PROMPT : Enlève tes sales pattes de ma cape, grogna Harry dans un souffle.


Si on avait dit à Harry qu'un jour il se servirait de la cape d'invisibilité de son père non plus pour surveiller Drago Malefoy, mais pour le protéger à son insu, il aurait probablement rit.

Il aurait répondu qu'entre eux la haine était bien trop forte pour pouvoir être surmontée, et qu'ils ne pourraient que se faire du mal mutuellement. Les Malefoy et les Potter n'étaient probablement pas faits pour s'entendre probablement.

Et puis, il avait appris que les Malefoy étaient menacés de mort.

Un samedi matin il avait été convoqué en urgence dans le bureau d'Albus Dumbledore. Il s'y était rendu en traînant les pieds, fatigué des révélations incessantes du Directeur. La dernière fois, il avait appris qu'il était un mort en sursis. Que seul son sacrifice pouvait mettre fin à la guerre.

Cette révélation était un secret qu'il avait gardé honteusement. Il avait refusé d'en parler à ses amis. Harry avait parfaitement compris qu'il n'y avait rien à faire. Qu'il ne pourrait pas y échapper et que cette fois-ci, son destin était gravé dans le marbre.

Alors, il s'était détaché de ses amis. Il s'était éloigné, alors qu'il avait un besoin désespéré de leur contact. Ron avait été égal à lui-même : il s'était vexé et boudait. Hermione ne disait rien, se contentant de le fixer de longues minutes d'un air pensif. Mais il tenait bon, passant son temps libre à lire, ou il s'éclipsait pour aller volait. Chaque soir, il sortait en douce, ignorant les regards de ses amis. Il errait dans les couloirs sans fin, jusqu'à ce qu'il soit sûr que tout le monde dormirait lorsqu'il rentrerait. Puis, alors que la nuit était bien avancée, il rentrait et s'endormait d'un sommeil agité et peuplé de cauchemars.

Lorsqu'il arriva devant la gargouille qui gardait le bureau du directeur, celle-ci pivota d'elle-même et il monta sur la première marche.

Face à la porte, il hésita un bref instant en entendant des voix. Mais la porte s'ouvrit et il se figea en voyant qui était dans le bureau. Il s'apprêtait à faire demi-tour en marmonnant une excuse, quand Dumbledore l'appela.

- Harry, mon garçon. Entre.

Il grimaça et entra avec une mauvaise volonté évidente.

- Harry, tu connais bien évidemment Monsieur et Madame Malefoy.

Il hocha la tête, d'un air pincé. Lucius avait un air impassible tandis que Narcissa semblait inquiète.

Harry, raide, attendit une explication, évitant de regarder en direction du couple. Dumbledore sourit, comme amusé par son dégoût affiché des deux personnes dans son bureau et Harry devina sans peine que ça allait encore être une annonce qui ne lui plairait pas.

- Harry, Monsieur et Madame Malefoy sont ici pour proposer leur aide.

Harry hoqueta, stupéfait et jeta un coup d'œil en douce aux deux "invités" de Dumbledore. Lucius souriait, l'air satisfait, mais sa femme semblait surtout inquiète et mal à l'aise.

- Comme tu le sais, les Malefoy sont une famille ancienne et puissante. Et cette aide est un avantage non négligeable que nous aurions.

Voyant arriver les exigences des aristocrates à grands pas, Harry grogna, agacé.

- Et qu'est-ce qu'ils veulent en échange de leur aide ?

Dumbledore essaya de dissimuler un léger sourire amusé. Harry se retint de lever les yeux au ciel, énervé après le vieux sorcier, malgré sa bienveillance.

- Et bien, leur… changement d'allégeance les met en danger.

Harry plissa les yeux, soupçonneux.

- En quoi ça me concerne ?

Lucius eut un reniflement dédaigneux.

- Vous manquez d'éducation, Monsieur Potter.

Harry sentit la colère monter et ses joues chauffer. Dumbledore intervint aussitôt.

- Du calme, Harry. Ça te concerne car je vais te demander de garder un œil sur ton camarade, Drago Malefoy. Il ne sera pas au courant, bien évidemment.

- Mais… On se déteste !

Dumbledore eut un léger rire amusé.

- Personne ne pourra deviner que tu es là pour l'aider. C'est tout l'intérêt de la chose.

