Pour me comprendre, il faudrait savoir qui je suis. Jamais paroles n'ont été plus vraies que maintenant.
Je rêve souvent d'être quelqu'un d'autre. Une fille plus forte, plus vaillante que le reflet que me renvoie mon miroir chaque matin. Mais quand vient le jour, la peur d'affronter la vie. Alors je me contente de mes quelques heures de répit. Je me retrouve, comme présentement assise au beau milieu d'un petit appartement bondé, au cœur d'une ville qui ne dort jamais. Une tasse sur les genoux, une guitare posée dans un coin. Un vieux disque rayé en fond sonore. Étonnamment, je n'ai pas peur. Du moins, je n'ai plus peur.
Le disque change. La même voix, une mélodie différente, des paroles toujours justes.
Mes larmes sont factices dans mes rêves. Toujours. Je ne peux pas me permettre de craquer dans mes rêves. Ça serait un affront. Un affront à ma solitude et le calme qui peut parfois me replonger bien des années en arrière. Sauras-tu vivre ? Je l'espère. En tout cas, je fais tout ce que je peux tout ce dont je suis capable pour tenir le coup.
Mon disque grésille. La fin de mon accalmie se rapproche.
Tant pis.
Ce n'est pas un abandon. Ce serait plutôt un désistement passager. Comme lorsqu'on a plus la force de fournir les efforts nécessaires pour contenter le plus grand nombre. Ne pourrait-on pas lâcher prise ? Pour une fois, rien qu'une toute petite et faible fois ? Ne devrions-nous pas avoir le droit d'arrêter ? Je rêve de m'arrêter. Attention, nulle comparaison possible avec un arrêt définitif. Non, loin de là. Un arrêt soumis à des conditions de remise en marche de l'activité, bien entendu.
Une dernière voix. Plus rauque. Plus chevrotante. Plus gagnée aussi. Un rythme différent pour une pensée différente. Comme quoi tout peut finir par s'accorder ! Vous savez ce que l'on dit : Y'en a qui en peuvent plus de jouer les sex-symbols.
Quand on demande à un enfant ce qu'il souhaite faire quand il sera plus grand, les trois quart répondent : pompier, policier, maitresse, maman, médecin ou encore sportif pour ne pas dire joueur de foot. Moi je voulais voler. Je ne voulais pas être astronaute, ou bien encore hôtesse de l'air.
Non, je voulais simplement voler. Lorsque ma mère est entrée dans un ma chambre un soir pour me demander pourquoi, je n'ai pas su quoi lui répondre. Aucune de mes explications n'auraient paru cohérente pour elle. Puis, comment expliquer à une mère cartésienne l'innocence que je voyais dans l'altitude. Face à un père alcoolique refoulé et une mère déprimée expérimentée, le fait de voler m'aurait permis de m'en aller. Loin. Bien entendu, je lui ai simplement expliqué que les fées volaient et que j'en étais jalouse. Ma réponse parue la satisfaire, pour une petite fille de six ans, puisque nous n'en n'avons jamais reparlé.
Pourtant, dès que je prends l'avion, je jurerai que mon corps ressent l'angoisse de mes années d'enfance. Tout refait surface, et seule la beauté de ce qui m'entoure me permet de ne pas passer pour une folle au milieu de gens qui s'inquiéteraient de voir une jeune fille en larmes à la vue d'un hublot mal nettoyé.
Mon disque se termine pour me dire que je suis belle, et qu'il n'attendait que moi. Les mots qui n'existent pas, je les connais à présent. J'en joue constamment. Faisant partie intégrante d'un vocabulaire qui n'appartient qu'à moi, je voudrais les lui crier. Tous les mots doux, les coups de sang mais dans mes rêves j'y ai droit. Alors je vais te les dire.
Te les murmurer, comme un secret que nous pourrions garder pour en faire une réalité où enfin je pourrais exister sans avoir peur. Une réalité qui n'appartiendrait qu'à nous.
Mais il est trop tôt, ou trop tard. Ça restera tout de même le doux songe d'une fille forte et vaillante. Cette fille, ne l'oublie pas. Peut-être qu'elle reviendra. Sinon, je te retrouverai. Ou je te lirai il me suffit d'ouvrir mon portefeuille, et d'y lire les aberrations tumultueuses griffonnées sur la page déchirée Misérables. Les extrémités menacent de s'écrouler, les lettres jaunies ont perdu de leurs éclats mais des mots restent des mots, tes mots restent mes mots.
Des bras forts me propulsèrent, encore une fois à une vitesse fulgurante, derrière une protection faite de chair et de sang.
Ressaisi toi nom de Dieu !
Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
Rien ! Enfin si mais non ! Tu n'as rien fait de mal !
Je l'ai giflé ?
Tu me le demandes vraiment ?
