La soirée avance doucement, les effets de l'alcool se font déjà ressentir. Clarke rit idiotement aux bêtises de Raven qui essaie de boire son mojito avec une dizaine de paille, Lincoln encercle Octavia de son bras musclé tandis que cette dernière encourage Raven à accomplir sa prouesse. Finn, lui, est plus en retrait et ça m'arrange très bien. Pendant ce temps là, je les observe sans manquer de sourire devant cette scène. Je profite de ce moment pour leur signaler que je vais sortir assouvir mon besoin de fumer une cigarette après avoir ingurgité tout cet alcool.
Je récupère ma veste avant de me diriger vers la sortie en tentant vainement d'éviter la foule qui se fait de plus en plus hasardeuse. Le calme de la nuit m'accueille une fois que je me retrouve dehors, quelques personnes sont aussi en train de combler leur manque de nicotine.
Je n'ai même pas le temps de sortir mon paquet de cigarettes que je sens déjà une main attraper durement mon bras pour me tirer. Je suis vite rassurée quand je vois que ce n'est que Clarke. Je ne comprends pas trop ses intentions actuellement, j'espère que tout va bien. Elle doit sûrement nous emmener dans un endroit plus isolé. Je reconnais à peine la sortie faite pour les employés du bar que je suis déjà plaquée contre un mur, je sens ses lèvres venir précipitamment rencontrer les miennes.
Je ne mets pas beaucoup de temps à m'agripper à son corps pour lui rendre son baiser, ses lèvres ont un léger goût d'alcool, ce que je trouve très excitant. Son souffle vient violemment percuter le mien.
" - Je n'en pouvais plus d'attendre, murmure-t-elle contre ma bouche.
- Pour une fois, j'apprécie ton impatience, dis-je en rigolant. "
Je prends le temps de l'admirer comme j'aime tant le faire. Elle est splendide, comme à son habitude. Ses yeux bleus semblent transpercer l'obscurité de la nuit, l'alcool les a rendu légèrement plus brillants, ce qui la rend très sexy. Une de mes mains remonte doucement vers son visage pour enrouler autour de mon index une mèche qui s'est échappé de sa chevelure. Son regard ardent fait monter en moi l'habituel désir que je ressens à ses côtés dernièrement.
Elle revient prendre en assaut mes lèvres entre les siennes, son corps s'écrase délicieusement contre le mien. Je m'apprête à accentuer ce baiser déjà bien enflammé mais elle s'écarte de moi dans un sourire taquin. Que veut-elle?
" - J'ai vraiment hâte qu'on se retrouve toutes les deux. "
Après ces quelques mots qui éveillent en moi une terrible frustration, elle me laisse en plan en prenant soin de me lancer un dernier regard qui en dit long. Je la regarde s'éloigner et reste un moment figée sur place, le temps de réaliser ce qu'il vient de se passer. Je vais vraiment finir par perdre la tête si elle continue à me torturer de cette manière. L'effet Clarke est la plus puissante de toutes les drogues. Je souris niasement puis tente de retrouver mes esprits pour rejoindre l'entrée du bar et fumer cette fameuse clope.
Je dois avouer que mon état d'ébriété est déjà bien avancé et que ce baiser m'a totalement retournée le cerveau quand je tente à plusieurs reprises d'embraser la cigarette que je viens de sortir.
" - Besoin d'aide peut être? "
Je relève mon regard qui se focalisait sur l'incapacité de mes mains à faire fonctionner ce satané briquet. C'est encore Luna que je rencontre, l'alcool me rend presque joyeuse de la voir. Je lui tends mon briquet dans un geste incertain, elle arrive à l'actionner du premier coup. J'en suis donc vraiment là? Je la remercie avant de tirer une taffe libératrice sur ma cigarette.
" - Tu en veux une? Proposé-je à la rousse qui m'observait maintenant.
- Oh j'ai de quoi faire, me signale-t-elle dans un clin d'œil. "
Sa réponse me donne soudainement la nausée, je n'aime vraiment pas ça. C'est un vrai fantôme de mon passé qui vient tenter de me ramener à ce que j'étais avant, mais je ne veux plus de cette vie. Je suis persuadée d'avoir changé, je suis persuadée que je deviendrai une meilleure personne avec Clarke. Il faut juste que je résiste encore un peu, le temps que cette soirée se finisse et je m'occuperai du reste quand il pointera son nez.
" - Je ne marche plus vraiment avec ça Luna, j'ai trouvé autre chose...
- Et tu ne partages même pas? S'exclame-t-elle faussement vexée.
- Hum, non, pas vraiment...
- Quel est ton secret Woods? Demande-t-elle en s'approchant de moi.
- Je suis en couple, avoué-je sans vraiment réfléchir.
- Quoi?! Lexa Woods en couple? Oh j'aurais tout vu dans ce bas monde, déclare-t-elle dépitée et dans un faux rire.
- C'est si surprenant?
- Surprenant? C'est une bombe, oui ! Toi et moi, nous ne sommes pas faites pour ce genre de choses et tu le sais très bien.
