CHAPITRE 36
Attention: certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes. Voilà, j'avais prévenu.
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Aller, bonne lecture.
Les heures passèrent et j'étais toujours recroquevillé dans mon coin en tenant mon cou dans une main tandis que l'autre jouait avec un caillou que j'avais trouvé au sol. Je pensais à toutes les possibilités de m'enfuir d'ici. Chaque fois que je commençais à broyer du noir, la voix de Link revenait dans mon esprit: « Ne meurs pas ». Je ne mourrais pas, Link... Je vais essayer de résister et si je meurs ce ne sera pas faute de ne pas m'être assez battue.
Je souriais un peu en pensant à Link, à son sourire, à son courage, à son humour sarcastique... Je fermais les yeux et m'autorisais à rêver à ce qu'aurais pu être la fin de notre aventure. Nous aurions pu mourir... Ou survivre. Je me demande à quoi ressemblera le royaume lorsque lui et Zelda l'auront remis sur pied, à quoi ressemblera le couronnement de ma sœur, si elle sera une bonne mère ainsi qu'à quoi pourrait ressembler sa fille. Je sentis les larmes couler en pensant à tous ces événements auxquels je n'aurais pas le droit d'assister... Je serais morte dans tous les cas, que ce soit maintenant ou plus tard, je ne serais plus là pour y voir. Au fond, ce n'est peut-être pas si mal que je sois séparé du héros dès maintenant... Il n'aura pas à me voir morte vu que je le serais déjà...
Je plaçais ma tête dans mes bras alors que je pleurais à chaudes larmes en me rendant compte que... ma vie allait s'achever. J'avais eu le privilège d'avoir une seconde chance mais... C'était fini... La porte de ma cellule s'ouvrit dans un grincement fort qui me fit lever la tête pour regarder de quoi il s'agissait. Un bokoblins entra et posa un plateau avec de quoi manger dessus. J'étais soulagé quand je découvris qu'il ne s'agissait que de ça, mais très vite mon soulagement se transforma en peur lorsque je vis le fruit de mes cauchemars traverser la porte en bois. Il regarda dans ma direction avec un grand sourire. Il congédia la créature venu m'apporter des vivres avant de fermer la cellule derrière lui. Nous étions tous les deux dans cette cage et je me sentais tel un oiseau en captivité privé de s'envoler.
Len s'assit sur mon lit à l'autre bout de la petite pièce, il croisa une jambe sur l'autre avant de jouer négligemment avec une mèche de cheveux blancs, elle semblait tant intéressante qu'il ne me prêta aucune attention avant un moment, puis il dit:
« Comment était ton sommeil de cent ans ? Tu as fait de beau rêve ?
- Et toi ? Pourrais-je savoir comment ça se fait que tu sois encore en vie ? » Décontenancé par ma question, il leva un sourcil en observant ses ongles:
« Réponds-moi et je te répondrais, je n'ai qu'une parole et tu le sais. » Bien... Je vois... Nous allions jouer à ce petit jeu:
« Je me souviens de rien alors je ne peux pas vraiment te répondre. À toi désormais. » Il me regarda visiblement déçu de ma réponse:
« L'information que tu viens de me donner n'est pas à la hauteur de celle que je vais devoir te confier. Reprenons depuis le début veux-tu ? Je te repose une question et je répondrais à la tienne. » Je m'apprêtai à protester mais il enchaîna:
« Alors... Comment s'est d'être à la place de ta sœur ? Tu t'amuses bien avec son chevalier on dirait... À tel point que tu m'as oublié. Je ne pensais pas que c'était possible d'oublier son grand amour en quelques semaines de vie commune avec un homme, d'autant plus qu'il ne s'agit que du Prodige. » La colère s'empara de tout mon être jusqu'à ce que je me rende compte que... il était jaloux. À vrai dire... Je ne pouvais pas lui en vouloir, c'est vrai que mon cœur battait pour quelqu'un d'autre mais... C'était différent: « Je ne suis pas à la place de ma sœur, nous sommes camarades et rien de plus, il n'y a rien qui puisse attiser ta jalousie alors laisse le en-dehors de ça. ».
