Les poings serrés et le regard glacé.
Scorpius fait face à son père, la colère flambant dans ses yeux.
4 ans et déjà un caractère bien trempé.
Les chiens ne font pas des chats très cher ! s'amuse Blaise en observant le père et le fils se faire face.
Pourtant à côté de lui l'instant n'est pas à la rigolade. Et aucun des deux Malefoy ne semble vouloir céder.
Le plus jeune parce que le désir est trop grand.
L'aîné parce qu'il est l'aîné tout simplement.
Parce qu'il a peur aussi. Il aimerait pouvoir mettre son fils dans du coton. Le protéger de tout. De tout le monde. De son passé à lui, des non-dits, de la noirceur du monde et des vols en balais.
Prendre autant de hauteur si jeune ce n'est absolument raisonnable.
Voilà pourquoi malgré le regard furibond de son fils il ne lâchera rien.
Après tout c'est son rôle de père. Encore que… il n'en est pas très sure. Des fois il se demande si à trop prendre le contre-pied du sien, de père, il ne commet pas d'impair. On l'a élevé dans une idée de performance, d'excellence. Ne jamais avoir peur. Dépasser ses limites. Ne montrer aucune faiblesse.
C'est tellement inscrit dans son ADN qu'il doit lutter en permanence pour ne pas se comporter ainsi avec les siens. Quitte à trop en faire.
Alors il essaie de trouver un juste milieu. D'inscrire le mot « compromis » dans son logiciel.
- 5 ans. Quand tu auras 5 ans Scorpius je t'emmènerai voler. On t'achètera même un balai si tu veux. Dans un an.
L'enfant semble peser le pour et le contre. C'est long un an. Mais il a une date désormais. Même si à son âge la notion de durée n'est pas réellement concrète, il sent que son père fait un effort. Alors il relâche aussi la pression. Et il adoucit ses yeux.
- Et à 4 ans on peut manger une glace ?
- Cet enfant est officiellement un serpentard rigole à nouveau Zabini.
Le geste que lui adresse Drago dans son dos est tout sauf poli mais il s'en fiche. C'est fatiguant d'essayer d'être en permanence parfait. Des fois il a besoin de laisser s'exprimer son envie d'envoyer balader le monde entier. Même si ce n'est que 10 secondes en étant grossier avec Blaise.
Scorpius n'a rien vu. Hortense sa filleule si. Elle pousse un cri d'exclamation que son père étouffe.
- Je vais prendre pomme. C'est le meilleur des parfums. Continue Scorpius bien loin des discussions des plus grands.
- Moi je préfère citron. Réplique une petite voix à côté de lui.
Dans le sourire de la petite fille brille une gourmandise anticipée qui se reflète jusque dans ses yeux. Elle doit avoir le même âge que son fils. Et avant qu'il n'ait réussi à trouver à qui lui fait penser ce visage parsemé de tâches de rousseur, une voix le fige sur place. Et même si elle se veut assurée il sent le tremblement.
- - Drago, Blaise. Bonjour.
Et tandis qu'il répond à son tour un « Hermione » qu'il tente de rendre amical il se demande comment ils vont pouvoir rendre leur départ rapide et naturel.
Devant eux les enfants rient, pour une raison qui lui échappe et tandis qu'il croise son regard il se dit qu'au final aller voler aurait été moins dangereux.
Le rire de sa fille.
Elle pourrait s'y perdre. Généralement ça commence doucement et puis ça crépite et ça pétille. Cet enfant est la joie de vivre incarnée. Avec elle tout semble léger. Des fois quand elle la regarde elle se dit que ça doit être sa récompense. Pour toutes ses années de bons et loyaux services. Pour se faire pardonner son adolescence en vrac et ses cauchemars réels, l'univers lui a donné Rose.
« Elle ne tient pas debout ta théorie ! C'est moi qui suis censé avoir le plus souffert je te rappelle ! Et pourtant j'ai eu James ! ».
Elle adore quand Harry râle. Quand il essaie de se plaindre de sa vie alors qu'elle voit bien qu'il est heureux et plus encore. Mais il faut dire que son ainé a le caractère volcanique de sa mère et le non-respect des règles de son père. Mélange détonnant ! La rentrée à Poudlard n'a fait que confirmer les inquiétudes et si les notes sont bonnes, la probabilité qu'il soit un jour préfet s'éloigne de jour en jour.
Et pourtant… malgré les faux soupirs d'Harry elle sait qu'il aime l'insouciance de son fils et elle le soupçonne même de lui avoir légué sa cape d'invisibilité.
Rose adore James. Parce qu'il la fait tourner dans ses bras. Parce que lui aussi a un rire contagieux. Parce qu'il raconte toujours des histoires rocambolesques. Quand elle parle de lui, elle le nomme son « grand cousin ». Des fois, Hermione sent encore un léger pincement au cœur quand elle se dit que si entre elle et Ron cela avait fonctionné alors la filiation aurait été réelle. Et puis elle croise le regard d'Alexandre et elle se dit que les choses sont parfaites ainsi.
Parfaites… comme le rire de sa fille qui rebondit sur les murs du chemin de Traverse. Elle a fini plus tôt et promis une glace. La chaleur du soleil et le bleu du ciel rajoutent de la douceur à cet après-midi volé. Alors elle décide de lui prendre la main et de courir avec elle. Comme si elle avait de nouveau 4 ans elle aussi. Elle laisse quand même l'enfant gagner la course jusqu'au marchand de glaces. Parce que c'est aussi ça son rôle de mère. Lui permettre de croire qu'elle est la meilleure. Voir étinceler ses yeux. Les grands yeux clairs de son père, si différents des siens et pourtant dans lesquels elle se retrouve parfois.
- Moi je préfère citron !
Alors qu'elle s'apprête à répondre qu'elle sait, elle se rend compte que ce n'est pas à elle que s'adresse sa fille. Mais à un petit garçon qui doit avoir son âge. Un enfant aux yeux très clairs et aux cheveux blonds. Sur l'épaule duquel repose une main…
Elle sent son cœur rater un battement dans sa poitrine mais contrairement à des années en arrière elle s'empêche de fuir. Elle repousse loin, très loin toutes les images qui tentent de s'imposer à elle. Elle pose sa voix et énonce
- - Drago, Blaise. Bonjour.
Les tonalités de celle de Drago ne sont plus aussi assurées que dans son souvenir. Et elle voit toute une flopée d'émotions quand son regard croise le sien.
Alors elle se raccroche au rire de Rose qui chahute pour ne pas sombrer.
