Je suis allée courir aujourd'hui. Il neigeait, mais je suis allée courir. Vous allez me dire "Mais elle est folle?". Peut être. J'aime assez l'idée d'être traitée de folle pour un acte aussi dérisoire. Je ne suis pas allée courir pour perdre du poids, ou bien me sentir mieux, ou encore pour avoir le plaisir de dire au monde que je suis allée courir. Je suis allée car courir car il neigeait.

J'apprécie d'autant plus les perceptives que les températures inférieures procurent. La sensation de froideur qui vous envahit avant de vous ressentir tout; absolument tout. Les pas deviennent lourds, les jambes incontrôlables et nos poumons pourraient à tout moment rendre l'âme. Mais on continue. Alors que le sol se recouvre progressivement d'un immense tapis blanc, on continue.

C'est assez rare de voir de la neige un 26 avril. Ou alors c'est plutôt naturel; tout dépend de la région où l'on court, non? Partout des gens sortent, boivent des verres, s'amusent; ou bien vont courir sous la neige.

J'ai croisé d'autres fous sur mon trajet. Des fous tantôt sympathiques, tantôt indifférents et parfois même envoûtants. Certains m'ont donné envie de les suivre, d'en apprendre plus sur eux. Car, à travers une simple observation, une simple lecture, on devine qu'ils ont plus à dire. Et ce sont ces gens là que nous devrions apprendre à connaître; ceux qui ne se dévoilent que par une écriture plus libérale et plus sincère que les autres. Nous devrions également tous être à leur écoute, ne pas juste passer son chemin, mais s'arrêter quelques instants pour comprendre la véritable signification des paroles émises.

J'ai toujours eu peur de découvrir ce que mes écrits, mes ressentis laissent transparaître. Ce que les gens pensent de moi. Le fait d'aller courir sous la neige pend alors tout son sens. Car lorsqu'une personne s'arrête et prend le temps de me lire à son tour, pourquoi ne serais-je alors pas en mesure de la remercier en contre-partie? Car être le premier arrêt sur image de quelqu'un, sentir que l'on compte; que mon tint laissé sur la neige a été entendu mérite que l'on s'y attarde, non?

Je ne fais jamais de promesses. Je déteste cela. En revanche, je me suis toujours dit qu'un peu plus de courage ne pourrait pas le faire de mal. Alors je suis retournée courir sous la neige. Et j'y retournerais encore. C'est promis.

Je déteste les dimanches. Et les lundis. Mais encore plus les dimanches. On reste entre deux humeurs: la joie et l'angoisse. Je préfèrerais être samedi. Ou mardi. Mais pas dimanche. Ou lundi. Ni dimanche ni lundi.

Les heures semblent longues et interminables. Je reste allongée là, à contempler mon plafond sans rien y comprendre. Mon plafond a toujours été mon plafond mais quelque chose à changer. Pas les couleurs, pas les fissures toujours aussi dangereusement grandes; non, quelque chose d'autre.

Moi.

Toi? Tu es sûre? Car franchement je ne vois pas pourquoi!

Très drôle!

Non vraiment!

Je suis différente. Mon corps reste le même, indéfiniment, mais je suis différente. J'aurais aimé l'être en mieux: plus grande, plus belle, plus intelligente. Mais rien de tout ça n'a voulu et pu être modifié. Au lieu de ça, ma vision a changée. Plus claire, plus abstraite. Comme un nourrisson qui s'accommode enfin au monde. Je le vois. Je le ressens. De tout mon être je le ressens: le vide. Ce vide qui vous épuise, qui vous met à genoux sans aucunes mises en garde. Je me suis trop longtemps battue que je ne le voyais même plus. Partie intégrante de moi il s'était immiscé sous ma peau pour prendre mon aspect. Lui et moi ne faisions qu'un; indissociables tout comme les deux facettes d'une pièce qui resterait en suspend indéfiniment.

Mais aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, je l'ai mis de côté. Il se fait ressentir, exprime son agacement d'être aussi vite chassé et remplacé.

Edward.

Edward?

" Edward? Mais quelle bonne surprise! Entre donc je t'en prie?"

Mon corps se raidi instantanément.

À force de rêvasser, de contempler ce fameux plafond qui n'avait pas bouger depuis bientôt vingt ans, je n'avais pas entendu la sonnette ainsi que la épicé voix qui accompagnait l'intrusion.

Qu'est ce qu'il fait ici?

A mon avis; il est là pour Renée!

Sérieusement? Ce n'est pas le moment pour les réflexions sarcastiques!

" Elle ne devrait plus tarder! Isabella?"

Alors que la voix de ma très chère mère résonnait dans l'antre de l'escalier, je filais me chercher de quoi m'habiller. Un jean enfilé et un t-shirt passé que le carnage reprenait de plus belle.

