Il l'avait veillé pendant des heures. Des heures interminables, ou chaque respiration, chaque battement de cœur de sa part étaient étudiés, disloqués de prêt. Il n'avait jamais senti son cœur battre autant depuis des années. Sa femme était réveillée. Il n'en revenait toujours pas.
Le regard fixé sur le visage endormi de Kate, il sursauta quand la porte de sa chambre s'ouvrit pour laisser entrer une horde de médecin et d'infirmières.
Fatigué, il se leva suivit de près de son beau-père et écouta le Dr Pierce annoncé :
- Je tenais à vous présenter, le Dr Sheperd. C'est un médecin spécialisé en neurologie.
- Bonjour docteur, sourit gentiment, les yeux cernés Jim Beckett en observant le jeune médecin d'une quarantaine d'année, lui sourire en retour.
- Bonjour, soupira Castle en hochant simplement de la tête.
- Bonjour. Comme le disais le Dr Pierce, je suis spécialisé en neurologie . J'ai pu étudier les différents scanner de Madame Castle, et d'après les résultats, je peux d'ores et déjà vous dire que votre épouse est une miraculée. Elle n'a aucun déficit neurologique.
- Aucun à part son amnésie, marmonna, toujours sur le choc, Castle
- Oui. Je souhaitais tout d'abord faire un examen minutieux auprès d'elle afin d'évaluer par moi-même cette amnésie. Mais, je tenais à vous informer que d'après les recherches que j'ai pu effectuer, l'amnésie peut être corrigé.
- Ce n'est pas permanent alors ? reprit Castle soulagé, le sourire enfin sur les lèvres.
- Madame Castle est le quatrième cas de coma dépassé qui s'est réveillé après un an. Sur les trois autres cas, deux d'entre eux ont retrouvé la mémoire dans les mois qui suivirent.
- Deux sur trois. Et la troisième ? renchérit Jim en voyant les épaules de son gendre s'affaisser
- Comme je vous le disais, votre fille est une miraculée. On ne peut que faire des estimations à ce stade. On a que très peu de cas, la médecine est donc peu avancée sur la question.
- Est-ce que la durée de son coma peut influencer sur sa perte de mémoire ? Je veux dire….est-ce que les deux personnes qui ont retrouvé la mémoire avait un coma plus prolongé que la troisième ? demanda Rick.
- Je ne vais pas vous mentir. Plus le coma est long, plus les risques sont nombreux. Mais pour le moment, on doit juste évaluer les pertes de mémoires de Madame Castle et avisez ensuite.
Hochant simplement la tête, Rick se retourna pour observer sa femme, les yeux clos, toujours endormis. Il était fatigué. Fatiguer de ces deux dernières années, fatiguer de devoir vivre dans le brouillard. Il souhaitait juste la voir ouvrir ses yeux et lui sourire comme avant. Fermant les yeux, en sentant son estomac se noué à l'idée qu'elle ne souvenait pas d'eux, il sortit de sa transe, avec la question de Jim au médecin :
- Quelles sont les conduites à tenir à son réveil ? Doit-on lui dire la vérité ? Elle est mariée et ne s'en souvient pas apparemment… et ma fille a donné naissance à ma petite-fille au moment de l'accident, elle n'a donc pas connaissance de l'existence de sa propre fille.
- Vous ne devrez pas la surchargez en information. Répondez simplement à ses questions, le plus succinctement possible et sans lui mentir. Elle va être perdue et terrifier en se rendant compte de sa perte de mémoire, il n'y a donc pas besoin de l'effrayer encore plus en la laissant dans le brouillard…..mais trop lui en dire, risque aussi d'altérer sa perception de la vérité.
- C'est-à-dire ?
- Dites-lui qu'elle est mariée. Mais attendez ces prochaines questions. Elle demandera peut-être la date du mariage, des anecdotes à ce sujet et vous lui répondrez. Mais si vous donnez toutes ses informations sans qu'elle ne le demande, elle risque de se mélanger les idées. Sa mémoire risque de revenir et on ne voudrait pas qu'elle freine son processus de guérison parce que sa charge mentale est trop surchargée. Elle aura besoin d'y aller lentement à son rythme. Elle aura besoin de vous deux pour l'aider.
- Donc, je ne mens pas au sujet de notre fille ? déglutit Castle nerveusement
- Non. Elle est mère, elle a le droit de savoir. Mais ne la brusquer pas à une rencontre si elle ne la réclame pas. Comme je le disais, il faut y aller…
- Lentement…à son rythme, acquiesça-t-il douloureusement.
