Un grand merci aux revieweuses, Sawn, Berenice et Divine Plume (si tu veux bien m'indiquer les erreurs en MP pour me permettre de les corriger je suis preneuse ) Il y aura peut être plus que 5 chapitres au final :)
Chapitre 4
Un désastre.
Il a beau chercher il n'y a pas d'autres mots pour qualifier cette soirée. Il avait voulu jouer la carte de la sérénité et de l'avancée et il avait certainement pris le plus gros revers de sa vie.
Ou du moins de la dernière décennie.
La sortie précipitée de l'ancienne Griffondor a posé comme un voile flou sur le reste du dîner. Il se souvient du regard de l'homme qui accompagnait la jeune femme, rempli de doutes, d'un brin de colère et de … jalousie ? Il avait été surpris de croiser la même chose ou presque dans les yeux de Sarah et il avait soudain compris. S'il n'avait été que simple spectateur il aurait pu en rire. Surtout quand elle avait précisé sa pensée avec un air faussement détaché qu'il avait trouvé mignon malgré le contexte.
- Une ancienne histoire qui a mal fini ?
Il avait failli répondre oui, parce que cette définition n'était pas si éloignée de la vérité. A proprement parler on ne pouvait pas évoquer le happy-end dans sa relation avec Granger ! Il avait voulu expliquer mais l'ampleur de la discussion à venir l'avait tétanisé alors il avait posé sa main sur la sienne et avait demandé d'une voix qu'il avait espéré le plus calme possible.
- Je te ramène.
Il avait réglé la note et elle l'avait suivi dehors. Les températures d'automne avaient au moins eu, elles, la gentillesse de se faire clémentes. Ils avaient marché en silence jusqu'à l'appartement de la jeune femme et avant qu'elle ne referme la porte il avait prononcé cette phrase tellement surfaite. Tellement absurde compte tenue de la situation
- Ce n'est pas du tout ce que tu crois.
Et il avait tourné les talons avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit. Et pour la première fois depuis longtemps il avait tenté de trouver une échappatoire dans une bouteille de Whisky pure feu.
Mais ça n'avait pas eu l'effet escompté et c'est épuisé et avec un mal de crâne cuisant qu'il est allé travailler ce lendemain. A l'heure habituelle elle est là, debout, en train de tremper ses lèvres dans un breuvage de toute évidence trop chaud et amer à en déduire sa grimace et il attaque sans détour.
- Tu sais qui je suis n'est-ce pas ?
Brusquement, il espère que oui. Que même si à l'époque elle n'habitait pas en Angleterre il ne va pas être obligé de refaire tout l'histoire. Mais surtout parce qu'il a besoin de savoir qu'elle a accepté son invitation malgré son passif.
- Ça c'est une drôle de question à poser à quelqu'un avec qui on a dîné tu sais ?
Elle tente l'humour et s'il ne l'avait pas vu déglutir difficilement il aurait pu croire à sa naïveté. Mais il se contente de la fixer en attendant la suite.
- Tu es Drago Malfoy. Le responsable du service anti-espionnage industriel le IV corporation, le type charmant qui a son bureau au 4e étage et qui prend son café avec bien trop de sucre que ne l'exige la taille de sa tasse.
Un nouveau silence. Il l'entend expirer l'air de ses poumons bruyamment comme si elle s'obligeait à continuer.
- Tu es aussi le fils de Lucius Malefoy, qui a séjourné 10 ans à Azkaban pour complicité avec le mage noir lors de la grande guerre qui a mis l'Angleterre à feu et à sang. Tu es un ancien mangemort comme en témoigne la marque sur ton bras.
Le bruit des pas des gens autour. Les sonneries diverses et variées. Les voix étrangères… Il se force à absorber les bruits autour pour ne pas entendre les battements violents de son cœur dans ses oreilles. Il faut qu'il aille jusqu'au bout il le sait. Il lui doit. Il se le doit. Mettre des mots sur ce qu'il vient de se passer pour le rendre normal. Pour ne pas le transformer en cauchemar de plus.
- Si tu connais l'équipe des méchants, tu as aussi entendu parlé des gentils je suppose ?
- L'ordre du Phénix c'est ça ?
- C'est ça. Et les 3 héros de l'époque ?
