Le lendemain matin, alors qu'elle commençait sa journée en allant voir Cassian, elle eut la surprise de trouver son lit vide.

- J'ai un peu négocié, l'entendit-elle derrière son dos.

Elle se retourna. Il était derrière elle, en fauteuil roulant, flanqué d'un droïde médical. Il revenait sans doute d'une immersion en cuve bacta, car ses cheveux étaient mouillés. Il lui adressait un sourire en coin qu'elle lui retourna.

- Alors toi non plus tu ne supportes plus ces murs ?

- Tu serais mal venue de me jeter la pierre. Mais j'ai pour consigne de me ménager. Surtout mon dos et ma hanche.

- Les côtes et la clavicule ?

- De ce côté-là, ça va. C'est presque ressoudé, grâce au bacta. Mais les vertèbres et la hanche, c'est plus long semble-t-il.

Elle hocha la tête, se demandant dans quelle mesure les blessures de Cassian le faisaient encore souffrir. Il n'en laisserait de toute façon rien transparaître.

- Tu as trouvé facilement ma cabine ?

- Oui, pas de soucis. Merci de me l'avoir laissée, c'était beaucoup mieux qu'ici. Et je conçois que tu aies besoin de prendre l'air.

- Ils ont décidé de me sortir de cette espèce de sas et de me mettre dans l'infirmerie classique.

- C'est encourageant, tu te remets vite.

- Tu en doutais ? la taquina-t-il.

Elle ne répondit pas, souhaitant conserver cette atmosphère légère. Mais si elle avait été honnête, elle aurait dit qu'en avait douté, à partir du moment où elle s'était réveillée dans le vaisseau pour le trouver inconscient et, avait-elle pensé, avec un pied dans la tombe.

Ils prirent ensemble le chemin de la cantine, où ils retrouvèrent Bodhi, ravi de constater que Cassian avait été autorisé à sortir de son lit. Jyn fut étonnée de constater que bien peu de gens semblèrent accorder de l'attention à Cassian. Nombreux lui adressèrent un signe de tête amical, mais personne ne vint le voir, prendre de ses nouvelles, ou lui adresser la parole. Elle qui s'était imaginé qu'il entretenait des liens d'amitié avec d'autres membres de l'Alliance Rebelle, elle se rendait compte à quel point sa fonction d'espion et le mode de vie qui allait avec avaient pris le pas sur tout le reste. Ni amis, ni ennemis, il n'était qu'une ombre parmi les autres, se fondant dans l'anonymat et la solitude. Pas étonnant que K2 ait eu autant d'importance pour lui.

- Il faudra que j'aille voir le général Draven. Je suis étonné qu'il ne m'ait pas demandé plus tôt.

- Il est venu voir comment tu te portais pendant que tu étais inconscient, et a dû estimer que tu ne serais pas opérationnel d'ici un moment, fit Jyn.

- Et bien maintenant il est temps que j'aille rendre des comptes.

- Tu vas te faire passer un savon, hein ? demanda Bodhi, inquiet.

Cassian réfléchit un peu avant de répondre.

- Pour la forme, sans doute. Mais je connais assez le général pour savoir que la décision du conseil l'avait frustré et qu'il jugeait qu'il fallait lancer cette mission. Et une fois l'opération enclenchée, personne n'a hésité bien longtemps pour nous envoyer des chasseurs en soutient. Je ne pense pas que mon poste soit menacé si c'est ce que tu veux savoir.

- Ah, tant mieux alors.

- J'ai du mal à imaginer Draven si indulgent, fit Jyn, sceptique.

- Quand il m'envoie quelque part, c'est aussi parce qu'il a confiance en ma capacité à prendre des décisions et des initiatives. C'est ce qu'on attend de moi quotidiennement depuis plus de 10 ans. Le général est peut-être abrupt, mais il est droit dans ses bottes, et il ne va pas me le reprocher maintenant. Mais il sera sans doute obligé de me sanctionner quand même pour insubordination.

- C'est stupide, jugea Jyn en colère. Tout le monde sait que tu as fait ce qu'il fallait, mais on va te le reprocher pour sauver les apparences ?

- On reproche à l'Empire d'être arbitraire. Il nous faut des règles qui soient les mêmes pour tous, et, si on choisit de les transgresser, être prêt à en assumer les conséquences.

Jyn fronça les sourcils, peu convaincue, mais préféra se taire. La notion de règlement était quelque chose de très flou chez elle, mis à part le fait que le concept même la hérissait. Les règles qu'elle avait suivies dans sa vie, c'étaient celles dictées par la survie, celle dont la sanction était immédiate et se payait chèrement. Des règles apprises à la dure, mais qui lui avaient permis d'être là aujourd'hui. Mais elle n'avait jamais autorisé qui que ce soit à lui imposer des règlements qu'elle jugeait arbitraires. Cassian, lui, restait un soldat, et les consignes faisaient partie de son quotidien depuis longtemps, même s'il était capable le cas échéant de choisir de les transgresser. Il croyait en cet idéal porté par l'Alliance et était prêt à avaler ce qui lui déplaisait tant qu'il pensait que le but final était plus grand et plus important.

Bodhi réorienta la conversation vers un sujet plus consensuel en posant quelques questions à Cassian sur le fonctionnement de la base de Yavin. Avec les autres pilotes, il suivait le mouvement, mais il ne se sentait pas toujours assez à l'aise pour demander des explications à chaque fois que quelque chose le perturbait.