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Les heures puis les jours suivirent, avec des signes d'éveils notable. Kate se réveillait puis se rendormait en murmurant le nom de la personne qu'elle observait. Son corps était éreinté, ses muscles atrophiés, elle était dans un état de fatigue extrême.
Les médecins avaient averti Rick qu'il lui faudrait certainement plusieurs jours avant de pouvoir rester éveiller pour tenir une conversation.
Il était impatient mais aussi anxieux à cette idée. Comment allait-elle réagir ? Pouvait-elle retrouver la mémoire avant son réveil ? Qu'allait-elle lui dire ?
Ces questions tournaient sans cesse dans sa tête, jusqu'à un matin….cinq jours après les premiers signes d'éveil.
Il préparait le petite déjeuner de Lily quand Jim l'appela pour lui dire qu'elle était réveillée.
- Je….réveillée ? déglutit-il en posant la fourchette devant lui tout en observant sa fille lui sourire.
La petite brunette buvait son cacao dans son pyjama violet et l'observait tout sourire.
- Oui. Le neurologue est avec elle en ce moment pour évaluer son état. Tu devrais venir.
- Qu'a-t-elle dit ? demanda-t-il anxieusement
- Elle m'a demandé pourquoi elle était là, pourquoi elle avait si mal
- Oh
- Le médecin lui explique les grandes lignes….mais elle est réveillée, Richard
- J'arrive…..j'arrive, déclara Castle en raccrochant
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- Comment ça va chérie , sourit Jim en entrant les yeux rougis dans sa chambre après la sortie du médecin.
Selon son examen approfondi et les différents cas étudiés, il serait très difficile pour Kate de se remémorer ses années manquantes. Son coma prolongé et le flou médical à ce sujet ne permettait pas de donner des espoirs pour le moment.
Il préconisait de dire la vérité quand elle le réclamerait, de l'habitué à son environnement habituel pour stimuler sa mémoire et de l'entourer un maximum. Il l'avait aussi avertit que les personnes qui se réveillaient avec des pertes amnésiques étaient souvent colérique et triste face à cette situation. C'était un traumatisme et comme tout traumatisme, ces personnes devaient apprendre à faire le deuil de leur perte de mémoire.
Face à son diagnostic, Jim hocha simplement la tête en redoutant la réaction de son gendre. L'amnésie serait peut-être permanente….Comment Richard allait-il réagir à la situation ? Comment Kathie allait-elle agir envers lui et Lily ? Il connaissait sa fille…..si elle était sa Kathie avec huit années en arrière, elle allait se murer et fuir, elle allait éloigner Richard autant qu'elle le pouvait. Le cœur brisé, il inspira calmement pour contenir toutes ses incertitudes et pénétra dans la chambre pour tomber sur le regard démuni et perdue de sa fille.
Elle était assise, les cheveux emmêlés, les yeux rougis, les mains tremblantes et la respiration haletante. Quand son regard tomba sur celui de son père, elle inspira largement comme pour contenir toutes ses émotions et lui murmura :
-Hey papa
-Hey…papa, répéta tout sourire Jim pour tenter de calmer la panique qu'il apercevait dans ses yeux. Mon Dieu, je ne pensais pas t'attendre redire ces mots un jour
Fermant les yeux à sa déclaration, elle tenta de garder ses larmes. Elle ne pleurerait pas. Pas devant le médecin et encore moins devant son père. Il en était hors de question…elle ne pleurerait pas. Depuis ce matin, tout était bouleversé. Elle s'était réveillée éreinter, totalement à bout de force, avec chaque partie de son corps douloureuse. Son père lui avait sourit et avait tellement pleurer qu'elle ne comprenait pas ce qui se passait et pourquoi elle était ici.
Ces derniers souvenirs remontaient au diner qu'elle avait eu en tête avec Will. Ils étaient allés au restaurant et avait ensuite prolongé la soirée chez elle. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu passer des bras puissants et musclés de Will dans son lit à un lit d'hôpital.
Le médecin était ensuite venu et tout s'écroula pour elle. Elle avait eu du mal à enregistrer ses explications mais les grandes lignes étaient couvertes : accident. Coma. Deux ans. Amnésie….amnésie.
Comment avait-elle pu perdre huit années de sa vie ? Comment avait-elle pu rester dans un coma pendant deux ans ? Qu'avait-elle oublié ?
