Mille et une
Mille et deux excuses pour le délai !
Il a hésité à venir.
Clairement. Seule l'idée de prolonger un peu sa présence auprès de son fils a su vaincre ses hésitations. Se retrouver sur ce quai fait remonter bien trop de souvenirs à son goût. Et bizarrement les bons s'obstinent à faire de la résistance. Pourtant il est certain que si, il se concentre, il arrivera à se rappeler de ses éclats de rire qu'il a partagé avec Blaise. De quelques blagues qu'il a faites avec Goyle. Ou encore de discussions avec Pansy. Le problème c'est qu'il a toujours ce sentiment que ce n'était jamais gratuit. Qu'aucun de ses actes n'étaient innocents. Qu'ils avaient tous pour objectif de blesser, d'humilier. De faire prévaloir sa suprématie Malfoyenne.
A côté de lui Scorpius ne semble pas rassuré et il ne sait pas quoi lui dire pour enlever l'anxiété qui l'étreint. C'est toujours dans ces moments-là qu'il se dit que si, il était resté fidèle aux principes de son père tout serait plus simple. Il se tiendrait là, la tête haute et peu importe le regard des autres il ne flancherait pas. Là, il doit puiser dans une énergie qu'il n'a pas, pour faire fi des chuchotements qui bruissent sur son passage.
- Salut champion !
Hortense vient de surgir avec cet enthousiasme qui est un peu sa marque de fabrique et elle parvient à faire avec son fils ce qu'elle a réussi avec lui des années auparavant. Le faire sourire. Cette môme a un don et il bénit Merlin de savoir qu'elle va veiller sur son fils, au moins pendant un an. Le temps qu'il prenne ses marques, le temps qu'il se fasse des amis.
- - Tout va bien se passer.
La voix de Blaise fait écho à la main de Sarah qui serre la sienne. Et il aimerait tellement les croire. Et soudain le visage de sa filleule s'illumine tandis que celui de son ami se ferme. Et il la regarde s'élancer dans les bras d'un jeune homme qui le projette des années en arrière. Potter a gravé sa génétique dans chaque trait de son fils. Du sourire, à la posture en passant par les cheveux en bataille. Cet enfant, qui vu comme il enlace son amoureuse, n'en est vraisemblablement plus un, est la copie conforme de son père et il ne sait pas quelle attitude adoptée quand, il se dirige vers lui, la main tendue.
- - Bonjour monsieur Malfoy, je suis James Potter.
Il voudrait lui dire qu'il avait deviné et que pour leur bien être à tous il devrait éviter de se montrer aussi cordial avec lui, mais il est à court de pensées logiques. Alors il bafouille un
- - Enchanté.
Et avant qu'il ne trouve autre chose à ajouter il entend l'aîné de son ancien ennemi, s'adresser à son fils :
- - Et toi tu es Scorpius c'est ça ? Hortense m'a beaucoup parlé de toi. Tu vas voir, Poudlard est encore mieux que tout ce que l'on a pu te raconter. Tu as une idée de ta future maison ?
Scorpius pâlit. C'est certainement la source la plus grande de son stress. Alors il murmure d'une petite voix, espérant clore cette conversation
- - Aucune.
Mais l'autre ne semble pas décidé à se taire. Aussi borné que son père, susurre l'ancien Drago dans sa tête.
- - Chouette. Comme ça tu laisseras le choixpeau décider. Et puis franchement, je serai bien tenté de te dire que les Griffondors sont les meilleurs mais ma serpentarde de petite amie risque de mal le prendre. Niveau Poufsouffle, j'ai deux cousins là bas. Et même combat chez les Serdaigle. Surtout que je suis prêt à parier que Rose, la petite brune là-bas, y sera repartie ce qui montra le nombre à 3. Bref dans tous les cas, tu ne seras pas tout seul. Et tu verras chaque maison à clairement ses avantages.
Le discours le rendrai muet si tenté qu'il ai été loquace depuis le début de la journée. A quel moment, l'intégration de son fils c'est trouvé lié à la présence des Potter-Weasley ? Pourtant le regard de son fils vers lui le pousse à acquiescer.
