"J'en ai marre de m'efforcer à essayer de croire que Lexa Woods a un cœur ! "
Mes yeux s'ouvrent instantanément, je mets un petit moment à comprendre ce qu'il se passe. Je réalise que c'est encore mon cerveau et son imagination débordante qui s'amusent à me torturer, et ce, même dans mes rêves.
L'image d'une Costia énervée et déçue me hante, je n'arrête pas de revivre cette horrible scène. Pour un premier rendez-vous, on peut dire que j'ai fait fort. J'imagine déjà la tête de Raven et Octavia quand je leur annoncerai que la première relation de couple que j'avais entamée s'est arrêtée après seulement une semaine. Ce qui m'énerve le plus, c'est qu'elles ne risquent pas d'être étonnées, Lexa Woods qui fout en l'air son couple? Rien de surprenant.
Tout cela me ramène en mémoire qu'il faut aussi régler ce léger problème avec Raven, qui encore une fois, n'en fait qu'à sa tête. Je me doute qu'elle ne voulait en aucun cas blesser Clarke, c'est sûrement pour cela qu'elle a préféré cacher sa relation avec cet abruti de Finn mais sa stratégie a eu l'effet inverse quand Clarke les a surpris ensemble hier soir.
Tous ces problèmes m'annoncent d'avance que cette journée risque d'être compliquée. Je démoralisais silencieusement quand soudainement je sens une présence dans mon dos qui se met faiblement à remuer. Je me rappelle alors que je suis encore dans les bras de Clarke, c'est vraiment étrange, c'est la première fois que cette situation se produit de façon consciente.
Je tente discrètement de m'échapper de son étreinte pour sortir du lit, j'ai peur que ce réveil soit légèrement gênant. Ce n'est pas habituel pour moi de me réveiller dans les bras d'une de mes meilleures amies alors je ne sais pas trop comment réagir. Dans ma manœuvre très maladroite, je manque de tomber du lit et réveille Clarke. Je ne suis vraiment douée pour rien on dirait.
Je me retourne finalement pour lui faire face, je rencontre alors deux perles d'un bleu hypnotisant en train de m'observer. Cette vision chasse toutes mes appréhensions, il ne s'agit que de Clarke dans le fond, je n'ai pas à me sentir gênée de quoique ce soit. Un sourire prend doucement place sur son visage.
" - Bonjour- murmure-t-elle de sa voix encore endormie."
Ce son me donne des frissons, elle est tellement belle, même au réveil. Je souris malgré moi, je m'en veux un peu de me sentir si bien à ses côtés alors je devrais encore me sentir mal pour Costia. C'est en sa compagnie que j'aurais dû continuer à vivre ce genre de réveil.
" - Tu as réussi à dormir? Lui demandé-je.
- Très bien, je pense que c'est en partie grâce à toi, merci, chuchote-t-elle.
- Ne me remercie pas, j'ai pu trouver le sommeil à tes côtés aussi, déclaré-je. "
Elle continue de me sourire, j'aimerais profiter de ce moment éternellement mais c'est le ventre de Clarke qui nous ramène dans le monde réel, il produit un bruit presque inhumain qui m'oblige à rigoler.
" - Arrête de rire ! Ce n'est pas de ma faute si mon ventre crie famine ! S'exclame-t-elle faussement vexée avant de ricaner à son tour. "
- Ton rire m'avait terriblement manquée Clarke, prononcé-je après avoir calmé le mien.
- Tu le réanimes doucement, dit-elle d'une voix basse."
Elle me sourit tendrement et sincèrement. Après cet épisode plus qu'appréciable, nous nous décidons à nous lever pour que Clarke puisse venir en aide à son estomac. Dans la cuisine, nous commençons à chercher quelque chose de comestible mais mes placards et mon frigo sont complètement vides.
" - Je crois qu'on va devoir sortir faire quelques courses, me confie Clarke."
