Merci à Swan again, et à Divine Plume pour leur review :)
Il y a de cela 10 jours, sans réellement savoir pourquoi, un matin il a souri à la responsable des relations publiques de la société pour laquelle il travaille.
Elle était jolie dans son petit pull gris et il a cédé à une impulsion, celle de lui offrir un café. Certes à la machine mais il a apprécié la discussion qui s'en est suivie.
Un café à la machine ? Mais Drago tu t'encanailles ma parole. Reviendrais-tu parmi le cercle des vivants ?
La réaction de Blaise l'avait amusé. Puis fait réfléchir.
Elle est étrange cette relation qu'ils entretiennent tous les deux. Dans le regard du métis il n'y aucune zone d'ombre. Comme si les années sombres n'avaient pas eu lieu et quand il l'écoute raconter des histoires rocambolesques en provenance directe des cachots de Serpentard il se demande si la suite des événements n'a pas altéré ses souvenirs au point de lui faire oublier les éclats de rire, l'alcool caché, la sensation du vent quand il volait sur son balais et l'assurance qui courrait dans ses veines.
La vérité se trouve très certainement entre les deux. Plus proche de sa vision anxiogène que de celle innocente de Zabini mais il y a du vrai dans les deux discours.
Alors il avait décidé effectivement de revenir parmi le cercle des vivants pour reprendre l'expression. Et il s'était lancé un défi à lui-même. D'inviter Sarah à diner avec lui. Un soir. Elle avait répondu oui, bien plus vite qu'il ne l'avait espéré.
Et il lui avait souri une nouvelle fois en prenant conscience que cet état de légère euphorie avait du bon.
Cependant, là, devant la porte de son appartement il se demande si c'est bien raisonnable. Ce qu'il va bien pouvoir lui dire. Comment il va devoir se comporter. Si le restaurant va lui plaire. Il a choisi un endroit éloigné du centre de Londres. Un pub moldu où il a mangé une fois. Il s'interroge d'ailleurs si c'est un choix pertinent pour un premier rendez-vous. Il est tenté un instant de faire demi-tour mais il se retrouve à sonner sans même en avoir pris conscience. Et la porte s'ouvre.
Elle est ravissante. Naturelle. Et douce.
Voilà, c'est pour cela qu'il a franchi le pas. Parce qu'il n'y a aucune trace de jugement dans ses yeux, ni dans ses gestes. Parce que, quand elle l'écoute, il se sent bien. Et il se dit que c'est un bon début pour se lier à quelqu'un.
Tout au long du repas alors qu'elle lui parle d'elle et qu'il évite de parler de lui la sensation se confirme. Il a bien fait de sauter le pas. Le cercle des vivants est plutôt agréable, il faudra qu'il pense à le dire à Blaise.
Les gens ici ont d'ailleurs tous l'air heureux. Comme cette fille qui éclate de rire derrière lui.
Il se retourner et se fige.
C'est stupide d'ailleurs. Il devait bien se douter qu'un jour ils se recroiseraient.
10 ans sans se voir, ça tient presque du miracle.
Elle a changé. Mais pas tant que ça. Elle a toujours les mêmes cheveux, la même taille fine. Mais elle a vieilli. Muri plutôt. Elle a perdu cet air naïf et paradoxalement sûre d'elle-même.
A qui la faute à ton avis ?
La phrase qui surgit dans sa tête le foudroie. Comme le regard qu'elle lui adresse quand elle relève la tête.
De la terreur. De l'angoisse à l'état brut. Un enfant face à un monstre. Il est un monstre.
Il voudrait se lever. Lui parler. Mais pour lui dire quoi ? Pardonne moi ? Tu as raison je suis tout ça ? Un mangemort, un connard, un meurtrier… Un monstre.
Mais il en est incapable et avant d'avoir pu réagir elle a fui. Et il reste seul, face aux interrogations de Sarah. Face à une douleur sans nom.
Elle aime la main d'Alexandre posée au creux de son dos.
Elle aime le restaurant dans lequel il vient de l'emmener. Intime, loin des endroits huppés qu'ils ont parfois tendance à fréquenter.