Elle se sentait démunie, perdue et révoltée. Le médecin lui souriait, tentait de lui expliquer avec des mots simples mais quand il lui demanda si elle avait des questions, elle avait simplement hoché négativement de la tête de peur de pleurer.
- L'amnésie peut être temporaire. Ne vous inquiétez pas Mme Beckett, assura-t-il en prenant garde à ne pas révéler son nom de femme de peur d'activé une attaque de panique chez sa patiente.
Il était ensuite reparti en lui assurant que ses douleurs seraient rapidement calmés par les médicaments et laissa ensuite entrer son père.
A son regard, le boomerang des révélations du médecin lui revint en pleine face. Il la contemplait comme un fantôme. Tout ceci était dingue, complètement fou. Elle devait rêver, elle était en plein cauchemar et elle allait se réveiller auprès de Will….putain, elle était censé être avec Will !
- Kathiebug, tu vas bien ? s'inquiéta Jim en la voyant les yeux clos pour retenir ses larmes
- Oui, murmura-t-elle en sentant son cœur battre à mille à l'heure
- Hey, je suis là, chérie, je suis là, chuchota son père désemparé devant sa tristesse.
Doucement, il se rapprocha et lui caressa tendrement la joue. A cette sensation, elle se répéta « ne pleure pas » « ne pleure pas » « pas maintenant, pas ici ».
- Je suis là, Kathie
Inspirant fortement, en sentant son estomac se noué, elle ouvrit les yeux pour tomber sur le sourire réconfortant et chaleureux de son père. Comment avait-elle pu perdre huit ans de sa vie. Son père avait vieilli, il était marqué par les années, il semblait aussi éreinté et à bout de force. Déglutissant devant ce constat, elle espérait que ces deux dernières années de coma ne l'avait pas fait replongé dans la boisson .
- Kathie, chuchota Jim en la sentant en proie à ses émotions
Malade, nauséeuse, elle avait l'impression que son cœur pourrait sortir de sa poitrine tant elle était terrifier. A bout de force, elle demanda d'une voix rauque pour tenter de calmer son rythme cardiaque :
- Alors…deux ans, hein ?
- Oui….deux ans, chérie…tu m'as manqué, tu as maqué à tout le monde.
Hochant de la tête en se mordillant la lèvre pour cacher sa tristesse, elle se demanda ce qu'elle avait raté….huit années…..mon dieu, huit ans…..Qu'avait-elle fait ? Qu'était-elle devenue ? Était-elle toujours lieutenant de police ? Cette seconde chance avec Will avait-elle fonctionnée ? L'avait-il attendu pendant ses deux années de coma ?
Tout était tellement surréaliste qu'elle sentit son estomac se noué. Huit années….Huit années…bon dieu, elle avait perdu huit années ! « ne pleure pas, ne pleure pas.. »
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Ses mains tremblaient, son cœur palpitait à cent à l'heure, ses jambes flageolaient….Rick Castle était terrifié…..complètement apeuré devant la chambre de sa femme. La tête sur la chambranle de la porte, il inspirait et expirait pour tenter de trouver l'air qui lui manquait.
Elle était là …derrière cette porte….et elle était réveillée. Réveillée et toujours amnésique selon le médecin. Il l'avait appelé sur le chemin de l'hôpital, il souhaitait savoir, savoir comment agir avec elle, savoir si elle allait bien, savoir si…si c'était sa femme derrière la porte ou…Beckett.
- Mr Castle ? Tout va bien ? s'inquiéta une infirmière en le voyant figer contre cette porte
- Heu…oui, bredouilla-t-il en se reculant penaud. Je…..je prenais juste une minute, avoua-t-il en se frottant sa barbe de trois jours.
- Tout ira bien, Monsieur…..elle est réveillée, sourit gentiment Sarah.
Elle l'avait vu pleurer tellement de fois au chevet de sa femme qu'elle se sentait soulager pour lui. Il l'avait veillée, s'était occupé d'elle avec tellement d'amour et de tendresse qu'elle espérait qu'un jour elle pourrait trouver un homme comme lui.
- Oui, elle est réveillée, acquiesça Rick anxieusement avant de toquer trois coups puis entrer dans la chambre.
