Bonjour tout le monde.
Comme certains d'entre vous le savent déjà, j'ai enfin avancé sur cette fic. En vrai, elle est terminée d'écrire depuis juillet, mais j'ai été incapable de me replonger dedans avant décembre. Vous allez peut-être comprendre en voyant le nombre de mots de ce chapitre ou en le lisant. Elle m'a complètement vidée, surtout cette partie. Et je ne savais pas quoi en faire.
Le couper ? Mais je voulais que les débuts et fins coïncident avec ceux du chapitre 3 de Till the end.
Le raccourcir ? Mais où ? Je trouve que chaque passage à son importance.
Du coup je vous le laisse comme je l'ai écrit : long, peut-être un peu redondant par rapport au PoV Steve, peut-être pas assez intéressant.
Mais en fin de compte, c'est comme ça que je le voulais.
Pour ce chapitre, encore plus que pour les autres, je remercie Lou, ma super bêta qui est passé plusieurs fois sur ce petit monstre. Courage ! Il n'y en a plus qu'un après celui là.
Un grand merci également pour vos lectures et vos reviews, c'est un plaisir à chaque fois.
Et avant de vous laisser avec nos deux idiots préférés, je vous ai mis un warning en note de fin, allez le voir si certaines choses vous font tiquer. Je ne préfère pas le mettre ici et spoiler l'histoire.
Bonne (et longue) lecture.
(et courage, vraiment)
Comme il s'y était attendu, le soldat avait massacré tous les homme présents dans le parc.
Une part de lui-même s'en réjouissait. Ces types avaient tenté d'enlever Steve. Il savait très exactement ce qu'ils lui auraient fait subir s'ils avaient réussi, lui-même se battant encore avec les conséquences de leurs sévices.
La soif de sang qui les habitait tous deux était telle que seules les sirènes au loin les avaient poussé à quitter les lieux.
Ils étaient prêt à tuer tout ce qui représentait un danger potentiel pour Steve et l'homme qui l'accompagnait, ce Sam, s'était approché un peu trop près.
Il avait perçu l'inquiétude de Steve, sa confusion, ainsi que son horreur à la vue de leurs actes. Il avait senti également autre chose. A travers toute la haine et la colère de l'autre, à travers leurs sens qui s'étaient tous éveillés, à travers les sentiments qui n'étaient pas les leurs, il avait senti quelque chose effleurer son esprit.
Du calme.
En bien trop petite quantité pour faire le poids contre le maelstrom qui les hantait, mais qui insistait, tâtait, cherchait un moyen de l'atteindre.
Cette sensation s'était estompée quand il avait quitté le parc.
Il s'était tout de suite dirigé vers les rues secondaires puis des ruelles, et il s'était arrêté dans une cour sombre. Maintenant qu'il était à l'abri des regards indiscrets, il tenta de récupérer le contrôle sur ses sens et son corps.
Il entendait les habitants des immeubles alentours, leurs mouvements et leurs conversations. Il entendait aussi la circulation des voitures et, au loin, les sirènes qui l'avaient chassé du parc. Il n'arrivait plus à contrôler son ouïe et sa vue.
Il devait se reprendre.
Ils se mettraient bientôt à sa recherche, qui que soit ce ils.
Il ferma les yeux et se mit les mains sur les oreilles. Avec ces deux sens amoindris, l'odeur du sang devint insoutenable. Il sentait le liquide en train de coaguler sur la peau de ses mains. Ses vêtements en étaient saturés et collaient à son corps.
Il devait reprendre le contrôle.
Partir d'ici. Il était bien trop proche du parc. Trouver de nouveaux vêtements. Essuyer ce sang. Se fondre dans la masse. Rentrer.
Rejoindre Steve.
Impossible. Il était bien trop instable.
Mais Steve était peut-être encore en danger. Ils avaient tenté de l'enlever.
Il figea tous ses muscles pour empêcher son corps de retourner auprès de lui. Son besoin de le retrouver, de s'assurer que sa blessure était sans conséquence, de le protéger était tellement fort qu'il avait déjà fait plusieurs pas dans sa direction.
Pour la première fois, il savait très exactement où il était. La présence de Steve était une balise qui hurlait à moins d'un kilomètre.
Il était tellement concentré sur ses sens et ses pensées qu'il ne remarqua ses assaillants que trop tard.
La première fléchette l'atteignit dans le bras. Il la retira rapidement. Il allait être ralenti mais serait encore capable de se défendre. Si seulement il pouvait récupérer l'usage de son ouïe et de sa vue.
La cacophonie de sons et d'images l'empêchait de se concentrer. Il arrêta les projectiles suivants avec son bras de métal, tout en situant ses opposants : deux sur les toits en face, trois autres aux fenêtres des immeubles l'entourant et il entendit clairement les pas de plusieurs hommes lourdement armés dans la cave derrière lui.
Le soldat mesura rapidement leurs chances de réussir à se débarrasser de leurs opposants. Avec leur armement actuel, ils pourraient s'occuper de ceux qui arrivaient. Ils leur pren
draient ensuite leurs armes et tireraient sur leurs coéquipiers situés en hauteur.
Si seulement ils arrivaient à se concentrer.
Leurs sens qui les avaient toujours aidé à se sortir de situations difficiles étaient désormais un désavantage. Il n'entendit pas assez tôt la fléchette et ne put l'éviter. Il l'ôta immédiatement de sa jambe et sentit une troisième l'atteindre dans le cou.
Quand les mercenaires émergèrent enfin des caves, tous leurs sens étaient émoussés. Leur corps commençait à être engourdi.
Ils n'avait plus aucune chance. Pas avec leurs réflexes amoindri par la drogue.
Ils ne devaient pas échouer. Ils ne pouvaient pas échouer. Qui protégerait Steve si HYDRA les récupérait ? Qui les protégerait eux ?
Ils firent face à leurs opposants et plaça le canon de son pistolet sous son menton. Ils mourraient avant de se faire capturer.
L'homme le plus proche d'eux les saisit par le poignet. La balle partit en l'air sans les toucher.
NonNonNonNon.
Une dernière fléchette
ooOoo
Il se réveilla dans une pièce inconnue.
Ses sens étaient toujours en surcharge mais le soldat n'était plus aux commandes. Les pensées et les sentiments de Steve avaient disparu. Il sentait toujours sa présence, mais il ignorait où il se trouvait et ce qu'il ressentait.
Steve pouvait être n'importe où. Il pouvait être en danger.
Il devait sortir d'ici.
Il devait le rejoindre.
Il se concentra sur son environnement sans faire un mouvement, ni ouvrir les yeux.
Il était allongé sur quelque chose de confortable. L'espace qui l'entourait lui paraissait vaste.
Il entendait distinctement le buzz incessant de l'électricité qui courait le long de câbles cachés dans les murs, à plusieurs mètres de lui. Sa respiration ne faisait aucun écho, ce qui lui confirma que la pièce était grande.
L'endroit était propre, à la limite du stérile, l'odeur du désinfectant au citron laissant un arrière-goût âcre au fond de sa gorge.
Une chose était certaine : il n'était pas dans une de ces cellules moisies où HYDRA le gardait habituellement. Peut-être était-il dans un hôpital ? L'idée lui donna la nausée. Il ne voulait pas subir encore ces expériences.
Il entendit le sifflement d'une porte pneumatique s'ouvrir à sa gauche.
Quoi qu'ils veuillent lui faire, ils ne l'auraient pas. Pas sans combattre.
Il se leva d'un bond et se trouva face à trois hommes qui grimaçaient. L'un d'entre eux était habillé en civil, le second portait une arme dans son holster et le troisième avait une blouse blanche.
Une blouse blanche.
Un médecin.
La panique l'envahit.
Pas d'expérience. Ils ne les laisseraient pas faire.
Malgré le vertige provoqué par la drogue qui parcourait encore leurs veines, ils s'approchèrent de leurs adversaires, prêts à se battre. Soudain, ils sentirent une vague de calme les effleurer. La sensation n'était pas très différente de celle du parc, mais au lieu de l'accueillir avec joie, son esprit la rejeta de toutes ses forces. Ils virent le soldat flancher et ils en profitèrent.
Ils n'étaient pas encore en pleine possession de leurs moyens. Ils étaient bien loin d'être efficaces. Sans ça, le soldat n'aurait jamais réussi à éviter leur premier uppercut. Ils n'auraient jamais perdu l'équilibre. Ils ne se seraient jamais retrouvés avec cette seringue dans le cou.
Après un cri de rage, ils tombèrent au sol.
ooOoo
Il se réveilla à nouveau sur le lit.
Seul.
Il s'attendait presque à sentir des menottes ou n'importe quelle autre entrave quand il se redressa, mais il n'y avait rien. Il était libre de ses mouvements.
Ses sens tournaient toujours à plein régime mais il n'avait mal nul part. Soit ses geôliers ne l'avaient pas battu pour son attaque, soit son corps avait déjà guéri.
Il ignorait depuis combien de temps il était allongé ici. Ils auraient pu le garder ainsi pendant des jours. Il leur suffisait de renouveler leurs injections à intervalles réguliers pour le garder endormi.
Ne pas savoir ce qu'il lui était arrivé, ne pas avoir la moindre idée du temps qui s'était écoulé – des heures ? Des jours ? Des semaines ? – depuis qu'il était entré dans cette pièce l'angoissait.
Le soldat était lui aussi agité, ce qui ne l'aida pas à rester calme. Il était sans arme, dans un endroit inconnu et aucun d'entre eux n'avait la moindre idée de qui les avait emprisonnés.
Il se leva difficilement, luttant contre une nouvelle vague de vertige. Cette fois, il eut le temps d'observer son environnement.
La cellule était ronde et bien éclairée. Le matelas sur lequel il avait dormi était placé sur une plate-forme au milieu de la pièce. Il n'y avait qu'une porte, du genre de celle que l'on pouvait sceller hermétiquement. Elle était probablement verrouillée et surtout, renforcée. Il y avait également une table et deux chaises et il se dirigea vers elles. Il cassa une des chaises et prit un des pieds comme arme.
Ce n'était pas parfait, mais ça suffirait.
Il passa derrière un muret qui cachait une petite salle de bain : un lavabo, un pommeau de douche, un toilette.
Il fit tout le tour de la pièce. Il chercha un endroit où les plaques métalliques qui recouvraient les murs pouvaient présenter une faiblesse, un joint quelconque. Ses investigations furent gênées par l'afflux continu d'informations que lui envoyaient ses sens.
Mais bizarrement, il n'entendait rien qui provenait de l'extérieur. Il n'arrivait pas à atteindre Steve même si leur lien était toujours actif.
Plus il essayait de se concentrer sur leur connexion et plus son anxiété augmentait. Il était capable de gérer le stress de sa propre situation, mais ne pas pouvoir vérifier que Steve allait bien lui pesait de plus en plus.
La porte de sa cellule se rouvrit à cet instant et deux hommes entrèrent.
Il les observa de sa position contre le mur du fond. Ils étaient habillés en civil mais il était évident à la posture du plus grand qu'il appartenait à une armée ou milice quelconque. Le plus petit, dégarni et bedonnant, suait à grosses gouttes.
Brusquement, il ressentit la même sensation de calme que lors de son premier réveil.
Cette fois encore, il la repoussa de toutes ses forces. Le petit homme chancela. Il était vulnérable et ça rendait le soldat enragé.
Ils faisaient face à deux adversaires. Il n'y avait pas de médecin. Ils avaient une chance. La porte derrière ses opposants s'étaient refermée hermétiquement, mais ils devaient avoir une clé sur eux, quelque part.
Le soldat pourrait se débarrasser d'eux. Ils pourraient sortir. Ils pourraient s'échapper et retrouver Steve. S'assurer qu'il allait bien. Il était hors de question de penser à une alternative. Sam et la Veuve auront fait le nécessaire pour le mettre hors de danger.
Ils s'approchèrent lentement des deux hommes. Le pied de chaise dans leur main était un poids réconfortant. Pas idéal, mais avec la force du bras, il passerait sans aucune difficulté la cage thoracique de leurs cibles.
À chaque pas qu'il faisait, il sentait un peu plus de ce calme s'écraser contre son esprit. Comme des vagues s'attaquant à une digue. Mais la colère du soldat était une protection efficace et la sensation disparut alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres de leurs victimes.
Le chauve lui procura l'ouverture dont il avait besoin en s'écroulant contre l'homme qui l'accompagnait.
Le soldat attaqua et planta le pied de chaise dans le bras de son adversaire. Cet idiot hurla. Un amateur donc. Alors qu'il allait retourner à l'assaut, la porte s'ouvrit et plusieurs autres hommes armés firent irruption dans la pièce.
Le soldat recula afin d'étudier cette nouvelle menace. Ils n'étaient pas en état de combattre. Pas autant de personnes en même temps. Pas avec leurs sens qui fluctuaient et la drogue dans leur sang.