- Les pilotes ont des données de fichiers de procédures, expliquait Cassian. Tu dois pouvoir t'en faire fournir une copie. Par contre, tu ne dois pas les emmener avec toi en mission, ni les charger dans l'ordinateur de bord de ton appareil, pour éviter qu'ils tombent entre les mains de l'Empire. C'est une sorte de manuel à consulter le temps de te familiariser avec la façon de faire ici.

- Quelle organisation, fit Jyn, ironique.

- C'est assez récent en fait, répondit Cassian choisissant d'ignorer le sarcasme. La Rébellion commence à prendre de l'ampleur, et, plus nombreux nous sommes, plus nous avons besoin de structurer les choses. Nous n'avons pas de temps à perdre à former longuement les gens, il faut qu'ils soient opérationnels le plus vite possible, alors des outils ont été mis en place pour cela.

- Bien, je vais voir si je peux m'en procurer un.

- Et, bien sûr, le plus simple, ce serait de te trouver une sorte de parrain… ou de marraine.

Bodhi fixa Cassian un moment, perplexe. Il n'était pas entièrement sûr qu'il y ait eu un sous-entendu dans ses propos, et pourtant, il en avait l'impression. Mais comment ce diable de type pouvait-il être au courant qu'il s'était beaucoup rapproché de la jolie Tyma ces derniers jours ? Il avait été inconscient les trois-quarts du temps et, et bloqué à l'infirmerie quand il était éveillé. Jyn les regardait tous les deux, perplexe. Cassian s'intéressait à son assiette, l'air le plus décontracté du monde.

- Oui, finit par dire le pilote, je vais tâcher de faire comme ça.


Le trio s'était séparé après le déjeuner, Bodhi se dirigeant vers le hangar des X-wings, et Jyn et Cassian s'acheminant vers la salle du commandement. Cassian n'aimait pas du tout se déplacer en fauteuil roulant, mais sa simple tentative de se lever seul lui avait montré les limites de ses forces actuelles de façon impitoyable. Se tenir debout était une torture, alors le reste… Il faisait donc cette concession afin d'être en mesure de sortir de cette fichue infirmerie où il allait devenir fou. De toute façon, ce n'était une nouveauté pour personne là-bas : le capitaine Andor n'était pas un patient paisible. Dans la mesure où Jyn l'accompagnait, il avait même eu l'autorisation de se passer de droïde médical, à condition qu'il se ménage et qu'il se présente à 1100 précise pour son check up. Il tentait donc de se faire une raison, et de ne pas être de trop mauvaise humeur dans ce foutu fauteuil, mais bon sang, il détestait ça.

Leur arrivée dans la salle de commandement passa inaperçue tant tout le monde était sur les dents là-dedans. Cette atmosphère le galvanisa, il se retrouvait naturellement dans son élément. Il avisa le général Draven, et se plaça derrière lui avant d'attirer son attention d'un toussotement. Le général se retourna, l'air renfrogné. La stupeur remplaça cette expression en reconnaissant son officier.

- Capitaine Andor ! Je n'espérais pas vous voir sortir de l'infirmerie avant encore plusieurs jours.

- J'ai pour consigne de me ménager général.

- Alors faites-le. Je vous veux opérationnel dès que possible. Mais c'est une bonne chose que vous soyez là.

- Je pensais que vous voudriez que je vous fasse mon rapport au plus vite, répondit Cassian prudemment.

Le général haussa les épaules en soupirant.

- Ça n'a rien d'urgent, nous avons eu toutes les informations nécessaires par Erso.

Il adressa un léger signe de tête à Jyn pour la saluer en la mentionnant, puis reprit.

- De toute façon, vous n'étiez pas réellement en mission, n'est-ce pas ? Vous savez que nous devrons parler de votre insubordination en temps voulu, mais ce n'est franchement pas la priorité pour le moment. Vous avez été tenu informé des récents événements j'imagine ?

- Jusqu'à hier soir. Il y a du nouveau ?

- Commençons par les mauvaises nouvelles.

Le général soupira et passe une main sur le visage, toute sa lassitude exprimée dans ce geste. L'anxiété tomba sur Cassian comme une masse de plomb à la vue du général dans cet état. Quelque chose de terrible était arrivé. Jyn le sentit aussi, car elle se rapprocha de lui et posa la main sur son épaule.

- Nous venons à peine d'en être informés et l'information n'a pas eu le temps d'être divulguée dans la base. La planète Aldéran a… disparue.

- Non… murmura Cassian, choqué.

- L'étoile de la mort… croassa Jyn en plantant ses doigts dans l'épaule de Cassian sans y penser.

Ils échangèrent un regard, horrifié.

- C 'est l'explication la plus probable en effet, soupira le général. Il ne reste plus qu'un champs d'astéroïdes aux coordonnées qui étaient celles d'Aldéran il y a encore quelques heures. Aucun témoignage ou communiqué ne permet de le confirmer, mais ne soyons pas stupides, quelle autre puissance de feu pourrait faire ça ?

- Toute la planète… pulvérisée… murmura Jyn d'une voix tremblante.

- Cette fois, c'était un tir à pleine puissance, pas comme sur Jeddha ou… Scarif.

Le général hocha la tête à ce commentaire de Cassian. Il laissa eux deux jeunes gens le temps de digérer un peu la nouvelle. Eux, avaient vu et vécu la terrible force de destruction de l'arme impériale, et par deux fois. Personne d'autre que ces survivants n'avaient une idée plus précise de ce que cela signifiait.