Oh mon Dieu ! Je l'ai giflé !
Techniquement, oui.
Comment ça « techniquement oui » ?
Ne t'en prend pas au messager ! C'est quand même toi qui l'as giflé ce pauvre garçon !
Pauvre garçon ? Jasper Hale ? Pauvre garçon ? Tu es en sommeil depuis trois ans ou bien tu nous fait une petite amnésie rétrograde tout d'un coup ?
« Au risque de me répéter jeunes gens : Mais qu'est-ce qu'il se passe ici ? » La voix du maître de maison nous sortit tous d'une torpeur où je venais de nous plonger. Alice, des yeux comme des soucoupes, regardait ou plutôt non, fixait d'un air à la fois surpris et rageur son acolyte, une main toujours fixée à sa joue rosie.
Si maintenant ils ne me prennent pas tous pour une folle, je ne sais pas ce qu'il me restera à faire !
Ahahha très fin !
Mais merci !
« Rien du tout Carlisle. Un malentendu, voilà tout ! » Ce ne fut pas mon sauveur habituel qui m'évita les explications que je n'aurais pas pu donner. Ce fut lui. Le souffle toujours court, j'appuyais mon front contre son dos. J'entendis vaguement des excuses, puis des pas qui s'éloignent ainsi qu'une petite voix puissante réclamant des éclaircissements sur une situation plus que déconcertante.
A qui le dis-tu ma petite ?!
« En tout cas Mademoiselle, on peut dire que vous savez faire une entrée comme il se doit ! »
Me rendant compte que nous n'étions pas seuls, je me relevais du mieux dont je fus capable. Mais voyant un modèle légèrement plus vieux de celui qui m'appartenait, je souris instinctivement.
Que dire de Carlisle Cullen ? Mis à part le charme, la chaleur et la gentillesse je dirais que rares sont les personnes avec la capacité de vous mettre instantanément à l'aise. Mais lui il en fait partie. Incontestablement. Et pour cela, je lui en serais éternellement reconnaissante.
« Alors c'est vous qui retenez mon jeune neveu aussi tard le soir, hum ? » Un autre rire s'en suivit, ainsi qu'un clin d'œil à mon intention.
Et merde !
« Désolé d'être en retard oncle Carlisle. Comment ça se passe au milieu des hyènes ? » Edward semblait avoir recouvré la contenance qui pourrait nous maintenir à flots. L'oncle d'Edward eu tout d'un coup l'air las et fatigué. Sans rien en laisser paraître bien évidemment.
« Comme d'habitude assoiffées. Mais ta tante est comme un poisson dans l'eau. » Répondit-il pourtant.
« Oui, comme d'habitude » Ses mots furent murmurés dans mes cheveux. Aussi légers qu'une plume, ils apportèrent un baiser légèrement plus long que les autres.
« Ne tardez pas trop les jeunes surtout ! Plus vites entrés dans l'arène, plus vite sortis. »
Sur ce, il repartit tout comme sa femme, comme il était venu discrètement et sans un mot de trop.
Sympa le tonton !
Oh la ferme.
Nous restâmes comme scotchés sur place et l'un à l'autre. Qu'aurais-je bien pu lui dire de toute façon ?
Lui expliquer peut être, non ?
Je ne t'ai pas posé la question il me semble ?
Seuls les aléas de nos deux respirations couvraient les accords d'une chanson entamée au salon.
Peut-être devrais-je m'excuser ?
Mais une fois de plus, ce fut lui qui me surpris. Presque brutalement, il joignit ses lèvres aux miennes. La tendresse faisait place à quelque chose que je n'aurais su décrire sur l'instant. Quelque chose de plus. Ses lèvres dansaient véritablement avec les miennes, sans jamais leurs laisser le moindre répit ou la moindre chance de dire stop. Bien qu'en aucun cas je ne l'aurais fait. Jamais.
Nous étions enfin seuls. Les épreuves succédées puis dépassées nous avaient conduit à cet instant entre deux pièces, lui et moi, pour ce moment de tranquillité.
Enfin !
Mais mon corps en demandait plus. Toujours plus. Mes mains se posèrent agréablement à la base de son crâne, endroit qu'il sembla particulièrement apprécier puisque ses mains naviguèrent du creux de mes reins à mes fesses. Sous la surprise, j'entrouvris légèrement la bouche. Invitation soumise à mon maître qui s'empressa de faire rencontrer nos langues. D'abord douce, timide, la valse devint endiablée.
Ce n'était plus qu'une question de pouvoir, de plaisir. Plaisir que je ne pus contenir alors qu'un râle s'éleva du fond de ma gorge. Je me rapprochais encore de lui, pour ne faire plus qu'un. Il raffermit son emprise sur mon postérieur pour finir par me soulever. Presque comme une habitude, je m'enroulais autour de lui pareillement qu'une affamée.