Leur prise sur le pied de chaise se raffermit. Ils ne tomberaient pas sans en emmener le maximum avec eux. Ils écartèrent les jambes, prêts à se défendre, mais les nouveaux venus se contentèrent de ramasser le soldat blessé et l'homme chauve et sortirent de la pièce.
La porte se re-scella. Ils étaient à nouveau seuls.
Le soldat fit le tour de la cellule. Plusieurs fois. Ils cherchaient une issue, mais n'en trouvèrent aucune.
Dans un accès de rage et de peur, il arracha à moitié la tête de douche. Il s'occupa ensuite de détruire la table et la chaise restante.
Ils continuèrent à marcher le long des murs, des cercles sans fin, ne s'écartant que lorsqu'ils approchaient de la porte. Après plusieurs minutes, ils se dirigèrent vers le fond de la pièce et restèrent sans bouger.
Ils pouvaient attendre.
Ils auraient leur chance.
Ils allaient sortir d'ici et il allait retrouver Steve.
ooOoo
Plus personne ne rentra dans leur cellule durant les heures qui suivirent. Ils avaient complètement perdu la notion du temps pendant qu'ils étaient drogués, mais maintenant leur horloge interne avait repris ses fonctions.
Le soldat était prêt à attaquer dès que la porte s'ouvrirait. Il était comme toujours furieux et plein de haine. Il n'abandonnerait que lorsqu'ils seraient sorti d'ici et pour cette fois, il ne l'empêcherait pas d'agir.
Il n'abandonnerait plus sans combattre. Il refusait de retourner aux mains de ses maîtres, de tuer en leur nom, d'oublier à nouveau les souvenirs qu'il récupérait peu à peu, d'oublier Steve.
Il devait le retrouver.
Ce mantra tournait en boucle dans son esprit, ajoutant à la confusion provoquée par ses sens. Il n'arrivait toujours pas à les contrôler et même les drogues qui lui avaient été injectées ne les avaient pas amoindri. Il avait mal au crâne et sa concentration en souffrait.
Ça ne l'empêcha pas de percevoir une présence familière, étouffée mais bien là, juste avant que la porte ne s'ouvre. Il regarda lorsque Steve entra dans la cellule. L'unique issue se refermera immédiatement derrière lui.
Ils étaient seuls et Steve allait bien. Sa blessure au bras était bandée et aucune autre douleur ne traversait leur lien.
Bien.
Il observa le dernier arrivant pendant que Steve étudiait la pièce. Pas une fois ses yeux ne se posèrent sur lui. Par contre, il n'avait pas l'air inquiet d'être ici. Rien dans ses sentiments ne suggérait qu'il était lui aussi prisonnier ou contrarié d'être enfermé avec lui.
Au milieu de la furie et de la haine du soldat apparut du soulagement. Comme toujours, la présence de Steve leur apportait un calme qu'ils étaient incapable d'atteindre autrement.
Après avoir observé les lieux, Steve s'avança vers le milieu de la pièce.
Il verrouilla tous ses muscles. Il était hors de question de laisser le soldat l'attaquer. Quand leurs regards se croisèrent pour la première fois depuis leur combat sur l'héliporteur, quelque chose se dénoua en lui.
Il était à sa place. Que ça soit dans cette cellule ou n'importe où ailleurs, il était à sa place.
Il sentit la détermination et l'inquiétude de Steve, comme si elles étaient les siennes. Lorsque celui-ci l'observa des pieds à la tête, un peu de crainte apparut. Mais il n'avait pas peur d'eux.
Steve ouvrit ses mains et lui présenta ses paumes vides. Cet idiot était entré ici sans être armé. Si le soldat attaquait, il serait incapable de le retenir et ce crétin n'avait rien pour se défendre.
Il recommença même à s'avancer vers eux. Quand il arriva au milieu de la pièce, ils se redressèrent. Les plaques de son bras de métal bougèrent et sa prise sur le pied de chaise se raffermit.
Le soldat ne le laissera pas approcher.
Mais c'était Steve.
Il ne leur ferait jamais de mal, il avait refusé de se battre contre eux, il les avait sauvé sur l'héliporteur, il les aurait laissés le tuer plutôt que de les blesser.
Steve continua à avancer, ses mains bien en vue. Il ne voulait pas l'attaquer. Il ne devait pas l'attaquer. C'était Steve, il était important, plus que lui, bien plus que lui.
Mais le soldat s'en fichait.
Leur corps se raidit et la menace s'arrêta de marcher. Il n'était plus qu'à quelques mètres. La sensation de calme revint, mais cette fois tout en lui l'accueillit avec joie. Elle ne permit pas d'apaiser le soldat ou ses sens, et pourtant la sensation était agréable, familière.
La voix qui traversa la cellule lui était tout aussi familière :
"Bucky ?"
Bucky. James Buchanan Barnes. James "Bucky" Barnes pour Steve. L'ami qui avait grandi avec lui.
"Parle-moi Bucky."
Il lui parlait. À lui.
Il l'appelait Bucky.
Il savait, depuis sa visite au Smithsonian, qui il était autrefois. Mais pas une seule fois il avait pensé à lui avec ce nom. Il fallait être une personne pour avoir un nom et lui n'était qu'une arme.
"S'il te plaît Buck. Je ne peux pas t'aider si tu ne me donnes aucune indication."
Sa main relâcha légèrement le pied de chaise. Il n'était pas en danger. Il avait confiance.
Steve se rapprocha.
Le soldat s'éloigna.
Ils devaient garder de la distance entre eux. Personne ne devait les toucher. Toucher signifiait de la douleur. Toucher signifiait être frappé, coupé, électrocuté, piqué, noyé, ouvert, refermé, brûlé, empoisonné.
Sauf avec Steve. Dans ses souvenirs, chaque contact avec lui était agréable, chaque contact était voulu. Mieux. Chaque contact était souhaité.
"Ok, je ne m'approche pas plus."
La posture de Steve se détendit, il élimina toute menace dans sa manière de se tenir. S'ils attaquaient maintenant, ils auraient un avantage. Cet idiot était toujours incapable de se garder en vie. Heureusement qu'il était là et qu'il pourrait le protéger.
"Voilà, je reste ici, c'est bon pour toi ?"
Une question.
On lui posait une question. Il avait repris peu à peu l'habitude de faire ses propres choix, mais c'était la première fois depuis qu'il avait été capturé par HYDRA qu'on lui demandait son avis.
Et Steve attendait une réponse.
Il hocha de la tête.
Son geste fut accueilli par un soupir de soulagement.
"Tu sais qui je suis ?"
Bien entendu qu'il savait. Il l'avait su avant tout le reste. Avant même de savoir qui il était lui-même. Avant le Smithsonian et James "Bucky" Barnes.
Un nouveau hochement de tête. Il reçut un sourire en échange.
"Tu sais où tu es ?"
Cette fois-ci il secoua la tête.
"Tu es dans un complexe à Washington. Cette pièce a été spécialement étudiée afin de te couper du monde extérieur. Tu te souviens quand tes sens prenaient le dessus sur toi ?"
Non, il ne se souvenait pas. Il se souvenait de si peu de choses. Des images et des sons. Tout était déconnecté et ça le frustrait.
"Ce n'est pas grave. C'est juste que cette pièce empêche ce qui est à l'extérieur de t'atteindre et de te submerger. Tu y es en sécurité."
En sécurité ?
Il n'était pas en sécurité.
Même si Steve ne lui ferait jamais de mal, n'importe qui pouvait entrer. N'importe qui pouvait les séparer. Les renvoyer auprès d'HYDRA. Les mettre sur la chaise et tout leur faire oublier. Il ne se souvenait pas de beaucoup de choses mais il connaissait son nom maintenant. Un jour, il pourrait peut-être penser à lui en tant que Bucky. Mais pas si on l'effaçait. Pas si on effaçait Steve.
La peur prit le dessus sur la colère, sur le soldat.
Il dut se concentrer pour comprendre ce qu'on lui disait :
"Je ne laisserai personne te faire du mal, Bucky. Je te le promets. Si j'avais su que tu avais survécu à ta chute, j'aurai remué ciel et terre. Je te le jure, je ne me serai arrêté que lorsque je t'aurai ramené à la maison. Il faut que tu me crois, je suis tellement désolé. Désolé de t'avoir abandonné, désolé de ce que Hydra t'a fait subir, désolé de ne pas m'être rendu compte que tu étais là, désolé que tu sois enfermé ici et que tu aies peur, désolé de ne pas être l'ami que tu mérites…"
Steve parlait vite et le volume de sa voix baissa jusqu'à n'être plus qu'un murmure. Des larmes remplissaient peu à peu ses yeux.
Il ne comprenait pas tout ce que Steve disait, pourquoi il s'excusait, mais il ressentait sa tristesse, son désarroi et sa culpabilité comme les siennes. Il devait l'arrêter, lui faire comprendre que ce n'était pas si grave. Que ce n'était pas sa faute.
"Steve."
Le son eut du mal à sortir de sa gorge. C'était douloureux. Comme un muscle qui n'avait pas été utilisé pendant longtemps. Il se rendit compte qu'il n'avait pas parlé depuis plusieurs semaines. Depuis l'héliporteur en fait.
Mais l'effet fut immédiat.
Steve se tut et l'observa. Il essayait de retenir ses larmes, pourtant sa voix était rauque, suppliante :
"Je t'en prie. Laisse-moi t'aider. Il faut que tu te calmes, tes émotions sont beaucoup trop vives et trop fortes, elles ont blessé des gens. Je sais que ce qui s'est passé dans le parc est un accident, j'ai été imprudent, ce n'est pas de ta faute."
Il se raidit.
Il avait abandonné volontairement le contrôle au soldat. Ils avaient attaqué et tué plusieurs hommes, Steve l'avait vu éventrer un de ses adversaires. Même si ce monstre l'avait mérité, même s'il avait osé blessé Steve, il aurait dû trouver une autre solution.
Steve aurait trouvé une autre solution, il l'aurait arrêté sans le tuer, il n'aurait pas pris une vie qu'il aurait pu sauver. Il était tellement plus fort qu'eux.
La colère et le dégoût de ses actes, de lui-même, l'envahit.
Steve s'approcha encore un peu plus et ils réagirent immédiatement. Ils reculèrent et levèrent leur bras métallique. Garder leurs distances. Pas de contact.
"Non. Ne m'approche pas."
Il y avait un pied de chaise dans leur main. Une arme. Pour blesser. Pour se défendre. Mais il ne voulait pas blesser Steve. Et il savait que Steve ne le blesserait pas non plus. Mais le soldat. Le soldat ne le savait pas. Le soldat attaquerait à la première occasion. Il ne pouvait pas le contrôler. Il avait déjà du mal à se concentrer. Ses sens lui rendaient la tâche trop difficile.
"Buck. Tu sais que je ne te ferais jamais de mal. Laisse-moi m'installer à côté de toi."
Hors de question.
Il ne savait pas.
Personne ne savait. Pour l'autre. Le soldat.
Il pouvait le dire à Steve. Steve comprendrait. Il serait certainement déçu et dégoûté, mais il comprendrait et il arrêterait d'essayer de l'approcher et il serait en sécurité, loin de lui.
Mais il voulait qu'il s'approche. Il ignorait pourquoi mais le voir ne suffisait plus. Il voulait le toucher. Pourquoi ? Le voir, savoir qu'il était en sécurité avait suffit pendant des semaines. Pourquoi est-ce qu'il avait besoin de plus ?
"Tu ne comprends pas. Je n'ai pas peur de toi. J'ai peur de moi, de ce que je pourrai faire. Il y a cette chose dans ma tête qui veut te blesser."
"Mais tu ne la laisseras pas gagner. J'ai confiance en toi."
Il ne devrait pas. Steve ignorait ce qu'ils avaient fait. Il ignorait que le soldat était plus fort. Plus tenace. Il ne savait pas que Bucky avait lâché prise parce que c'était plus simple, moins douloureux. Il devait lui faire comprendre. Même s'il ne le voulait pas. Même s'il voulait l'approcher.
"J'ai failli te tuer."
"Et tu ne l'as pas fait. L'emprise d'Hydra était beaucoup plus forte et même dans ces conditions, tu n'as pas pu obéir aux ordres."
Le soldat se foutait des ordres.
Il voulait tuer et blesser et faire souffrir.
Même sans HYDRA.
Steve s'approcha. Un pas. Puis un second. Il devait lui dire. Ils étaient un danger pour lui. Même sans le conditionnement qu'il avait brisé plusieurs semaines auparavant.
Mais il voulait le toucher.
"Mais j'allais le faire."
Steve se rapprocha à nouveau de trois pas. Il s'arrêta à moins de deux mètres. La conviction était pleinement audible dans sa voix lorsqu'il répondit :
"Je ne crois pas. Jamais tu ne me tuerais. Pourquoi est-ce que tu ne poserais pas ce pied de chaise au sol ? Il n'y a que toi et moi ici, tu n'en as pas besoin."
