Je ne suis pas douée pour m'exprimer. Pas m'exprimer m'exprimer. Non, m'exprimer dans un sens plus psychique du terme. Je déteste attirer l'attention, j'aime le côté indépendant de la solitude.

Certains pensent que ce n'est qu'une façade. D'autre y croient. Enfin, beaucoup le renie. Renie l'acceptation d'une capacité d'attention individuelle. Je suis de ces personnes. J'aime pouvoir observer mon environnement. Pouvoir être capable d'apercevoir une petite part des gens; petite part que même eux ne se rendent pas compte dévoiler. C'est cette petite part de nous sur laquelle nous sommes jugés. Constamment.

Notre monde est devenu le premier tribunal mondial ouvert à tous. On est à la fois coupable, victime, avocat, juré et juge. On ne sait quelle responsabilité endossée en se levant le matin. Mais notre envie de jugement reprend vite le dessus et vous devenez soit l'un, soit l'autre. Puis, comme pour les enfants, on prête, on empreinte, on change de point de vue. La petite victime finira par devenir bourreau. Et personne ne trouvera rien à n'y redire.

Je suis plutôt du genre à me brancher sur un canal différent et à regarder tout ce beau monde comploter. Mon terrain de jeu favori: la bibliothèque. Je sais, je sais, que c'est ennuyeux. Mais bien au contraire, le monde y regorge de potentiels inexplorés. Des potentiels parfois surprenants, enviants, désolants.

Nous y trouvons les incompris: seuls, le nez plongés dans un livre, rêvant du jour où ils pourront s'en aller, vivre leurs vies. Ceux-là ont les yeux d'un triste; le regard dénué de la pensée positive. Ils sont pour autant les plus intéressants à regarder: ceste grâce à eux que l'on peut voir s'opérer la transformation. Ce sont eux les plus enclins à changer de rôle au cours d'un an, d'un mois, d'un jour, d'une heure.

Les travailleurs sont plus "dociles" je dirais. Une table devant eux, des centaines; je dis bien des centaines de feuilles éparpillées, la petite moue imprimée sur le doux visage parfilât des jeunes filles, et les lunettes sur le nez pour les garçons. Eux; pas intéressants. En groupe, ils sont forts, puissants. Seuls, ils vous intimident.

Les "marins pêcheurs". Ça c'est une catégorie que j'affectionne tout particulièrement. Le marin pêcheur est un personnage singulier dans son genre Pragmatique, paré à toute éventualité, il amorce son entrée toujours d'une manière peu conventionnelle allons-nous dire. Il repère sa proie, l'étudie, la comprend. Puis, prétextant n'importe quoi, il s'approche en douceur. Vous pouvez repérer un marin pêcheur longtemps à l'avance. Il n'est pas très discret dans son genre. Il essaie tout de même. Alors, une fois qu'il s'est approché, il parle. Et parle. Et parle. Vous pouvez être sensible au charme du marin, mais gare à vous; d'autres y ont déjà succombé. Alors, dans la plupart des cas, le marin repart bredouille. A la conquête d'un nouveau territoire.

Et puis, il y a les gens comme moi. On n'entre pas vraiment dans une des catégories. On reste là. Enfin, pas vraiment .

J'aime penser que nous avons aussi notre catégorie. C'est important de nous jours. Rassurant même. Quand les gens vous posent une question, implicitement, ils attendent à une réponse dite catégorisante: un âge, un sexe, une vision politique. Peu importe ce que ce soit, on attend de vous de "pouvoir vous caser". Ça rassure. Alors comme tout le monde, je veux être rassurée. Je le catégorise: "bizarre", "peu bavarde", "assez jolie".

Même ceux qui ne peuvent pas être catégorisés sont catégorisés. Alors peu importe ce que je suis, peu importe ce que je voudrais être. Je suis moi. Une petite fille solitaire qui aime pouvoir déblatérer seule dans sa tête. Avez-vous déjà essayé. Installez-vous, peu importe où. Prenez votre iPod; une musique inspirante. Une feuille, un crayon et observez. Vous réussirez peut être à voir ce que l'on ne voit jamais. Des petits gestes simples qui pourtant sont devenus si rares. Ou alors, vous vous laisserez aller.

