Cette nuit, j'ai dormi seule. La différence entre ma nuit passée avec Clarke et celle que je viens de vivre en solitaire est tout simplement énorme. Je l'ai même cherchée dans mon lit en me réveillant mais n'ai trouvé que le chat qui s'étirait en me montrant son postérieur. Ne parlons même pas de mon esprit qui s'est fait agresser par des centaines de questions avant de s'épuiser.
Je décide de me lever en quittant le confort de mon lit, il n'a pas grand intérêt quand Clarke n'est pas à mes côtés. Cette dernière semble encore dormir, il n'est que 9 heures alors j'en profite pour me faire couler un café et fumer ma cigarette tranquillement avant d'aller prendre une douche. L'eau chaude me permet d'émerger pleinement tout en m'offrant le loisir de me détendre un peu après cette dure nuit.
En sortant de la douche, je réalise qu'un gigantesque nuage de buée stagne dans la pièce, je m'enroule dans une serviette avant de légèrement entrouvrir la porte pour renouveler l'air.
Après avoir mis un peu d'ordre dans mes cheveux, je sors de la salle de bain pour aller m'habiller et tombe sur Clarke qui vient tout juste d'ouvrir sa porte, elle n'est vêtue que d'un tee-shirt long qui me laisse voir ses jambes. Cette vision m'émoustille légèrement en m'imaginant me réveiller à ses côtés avec le même accoutrement, je chasse vite cette pensée de ma tête avant de réaliser que cela fait plusieurs secondes que je dévore des yeux la vue que ses jambes m'offrent. Je suis sûre que le rouge me monte aux joues, je relève rapidement mon regard pour rencontrer ses yeux qui m'observent.
" - Bonjour, dis-je piteusement en essayant de garder contenance. "
Elle ne répond pas tout de suite, a-t-elle remarqué l'attention douteuse que je lui portais? Elle ne me regarde même pas dans les yeux, elle semble analyser la scène. Si elle n'ouvre pas la bouche pour dire quelque chose, je sens que je vais me noyer dans la honte.
" - Euh bonjour... Tu- Enfin... Je vais aller dans la cuisine pour... Manger quelque chose ! "
Elle a l'air gênée, ce devrait être moi dans cette posture. Je viens clairement de la reluquer, pourtant ce n'est pas la première fois que je la vois habillée de cette façon. Je secoue la tête, comme si ce geste pouvait supprimer le moment que je viens de vivre.
Une fois apprêtée et avec les idées plus ou moins en place, je rejoins mon salon où Clarke est penchée sur le chat pour lui expliquer qu'elle ne peut pas partager son chocolat avec lui. Je passe outre cette scène, elle aurait tout de même pu mettre un pantalon entre temps. Je suis même tentée par l'idée d'aller prendre à nouveau une douche qui serait, cette fois-ci, froide pour calmer ces pulsions qui m'habitent depuis ce matin. Je m'installe sur le canapé et observe la vue extérieure, le ciel n'a pas d'autres choix que de m'aider à divertir mes idées salaces.
" - Tu dois rejoindre ta mère à quelle heure? Demandé-je à Clarke alors qu'elle buvait dans sa tasse.
- Hum dans une petite heure mais je vais prendre mon temps, je n'ai vraiment pas envie d'y aller, dit-elle en fronçant ses sourcils."
J'aurais pu me moquer de son attitude mais elle est déjà assez ennuyée par ce repas, je ne vais pas en rajouter une couche. Moi qui ai toujours peur d'être en retard, je me demande vraiment comment Clarke fait pour être aussi détendue en sachant qu'elle doit bientôt partir et qu'elle n'est pas même pas encore habillée. Elle prend enfin la décision de se diriger vers la salle de bain, cependant, au moment où elle allait y rentrer, elle se retourne vers moi.
" - Dis Lex', m'interpelle-t-elle toute mielleuse. Je sais que ce que je vais te demander est terrible mais je ne me vois pas supporter ma mère toute seule... Alors je me suis di-
- Non. Répondé-je fermement.