Le soldat refusa de lâcher leur seule arme. Mais Bucky insista. Le bras pouvait faire bien assez de dégât seul, pas la peine d'en ajouter. Ils bataillèrent de longues secondes l'un avec l'autre, mais enfin, le pied de chaise tomba au sol.
Quand il releva les yeux vers Steve, celui-ci fit deux nouveaux pas dans sa direction.
"Tu vois. C'est toi qui a le contrôle."
Pour le moment. Ça ne durerait pas. Ça ne durait jamais.
Steve s'avança encore et franchit le dernier mètre qui les séparait.
Il était proche.
Trop proche.
Il leur suffirait de tendre le bras pour attaquer.
Il lui suffirait de tendre le bras pour les toucher.
Les toucher. Ils ne devaient pas le laisser les toucher. Ça faisait mal. Toujours. Et l'autre les défendait. Toujours. Il n'était pas attaché. Aucun lien, aucune chaîne pour les retenir. Pour les empêcher de frapper, frapper, frapper.
Ils virent le bras de Steve commencer à se lever.
Il ne devait pas les toucher.
"Restes où tu es, ne t'approche pas plus."
Steve s'était positionné de manière à lui laisser des voies de retrait. Ils pouvaient s'éloigner. S'échapper. Ils devraient s'éloigner. Jamais rien de bon n'arrivait quand on le touchait. Pour eux ou pour les autres.
Et Steve était plus têtu qu'une mule, Bucky s'en souvenait. Il n'abandonnerait pas. Il était déjà en train de lever la main.
"Tu ne me feras rien. Si tu n'as pas confiance en toi, ai confiance en moi."
Elle s'approchait. Inexorablement. Il devait l'arrêter avant que le soldat le fasse. Avant qu'il ne perde le contrôle. Avant qu'il ne blesse Steve. Avant qu'il le tue. Cet idiot avait refusé de se défendre sur l'héliporteur, il ne le ferait pas maintenant.
Et il approchait. Plus que quelques centimètres.
Il devait le repousser. Pas de contact. Jamais de contact. Pas de coup, pas de coupure, pas de piqûres, pas d'électricité, pas d'eau glaciale sur le corps et dans la gorge. Il frappa le poignet qui s'approchait. Fort.
Sa voix ressemblait plus à un grognement animal qu'à une voix humaine :
"Ne me touche pas."
Il vit Steve serrer les dents.
Désolé. Je ne veux pas te faire mal. Mais ne me touche pas. Ne me touche pas. Je ne veux pas souffrir.
Mais Steve était têtu. Bucky le savait. Il releva la main. Il murmura :
"Ce n'est que moi. Jamais je ne te ferai de mal. S'il te plaît, laisse-moi t'aider."
Un second coup sur son poignet. Désolé. Quelques pas en arrière. Ne me touche pas. S'il te plaît.
La mâchoire de Steve se serra à nouveau. Ils sentirent sa colère dans leur esprit. Bientôt les coups arriveraient. Les gens en colère le frappaient toujours. Il ne voulait pas être battu. Pour une fois qu'il n'avait pas mal. Enfin, à part à la tête où leurs sens continuaient de tambouriner contre leurs tempes.
"Je t'ai dit de ne pas me toucher."
Tout bas. Parce qu'il n'avait pas le droit de dire non.
Il n'avait pas le droit d'avoir un avis. Il n'avait pas le droit de refuser. Juste obéir.
Steve se rapprocha. Encore. Il combla facilement la distance qu'ils avaient réussi à mettre entre eux. La distance que Bucky avait eu tant de mal à créer. Il voulait s'approcher et toucher. S'approcher et être touché. Pas des coups. Juste un contact. Tout irait mieux si Steve le touchait. Mais pas des coups.
Il repoussa la main qui s'approchait.
Et encore.
Et encore.
Mais il voulait. Il voulait obtempérer. Il voulait sentir la peau de Steve sur la sienne.
Chaque refus était plus difficile que le précédant. Certainement que Steve l'aurait déjà frappé s'il avait voulu lui faire mal. Il ne lui ferait pas de mal. Il le savait. Steve voulait le protéger, jamais il ne lui ferait de mal. Mais lâcher prise était trop difficile.
Il était à nouveau proche d'un des murs de sa cellule quand il abandonna.
Avec un sanglot, il demanda une dernière fois à ne pas être touché, mais il savait que cette fois, il ne l'en empêcherait pas. Il s'appuya sur la paroi derrière lui et ferma les yeux. Il ne voulait pas voir.
Mais il entendait.
Parfaitement.
Sa respiration, bien trop rapide et laborieuse. Celle de Steve difficilement gardée sous contrôle. Son cœur qui battait la chamade dans sa poitrine. Celui de Steve. L'électricité à l'intérieur les murs. Le néant juste derrière alors qu'il devrait y avoir quelque chose.
Steve qui parlait, la voix rauque :
"Chuuuut Buck. Tout va bien. Ce n'est que moi."
Il l'entendit approcher.
Malgré ses yeux fermé, il savait très exactement où se trouvait la main de Steve. Il pouvait suivre son trajet à travers le bruissement de ses vêtements, le son de son cœur, le bruit de sa respiration. Ça n'empêcha pas la terreur de le tétaniser quand il sentit une paume se poser sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur.
"Tout va bien. Il n'y a aucun danger. Il n'y a que moi."
Pas de coups. Pas de douleur. Pas d'expérience. Juste une main. Chaude. Brûlante même. Une main qui remontait lentement.
Quand le bout des doigts de Steve parvinrent à la peau de son cou, tous ses sens se calmèrent. Lorsqu'ils atteignirent sa mâchoire, le mouvement était familier et rassurant même s'il ne s'en souvenait pas.
Aussi simplement que ça, il récupéra le contrôle. De son corps. De ses sens. Il poussa un soupir de soulagement. Il entendit celui de Steve, comme un écho.
"Shhhhhhhh. Voilà, tu vois, il n'y a rien à craindre. Juste moi."
La tempête dans son esprit avait disparu. Éliminée par un simple contact. Le premier qui ne faisait pas mal. Il sentait le calme l'envahir, provenant de Steve, de sa main sur sa mâchoire, de leur lien.
Steve.
Le centre de son univers.
Comment avait-il pu l'oublier ?
Un sanglot s'échappa de sa gorge et ouvrit les paupières. Il fixa brièvement Steve, ses cheveux blonds et ses yeux bleus.
Comment avait-il pu l'oublier ?
Il ne lui ferait jamais de mal. À ce moment, le simple contact de sa main n'était pas assez et il se jeta contre lui. Il enfouit son visage dans le creux de son cou. Ses bras se refermèrent autour de sa taille.
Il ne le lâcherait plus.
Plus jamais.
Il devait rester auprès de lui, c'était son rôle, sa mission, ce pour quoi il existait.
Les grands cercles tracés dans son dos finirent d'éliminer la tension qui résidait encore dans ses muscles. Le souffle de Steve fit voler des mèches de cheveux quand il parla, doucement :
"C'est bon Bucky. Je te tiens. Tu es rentré à la maison."
ooOoo
Steve avait raison. Il était enfin là où il voulait être, là où était sa place. À la maison.
Très rapidement, ils s'étaient installés au sol. Comme beaucoup de choses depuis que Steve l'avait rejoint, leur position – lui assis entre les jambes de son ami - lui était familière. Pas dans son esprit, mais dans son corps, comme un réflexe, une habitude née de plusieurs milliers de répétitions.
Ils n'avaient échangé pratiquement aucun mot, mais ce n'était pas un problème. Maintenant que ses sens avaient repris un niveau normal, il pouvait enfin réfléchir. Il était avec Steve. Après toutes ces semaines à lutter contre lui-même, il avait enfin ce qu'il voulait. Il ignorait ce qui les attendait, mais pour le moment, ce n'était pas important.
Après deux heures passées sur le sol, Steve commença à bouger légèrement. Il changeait de position pour la sixième fois en cinq minutes lorsqu'il annonça :
"De mémoire, les sous-bois étaient plus confortables que cet espèce de revêtement. Ce lit là-bas à l'air parfaitement utilisable, tu en dis quoi ?"
Il se raidit. Et si ces quelques mots ravivaient sa mémoire ? Il avait perdu tant de fois le contrôle après le retour d'un mauvais souvenir.
Steve ajouta :
"Excuse-moi, Bucky. C'était maladroit. Je ferai plus attention dans le futur."
Il resta longuement silencieux. Quand il fut certain qu'aucune réminiscence du passé n'allait le frapper de plein fouet, la tension quitta son corps. Il inspira profondément :
"Il y a tellement de choses dont je ne me souviens pas… Et je ne sais pas si j'ai envie de les récupérer. Je sais que j'ai fait des choses horribles, je le sens à l'intérieur, là." Il leva la main et montra sa tempe. "Et je crois que je préférerai perdre tous les bons souvenirs, si cela permet de laisser ces horreurs enfermées à jamais."
Mais il n'était pas sûr de la véracité de cette dernière phrase.
Certaines choses dont il se rappelait étaient agréables. Mais était-ce bien sa mémoire qui revenait ? Peut-être que tout ceci n'était que des images créées par son cerveau afin de combler le vide.
Pourtant il doutait que même un esprit aussi malade que le sien puisse inventer les horreurs que le soldat avait perpétrées. Il ne voulait pas parler de ceux-là. Il ne voulait même pas y penser. Il voulait parler de ceux avec Steve, savoir s'ils étaient vrais.
"Certains sont revenus, après l'héliporteur, mais je ne sais pas si ce sont réellement des souvenirs ou mon imagination qui me joue des tours."
"Tu devrais peut-être te laisser encore un peu de temps. Ou tu peux me poser des questions, du moins en ce qui concerne ton enfance et une partie de la guerre."
Il hésita longuement avant de répondre. Il ignorait encore s'il voulait savoir ou pas. Que ferait-il s'il apprenait que ce qu'il prenait pour des souvenirs étaient autre chose ? Ils étaient si peu nombreux, si fragiles qu'il refusait d'en perdre un seul.
Sauf peut-être, un en particulier. Il ne l'aimait pas. Son retour l'avait laissé anxieux pendant de longues heures et l'avait empêché de dormir.
"Tu as failli mourir d'une pneumonie. Sauf que tu étais beaucoup plus petit et maigre. Mais c'était bien toi, je me souviens d'avoir eu tellement peur de te perdre. J'ai eu exactement la même sensation quand tu es tombé dans ce fleuve."
Il sentit les violentes émotions qui tentaient d'envahir Steve mais ce dernier réussit à les contrôler. C'était pourtant la voix chargée d'émotion qu'il répondit :
"C'est bien un souvenir. Je te l'expliquerai plus tard. Pour le moment, j'ai vraiment envie de m'installer plus confortablement."
Bucky se releva et se laissa guider sans dire un mot.
Il suivit Steve des yeux lorsque celui-ci se dirigea vers l'alcôve qui servit de salle de bain. Il l'entendit ouvrir les portes des placards et fouiller à l'intérieur. De l'eau coula ensuite.
Il observa le pommeau de la douche, à moitié arraché. Steve devait savoir que c'était lui qui l'avait mis dans cet état. Est-ce que ça l'inquiétait ? Le désolait ? Est-ce qu'il était déçu de savoir que c'était lui qui avait tordu ainsi les tuyaux ? Qu'il avait été dans une rage telle qu'il s'était attaqué à tout ce qui lui était tombé sous la main ?
Steve réapparut avant que la honte ne s'installe vraiment. Il portait une bassine pleine d'eau et une serviette était posée sur son épaule. Il se dirigea immédiatement vers la plate-forme et lui fit signe de le rejoindre.
Il s'assit à l'endroit indiqué, toujours silencieux et quand Steve tendit la main et saisit la sienne, il le laissa faire. Ça lui demanda un effort conscient, de ne pas s'écarter ou se défendre, mais sa réaction épidermique du début semblait s'être apaisée.
Il regarda la main autour de son poignet. La main sur le sang séché sur son poignet. Il ne devrait pas toucher à ça. Mais avant qu'il ne puisse se dégager, Steve attrapa un linge mouillé dans la bassine, l'essora et commença à le nettoyer.
L'eau était chaude.
Ses mouvements étaient lents et attentionnés.
Steve prit le temps nécessaire pour enlever la crasse, le sang et la poussière sur sa paume, puis ses doigts, un à un, puis l'interstice entre chacun, le dos de sa main, son poignet, son avant-bras. À chaque fois que l'eau devenait froide, il replongeait le linge dans la bassine et reprenait où il s'était arrêté.
Ils ne parlaient pas. Ils n'en avaient pas besoin. Ils étaient calmes, ensemble, et ça suffisait pour le moment. Il ressentait un contentement qui n'était pas le sien, un soulagement de pouvoir aider, de faire quelque chose d'utile pour son ami.