- Harry Potter, Ron Weasley et Hermione Granger….
Le dernier nom a été prononcé de façon hésitante. Il sent que le cheminement est en train de se faire dans son cerveau et il voit son visage passer par différentes phases.
- La fille, c'était elle ?
Il y a de l'admiration dans sa voix et il ne peut lui en vouloir. Partagé un repas avec un des membres du trio d'or, même 4 tables plus loin ce n'est pas rien. Même si on est accompagné d'un type qui l'a fait fuir.
- Notre historique n'est pas réellement amical.
C'est à son tour d'essayer de noyer la réalité dans du sarcasme. Mais le regard qui lui fait face est devenu bien plus sérieux.
- Vous n'avez jamais eu l'occasion de rediscuter de tout cela ?
- C'est la première fois que nous sommes dans la même pièce depuis que Voldemort à réduit Poudlard en cendre…
Etrange comme prononcer provoque encore des frissons de terreur dans son corps.
- Pas une seule fois en 10 ans ?
- Disons que comme tu as pu le constater elle ne cherche pas vraiment ma compagnie.
Son ton redevient froid. Protections levées. Dents serrées. N'essaie même pas de me juger à l'encre rouge dans ses pupilles.
Elle remue doucement son café, un sourire flottant légèrement sur ses lèvres. Il sent qu'elle s'apprête à repartir vers son bureau et il sait qu'il ne fera rien pour la retenir, quand soudainement elle pose sa main sur la sienne.
- Tu devrais peut-être essayer de lui parler. Histoire qu'elle puisse rencontrer Drago Malfoy, le responsable du service anti-espionnage industriel le IV corporation, le type charmant qui a son bureau au 4e étage et qui prend son café avec bien trop de sucre que ne l'exige la taille de sa tasse. Parce que c'est quelqu'un de bien.
La phrase flotte dans l'air bien longtemps après qu'elle soit partie, qu'il se soit remis au travail, qu'il soit rentré chez lui. Face au miroir de sa salle de bain, devant les stigmates de son corps tailladé de cicatrices, il se dit qu'il n'est peut-être plus l'ancien lui, mais qu'il lui faudra plusieurs vies avant d'arriver à ce statut de type bien. Et pendant un instant il regrette sa suffisance d'antan. Celle pour qui cet objectif n'aurait même jamais été envisagé… Redevenir un parfait connard juste quelques heures… pour retrouver le sommeil.
Elle ignore depuis combien d'heures elle est assise dans l'herbe à trembler comme une feuille.
Elle a perdu toute notion de temps. Elle ne sait même plus réellement pourquoi elle est là d'ailleurs. Pourquoi elle a réagi ainsi. Pourquoi elle a planté Alexandre dans ce restaurant de cette façon. Pourquoi croiser le regard de Malefoy l'a, à ce point, retourné.
Elle a pourtant eu l'impression d'avancer au cours des dernières années. De se libérer. D'enfin tourner la page… mais il faut croire que des fois les mots sont tellement sombres que leur encre coule sur les autres pages de façon irrémédiable, indélébile.
Elle s'en veut de ne pas être si forte. Elle lui en veut de l'avoir rendu si faible. Oh bien entendu il n'a pas fait cela tout seul mais il cristallise ses pires souvenirs. Il est celui dans les yeux de qui elle a vu la première fois l'ampleur de la haine.
Elle ne sursaute pas quand le bruit significatif d'un transplanage retentit derrière elle. Ni quand deux bras l'entourent. Elle pose sa tête sur l'épaule D'Harry. Il ne dit rien. Elle non plus. Même quand elle l'entend lancer son patronus surement pour rassurer Ginny. Lui dire qu'il l'a retrouvée. Qu'elle va bien. Si seulement c'était aussi simple. Soudainement le silence la met presque mal à l'aise.
De bout de ses doigts il dessine des formes simples sur son épaule, dans le même geste mécanique qu'il effectue parfois pour endormir James. Elle sait qu'il n'entamera pas la conversation. Qu'il ne lui demandera rien. Il n'est pas doué pour ça. Celle qui a toujours cru au pouvoir de la parole dans le groupe c'est elle. Alors elle se fait violence :
- Comment va Alexandre ?