Nous nous fusillions du regard jusqu'à ce qu'il rompe ce contact et rit de manière ironique: « Oh... Rien qui pourrait attiser ma jalousie ? Je ne savais pas que ta sœur dormait avec Link dans le passé... Je ne savais pas non plus qu'ils avaient pour habitude de se prendre dans les bras l'un l'autre. Nous nous étions promis de finir nos vies ensemble, de nous marier et de fonder une famille... ». Il commença à s'énerver et je pus sentir une aura maléfique l'entourer, la peur revint au galop dans tout mon corps, chassant la colère. Il serra la petite couverture de mon lit dans ses mains avant de me sourire et de me dire:
« Mais bon, je te pardonne, maintenant... Nous allons l'avoir notre vie rêvée... Toi et moi. ». Il regarda ses mains et pendant deux secondes, je pensais qu'il était fou, rongé par la folie jusqu'au cœur.
Mais, il sourit, tout bêtement, un grand sourire comme quand nous étions enfants, un sourire qui fit battre mon cœur un peu plus fort. Je secouais cette pensée de mon esprit en me répétant inlassablement: Kitsis... Ce n'est plus Len... Ce n'est plus lui c'est entièrement différent... Il me regarda en continuant: « Donc je dois répondre à ta question j'imagine ? » J'acquiesçais avec conviction pour cacher ma peur et il s'exécutait:
« Eh bien... Pour rester en vie durant cent ans, tout d'abord, je suis mort. » Pardon ? Est-ce qu'il est conscient de ce qu'il raconte ?
Puis il poursuivit voyant que je ne comprenais pas:
« Je suis mort le jour de la réincarnation de Ganon et alors que mon esprit allait se dissiper... On m'a proposé de devenir immortel en l'échange d'un service assez simple. J'ai donc pu revenir à la vie en modifiant quelque peu mon corps, je suis maintenant plus grand, plus fort, mes oreilles sont enfin pointus, mes yeux rouges et mes cheveux blancs... Mais je suis le même que tu as connus il y a cent ans.
-Permets-moi d'en douter. ».
Il fut surpris de mon commentaire puis soupira avant de se lever pour venir dans ma direction. Mon cœur reprit un rythme affolant et je tentais de masquer la peur qui se frayait un chemin sur mon visage. Il s'agenouilla face à moi pour la seconde fois aujourd'hui avant de dire:
« Je suis le même, je peux te dire absolument toute ton enfance, chaque jour que nous avons vécu ensemble, chaque fois que tu as pleuré dans mes bras, chaque fois que tu as désobéi à ton père, chaque peur que tu possèdes et je sais très bien quelle est la plus grande. Ne me force pas à m'en servir contre toi. » Il me sourit tendrement avant de regarder le plateau à côté de moi et dire: « Je ne vois pas pourquoi ces stupides bestioles ton apporté de quoi manger, ça risque d'être dérangeant pour la suite... »
Mes yeux s'élargirent et j'avais un mauvais pressentiment mais je voulais lui poser une dernière question: « Pourquoi... veux-tu me tuer ?... »
Il posa son regard sur moi visiblement heureux que je pose cette question, il me regarda et je vis une lueur dans son regard: « Si je te tue... Je pourrais te ramener à la vie comme ça a été le cas pour moi et ainsi... Quand Ganon détruira ce royaume... Il nous laissera en vie et nous laissera faire ce que l'on souhaite en paix. Nous pourrons vivre où nous le voulons ! Tous les autres seront mort, plus personnes ne pourra nous faire du mal ou nous insulter pour nos différences ! Et même si c'est le cas en revenant à la vie tu pourras modifier ton corps comme je l'ai fait ! » Il parlait avec un enthousiasme effrayant et je pensais être entrain d'halluciner...
Je le regardais alors qu'il me souriait et pendant quelques secondes je pensais avoir retrouvé le Len d'il y a cent ans... Le même garçon enthousiaste pour tout et n'importe quoi... Seulement aujourd'hui, il jouait avec la vie et se moquait de celle des autres, je ne pouvais retenir une autre question: « Len... On peu aussi faire ça... Sans que tu me tues, n'est-ce pas ?... Pourquoi vouloir laisser gagner Ganon ? Si tu me libères je pourrai aider Link dans sa quête et nous pourrions ramener la paix en Hyrule ! » Je souriais alors que son enthousiasme m'avait contaminé, seulement le siens semblait diminuer pour laisser place à la colère:
« Tu ne comprends pas... » Mes yeux s'élargirent alors que son aura maléfique revint une fois de plus: « Celui qui m'a permis de rester en vie, c'est Ganon, en personne. Et... le simple service qu'il m'a demandé est de te tuer. » Il souriait d'un air sadique alors qu'il posait sa main sur ma joue. Mon cœur s'était arrêté de battre dans ma poitrine et je ne contrôlais plus mes sens. Ganon... Pourquoi veut-il ma mort ?... Mon regard plongeait dans le vide alors que je me rendais compte que... Si Ganon demandait ma mort, c'est qu'il y avait une raison... Et donc si je mourais, il allait sûrement pouvoir prendre un avantage quelconque. Donc si je meurs ici, je signe l'arrêt de mort de mon royaume et de tous ses habitants.