- Oh par pitié ! Je ne pourrai pas rester calme sans quelqu'un pour me contenir... S'il te plaît Lex', s'il te plaît ! "
En disant ces derniers mots, elle s'est approchée à toute vitesse pour se poster juste devant moi. Super, maintenant j'ai une vue imprenable sur ses jambes qui sont à ma hauteur. Pourquoi je me suis assise dans ce canapé? C'est une vraie torture, peut être que si je me montre plus dure, elle renoncera et ira enfermer ses deux magnifiques jambes dans la salle de bain.
" - Non, c'est non Clarke. Maintenant va te préparer, déclaré-je sévèrement.
- Je ne bougerai pas d'ici tant que tu n'accepteras pas, je t'en prie ! Après tu t'en voudras quand je me retrouverai en prison pour avoir assassiné ma mère. "
Elle commence à se pencher pour tenter de capter mon regard qui tente à tout prix de fuir cette vision. Quand je réalise que la position dans laquelle elle compte se mettre va m'achever, je réponds en vitesse:
" - Oui ! Oui, c'est d'accord ! "
Elle se redresse et est tout d'abord étonnée par le changement d'avis soudain que je viens de réaliser sous ses yeux. Mais je vois que mon choix commence à prendre du sens dans son cerveau et comprends vite qu'elle compte m'enlacer quand elle commence à esquisser les prémices d'une étreinte. Je me lève subitement en déclarant rapidement:
" - Bon va te préparer maintenant, je déteste arriver en retard."
Ouf, je l'ai échappé belle. Elle parait surprise par mes changements d'humeur brutaux mais ne s'y attarde pas plus et fonce dans la salle de bain en me remerciant une dizaine de fois. Je pousse un profond soupir saccadé par la frustration que je ressens. Je ne pensais pas que mon appétit charnel serait tant accrue après quelques temps d'abstinence mais je ne me vois pas non plus recommencer ce que je faisais avant pour le calmer. Ce qu'il s'est passé avec Costia a totalement changé ma perception des relations.
J'observais la vue qui se dessinait à travers la grande fenêtre de mon salon quand j'entends la porte de la salle de bain s'ouvrir derrière moi. Je n'ose pas me retourner, je m'en veux de ressentir ce désir ardent dont Clarke fait les frais. J'ai hâte que tout cela me passe.
" - On y va? Me demande Clarke alors que je lui tourne toujours le dos.
- Tu es habillée? "
Je me rends compte que ma question est vraiment étrange au même moment où je la pose.
" - Euh oui, répond-elle un peu confuse. Je ne compte pas me balader complètement nue pour aller voir ma mère, me fait-elle constater en rigolant."
Ça ne me dérangerait pas. Je regrette immédiatement d'avoir pensé cela, j'essaie d'inviter un sourire à venir cacher mon état avant de me retourner lentement, trop lentement. Elle est habillée, j'ai presque envie de remercier le ciel.
" - Alors on peut y aller, déclaré-je en ignorant volontairement ce qu'elle avait dit précédemment. "
Nous sommes installées dans le salon de Clarke où sa mère et son père séjournent depuis quelques jours. Cependant, son père n'est pas là aujourd'hui, il est allé voir un vieil ami du lycée qui habite la ville apparemment. Abby, la mère de Clarke, est actuellement dans la cuisine en train de nous préparer nos boissons.
" - Clarke, tu devrais prendre un peu plus soin de cet appartement, il est si joli, dit Abby en s'adressant à Clarke et en revenant s'installer à nos côtés.
- Mais j'en prends soin maman ! S'exclame-t-elle.
- Quand nous sommes arrivés, tu n'avais même pas rangé tes affaires.
- C'est chez moi, je ne vais pas tout réorganiser parce que vous venez une semaine."
Sa mère ne répond pas et se contente d'acquiescer sans réellement dire ce qu'elle en pense. Je ne me sens pas très à l'aise ici, pas dans cet appartement mais en compagnie d'Abby. J'ai l'impression de ne pas avoir ma place, comme si j'étais de trop. Clarke a dû le remarquer puisqu'elle vient poser une de ses mains, ce qui me paralyse un bref instant, sur ma cuisse pour capter mon regard afin de m'offrir un sourire rassurant que je lui rends.