- Il est inquiet. Il est arrivé en tremblant chez nous espérant que tu y serais. Je l'ai laissé avec Ginny, il n'a pas réellement compris ce qu'il t'était arrivé.
- Moi non plus à dire vrai.
Ce n'est même pas un mensonge. Tout cela est-elle tellement absurde. Mais une question la taraude.
- Comment tu as su ?
- Que je te trouverais là ? Peut-être parce que c'est ici que je me réfugie aussi quand tout vacille…
Pour la première fois depuis son arrivée elle se décale pour le regarder. Et il accroche ses yeux comme s'il voulait faire passer un message.
- Généralement le premier qui meurt dans mes cauchemars c'est James. Ou plutôt c'est le premier que je découvre. Gin' vient généralement ensuite très vite dans le décor avec Albus dans les bras. Et la marque flotte au-dessus de la maison. Tu as aussi le scénario où c'est toi et Ron que je retrouve sans vie dans les couloirs du ministère. Celui où le jardin est encerclé de mangemorts, celui ou Bellatrix rit en m'énumérant la liste des gens mort par ma faute… J'ai peur Hermione en permanence. Les gens que j'aime ont une fâcheuse tendance à disparaitre. Même si j'essaie de me convaincre du contraire, de persuader surtout les autres, je vis avec l'angoisse permanente que tout dérape de nouveau… Alors quand je n'arrive plus à donner le change, je viens ici. Et je recharge mes batteries. Parce que cet endroit, c'est la preuve que même dans les pires situations on peut s'en sortir. C'est ce qu'on a fait à l'époque. Et si nous sommes trop faibles pour ça, il existera d'autres héros pour prendre notre place. Et aucun blond platine au regard fou et à la peau translucide ne doit te faire douter.
Il a souri sur la dernière phrase et elle ne peut s'empêcher de le suivre.
- C'est comme ça qu'Alexandre l'a décrit ?
Mot pour mot. Tu me diras ça a au moins eu le mérite de nous faire percuter qui était le responsable de ta fuite.
- Je ne comprends pas tu sais. Des anciens serpentards, des ex mangemorts répentis ou pas, j'en croise régulièrement. Ça me perturbe à chaque fois mais jamais ce point-là.
- C'est la première fois que tu le revois Hermione, c'était obligé que cela te remue.
- Ca ne m'a pas remué harry. Ca m'a… anéanti. Comme si on me passait devant les yeux le résumé en accéléré des pires moments que nous avons vécu.
Il la cale de nouveau contre lui, et reprend les dessins sur sa peau.
- Tu n'as jamais envisagé de lui parler ?
Crispation de chacun de ses muscles. Son cœur s'emballe bien trop vite. Discuter avec lui. Le revoir. Echanger. Elle en est incapable…
- Je ne veux pas de ses excuses.
- Il ne t'en fournira certainement pas. On parle de Drago là. La fierté, le mépris de ces concitoyens c'est son essence même.
- Alors quel intérêt ?
- Te rassurer. Même s'il n'implore pas ton pardon ça ne veut pas dire qu'il ne regrette pas. Et par conséquent il arrêtera de représenter un danger potentiel dans ton cerveau. Et puis tu as peut-être besoin de vider ton sac, de lui cracher ta haine au visage. De rendre justice à la Hermione adolescente qui ne méritait pas d'être le souffre-douleur d'un petit con rempli de haine.
- Je ne suis pas certaine que ça me fasse du bien.
- En tout cas si tu en ressens l'envie, sache que si tu vas trop loin je maquillerai cela en accident du ministère.
Pour la deuxième fois elle lui sourit et elle sent la pierre qui lui broie le cœur depuis la scène du restaurant se déplacer de quelques centimètres.
Un nouveau « pop » brise une nouvelle fois la quiétude du lieu. Les cheveux en bataille, avec la tête de celui qui vient de se réveiller, Ron atterri devant eux. Et sans préambule il assène :
- Patenrond aurait dû le manger le jour où Maugrey l'a transformé en fouine… Le monde aurait été bien plus beau
Elle sent le corps d'Harry se retenir de rire et l'air recircule de nouveau normalement dans son corps tandis que Ron lui prend la main. Elle n'est pas seule. Elle n'est pas en danger. Ils sont là tous les 3. Envers et contre tous.
Et le silence se réinstalle. Serein cette fois.