Je rouspète dans ma barbe, je n'ai absolument pas l'envie de bouger. J'aimerais simplement regarder le temps passer en observant les oiseaux voler devant ma fenêtre mais je sais que si Clarke ne se nourrit pas, elle risque de se métamorphoser en un monstre carnassier et sans pitié. Je prends donc une douche avant de me préparer, Clarke en fait de même et nous partons.
" - Moi je préfère le basique jus d'orange, oh et tu sais quoi? On va prendre les deux, on ne va pas se ruiner avec ça ! "
Je ne sais même pas à qui Clarke peut bien s'adresser puisqu'elle parle toute seule depuis 5 bonnes minutes devant le rayon des jus de fruits pour savoir si elle en prend un plutôt exotique ou plutôt classique. Cette scène m'amuse, Clarke devient un vrai sketch à elle seule quand il s'agit de nourriture. Elle a même hésité à appeler Octavia pour connaître son avis sur ce grand dilemme.
Le fait qu'elle n'ait pas pensé à contacter Raven, même pour ce problème insignifiant, me chagrine un peu. Je ne voudrais pas qu'il y ait des tensions dans notre quatuor indestructible, c'est grâce à lui si je tiens encore debout aujourd'hui.
" - Clarke? L'appelé-je.
- Hum? Répond-elle alors qu'elle est toujours concentrée à savoir quelle marque choisir maintenant.
- Est-ce que tu crois qu'on pourrait inviter Raven et Octavia à venir chez moi? Enfin je sais que la situation est un peu tendue entre Raven et toi mais ce serait une bonne occasion pour essayer d'arrondir les angles... Proposé-je prudemment.
- Oui on peut... Répond-elle après avoir réfléchi quelques secondes.
Je réponds d'un léger hochement de tête, je ne veux pas non plus l'embêter avec ça. Après que nous ayons passé un temps interminable à sélectionner nos futurs achats, nous nous dirigeons vers la caisse avant de tout embarquer dans la voiture de Clarke et de repartir à mon appartement. J'ai profité du voyage pour envoyer un message à Raven et Octavia pour leur proposer de nous rejoindre manger, elles ne devraient donc pas tarder.
Je ne me suis pas trompée, nous avons à peine eu le temps de monter nos courses que Raven et Octavia rentrent déjà dans mon appartement sans prévenir, une vieille habitude qui s'est mise en place quand elles ont décrété que je mettais trop de temps à venir leur ouvrir.
La tension qui s'est créée entre Raven et Clarke se fait directement ressentir, nous devinons clairement la gêne qui émane de ces dernières. Octavia et moi, nous nous regardons avec la même intention en tête, rétablir la bonne entente entre ces deux là.
" - Hum... Je vais faire des pancakes ! Octavia tu viens avec moi? Demandé-je très subtilement.
- Mais oui, bien sûr ! Avec grand plaisir ! Ah tiens, Raven, Clarke, ça vous dérangerait de faire un peu de place dans le salon en attendant? "
Elles nous regardent lourdement, pour nous faire comprendre que notre tactique est vraiment mauvaise mais nous ne leur laissons pas le temps de discuter et allons vite rejoindre ma cuisine en croisant les doigts pour que nos deux meilleures amies se réconcilient. Je commence alors à sortir tout ce qu'il faut pour nous lancer dans la préparation de nos pancakes, question de crédibiliser un minimum notre excuse. Quand je me retourne, je surprends Octavia l'oreille collée au mur.
" - O' tu pourrais m'aider au lieu d'essayer de les écouter en douce, lui demandé-je sur un ton réprobateur.
- Hein? Quoi? Oh non mais pas du tout, je suis simplement heureuse de retrouver le mur de ta cuisine, il m'a tellement manquée ! Dit-elle en imitant une étreinte avec celui-ci. "
Je souffle de désespoir avant de rire, ses excuses sont encore plus minables que les miennes. Elle abandonne finalement son rôle d'espionne ratée pour venir m'aider. Elle en profite alors pour me raconter qu'apparemment elle s'est bien rapprochée de Lincoln entre temps, j'en suis ravie. Je trouve toujours cela un peu étrange de l'imaginer avec mon cousin mais je suis heureuse de savoir qu'ils s'entendent bien. Lincoln est quelqu'un de formidable, tout comme Octavia, alors deux personnes formidables ensemble, ça ne peut être que bien, non?