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Dès ses premiers pas, il se figea devant l'image qu'il avait en face de lui. Là, se trouvait devant lui, Kate Beckett, la femme de sa vie, assise dans son lit auprès de son père et qui l'observait. Elle n'était pas endormie, les yeux clos …non, elle était assise et son regard émeraude fut la première chose qu'il aperçut.
- Oh mon dieu, souffla-t-il soulagée et en pleurs. Oh mon dieu, tu es réveillée, tu es vraiment réveillée.
- Ca..Castle ?
Au son de sa voix, il sentit son cœur manqué un battement. Après deux ans d'attente, elle était là en face de lui…et réveillée.
- Castle ? répéta Kate en fronçant des sourcils
Il avait changé…huit années l'avaient changé…il semblait plus mature, plus posé….mais une question émanait depuis son entrée dans sa chambre. Que faisait Rick Castle ici ? Elle l'avait banni du commissariat après avoir ouvert le dossier de sa mère, …elle l'avait banni de sa vie…alors pourquoi pleurait-il en face d'elle ? Pourquoi avait-elle l'impression que son monde était sur le point de changer.
- Richard, rentre donc, déclara gentiment Jim en caressant la main de sa fille pour calmer son flot de questions.
A l'appellation de son père, elle fronça un peu plus les sourcils. Richard ? Il le connaissait ? …..Oh mon dieu, il le connaissait. Tous ses sens de flics étaient en éveil désormais.
- Je…..Comment vas-tu ? balbutia Rick pris au dépourvu par son regard subitement glacial et interrogatif
- Bien….pour quelqu'un qui sort du coma. Qu'est-ce que vous faites ici, Castle ? demanda-t-elle excéder de ne rien comprendre
- Je suis venue te voir.
- Me voir ?
- Ecoute, je sais que tu penses qu'on est fâché, tenta-t-il maladroitement en se sentant complètement démuni devant elle.
Elle l'observait avec tellement d'animosité et d'incompréhension, qu'il sentait son courage partir en fumée. Elle détestait….il la connaissait parfaitement….chaque regard, chaque posture, il l'avait étudié tellement de temps qu'il pouvait en un seul regard, dire à cet instant, que Kate Beckett , le détestait.
- Kathie, chérie, calme-toi
- Je pense que j'ai été assez clair la dernière fois qu'on s'est vu, ajouta-t-elle en le dévisageant toujours sans tenir compte de la remarque de son père. Je vous ai dit qu'on était fini.
- Heu…pas vraiment, grimaça Rick en se remémorant les mots du médecin qui lui disaient de dire la vérité. La dernière fois qu'on s'est vu, tu m'as préparé un brunch avant de partir rejoindre Lanie et Alexis
- Pardon ?
- Kathie, il te manque huit ans, tu te souviens ? argumenta péniblement Jim devant le regard glacial de sa fille sur son gendre.
A sa déclaration, elle dévisagea son père. Huit années….Putain, elle avait perdu huit années mais comment avait-elle pu passer de bannir Rick Castle à lui faire un brunch ? Etais-ce une blague ?
- Kate, je..heu…
- Qu'est-ce que j'ai loupé ? cracha-t-elle démunie et effrayée en sentant sa vie lui échapper.
- Pardon ?
- Pendant ces huit années ?
- Je…huit ans, c'est long et… , bredouilla Rick complètement terrifié devant son regard
- Les grandes lignes Castle, je suis sûr que pour un écrivain ce n'est pas si dur, enfin si vous êtes toujours écrivain !
Au ton qu'elle lui lança, Rick déglutit alors que Jim se leva en embrassant la tempe de sa fille pour lui murmurer :
- Doucement, Kahiebug…..Laisse le s'exprimer…Je vais vous laisser tous les deux
- Non, papa, je…
- Kathie, laisse-lui une chance de s'expliquer. Je sais que tu es perdue et terrifiée, mais…. je lui fais confiance et toi aussi.
- Que…quoi ?
- Dis-lui la vérité, Richard, continua Jim en s'éloignant
- Papa ! tenta-t-elle une nouvelle fois en ne souhaitant pas être seul avec Castle
- Heu..la vérité, couina-t-il en entendant la porte se refermer derrière lui comme un couperet.
Les mots de son père ne firent qu'augmenter sa fréquence cardiaque. Son père connaissait Castle, il le nommait même par son prénom, il lui faisait confiance. Bon dieu mais qu'est-ce qui lui manquait ? Relevant le regard pour l'observer, elle sentit son estomac se nouée un peu plus.
