poignarder l'homme à terre. Je me plaçais une nouvelle fois devant lui en disant: « Arrête ! C'est un ordre Len, tu m'entends ! Il ne t'a rien fait ! Laisse-le. ». Je baissais les yeux vers l'homme derrière moi, il semblait enragé et à la fois effrayé et... Mon esprit me dit de fuir, mais mes jambes ne bougeaient plus, je ne pouvais pas l'abandonner.
Je fermais les yeux et je baissais la tête avant de cracher à l'homme face à moi: « Tu voulais tellement être quelqu'un de bien avant... Tu t'entraînais pour devenir le prodige des hyliens, tu te croyais courageux... Mais au fond, tu n'es qu'un lâche. ». Je le regardai dans les yeux et lui souris ouvertement. Il lâcha son arme et prit mon visage entre ses mains, s'en approchant dangereusement avec le siens :
« Un lâche ?... Tu veux vraiment que je sois lâche ? Tu es tellement aveuglé ma pauvre... Tu me ferais presque pitié. Mais je vais être clément. Je vais te montrer ce qu'est être un lâche. ». Il plaça ses mains autour de mes hanches. Alors que j'essayais de sortir de son étreinte forcer, une sensation que je connaissais déjà se répandit dans mon corps, nous commencions à nous disloquer en particule, mais cette fois-ci... Des particules rouge sang.
Mon cœur accéléra et je tournai mes yeux vers Link qui tentait désespérément de se libérer de sa cage, son regard me criait tant de choses... Et mes derniers mots pour lui furent simplement: « Chut, ne parle pas si tu ne veux pas. Je t'en pris... Sauve hyrule et ne te préoccupe pas de moi ! ». Je lui souris avant que mon corps ne disparaisse complètement. La dernière image que je vis était ses yeux bleus ahuris et sa bouche grande ouverte, mais... aucun son n'en sortit.
Mince... J'ai oublié de lui dire que... Je l'aime.
***
Mon cœur me faisait tellement mal... Je venais de revoir l'homme que j'aimais plus que tout au monde il y a cent ans et désormais, je le haïssais plus que tout au monde. Il n'était plus lui et je ne le reconnaissait même pas, autant physiquement que mentalement... Le garçon qui autrefois me consolait quand je pleurais, m'étreignait quand tout le monde me tournait le dos, m'encourageait quand personne ne croyait en moi... Allait me briser.
Je ne savais pas où il m'emmenait ni même si un jour, je sortirai de ce lieu en vie ou si je reverrais Link... Mais je savais que... Plus jamais je ne me laisserais avoir par mes émotions. J'aurais dû me méfier à la seconde ou j'ai vu une lueur maléfique dans ses yeux sang. Dès que j'ai vu qu'il était désormais semblable à Link, j'aurais dû fuir.
Il lui avait toujours ressemblé étant jeune, d'ailleurs nombreux étaient ceux qui les confondaient. Ils étaient tout deux blonds aux yeux bleus et ils se battaient aussi bien l'un que l'autre étant enfant. Mais très vite... Link dépassa Len et devint bien plus fort que ce dernier. Je me souviens du jour ou Link avait été nommé prodige... Len ne s'en était pas remis. Tous les entraînements qu'il avait menés pour rien, je n'avais pas remarqué la haine qui se glissait peu à peu dans son cœur, mais aujourd'hui... Je la voyais.
Nos corps se reformèrent devant une grande forêt sombre... Très sombre, bien trop sombre. Une fois mon corps entièrement reconstitué, je m'éloignais expressément de Len, mettant le plus de distance possible entre nous alors que la peur me rongeait. Je regardais aux alentours pour tenter de m'échapper le plus loin possible, mais de toutes façons, Len ne me quittait pas des yeux une seconde... Je regardais l'homme en lui envoyant des regards de haine avec mes yeux emplies de larme alors qu'il s'approchait de moi. Je reculais au fur et à mesure qu'il se rapprochait :
« De quoi as-tu peur ? Ce n'est que moi. Je ne vais pas te faire de mal... Ou peut-être un peu, mais rien de très méchant ne t'en fais pas. ». Il sourit tendrement comme quand nous étions enfants alors qu'il se rapprochait encore. Mes pieds s'emmêlèrent et je tombais au sol. Je ne me laissais pas abattre pour autant, je pris ma lance dans une main et je continuais de reculer au sol tout en lui criant : « Ne t'approche pas ! » Il s'arrêta net alors que ma poitrine s'élevait et s'abaissait au rythme effréné de ma respiration.