- - Tu vois. C'est exactement ce que je t'ai dit. Peu importe ta maison Scorp', tu y seras bien car elle te correspondra.
- - Enfin évite quand même Griffondor ajoute Blaise avec un sourire sarcastique qui enlève quelques couleurs au visage de James.
- - Papa ! S'insurge Hortense. Tu avais dit que tu serai gentil.
- - Mais je suis gentil Hortense. La preuve, je n'ai pas encore menacé ton petit ami, de lui couper la main s'il ne l'enlève pas immédiatement de la tienne.
- - Avise-toi de toucher à mon fils Zabini et je t'émascule d'un coup de baguette bien placé.
- - Maman ! grommelle James.
Drago tourne son regard vers la nouvelle arrivée. Il a toujours admiré autant que méprisé la fougue de la dernière du clan Weasley. Aujourd'hui sa répartie l'amuse. Parce qu'il faut un certain courage pour affronter Blaise, surtout quand celui-ci est en mode « père protecteur ». Mais de toute évidence, cela ne semble pas impressionner la femme de Potter. Pour autant, elle s'adoucit sous l'invective de son fils et c'est avec un sourire doux qu'elle s'adresse à sa filleule
- - Bonjour Hortense. Tu vas bien ? James m'a dit que tu étais capitaine de l'équipe de Quidditch cette année ? Félicitations.
- - Merci madame.
De mémoire, il n'a jamais entendu ses inflexions timides dans la bouche d'Hortense et il serait presque tenter de se moquer, si le regard de Sarah ne s'était pas posé sur lui avec fermeté le dissuadant d'émettre le moindre commentaire.
- - Quoi qu'il arrive, ne laisse pas mon fils te détourner de ton objectif ! La victoire est ce qui compte le plus.
- - Maman ! Elle joue contre nous !
- - Contre nous ? Tu ne joues pas au Quidditch mon cœur. Maintenant si tu veux bien venir avec moi, j'ai été envoyée en émissaire pour te ramener. Le train ne va pas tarder à démarrer et il est hors de question que tu échappes aux embrassades déchirantes de chaque rentrée… Hortense je te souhaite une belle année. Blaise, Drago, madame Malefoy, une belle journée à vous.
Et d'un pas léger elle s'éloigne en emmenant son fils dans sillage. Drago ne peut ignorer le regard admiratif d'Hortense sur elle.
- - Je crois que je viens de trouver mon idole.
La voix de Sarah part dans un rire auquel il ne peut que répondre. Et encore une fois il se demande à quoi aurait ressemblé ses amitiés sans la tonne de préjugés qu'il portait en étendard à l'époque. Mais ses pensées sont vite interrompues par le sifflement du train qui s'apprête à partir. Alors il se penche une dernière fois vers son fils.
- - Sois toi Scorp' et tout ira pour le mieux. Avec maman nous sommes fiers de toi.
Et même si depuis leur arrivée il s'est exhorté à ne pas regarder dans sa direction, son regard croise celui de Granger qui enlace sa fille pour la dernière fois avant de longs mois. Et malgré lui, il lui adresse un léger sourire.
….
Pour rien au monde elle n'aurait laissé sa place ce matin.
Pourtant en règle générale c'est exactement le genre de situation qu'elle fuit. Parce qu'elle sait que les regards vont être tournés vers eux. Vers elle. Et qu'elle n'a jamais réussi à s'habituer à cette notoriété qu'elle juge presque indécente. Aucun d'eux n'a souhaité cela. A choisir elle aurait préféré rester dans l'ombre, ne pas avoir à chercher les horcruxes… alors à chaque fois qu'on la félicite elle a envie de fuir. Mais aujourd'hui peu importe. Elle est là pour Rose. Pour la rentrée de Rose. Pour la rentrée de Rose à Poudlard. Elle en aurait pleuré quand le hibou a déposé la lettre. Pas qu'elle ai douté vu les prédispositions de Rose à faire de la magie, mais parce que cela a fait remonter tout un tas de souvenirs heureux. Même si les débuts ont été houleux, même si après tout a dérapé, ses années Poudlard figurent parmi ses meilleurs souvenirs. Principalement parce qu'ils sont liés à Harry et Ron. Ses meilleurs amis. Ses premiers amis. Ceux qui ont transformé Hermione Granger la solitaire en membre intégrant un groupe. Et quel groupe.