Son ami.
Bucky.
Lui.
Enfin une partie de lui. Une minuscule partie.
Celle qui avait plus besoin de contact avec Steve que de respirer.
Celle qui voulait le protéger.
Celle qui transparaissait dans certains de ses souvenirs.
Celle qui s'était battue - et se battait encore - pour exister.
Celle qui était là, avant la torture, avant les expériences, avant le conditionnement, avant les meurtres, avant le soldat.
Il voulait que cette partie grandisse. Il voulait se souvenir, ne plus avoir peur que Steve le touche, ne plus avoir peur de l'attaquer, de le blesser.
Il voulait le voir sourire comme il souriait à Bucky - à lui - sur la vidéo du Smithsonian.
Les mouvements du linge sur sa peau étaient hypnotiques. La chaleur de l'eau et la main qui soutenait la sienne, la tournait, la caressait le mettait dans un état presque second. C'est à cause de ça qu'il ne se rendit compte que trop tard que Steve était en train d'attraper le bras de métal.
Il recula vivement, se mettant hors de portée :
"Non pas celle-là, je vais le faire."
"Pas question, j'ai commencé, je finis. Donne-moi ta main."
"Non."
Ce bras représentait trop de choses négatives. Il était hors de question que Steve le touche. Hors de question qu'il se rende compte d'à quel point ce truc qui était attaché à lui le dégoûtait.
Il bloqua leur lien. Il en avait pris l'habitude lorsqu'il se cachait, pourtant il fut surpris par la sensation de manque qui l'envahit immédiatement.
Leur lien s'était renforcé dans le parc, il l'avait senti lorsque le mercenaire d'HYDRA avait tiré, et leur premier contact physique un peu plus tôt avait terminé de le forger. Il percevait toujours la présence de Steve, il était juste incapable de détecter ses sentiments, ses émotions.
Il n'aimait pas ça. Vraiment pas. Mais il avait l'habitude que ce qu'il voulait ou appréciait n'entre pas en ligne de compte.
Il avait baissé les yeux et grimaça en entendant le ton vif de Steve.
"Hey ! Ne me bloque pas."
Puis :
"Buck, regarde-moi."
Il resta sans bouger. Ne pas le lever la tête. Il était en colère. Ils ne voulaient pas que leur superviseur soit en colère. Ils devaient rester sans bouger. Mais aucun coup ne vint. À la place, la voix s'adoucit :
"Buck, s'il te plaît, regarde-moi."
Buck. Bucky. Lui. C'était Steve qui parlait. Steve ne le frapperait pas. Mais il ne devait pas toucher le bras. Il leva les yeux et fut récompensé par un sourire :
"Écoute, je vais merder. Je n'ai pas la moindre idée de ce que je fais, de ce dont tu as besoin, donc je vais faire des erreurs. Mais ne me bloque pas. Soit en colère contre moi, hurle-moi dessus mais je t'en prie, j'ai besoin de savoir ce que tu ressens."
Il ne voulait pas se mettre en colère. C'était le soldat qui était en colère et le soldat ne savait faire qu'un chose. Il rouvrit leur lien et accueillit les pensées de Steve avec soulagement. Mais quand ce dernier retendit la main, lui demandant silencieusement qu'il lui donne la sienne, il secoua la tête.
"Ce n'est pas possible. Tu ne dois pas t'approcher de ce bras plus que nécessaire. J'ai fait des choses horribles avec cette main. Laisse-moi m'en occuper."
Heureusement, Steve n'insista pas et il lui tendit le linge après l'avoir essoré.
Ce n'était habituellement pas lui qui se lavait lorsqu'il revenait de mission. Il était déshabillé puis nettoyé au jet d'eau, puis quelqu'un s'occupait ensuite de la maintenance du bras. Mais il n'y avait personne ici pour le faire à sa place.
Il eut du mal à atteindre certaines parties, mais il parvint à enlever tout le sang et les quelques morceaux de chairs qui s'étaient immiscé dans les interstices entre les plaques de métal.
Steve se leva avec la bassine et revint quelques instants plus tard avec de l'eau et un linge propre. Il se mit à genoux devant lui et entreprit de nettoyer son visage.
Il n'osait pas trop imaginer à quoi il ressemblait, mais la couleur que prenait peu à peu l'eau lui en indiquait assez. Il se sentait observé et quelques émotions filtrèrent à travers leur lien : incrédulité, joie, tristesse. Tout se mélangeait et gagnait en intensité.
Steve déglutit et ses sentiments commencèrent à le submerger. Il devait l'aider. Il saisit son poignet et le contact entre leurs deux peaux eut un effet immédiat. Le calme parcourut leur connexion.
Il n'eut pas le temps d'en profiter car la porte s'ouvrit à ce moment.
Il avait récupéré le pied de chaise et s'était placé entre le danger et Steve avant même que ce dernier ne se soit totalement retourné pour regarder qui était entré.
Qui que ce soit, c'était un ennemi. Peu importe que la personne qui venait de rentrer soit petit et se tienne comme un civil. Avec les bonnes connaissances, avec les bons mots, n'importe qui pouvait faire de lui ce qu'il souhaitait.
Faites que cet homme ne soit pas d'HYDRA, qu'il ne connaisse pas le livre et ses mots.
La peur et la panique montaient en lui et le soldat recommençait à s'agiter. Steve le plongeait dans une sorte de léthargie, mais la présence d'un inconnu éliminait totalement cet effet. À cet instant, ce n'était pas un problème. Il serait beaucoup plus efficace que lui s'ils devaient se battre.
Il fut envahi par un profond sentiment de reconnaissance et de joie. Ce n'était pas le sien et, sans quitter entièrement le nouveau venu des yeux, il observa Steve pour savoir ce qui l'avait autant affecté. Il fronça les sourcils quand il vit des larmes envahir le bleu qu'il aimait tant. Pourquoi est-ce qu'il pleurait ?
Son attention fut à nouveau attiré sur l'homme brun lorsqu'il brisa le silence de la pièce :
"Je suis heureux de voir que vous avez repris possession de vos moyens, sergent Barnes. Je vous assure que je ne vous veux aucun mal, à aucun d'entre vous. Vous pouvez poser votre arme."
Sergent Barnes ? Sergent James Buchanan Barnes. Lui. Avant HYDRA.
Jusqu'à maintenant, seul Steve l'avait appelé autre chose que le soldat, l'atout ou l'arme. Il ne savait pas quoi penser du fait que cet inconnu fasse de même. Il n'avait pas l'air dangereux. S'il n'était pas d'HYDRA, s'il ne connaissait pas les mots, ils pourraient se débarrasser de lui en quelques secondes.
Il sentit à cet instant une vague de calme tenter d'entrer dans sa psyché. Elle était différente de celle de Steve, pas tout à fait aussi malvenue que celles qui l'avaient effleuré plus tôt, mais différente quand même.
Il regarda son compagnon de cellule.
C'est toi ?
L'homme attira à nouveau leur attention
"C'était moi. Je suis désolé, je sais que c'est extrêmement impoli de s'immiscer dans un lien entre un guide et son sentinelle, mais vos émotions sont encore à vif. je me suis dit qu'un coup de main serait appréciable. Nous ne voulons pas que vous entriez dans une nouvelle crise."
Pendant que l'inconnu parlait, Steve s'était approché. Il s'installa à ses côtés. Il ne comprenait rien de ce que racontait l'homme à l'entrée de la pièce. C'était quoi un guide ? Et un sentinelle ?
Il ne voulait pas discuter avec lui. Il ne lui faisait pas confiance. Et puis, il n'était pas certain qu'il n'était pas un membre d'HYDRA. Il n'avait pas le droit de s'adresser aux gens d'HYDRA, pas tant qu'on ne lui posait pas une question directe.
Mais Steve était différent. Il n'y avait pas de règles avec lui, pas de punitions s'il n'obéissait pas. Il pouvait lui poser autant de questions qu'il voulait. Et il pouvait croire les réponses qu'il recevrait. Il ne lui mentirait pas.
"De quoi il parle ?"
"De nous. Enfin de ce que nous sommes. A priori, nous ne sommes pas les seuls à avoir ce lien spécial. Ce n'était pas le cas durant notre jeunesse, mais maintenant c'est un phénomène connu."
D'autres comme eux ?
"Qu'est-ce que c'est ?"
"Je n'ai eu que la version courte, tu devrais peut être poser tes questions à Blair. C'est un spécialiste."
Spécialiste ou pas, il ne lui faisait pas confiance. Il n'avait pas besoin de réponse maintenant. Il attendrait d'être seul avec Steve.
"Pas la peine."
Mais il voulait savoir.
Il ne comprenait pas ce qui se passait. Il ignorait si cet inconnu était un allié ou un ennemi.
La présence prolongée de ce dernier dans la cellule, la crainte d'être en danger, que Steve soit en danger, qu'il ne puisse réagir que trop tard en cas d'attaque, toutes ces pensées négatives nourrissaient le soldat.
Ses pensées devenaient de plus en plus agitées, violentes.
Il s'écarta vivement lorsque Steve tenta de le toucher. Il entendit le bois du pied de chaise craquer sous la pression de ses doigts de métal.
Il perdait le contrôle. Le soldat gagnait en puissance.
Une nouvelle vague de calme traversa la salle. Ce n'était pas Steve. Son esprit se rebella contre l'intrusion.
La mâchoire serrée, il grogna :
"Ne faites pas ça."
Il entendit sa propre voix, glaciale et menaçante et ne fut pas surpris lorsque Steve tenta d'apaiser la situation :
"Blair ne veut que nous aider. Si j'ai pu rentrer, c'est grâce à lui. Il est de notre côté."
Cette annonce eu l'effet contraire à celui escompté. Sa colère monta d'un cran.
"C'est de sa faute si tu es entré ici ? Alors que je ne contrôlais plus rien ? J'aurai pu te tuer à la seconde où tu as passé cette porte !"
"On a déjà eu cette conversation, tu ne m'aurais jamais fait de mal et tu le sais."
Idiot.
Il avait envie de le secouer jusqu'à ce qu'il comprenne.
Ils étaient dangereux. Il n'avait qu'une maîtrise très partielle sur le soldat et elle s'amenuisait à chaque seconde. À chaque fois que sa colère augmentait, il sentait l'autre se renforcer.
Quand Steve tenta de l'approcher à nouveau, il se recula. Pas de contact. Pas de coups. Pas de douleur. Il s'arrêta lorsque son dos s'appuya sur le mur.
Il sentit, au milieu de sa propre détresse, un inquiétude qui n'était pas la sienne. Mais quand il entendit Steve proposer à l'inconnu de se servir de son étrange pouvoir sur lui, sa colère se transforma en furie :
"Essayez encore une fois de jouer avec mes émotions et je vous tue."
Il ignorait si c'était lui ou le soldat qui venait de prononcer cette menace, mais il ne faisait aucun doute qu'ils la mettraient tous les deux à exécution. Sans la moindre difficulté. Il pouvait traverser la pièce en quelque secondes, avant même que Steve et ses super réflexes ne puissent réagir. Il leur suffirait de tordre le cou de l'inconnu. En moins de cinq secondes, il serait mort.
Il ne laisserait plus personne s'amuser avec son cerveau, avec ses sentiments, ses souvenirs. Plus jamais on ne lui arracherait son libre arbitre. Il avait trop bataillé pour le récupérer.
Pourtant Steve n'avait pas l'air de cet avis. Il semblait horrifié par ses menaces.
"Bucky, tu ne peux pas…"
L'inconnu, ce Blair, le coupa :
"Je comprends tout à fait sergent Barnes. Comme je vous l'ai dit, c'était extrêmement maladroit et impoli de ma part. Ce n'est pas quelque chose que nous avons l'habitude de faire, mais il y a tellement de particularités dans votre situation que j'ai jugé nécessaire d'intervenir. Je ne le ferai plus et je donnerai l'ordre que personne d'autre ne le fasse, sous n'importe quelle condition. Est-ce acceptable ?"
Encore ce sergent Barnes.
Il n'avait pas l'habitude qu'on lui demande son avis. Était-ce un piège ? Un moyen de lui faire baisser sa garde ? Steve n'avait pas l'air inquiet. Il connaissait cet homme. Et il ne ferait jamais rien pour le faire souffrir. Il voulait le protéger, il le sentait à travers leur lien, un besoin aussi intense que le sien, l'absolue certitude qu'il serait prêt à tout pour lui.
Il resta à sa place, mais hocha la tête.
Cela sembla suffire à Blair, car il changea de sujet :
"Je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Je venais juste vous annoncer qu'un repas devrait bientôt vous être servi, et vous donner quelques informations supplémentaires."