" - Et toi alors? Avec Costia? "
Voilà la question que je redoutais tant, je ne peux plus continuer à vivre dans le déni maintenant, ce qui est regrettable car c'était beaucoup plus simple.
" - Hum... Commencé-je.
- Aïe, ça part mal! Il y a déjà de l'orage au paradis? Me demande-t-elle.
- Et bien on peut imaginer les choses comme ça mais je dirais plutôt que c'était une tornade qui a tout emporté sur son passage.
- On peut arrêter les messages codés? Je ne suis pas sûre de comprendre, me dit-elle en me regardant.
- On est plus ensemble, enfin elle m'a quittée, avoué-je. "
Je vois la mâchoire d'Octavia tomber, elle a vraiment l'air surprise. Moi qui pensais que ce ne serait pas étonnant quand on connaît le spécimen que je suis.
"- Mais... Comment? Pourquoi? Qu'est-ce qu'il s'est passé?
- Je l'ai plantée quelques fois pour aller retrouver Clarke et ce fut la fois de trop pendant notre rendez-vous au restaurant apparemment...
- Tu l'as abandonnée au beau milieu de votre premier rendez-vous? Me demande-t-elle offusquée.
- Euh... Oui, c'est un peu ça qui s'est passé mais Clarke avait vraiment besoin de moi, elle venait de se disputer avec Raven et elle se sentait mal, il fallait que je sois là pour elle, me défendé-je.
- Et ça ne pouvait pas attendre? "
Si, évidemment que si ça pouvait attendre, mais je ne pouvais absolument pas continuer mon repas avec Costia comme si de rien n'était alors que Clarke ne se sentait pas bien de son côté. Je ne pouvais simplement pas et si j'avais à nouveau le choix, je recommencerais les choses exactement de la même manière.
Octavia semble comprendre mon silence face à sa question et n'en rajoute pas plus, elle doit se douter que je me sens déjà assez mal comme ça pour en plus me faire la morale. C'est ce que j'apprécie chez Octavia, elle est très compréhensive et calme, elle ne force jamais rien.
Nous finissons enfin nos pancakes que j'installe soigneusement sur un petit plateau dans lequel Octavia s'occupe de mettre les différents accompagnements. Je récupère donc le plateau et nous nous avançons prudemment dans le salon. Quand nous arrivons, nous surprenons Clarke et Raven dans les bras l'une de l'autre, je suis soudainement soulagée de voir que tout va bien.
Octavia se précipite vers elles pour rejoindre le câlin, je rigole doucement devant cette scène. Pour ma part, je m'occupe simplement de poser les pancakes sur la table basse, je n'aime pas trop les câlins collectifs, enfin je n'aime pas les câlins tout simplement, sauf ceux de Clarke que j'accepte avec de plus en plus de facilité.
"- Mais t'es vraiment une chochotte toi! S'exclame Raven avec son tact habituel alors que quelques larmes décorent le visage d'Octavia. Ça sent le chocolat ici ou je me trompe?"
Elle n'a vraiment aucune suite dans les idées, nous nous mettons doucement à rire devant son comportement.
Maintenant que toute tension a disparu, nous mangeons comme des affamées. Cette ambiance est vraiment reposante malgré les cris de mes amies qui se battent pour savoir à qui appartiendra le dernier pancake. Nous continuons à parler de tout et de rien jusqu'à ce que Octavia déclare:
"- Bon Raven! Il va falloir qu'on y aille, j'ai mon rencard avec Lincoln et il faut que je sois parfaite!