Len me regardait avec un air légèrement triste cette fois avant qu'il ne reprenne: « Le seul problème est que je ne peux pas simplement te tuer... Il faut que ton esprit soit complètement brisé lui aussi, sinon Ganon ne pourra pas prendre ton contrôle pour te ramener à la vie. Donc, je vais devoir faire quelque chose qui me brise le cœur... Mais je suis sûr que tu comprends. » À ses mots, il me prit dans ses bras alors que j'essayais de me débattre du mieux que je pouvais mais il nous téléporta dans un endroit que je ne connaissais pas.
Mon corps se reconstitua peu à peu et dès que mes yeux pouvaient reprendre leurs fonctions j'observais la salle dans laquelle nous étions. Une pièce simple avec des placards et une table en bois... Je ne comprends pas... Pourquoi m'avoir amené ici ?... Les bras de l'homme lâchèrent mon corps et il se releva pour partir. Len se dirigeait vers un placard et il hésita à l'ouvrir alors que je le questionnais: « Len... Où sommes-nous à la fin ?! S'il te plaît explique moi ! »
Je commençais à paniquer et j'avais raison de m'affoler. Len ouvrit le placard et je découvris pleins d'ustensiles dont j'ignorais l'utilité avec quelques flacons remplie de substance inconnue. Il prit ce que je reconnaissais être une seringue avec un flacon au contenu vert. Mes yeux s' élargirent alors que je faisais le lien entre les deux. Il y avait une petite porte dans la pièce sombre uniquement éclairé de quelques bougies. Je me précipitais vers celle-ci, mais elle était verrouillé, mon cœur accéléra et le stress s'empara de moi peu à peu... Je me retrouvais pris au piège avec quelqu'un voulant ma mort.
Il se retournait après avoir fini de remplir la seringue de ce liquide vert, il purgeait la solution en donnant une légère pression sur le piston. Il l'observa semblant satisfait avant de poser ses yeux sur moi, il rit légèrement avant de faire quelques pas dans ma direction. Je commençais sérieusement à paniquer alors que j'étais prise au piège tel une proie face à son prédateur. Je courais vers l'autre bout de la salle pour mettre le plus de distance entre nous et ce petit jeu dura quelques minutes avant que Len ne s'agace et décide d'y mettre fin.
Il tira de la sacoche autour de sa taille un poignard à la lame noir, il me regarda avant de dire: « On peu continuer cette chasse stupide mais sache d'avance que tu as perdues, où bien, tu peux me laisser t'approcher et t'administrer ce sérum, dans tous les cas ce sera douloureux alors choisis. » Mon sang se glaça; je m'apprêtais à choisir la première option pour espérer gagner, mais comme il l'avait prédit... Je perdis.
Le poignard qu'il tenait dans sa main traversait l'air et alla se loger dans ma cuisse. Je hurlais dans la douleur alors que je tombais au sol pour tenter de l'extraire. En un instant Len se trouva agenouiller face à moi. Je tentais de cacher ma souffrance du mieux possible mais ça devenait compliquer au fur et à mesure que mon sang coulait sur ma jambe.
Len caressa ma joue et je tentais de m'éloigner de sa main le plus possible dans l'horreur d'un mouvement stupide qu'il pourrait faire. Je regardais la seringue qu'il tenait dans son autre main et il la dirigeait vers mon bras, je reculais le plus possible et j'espérais pouvoir me cacher dans le mur derrière moi mais... Impossible... Les larmes menacèrent de couler alors que je faisais tout pour les retenir, il ne doit pas voir ma souffrance, pensais-je. Il approcha son visage du mien et approcha ses lèvres du lobe de mon oreille pour chuchoter:
« Ce sera moins douloureux pour toi que pour moi tu sais... » Je bégayais en essayant de l'implorer: « Je t'en supplie Len... T-tu ne peut pas faire ça... Tu m'avais dit que tu ne me ferais jamais de mal... S'il te plaît... Laisse moi partir... ». Je pleurais désormais en mordant ma lèvre inférieure alors que l'aiguille entrait en contact avec ma peau jusqu'à pénétrer dans le muscle de mon bras. La douleur était supportable jusqu'à ce qu'il exécute une pression sur le piston et que le liquide ne commence à entrer dans mon corps.