Harry ne répondit pas immédiatement, à la fois stupéfait et furieux. Dumbledore attendit quelques instants, et son regard se fit plus dur.

- Harry ? Je peux compter sur toi ?

Finalement le jeune homme céda. Il savait que quelques soient ses arguments, il n'aurait pas gain de cause.

- Oui Monsieur.

Pour la première fois, Narcissa Malefoy prit la parole. Harry fut surpris par la douceur de sa voix.

- Merci, Monsieur Potter.

En réponse, il hocha la tête, crispé.

- Monsieur, puis-je retourner à mon dortoir ?

Dumbledore hocha la tête. Au moment où il arrivait à la porte, Dumbledore le rappela.

- Harry ? N'en parle à personne, s'il te plait. Pas même à tes amis.

Résigné, le jeune homme hocha la tête en sachant que ça l'isolerait encore plus.

…xxxXXXxxx…

Depuis, Harry suivait en permanence Malefoy. Quand il n'était pas près de lui physiquement, sous sa cape d'invisibilité, il le surveillait à travers la carte des Maraudeurs.

Jusqu'à présent, il n'avait pas encore décelé le moindre signe que le Serpentard puisse être en danger. Mais il continuait à le surveiller, pour tromper l'ennui. Une autre part de lui était fascinée par le blondinet, découvrant un autre garçon que l'image qu'il donnait de lui.

Ce jour-là, tout se déroulait comme les autres jours. Malefoy vaquait à ses occupations, et Harry le suivait comme son ombre, dissimulé sous sa cape d'invisibilité.

Le Serpentard a un moment faussa compagnie à ses amis comme il le faisait parfois, pour aller s'isoler. Il trouva refuge au septième étage, près de la salle sur demande, comme il lui arrivait de le faire. Ces moments-là, découvrait une humanité chez le jeune homme qu'il n'aurait pas soupçonné. Comme s'il redevenait lui-même.

Malefoy se laissa glisser au sol et ses traits s'adoucirent légèrement. Il laissa sa tête aller en arrière et ferma les yeux, comme s'il somnolait.

Harry se plaça face à lui, en silence, les yeux fixés sur lui.

Il aurait pu s'éloigner, et surveiller que personne ne vienne à l'aide de la carte des Maraudeurs. Mais il préférait être face à lui.

Lorsque Justin Finch-Finley arriva au bout du couloir, Harry ne réagit pas. C'était un Poufsouffle après tout. Malefoy ne bougea pas non plus, comme s'il ne l'avait pas entendu.

Mais Justin fonça sur Malefoy baguette brandie, et hurla

- Tu vas payer, sale traître !

Harry resta figé un bref instant, stupéfait, puis fit glisser sa cape de ses épaules.

Il nota le regard stupéfait de Malefoy quand il le vit apparaître soudainement, suivit d'une grimaçe de douleur alors que Justin commençait à lui donner des coups de pied rageurs.

Harry en grognant de rage hurla et se jeta sur le Poufsouffle, l'envoyant cogner contre le mur. Justin s'agrippa à sa cape.

- Enlève tes sales pattes de ma cape, grogna Harry dans un souffle.

Il se dégagea d'une bourrade et stupéfixa Justin.

Puis il se tourna vers Malefoy, resté au sol. Ce dernier le regardait d'un œil rond, tenant son bras contre lui et Harry se rendit compte que Justin lui avait probablement brisé le bras.

- Merde, Malefoy, je suis désolé. Ton bras…

- Tu… Tu m'as sauvé la vie…

Harry se pencha vers Drago et l'aida à se relever avec précautions, le soutenant avec douceur.

Le Serpentard semblait en état de choc, ne quittant pas Harry des yeux, tremblant.

Harry soupira.

- Malefoy ?

- Tu m'as sauvé.

- Je n'ai pas pu l'empêcher de te blesser, je suis désolé. Vraiment désolé. Viens… Je t'emmène à l'infirmerie.

Drago s'immobilisa brusquement, et se pressa contre Harry essayant de l'enlacer maladroitement malgré son bras cassé.

- Merci. Merci Potter.

Ils échangèrent un sourire prudent, et se remirent en marche, en direction de l'infirmerie. Harry pensa que désormais, tout serait différent.