Il la contemplait avec tellement d'anxiété, d'adoration et …d'amour qu'elle referma ses yeux de peur et déclara en sentant les larmes montées :
- Les grandes lignes, Castle
- Je…oui, les grandes lignes, déglutit Rick en faisant quelques pas pour venir la rejoindre auprès de son lit.
Ce n'est pas les retrouvailles qu'il avait imaginé pendant ses deux dernières années. Elle semblait si contrariée et apeurée, qu'il ne savait plus comment agir avec elle. Comment lui dire qu'ils étaient mariés alors qu'elle était si farouchement opposée à sa présence ? Comment lui avouer que sa vie sans elle n'avait plus de sens, quand elle ne se souvenait même pas d'une vie commune ? Comment lui dire simplement « je t'aime » ?
S'installant sur la chaise, autrefois, occuper par Jim, il observa silencieusement sa main droite et déglutit devant l'ironie. Elle portait toujours son alliance….leur « always »…..et pourtant, il ne s'était jamais sentit aussi éloigné d'elle. Il avait l'impression que ce « bond » dans le passé serait leur dernier voyage…..que les murs qui se trouvaient autour de son cœur ne serrait jamais abattu…..qu'il n'y arriverait pas cette fois-ci.
- Les grandes lignes, Castle, répéta impatiente Beckett , le ventre noué, en ouvrant les yeux pour le voir sursauter devant elle.
- Je…..d'accord, que veux-tu savoir ?
Tout…...rien…tout….. je ne sais pas, étaient toutes les réponses qu'elle souhaitait lui donner. Elle voulait savoir pourquoi il la tutoyait, pourquoi son père le connaissait, pourquoi elle était censée lui faire confiance alors que chaque fibre de son corps le détestait, pourquoi il était là et pas Will. Pourquoi…..elle avait l'impression qu'ils étaient devenus plus ? Sentant les larmes remontées, sa fatigue la submerger, elle ravala sa salive et déclara d'une voix qu'elle espérait sûre et neutre:
- Je travaille toujours au douzième ?
A sa question, il releva le regard de surprise. Huit ans ? et tout ce qu'elle demande c'est son statut professionnel ? Il était sous le choc et encore plus terrifier, parce qu'en une seule question il savait que c'était bien Beckett devant lui et non Kate. Elle était en train de se protéger en montant un nouveau mur, il pouvait le voir à travers son regard, sa posture…..Elle le toisait comme un criminel dans sa salle d'interrogation…..son cœur se brisa …..ses mains se mirent à trembler et de peur d'éveiller ses soupçons, il s'accrocha aux accoudoirs du fauteuil pour donner bonne figure.
Comment pouvait-il avoir l'impression de perdre sa femme une deuxième fois ?
- Castle ? grinça-t-elle paniquée.
Elle savait qu'elle venait de le blesser. Il la regardait avec tellement de douleur, qu'elle commença à se demander si ce n'était pas Castle qui l'avait attendu pendant deux ans…..oh mon dieu, non….oh mon dieu, non….Elle ne pouvait pas s'être rabaisser à ça. Elle n'était pas une de ces bimbos ou un nouveau numéro sur son tableau de chasse…..
- Je.. Oui. Tu es…. enfin jusqu'à l'accident , tu étais toujours au douzième…..tu en étais le capitaine, souffla-t-il sans faire attention aux répercussions de cet aveu.
- Capitaine ? Je suis devenue Capitaine ? répéta-t-elle surprise en tentant de ne pas laisser son angoisse culminer
- Oui
- Capitaine du douzième ? répéta-t-elle incrédule
- Hum…
- Eh bien moi qui pensais que Montgomery ne prendrait jamais sa retraite, …Evelyne doit être aux anges, pensa-t-elle à haute voix, en tenant de cacher sa nervosité.
Capitaine ? Elle était Capitaine du douzième….Un élan de fierté la transporta. Elle avait évolué et certainement fait ses preuves pour en arriver là. Secrètement, elle espéra être un aussi bon capitaine que Roy. Prendre sa relève était un sacré challenge selon elle. Curieuse, elle enchaîna la seconde question sans faire attention au teint blême de Castle :
- Et les gars ? Travaillent-ils toujours ensemble ?
- Esposito a pris ta place après l'accident. C'est un poste d'intérimaire, le temps que tu te remettes.