La douleur dans ma cuisse semblait tout à coup supportable, agréable même. Mon corps tout entier me brûlait et je pensais que j'allais bientôt mourir de chaud. Je regardais l'homme devant moi qui se reculait pour plonger son regard dans le mien alors que je faisais tout pour contenir mon expression de douleur. Il retira délicatement l'aiguille une fois la seringue vide, puis se concentra sur le poignard tout en parlant:
« Je vais devoir te torturer jusqu'au point de non-retour alors... S'il te plaît quand tu seras morte, j'espère que tu me pardonneras pour tout ce que tu vas subir. ». Je ne pouvais plus retenir mon expression de douleur alors que je saisissais ma robe pour la serrer le plus fort possible dans mes poings. Je n'en pouvais plus, jamais je n'avais ressenti quelque chose d'aussi douloureux et je pensais que j'allais m'évanouir mais le poignard que Len s'amusait à glisser le long de ma plaie me tenait éveillé.
Je pleurais alors que je voulais le supplier d'arrêter, de tout ramener à la normal... De me laisser mourir en paix... Mais aucun son ne sortit de ma bouche. Je ne pouvais rien dire alors qu'il approchait dangereusement son visage du mien jusqu'à ce que nos fronts se touchent. La haine remplaça la peur et j'arrivais enfin à former des mots: « PARS ! Laisse moi ! » Il sembla choqué mais prit mon visage entre ses mains disant tendrement: « Je ne te laisserais plus jamais, tu es à moi maintenant. » Je m'attendais à tout... sauf au prochain geste qu'il fit.
Alors que j'agonisais en silence... Len posa ses lèvres sur les miennes dans un baiser passionné et l'envie de vomir se fit sentir alors qu'autrefois... Ce simple baiser innocent m'aurait comblé de joie... Aujourd'hui il me répugnait. Il ferma les yeux pour en profiter un maximum alors que je gardais les miens ouvert dans le choc. Je n'avais qu'une envie... Partir loin... Le plus loin possible et retrouver Link... La douleur s'estompa un peu quand je pensais à l'hyliens que j'aimais et je m'en servais tel une force pour combattre la douleur et le geste intrusif de Len. Link... J'espère que tout va bien pour toi... Je resterais forte et courageuse dans l'espoir d'un jour... Te revoir.
***
Les jours passèrent les uns après les autres ainsi que les méthodes de tortures toutes plus barbares les unes que les autres. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus par peur de vomir tout le contenue de mon estomac durant au cours de ces « séances » comme il aimait les appeler, même si cela arrivait à de nombreuses reprises.
Je me sentais de plus en plus mal chaque jours... Mais je tenais le coup en m'accrochant à un espoir vain d'un jour pouvoir m'enfuir de cette prison où le soleil ne pouvait même pas m'atteindre. Au fond... J'espérais que Link vienne me chercher... Mais je ne savais pas où j'étais et je lui avais dit de ne pas s'occuper de moi. Mais... j'espérais encore alors que les jours défilèrent sans que je ne puisse faire quoi que ce soit contre mon sort.
Len m'avait dit qu'aujourd'hui il passerait à une torture différente et je ne pouvais m'empêcher d'appréhender ce dont il pouvait s'agir... J'avais déjà beaucoup enduré et je n'imaginais pas que ça puisse être pire alors ne je restais en retrait dans ma cellule en attendant l'heure habituelle à laquelle il venait. Comment... celui que j'aimais avait pu autant changer ? Ganon s'était emparé de son âme et en avait fait une machine sans sentiment programmer pour tuer et torturer, le garçon qui avait rendu mon enfance un peu plus joyeuse était aujourd'hui celui qui teintait mon avenir de tristesse. Je me doutais que Ganon possédait une force inimaginable, mais j'ignorais qu'il pouvait les corrompre les gens à ce point, j'espère juste que... Il n'a pas réussi à transformer ma sœur en un monstre sans cœur.
