Thomas Edison a dit "Je n'ai pas échoué. J'ai simplement trouvé 10.000 solutions qui ne fonctionnent pas."
Aujourd'hui on ne pense bien évidemment plus comme cela. Vous en conviendrez, on cherche la réussite certains écrivent des bouquins pour savoir « comment la trouver » d'autres se contentent de vous dire le fameux « travaille plus ».
Puis, il y a nous. Nous, les non-ambitieux, les non-demandeurs de cette fameuse reconnaissance d'une société dite bienfaitrice du vingt-et-unième siècle.
J'étais comme ça. Une parfaite représentative de la réussite que l'on demande à notre âge. Je ne bronchais pas faisais ce que l'on me demandait. Mais je ne rentrais tout de même pas dans le moule. Comme une anormalité que l'on cherche à éviter on fait taire la population, on fait croire que tout va bien aller. Que je peux être réparée. Arrangée.
Mais je ne suis pas « arrangeable », « réparable ». Je suis, c'est déjà bien assez complexe. Avez-vous déjà essayé de vous mettre dans la peau d'une adolescente d'aujourd'hui ? Il existe tellement de formes de pressions sociales, familiales pour que nous craquions. Certaines sont plus fortes que d'autres. Certaines se plient à ce qu'on leur demande.
Moi je n'entre dans aucunes cases. Je m'y suis faite. Je suis peut-être un peu pessimiste sur les bords je vous le concède. Pourtant j'ai envie de croire que ce n'est pas moi qui « cloche » mais que ce sont les autres qui n'acceptent pas ce qu'ils ne comprennent pas ou ce dont ils ont peur.
Mon premier mot a été « Non ». Etrange.
Ma mère adore raconter cette histoire. Complexée parce que sa fille ne parlait pas encore, elle ne cessait de me répéter en boucle « Papa » « Maman ». Dans chaque phrase « Finis ta purée pour maman » « Papa, va chercher la tétine ». Mais je continuais de la fixer, sans rien dire ou alors gazouillais. Un jour, j'en ai eu marre. Alors après une énième tentative, j'ai dit « Non ». Tout simplement. Juste « Non ». Puis les traditionnels « Papa » et « Maman ».
Alors comment expliquer qu'à cet instant je sois incapable de réitérer ce geste ? Voilà déjà vingt minutes que je suis le centre de l'attention on rigole dans mon dos, et ma professeure semble s'en amuser elle-même.
« Je répète la question Mlle Swan. A votre avis l'auteur a-t-il voulu se contenter de l'histoire d'un procès perdu d'avance ? Si non, alors quel est le véritable but de ce récit, hum ? Vous devez bien avoir une petite idée ? » C'est bien, jubile.
Le petit sourire en coin affiché au coin de ses lèvres en disait suffisamment long. Depuis deux ans, elle est la seule qui s'acharne volontairement à me faire participer. Non Mlle Quinston, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est bien loin de n'être qu'une chronique judiciaire. Harper Lee l'a voulu roman initiatique.
Mais je vois bien à votre tête que vous allez bientôt me renvoyer voir Mrs Cope.
C'est alors que je m'apprêtais à ranger mes affaires que je l'ai entendu. La première fois que je l'ai entendu parler depuis ça. 18 jours après notre discussion à la superette 18 jours où je n'avais cessé de penser à ses mots. 18 jours pour que je réentende sa voix, réellement.
« S'il y a qu'une sorte de gens, pourquoi n'arrivent-ils pas à s'entendre ? S'ils se ressemblent, pourquoi passent-ils leur temps à se mépriser les uns les autres ? » dit une voix grave et suave au fond de la classe.
Je n'eus pas besoin de me retourner pour savoir qui avait parlé. Un silence s'imposa dans la salle. Jamais personne ne parlait sans y être autorisé avec Mlle Quinston jamais. Des murmures gagnèrent rapidement les rangs.
« Excusez-moi Mr Cullen, vous avez dit quelque chose ? » Elle sautilla d'un pied sur l'autre très faiblement, signe de son étonnement et mécontentement. Aie.
« Moi je pense qu'il n'y a qu'une seule sorte de gens, les gens. » Cette fois-ci, plus de doute possible. Edward Cullen était en train de provoquer volontairement notre professeur d'anglais.