J'ai toujours été douée pour cet exercice. Toujours très assidue dans mon envie de liberté. Pourtant, après des années à observer les gens, à essayer de comprendre ce que pour moi, les gens appellent "la bizarrerie", à ce moment précis, je n'y arrive pas. Mon cerveau est comme ferme. Hermétique à toute forme de réalisation cohérente. Ce n'est pas faute d'essayer.

Le moment précis où son corps, sa chaleur s'est approché du mien, mon cerveau s'est refermé. Je n'avais jamais embrassé avant lui.

Plus encore, je n'avais jamais été embrassée avant lui. J'aurais pu vous décrire l'espace infime que nos corps représentaient. Sa réparation qui chatouillait mes joues. La sensation de ses mains sur mes hanches. La sensation dès miennes, moites, pendues le long de mon corps, comme attendant leur châtiment. Le tic-tac de l'horloge sonnant l'heure passée. La voiture qui tourna à gauche dans ma rue. Son odeur. Oui, son odeur. Certaines odeurs peuvent vous enivrez totalement, sans concession. La sienne est comme une drogue douce. Elle s'insinue en vous sans vous faire prendre conscience des damages qu'elle peut causer. Mais une fois que vous été intoxiqués, c'est fini. Vous en avez toujours besoin de plus. Vous en avez besoin.

La pression de ses lèvres. Si trop, ni pas assez. D'abord inertes, légèrement déposées sur les miennes, elles s'emboitaient à la perfection.

Puis, il fit ce qui me fit définitivement perdre la tête. A cet instant, quand vous sentez que tout peut basculer. Quand votre corps est celui qui prend les décisions et non plus votre cerveau. Ce moment précis où vous avez cessez d'observer; que vous changez de catégorie, que le besoin, l'envie se fait le plus violent. C'est cet instant qu'il choisit pour gémir. Ce fut imperceptible. Un petit grognement de gorge, de satisfaction qui redonna activité à mes bras.

Malin le "marin pêcheur".

La ferme!

Tout ce passa très vite. Je ne me souviens même plus quel geste j'ai amorcé en premier. Mes mains? Mes lèvres? Le tout est que les premières se sont retrouvées dans ses cheveux et que les secondes ont enfin répondu. Vraiment répondu. N'ayant jamais fait cela auparavant, j'ai essayé de lu répondre: de presser ma bouche plus fort, plus près de la sienne. Ce qu'il a très bien compris et pris les choses en main. Littéralement. Ses paumes m'ont agrippée; soulevée et tout de ce dont je me rappelle, ce fut les moulures de la colonne de l'entrée contre mon dos. Mes jambes furent elles aussi soutenues puis installées autour de lui. Mon souffle se faisait hiératique au fur et à mesure de ses mouvements. Son corps était chaud, bouillant. Le mien n'avait plus de température propre: juste la sienne. Ses lèvres toujours un sur les miennes étaient maintenant affamées, dévorantes. Sa lèvre inférieur entre les miennes, je le mordis légèrement.

Encore ce grognement!

Tais-toi!

Edwardrépondit à ma provocation en se pressant encore plus contre moi. Je pouvais à peine respirer entre la pression de son torse et les stupides dessins d'oiseaux dans mon dos. Mais je m'en fichais. J'aurais pu me les faire tatouer juste pour continuer la délicieuse torture qu'il m'infligeait; que nous nous infligions. Je n'aurais arrêté pour rien au monde.

Je tirais sur ses racines, insérais mes doigts dans sa chevelure, lui inclinait la tête pour répondre à ses appels. Je glissais le long de la colonne et il remonta une de mes cuisses encore plus haut contre sa hanche.

Ses lèvres toujours à l'assaut, je n'entendis rien.

Absolument rien.

Pourtant je basculais. Je redevenais la fille apeurée. Je changeais de catégorie encore une fois. Mes sens brouillés, ce fut lui qui arrêta notre éteinte. Le corps tendu, les épaules contractées. Lui aussi redevenait poussière. Ce ne fut ni lui, ni moi qui parlâmes en premier. Non, on pouvoir bien lui accorder cela.