Je sortis de mes pensées en entendant une voix dans un coin de la pièce, il s'agissait d'une toute petite voix familière et je regardais aux alentours pour voir s'il s'agissait de Len ou de l'un des Bokoblins idiot. Personne pour être vue, je devais commencer à halluciner avec toutes les substances chimiques que Len m'avait administré. Et pourtant... Cette voix reprit, elle m'appelait et devenait de plus en plus forte.
Très vite, je me rendis compte que ce n'était pas une hallucination, une petite créature se posta devant moi alors que j'étais dans mon coin habituel, mes genoux contre ma poitrine et ma tête reposant dessus. Je m'autorisais à regarder la créature sous mes yeux et ils s'élargirent en découvrant le détenteur de la voix. Nono ! Je pleurais de joie en voyant le korogu, il sauta sur mes genoux et je le serrais contre moi en pleurant doucement, il me sourit et je ne pus contenir toutes les larmes de mon corps.
Je voyais enfin un visage réconfortant après je ne sais combien de jours de captivités... Enfin un réconfort au milieu de l'inconfort d'un lendemain incertain. J'essayais de parler entre deux sanglots:
« N-Nono... T-tu... tu dois partir...
- Pourquoi ? Pourquoi tu pleures ? Tu as mal ? » Oh Nono... Si tu savais à quel point j'ai mal... J'essuyais une larme au coin de mon œil et je lui souris tendrement:
« Ne t'en fais pas... Je vais bien, mais je serais moins triste si tu partais vite... Il faut que tu t'en ailles et que tu ne reviennes jamais, d'accord ? » Il ne semblait pas vraiment comprendre de quoi je parlais mais je tentais de lui expliquer:
« Si quelqu'un venait à te voir tu serais tué sur-le-champ... Alors... » Mon cœur me fit mal et les larmes reprirent tandis que je baissais les yeux dans la honte, n'assumant pas mes prochaines paroles:
« Va-t-en Nono... Je ne sais pas comment tu es arrivé là, mais tu dois partir maintenant.
- J'étais dans la sacoche comme d'habitude sauf que quand je suis sorti, tu n'étais pas là et Link non plus. Alors je suis sortie et j'ai suivi ton aura, donc je suis là. »
Il sourit gaiement, je ne pus retenir mon envie de l'enlacer. Néanmoins, des pas se firent entendre et mon cœur me cria de faire partir le korogu le plus vite possible: « Nono, il faut que tu partes tout de suite ! Va-t-en et retrouve Link s'il te plaît ! Dis-lui de prendre soin de ma sœur s'il te plaît... et dis lui... » Mon cœur se serra en repensant à l'hyliens qui commençait peu à peu à quitter mes pensées... « De ne pas m'oublier... » Je lui souris avant qu'il n'acquiesce et quitte mes mains pour se diriger vers l'endroit par lequel il était entré en me faisait un petit salut avec ses toutes petites mains. Je souris légèrement avant qu'il ne disparaisse dans la pénombre de la cellule.
La porte de la prison s'ouvrit au même moment et Len apparut, il se dirigea rapidement vers ma cellule et il l'ouvrit avant de la refermer à clé. Il se dirigea vers moi comme tous les jours et il s'agenouillait en prenant un aperçu de mon visage pour voir si j'étais toujours en vie. Il souriait un peu avant de passer sa main dans mes cheveux en disant: « Tu résistes mieux que je ne le pensais... Mais aujourd'hui je ne vais pas t'emmener dans la salle de torture. On va rester ici, tu veux ? »
Oui je résistais et le fait d'avoir vu Nono me donnait encore plus de courage. Au lieu de répondre à sa question, je lui en posais une autre qui traversait mon esprit:
« Qu'as-tu fait de mes affaires ?
-J'ai regardé attentivement tous les vêtements que tu possédais et je me suis fait une joie de tout faire brûler, il n'y avait pas grand chose d'intéressant dans tout ça alors... J'ai tout détruit, sans oublier le diadème de Son Altesse Zelda. »
Me dit-il d'un air désintéressé. Je sentis la colère m'envahir semblablement à l'envi de le frapper. Je ne me suis pas privé de laisser libre cours à ma volonté. Mon poing alla dans sa direction mais sa main l'attrapa avec une force monstrueuse. J'étais sûr d'avoir entendu mes os se disloquer mais une chose était sûre, la douleur était insupportable. Un gémissement douloureux passa entre mes lèvres tandis que mes yeux se plissèrent pour retenir des larmes qui menacèrent de s'échapper.