" - Alors les filles ! Que se passe-t-il dans vos vies en ce moment? Nous demande Abby dans un sourire sincère.
- Pas grand chose maman, la routine de tous les jours, répond évasivement Clarke.
- Les études? Tout se passe bien?
- À merveille ! On a nos examens à la rentrée mais je suis sûre que tout va bien se passer.
- Si jamais ça ne marchait pas, je pourrais toujours essayer de te trou-
- Non merci maman, la coupe Clarke avec un grand sourire quelque peu désinvolte.
- D'accord, d'accord, j'ai compris ! Et toi Lexa? Tout se passe comme tu veux?"
J'ai presque sursauté de la voir s'adresser à moi, je ne m'y attendais pas même si ça paraît tout à fait normal qu'elle le fasse. Elle ne va pas oublier mon existence alors que je suis en face d'elle.
" - Oui, oui, tout se passe très bien, merci, répondé-je poliment. "
Nous plongeons dans un silence assez gênant. Seuls les bruits de nos verres se posant sur la table basse se font entendre. Clarke a pourtant l'air très détendue, bon en même temps il s'agit de sa mère donc elle n'a pas de raison d'être mal à l'aise actuellement. Je connais tout de même assez bien Abby, nous avions passé beaucoup de temps chez elle avec Raven et Octavia quand nous étions encore au lycée.
" - Bon ! S'exclame soudainement Abby. Racontez-moi des choses croustillantes en attendant Wells ! Des petits copains? "
Abby n'a jamais été au courant au sujet de mon orientation sexuelle, je ne connais absolument pas son avis là dessus alors je lui laisse croire ce qu'elle pense toute seule. Ce n'est pas non plus une information très importante.
" - Maman... La réprimande légèrement Clarke.
- Quoi? C'est un sujet tabou?
- Non mais c'est un peu gênant de parler de ce genre de chose avec toi, avoue-t-elle à sa mère.
- Mais non enfin ! Tu sais, moi aussi j'ai été jeune et avant ton père, j'ai co-
- Je ne veux pas savoir ce que tu as fait avant de connaître papa, s'empresse de dire Clarke en l'interrompant.
- Soit, répond-elle en accompagnant ses paroles d'un geste de la main. Mais tout ça pour dire que je peux très bien entendre ce que vous avez à me dire ! Je suis une maman cool tu sais, affirme-t-elle sérieusement. Toi Lexa, tu as quelqu'un dans ta vie en ce moment? "
J'aurais pu... J'espérais que cette discussion ne se retournerait pas contre moi mais mes prières intérieures n'ont pas été suffisantes apparemment. Je commence doucement à stresser, ce sentiment de mal être continue de grandir en moi tandis qu'Abby attend patiemment que je lui réponde en continuant de me fixer. Si seulement elle savait que ce matin je fantasmais sur sa fille à la simple vue de ses jambes, elle ne me regarderait pas aussi sereinement.
" - Hum... Non, je n'ai personne dans ma vie actuellement, répondé-je après quelques secondes d'hésitation sur que j'allais dire. "
Clarke n'est toujours pas au courant de ma séparation avec Costia, je ne veux pas qu'elle se sente coupable de quoique ce soit. C'est de ma faute si ça s'est terminé comme ça, Clarke ne m'avait pas demandée de la rejoindre, je l'ai fait de mon propre chef. J'essaie de garder le faux sourire qui s'accroche difficilement à mon visage.
Abby continue son blabla sur la vie, les études, les amours, etc. Clarke et moi n'écoutons que d'une oreille en acquiesçant par moment pour lui donner l'impression d'être écoutée. Elle décide finalement de débarrasser nos verres que nous avions terminés. Clarke en profite pour lâcher un long soupire avant de me regarder.
" - Tu sais, tu pourrais dire à ma mère que tu as une copine, elle ne va pas mal le prendre. Bon elle sera peut être un peu surprise mais rien de plus, me confie-t-elle doucement pour ne pas se faire entendre.