« Edward, mais quel plaisir de te revoir à la maison! Comment vas-tu? »

De toutes les phrases imaginales qui existent et que vous pourriez dire lorsque vous trouvez votre fille dans les bras d'un garçon chez vous, ce fut celle-ci que Renée Swan choisit de prononcer. Et elle resta la, ses sacs de courses déjà les mains, sur le palier de la porte. Je redescendis de ma stèle et baissais les yeux. Le corps d'Edward s'était considérablement de tendu à l'inverse du mien. Il faisait barrage à présent entre moi et celui de ma mère. Tout sourire, une main sur la hanche, comme prête à se faire photographier à n'importe quel instant.

Ce n'est pas le moment d faire la forte tête!

Je sais...

« Très bien, merci Madame Swan. Vous avez besoin d'aide avec ça? »

Et de toutes les phrases que le garçon pris en faute avec l'unique fille peut dire, Edward choisit celle-ci. Cela sembla la satisfaire au plus haut point. Elle déclina l'offre poliment, toujours à le regarder comme s'il venait de découvrir un remède contre le cancer.

Donc en théorie, si on suit ton raisonnement tu es la maladie incurable qu'il vient de...

Bella, réfléchis!

« Que dirais tu de rester dîner avec nous Edward? C'est si rare de rencontrer des amis de Bella! Nous serions enchantés avec son père. »

Je ne fus pas la seule à entendre le ton un peu trop enthousiaste de ma mère. Longtemps immobile je pressais le bras Edward, lui intimement gentille ment de refuser.

Pitié refuse. Dit que tu as des choses à faire!

Il n'était pas si occupé cinq minutes auparavant!

Mais enfin de quel côté es-tu?

Beh...

« Avec plaisir Madame Swan »

Là mon cœur loupa un battement. Peut-être même deux. Toujours un sourire étincelant sur son visage, ma mère acquiesça et partit toute guillerette en direction de la cuisine. Si je n'avais pas été présente, je ne l'aurais jamais cru.


Il regarda partout. Et quand je dis partout, je veux dire partout. La sémantique n'a jamais été mon fort mais en matière de la sienne j'arrive maintenant à interpréter les pauses, les silences. Les silences sont mon rayon. Ses silences me rappellent la gêne, la tension; j'arrive à comprendre l'amertume et l'impatience devant un mutisme qu'on ne peut contrôler. Le sien me paralyse, me submerge dans le sens où j'aimerais être la petite voix dans sa tête. Ou alors juste une petite souris qui entreverrait les merveilles que son cerveau fabriquent.

Mais je ne suis que moi. Je fais face à mon reflet tous les jours. Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, je voudrais changer l'image qu'il me reflète. Mais cette image reste gravée en moi comme une racine reste désespérément attachée à l'endroit qui la maintien en vie. Je ne vaux guère mieux que tous les autres damnés à l'éternel mais il est là. Il se retrouve au beau milieu de mon chaos, statique, les yeux naviguant de mes murs encrés, à mon lit parfaitement carré, de mes livres se livrant une dernière bataille jusqu'à mes disques. Il ne s'arrête pas, il observe. Il ne juge pas, n'essaie même pas de lire. Il est juste là, comme je l'avais tant redouté mais aussi tant espéré.

Je voudrais lui dire de sortir, de partir tant qu'il en est encore temps. Mais je ne peux pas. Je ne veux pas. Les casseroles raisonnent en bas signe que la Renée Swan accueillante et heureuse de recevoir est de retour. J'en connais un qui va être ravi. Adieu le silence et les non-conversations ce soir Charlie, nous allons devoir jouer à la parfaite petite famille de banlieue ce soir. Les couverts en argent seront de sortie eux aussi. La fameuse saucière de tante Gertrude sera elle aussi polie, brossée, et remplie pour servir de présentoir à un argent et un luxe que nous n'avons pas. Mais tant pis, c'est pour la bonne cause. Et oui, mesdames et messieurs, la petite délurée et renfermée Isabella a invité ou non plutôt s'est vue inviter l'un de ses amis que dis-je, son seul ami, si on peut l'appeler comme ça, pour souper ! Grande nouvelle pour le quartier je parie que demain tout le monde sera au courant.

Mais je m'en fiche.

S'il ne voulait pas rester il serait déjà parti, non ?

Il n'a peut-être pas osé, tu sais, il m'a l'air poli !

Tais-toi donc !

Ses doigts se posèrent sur un vieux croquis de moi. Jacob l'avait fait pour mes seize ans. J'ai l'air presque normal m'avait-il dit. Comme une humaine, mais en plus sombre.

Jake.