Je rouvris ces derniers lorsque Len passa un objet que je connaissais autour de mon poignet... Mon cœur accéléra dans l'appréhension de la suite des événements. Il tenta vaguement de me rassurer:
« Ne t'en fais pas, je ne te ferais rien de ce genre pour l'instant, je veux juste éviter d'être frappé à chaque chose que je vais dire. ». Il prit mon autre poignet passant le second cercle de fer autour de mon poignet malgré une résistance inutile de ma part... Youpi... J'adorais être menotté, c'était une véritable passion ! Je me frappais mentalement pour toute cette ironie. Len se leva, désormais enchaînée, je fus obligé de le suivre; de toute façon sa force suffisait à m'élever du sol.
Il me guida tel un chien jusqu'à un anneau accroché au mur face à mon lit délabré. Il me fit asseoir d'une simple pression sur mon épaule, j'étais obligée d'obéir, tout combat était inutile. Je m'agenouillais alors qu'il accrochait mes menottes à l'anneaux me forçant à avoir les mains au-dessus de ma tête, malgré qu'il m'ait dit qu'il ne me ferait rien de ce genre...
Le « pour l'instant » restait dans mon esprit constamment et je ne pouvais m'empêcher de paniquer en appréhendant... J'espère être morte avant que ce jour n'arrive... Mais je devais rester en vie, pour Hyrule... Lorsque Len eut finit de m'accrocher il se recula et s'assit devant moi en tailleurs. Il posa son coude sur sa cuisse alors que sa tête reposait sur son poing, il m'observa de haut en bas avant d'acquiescer pour lui-même puis il dit:
« Je me demande ce que penserait ton père s'il te voyait ainsi.
-Je me fiche de ce que mon père peut penser. »
Il secoua légèrement la tête en guise de « non » puis il enchaîna: « Ah bon ? C'est étrange pourtant, dans le passé lorsque cet accident est arrivé dans la citadelle d'Hyrule tu ne te moquais pas de ce qu'il disait de toi... Tu te souviens ? Le jour de notre rencontre, tu étais dans cette position. » Il sourit en repensant à ce souvenir lointain tandis que mon sang se glaçait avant de laisser place à la colère:
« À quoi tu joues ?! Tu sais très bien à quel point j'ai souffert ce jour-là, alors ne soit pas lâche et sers-toi d'autres choses pour me faire souffrir ! ». Je terminais en lui hurlant dessus le choquant visiblement. Puis il joua avec une mèche de cheveux avant de me répondre: « Mais... c'est bien toi qui a dit que j'étais un lâche n'est-ce pas ? Que je prenne les éléments du passé, du présent ou du futur j'arriverais à te faire souffrir avec n'importe quoi. Alors, par où veux-tu commencer ? Je te propose le commencement. »
Je compris où il voulait en venir... d'abord la torture physique, puis la psychologique et en dernier... La déesse seule sait ce qu'il préparait. Nous étions donc à la seconde étape de son processus visant à me briser et je sentais que je pouvais encore le supporter. Le physique, ce n'était que des blessures et de la douleur, je pouvais m'en remettre, la psychologique... Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre mais je pense être assez forte pour passer au-dessus, mais... la dernière... Je me doutais que ce serait de loin la plus douloureuse et que je ne pourrais pas résister longtemps, il connaissait mes points faibles et il n'allait pas hésiter à s'en servir contre moi, décidément c'était un lâche.
Il me regarda avant de poursuivre son monologue:
« Comment te sens-tu en tant que dernière hylienne à posséder des oreilles rondes ?
-Très bien merci.