Cassian leva la main pour la poser sur celle de Jyn, toujours crispée sur son épaule. La jeune femme sursauta et desserra son emprise, réalisant qu'elle était probablement en train de lui faire mal. Elle baissa les yeux et plongea dans son regard, partageant la même angoisse, la même vision de ce ciel lumineux qui s'embrasait tout autour d'eux pendant que l'écorce même de la terre se soulevait. Ce moment où ils s'étaient vu mourir tous les deux.

Mais eux avaient survécu. Ce n'était pas le cas de la population d'une planète entière, alors qu'ils s'étaient battus jusqu'au bout pour pouvoir l'éviter. Cassian avait un goût de cendre dans la bouche quand il releva le regard vers le général.

- Aldéran est la planète natale de la princesse Leia.

- Ce n'est sans doute pas un hasard, confirma le général Draven. On ne peut bien sûr présumer de rien, mais de là à penser qu'il s'agisse de représailles vis-à-vis d'elle, ou d'une tentative d'intimidation, il n'y a qu'un pas.

- Que nous ne pouvons pas nous permettre de franchir, mais qui laisserait à penser que la princesse est vivante et que l'Empire ne parvient pas à obtenir quelque chose d'elle.

- Voilà où nous en sommes sur ce point. La sénatrice Mon Mothma s'apprête à faire une annonce officielle pour prévenir toute la base. Elle est en train d'essayer de rédiger le message.

- Bodhi… murmura Jyn. On ne peut pas le laisser seul pour apprendre la nouvelle. Je vais aller le retrouver.

- Un petit instant Erso. Il y a une dernière information qui nous est parvenue. Compte tenu de vos… accointances, vous aurez peut-être quelques éléments pour nous éclairer.

- C'est-à-dire ?

- Le vaisseau qui a fui Tatooine a été identifié. C'est un vaisseau de contrebandier du nom de Faucon Millenium.

Jyn s'étrangla. Elle dévisagea le général, les yeux écarquillés.

- Vous en êtes sûr ? Oui, évidemment, poursuivit-elle, le Faucon est tellement… caractéristique. Aucun moyen de le confondre.

- Vous le connaissez alors.

- Oui, enfin, comme ça en passant. Et Han Solo surtout.

- C'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? demanda Cassian.

- Ça peut être une excellente nouvelle comme une catastrophe s'il est mêlé à ça. Ce type est capable du meilleur comme du pire. C'est un imbécile, mais il est doué. Et il est arrogant au-delà de tout entendement.

- Et vénal j'imagine ? s'enquit Draven.

- Évidemment.

- En quoi est-ce un imbécile ? demanda Cassian.

- Il est du genre à tirer d'abord et à réfléchir après. Et, dans le doute, il tire aussi.

- Un subtil quoi, murmura Cassian en faisant une grimace.

- Exactement ce dont nous avions besoin… grommela Draven.

Un mouvement attira leur attention dans le fond de la salle. La sénatrice Mon Mothma avait fait son apparition. L'air grave, elle s'approcha du panneau de commandement où un assistant commença à pianoter.

- Elle va faire son annonce.

- Jyn, va retrouver Bodhi, dit Cassian.

Elle baissa les yeux vers lui, indécise. Il lui rendit son regard, direct et sûr de lui. Il pressa légèrement sa main, toujours sur son épaule.

- File, ne le laisse pas affronter ça seul.

Elle acquiesça et détala.

Il lui fallut quelques minutes pour gagner le hangar des X-wing, et, pendant ce temps, l'annonce de la sénatrice résonnait dans les hauts-parleurs de la base. Le temps était comme suspendu, chacun avait interrompu son activité et restait là, frappé de stupeur, écoutant le message de Mon Mothma avec la même expression d'horreur sur le visage. Jyn parvint au hangar au moment où le message touchait à sa fin. Elle avisa Bodhi, près d'un groupe de pilotes. Tous étaient silencieux, sinistres. Elle l'entendant arriver, ils tournèrent la tête vers elle. Elle ne vit que Bodhi, pâle comme un linge, les yeux exorbités. Il tremblait. Elle n'était pas sûre qu'il l'avait vue, tant il semblait choqué. Elle se planta devant lui, les mains sur ses épaules.

Bodhi.

Son regard se fixa sur elle, et elle vit ses yeux s'emplir de larmes.

- Jyn… murmura-t-il. L'étoile de la mort… Cette fois… Cette fois…

Il n'y avait pas de mots. Alors elle le serra dans ses bras, laissant ses propres larmes couler tandis que le pilote se raccrochait à elle.


C'était comme si la base entière avait une monumentale gueule de bois, se disait Cassian en parcourant les couloirs à la recherche de Jyn et Bodhi. Il avait passé une grande partie de la matinée aux côtés du Général Draven. Ce dernier semblait soulagé par sa présence. Il savait que son supérieur l'appréciait, bien sûr, mais qu'il l'affiche aussi clairement était perturbant, et plus anxiogène qu'autre chose. Aller faire son check up à l'infirmerie avait presque été une bouffée d'air frais. Au moins les droïdes restaient fidèles à eux-mêmes. Mais alors qu'il circulait dans la base et qu'il constatait de lui-même à quel point tout le monde avait été ébranlé par la disparition d'Aldéran, l'angoisse et le désespoir se mettaient à nouveau à gronder en lui. Il repoussait tout ça aux confins de son esprit. Se demander si ses compagnons étaient morts pour rien ne l'aiderait pas à faire la part des choses et à continuer à avancer… et à trouver une solution pour remettre la main sur les plans qu'ils avaient arrachés à l'Empire de haute lutte.