Mais il ne cilla pas. Il ne broncha pas lorsqu'il dut nous supporter tous les deux. Au contraire, pas un instant il ne s'éloigna de moi. Je parcourais alors son torse de mes mains. Son cou. Mes ongles griffaient légèrement là où sa poitrine réagissait favorablement. Si quelqu'un était entré à cet instant, je m'en serais moquée.
Pour la première fois de a vie, je ne voulais que lui.
Ici, et maintenant.
Je sentis mon corps glisser divinement vers un point de non-retour. Un point qui me fit gémir. Qui le fit gémir. A la perfection, mon corps se retrouvait emboité avec le sien. Et c'est là que je le sentis. Que je le sentis vraiment.
Il avait autant envie de moi que j'avais envie de lui. Je bougeais légèrement dans le but de ressentir de nouveau. Il me mordit alors la lèvre inférieure. Fort. Sans plus aucune gêne, je remuais encore. La sensation se fit de plus en plus forte. Je n'étais plus que sensations. Le baiser avait pris une tournure tout à fait inattendue mais d'autant plus délicieuse. Je ne faisais plus que ressentir me mouvant sur lui, me frottant inlassablement sur sa propre excitation pour faire taire la mienne. Je ne retenais plus mes gémissements à présent. Lui non plus.
Il s'écarta faiblement laissant notre baiser en suspens : bouche contre bouche, respiration contre respiration, corps conte corps.
Elle ; elle avait décidé de me laisser ça. De me laisser cette victoire.
« Princesse » Son souffle rauque dans ma nuque à présent, je me tendis d'un seul coup. Une onde électrique se propagea de la base de ma nuque jusqu'à la pointe de mes orteils instantanément. Les sons moururent dans ma gorge, mes ongles s'enfoncèrent dans ses épaules et je m'effondrais, essoufflée, épuisée, tout contre lui toujours perchée dans ses bras qui devenus plus forts, me soutenais toujours.
De nouveau, seules nos respirations furent maîtresses de l'instant. Ma tête tournait, mon cœur battait si fort qu'il aurait pu se décrocher et s'échapper librement. Mon moment n'avait pourtant rien enlevé à sa vigueur que je sentais, puissante, palpitante entre mes cuisses.
Je me redressais pour l'observer. Les yeux brillants, les cheveux en bataille, les lèvres gonflées, je ne détachais pas mon regard une seule minute. Un léger sourire naquit sur ses lèvres : semblable à celui d'un enfant malgré la situation plus qu'adulte il ressemblait tellement à un petit garçon pris en faute mais pourtant fier de lui.
« Eh bien Mademoiselle… » Un raclement de gorge rendit sa voix encore plus envoutante pour mes oreilles conquises «….on peut en effet dire que vous savez réussir vos entrées».
Quel petit con !
Faiblement, je lui infligeais une légèrement frappe à l'arrière de la tête. Mais ça n'arrêta en rien son rire qui finit même par me faire sourire. Qui aurait pu résister à sa joie contagieuse ?
Ce n'est qu'après son fou-rire passé qu'il me fit redescendre sur la Terre ferme. Une légère grimace le secoua lorsque je m'approchais trop près d'une zone de son corps en manque d'attention. Il perçut immédiatement mon inquiétude, comme à son habitude.
« Ne t'inquiète pas pour moi, d'accord ? » Il releva mon menton de son corps dont je ne pouvais soustraire ma contemplation. Il souriait toujours aussi vigoureusement.
Il n'a pas que son sourire de vigoureux en tout cas !
Mais enfin !
Beh quoi ? Tu vas peut-être me faire croire que tu n'as rien remarqué ?
« Même si cette gifle m'a fait plus d'effets qu'elle n'aurait dû, tu veux bien m'expliquer qui est ce Jasper Hale Princesse ? » Le regard concerné, il n'enleva pas son pouce de mon menton.
Dis-lui !
Non !
Je haussais les épaules en évitant de le regarder. Il soupira une fois. Deux fois. Trois fois avant de se rapprocher derechef.
Ne fais pas ça s'il te plait.
« Je n'aime pas l'idée même de toi en train de souffrir par sa faute. C'est bête, n'est-ce pas ? »
Non. Non, ça ne l'est pas.
Il reprit sa posture habituelle, avec une puissance qu'il me transmit lorsqu'il enroula son bras autour de mes épaules.
« On devrait y aller Princesse. Comme dirait Carlisle, plus vite entré, plus vite sortis ! »
Je lui souris légèrement, m'agrippant à lui pour essayer de me motiver. Tous deux nous entrâmes alors dans le salon sans nous retourner même si l'envie de partir en courant me fit entendre sa voix une toute dernière fois.