On aurait pu entendre une mouche voler à présent. La veine saillante du front de ma professeure était de sortie. Signe qu'elle fulminait intérieurement.
« Continuez jeune homme, puisque vous semblez maîtriser à ce point les citations, terminez votre analyse voyons ! » aboya-t-elle.
Cette fois-ci, elle était vraiment énervée furieuse même. Personne n'avait jamais osé dire quelque chose quant à la petite séance d'humiliation que je subissais tous les mardis. Or là, elle semblait pourtant avoir un adversaire.
« Le courage, c'est savoir que tu pars battu, mais d'agir quand même sans s'arrêter. » termina-t-il.
Je me retournais instinctivement, et ne fut pas surprise de le voir me regarder, toujours souriant. Mon incompréhension le fit sourire de plus belle.
La respiration de Mlle Quinston se fit saccadée. Elle bouillait intérieurement, prête à exploser. Pourtant, alors que des murmures commençaient à se faire entendre encore une fois, elle retourna à son bureau, préparer les fameux billets.
« Mlle Swan, vous accompagnerez Mr Cullen en retenu. Et voici un sujet à rendre pour la semaine prochaine. Dehors » Sa dernière phrase était non révocable. Les élèves commencèrent à reprendre leurs conversations comme si rien ne c'était passé. Pourtant il c'était passé quelque chose.
Je ramassais donc mes affaires comme prévu, et me dirigeais vers son bureau. Elle me tendit les papiers nécessaires et je pris la porte, sans prendre la peine de voir s'il me suivait. Je savais qu'il était tout juste derrière moi je pouvais presque sentir son souffle sur mes épaules nues.
J'arrivai devant le bureau de Mrs Cope en un temps record. Je frappais comme à mon habitude et attendit le fameux « Entre » pour passer la porte.
« Alors, c'est pour quoi cette fois ? Je parie pour une non-partici… » Mais ma conseillère s'arrêta vite en voyant que je n'étais pas seule aujourd'hui.
« Mr Cullen ? Quelle bonne surprise ! » Mais c'est en me regardant qu'elle lui serra la main un léger sourire fleurissant sur ses lèvres. Merci.
Je ne le laissais pas répondre et tendit les papiers de retenues à Mrs Cope, qui ne nous avait toujours pas lâché du regard. Elle s'en saisit rapidement et retourna s'asseoir à son bureau. Edward ne dit rien non plus. Il venait d'écoper de deux heures de retenues, m'avait défendue et ne m'avait toujours pas adressé la parole.
Ironique quand on sait que tu ne parles pas.
Merci.
« Bon et bien installez-vous les jeunes et mettez-vous au boulot. En silence, bien entendu. » Très fin, bravo.
Elle me fit tout de même un clin d'œil quand je me dirigeais vers le canapé. Edward me suivit, et imita mes gestes. Nous restâmes quelques minutes comme ça, avant qu'il ne prenne la parole. Enfin.
« C'est quoi le sujet ? » Il s'était légèrement penché vers moi, comme pour me murmurer un secret.
Il sent bon.
Bella stop.
Le sujet ? Hein ? Ah, oui, le sujet. Je pris la feuille de Mlle Quinston et la lui transmis. Il sembla l'examiner pendant des heures, fronçant les sourcils. Puis il releva la tête et s'aperçu que je le regardai. Je sentis le rouge me monter aux joues et repris mes notes.
Ces deux heures furent les plus longues de ma vie. Et pourtant, le temps peut passer très lentement pour moi. Avec lui si proche, mes mains ne me répondaient presque plus. Mon cerveau quant à lui se fichait éperdument de la signification de l'oiseau moqueur et préférait se concentrer sur mon oiseau moqueur.
Pourquoi défier une enseignante pour une parfaite inconnue ?
Inconnue, non plus vraiment !
Tais-toi !
Edward ne sembla pas se préoccuper de mon tourment. Les yeux plongés dans ses fiches, il ne fit qu'écrire. D'ailleurs tu devrais peut être t'y mettre ? Ce n'est que vers la fin de notre punition que je commençais à me concentrer. Quand la sonnerie retentit, je sursautais légèrement.