Il retrouva Jyn et Bodhi dans une salle de stockage proche du hangar des X-wing. Il ne fut qu'à moitié surpris d'y trouver également Tyma, une pilote qu'il connaissait un peu, et qui, à son grand étonnement, était venue lui rendre visite à l'infirmerie. Il avait commencé à comprendre quand elle avait évoqué Bodhi. C'est pour cela qu'il ne doutait pas que le pilote trouve sans problème une marraine dans l'escadrille. Il s'approcha du groupe, assis sur des caisses de matériel, et qui semblait discuter à voix basse. Cassian s'attarda sur Bodhi. Il avait l'air secoué, mais semblait calme.

Jyn fut la première à le voir arriver. Son visage s'éclaira en le voyant, et elle se leva pour venir à sa rencontre. Cassian eut l'impression que son cœur avait manqué un battement. Bon sang, il fallait vraiment qu'il reprenne un peu le contrôle de lui-même. Mais depuis que Jyn était entré dans sa vie, son self-control avait été mis à rude épreuve.

- Comment va-t-il ? Comment l'a-t-il pris ?

- Il a été secoué, comme nous tous. Mais il s'est calmé, ça va mieux. Ca ira je pense.

- Et toi ?

L'étoile de la mort était l'œuvre de son père. Et au-delà de leur traumatisme à tous les trois, de revivre les cauchemars de Jeddha et de Scarif, au-delà de l'horreur de la disparition d'une planète entière et de toute sa population, il savait qu'elle portait aussi une culpabilité dont elle ne pouvait se défaire. Elle n'y était pourtant pour rien, et il aurait tant aimé pouvoir lui ôter ce fardeau des épaules, mais c'était tout simplement humain.

- Moi aussi ça ira.

- Jyn…

Il ne trouvait pas les mots. Il n'était pas doué pour les relations humaines, et, pour la première fois, ça lui pesait. C'était plus simple de s'isoler et de laisser un mur entre lui et les autres. Parler avec K2 s'il en ressentait le besoin, ou s'abîmer au plus profond de lui-même, mais aujourd'hui, il voulait aller vers elle, partager sa peine, ne pas la laisser seule, mais il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il devait s'y prendre. Et pourtant, alors qu'il levait les yeux vers elle, il eut l'impression qu'elle avait comprit le message qu'il aurait voulu lui passer. Ça lui faisait peur de voir à quel point, en quelques jours, ils étaient parvenus à se comprendre au-delà des mots. Elle lui adressa un pâle sourire et s'accroupit près de lui, posa son front sur l'accoudoir du fauteuil et ferma les yeux. Il posa alors la main sur son épaule, puisant autant de réconfort dans ce contact qu'il espérait lui en transmettre.

- J'ai l'impression qu'on a fait tout ça pour rien, finit-elle par murmurer.

- Moi aussi, mais il ne faut surtout pas se dire ça. C'est au contraire la preuve qu'on a eu raison de faire ce qu'on a fait. Qu'on a eu raison de t'écouter et de te suivre, parce que ces foutus plans sont toujours notre meilleure carte contre cette abomination.

- Si on les retrouve.

- Et sinon, il nous restera à essayer de comprendre par nous même comment fonctionne la faille que ton père a laissée dans le système.

- Et combien de planètes détruites pendant ce temps là ? répondit-elle d'un ton rageur en relevant le visage vers lui, les yeux pleins de larmes, entre la haine et le désespoir.

- Ce n'est pas nous qui appuyons sur la détente. Personne ne saurait nous tenir responsable des morts de l'Empire. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir vaincre l'étoile de la mort. Et surtout, surtout, n'oublie pas une chose : c'est grâce à ton père que nous avons une chance d'y arriver. Nous lui sommes tous redevables, et ne laisse personne ébranler ta conviction sur ce sujet.

Ces mots touchèrent Jyn plus qu'elle n'aurait pu le reconnaître. Cassian la regardait droit dans les yeux, appuyant chaque mot avec ferveur. Il avait cette expression complètement ouverte qui, elle le savait, n'était pas coutumière chez lui, et qui avait le don de la prendre au dépourvu. Et, surtout, il pensait chacun des mots qu'il prononçait, et il tenait à ce qu'elle le sache. Il n'avait pas eu besoin qu'elle lui fasse part du sentiment de culpabilité qu'elle ressentait vis-à-vis de l'œuvre de son père, il l'avait deviné. Et il le balayait. En quelques phrases, il l'avait soulagée d'un poids énorme, et lui avait donné un leitmotiv auquel se raccrocher. Elle hocha la tête en guise de réponse, luttant pour trouver les mots pour le remercier. Il pressa légèrement son épaule, un sourire sur les lèvres.

- Bien, fit-il simplement en hochant la tête, coupant court à toute autre effusion.

Il s'était tourné à nouveau vers Bodhi, et elle se leva pour le laisser s'approcher du pilote. Un peu bouleversée par l'échange qu'ils venaient d'avoir, elle prit quelques secondes pour reprendre le contrôle d'elle-même avant de lui emboîter le pas. Bodhi s'était redressé et regardait Cassian s'approcher de lui. Il avait l'air complètement perdu, mais il était calme. Abattu. Vaincu.

- À quoi ça sert que Galen et les autres se soient sacrifiés ?

- C'est à nous qu'il appartient de faire en sorte que ce ne soit pas en vain. C'est à nous de continuer de nous battre. Nous n'avons toujours aucune preuve que les plans soient réellement perdus, et il nous reste cet espoir pour continuer le combat.