Il fit une petite pause et se tourna vers lui :
"Sergent, je crains que, même si Steve est libre de ses mouvements, nous ne soyons dans l'obligation de vous garder dans cette pièce pendant encore 24h au minimum. Pour la sécurité de tous."
"Si Bucky reste ici, je reste aussi."
Ses yeux se dirigèrent d'eux-même vers le ciel. Quelque chose lui disait que c'était un mouvement que Bucky - le lui d'avant - faisait souvent quand Steve parlait.
Blair n'avait pas l'air surpris non plus.
"Je me doutais que vous diriez cela et j'allais de toute façon vous le conseiller. Ça ne peut qu'avoir un effet bénéfique. Le directeur Fury a cependant demandé à vous voir au plus vite. Je lui ai recommandé d'attendre jusqu'à demain, mais je crains de ne pas pouvoir le retenir beaucoup plus longtemps. Vous devriez réfléchir aux informations que vous acceptez de lui donner."
Steve leva un doigt vers une des caméras au plafond. Il devait ignorer qu'elles n'étaient pas en état de marche parce qu'il dit :
"Je pensais que la situation était claire pourtant."
"La pression psychique du sergent Barnes était assez forte pour griller les circuits et nous n'avons pas eu le temps de les réparer."
La quoi ? Quelle pression psychique ?
"Ce qui s'est passé dans cette pièce ces six dernières heures est donc perdu. J'ai cru entendre les techniciens dire qu'ils attendaient des pièces de rechange pour le milieu de l'après-midi. Largement assez de temps pour manger et discuter entre deux amis qui ne se sont pas vu depuis longtemps. Et ma position au conseil des guides me permet de garder toute discussion avec vous privée."
Il y avait plusieurs choses qu'il ne comprenait pas dans cet échange, mais il sentit le soulagement de Steve. Vu la manière dont ses épaules se détendirent, il aurait pu s'en rendre compte même sans leur lien.
"Merci Blair. Pour tout."
"De rien, c'était tout à fait normal. Je vous laisse, on se voit demain. Passez une bonne fin de journée. Vous aussi sergent."
Blair le salua de la tête et sortit de la pièce.
Dès que la porte se referma, il sentit la déception et la fermeté irradier de son compagnon de cellule. Il savait déjà ce qu'il allait dire avant même qu'il n'ouvre la bouche.
"Garde ta salive. Je ne veux pas en parler."
"Buck… Tu ne peux pas…"
La colère qu'il tentait de maintenir sous contrôle explosa. Il hurla :
"Je t'ai dit que je ne voulais pas en parler ! Tout comme j'ai interdit à ce type d'utiliser son truc bizarre sur moi ! Je refuse que tu prennes les décisions pour moi."
Sa respiration s'accéléra.
Était-ce si compliqué de comprendre qu'il ne voulait pas, ne voulait plus que l'on prenne des décision à sa place ? Pourquoi est-ce qu'il ne comprenait pas ?
On leur avait ôté toute possibilité de choisir pendant si longtemps. Tout choix. Et même le droit de dire qu'ils n'étaient pas d'accord. Ils ne voulaient pas recommencer. Même pour Steve. Il devait garder cette liberté durement retrouvée. Mais si Steve voulait leur enlever ? Si Steve les y obligeait ? Pourraient-ils dire non ? Voudraient-ils dire non ?
Le soldat avait la réponse, lui.
"Tu ne peux pas… Je ne veux pas…"
Un son rauque sortit de leur gorge.
Le pied de chaise éclata sous la pression du bras de métal. Quand l'ennemi approcha, le soldat le saisit par la gorge et le plaqua contre le mur. Ils ne lui coupaient pas entièrement la respiration mais le maintenaient à plusieurs centimètres au dessus du sol. Cet homme était fort. Plus fort qu'eux. Mais il ne se débattait pas. Il se contenta de parler d'une voix calme, éraillée par la pression autour de sa trachée. Il leur suffisait de serrer un peu plus.
Tuer. Ou être tué. C'était leur vie, les règles du jeu. Et il était hors de question de mourir.
"C'est moi, c'est Steve… Tu es en sécurité. Je suis désolé… Bucky, s'il te plaît."
Steve.
Bucky.
James Buchanan Barnes.
C'était lui. Avant.
Pas le soldat. Il n'était pas le soldat.
De la sérénité s'immisça à travers la peur et la colère. La sensation repoussa le soldat et il lâcha la gorge de Steve à la seconde où il se rendit compte de ce qu'ils avaient pratiquement fait. Il recula. Il avait essayé de le tuer. Il avait perdu le contrôle juste une fraction de seconde. Il avait failli le tuer.
Il s'arrêta au milieu de la pièce.
Haletant, il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il était dangereux. Steve devait le mettre hors d'état de nuire. Pour sa propre sécurité. Il ne s'était pas défendu. Il ne s'était pas défendu.
Steve fit un pas en avant.
"Ne m'approche pas."
Pour une fois, cet idiot obtempéra. Invraisemblable.
Il le laissa récupérer son souffle et la maîtrise de ses sentiments. Puis, il ne put s'empêcher de dire :
"Ce n'est rien. C'est de ma faute, je n'aurai pas dû t'approcher comme ça. Je suis vraiment désolé."
Ce n'était pas croyable. Il l'avait attaqué, il avait failli le tuer. Et cet idiot s'excusait !
"Tais-toi Steve ! Arrête de t'excuser à tout bout de champ ! Tu n'as rien fait de mal. Si quelqu'un doit s'excuser, c'est moi. J'ai failli te tuer, putain !"
"Ton langage !"
Ces quelques mots firent naître un souvenir dans son cerveau.
Une explosion. Dum Dum qui le regardait, les yeux écarquillés par l'horreur. Sa propre panique. Steve n'était pas sorti. Steve n'était pas sorti. Leur course effrénée à travers les gravats, les ennemis encore debout. Cette silhouette qu'il pouvait reconnaître n'importe où, entourée de fumée, le côté droit de son costume entièrement brûlé.
Sa voix : tout va bien. Je n'ai rien.
Dugan : mais quel sale con !
Lui : Je vais le tuer moi-même, putain.
Captain America : Votre langage tous les deux !
Le rire, à moitié hystérique, à moitié soulagé des Commandos Hurlants.
Il se rappelait d'eux maintenant, de leur équipe. Ce n'était plus seulement une information qu'il avait glané au Smithsonian. Encore un souvenir. Insignifiant, mais qui lui rappelait qu'il avait été un autre homme, un qui pouvait s'amuser devant le sens des priorités de son meilleur ami.
Il ne put retenir le rire qui quitta sa gorge, lui aussi en partie soulagé, en partie hystérique.
"Je viens d'essayer de te tuer et tout ce que tu trouves à me dire, c'est de faire attention à mon langage ? Franchement Steve ? Ton sens des priorités est véritablement biaisé."
Il devait lui faire comprendre. Malgré son envie, son besoin de le protéger, ses souvenirs qui revenaient, il n'était pas assez fort pour contrer la présence qui hantait son esprit. Il finirait par attaquer, encore. Il finirait par le tuer.
"Sort d'ici. Tu n'es pas obligé de rester alors va-t'en avant qu'il ne soit trop tard."
Il le regarda approcher avec anxiété, mais ne chercha pas à l'arrêter ou à s'éloigner. Il était tellement fatigué de se battre.
Tout représentait une lutte : rester loin de Steve, tout comme lui permettre d'approcher, demeurer ici ou tenter d'en sortir, faire confiance ou se refermer sur lui, se souvenir ou tout oublier, résister au soldat, redevenir Bucky ou le laisser gagner. Tenir tête à son ami. Le convaincre. Ou déposer les armes.
Steve s'arrêta juste devant lui.
"Même pas en rêve. Où tu es, je suis. Tu te souviens : till the end of the line."
"Steve, écoute-moi…"
"Non c'est toi qui vas m'écouter. Je crois qu'on est d'accord pour dire que nous sommes deux idiots aussi têtus l'un que l'autre. On l'a toujours été, alors j'arrête de m'excuser, même quand c'est manifestement ma faute, et toi tu arrêtes d'essayer de m'envoyer loin de toi. On a un deal ?"
Le convaincre ? Ou déposer les armes ?
Il ne savait pas. Pourquoi faire des choix était-il si difficile ?
"Je ne partirai pas Buck. Si, et j'insiste sur le si, je pense à un moment être en danger, je suis assez grand pour me défendre. Tu sembles oublier que je ne suis plus le maigrichon que tu as connu toute notre jeunesse."
En fin de compte, il le laissa faire ce qu'il voulait.
Il le laissa faire ce qu'il voulait quand il l'entraîna vers la plate-forme au milieu de la pièce.
Il le laissa faire ce qu'il voulait quand il le fit s'asseoir sur le matelas.
Il le laissa faire ce qu'il voulait quand un jeune homme leur apporta un plateau avec de la nourriture. Même s'il se plaça entre lui et la nouvelle menace par réflexe.
Il le laissa faire ce qu'il voulait quand Steve amena leur repas et lui tendit son assiette.
Le repas se passa en silence, ainsi que les premières minutes allongés côte à côte sur le matelas.
Il était fatigué. Son corps pouvait tenir bien plus longtemps sans sommeil. Il avait tenu bien plus longtemps sans sommeil. Mais les dernières heures avaient été mentalement éprouvantes. Ses sens hors de contrôle. Les émotions bien trop fortes, celles de Steve comme les siennes. Le soldat. La colère. La peur, pour lui mais surtout pour Steve.
Tout ça était un peu trop pour son esprit à l'équilibre plus que précaire.
Il voulait se reposer un peu. Pas dormir, il en serait incapable ici. Trop d'inconnues. Trop de dangers potentiels. Mais juste se reposer. Fermer les yeux et ne penser à rien. Le simple contact de la main de Steve contre la sienne le calmait. Ça l'aiderait à récupérer. Juste un peu.
Mais son ami avait une autre idée en tête. Il sentait qu'il n'avait pas terminé, qu'il y avait un sujet qu'il voulait aborder. Autant en finir. Sa voix lui parut extrêmement lasse quand il parla :
"Cela ne peut pas attendre un peu ?"
"Je crains que non. Les caméras et les micros vont bientôt refonctionner. J'ai besoin de savoir ce que tu acceptes de divulguer demain."
C'était sans importance. Rien ne pourrait le sauver. Ce qu'il avait fait était impardonnable.
"Je ne sais pas."
"Ce lien que nous avons, nous ne sommes pas les seuls. Nous pouvons continuer de le cacher si tu le souhaites, mais il y a des conventions internationales pour protéger les gens comme nous maintenant. Nous n'avons plus besoin de nous cacher."
Ça le surprit. Toute sa vie, il avait cru que ses capacités étaient uniques. Le fruit d'une quelconque expérience qu'il avait subi dans les mains d'HYDRA.
Lorsqu'ils s'étaient retrouvés, il s'était imaginé que leur lien était unique lui aussi, né de son besoin de le protéger, des sentiments qu'il avait pour son ami d'enfance. Il n'avait jamais cherché à le comprendre, ne l'avait jamais questionné. Il était là, aussi familier que n'importe quelle partie de son corps. Plus familier que n'importe quelle partie de son corps.
"Tu veux leur dire ?"
"Non... Enfin si ! Je ne sais pas. Je n'arrive pas à savoir ce qui t'aiderait le plus."
Il devait mettre les choses au point maintenant.
Steve n'avait pas besoin de rester ici avec lui. Il était un danger pour quiconque s'approcherait trop. Et même s'il ne le tuait pas, il ne ferait que l'entraîner dans sa chute. Si ce n'était pas HYDRA qui les retenait ici - et il commençait à croire que c'était le cas - ses crimes passés allaient le rattraper. Il était impossible qu'on le laisse tranquille avec toutes les horreurs qu'il avait perpétrées.
"Il n'y a rien à faire Steve. Il va falloir que je fasse face aux conséquences de mes actes. Je préférerai ne pas t'entraîner avec moi."
"Tu n'étais pas toi. Je t'ai connu toute ta vie, si tu ne veux pas croire en toi, crois en moi. Cet homme que j'ai rencontré sur le pont et celui de l'héliporteur, ce n'était pas toi."
Non c'était le soldat. Mais cela ne changeait rien. Rien du tout. Il faisait partie de lui. Il ne pourrait jamais s'en débarrasser.
"Comment peux-tu en être si sûr ? Tu as vu a quelle vitesse il est réapparu ? C'est peut-être qui je suis maintenant."
Steve se rapprocha. C'est le front contre le sien qu'il murmura :
"Alors on va apprendre à le contrôler ensemble. Comme nous l'avons toujours fait pour tout ce qui se passe dans ta tête. Si je leur dis que nous sommes liés, ils ne pourront pas nous séparer."
Ce n'était pas une bonne idée.
Il devrait profiter de l'occasion pour l'éloigner. L'obliger à comprendre. Il y avait certainement des gens dehors qui pourraient lui faire entendre raison. Mais le contact entre leurs peaux, le souffle de Steve contre ses lèvres sapaient sa détermination.