Je sais…

Il sembla étudier le portrait pendant des heures ses doigts traçant le contour de ma joue droite, caressant mes cheveux, fixant mes yeux.

Tu n'aurais pas de lui permettre de monter ! C'était une erreur !

Puis il leva les yeux et perçu ce que pour rien au monde je n'aurais souhaité à personne de voir : mes écritures mon journal, la seule partie de ma vie privée que je ne pouvais pas cacher, dissimuler. Les traces de peinture à mes doigts me rappelèrent mes délibérations de ce matin. La peur, l'incompréhension, et lui. Encore et toujours lui.

A vrai dire deux murs entiers pourraient te le rappeler !

Et c'est précisément ce qu'il faisait. Je ne pouvais déterminer s'il lisait ou bien si par politesse il regardait juste les couleurs. Je refermais discrètement la porte de ma chambre.

L'avantage d'voir une fille qui n'invite jamais personne, tes parents ne t'espionnent pas !

Malgré ma discrétion il se tourna vers moi, le corps droit, mais pourtant si décontracté.

Il en faut bien un.

Toujours aussi subtile.

Pour autant que ce soit vrai, mes mains étaient moites, et mon cœur aurait tout à fait été capable de battre la mesure pour un groupe métal. Il me sourit. Pour m'apaiser ? Me rassurer ? Il en faudrait beaucoup plus…tellement plus.

« Très jolie chambre princesse. Très jolie ». Mon cœur s'emballa de plus belle. Sa façon de parler, de se mouvoir tout inspirait l'envie. Pourtant nous étions dans ma chambre, seuls, et la seule que je ressentais était de la peur plutôt de la panique. La panique de ne aps savoir quoi faire, quoi dire. Sens métaphorique accepté bien entendu.

Il marqua les quelque deux mètres qui nous séparaient et comme toujours, sa chaleur m'enveloppa.

« De quoi as-tu peur, hum ? » Plus faible qu'un murmure, juste pour moi.

De toi. De moi. J'ai peur de ça. De ce sentiment stupide et irrationnel. J'ai peur de tout. J'ai peur du rien. J'ai peur.

Comme j'aimerais qu'il puisse lire en mi ne pas avoir à mener ce combat toute seule.

Pourtant c'est toi qui l'as souhaité.

Je sais.

Et tu regrettes ?

Non. Non, je ne regrette pas.

Alors ?

« Alors princesse ? Ou es-tu encore partie ? » L'amusement de son ton me rappela que je n'étais pas seule.

On se ressaisit Bella !

Tout doucement je fis courir mes doigts sur ses poignets ancrés à mes hanches. Puis, comme tout à l'heure je les remontais sur ses bras, ses épaules. Alors ma main droite vint sur son cœur. Ou je l'y laissais, les yeux rivés sur ses baskets. Son menton se posa sur le sommet de ma tête je l'entendis déglutir, bruyamment.

« De moi ? C'est de moi que tu as peur princesse ? » Son souffle dans mes cheveux me fit frissonner.

Oui.

Et non.

J'agrippais plus fortement son t-shirt, comme si, si en le relâchant je risquais de le voir disparaître.

Et il aurait tous les droits.

Ferme-la !

Ce fut à son tour de bouger. Ses doigts sous mes doigts il releva mon visage, si près du sien. Je pouvais voir les détails qui m'avaient tant manqué.

« N'aies pas peur de moi princesse. S'il te plait, jamais. »

Ma tristesse était la sienne. Ses yeux ne quittaient pas les miens. Et pour rien au monde je n'aurais détourné le regard. J'aurais pu lui dire oui lui dire que lui non plus ne devait pas avoir peur de moi, jamais. Mais comme dans toutes les bonnes romances, c'est à ce moment que l'élément déclencheur entre en jeu et je vous le donne en mille…

« A table les enfants ! » Déjà ? Il faut croire que nous n'avons pas vu le temps passer Edward est aussi surpris que moi. Je n'ai même aps entendu mon père se garer bruyamment dans l'allée, entrer avec son célèbre « Bonjour » et allumer la télé.

Que le spectacle commence.

Ouah il va rencontrer papa Swan !

Ce n'est pas la délicieuse voix de ma mère qui nous sort une nouvelle fois de notre léthargie non c'est un style plus rocailleux qui me fait sursauter.

« Isabella Marie Swan ! » Charlie.