- Parce que les Rebellions reposent sur l'espoir, c'est ça ? fit le pilote avec une ombre de sourire.

- Exactement, affirma Cassian en tendant les mains au pilote.

Ce dernier les saisi et les serra avec ferveur, le regard fixé sur Cassian, se raccrochant à l'expression assurée de ce dernier. Jyn les observait, en se demandant comment Cassian parvenait à conserver sa contenance. Ils étaient ensemble quand ils avaient appris la nouvelle, ils avaient échangé ce regard horrifié, et elle savait très bien qu'il avait été aussi choqué qu'elle. Et pourtant il était là, peu de temps après, avec son masque de capitaine Andor, à parvenir à leur remonter le moral à Bodhi et à elle, alors qu'elle était prête à parier qu'en son fort intérieur, il n'en menait pas plus large qu'eux.

Jyn les avait rejoints quand Tyma se leva.

- Je vais retourner avec les autres, expliqua-t-elle un peu maladroitement.

- Tyma… mm… merci. Je… enfin…

- Tu me payeras un verre à l'occasion, répondit-elle en lui flanquant une claque sur l'épaule.

- D'accord, bredouilla le pilote.

- Tu ne sais pas du tout dans quoi tu t'engage, fit remarquer Cassian.

- Tu sais Andor, il y a sûrement des trucs que je sais et que tu n'aimerais pas que je raconte. Comme la dernière fois, quand tu as perdu ce pari, et que…

- Oui, oui, j'ai bien compris ce que tu veux dire.

Tyma secoua la tête, profitant de ce petit moment de légèreté comme d'un répit bienvenu. Mais les circonstances étaient trop lourdes pour que ce moment de grâce se prolonge bien longtemps et les sourires s'effacèrent bien vite des visages. La jeune femme lança un dernier regard à Bodhi avant de s'éloigner, laissant ce trio au sein duquel elle se sentait de trop.

- Tu n'es pas attendu en salle de commandement ? demanda Jyn.

- Pas pour le moment non. De toute façon je suis encore techniquement en repos.

Il laissa un peu tomber son masque de capitaine Andor, et ses compagnons s'aperçurent qu'il était épuisé. Il se passa la main dans les cheveux en soupirant, s'affaissant légèrement dans son fauteuil. Jyn et Bodhi échangèrent un regard et s'installèrent à ses côtés, assis sur des caisses de matériel. Ils restèrent silencieux quelques minutes, puis Cassian se décida à prendre la parole.

- Est-ce que Jyn a eu l'occasion de te parler de l'autre nouvelle que nous avons eue ce matin ?

- Ah non, reconnu-t-elle. Le vaisseau qui a fuit Tatooine a été identifié.

- Ah oui ? Et c'est une information intéressante ?

- Jyn est la mieux placée pour répondre, et j'aimerais moi-même avoir quelques détails.

- Et bien, expliqua la jeune femme, il s'agit du Faucon Millenium, le vaisseau d'un contrebandier nommé Han Solo. Un type arrogant qui fait équipe avec un Wookie.

- Un wookie ?! s'exclama Bodhi, les yeux écarquillés.

- Chewbacca est impressionnant, mais en fin de compte beaucoup plus sympathique que Han. Enfin ce n'est pas qu'il soit antipathique… enfin pas tout le temps… Il peut même être charmant, mais il ne lui faudra pas cinq minutes pour sortir une énormité ou faire quelque chose de stupide.

Rien que d'en parler, Jyn était exaspérée. Elle surprit un regard amusé de la part de Cassian.

- D'où est-ce que tu le connais ? s'enquit Bodhi. Il semblait fasciné.

- Oh, et bien je le connaissais un peu de réputation, et, il y a quelques années, je me suis retrouvée à faire équipe avec lui. Un contrat facile, ça aurait du être de l'argent vite gagné, mais, bien sûr, Solo s'est arrangé pour se faire remarquer et rendre tout abominablement compliqué… et pour quand même nous tirer d'affaire, grâce à sa chance insolente. Mais j'ai vraiment du me retenir pour ne pas le frapper, l'étrangler ou lui tirer dessus. Ne serait-ce que pour le faire taire.

- Et son vaisseau ?

- C'est quel modèle ? renchérit Bodhi.

Jyn échangea un regard amusé avec Cassian. Bodhi était comme un gosse à l'écouter. Ses histoires de contrebande et de personnages hauts en couleurs paraissaient exotiques pour l'ex pilote impérial. Il n'avait pas réalisé que son histoire à lui l'était tout autant désormais.

- Quel modèle, je n'en sais rien, mais c'est un vaisseau du genre poubelle ambulante. Un sale tas de ferraille qui tombe tout le temps en panne et qui donne l'impression de tomber en miette.

- C'est engageant, commenta Cassian.

- Et pourtant, non seulement il fonctionne, mais il est incroyablement rapide. Pas fiable, mais rapide. Un peu comme Solo en fait.

- Tu pense vraiment qu'un type aussi désinvolte que ce que tu décris là pourrait avoir été impliqué dans la récupération des plans ? demanda encore Cassian, sceptique.

- Si on part du principe que Solo est un véritable aimant à ennuis, ça n'a rien d'impossible.

- Venant de toi, ce genre de remarque laisse songeur.

Pour la forme, Jyn fusilla Cassian du regard. Mais Bodhi ne tenait pas à ce qu'ils abandonnent une conversation qui le faisait rêver.

- Tu as du voyager dans toute la galaxie Jyn.

- Toi aussi, non ?