Merde!

" Ne vous inquiétez pas Madame Swan."

Dieu cette voix. Je pourrais me damner pour cette voix. Quand j'étais enfant, j'avais pour habitude de m'endormir avec une douce mélodie d'une très vieille boîte à musique. Elle m'apparaît. La voix d'Edward Cullen pourrait être comparée à la justesse de ces anciennes notes; tout aussi graves et réconfortantes.

"Je voulais juste vous demander la permission d'emmener votre fille pour la journée. Mon oncle et ma tante organisent un déjeuner avec des amis et je souhaiterais que Bella m'accompagne."

Re-merde!

Respire; il ne t'emmène pas au bûché!

Mais presque!

Mais presque...j'en connais une autre qui va être aux anges!

"Mais quelle charmante idée!"

Renée!

"Ça lui fera du bien de se socialiser un peu; au lieu de rester enfermée tous les dimanches avec son père et moi!"

Merci pour l'attention, il ne fallait pas!

"Ne bouge pas je vais la chercher! Isabella?"

Mon cœur battait si fort, comme un tam-tam au rythme des pas de ma mère contre les marches. Plus que dix-huit marches et elle serait là.

Dix maintenant! Cinq!

Surprise!

"Ah tu es levée. Edward est en bas et il a gentiment proposé de t'inviter chez lui! Quel charmant garçon. Finis de te préparer et rejoins nous d'accord?"

À l'allure d'une libellule, ma mère se recomposa un visage harmonieux et redescendit les escaliers à pas feutrés. Je pus discerner les convenances exposées à Edward ainsi qu'une ouverture du frigo inhabituelle.

Tout va bien se passer. Tu respires et tu descends. Ce n'est que Edward.

Ce n'est pas que Edward. C'est Edward après un désastre.

En effet, depuis ma surprenante démonstration théâtrale de jeudi dernier, je n'avais pas trouvé le courage de l'affronter. Il était passé le lendemain, avec Bruce, m'avait attendue; puis ne me voyant pas, avait décampé. Même scénario pour le lendemain. Alors, l'idée de le savoir en bas, chez moi, un dimanche qui plus est, ne faisait qu'accentuer mon stress.

Un pas après l'autre.

Une respiration après l'autre.

Un vide après l'autre.

À pas de loup, je sortis délicatement de ma chambre. Arrivée en haut des marches, je me pétrifiais. Il m'avait entendue.

Comment?

Appuyé négligemment contre la rambarde, un coude replié sous son cou et les jambes croisées, il me fixait.

"Salut princesse. Bien dormi?"

Bien dormi?

Oui; j'ai passé les deux dernières jours à rêver de toi. De toi et de moi. De nous.

Mais sinon toi, bien dormi?

Un sourire en coin se forma sur son visage. Mon questionnement interne avait encore du rejaillir sur mes expressions car il tendit sa main vers moi. Une main que je empressais de saisir; en la que de son touche depuis trop longtemps, je me jetais à son cou.

Son odeur emplit une nouvelle fois mes narines. Ses bras d'abord ballants ne le restèrent pas très longtemps et je sentis son étreinte se faire de plus en plus forte. Il plongea son nez dans mes cheveux et inspira bruyamment.

"Ne me laisse plus jamais en dehors comme ça princesse, hum?" Un murmure qui fit échos à tout mon corps. Je resserrais encore plus notre étreinte; comme pour me persuader que le temps pouvait s'arrêter, ici, maintenant.

"Tu m'as manqué. Et plus encore, tu as manqué à Bruce!" Sa remarque eu le bon soin de me faire sourire. Je nous décollais prudemment et le gardait enfin dans les yeux.

Le fait de toujours amener sa moto entre nous me rappelait à quel point il pouvait être jeune parfois. Je me surpris à imaginer un petit Edward; encore enfant, jouant sous le porche de sa maison, des petites motos à la main.

Il devait être tellement mignon et heureux à cette époque.

On se recentre là

Quoi?

"À te voilà! Regarde qui est là!"

Je sais qu'il est là! Tu es montée me le dire!

"Bon ne nous la ramène pas trop tard Edward! Je te fais confiance!"

Encore une fois, les mots justes et trop bien placés de ma mère me crispèrent instantanément.

"Bien entendu Madame. Vous avez ma parole!"

Comme à son habitude, et même après ne l'avoir vue que très peu de temps, Edward su contenter ma mère de bien des manières. Avec ses mots, il réussissait là où je ne trouvais plus le courage de participer. Face à une guerre perdue d'avance, j'avais choisie de capituler là où mon sauveur continuait encore le combat.