-Tant mieux, si seulement le peuple pouvait penser la même chose... Et la malédiction ? Tu as de la chance que personne ne t'ai encore reconnue... Sinon tu serais déjà brûlé vif. »
Je le regardais et pour le moment ces paroles ne me firent rien. Il poursuivit: « Quand je pense à l'état dans lequel est ta sœur... j'en ai mal au cœur moi-même. » Il regarda le plafond en réfléchissant et là par contre... Mon cœur se serra et je ne pus empêcher les mots de quitter ma bouche: « Comment va-t-elle ?! Elle est en vie ?! » Je tirais sur les chaînes entourant mes mains pour essayer de le frapper, mais je ne pus me libérer. Un sourire se dessina sur son visage... Visiblement heureux d'avoir piqué mon intérêt. Merde je réagissais comme il le voulait:
« Oh... Je ne voudrais pas te gâcher la surprise, disons juste que... Tu risques de pas la reconnaître. ». Mon sang se glaça, j'essayais d'ignorer ses propos... C'est faux... je suis sûr qu'elle va bien...:
« Ganon ne devrait plus tarder à réussir à la faire sienne, il récupérera sa triforce et elle ne sera plus qu'une jeune fille sans défense... Quant au héros, quand il ira l'affronter, Ganon sera avantagé et il n'aura aucune chance. Je ne sais pas ce que mon maître va faire de Zelda, il a tellement de possibilités qui s'offre à lui mais... Je me demande ce qu'il va faire de Link... Peut-être le torturer ? Ça me paraît être une bonne idée ! »
Il rit librement en plaçant une main sur son ventre alors que mon envie irrésistible de le tuer revint au galop. Puis j'imaginais ma sœur entre les mains de Ganon... Non Zelda... Elle ne mérite pas d'être salis ainsi... Pas elle... Je sentis les larmes monter tandis que Len poursuivait son récit: « Et imaginons que Link gagne, par pur hasard. J'espère être invité à son couronnement en tant que Roi d'Hyrule ! » Je le vis se balancer de manière enfantine et je ne compris pas vraiment où il voulait en venir:
« Hein ?...
-Et bien oui ! Quand il se mariera avec Zelda, il sera Roi et elle Reine ! Je trouve ça tellement romantique pas toi ? » Une sensation que j'avais déjà sentie auparavant assaillit mon cœur et je me sentis très mal tout à coup...:
« Tu ne m'auras pas comme ça.
-Ah bon ? Donc je peux parler de ça autant que je le veux ! J'imagine qu'ils formeront un super couple ! La princesse et le héros, comme prédit dans les livres ! Je me demande combien de princesses ce sont marié avec le héros d'Hyrule... Beaucoup non ? Et toi... Tu pensais sincèrement qu'il échapperait à la règle ?
-Arrête... »
Mon cœur me fit de plus en plus mal, je ne voulais pas qu'il parle de Link... Il salissait son nom. De toutes façons... je ne le reverrai plus jamais... Mais Len ignora ma précédente demande et continua: « J'imagine la scène: Link bat Ganon, il est à bout de forces mais malgré tout il sauve la princesse et celle-ci pour le remercier lui offre un baiser... Ou plus si affinité. » Mes yeux s'élargirent, regardant droit dans les siens, si seulement je pouvais lui arracher ce sourire sadique:
« Je t'ai dit d'arrêter...
-Oh tu n'avais pas pensé à cette possibilité n'est-ce pas ? Tu es si innocente...
-Je ne veux pas savoir... Tais-toi...
-Mais il faut que tu saches ! Tu ne seras plus là pour le voir ! »
Je mordis ma lèvre inférieure alors que je tentais de retenir mes larmes... Je ne veux pas savoir ce genre de choses, je ne veux pas imaginer ceci arriver, pas une seule seconde. Mais Len ne laissa pas mon esprit tranquille:
« Alors, que veux-tu que je te décrive ? La façon dont il l'embrassera ? Comment il passera ses mains sur son corps ou comment il lui-
-ARRÊTE ! »
Je ne pouvais plus contenir la rage dans mon corps alors que les larmes coulèrent le long de mes joues, je ne voulais ni imaginer ni entendre ceci... Je savais au fond de moi que ça arriverait un jour ou l'autre... Qu'ils finiraient tout deux ensemble et ce qui devra arriver arrivera... Mais déesse je vous en supplie épargnez-moi les détails... Je frissonnais dans le dégoût le plus total alors que je me perdais dans mon esprit.
Len s'approcha de moi et prit mon visage entre ses mains doucement en essuyant les larmes qui coulèrent à flots:
« Moi, je ne t'abandonnerai pas tu sais. Je ne te laisserais pas tomber pour une autre comme toi tu m'as laissé tomber. Tu te rends compte que tu es tombée amoureuse d'un homme que jamais tu ne pourras avoir ? Tu le sais ça ? »
J'acquiesçais doucement avant de le regarder dans les yeux et dire:
« Oui... Je le sais parfaitement mais... Je croyais que...
-Tu croyais être différente ? Tu pensais qu'il pourrait changer l'histoire ? Je suis désolé mais... Les gentils ne finissent jamais avec les méchants. ».
