Chapitre 6 : Peredhel
Námo sourit avec satisfaction, faisant hausser les sourcils à Fëanáro et Melkor. Il avait réussi à sauver la petite de la mort et à l'envoyer loin, très loin de l'endroit où elle était.
- « Námo ? » demanda l'ex-Seigneur des Ténèbres avec incertitude. Le sourire du maître de Mandos s'élargit.
- « Tout va bien, très cher, tout va merveilleusement bien. » Fëanáro et son ancien ennemi échangèrent un regard inquiet, se demandant visiblement si le frère de Nienna et Irmo avait (définitivement) perdu l'esprit.
Maglor hurla en voyant la jeune fille s'effondrer, le sang ruisselant de la plaie. Non, non ! Il voulut courir pour la rattraper, mais un pied faucha sa cheville et il s'écroula sur le sol. Il essaya de se relever, mais on le plaqua au sol et on lui tordit les bras dans le dos pour les attacher solidement. Quelqu'un le mit brutalement sur ses pieds et les yeux d'argent du Noldo croisèrent ceux d'un orc qui le regardait avec haine. Des renforts venaient tout juste d'arriver, les Sindar se battaient contre eux mais la bataille ne serait pas terminée avant plusieurs heures.
Les yeux de la créature flamboyèrent. Il leva le poing, une douleur fusa dans la tempe de Maglor et tout devint noir.
Makalaurë se réveilla dans une pièce sombre, étendu sur un sol de pierre. Lorsqu'il se redressa, un tintement métallique et le contact du métal froid sur sa peau l'alertèrent. Ses poignets et ses chevilles étaient entravés par de lourds fers reliés à des anneaux encastrées dans le mur par de longues chaînes. Il dut combattre la terreur et la panique qui montaient en lui, menaçant de le submerger. Il se força à respirer et se calmer.
Il tremblait toujours lorsque la porte de sa cellule s'ouvrit. Le prince Noldo ferma les yeux. Il ne chercha pas à se défendre lorsque les coups plurent. Il ne l'aurait pas pu, de toute manière.
Des heures plus tard, alors que Maglor gisait sur le sol, inconscient, les elfes parvinrent au lieu où il était détenu et le libérèrent, le ramenant avec eux.
Je me réveillai dans un lit aux draps blancs. Je tentai de me redresser et grimaçai à la sensation de la douleur. J'avais mal partout.
Un elfe me rejoignit. Il était grand et mince, vêtu de robes gris pâle brodées de motifs blancs. Ses longs cheveux ceints d'un bandeau d'argent étaient sombres comme les ombres du crépuscule, ses yeux du gris d'un soir clair, sa peau claire.
- « Comment vous sentez-vous, elleth ? me demanda-t-il avec douceur.
- Comment suis-je arrivée ici ? demandai-je sans répondre à sa question.
- Les Sindar de Thranduil vous ont amenée en ce lieu avec votre compagnon, dit-il. Je suis le seigneur Elrond d'Imladris.
- Et Makalaurë ? murmurai-je. Où est-il ? » Elrond sourit et répondit d'une voix douce :
- « Dans la chambre d'à côté, je pense. Les orcs l'ont torturé, ses blessures étaient graves. La vôtre aussi, mais Thranduil a réussi à vous sauver. D'ici quelques jours, il n'y paraîtra plus, dit-il. Je vais vous chercher à manger. » Il me quitta et revint peu de temps après avec une assiette remplie de légumes. Je le remerciai et mangeai, ne pouvant m'empêcher de songer que cette rencontre ressemblait à celle avec Maglor. Alors que j'étais sur le point de terminer, ce dernier entra dans la pièce. Sous sa tunique bleu pâle, on devinait les bandages enveloppant son torse, et son bras était en écharpe, ce qui ne l'empêchait d'arborer un faible sourire. Il s'assit près de moi, et Elrond sortit – après avoir toutefois menacé son père adoptif de le ligoter à un lit s'il faisait quoi que ce soit pouvant potentiellement rouvrir ou aggraver ses plaies, et ce jusqu'à ce qu'il soit complètement guéri. Ce qui impliquerait pour le pauvre fils de Fëanor d'être nourri à la petite cuillère.
L'image mentale me fit glousser, et Makalaurë me jeta un regard noir. Il ne semblait pas trouver la menace aussi drôle que moi, et ses yeux agacés firent redoubler mon rire.
- « Très drôle en effet » grommela-t-il. Je gloussai pendant encore un bon moment avant de réussir à me calmer.
Peu de temps après, je fis la rencontre d'Elladan et Elrohir, les fils jumeaux d'Elrond, et de leur sœur Arwen. Quand les frères étaient de grands farceurs, leur cadette était douce et calme. Je rencontrai aussi Glorfindel je crois qu'il ne m'appréciait pas beaucoup. En revanche, je m'entendais plutôt bien avec Erestor notre passion commune pour les livres nous rapprochait. De son côté, Makalaurë et Lindir étaient devenus d'excellents amis et passaient leur temps à inventer de nouveaux poèmes et chants.
Maglor reprit mes cours de combat (en plus du reste) – c'était absolument M-E-R-V-E-I-L-L-E-U-X ! Si je me commençai à me débrouiller à peu près bien avec des dagues, j'étais une catastrophe au tir à l'arc, et ne parlons pas du maniement de l'épée. Je crois que Maglor s'en arrachait les cheveux. Non, en fait, je ne crois pas, j'en suis sûre. Mais cela nous rendait tous les deux de plus en plus frustrés, et j'avais parfois envie de hurler et de tout fracasser. Et toute cette frustration accumulée finit par éclater.
Un jour, exaspérée, je finis par jeter mes dagues sur le sol.
- « Ne fais pas ça » soupira Makalaurë. Il les ramassa et me les tendit, mais je refusai de les prendre.
- « Non ! J'en ai assez, ça suffit.
- Tu abandonnes déjà ?
- Déjà ? m'énervai-je. Déjà ? Ça fait des centaines de fois que j'essaye et je n'arrive à rien !
- On n'apprend pas à se battre en une journée !
- Je sais, merci, je ne suis pas encore idiote ! Mais je n'en peux plus, ça suffit, merde à la fin ! Tu ne m'as même pas laissé le choix, j'en ai MARRE ! Alors fous-moi la paix, c'est clair ? » Folle de rage, je le bousculai et partis en courant. Je m'enfermai dans ma chambre, fermai le rideau et me jetai sur le lit, en pleurs.
Le lendemain, je retrouvai les dagues posées sur le sol. Rageuse, je les mis dans un coin de la pièce où j'étais sûre de ne plus les voir.
Maglor et moi nous évitâmes pendant plusieurs semaines, refusant de nous adresser la parole.
Eh oui, Étoilée pique sa crise… Enfin, ça arrive à tout le monde. J'espère que ça vous aura plu.