- Pendant deux ans ? fit-elle estomaquée que ce poste puis-être rester à la vacance
- On ne voulait pas d'un remplaçant… , pas temps que….., soupira Castle démuni qu'elle ne lui pose pas une seule question sur lui, sur eux.
- Oh
- Ecoute, je…j'ai besoin de savoir…quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ? demanda-t-il avec le peu de courage qui lui restait.
Il avait besoin de se situer dans le temps. Il était pratiquement sûr qu'elle était restée à l'été après leur première année. A cette dispute qu'ils avaient eu après le cas de sa mère mais il espérait ….qu'il avait tort.
- Ce que je me souviens ?
- Oui…
Souhaitant le rabrouer pour cette question qu'elle supposait être personnel, elle se ravisa en pensant qu'il était le seul ici à pouvoir combler son amnésie. Son père lui avait dit qu'elle pouvait lui faire confiance et elle avait la désagréable sensation qu'il y avait plus entre eux. Se mordant la lèvre inférieure, elle hésita à dire la vérité quand il lui murmura en semblant comprendre son hésitation :
- J'essai juste de savoir ou tu en es pour combler le vide. Kate, je t'assure que tu peux me faire confiance.
- Te faire confiance ? Je pense l'avoir fait quand je t'ai dit de ne pas ouvrir le cas de ma mère.
Le voyant baisser la tête, elle inspira en avouant excédée de ne pas avoir le contrôle sur sa vie :
- Très bien, la dernière chose dont je me souviens c'est Will Sorensen.
A sa remarque, il releva les yeux et lui murmura timidement :
- A l'hôpital ? Après la fusillade ?
- Pas vraiment, répondit-elle agacée
Fronçant les sourcils, il chercha dans sa mémoire. Elle avait parlé du cas de sa mère, mais aussi de Sorenson…Il ne comprenait pas ou elle se situait. Après s'être disputer sur l'ouverture du dossier, il ne souvenait pas que Kate est recroisée le chemin de Will.
Le voyant complètement perdu, elle toisa du regard ,avant de prendre son courage à deux mains, et ,de poser la question qui la bouleversait depuis son entrée dans sa chambre :
- Est-ce qu'on couche ensemble ?
- Je…pardon ?
- Est-ce qu'on couche ensemble? Pourquoi es-tu ici Castle ? Pourquoi dois-je te faire confiance ? Pourquoi connais-tu mon père ? Pourquoi…
- Parce que je t'aime, la coupa-t-il en la sentant au bord de la panique face à ce flot d'interrogation
A son teint blême, ses yeux terrifiés et sa posture rigide, il sut que ce n'était pas la réponse qu'elle souhaitait entendre. En une fraction seconde, elle le dévisagea encore plus qu'il n'était possible.
- Kate, je…..
- Est-ce que c'est réciproque ? couina-t-elle désemparer
- Je...Oui
Fermant les yeux, elle inspira plusieurs fois. Ils s'aimaient ? Comment était-ce possible ? Elle était censée le détester, elle était censée être avec Will. Ses mains tremblèrent, ses larmes commençaient à couler sans qu'elle ne puisse les stopper et quand elle sentit la main de Rick sur la sienne, elle sursauta en arrière comme s'il l'avait brûlé.
Ouvrant les yeux, elle le vit en pleurs à ses côtés, le regard fixé sur son annulaire droit. Et à cet instant…elle sentit son monde s'écrouler. Une bague….elle était mariée, elle était mariée à Rick Castle ! Comment était-ce possible ? Comment avait-elle pu dire oui à cet homme ? A ce playboy de la page six ? Comment avait-elle pu être le numéro 3 des Madame Castle ? Comment avait-elle pu….
- Kate, écoute, je…..
- Allez-vous-en, sanglota-t-elle comme un animal blessé.
Mon dieu, pourquoi s'était-elle réveillée ? Pourquoi n'était-elle pas restée coma ? Pourquoi la vie était si injuste ?
- Kate,
- J'ai dit dehors ! dehors ! hurla-t-elle en gémissant de douleur face à ses mouvements qui contractèrent ses muscles.
- Calme-toi, tu vas te faire mal, pleura Rick en tentant de l'apaiser
- Ne me touchez pas !
- Kate
- Allez-vous en Castle !
Ces pleurs lui transpercèrent le cœur et le brisa un peu plus. Doucement, il recula en levant les mains comme un signe de reddition et lui murmura :
- Je vais chercher les infirmières et ton père, je…
- Allez-vous en , gémit-elle. Allez-vous en…..