- Oui peut être mais... Costia n'est plus vraiment ma copine, lui avoué-je sur le même ton qu'elle avait employé. "
Elle me fait les gros yeux, bon en même temps je peux le comprendre puisque c'est moi-même qui lui ai dit que tout se passait bien et que Costia était très compréhensive donc la nouvelle doit vraiment la surprendre.
" - Quoi? Mais pourquoi? Qu'est-ce qu'il s'est passé? "
Je m'apprêtais à lui répondre, cependant, je suis sauvée par le gong quand la sonnerie de l'appartement retentit et qu'Abby sort précipitamment de la cuisine.
" - Ah ça doit être Wells ! S'exclame Abby un peu trop gaiement. Lui aussi est célibataire, nous confie-t-elle en adressant un regard à Clarke."
Après qu'Abby ait fait rentrer Wells, nous nous sommes tous installés à table. Ce moment devient de plus en plus gênant et oppressant, je ne sais pas ce que je fais là. Si seulement Clarke avait mis un pantalon ce matin... Je ne sais plus quelle attitude adopter. En plus, ce Wells n'arrange en rien la situation, il a l'air très gentil mais semble aussi perdu que nous ne le sommes. Pendant que la mère de Clarke est dans la cuisine en train de finaliser son plat pour nous l'apporter, nous nous retrouvons tous les trois dans un lourd silence jusqu'à ce que Wells se décide à le briser:
" - C'est juste moi ou cette situation est vraiment étrange? Nous dit-il dans un murmure en se penchant légèrement vers nous.
- Oh totalement ! Répondé-je soulagée de ne pas être la seule à ressentir cela.
- Je suis vraiment désolée que vous ayez à supporter la frénésie passagère dont ma mère est parfois victime, déclare Clarke de façon désabusée. "
Wells semble vouloir lui répondre mais nous nous redressons tous les trois comme des piques quand Abby revient avec son plat. Elle a l'air vraiment heureuse de ce repas qu'elle nous a préparé, il y en a au moins une qui y prend du plaisir.
" - Ce sont des endives au jambon ! Vous allez vous régaler, j'y ai mis tout mon cœur ! Annonce-t-elle fièrement. "
C'est vraiment ma journée, je tente de continuer à sourire pour ne pas la décevoir en lui apprenant que je déteste les endives. Rien que de les voir me donne des frissons de dégoût, j'aimerais avoir le pouvoir de m'assommer toute seule actuellement. Je me sens coupable de penser cela alors qu'Abby a l'air sincèrement enjouée de nous servir cette chose.
" - Ça a vraiment l'air bon Madame Griffin, dit Wells en affichant ses dents blanches dans un sourire.
- Je suis sûre que ça l'est, les endives au jambon n'ont plus aucun secret pour moi ! "
Peut-on être allergique aux endives? J'aimerais que ce soit mon cas pour avoir une meilleure excuse que " j'ai horreur de ça" afin d'esquiver le moment où je devrais faire semblant d'en raffoler. Mon sourire est sûrement crispé depuis quelques minutes maintenant, j'ai l'impression que quelque chose de terrible va m'arriver.
" - Lexa? Tu me passes ton assiette pour que je puisse te servir? Demande Abby en me sortant de ma léthargie "
Non surtout pas. Je saisis mon assiette très lentement avant de lui tendre poliment. Quand elle essaie de la prendre, je ne lâche pas prise de façon presque inconsciente jusqu'à ce que Abby me le fasse remarquer et que je fonde en excuse. Clarke me lance de petits regards en souriant par moment, a-t-elle oublié ma phobie des endives? Vais-je devoir réellement les manger?
Je me retrouve maintenant face à mon assiette, j'analyse la chose en la triturant avec ma fourchette. Sans aucune issue de secours possible, je m'avoue vaincue et commence à en approcher un morceau près de mes lèvres avant que mon hésitation ne devienne trop louche. Comme si j'allais ingurgiter un poison, une pause se fait avant que je n'ouvre la bouche. Je vais peut être apprécier en fin de compte.