Il ne put qu'acquiescer.
"Mmmmmh."
Il restèrent ainsi durant plus d'une demi-heure. Leur proximité calma ses pensées jusqu'à ce qu'il entre dans un état presque second. Puis brusquement, il entendit les caméras se remettre en route. Il s'éloigna du réconfort offert par le corps allongé à ses côtés. Leur position était bien trop intime, les gens allaient se poser des questions.
Il expliqua les raisons de son comportement à Steve et celui-ci lui attrapa le poignet pour l'attirer à nouveau face à lui.
"Idiot. Je te l'ai dit, les choses ont changé, nous n'avons plus besoin de nous cacher. Personne ne nous jugera pour chercher un quelconque contact entre nous, ni ne s'imaginera que nous… Enfin tu vois de quoi je parle."
Il voyait tout à fait.
Sa mémoire contenait quelques scènes de moqueries, de sous-entendus sur lui et Steve. Peu importe que jamais ils n'aient franchi les limites de l'amitié, ils devaient donner le change. Cacher leur lien. Deux hommes n'avaient pas le droit d'être aussi proches. C'était contre nature.
Il se souvenait vaguement d'avoir toujours trouvé cette idée profondément injuste. On ne décidait pas de qui on tombait amoureux, de qui on désirait.
Il y avait quelque chose d'important derrière ce souvenir, quelque chose qu'il n'arrivait pas encore à définir, quelque chose qui avait un rapport avec Steve, avec Bucky. Cet ancien lui dont il se souvenait un peu, celui qu'il ne pourrait certainement plus jamais être.
Mais avant qu'il ne puisse trouver ce que c'était, Steve le lâcha, déçu :
"Mais si tu préfères t'éloigner, pas de problème. L'important c'est que tu dormes. Tu veux que j'aille m'installer plus loin ? Je peux m'allonger par terre."
Cette habitude au sacrifice était exaspérante. Il se demanda brièvement si l'ancien lui était aussi irrité par ce comportement. Parce que, bien évidement, ce n'était pas un trait de caractère nouveau chez cet idiot qui lui servait de meilleur ami.
"Reste ici. Repose-toi."
"Il faut que tu dormes aussi Bucky."
"Pas ici."
C'était impossible. Il y avait trop de choses qui pouvaient mal tourner. Que se passerait-il s'ils se réveillaient avec le soldat aux manettes ? Il sentait que la tête de mule allait argumenter et il l'arrêta avant qu'il ne se lance.
"Écoute Steve, il y a beaucoup de choses avec lesquelles je me bats qui sont compliqués. Dormir et manger en font partie."
Quand Steve ouvrit la bouche pour intervenir, il le coupa à nouveau.
"Non, je ne veux pas en parler. Pas maintenant, peut-être jamais. Tu dois accepter que je ne suis plus celui que tu as connu. Je ne me souviens même plus vraiment de qui il est. S'il n'y avait pas ce truc entre nous, j'aurai terminé ma mission et je serai de retour en cryo. Ces dernières semaines, j'ai tenu à cause de toi, car tu es la seule chose dont je suis sûr et même cela ne suffit pas toujours. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre, mais ne m'oblige pas être quelqu'un que je ne suis plus."
La honte l'envahit lorsqu'il ressentit toute la peine, la tristesse et la colère de Steve. Il ne souhaitait pas le faire souffrir. Il fallait pourtant qu'il comprenne.
Il voulait aller mieux, il voulait redevenir son ami, mais il ne savait pas s'il en serait jamais capable. Il était complètement perdu. Certains souvenirs, certaines opinions, certains sentiments faisaient sens, mais d'autres n'étaient rattachés à rien, des bribes de souvenirs, de pensées, d'idées dont il ignorait la provenance. Était-ce les siennes ? Celles de Bucky ? Celles du soldat ? Le conditionnement ? Hydra ? Autre chose ? Comment pourrait-il se construire sur des fondations aussi fragiles et incertaines ?
Il s'approcha de Steve. Il avait besoin de sa présence pour se calmer. Il ne voulait pas avoir une nouvelle crise de panique. Mais ça aussi, c'était une habitude dont il ignorait la provenance. La seule chose qu'il savait était qu'il en avait besoin, qu'ils en avaient besoin.
ooOoo
Finalement Steve finit par s'endormir. Le calme de sa respiration, de ses pensées, sa présence à ses côtés, le contact entre leurs bras l'aidèrent à se reposer. Il ne dormit pas vraiment, mais c'était suffisant.
Il réfléchit longuement aux discussions de la journée. À ce dernier échange. Une chose était claire : Steve ne le laisserait pas. Il se fichait qu'il soit dangereux, qu'il soit un criminel, qu'il risque de le tuer.
Il avait un choix à faire. Un choix important. Partir ou rester.
Les deux lui paraissaient aussi insurmontable l'un que l'autre.
Il craignait que partir ne soit déjà plus possible. Et dans un sens, il en était soulagé.
Mais d'un autre côté, il n'avait aucune chance de redevenir l'ancien Bucky, pas avec tout ce qu'il avait vécu et perdu. Peut-être qu'avec le temps, le retour de ses souvenirs et l'aide de Steve, il pourrait s'en approcher. Mais jamais il ne récupérerait toutes les facettes de son ancienne personnalité.
Au pire, il devrait apprendre à contrôler sa colère et le soldat. L'alternative n'était pas envisageable. S'il perdait l'emprise sur ses pensées, sur son corps, l'autre prendrait les rênes et il massacrerait tout autour de lui, Steve y compris.
Surtout Steve.
Il l'observa pendant quelques minutes. Il s'était approché de lui durant son sommeil et il ronflait légèrement.
Bucky sourit. Bucky. Le nom lui était familier quand c'était Steve qui le prononçait, mais dans son esprit, il résonnait étrangement. Pourtant, s'il voulait donner le change, s'il voulait commencer à guérir, il fallait qu'il s'habitue à nouveau à cette identité.
Il laissa la sérénité qui parcourait leur connexion l'envahir. Il entra sans difficulté dans le demi-sommeil qu'il utilisait lors de ses longues missions de surveillance.
Son corps et son esprit se reposèrent alors que ses sens restaient en éveil.
Ce ne fut que lorsque Steve passa une jambe et un bras au dessus de lui, que le poids de ses membres le clouèrent au matelas, que la panique l'en fit sortir.
Son premier réflexe fut d'attaquer. Attaquer pour se libérer. Attaquer pour se défendre.
Mais c'était Steve.
Il contracta tous ses muscles et se retint de bouger. Il perçut lorsque Steve se réveilla. Ce dernier s'éloigna lentement, mais il garda la main contre la sienne. Un simple contact. Mais dont ils avaient désespérément besoin.
Il réussit à calmer sa respiration et à arrêter la crise de panique.
Puis Steve s'excusa.
Encore.
Bucky soupira. Ils n'y arriveraient jamais.
Comment pourraient-ils s'en sortir si une chose aussi innocente qu'un bras autour de la taille le bouleversait à ce point ? Et Steve avait promis de ne plus s'excuser à tout bout de champ.
"Arrête de t'excuser."
"Mais j'ai encore…"
Ce n'était pas de sa faute. Quand est-ce qu'il allait le comprendre ? Bucky était cinglé. C'était lui qui devrait se faire pardonner. Il coupa son ami :
"Et ça arrivera encore et encore. Ce n'est pas de ta faute, c'est la mienne. Je sais que je ne risque rien, pas avec toi, jamais tu ne me ferai du mal, mais cela ne change rien à ma réaction. Ça ne fonctionnera pas Steve. Nous n'avons aucun moyen de savoir ce qui va me faire tiquer et, un jour, cela va mal finir."
"Je croyais que l'on avait un accord là-dessus."
Et cet idiot n'avait toujours pas rempli sa part de ce contrat. Il lui fit remarquer, ce qui eu pour effet de les plonger tous deux dans le silence.
Du moins jusqu'à ce que Steve le brise :
" Je veux essayer quelque chose. Tu me fais confiance ?"
Comme s'il avait besoin de réfléchir pour répondre à cette question. C'était la seule et unique chose dont il était certain, même s'il appréhendait un peu de découvrir ce que son interlocuteur avait derrière la tête.
"Bien sûr. A quoi tu penses ?"
"Plutôt que de buter et de se renvoyer la balle sur ce qui ne marche pas, on pourrait chercher ce qui fonctionne."
Il ne comprenait pas où Steve voulait en venir.
Bucky était conscient du fait qu'il ne faisait que survivre chaque jour. Tout était difficile et compliqué, même les choses qui auraient dû être simples. Il ne voyait pas comment faire pour arranger ce point particulier.
"L'idée du moindre petit contact me révulse et je ne supporte le tien qu'à petites doses, je ne vois pas comment contourner ce problème."
"Je pensais justement te laisser gérer cette dose, mais comme je ne peux pas contrôler ce que je fais en dormant… allonge-toi sur le côté face à moi."
Il s'exécuta.
Il observa Steve pendant que ce dernier se rallongeait à côté de lui. Puis il lui tourna le dos, attrapa son poignet et l'attira contre lui.
Il se laissa faire. Le vide dans son dos lui donnait une voie de retraite s'il en avait besoin. Et il resterait libre de ses mouvements, quoique Steve fasse.
Ce dernier était déjà en train de faire passer son bras autour de sa taille lorsque Bucky se rendit compte qu'il avait attrapé le poignet de métal.
Il se dégagea et recula. Pas celui-là. Ce bras tuait des gens. Il n'avait jamais rien fait d'autre que le mal. Ce bras était l'arme du soldat.
"Stevie, non."
"Okay. Ce n'était pas une bonne idée. Tu peux me dire ce qui t'a fait réagir ? Tu n'avais pas l'air contre au départ."
Ils ne s'en sortiraient jamais. Comment expliquer tout ce que représentait ce bras ? Comment expliquer la présence du soldat sans faire fuir la personne la plus importante à ses yeux ?
Il devrait peut-être lui avouer. Lui dire qu'il y avait un monstre en lui. Un monstre qu'il avait lui-même créé, parce qu'il était trop faible pour résister, trop faible pour faire ce qui était nécessaire, trop faible pour mettre fin à ses jours.
Il resta silencieux. Il ne pouvait pas dire la vérité. Il ne voulait pas perdre Steve. Mais il ne pouvait pas non plus le laisser s'approcher du bras.
Il finit par annoncer :
"Pas ce bras. Le reste est envisageable, mais je ne peux pas laisser ce truc te toucher comme cela."
"Ce n'est pas un truc Bucky, c'est une partie de toi."
"C'est une arme, rien de plus. Une arme avec laquelle j'ai fait des choses horribles. Une arme dont je voudrais me débarrasser. Elle ne t'approche pas plus que nécessaire !"
"Donc de l'autre côté, c'est possible ? Avec ton autre bras, je veux dire."
Dieu ce qu'il était têtu !
Il se souvenait de ce fait depuis longtemps. Mais se rappeler de quelque chose et le vivre était très différent. Était-ce parce qu'il redevenait un peu plus Bucky qu'il était exaspéré par ce comportement ? Ou est-ce que ça agaçait tout le monde ? Il se demanda si Steve agissait ainsi avec Sam ou la Veuve. Peut-être qu'il ne se le permettait qu'avec lui.
Bizarrement, cette idée lui plaisait. Beaucoup.
Lentement, il hocha de la tête.
Steve se redressa immédiatement. Il était déjà en train de passer au dessus de lui quand il s'arrêta de lui-même. Il le regarda, un sourire gêné aux lèvres.
"On va faire l'inverse plutôt."
Il se rallongea à ses côtés et attendit que Bucky bouge à son tour. C'était n'importe quoi. Il n'était pas fragile. Il n'avait pas besoin que l'on prenne des pincettes avec lui.
Et pourtant.
Pourtant, ses réactions étaient tellement imprévisibles que Steve devait faire attention auprès de lui. Juste parce qu'il était instable et qu'un rien le faisait paniquer.
Il amorça le mouvement qui allait l'emmener de l'autre côté du matelas. La situation était tellement idiote qu'il ricana :
"C'est quand même n'importe quoi. Ce que tu es obligé de faire à cause de toutes ces conneries dans ma tête."
"Ton langage !"
Il pouvait utiliser le langage qu'il voulait, il était probablement la machine à tuer la plus efficace de ces dernières décennies ! Et il avait tellement de problèmes que son meilleur ami, celui qui préférerait mourir plutôt que de le blesser, représentait quand même une menace à ses yeux.
Merde !
Les sentiments de Steve était si clairs que Bucky pouvait pratiquement entendre ses pensées.
Jamais Steve ne lui ferait de mal. Jamais il ne lui imposerait quelque chose contre son gré. Mais le savoir ne l'empêchait pas d'être terrorisé.