La réalité me blessa telle une lame en plein cœur. Je compris de quoi il parlait... J'étais du mauvais côté, j'étais dans l'ombre de ma sœur, comme toujours. Et moi, j'espérais bêtement qu'il me fasse sortir de l'ombre... Qu'il donne un sens à mon existence mais le seul à l'avoir fait... C'était Len. Il approcha son visage du mien comme après chaque séance de torture et m'embrassa tendrement ce qui contrastait toujours avec toute la méchanceté qu'il investissait pour me briser. Et pour la première fois depuis le début de ma captivité... Je profitais de ce baiser.
Je fermais mes yeux en profitant de cet instant de réconfort tandis qu'il passait ses bras autour de moi et dans ma tête je pensais: Bien joué... Tu t'es fait avoir.
Je savais que tout ce qu'il disait était seulement pour me faire craquer mais je savais au fond que tout ça était faux... Je me voilais la face désespérément. Link et moi... Ça ne pouvait pas exister et je le savais très bien, je l'avais appris par cœur depuis mon enfance, ma sœur était la seule à lui être destinée... Et il sera ainsi un point c'est tout.
Len rompit notre baiser et posa délicatement son front contre le mien. Il caressa tendrement ma joue et pourtant chaque touche sur ma peau me firent l'effet d'une brûlure. Je mourrais à petit feu entre ses doigts et je lui offris ce qu'il désirait, il plaça ses lèvres contre mon oreille avant de dire:
« Bientôt... Nous serons libres toi et moi je te le promets. Je ne t'abandonnerai pas comme ta sœur ou ton père, je te chérirais chaque jour un peu plus et je sais qu'avec le temps, tu m'aimeras à nouveau, parce que nous sommes liées. »
Je le regardais et une phrase que nous répétions souvent quand l'avenir était incertain me revint en mémoire et je la lui citais: « Les larmes versées pour un passé auquel on ne peut pas retourner illumineront certainement nos lendemains. » Il me regarda, ses pupilles se dilatant légèrement dans la surprise. Il saisit mes mains au-dessus de ma tête pour les détacher avant de poursuivre à ma place: « Dans cette nuit infinie, je n'ai qu'une envie: que la lumière brille dans ce ciel sans étoile, alors s'il te plaît... » Je le regardais, mes mains allant pour le serrer contre moi tout en reprenant à l'unisson:
« Sois celui qui me fera briller dans l'obscurité... ». Cette fois-ci c'est moi qui l'embrassais en le serrant fort contre moi... Il était là... Il était avec moi, en vie je devrais être heureuse mais un sentiment horrible prit mon cœur en otage et je n'arrivais pas à pleinement profiter de ce moment. Nos lèvres se séparèrent et je me rendis compte que j'avais tout oublié de ces sensations, j'avais oublié le bonheur qu'elles m'apportaient, les frissons qui me parcouraient... Et la sensation de liberté que ça me procurait. Il me regarda, passant ses mains dans mes cheveux en jouant avec quelques mèches:
« Tu es bientôt prête. Encore un petit effort et tout sera finis, ce monde partira en poussière avec tous nos mauvais souvenirs, nous en reconstruirons un à nous avec nos lois et nos codes, je te promets que tu t'y sentiras bien. » J'acquiesçais légèrement alors que je sentais quelque chose se briser dans mon cœur peu à peu alors qu'il me serrait dans ses bras à son tour. Il me lâcha pour se relever et partir mais je pris sa main pour le retenir: « S'il-te-plaît... Reste avec moi ce soir... » Je tentais de former un sourire tendre sur mon visage mais sa froideur désormais naturelle revint au galop malgré le moment de douceur que nous avions partagé:
« Un autre jour, j'ai à faire. Après-demain je pars pour le château d'Hyrule, je ne serais pas là durant quelques jours, si tu veux m'accompagner... Tu sais ce qu'il te reste à faire demain, tu dois craquer sinon... Tu devras attendre mon retour bien sagement, commences à compter les heures avant ta mort. » Ma respiration se coupa alors que je plaçais une main sur mon cœur pour m'assurer que j'étais toujours en vie... Un dilemme se jouait au fond de moi, Len sortit de ma cellule pour la refermer aussitôt. Il ne me prêta aucune once d'attention lorsqu'il partit je ne sais où.
Qu'est-ce que je suis entrain de faire ?...