- Oh... oui et non. Je suis… j'étais transporteur de marchandises. Alors je voyageais beaucoup, certes, mais mes destinations n'avaient rien d'extraordinaire. Et je n'avais que rarement l'occasion de réellement les découvrir. En général, j'étais bloqué aux entrepôts, à surveiller les marchandises et leur chargement. Rien de bien folichon quoi. Quand je pense à tout ça, ça me semble surréaliste, et j'ai encore du mal à vraiment me convaincre où je suis aujourd'hui et ce que nous avons fait. Ça me semble juste… complètement dingue.

- Ça l'était. Vous avez tous été fous de me suivre, murmura Jyn.

- Non, affirma Cassian. Pour ma part, de toute ma vie, c'est sans doute ce que j'ai fait qui avait le plus de sens. Et ne doute pas un seul instant que chacun de ceux qui sont tombés là-bas en était convaincu.

Elle savait qu'il avait raison, et qu'il voulait la convaincre et effacer ses remords et ses doutes. Sans doute parce que les mêmes angoisses le taraudaient et qu'il savait exactement ce qui se tramait dans sa tête. Malgré tout, ses paroles la soulagèrent.

- C'était aussi mon cas, affirma Bodhi. Tout spécialement pour moi, qui n'ai pas fait grand-chose ayant du sens de toute mon existence.

- En tous cas, reprit Jyn, qui voulait revenir à un sujet plus léger, si j'ai beaucoup voyagé, ce n'était pas non plus des voyages d'agrément.

- Peut-être pas, mais le genre de voyage qui permet de croiser des… personnalités, insinua Cassian.

Jyn saisit la perche qu'il lui tendait. Elle commença à raconter certaines anecdotes. Elle, si taciturne de prime abord, se révélait à la grande surprise de Bodhi et Cassian, une incroyable conteuse. Ils saisirent tous trois avec bonheur cette occasion d'oublier quelques instants l'horreur de la disparition d'Aldéran, et de partager un moment de calme et de complicité, tous les trois, un moment d'échange où ils resserrèrent les liens tissés entre eux, en apprenant à se connaître. Ils en avaient besoin, et ça leur fit un bien fou.

Au bout d'un moment, Jyn s'aperçut que Cassian avait du mal à garder les yeux ouverts. Il était de plus en plus affaissé et luttait sans grand succès pour rester alerte. La fatigue prenait le pas sur le reste, et, alors qu'elle continuait à parler, il s'endormit tout à fait. Il avait un air paisible qu'elle ne lui avait encore jamais vu, pas même lors qu'il était inconscient, à l'infirmerie. Elle avait fini par se taire sans vraiment s'en rendre compte, et elle regardait Cassian dormir.

- C'est incroyable ce qu'il a l'air plus jeune comme ça.

Bodhi aussi regardait Cassian, et avait exprimé à voie haute ce que Jyn était en train de se dire. Ils échangèrent un regard.

- Il porte beaucoup de chose sur ses épaules je crois, finit par répondre Jyn.

- Quand nous étions emprisonnés chez Saw, je crois que Chirrut lui a dit quelque chose de ce style. Je n'étais pas tout à fait… enfin j'ai entendu ça de loin, mais ça me revient maintenant. Il lui a dit que certains portaient leur prison avec eux, ou quelque chose comme ça.

Jyn hocha la tête. Elle comprenait l'idée générale, et se disait qu'elle s'appliquait à beaucoup de monde en. Mais très certainement à Cassian oui.

- Il est aussi éprouvé que nous, et pourtant il s'obstine à le masquer pour nous remonter le moral.

- C'est le « capitaine » ça Jyn, je suis sûr que c'est instinctif chez lui.

- Nous ne sommes pas sous ses ordres.

Bodhi se tût et regarda Jyn, amusé.

- Quoi ? finit-elle par lui demander.

- Tu dis ça alors que tu fais exactement la même chose. Vous êtes pareils tous les deux.

- Pas du tout, mentit Jyn.

Bodhi pouffa, Jyn leva les yeux ciel.

- On devrait le ramener à l'infirmerie, finit par dire Jyn en se levant. Ça fait un moment qu'on est là.


Le jour suivant, Yavin était encore sous le choc, mais la base rebelle se secouait de son engourdissement et reprenait son activité. L'ambiance était morose et inquiète, mais il fallait bien continuer à avancer. Toujours en fauteuil, à son plus grand désespoir, Cassian pu à nouveau suivre l'avancée de la situation en salle de commandement, mais l'absence d'information était plus désespérante qu'autre chose. Jyn l'avait accompagnée le matin, puis s'était esquivée, mal à l'aise. Elle avait retrouvé Bodhi, mais il avait réellement commencé à s'intégrer au sein des pilotes, et était occupé. Elle s'était alors sentie extraordinairement désœuvrée et avait cherché à s'occuper et à se rendre utile auprès des techniciens de maintenance.

A midi, elle retrouva Cassian et Bodhi. Ils étaient près de l'entrée du réfectoire. Cassian échangeait quelques politesses avec deux types à côté de lui. D'après son expression fermée, Jyn songea qu'au mieux, les deux gus lui étaient indifférents. Quand elle s'approcha, il se détourna d'eux pour l'accueillir d'un léger sourire.

- Te revoilà, dit Bodhi. Qu'est-ce que tu as fait de ta matinée ?

- J'ai donné un coup de main à droite à gauche, grommela-t-elle.