« Tiens... Tu semblais bien plus fière en présence du héros. Que t'arrive-t-il ? Tu te sens en danger ? Il n'y a pas de quoi... Après tout... Tu es la princesse et je suis ton humble serviteur. ». Il s'abaissa dans une courbette idiote avant de rire exagérément. Je ne pouvais plus reculer, j'étais contre la carcasse d'un gardien tandis qu'il continuait de s'approcher.
Il s'agenouilla devant moi puis prit mon menton entre deux doigts. Il m'observa un peu avant de dire:
« J'ai bien peur que tu ne sois pas en état pour que je puisse tout t'expliquer... Mais ne t'en fait pas Princesse, j'essaierai de ne pas te faire trop mal si tu es sage... Sinon je ne te garantis rien. ». Je sentis mon esprit m'envoyer des appels de détresse alors qu'à ces mots il prit un morceau de bois près de lui et m'administra un coup puissant mais précis à la tête. Je perdis connaissance et que tout devint noir autour de moi, ma dernière pensée allait pour Link et je priais la déesse pour que lui, aille bien...
« Je deviendrais le héros d'Hyrule et je vaincrais Ganon le fléau ! Et une fois mon rêve accomplis, je te demanderais de m'épouser et je ferais de ton rêve une réalité, je te le promets ! » Je le regardais et mon coeur se serrait alors qu'il était après s'entraîner au maniement de l'épée comme il le faisait tous les jours. Je m'approchais doucement de lui, posant ma main sur la sienne tenant son épée. Il me regarda avec un air surpris et je sentis mon cœur se serrer tandis qu'il me souriait. Je détournais le regard avant de lui annoncer la mauvaise nouvelle: « Je suis désolé Len... Mais... Link va être nommé prodige d'Hyrule... Mon père nous l'a annoncé hier soir... »
À ce moment-là, il ne bougeait plus. J'étais persuadé d'avoir entendu une fissure se former dans son cœur... Je suis désolé...
Je me réveillais dans un endroit sombre et humide, il faisait froid... Trop froid... Mon corps reposait sur un matelas dur et vraiment pas confortable. Je sentis l'humidité dans l'air ainsi que des odeurs nauséabondes, mon estomac se serrait et je me retenais de vomir son maigre contenu. Je me redressais avec difficulté alors que ma tête me faisait atrocement mal.
Mes yeux eurent du mal à s'ouvrir, comme s'ils ne voulaient pas me laisser découvrir le lieu dans lequel j'étais.
Je les forçais et j'aurais sûrement dû écouter mon instinct. Je ne pouvais plus contenir cette envie atroce de vomir et je laissais mon estomac se libérer de cette envie dégoutante sur le sol face à moi. J'essuyais rapidement ma bouche avec le dos de ma main alors que je prenais un meilleur aperçu de la scène autour de moi. Il y avait le cadavre d'une femme partiellement nue face à moi et elle était après se décomposer, d'où l'odeur atroce. Je plaçais une main sur mon cœur pour m'assurer que j'étais toujours en vie et qu'il ne s'agissait pas de l'enfer... Malheureusement, c'était la réalité. J'aurais aussi espéré un cauchemar...
J'étais dans une cellules très sommaire dans un cachot où j'étais la seule prisonnière. Tout était en pierre très sombre alors que des bokoblins surveillaient les environs. Ma cellule était composée, en dehors du cadavre, d'un lit en fer très très inconfortable et un seau près d'un robinet. Il n'y avait rien d'autre dans les parages et la pièce était assez étroite... Enfin, surtout, le cadavre prenait beaucoup de place... Il faisait sombre et quelques torches éclairaient les environs. Il n'y avait aucune fenêtre me permettant de voir l'extérieur et je commençais à culpabiliser de ne pas avoir fait des adieux plus corrects à Link.