Infâme, j'essaie par tous les moyens de ne pas tirer une grimace, l'effort est titanesque. Je suis presque impressionnée de les voir manger avec appétit. Je bénis la vie quand je me fais couper dans mon élan alors que je commençais à en prendre une deuxième bouchée.
" - Tiens Lexa, j'ai croisé ta mère au marché avant de partir pour mon séminaire, elle avait l'air en forme ! Me dit Abby. "
Je manque de rigoler quand je l'entends dire cela, ma mère au marché? Ce n'est absolument pas son genre. Elle s'en sort mieux pour payer des larbins qui iront le faire à sa place. Ma mère fait partie de ces femmes qui se font entièrement entretenir par leur mari mais qui garde tout de même une haute estime d'elles-mêmes car elles ont de l'argent. Je me suis détachée de ce milieu dès que j'ai pu le faire, mes parents m'en veulent toujours énormément mais j'essaie de ne plus y faire attention.
" - Ah et bien j'en suis ravie, répondé-je toujours très poliment.
- Tu sais, nous avons un peu parlé et tu manques beaucoup à tes parents... "
Cette fois-ci, je ne retiens pas le rire qui me démangeait depuis quelques instants. Cela m'étonnerait beaucoup que ma mère ait pu dire ce genre de chose.
" - Sauf votre respect Abby, ce n'est pas de ma faute si nous en sommes là aujourd'hui.
- C'est parfois dur d'être parent et ça nous arrive aussi de faire des erreurs mais il faut savoir pardonner pour aller de l'avant, me répond-elle.
Je sens une pointe de colère monter en moi, elle ne connaît pas les détails de ma situation actuelle avec mes parents donc elle ne peut pas se douter de l'énormité que cela peut représenter. J'essaie de garder contenance mais j'ai de plus en plus de mal à le faire.
- Bon maman, s'il te plaît, n'embête pas Lexa avec ça, intervient Clarke. "
Je la remercie silencieusement, je ne me voyais vraiment pas répondre à ça. Entre les endives et mes parents, ça fait beaucoup. Je m'excuse poliment avant d'aller m'enfermer dans la salle de bain pour me calmer un peu. Je déteste parler de mes parents, je n'arrive jamais à garder le contrôle de moi-même quand on en vient à ce sujet.
Je me passe de l'eau sur le visage pour tenter de retrouver mes esprits. Il ne faut pas que je craque, pas ici, pas maintenant. J'entends à peine les faibles coups qui retentissent contre la porte de la pièce où je me trouve.
" - Lex'... C'est moi, laisse moi entrer s'il te plait... "
Je reconnais sans aucune difficulté la voix de Clarke qui sonne comme un supplice. Je n'ai pas vraiment envie qu'elle me voit dans cet état actuellement. Je réfléchis encore quelques secondes avant d'admettre que, de toute façon, je ne pourrai pas rester enfermée ici éternellement et puis j'ai terriblement besoin d'elle, elle est la seule qui sait me canaliser. Je déverrouille alors la porte sans un mot. Clarke rentre à pas de chat en refermant la porte derrière elle avant de s'avancer prudemment vers moi.
" - Je suis désolée Lex'...
- Ce n'est rien, je m'attendais à ce genre de remarque venant de ta mère, c'est juste que je n'aime pas parler d'eux...
- Je n'aurais pas dû insister pour que tu viennes, tu n'en avais pas envie et maintenant ce repas devient catastrophique... Déclare-t-elle de façon coupable."
Je ne lui réponds pas, tout ceci n'est pas de sa faute. Je ne lui en veux absolument pas. Clarke me regarde attentivement, comme pour essayer de jauger à quel point je me sens mal. Je tiens son regard, il m'apaise de manière totalement irrationnelle. Elle s'approche doucement de moi avant de me prendre délicatement dans ses bras, les miens viennent immédiatement s'enrouler autour de son corps et je laisse ma tête reposer sur son épaule, l'odeur exquise de ses cheveux me permet de ne pas perdre pied.
" - Je vais inventer une excuse pour qu'on puisse rentrer, chuchote-t-elle tout en continuant de me serrer.
- Non Clarke, tu n'es pas obligée, je ne veux pas gâcher ce repas.