Elle aime la gentillesse de la serveuse qui les installe et le verre de champagne posé devant elle.
Elle est bien.
La journée passée à défaire les cartons aurait pu être désastreuse. Un emménagement c'est une étape, une page qui se tourne et elle n'affectionne pas forcément les changements. Mais cet appartement lui plait, tout comme le fait qu'il y ait désormais deux noms sur la boîte à lettres.
Petit à petit la place qu'il a pris dans sa vie a grandi. Jusqu'à devenir d'un naturel réconfortant. Doux. Au point de la faire tomber amoureuse. Pas avec violence ni passion mais avec tendresse et affection. Pour beaucoup cela pourrait sembler insipide. Pour elle c'est exactement ce dont elle a besoin. Alors quand il caresse doucement sa main sur la table elle lui sourit. Un sourire franc. Net. Un de ceux qui illuminent un peu le regard au passage. Qui comble le vide. Le froid. Ginny appelle ça des "sourires Patronus". L'expression est aussi jolie que bien trouvée.
Elle se laisse porter par l'instant. Par la discussion qu'ils ont tous les deux. Par les silences parfois. Par la nourriture délicieuse. Par les anecdotes de travail de son compagnon. Il n'a pas son pareil pour raconter et la dernière en date l'a fait éclater de rire. D'un rire sonore, sans retenue. Au point qu'un homme quelques tables plus loin se retourne et que son mouvement attire son regard.
Et soudain elle se glace.
Son rire se bloque dans sa gorge et la pièce tourne. Elle a du mal à respirer. Les mains moites.
En face d'elle Alexandre la dévisage, inquiet :
Hermione ? Tout va bien ?
Non. Ça ne va pas. Rien ne va.
Ça hurle dans sa tête. Les murs explosent, les sorts fusent, le corps de Fred tombe dans un bruit assourdissant, le cri de Percy lui arrache le cœur, la terre s'éparpille sur la tombe de Dumbledore, Le serpent siffle dans la maison de Godric Hallow, et par-dessus tout ça, s'impose la voix de Bellatrix. Stridente. Et plus d'une décenie plus tard, son corps se cambre sous la violence des Endoloris
Tout cela est réel.
Tout cela a existé.
Une multitude d'émotions passe dans le regard gris presque glacé qui lui fait face. Mais elle ne cherche pas à les déchiffrer. Elle ne veut pas. Ni y lire la haine qui subsiste peut-être. Ni l'indifférence et encore moins les remords. Elle se moque de savoir si les cernes qu'elle perçoit sur sa peau diaphane sont dues à des excès festifs ou à des cauchemars récurrents.
Elle veut juste s'éloigner le plus vite possible. De lui. De ce passé qu'il incarne. De ses insultes qui la poursuivent jusqu'au plus profond des ténèbres.
Sang de Bourbe. Tu n'es qu'une sang de Bourbe. Tu es celle à cause de qui cette guerre à exister.
La voilà la triste vérité. La sienne. Cette culpabilité déplacée qui la poursuit. Si les « gens comme elle » étaient restés à « leur place » peut-être qu'alors la haine n'aurait pas pris autant d'ampleur…
Elle ne parle jamais de cela à personne. A peine si elle ose se l'avouer à elle… Mais dans les rares moments où cette pensée l'effleure elle pourrait en briser sa baguette si elle était certaine que cela apporterait une paix éternelle.
Félicitations Drago. Tu vois, toi et moi désormais nous avons un point sur lequel nous nous accordons. Je ne vaux rien. Rien du tout.
Voilà ce qu'elle devrait lui dire. Lui jeter au visage dans ce restaurant moldu où il n'a rien à faire. Hurler à s'en casser la voix avant de tourner les talons dans un geste théâtral.
Mais au lieu de cela, les mains tremblantes elle cherche de quoi payer l'addition. Elle bredouille des mots inintelligibles à Alexandre et part, la tête baissée vers le sol. Au coin d'une rue elle transplane dans la clairière qui les a protégé un temps, Ron, Harry et elle. Et là, assise à même le sol elle explose en sanglots.