Je me recroquevillais sur mon petit lit en ramenant mes genoux près de ma poitrine alors que j'engouffrais ma tête entre eux. Je remarquais alors que je n'étais plus du tout vêtue comme précédemment. Mes vêtements bleus offerts par ma sœur avait été remplacer par ma robe blanche toute simple avec absolument rien d'autre. Je n'avais ni sacoche ni arme sur moi... Pourquoi ?... Pourquoi me faire ça ?...
Je commençais à dériver vers des pensées sombres en regardant les bokoblins parler dans leur langage habituel que je ne comprenais pas. Ils me regardaient vaguement avant qu'un d'entre eux ne quitte le cachot en passant par une petite porte en bois. La sortie ?... Au moins elle n'allait pas être très dur à trouver... Mais est-ce que derrière cette porte ne se trouvait pas un autre obstacle bien plus atroce ?
Je préférais m'accrocher à un espoir de liberté, mais une fois que j'entendis la porte se rouvrir, je savais qu'il m'en serait impossible. Len rentra dans la salle et je n'arrivai toujours pas à me faire à sa nouvelle apparence si ressemblante à Link... Link... J'espère qu'il va bien et qu'il a pu regagner Cocorico et surtout, j'espère qu'il s'en sortira pour la suite, grâce à ses pouvoirs... Je ne m'inquiète pas trop pour lui, la déesse le protégera. Je souris à la pensée du héros alors que Len vint briser ce petit moment de bonheur:
« Tu es heureuse de me voir ?
-Plutôt crever. ».
Il me regarda visiblement choquer à travers les barreaux de ma cellule, il les saisit tout en posant ses yeux sur moi tel un animal de foire : « Tu n'as pas changé en cent ans... Tu es toujours aussi belle. ». L'envie irrésistible de vomir revint au galop, mais cette fois-ci, j'arrivais à la contrôler, comment pouvait-il agir ainsi dans mon état actuel ?... N'avait-il aucune pitié ? Il posa alors ses yeux sur le cadavre devant moi et il l'analysa :
« Oups... On dirait que mes stupides serviteurs n'ont pas pris soin de nettoyer ta cellule... Il faut dire que j'aime m'amuser et qu'ils n'ont pas toujours le temps de nettoyer pour accueillir ma prochaine victime. »
Mon cœur accéléra rapidement et la peur se saisit de mon cerveau alors que je regardais la femme devant moi. Malgré la décomposition avancée, je pouvais voir son visage mortifié et ses vêtements déchirés... Je vous en supplie... Tout sauf ça... Len claqua deux doigts ensemble et ses serviteurs s'empressèrent de venir autour de lui, il désigna alors le malheureux cadavre et les bestioles acquiescèrent avant qu'ils n'ouvrent la porte de ma cellule pour venir nettoyer.
Quand ils soulevèrent le cadavre, le sang coula à flots de ce dernier, le tout faisant un bruit atroce de viscère gigotant dans le corps flasque de la femme. Je ne pouvais plus retenir mon envie de vomir et je me dirigeais rapidement vers le petit seau dans le coin de la pièce pour déverser encore une fois le contenue de mon estomac. J'entendis Len rire et une fois que j'eus fini, je le regardais en le fusillant du regard alors que j'essuyais encore une fois mes lèvres.
« Tu ne vomis déjà rien qu'en voyant cela ? Et tu espérais pouvoir accompagné Link dans sa quête jusqu'au château d'Hyrule ? Heureusement que je t'ai récupéré maintenant alors. ». Les bokoblins terminèrent de nettoyer la cellule et se regagnèrent chacun leur poste précédent laissant la porte ouverte, mes yeux se concentrèrent dessus mais Len suivit mon regard. Il se dirigea vers celle-ci et entra dans ma cellule en ne prenant pas la peine de la fermer. Je m'éloignais du seau et je reculais jusqu'à ce que mon dos rencontre un mur.