Tout contact devait être évité. Personne ne le touchait jamais pour une autre raison que le faire souffrir. Jamais.
Une main se referma autour de son poignet. Il baissa les yeux. Steve était juste en dessous de lui.
Le regard planté dans le sien, il parla doucement :
"Je ferai tout ce qu'il faut. Je serai exactement ce dont tu as besoin, sans question et sans explication à donner. Tu n'as qu'à demander. Tu le sais ça ?"
Cet idiot.
Steve était préoccupé, mais il ne laissait pas cette inquiétude le faire douter. Il était certain d'avoir retrouvé son meilleur ami. Et il se battrait afin de le garder à ses côtés.
Dans un sens, il n'avait pas changé du tout et au fond de lui, Bucky savait que cet homme devant lui était le même petit garçon avec qui il avait grandi. Il ne s'en souvenait pas vraiment, mais ce n'était pas grave.
Par contre, ce qu'il ressentait à cet instant. Ça, c'était important.
Il ferma les yeux et savoura chacun de ses sentiments. De vieux sentiments. D'avant le soldat, d'avant Hydra. Quand il n'y avait que Steve et lui. Il ne pourrait jamais oublier son passé, mais il pouvait vivre avec. Il pouvait ressentir autre chose que de la peur, de la haine et de la colère. Il pouvait se souvenir.
Steve l'aiderait. Steve était son univers. Il l'avait toujours été.
Il rouvrit les yeux et planta son regard dans celui de son ami. Ce dernier lui sourit. Il sentit la tendresse à travers leur lien. Elle rejoignit la sienne. Il n'aurait jamais cru pouvoir ressentir à nouveau ce genre d'émotions.
Mais ça ne devrait pas le surprendre. Steve avait toujours été l'amour de sa vie.
Et il ne le savait pas. Il ne devait jamais s'en rendre compte.
Bucky ignorait pourquoi c'était important, cette information avait disparu dans les méandres de son esprit, mais il perdrait son ami si ce dernier l'apprenait.
Il serait bien resté plus longtemps installé ainsi, à profiter de cet échange mais il avait trop peur que son secret soit dévoilé. Il finit par couper leur contact visuel et se rallongea de l'autre côté du matelas.
Il pressa légèrement sur l'épaule de Steve afin le pousser à bouger lui aussi. Il s'approcha ensuite et passa un bras autour de sa taille.
Ce n'était pas une position habituelle, pour aucun d'entre eux.
Il le sentait dans la manière dont le corps entre ses bras se raidit légèrement. Dans la manière dont son souffle soulevait les cheveux de son ami. Dans la manière où leurs jambes ne trouvaient pas leur place les unes par rapports aux autres.
La familiarité qui naissait lors du contact de leurs fronts, ou de la paume de Steve sur sa mâchoire, lorsque leurs bras se frôlaient ou que leur mains se trouvaient, cette familiarité là avait totalement disparu.
Par rapport à toutes ces petites choses, qu'il avait oubliées mais qui lui paraissaient habituelles et normales, cette position était différente. Presque plus intime.
Il murmura contre la nuque de son ami :
"Je pense pouvoir gérer seul à partir de là. Si cela devient trop, je peux m'éloigner. Rendors-toi."
"Mmmmmh mmmh."
Malgré son accord, Steve restait tendu. Bucky fouilla dans son esprit et perçut son hésitation, sa légère incompréhension accompagnée d'un peu de gêne. Mais très rapidement, il se détendit et s'endormit.
Bucky avait peut-être des trous dans sa mémoire, une liste longue comme le bras de problèmes et de traumatismes, mais même lui savait que leur position était celle de deux amants.
Elle avait perturbé Steve, c'était évident.
Elle n'avait pas le même effet sur lui.
Il avait l'impression d'avoir attendu ce moment toute sa vie. Il savait sans l'ombre d'un doute qu'il en avait eu envie autrefois, tout comme il savait que c'était la première fois qu'il osait. C'était une des ces choses dont il n'avait pas besoin de connaître la provenance pour être certain de sa véracité.
Un peu comme le fait qu'il savait que Steve ne devait jamais, jamais découvrir ce qu'il représentait vraiment pour l'ancien Bucky. Ce n'était pas à lui de vendre la mèche. S'il avait préféré se taire toutes ces années, c'était qu'il avait ses propres raisons. De bonnes raisons.
Steve était la personne la plus importante pour lui. Le centre de son univers. Mais cette part de lui avait probablement disparu pour toujours. Rien que l'idée de l'intimité que ça réclamait lui donnait des sueurs froides.
Ses pensées débloquèrent un nouveau souvenir. Il le sentait approcher, prendre forme dans son cerveau. Ce n'était pas la première fois, il en récupérait de plus en plus. Le phénomène avait commencé avec Steve sur l'héliporteur et il avait continué avec le Smithsonian et la douche et la soupe et pleins d'autres petits détails. Certains agréables. D'autres beaucoup moins.
Et il savait, à cet instant, qu'il ne voulait pas de ce souvenir. Que ce que son esprit avait oublié était, en quelque sorte, pire que la chute. Pire que les expériences. Pire que les missions.
Il s'éloigna le plus doucement possible de la forme endormie contre lui. Il resta allongé au bord du matelas, le regard tourné vers le plafond.
Sa respiration était bien trop rapide. La panique était à deux doigts de le submerger.
Il ne voulait pas de ce souvenir. Il n'en voulait pas.
Il étouffa un gémissement. Il ne devait pas faire de bruit. Il ne devait pas réveiller Steve. Steve avait besoin de dormir. Steve n'avait pas besoin de savoir.
Il ne voulait pas se souvenir.
Mais comme toujours, ce qu'il voulait n'avait pas d'importance.
Il bloqua les détails du mieux qu'il put, mais ressentit pleinement la honte et la peur et la douleur et le dégoût et la haine et toutes les autres émotions qui l'avaient habité pendant que cet homme - ces hommes - …
Il ne voulait pas y penser. Un sanglot quitta sa gorge et il mordit de toutes ses forces dans sa main pour retenir les suivants.
Il ne devait pas réveiller Steve.
Comme à chaque fois qu'il perdait la maîtrise de ses sentiments, le soldat s'agita. Il n'était pas encore présent dans son souvenir. Il n'avait pas pu les protéger. Alors il s'était débattu, seul. Il se débattait encore à cette époque. Il pensait pouvoir s'en sortir. Mais ça n'avait servi à rien.
Il ne devait pas réveiller Steve.
Il devait se calmer, calmer le soldat, calmer sa respiration, calmer ses sanglots, calmer ses larmes, calmer ses tremblements.
Il ne devait pas réveiller Steve. Parce que s'il se réveillait, il saurait. Et il ne devait jamais savoir. Jamais.
Lentement, il approcha sa main de Steve. Il effleura son bras nu du bout des doigts et laissa le lien faire son œuvre. Ce n'était pas assez pour totalement l'apaiser, mais c'était un début.
Ça aidait.
Ses doigts glissèrent sur son épaule et le T-shirt bloqua une partie de leur lien. Il réapparut à la seconde où son index se posa sur sa nuque. Il remonta le long de son cou jusqu'à ce que sa main se perde dans les cheveux dorés.
Ça aidait.
Une fois qu'il fut certain qu'il serait capable de maîtriser le soldat, il reprit sa place. Il se serra le plus possible contre Steve, se servant de sa main pour attirer son ami contre lui.
Il se rendit compte qu'il tremblait toujours.
Il inspira profondément et relâcha tout l'air de ses poumons. Son souffle fit légèrement bouger les mèches blondes. Il posa ensuite le front contre la peau chaude qui se trouvait juste devant lui.
Il chassa cet horrible souvenir de son esprit.
Ses tremblements mirent de longues minutes à ralentir. Encore plus à totalement arrêter. Mais la présence de Steve, sa chaleur, sa respiration, la sérénité qu'il irradiait pendant qu'il dormait, ça aidait.
Pouvoir être là, savoir qu'il allait bien, être capable de le protéger si quelqu'un entrait, ça aidait.
Il ferma les yeux. Il ne dormirait pas. Il monterait la garde.
ooOoo
Steve dormit comme une masse. Quand enfin il émergea, Bucky avait assez récupéré de son souvenir nocturne pour ne pas éveiller ses soupçons.
Mais ça ne l'empêchait pas d'être à cran.
D'après ce que lui avait dit Steve, il était enfermé depuis pratiquement vingt-quatre heures. Et même s'il ne semblait pas être en danger, même si HYDRA ne semblait pas être à la tête de cet endroit, rien ne lui indiquait qu'ils n'avaient pas des agents infiltrés.
Pour être honnête, il serait étonné si ce n'était pas le cas.
Il était constamment sur le qui-vive et le stress de cette dernière journée, cumulé à la fatigue, au manque de nourriture et à la remontée des souvenirs de la nuit, avaient fini par épuiser ses maigres réserves.
Il se sentait prêt à exploser et l'insistance de Steve pour qu'il mange l'avait pratiquement fait franchir ce pas.
C'est donc avec les nerfs à vif qu'il observa Blair entrer dans leur cellule, suivi de près par un second homme.
Bucky savait maintenant que Blair ne représentait pas un danger immédiat, mais c'était une toute autre histoire pour l'inconnu. Lui était dangereux. Il ne savait pas à quel point mais il éveillait quelque chose dans son esprit, un écho qui pourrait être un souvenir.
Steve connaissait cet homme et il ne paraissait pas inquiet. Enfin pas plus maintenant qu'avant que leurs visiteurs n'entrent.
Blair était resté prudemment près de la porte, et Bucky commençait à l'apprécier pour toutes ces petites choses. Il essayait de ne jamais franchir ses limites et le traitait comme un être humain, pas comme un monstre ou une machine.
Mais l'inconnu s'était planté au milieu de la cellule et le regardait avec défiance.
"Tout le monde m'a déconseillé de rentrer dans cette pièce avec vous, me disant que votre conditionnement allait vous pousser à terminer votre mission. Le seul à avoir soutenu le contraire est le professeur Sandburg derrière moi."
Il avait donc fait partie d'une mission. Ce n'était pas étonnant. Ça expliquait son impression de déjà-vu et la tension qui parcourait le lien. L'homme le quitta des yeux brièvement et son regard se posa sur Steve.
Sa propre anxiété monta d'un cran. Si ce type tentait quoi que ce soit, il le tuerait. Il finirait cette mission. Il sentait déjà le soldat s'éveiller.
"Étant donné que j'ai besoin de parler avec Monsieur Rogers et qu'il refuse de sortir d'ici, il semblerait que j'ai eu raison de l'écouter. Ai-je besoin de surveiller mes arrières ?"
Bucky le regarda sans répondre. Qu'il surveille ses arrières ou pas, qu'il soit dangereux ou pas, armé ou pas, il n'avait aucune chance.
La tension monta encore dans la pièce et il entendit les mécanismes du bras se recalibrer. Son corps se préparait à attaquer.
Mais Steve prit la décision de répondre à sa place.
"Il n'est pas un danger pour vous, Nick."
Oh que si ! Il était un danger pour ce type. Il était un danger pour tout le monde, lui y compris. L'idée qu'il puisse ne pas être létal était presque amusante.
Son regard croisa celui de Steve.
Tu t'avances peut-être un peu là.
Soit sage Bucky, il peut rendre notre vie tellement plus facile.
L'homme, ce Nick, ignorait tout de leur discussion privée et il se sentit obligé d'en rajouter :
"Danger ou pas, je sais me défendre. Par contre, je me questionne sur un point. Vous étiez complètement hors d'atteinte pas plus tard qu'hier matin. Et vous me paraissez plutôt maître de vos moyen aujourd'hui. Je m'interroge sur ce qui a pu entraîner un aussi drastique changement."
Il savait trop de choses. Il posait trop de questions. Tout chez lui était menaçant, même si rien n'avait été ouvertement prononcé. Il ne connaissait rien de cet homme, à part qu'il avait été sa cible. Et le soldat voulait terminer sa mission. Maintenant qu'ils avaient confirmé qu'on leur avait ordonné de le tuer, il était de plus en plus difficile de le contenir.
Quand la présence du soldat traversa leur lien, Steve se rapprocha. Il resta à distance mais il se plaça entre lui et leurs deux visiteurs.
"Je vous ai dit hier qu'il ne me ferait pas de mal et que je pourrai l'aider. Maintenant que vous en avez la preuve devant vous, qu'avez-vous l'intention de faire ?"
Il était intéressé par les réponses que l'inconnu allait donner. Il voulait savoir. Même s'il doutait qu'il dirait la vérité. Ce genre d'homme ne divulguait toujours que le strict nécessaire.
"Vous ne répondez pas à ma question, Rogers. Comment avez-vous fait ?"
Il vit Steve croiser les bras. Il reconnut immédiatement la position. Ce type venait de le braquer, il n'en tirerait rien de plus. Bucky l'aurait presque plaint, car Steve était l'être le plus obstiné du monde.
