Chapitre 4 : Chute
Nous nous mîmes en route le lendemain dans l'après-midi. Makalaurë avait acheté deux chevaux alezans au village, que nous avions rebaptisés Erumë et Erya. La discussion arrivée un mois auparavant se déroulait encore et encore dans ma tête tandis que nous chevauchions à travers le Désert du Nord.
- « La lumière blanche autour de toi… Qu'est-ce que c'est ? Et pourquoi est-ce que mon corps se modifie ? » Il se figea brutalement.
- Ton corps se modifie ? » demanda-t-il, ignorant soigneusement ma première question.
- « Oui. Mes oreilles sont moins rondes, ma pilosité devient quasiment inexistante, mes cheveux sont moins abîmés et plus doux, mon odorat est enfin existant, ma vue, mon toucher et mon ouïe sont plus développés, je me fatigue beaucoup moins vite quand je cours ou nage…
- Étrange, murmura Makalaurë en fermant les yeux. Je n'en suis pas certain mais il est possible que ce soit un effet secondaire du Silmaril. Je ne sais pas comment Atto les a fait, ce qu'ils sont exactement.
- Et sinon, tu n'as pas répondu à ma première question. » Il haussa les épaules et me regarda, l'air de dire : « Tu n'as pas besoin de le savoir ». Je me mordis la lèvre mais n'insistai pas, malgré la curiosité qui me taraudait. S'il ne voulait pas m'en parler, je ne voyais pas comment le forcer à le faire.
Ce soir-là, nous établîmes notre campement dans une petite oasis.
Le lendemain, ce fut la sensation que quelque chose de froid et d'humide dégoulinait sur mon visage et dans mon cou qui me réveilla en sursaut. Makalaurë, au-dessus de moi, m'offrit un sourire malicieux qui me fit froncer les sourcils.
- « Kánafinwë Makalaurë Fëanárion ! » aboyai-je une fois la première surprise passée. Crétin d'elfe qui croyait drôle de réveiller les gens en les aspergeant d'eau et prenait la fuite ensuite !
- « Reviens ici que je t'étrangle ! » Je lui courus après, émue malgré moi par son rire cristallin qui me donnait envie de le serrer dans mes bras. Tiens, c'était une idée, ça… Je m'arrêtai, hors d'haleine, et lui tendis les bras.
- « Câlin ? » proposai-je. Bien que surpris, il ne vit pas de raison de refuser, et je lui fis mon câlin made by Étoilée, celui que l'on surnommait le câlin étrangleur. Traduction, je le serrai très – trop – fort, lui coupant le souffle, avant de le relâcher. Il me contempla avec amusement lorsqu'il eut repris sa respiration.
- « Mais c'est qu'elle serait féroce la petite humaine !
- Crétin » marmonnai-je, tout aussi amusée que lui. « Et à quoi dois-je ce réveil fort humide ?
- Tu m'avais aspergé la veille de notre départ » me répondit-il, apparemment très fier de lui.
- « La vengeance est un plat qui se mange froid, comme on dit, commentai-je.
- Je ne connaissais pas ce proverbe, mais je le trouve admirable » dit-il en souriant de toutes ses dents – qui étaient d'un blanc étincelant et parfaitement formées au passage – avant de brutalement changer de sujet :
- « Jeune fille, je crois qu'il est temps que je t'apprenne à manier les armes. » Oh non. Oh non. Non, non, non, non, non. Pitié ! Je ne veux
pas !
- « Euh, merci mais… » commençai-je. Son sourire s'élargit et il me tendit deux longues dagues aux lames gravées avec finesse.
- « Elles sont pour toi. Leurs noms sont Elennírë et Tingilya. » L'epessë qu'il m'avait donné était le nom de la première, remarquai-je.
Je soupirai et me levai. Il tira sa propre dague du fourreau et m'enseigna chaque mouvement, chaque position. Il m'apprit au cours des jours qui suivirent à combattre avec une ou deux dagues, avec une épée, à tirer à l'arc, à me battre à mains nues. Pour une fois, j'aurais presque pu aimer le sport… si je n'avais pas été un cas désespéré. Maglor ne cessait de me répéter que je n'étais pas un cas désespéré, que ça viendrait avec de l'entraînement, etc.…
Après plusieurs jours de voyage sans rencontrer âme qui vive, nous arrivâmes dans une jolie vallée au bord d'un précipice. Tout en bas coulait une rivière. Nous voulûmes nous arrêter mais nous n'en eûmes pas le temps. Des grognements attirèrent notre attention, et nous mîmes pied à terre, les armes à la main. Des orcs firent irruption dans la vallée nous nous battîmes, mais je ne parvenais pas à faire davantage que me défendre, ce que je faisais très mal. Le son d'un cor elfique acheva de me déconcentrer, et un orc en profita pour planter son arme dans mes côtes. Des elfes aux cheveux blonds arrivèrent et massacrèrent les êtres maléfiques. Mais pour moi, il était trop tard : je m'effondrai sur le sol, tout devenant noir.