Mes poils se hérissaient, j'étais effrayé mais je ne devais rien laisser paraître... Ce serait le laissé gagné, je le dévisageais en tentant de garder mon calme alors qu'il s'agenouillait devant moi. Sa main s'approchant de moi, je la suivis du regard prête à la gifler si nécessaire, mais à mon grand soulagement, il ne fit que prendre une mèche de mes cheveux pour jouer avec. Il l'observa intensément tandis que je me permis de respirer pour soulager mes poumons. Il apporta la mèche à ses lèvres, la humant en fermant les yeux avant de dire:
« Tu m'as manqué. Mais désormais, nous sommes réunis et je ne te laisserais pas m'échapper une seule seconde. ». Il s'approcha de moi... Trop proche... Bien trop proche... Il posa son front contre le mien, j'étais entrain de bouillir de l'intérieur. Il a intérêt à reculer avant que ce soit moi qui m'en charge !
« J'ai tant de choses à te dire... Mais non ne sommes pas pressé, prenons notre temps. ». Il rapprocha encore son visage du mien et mon corps me cria de réagir rapidement avant qu'il ne me touche ; alors je lui donnais la plus grosse gifle que je n'ai jamais donné de toute ma vie à qui que ce soit. Il recula tout de suite, tenant sa joue meurtrit accompagné d'une grande marque rouge. Je le regardai avec un air de défis, mais il se mit à rire en baissant les yeux, un rire qui me pétrifia :
« Hahahaha...Tu crois vraiment... Pouvoir me défier ? » Il portait un sourire sadique sur son visage, je sentis mon cœur s'arrêter alors qu'il hâtait une main autour de mon cou, qu'il commença à serrer violemment, me privant d'air rapidement.
J'essayais de respirer et de me libérer en griffant ses mains avec autant de haine que je pouvais. Je commençais à suffoquer alors que mes poumons criaient pour obtenir de l'oxygène, je voyais trouble et pensais que tout allait se finir aussi bêtement et rapidement... Mais il me lâcha et j'haletai pour l'air quand sa prise se desserra.
Je toussais à plusieurs reprise tandis qu'une de mes mains allait pour toucher mon cou. De nombreuses marques ne devraient pas tarder à apparaître... Pensais-je. Mon autre main serra le tissu de ma robe alors que je tentais de récupérer une fréquence respiratoire se reprochant de la normalité, puis enfin mes yeux rencontrèrent les siens. Il avait un air satisfait sur son visage lorsqu'il prit mon menton entre deux doigts pour me forcer à le regarder dans les yeux :
« Et dire que j'ai tout fait pour que l'on puisse se retrouver tous les deux... Tu me remercies ainsi ? J'ai dû vous traquer jour et nuit, j'ai dû supporter de voir ce héros stupide à tes côtés pendant si longtemps... J'ai même dû donner ma vie pour pouvoir te revoir et toi... Tu me rejettes ? ». Il se leva et commença à s'éloigner peu à peu en disant :
« Je voulais être clément et envisager des négociations, j'avais même envisagé une mort douce... Mais finalement... Je vais m'amuser un peu moi aussi, il faut que je t'apprenne le respect ou tu ne plairas jamais au maître. » Maître ? Quel maître ?! Il sortit de la cellule et ferma la porte à clé avant de me donner ses dernières paroles : « Je repasserais, mais sache que ça ne sera sûrement pas aussi agréable que cette fois, prépare toi au pire... Car je vais te briser peu à peu pour m'avoir trahi. ». Il s'accrocha aux barreaux et sourit avant de s'éloigner et de partir.
Une fois que je ne vis plus sa silhouette, mon cœur s'affola au fur et à mesure que j'analysais ses paroles... Je vais mourir ?... Il va me tuer... Mais, je ne comprends pas... Pourquoi me tuer ? Et qui est ce maître dont il me parle...
En tout cas, s'il compte me briser, je me relèverai et je me reconstruirais chaque fois plus forte. Ce jeu funeste, je compte bien le gagner ou au moins mourir la tête haute. Je ne craquerais pas.