Sa fille a côté d'elle est sereine. Presque trop. Rien ne semble jamais entacher sa bonne humeur. Ce trait de caractère déjà significatif quand elle était petite c'est renforcé avec l'âge. Rose aime la vie. Les gens. Les livres. Rose aime tout simplement et avec un naturel qui facilite tout. Et puis surtout elle sait qu'elle ne sera pas seule. Que peu importe sa maison il y aura forcément un Weasley ou un Potter avec elle. Et ça suffit à les rassurer, toutes les deux.
Pourtant en voyant la petite Zabini sauter dans les bras de James, elle sent son ventre se nouer. Parce qu'à côté il y a Malefoy, mais surtout il y a son fils.
- - Il parait qu'il est mignon comme tout cet enfant, tu sais ?
Elle essaie de prendre un visage neutre. Comme si elle ignorait à qui Harry faisait référence.
- - Tu peux préciser ? Cette gare est remplie d'enfants.
- - Tu es une piètre menteuse Hermione Granger.
Elle est presque tentée de lui tirer la langue, mais la présence de sa fille l'en dissuade. Alors elle lève les yeux au ciel, par mécanisme.
- -Et on peut savoir d'où tu tiens tes sources ? Tu as fait une enquête sur eux ?
Et soudain l'idée lui parait plausible, et elle fusille son ami de toujours de ses grands yeux sombres
- - Harry Potter ! Tout auror que tu es tu n'as pas le droit de
- - Eh ! Calme, calme, la justicière. Je n'ai pas fait d'enquête sur la famille Malfoy. Je le tiens de James. Qui le tient d'Hortense.
- -Et explique-moi pourquoi nous devrions accorder du crédit à cette demoiselle, qui aussi gentille qu'elle paraisse, est tout de même une Zabini. Rétorque Ron, qui grince toujours des dents quand on évoque l'idylle qui perdure entre son neveu et la jeune fille.
- -Parce que James lui fait confiance ?
- - James est amoureux mon vieux… il est pas du tout objectif.
Et soudain elle réalise que les joues de Harry ont viré au rouge, et que sa dernière phrase a été balbutiante. Et Ginny a ses côtés semble avoir fait le même constat qu'elle. Et sa voix se fait menaçante.
- - Harry ? ne me dis pas que tu as fait une enquête sur Hortense et sa famille ? Parce que tu as conscience que c'est 1) interdit, 2) un manque de respect envers ton fils.
- - Je ne te le dis pas alors…
- - HARRY !
Elles ont crié en même temps et Harry a la bonne idée de paraître confus, tandis que Ron rigole en lui tapotant l'épaule
- - Officiellement je suis de tout cœur avec ma sœur et Hermione. Mais en vrai, mon pote je te soutiens à 100%
L'arrivée de Georges et Angelina détourne l'attention et Ginny en profite pour aller récupérer son fils et surtout, la soupçonne-t-elle, pour marquer son soutien à Hortense. Hermione sait qu'elle apprécie la jeune fille parce qu'elle se reconnait en elle. Dans ce tempérament tout feu, tout flamme. Et que la nomination de l'amoureuse de son fils au poste de Capitaine, certes de l'équipe de Serpentard, est un plus non négligeable.
Quand le sifflement du train retentit, elle cherche Rose des yeux et l'enlève des bras de James qui la tient contre lui, prêt à la protéger contre la terre entière et elle se persuade que tout se passera bien.
Elle se perd dans une dernière étreinte, retenant ses larmes qui menacent de couler. Trois mois avant les vacances de Noel… une éternité. Et tandis qu'elle relève la tête elle croise le regard de Drago qui s'accroche au sien quelques secondes à peine. Assez cependant pour qu'il lui accorde un sourire infime, qu'elle lui rend, maladroitement.