"Et je ne vous répondrai que lorsque vous m'aurez expliqué vos intentions."
"Je ne vous dois rien, capitaine Rogers. Cet homme est un criminel recherché, responsable d'un nombre important d'assassinats ou de tentatives d'assassinat, dont le mien il y a quelques semaines. Dois-je vous rappeler qu'il a tué une vingtaine d'hommes pas plus tard qu'hier matin et qu'il a littéralement éviscéré le dernier ?"
L'attaque du parc. Le sang sur ses mains. Pour protéger Steve. Pour faire mal. Pour blesser.
Sa maîtrise sur ses pensées commençait à s'étioler. Il était en train de perdre le contrôle. Le soldat allait attaquer. Aller tuer. Comme dans le parc.
"Ce n'était pas lui, vous le savez aussi bien que moi. C'est Hydra le seul et unique responsable."
"Hier également ? J'ai regardé les vidéos et nous avons mené une petite enquête, pourquoi Hydra aurait-il envoyé leur propre arme humaine pour tuer les hommes venus vous enlever ?"
"Et donc quoi ? Vous allez l'éliminer ? L'enfermer quelque part ? C'est une victime autant que toutes les autres victimes d'Hydra, peut-être même plus."
L'enfermer ? Non. Il ne voulait pas y retourner. Le soldat les protégerait. C'était son rôle. Sa raison d'exister.
"Nous allons le transférer dans un complexe sécurisé et voir si nous pouvons effacer le conditionnement mental d'Hydra."
"Vous allez le mettre en prison."
Il sentit la colère de Steve monter, monter, monter. Elle se mêlait à celle du soldat. Ils ne voulaient pas être enfermés. Il devait abandonner le contrôle. Le soldat les protégerait. Il allait disparaître, sombrer dans cet endroit où rien n'importait, quand Steve annonça :
"Non, je ne vous laisserai pas faire. Je ne laisserai pas le SHIELD expérimenter avec son cerveau."
Il avait oublié que Steve le protégerait, qu'il ne laisserait personne le prendre et l'emprisonner. Il n'avait pas besoin du soldat.
"Je ne crois pas que vous ayez le choix ! Cet homme est un danger ambulant, il est hors de question de lui permettre de se promener sans supervision."
"Je le surveillerai ! Il ne fera de mal à personne !"
La sensation de calme qui l'atteignit à ce moment le fit frissonner de dégoût. Le soldat en profita pour gagner un peu plus en force. Le bras de métal frappa le mur derrière eux. Le son qui sortit de leur gorge ressemblait à un grognement :
"Ne jouez pas avec mes émotions."
Ils avaient les yeux fixés sur Blair.
Il avait promis.
Il leur avait promis de ne plus utiliser son étrange pouvoir sur eux. Steve avait le droit, mais seulement lui. Il lui faisait confiance. Il ne s'en servirait pas pour les contrôler ou leur faire perdre pied avec la réalité.
Mais Blair était un inconnu. Une menace. Il vit son ami s'approcher du coin de l'œil. Il continua pourtant à fixer sa cible.
"Bucky… "
Bucky.
C'était eux.
Enfin non, c'était lui.
Le soldat n'était pas Bucky. Et Steve ne voulait pas du soldat.
Il ne savait pas pour l'autre. Pas vraiment. Il connaissait la partie de Bucky qui n'était pas toujours contrôlable, qui aimait tuer et blesser. Il ignorait juste que c'était bien plus qu'une part de sa personnalité, que c'était un individu entier.
Steve se plaça entre eux et les deux autres occupants de la pièce. Il resta suffisamment éloigné pour qu'ils ne se sentent pas acculés.
"Bucky, ce n'était pas contre toi. C'était pour Fury et moi, Blair t'a promis de ne plus tempérer tes émotions. Je vais m'approcher encore un peu, tu me dis si c'est trop."
Un choix. On lui laissait le choix.
"Tu sais que je ne te ferai jamais de mal et je ne laisserai plus jamais personne t'enfermer. Je te le promets."
Steve leur parla doucement pendant qu'il continuait à avancer. Il s'arrêta à portée de bras mais ne fit aucun mouvement supplémentaire.
Seule la présence du soldat empêcha Bucky de traverser l'espace qui les séparait encore. Que ferait-il s'il attaquait ? Et puis il ressentait une hésitation dans le lien. Quelque chose qu'il n'arrivait pas à vraiment définir.
"Je vais te toucher Buck, mais nous ne sommes pas seuls, c'est okay pour toi ?"
Cette fois, Steve attendit qu'il hoche la tête avant de bouger.
Il plaça immédiatement une de ses mains sur sa nuque et l'attira contre lui. Et comme toujours la magie opéra. À la seconde où leurs peaux entrèrent en contact, ses émotions se stabilisèrent.
"Shhhhh. Tout va bien. Tu vas y arriver."
Les murmures de Steve étaient à peine audibles, mais ils finirent de le calmer. Malgré la tension toujours palpable dans la pièce, le soldat recula. Il était avec Steve. Il le protégerait. Il n'avait plus besoin de l'autre.
Bucky finit par s'éloigner et il échangea un long regard avec son meilleur ami.
Tout va bien maintenant. Je peux gérer seul.
Puis il s'éloigna et retourna s'installer contre le mur.
Il observa Steve pendant qu'il se dirigeait vers les deux autres hommes.
"Vous ne pouvez pas l'enfermer. Vous allez le tuer si vous faites cela. Je vous ai dit qu'ensemble, nous arrivions à contrôler les crises."
"J'ai besoin de vous sur le terrain, Captain. HYDRA est vulnérable, c'est le moment de porter le coup fatal. Vous ne pouvez pas rester ici a baby-sitter un assassin."
Ce Nick avait raison. Steve devrait y aller. S'il avait un moyen de détruire cette organisation, il n'avait pas le droit de laisser passer cette chance.
"Et pourtant c'est exactement ce que je vais faire. Je ne quitterai cet endroit qu'avec lui et je plains quiconque essaiera de m'y forcer."
Bucky savait que rien ne le ferait changer d'avis. Il pourrait essayer, lui dire que c'était l'occasion de détruire HYDRA, d'en finir une bonne fois pour toute.
Mais une part de lui voulait garder son ami ici, près de lui.
C'était égoïste.
Et le monde avait besoin de Steve. Pire, le monde méritait Steve. Alors que lui méritait juste qu'on l'enferme dans un endroit où il ne pourrait plus faire mal à personne.
Il frissonna. Il ne voulait pas qu'on le remette en cellule. Il ne voulait pas être seul. Dans le noir. Dans le froid. Pourtant, il n'aurait certainement pas le choix. Il était incapable de vivre libre, il était bien trop dangereux.
Il se concentra à nouveau sur la conversation lorsque Fury annonça :
"Cela ne veut pas dire qu'il peut indéfiniment protéger un criminel. Le SHIELD a déjà déposé une demande pour qu'on lui remette le soldat de l'hiver."
Voilà. C'était le moment. Il allait devoir le suivre. Quitter cet endroit pour un autre, inconnu. Il ne se défendrait pas. Il ne devait pas poser plus de problèmes qu'il ne l'avait déjà fait. Il aurait du mal à convaincre Steve, mais il le fallait. Il s'attendait à ce que ce dernier objecte, pourtant ce fut Blair qui répondit.
"Le soldat de l'hiver n'est pas en notre possession. L'homme là-bas est le sergent James Barnes et il est actuellement en train de se remettre de plusieurs années de traumatismes. Il est du devoir du conseil de le protéger le temps qu'il y parvienne. »
Il comprit à cet instant pourquoi Steve appréciait tant Blair. Même s'ils avaient tort tous les deux, il était plus le soldat que le sergent Barnes. Mais ça ne l'empêchait pas d'apprécier les efforts que les deux hommes fournissaient pour le convaincre du contraire.
Naturellement, Fury ne l'entendait pas de cette oreille :
"Je crains que tout le monde ne soit pas de votre avis. Si le conseil vote dans mon sens, vous serez obligé de me le remettre."
Blair se tourna vers Steve :
"Avez-vous eu le temps de discuter depuis ma visite d'hier ?"
Un hochement de tête engendra une seconde question :
"Avez-vous pris une décision ?"
Il sentit à nouveau l'hésitation chez Steve. Sa peur d'empirer la situation, de faire le mauvais choix. Mais il finit par se décider.
"Allez-y. Dites-lui ce que vous jugez nécessaire pour nous permettre de rester ensemble."
Bucky ne comprit pas ce que son ami entendait par là et il regarda avec étonnement Blair se redresser et parler avec autorité :
« Directeur Fury, nous allons d'ici la fin de la journée transférer le sergent Barnes et son guide dans une section moins sécurisée du complexe. Ils y resteront ensemble, sous la supervision du conseil par qui vous devrez passer pour toute demande les concernant, l'un comme l'autre."
Il allait sortir d'ici.
Il allait sortir d'ici avec Steve.
Ce n'était pas possible. Pas avec tout ce qu'il avait fait.
Dans le mélange de sentiments et d'émotions que l'annonce de Blair avait provoqué en lui, il y en avait un qui surpassait tous les autres : la honte. La honte d'avoir craqué toutes ces années auparavant. La honte d'avoir perpétré tous ces crimes. La honte d'avoir une seconde chance, lui qui ne la méritait absolument pas, lui qui avait arraché tant de personnes à leurs proches.
La conversation avait encore continué sans lui. Il ne devait pas laisser ses pensées lui faire perdre sa concentration. Ce qui se disait était important.
Steve était en train de parler lorsque Bucky reprit le fil.
"Toute notre jeunesse nous nous sommes cachés, nous ne savions même pas que d'autres que nous avaient les mêmes capacités. A mon réveil, quand j'ai appris leur existence, j'ai cherché à en savoir plus. Blair a eu la gentillesse de me donner les informations dont j'avais besoin. D'ailleurs je m'excuse d'avoir demandé à vous voir sous un faux prétexte."
Ils parlaient encore de cette histoire de guide et de sentinelle. Il commençait vraiment à se questionner à ce sujet.
La conversation continua après que Blair ait accepté les excuses de Steve :
"Quoi qu'il en soit, je croyais Bucky mort et d'après Blair, mes capacités de guide avaient disparu avec lui. Je ne voyais pas l'utilité d'en parler à quiconque."
Il y eut un temps de silence, pendant lequel Fury sembla réfléchir. Il finit par annoncer :
"Nous en reparlerons. Je vais me ranger de l'avis du conseil et vous laisser gérer la situation. J'espère être tenu au courant des avancées dans la guérison du sergent Barnes. Professeur Sandburg, est-ce-que je peux vous voir cinq minutes, en privé ?"
Trente secondes plus tard, il quittait la pièce, suivit de près par Blair.
Ils étaient à nouveau seuls.
Steve se tourna vers lui et posa une question toute simple, à des lieux de celles que Bucky ressentait à travers leur connexion :
"Bien ! Tu es prêt à bouger ? Je ne sais pas toi, mais cette pièce commence à me déprimer."
L'idée de sortir de leur cellule, de faire face à un environnement peut-être hostile, à des gens inconnus le remplissait d'hésitation et d'anxiété. Et s'il n'arrivait pas à retenir le soldat ? Et s'il attaquait ?
Steve s'approcha de lui et lui saisit doucement le visage.
"Il ne t'arrivera rien, je ne les laisserai pas faire. Et tu as entendu Blair, tu es sous la responsabilité du conseil et je suis certain qu'ils feront tout leur possible pour que tu sois en sécurité."
Il ne comprenait pas. Bucky devait lui expliquer.
"Je ne m'inquiète pas pour moi Steve. Quoi que le SHIELD ou le conseil décide de me faire, je l'aurai accepté. Je mérite d'être puni pour ce que j'ai fait. Mais ce n'est pas ça le problème. Il va y avoir des gens dehors et s'il revient… Si je n'arrive pas à le retenir… Tu as vu ce que j'ai fait dans ce parc. Je ne veux plus tuer, même blesser personne. Je crois que c'est une des premières choses qui a été claire pour moi, quand j'ai commencé à récupérer ma propre volonté. La première a été de te protéger, la seconde que je ne voulais pas retourner en cryo, et juste après j'ai décidé que je ne voulais plus tuer. Tu vois comme ça a réussi."
Les émotions de Steve étaient contradictoires. Et puissantes. Il était en colère de l'entendre parler ainsi de lui-même, mais également très fier d'apprendre que Bucky avait choisi de ne plus prendre de vie.
Bucky savait qu'il pouvait croire son ami quand il lui promit, d'une voix vacillante, que tout irait bien, qu'il ne le quitterait plus. Tout comme il savait que lui-même se tuerait plutôt que de laisser quelqu'un les séparer à nouveau.
WARNING : mention de viol