- Oh il était déjà voué à l'échec avant même qu'on y soit, me confie-t-elle dans un petit rire qui nous fait vibrer toutes les deux. Et depuis que je suis ici, je ne rêve que de partir... Je préfère largement être avec toi seule que de supporter cette ambiance.
- Je suis vraiment désolée, prononcé-je dans un murmure.
- Ne le sois pas, me dit-elle en s'écartant légèrement de moi pour se saisir de mon regard. Tu n'as pas être désolée, c'est ma mère, déclare-t-elle dans un sourire triste."
Je continue d'analyser son doux visage jusqu'à en arriver à ses lèvres, une folle tentation prend naissance dans mon esprit. Je pensais pourtant m'être débarrassée de ces idées complètement déplacées. Je détourne vite mon regard, je m'en veux tellement de ressentir cela en ce moment même. Je n'arrive désormais plus à me comprendre moi-même. J'aimerais retrouver cette époque où je ne me souciais de rien.
Nous nous retrouvons dans la voiture de Clarke alors que sa mère est penchée par la fenêtre de celle-ci.
" - Oui maman, j'en prends note ! Affirme Clarke d'un ton ennuyé.
- N'oublie pas qu'à ton âge, on doit vite trouver quelqu'un si on ne veut pas finir seul et Wells est vraiment très gentil, affirme la mère de Clarke en ayant l'air convaincue de ce qu'elle dit.
- Oui je sais... Tu veux bien sortir ta tête de ma voiture pour qu'on puisse partir maintenant?
- Clarke ! Serais-tu en train de chasser ta propre mère alors qu'elle s'inquiète pour toi? Demande-t-elle offusquée.
- Maman, ça fait 15 minutes que tu nous retiens sur ce parking...
- D'accord, d'accord ! Faites bien attention les filles alors, et toi ma chérie, on se revoit vite, déclare-t-elle en embrassant le front de Clarke et en se redressant pour nous laisser partir.
Abby avait tenu à nous raccompagner jusqu'à la voiture de Clarke quand celle-ci lui avait annoncé qu'on devait partir en prétextant que Raven était tombée en panne quelque part et que nous devions aller la chercher. Nous voilà donc en route, j'ai vraiment la sensation d'être un poids pour Clarke en ce moment.
" - Oh j'ai bien cru qu'on allait repartir avec ma mère ! S'exclame-t-elle fatiguée. Je suis contente d'être enfin partie. Elle essaie vraiment me caser avec ce Wells, c'est insupportable !
- Il ne t'intéresse pas? Demandé-je alors."
Elle tourne sa tête dans un geste vif pour me regarder comme si j'avais dit la plus grosse connerie qu'on puisse inventer.
" - Quoi? Il pourrait t'intéresser et peut être qu'une nouvelle relation pourrait te faire du bien."
Ses yeux se posent à nouveau sur la route, elle paraît déçue que je lui dise cela. Je ne comprends pas, ce n'est pas si insensé et Clarke mérite tout le bonheur que le monde puisse offrir. Je ne connais personne qui pourrait égaler l'impressionnante personne que Clarke est devenue avec le temps, j'ai beaucoup d'admiration pour elle. Elle n'a toujours pas répondu, j'aurais peut être dû me taire, sa mère l'avait déjà assez embêtée avec ça.
" - Excuse-moi, je ne voulais pas te barber avec ça... Ta mère s'en charge très bien toute seule, confessé-je doucement.
- Non, non, ne t'excuse pas, c'est juste que... Enfin je ne suis pas sûre de vouloir partager ma vie avec quelqu'un comme Wells, avoue-t-elle.
- Comme Wells? Qu'est-ce qu'il a qui ne va pas? Demandé-je curieusement.
- Dis-moi plutôt pourquoi tu n'es plus avec Costia et pourquoi je ne l'apprends que maintenant ! S'exclame-t-elle indignée.
- Ah... Et bien... Elle n'a pas réellement apprécié le fait que j'interrompe notre premier rendez-vous donc elle m'a quittée, dis-je honteusement.