Nous rangeâmes nos affaires en silence et nous levèrent pour partir.
« Et que je ne vous revoit plus ici Mr Cullen. A peine arrivé et déjà en retenue. » Mrs Cope releva le menton de ses dossiers pour nous regarder juste avant que nous passâmes la porte de son bureau.
« Bien sûr Madame. Ça ne se reproduira plus. » Son ton ne convainquit personne. Pas même notre conseillère.
« Bien sûr. Filez. Et Bella ? » Je me retournais vivement, Edward toujours derrière moi.
« Je parlerais avec Mlle Quinston, hum ? »
Je voulus la remercier mais acquiesçais à la place. Elle comprit et repartit dans ses papiers. Je repris mes esprits et sortit.
La cloche venant de sonner, tous les élèves jacassaient dans le couloir principal. Tous trop occupés pour s'intéresser à nous. Je rajustais mon sac à dos et pris la direction du parking. Et durant les 253 pas qui suivirent il ne dévia pas s'ajusta à mon rythme et m'imita dans ma fuie interminable.
Quand j'ouvris la porte, je fus surprise par l'air frais qui s'engouffra dans mes narines. Je me stoppais une demi-seconde. Au lieu de s'arrêter, il me dépassa et descendit les escaliers. Ce fut à mon tour de l'observer de dos. Il portait encore cette vieille veste en cuir, légèrement abîmée. Le vent le décoiffait au fur et à mesure qu'il avançait.
« Tu sais, c'est impoli de dévisager les gens ? » Il se retourna lentement pour me faire face. Son ton n'avait rien de moqueur, bien au contraire.
Un léger sourire naquit sur mes lèvres. Pour la première fois, je n'avais pas l'impression de devoir m'excuser.
Oh Bella, dans quoi est-ce que tu t'embarques ?
Je réduisis la distance entre nous et me retrouvait à sa hauteur. Un groupe d'adolescente nous dépassa, chuchotant et riant. Instinctivement, je baissais le regard. J'avais l'habitude de ce genre de moment privilégié où les plus forts se moquent sans aucune gêne des autres. C'était même devenu une habitude. Un rituel auquel les deux partis s'exécutaient maintenant.
« Je te raccompagne ? » Même avec le vent sifflant dans mes oreilles, je perçu très distinctivement sa question. Elle fit battre mon cœur irrévocablement plus vite.
Je ne m'étais jamais aperçu à quel point il pouvait avoir l'air jeune. Une certaine incertitude émanait de lui. Lui. La confiance incarnée avait l'air d'attendre ma réponse avec appréhension.
Il me fallut toute la force du monde pour acquiescer. Ses épaules se redressèrent et il acquiesça à son tour. Il avança et je le suivis. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir qui se dirigeait vers une moto. Il perçu mon doute et ça le fit rire.
« Mademoiselle Swan, laissez-moi vous présentez Bruce. Bruce, la très honorée mademoiselle Swan ». Je restais interdite alors qu'il me tendit un casque. « Attention, Bruce risque de se vexer si tu restes plantée la ».
Allez, un peu de courage Swan !
Mes mains tremblaient tellement quand je saisis le casque que je faillis le laisser tomber. Je le mis et le surpris à m'observer à son tour. Toujours ses yeux rieurs, comme s'ils se livraient à une blague que lui seul pouvait comprendre.
Ce furent des murmures qui me ramenèrent à la réalité. J'avais été tellement préoccupé par lui que je ne m'étais pas rendu compte que nous étions toujours sur le parking. Et que les élèves ayant terminé les cours commençaient à se réunir. Je ne pris même pas la peine de lui demander si je pouvais m'installer de toute manière il n'aurait pas compris, et pris place sur Bruce.
Je manquai bien de tomber mais il me rattrapa par la taille puis s'installa juste devant moi.
« Tu ferais mieux de t'accrocher Princesse, ou tu vas vite déchanter »
Il fit vibrer le moteur, ôta sa béquille et démarra en trombe. J'eu tout juste le temps de m'accrocher à sa taille quand nous passâmes la sortie.
Je pouvais sentir le vent contre ma peau même si nous ne roulions pas très vite. Mon cœur se mit à battre irrégulièrement quand à un feu rouge il replaça mes mains sous sa veste. Il était chaud, rassurant.