Cassian grimaça intérieurement. Jyn n'avait aucun statut officiel, aucune affectation, et l'urgence de la situation avait fait que personne ne s'était vraiment occupé de son cas. Elle n'était pas du genre à apprécier l'inactivité, et il allait falloir remédier à cela, car il était prêt à parier que ça ne lui vaudrait rien de bon. Il ne fallu pas attendre longtemps pour qu'il en ait la démonstration par l'exemple.

- Je déteste cette inactivité. Ça me rend dingue. Il faut qu'on me trouve une occupation, n'importe quoi.

Un des deux sergents avec qui Cassian discutait avant que Jyn n'arrive trouva opportun d'intervenir. Il se retourna et toisa Jyn d'un air graveleux.

- J'ai bien une suggestion pour une jolie minette dans ton genre.

Le coup était parti avant même que Cassian ait eu le temps de jurer. Fulgurant. Le type n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui était arrivé qu'il était à genou, les mains sur le visage, le sang ruisselant de son nez. Au craquement, il n'y avait pas de doutes à avoir sur le fait qu'il était brisé.

- Je ne pensais pas qu'on puisse réellement être misogyne en ayant des personnalités comme la princesse Leia ou Mon Mothma à sa tête, commenta Cassian en regardant le sergent à ses pieds.

Jyn lui jeta un regard sidéré. Elle avait cogné par réflexe, mais au moment où son pied était parti, elle s'était dit que Cassian allait la réprimander. C'était bien sûr trop tard à ce stade, mais elle y avait pensé. Finalement, il était calmement en train de faire de l'ironie. Il n'appréciait sans doute pas du tout ce type en fin de compte.

- Vous devriez peut-être amener votre petit camarade à l'infirmerie, ajouta Cassian à l'autre, qui était resté figé par la stupeur.

- Oui capitaine, répondit l'intéressé en sursautant.

Il se pencha pour aider son compagnon à se relever, et croisa le regard de Cassian à ce moment là. Jyn le vit déglutit péniblement et pâlir. Elle ne put qu'imaginer la façon dont Cassian l'avait fusillé du regard, s'assurant que ces deux imbéciles avaient compris la leçon. Néanmoins, quand ils s'éloignèrent à leur tour avec Bodhi, Cassian finit par lui suggérer de frapper un peu moins fort à l'avenir.

- Ce sont quand même nos hommes, même les plus bêtes.


En début de soirée, Jyn raccompagna Cassian à l'infirmerie, après qu'ils eurent souhaité une bonne nuit à Bodhi, qui regagnait les quartiers des pilotes. A leur arrivée à l'infirmerie, un médecin fit passer à Cassian son check up habituel. Il semblait satisfait.

- Vous vous remettez plutôt vite. J'étais un peu inquiet de vous laisser sortir si tôt, mais c'est à croire que l'activité vous fait du bien. Mais ne présumez pas de vos forces pour autant. Je suis d'accord pour vous laisser reprendre de l'activité, mais à condition que vous vous ménagiez.

- Ça me convient.

- Je préfère quand même vous garder en observation la nuit pendant quelques jours encore. Et nous allons programmer une nouvelle immersion en cuve bacta, la dernière. Après ça, vous devriez pouvoir vous débrouiller en béquilles.

- C'est une excellente nouvelle. Quand est-ce que vous programmez l'immersion ?

- Comme vous préférez, ça peut être ce soir ou demain matin. Si c'est ce soir, vous pouvez vous reposer un peu en attendant, j'ai besoin de deux bonnes heures pour tout préparer.

- Va pour ce soir alors.

- Par contre pour ce qui est du repos, je crains que ça ne doive attendre, fit Jyn.

Cassian se tourna vers elle. Elle avait le regard fixé vers la porte de l'infirmerie, où l'un des hommes de Draven semblait hésiter entre attendre que le médecin termine avec son patient ou l'interrompre.

- Tachez quand même de vous reposer, insista le médecin avant de récupérer ses documents et de s'éloigner.

Cassian et Jyn échangèrent un regard, puis se dirigèrent vers le nouveau venu.

- Capitaine Andor, le général Draven vous demande. C'est urgent.

Il jeta un regard indécis vers Jyn. Elle comprit qu'il ne savait pas si elle était la bienvenue, et elle n'avait pas spécialement envie de se mettre le général à dos. En d'autres situations, elle n'en aurait eu cure, mais là, ce n'était pas le moment. Il ne l'appréciait pas et s'était pourtant montré relativement courtois avec elle ces derniers jours. Mais Cassian ne lui laissa pas l'opportunité d'hésiter.

- Elle m'accompagne.

Elle lui adressa un regard interrogateur. Il se contenta de hocher la tête avec fermeté. Il était repassé en mode « capitaine Andor » ainsi que Bodhi et elle en était venu à dire. Alors qu'elle lui emboîtait le pas, derrière le garçon envoyé par le général, Jyn se demandait vaguement comment Cassian et elle en était arrivés si vite à communiquer sans parler, par de simples gestes et des regards. Ni l'un ni l'autre n'était vraiment portés sur le discours, mais la connivence qui s'était établie entre eux la troublait… tout autant qu'elle la rassurait. Savoir qu'elle n'avait besoin que d'un regard pour que Cassian la comprenne la mettait en confiance.

Quand ils arrivèrent dans la salle de commandement, elle était un peu moins fréquentée que dans la journée, mais l'atmosphère y était toujours fébrile. Le général Draven les apostropha à peine furent-ils entrés. Il les attendait, de toute évidence. Il avisa Jyn et lui adressa un signe de tête. Il semblait qu'il était satisfait qu'elle soit présente finalement. Elle comprit vite pourquoi.