Clarke semble réfléchir un moment, comme pour rassembler les souvenirs qu'elle a en mémoire pour se rappeler de cet événement. Encore une fois, elle tourne sa tête soudainement pour me regarder, l'air outré avant de dire:
" - Attends, ne me dis pas que c'est parce que tu es venue me rejoindre qu'elle t'a quittée? Me demande-t-elle alors que je lui réponds d'un hochement de tête positif. Oh non... Je suis tellement désolée Lex'... Je suis vraiment une abrutie !
- Ne t'en fais pas, je pense que c'est mieux ainsi... Si elle ne pouvait pas comprendre que je me dois d'être là pour mes meilleures amies, alors notre relation était d'avance vouée à l'échec, répondé-je dans un sourire pour la rassurer. "
Nous tombons dans un silence chargé de nos réflexions, je suis évidemment triste que ma relation avec Costia se soit terminée aussi brutalement mais je sais que je m'en remettrai assez vite. J'ai eu mes torts comme elle a eu les siens, la vie ne s'arrête pas. Je décide de briser ce silence pour demander à Clarke:
" - Alors, qu'est-ce qui ne va pas chez ce Wells? "
Je m'attendais à ce qu'elle me réponde instantanément mais, sans prévenir, elle arrête soudainement la voiture après s'être garée sur le petit parking qui dessert un point de vue imprenable. Je n'avais même pas réalisé que nous avions pris une toute autre direction que celle de mon appartement. Devant nous se trouve une merveilleuse vue qui donne sur le reste de la ville. Clarke semble réfléchir intensément, ses mains sont encore posées sur le volant. Son regard est fixé au loin jusqu'à ce qu'elle se tourne vers moi. Ses yeux me déstabilisent, elle ne m'avait jamais regardée comme ça auparavant.
- Tout va bien chez lui, c'est juste moi. J'ai seulement besoin d'une personne qui me fera ressentir un tourment extrême, je veux sentir la chaleur couler dans mes veines, je veux trembler en tenant la main de la personne que j'aime. Je veux pleurer, rire, espérer et craindre à chaque instant de la perdre. Je veux sentir la passion me dévorer de l'intérieur, tu comprends? "
Je suis bouche bée. Ses mots font douloureusement écho en moi, j'aimerais être cette personne. J'aimerais sentir et faire ressentir cette tornade de sentiments. Je n'arrive plus à réfléchir.
" - Parfois je me dis que je suis folle d'espérer vivre tout ça, je me demande souvent si je ne baigne pas dans l'illusion... Mais pourtant, je ne peux me résigner à quelque chose d'ordinaire, j'essaie de me convaincre qu'un jour quelqu'un renversera tous mes doutes en un simple regard. Que ce quelqu'un saura me faire me sentir belle comme me faire me sentir rien quand son absence viendra... Je veux y croire Lex', je sais que ça arrivera... "
Je bois ses paroles avec fascination, j'ai toujours considéré Clarke comme quelqu'un de très sensible mais je réalise que je me trompe. Ce n'est pas simplement de la sensibilité mais une réelle force qui émane de ses dires. Nos regards se croisent, se questionnent et se perdent inéluctablement. Ce moment est fort, il est riche de contradiction et de certitude, il marque le temps de manière indélébile.
" - Je comprends, Clarke... Je pense que j'aurais pu trouver ça complètement utopique et irréalisable mais aujourd'hui... Tout a changé, ce n'était pas prévu, comment peut-on prévoir ce genre de chose? Mais je veux aimer, aimer sans réfléchir, je veux sentir ce frisson presque imperceptible, celui que l'on ressent comme un mal ignoré et qui nous rend vulnérable... Je suis à des années lumières d'être la mieux placée pour parler d'amour, je sais à peine ce que c'est, mon cœur est totalement étranger à ces choses mais je le sens quelque part en moi."
Mon cœur et mes pensées sont à nu, je devrais me sentir gênée de me confier autant de cette manière, je ne l'ai jamais fait. Pourtant, je me sens libre, libre d'avoir pu découvrir cette part en moi, libre d'avoir pu y mettre des mots, mais surtout, libre d'être avec Clarke en ce moment même.