Chaud ? Vraiment ?
Pas une seule fois il ne me parla pas une seule fois il ne me demanda où j'habitais. Pourtant, vingt minutes plus tard il se gara devant chez moi. Je ne me détachais pas pour autant. Presque comme si je pouvais m'accrocher à lui ne serait-ce qu'encore pour un cours instant. Comme si, si je restais une minute de plus avec lui, tout finirait par s'arranger.
Ce n'est pas ce qui s'est passé. J'ai décroché mes bras et suis descendue prudemment cette fois, je lui ai rendu son casque.
Merde, il ne part pas.
Je bouge ?
Je le remercie ?
Je reste ?
Je lui demande de rester ?
Avant que je n'ai pu faire quoi que ce soit, il s'est levé et s'est approché de moi. Le vent soufflait toujours et délicatement il a replacé une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Mes yeux se fermèrent instinctivement. Le contact de sa main provoqua des frissons le long de ma colonne vertébrale. Je frissonnais doucement.
Quand j'ai ré-ouvert les yeux, il était toujours là. Mais comme moi il ne dit rien. Nous étions proches, très proches. Je pouvais sentir son souffle sur mon visage, sa main toujours dans mes cheveux.
« Isabella ? » Je ne l'avais même pas entendue sortir.
Merde.
La voix fluette mais ferme de ma mère se rapprocha de nous a pas de loup. Je repoussais Edward et mon corps tout entier se tendit instinctivement.
« Te voilà enfin ! Bonjour, vous êtes ? » Très classe Renée, merci. Elle ne me pretta même pas attention.
« Edward Cullen, Madame. Je suis en cours avec Bella. » Il ne se laissa pas démonter et lui serra la main. Geste qu'elle sembla tout de même apprécier.
« Cullen, comme Esmée Cullen ? »
Le ton de sa voix monta d'une octave, signe qu'elle pouvait y voir un quelconque intérêt. Se fut au tour d'Edward de se tendre.
Aie.
« En effet, Esmée est ma tante. Nous n'avons emménagé que très récemment Madame Swan. » répondit-il très posément.
Sa mâchoire se contracta. Mais ma très chère mère ne sembla pas s'en préoccuper.
« Mais quelle charmante coïncidence, j'allais justement entrer en contact avec elle. Les filles du club et moi aurions besoin d'astuces pour un bal de charité que nous souhaiterions mette en place. Et puisque ta tante est une spécialiste, nous aurions bien besoin d'aide ! » Elle déblatéra cela si vite que je me surpris à hausser les sourcils.
« En effet, Esmée est une spécialiste dans le domaine des apparences. »
Encore une fois, Renée ne sembla pas percevoir l'ironie de la remarque. Il avait dit ça tout en me regardant. Et son regard ne se détourna pas.
« Bon et bien, ravie de t'avoir rencontrée Edward. Passe quand tu veux. » Elle lui fit son plus beau sourire et repartit en direction de la maison. Toujours aussi droite, toujours aussi parfaite.
« Ce n'est pas comme ça que je comptais rencontrer tes parents mais tant pis ! » Puis il s'alluma une cigarette.
Le silence se fit. Puis j'éclatais de rire. Un rire franc qui me fit un bien fou. La situation me paraissait tellement absurde. Lui, devant chez moi moi ! Il finit par me rejoindre dans mon « petit pétage de plomb improvisé » et rit lui aussi de toutes ses forces.
Puis sans prévenir il s'arrêta et se planta une nouvelle fois devant moi l'air beaucoup plus sérieux que tout à l'heure.
« Tu devrais rire plus souvent. » Il tira une taffe et jeta sa cigarette.
« Soit prête demain à 8 heures, je passe te prendre. » Il glissa sa main contre ma joue et enfourcha sa bécane avant même que j'ai pu dire ouf.
Il mit le casque qui avait été le mien vingt minutes auparavant et encore une fois, actionna Bruce.
« Dors bien princesse. »
Puis il partit, me laissant seule et pantelante sur le bord de la route.
« Merde ».
Cette fois-ci, je fus presque sure que ce n'était pas qu'un murmure.