Alors qu'ils avaient rejoint Draven, c'est Mon Mothma qui s'approcha d'eux et prit la parole. Elle ne perdit pas de temps en préambules.

- Nous avons reçu un message du Faucon Millenium. Envoyé avec les codes d'accès de la princesse Leia.

Cassian eut l'impression de recevoir une décharge électrique tant ces quelques mots eurent d'impact sur lui. Soulagement, expectative, méfiance, espoir, excitation. Tout se bouscula soudain en lui, et son cerveau se mit tout de suite à réfléchir dans toute les directions. Il se laissa deux secondes pour digérer, puis commença à prioriser.

- Nous sommes sûrs que ça vient du Faucon Millenium ?

- Affirmatif, répondit le général. Il savait de toutes évidence exactement quelles questions Cassian allait lui poser et dans quel ordre.

- Le code d'accès est valide ?

- Affirmatif.

- A-t-on une autre preuve que la princesse serait bien à bord ?

- La teneur du message semble l'indiquer.

- Quel type de message ?

- C'est un message uniquement vocal, de la part du capitaine du vaisseau. Mais on entend d'autres voix en fond sonore, dont celle, a priori, de la princesse. Nous sommes en train de procéder à un scan vocal pour le confirmer, mais la qualité du message est mauvaise.

- Et que dit le message ?

Le général prit quelques instants avant de répondre, levant les yeux au ciel d'un air contrarié. Cassian en déduisit que le message qu'ils avaient reçu n'avait rien de très formel ni de très protocolaire, ce qui, s'il émanait du Han Solo tel que celui décrit par Jyn, n'avait sans doute rien de surprenant.

- Pour en tirer l'essentiel, le capitaine Solo affirme être avec la princesse, les plans de l'étoile noire, et arriver sur Yavin d'ici demain.

- Je suis certaine que c'était beaucoup plus coloré que ça, ne put s'empêcher de commenter Jyn, le regard pétillant.

- Je souhaite vous le faire écouter pour avoir votre avis. Est-ce que le style du message correspond bien à celui de l'individu en question. Votre remarque semble confirmer que oui. Nous souhaitons procéder à toutes les authentifications possibles avant d'envoyer une réponse.

Le général fit signe à Cassian et Jyn de s'approcher de la console, où un technicien pianotait. Derrière eux, Mon Mothma était tendue. La fatigue et le stress commençaient à faire leur œuvre, pensa Cassian en l'observant fugitivement.

- Vous êtes prêts ? demanda le technicien.

Cassian et Jyn acquiescèrent. Il actionna un bouton, et mit le message en lecture. Le son crachotait, la qualité était exécrable. Cela venait en partie du fait que le message ait été envoyé depuis l'hyperspace, mais pas uniquement.

- Ici le capitaine Han Solo, à bord du Faucon Millenium. Je m'adresse aux joyeux drilles de l'Alliance Rebelle. Je suis en route pour votre base, et j'ai avec moi un colis qui vous intéresse semble-t-il. (un son étouffé se fit entendre derrière Solo). Et un joli p'tit lot pour aller avec. Faites pas cette tête votre majesté, c'est un compliment. (« espèce d'imbécile, donnez moi ce fichu micro ») On se calme mon p'tit. Elle a du caractère votre princesse. Bon je vous la ramène, avec ses droïdes, et un gentil fermier en bonus. L'astromech a en mémoire des plans pour lesquels il parait que vous êtes prêts à payer un bon pactole. Ça m'arrange, je suis un peu à sec en ce moment. On devrait arriver à destination… Chewie ? (grognement en fond sonore) … Ouais c'est ça, d'ici 14 heures standard. Évitez de nous canarder, ça nous mettrait de travers.

Un silence consterné suivit l'écoute du message. Draven et Mon Mothma ne s'en remettaient pas, partagés entre l'espoir d'avoir retrouvé, et la princesse, et les plans, et l'inquiétude de savoir l'avenir de la galaxie entre les mains d'un individu pareil. Cassian pour sa part avait l'impression de nager en plein délire surréaliste. Comment était-il passé de la mission désespérée sur Scarif, de ses blessures presque mortelles, de la perte de ses compagnons, de l'angoisse de la perte des plans de l'étoile noire et de la crainte d'avoir fait un sacrifice pour rien… à cette situation clownesque ? Il gardait sa composition de façade, mais intérieurement, il était déstabilisé, et il ne savait plus par quel bout aborder la situation. C'était un sentiment assez peu courant chez lui, habitué à analyser les choses très vite et à les décomposer en problèmes pratiques pour lesquels il cherchait des solutions efficaces. Il se tourna vers Jyn. Comme tout le monde au même moment. La jeune femme se tapotait les lèvres de l'index. Elle porta son regard sur le général Draven.

- Vous qui connaissez ce contrebandier, qu'en pensez-vous ?

- J'en pense qu'il n'a pas l'air d'avoir changé depuis la dernière fois que je l'ai vu.

- Pour vous, ce message semble correspondre au personnage ? voulu s'assurer Mon Mothma.

- Il me semblait vous avoir dit qu'il était capable du pire comme du meilleur, non ? Oui, c'est du Han Solo tout craché ça. Arrogant, désinvolte, et irrespectueux. Vous allez l'adorer, ajouta-t-elle en se tournant vers Draven qui se renfrogna encore plus.

- Est-ce qu'on peut lui faire confiance d'après toi ? demanda Cassian.

- Ça dépend. Vous êtes solvables ?


C'est parti pour l'ascenseur émotionnel pour nos survivants, pris dans les événements de l'épisode IV.