- Oh mais tu sais bien que tu l'es de nature! Il ne résistera pas devant ton corps de déesse, tu seras bien servie, ne t'inquiète pas, lui répond-elle dans un clin d'œil. "
Octavia roule des yeux avant de soupirer devant la bêtise de la latina. Elles m'aident finalement à finir de ranger avant de partir. Leur présence m'a fait beaucoup de bien, ces filles sont extraordinairement exceptionnelles, je ne sais pas ce que je ferais sans elles. J'observe Clarke qui est toujours installée dans le salon, elle joue avec le chat qui est heureux qu'on s'occupe de lui visiblement. Je suis heureuse de voir Clarke rester chez moi, je m'y suis habituée de façon totalement naturelle.
C'est une sonnerie de téléphone qui nous sort de ce petit cocon qui s'était confortablement installé chez moi. Il s'agit du téléphone de Clarke. Elle se lève pour aller dans la chambre d'ami afin de répondre. Je l'entends parler mais pas de manière assez claire pour comprendre ce qu'elle dit, ma curiosité en prend un coup mais je la contiens. Je me contente de nourrir le chat pour calmer ses miaulements et pour m'empêcher d'aller coller mon oreille à la porte comme Octavia aurait pu le faire. Après quelques minutes, la porte s'ouvre à nouveau et Clarke sort de la chambre pour se laisser tomber dans le canapé en poussant un long soupir.
" - Ma mère veut que je la rejoigne demain midi pour aller manger avec elle, elle veut me présenter quelqu'un apparemment... Déclare-t-elle sans motivation.
- Quelqu'un? Demandé-je confuse.
- Wells, le fils de Jaha, qui est ,semble-t-il, le meilleur interne qu'elle ait pu avoir tout au long de sa carrière. Je sens encore qu'elle tente de se mêler de ce qui ne la regarde pas.
- Tu crois qu'elle va encore essayer de te convaincre que la médecine est un milieu parfait pour toi?
- Il y a des chances mais à mon avis, elle va surtout essayer de me caser avec ce fameux Wells, elle n'a pas arrêté de le flatter en me répétant que j'allais l'adorer ! "
Cette idée me dérange mais je ne sais pas pourquoi. C'est peut être un peu égoïste mais je veux garder Clarke pour moi seule en ce moment et un possible petit ami serait un réel obstacle. Je garde tout de même contenance, elle a déjà l'air assez démoralisée par l'idée pour qu'en plus je me mette à jouer la fille capricieuse. Je viens alors m'asseoir à ses côtés.
" - Allez courage ! Ça va aller ! Essayé-je de l'enthousiasmer un peu.
- Heureusement que tu ne travailles pas dans l'armée, tu serais vraiment nulle pour motiver les troupes, me dit-elle dans un sourire provocateur.
- Hé ! M'exclamé-je indignée. Je ne te permets pas !
- Je n'attendais pas ton accord d'ailleurs ! "
Notre complicité retrouvée me fait un bien fou, elle m'avait terriblement manquée et me permet de constater à quel point elle est importante pour mon équilibre mental. Je feigne tout de même de bouder en lui tournant le dos et en croisant les bras sur ma poitrine, puisque le niveau est tombé aussi bas que celui dans une cours de récréation, je peux me permettre d'avoir cette attitude. Ce n'est d'ailleurs pas ma réaction qui a été la plus surprenante mais bien celle de Clarke par la suite. J'ai d'abord senti sa poitrine venir se calquer à mon dos, comme durant la nuit que nous avions passé ensemble précédemment, puis ses mains qui vinrent se poser sur mes épaules mais c'est sa voix qui m'a le plus déstabilisée. Sa bouche n'était qu'à quelques centimètres de mon oreille, son souffle me donnait de légères décharges qui parcouraient mon échine.
" Ne boude pas, s'il te plaît, murmure-t-elle."
Comment puis-je continuer de le faire après cela? Toute cette situation est surréaliste, je déteste quand on pénètre mon espace personnel et pourtant quand Clarke le fait, je ne peux m'empêcher de sourire bêtement. Je ne me suis jamais sentie aussi stupide qu'en ce moment, stupide mais heureuse. J'ai l'impression d'être bien plus émotive qu'avant.