Nous sort îles aussitôt de chez moi. L'air frais me fit prendre une grande inspiration; me donnant aussi le courage dont j'allais avoir besoin. Nous avançâmes dans l'allée; sa main toujours aussi fermement accrochée à la mienne.

Bruce était là lui aussi.

"Tu connais les règles princesse!"

Son sourire fut contagieux et je saisis à pleines mains le casque qu'il me tendait. Une fois installée derrière lui, bine agrippée, il pris une seconde avant de démarrer. Une seconde où il se retourna vers moi, un sourire toujours collé à son visage. Une seconde où il en profita pour déposer un baiser aussi léger que la brise qui allait nous porter. Une seconde où mon cœur se remit à battre. Une seconde où le vide s'en alla pour laisser place à un sentiment tout aussi envahisseur mais tellement plus bénéfique.

Quelle ne fut pas ma surprise quand brusquement il actionna l'engin et démarra en trombe. Mes bras se resserrèrent plus fortement autour de sa taille mais il en dit rien.

La maison de l'oncle et de la tante d'Edward se trouvait à l'opposé de la mienne; à environ une vingtaine de minutes pour être exacte. Là où la mienne inspirait une famille heureuse des années cinquante, bien que l'inverse en réalité; celle d'Edward transpirait le bon goût, la luxure et une froideur qui me rappela les yeux de ma mère lors de colères incontrôlées. Sans jamais s'éloigner de moi, il me saisit à bout de bras pour monter les glorieuses marches extérieures qui menaient à sa porte d'entrée.

Une musique de fond résonnait et faisait trembler les murs. Des paroles étaient échangées, des conversations qui allaient aussitôt s'arrêter en voyant le spécimen que le neveu prodigue ramenait.

Je le figeais à mon tour. Edward senti une résistance dans sa main et me fit face immédiatement.

Je mis toutes mes craintes, angoisses, peurs dans mon regard pour qu'il ne me force pas à entrer.

Pitié! Pas le repas! Pas les amis! Pas les mascarades!

S'ils ne m'aiment pas?!

Ils vont t'aimer! Ils l'aiment lui!

Justement! Lui! Pas le phénomène de foire de l'école!

Arrête!

- "Arrête princesse. Où que tu sois; reviens-moi."

Il me supplia. En cet instant; instant critique d'une non-histoire d'amour, il suppliait. Son corps entier me demandait de franchir cette porte. Comment peut-on résister à cela? Comment peut-on être aussi froide et terrorisée pour lui refuser cette simple exigence?

Pitié...

Pas de pitié!

Je fais la seule chose qui me paraissait juste à ce moment donné. Tout doucement, je m'avançais vers lui. Il ne recula pas. Bloqué, ancré dans le sol, il ne bougea pas. Il avait dû fumer avant de venir me chercher car un léger vent vint faire trembler le col de sa veste et les effluves de tabac me revinrent instantanément.

Je pris à mon tour un soin infini pour l'observer. Ne serait-ce que pour trouver un seul argument pour me retourner, maintenant, partir pour rester la petite Bella qui a peur de tout. Et si je décidais d'affronter quelque chose; ou quelqu'un aujourd'hui? Et si pour la première fois, je mettais de côté mes peurs pour lui permettre d'affronter les siennes?

Alors je me hissais sur la pointe des pieds, sans jamais briser le contact avec ses yeux et l'embrassais. Je l'embrassais. Je prenais l'initiative de lui montrer que j'étais la; en vie; avec lui, sur le perron de sa maison. D'un baiser dans lequel je mis toute ma détermination, il le transforma en une complainte languissante. Ses doigts s'attachèrent à mes hanches alors que je me collais encore plus tout contre lui. Sa langue frôla ma lèvre supérieure et je lui accordait un accès illimité à ma bouche. Je sentis son corps se tendre lorsque fois glisser mes doigts le long de son cou. Il me vit frissonner quand il approcha ses mains froides sur le plat de mon ventre. Comme une marque de possession, il mordit délicatement ma lèvre inférieure.

Intérieurement? Je brûlais.

Extérieurement? Mon corps ne voulait qu'une seule chose: lui. Il réclamait ce que lui seul pouvait lui donner: le sentiment de revivre, d'être ramené d'entre les non-vivants pour enfin accomplir sa tâche première.

Et je l'aurais laissé. Je l'aurais laissé m'emmener loin, ou bien me garder avec lui indéfiniment; sous ce maudit perron. Mais la réalité est une chose trop précieuse pour être oubliée aussi facilement. Quand certains la cherche toutes leurs vies, moi, j'aurais tout donné pour qu'elle m'oublie encore un peu.

"Humhum. Edward! Tu ne me présentes pas?"

Merde!