- J'ai envie de croire le contraire, c'est différent cette fois-ci.
- Comme tu voudras chérie, tu t'en rendras compte toute seule et bien plus vite que tu ne le penses ! On se fait toujours rattraper par cet endroit... Mais sinon, disons que d'ici 15 ou 20 minutes, je serai dans les toilettes, répond-elle avant de rentrer à nouveau dans le bar. "
Vieux réflexe, je regarde ma montre pour calculer l'heure à laquelle elle y sera. Je sais que je ne le rejoindrai pas, ce n'est plus moi, je n'ai plus besoin de ça. J'aurais aimé que Luna ne soit pas là ce soir, elle est sûrement la personne qui m'a vue dans le pire état que j'ai pu connaître. Sa présence me replonge douloureusement dans le passé, j'aurais aimé faire les choses différemment mais je suis sûre que si on me donnait une chance de recommencer, je referais exactement ce que j'ai déjà fait.
Cette part de noirceur qui m'habite a une bien trop grande place pour que je puisse l'oublier, j'espère simplement ne pas la rencontrer une nouvelle fois mais je sais que Clarke m'aidera à l'éviter sans même le savoir. Il faut juste que je la rejoigne, je sais que le simple fait de voir son visage me permet de m'évader plus sainement. J'écrase ma cigarette avant de retourner à l'intérieur, il faut juste que je la vois.
Quand j'arrive à quelques mètres de la table, je la vois enfin mais ce n'est vraiment pas ce que je voulais voir. Finn a profité de mon absence pour me voler ma place à ses côtés apparemment, il est penché à son oreille tandis qu'elle rit. Cette scène n'évoque rien d'ambiguë mais elle me foudroie tout de même. J'ai l'impression de les revoir ensemble quand ils étaient encore au lycée, ils avaient cette même complicité.
Clarke a sûrement trop bu pour se rendre compte de la proximité qui les sépare à peine. J'ai une confiance aveugle en elle et je sais qu'elle ne se laissera jamais séduire par Finn ou qui que ce soit d'autre, mais encore une fois, je ne peux pas empêcher les flash-backs qui me reviennent tortueusement en mémoire. Combien de fois ai-je dû supporter de les voir ensemble?
Je suis coupée dans mes réflexions quand je repère une tignasse rousse prendre la direction des toilettes. Je suis maintenant en train de lutter contre moi-même pour combattre l'envie qui me prend de la suivre. Cette tentation me démange, je sais que je ne dois pas le faire mais Clarke ne me regarde pas. Je n'ai pas le droit de renoncer à ce changement dont j'étais si fière en retombant bêtement dans ce piège. Mon regard ne cesse de ricocher entre l'entrée des toilettes et la table où Clarke continue de rire à ce que Finn doit lui raconter, ça ne signifie absolument rien. C'est irrationnel de ressentir ce qu'il se passe dans mes entrailles en ce moment.
Avant que mon corps ne prenne une décision à ma place, je tourne vite les talons pour sortir de cet endroit à toute vitesse. Je suis essoufflée quand je retrouve l'extérieur, comme si j'avais couru plusieurs heures sans m'arrêter. Je m'éloigne un peu de l'entrée pour tenter de calmer la tempête qui s'est déclenchée en moi.
Je ne peux pas retourner à l'intérieur, je ne dois pas. L'image de Luna qui rejoint les toilettes tourbillonne avec la vision de Clarke qui rigole librement aux histoires de Finn. J'en ai le tournis, je me laisse glisser contre un mur de cette ruelle pour retrouver un peu d'équilibre. Il faut que je reprenne le dessus , je sais que je peux le faire, il faut juste que je respire.
Je me relève après quelques minutes de lutte acharnée. Je sors mon téléphone de ma poche pour avertir mes amis que je vais rentrer, même si je pense qu'ils ne s'en rendront même pas compte au vu de leur état. Je commence doucement à déambuler pour remonter la rue qui me mènera à mon appartement. Mon esprit alcoolisé contraste encore avec les douloureux souvenirs qui défilent sadiquement dans mon crâne.
" - Alors, tu comptais partir sans moi? "
Je manque de tomber sous le sursaut que me provoque cette voix. Elle a coupé court à toutes mes réflexions. Je me retourne lentement pour pouvoir la regarder, je suis tout de suite apaisée par cette vision.
" - Je n'aime pas trop ce bar, dis-je faiblement dans un sourire.
- Tu aurais pu trouver une meilleure excuse, répond-elle en rigolant.
- C'est la simple vérité... Il y a trop de choses qui... Enfin, je préfère rentrer, mais si tu veux rester encore un peu, ne te gêne pas pour moi.
- Non sans façon, l'idée de rentrer avec toi est bien plus tentante ! "
Je souris à sa phrase avant de m'avancer vers elle pour lui tendre la main. Elle n'hésite pas une seule seconde et vient s'accrocher à mon bras, de la même manière que nous sommes arrivées ici. La sentir près de moi, chasse peu à peu les démons de mon passé.
" - Tout va bien, hum? Me demande-t-elle alors que nous avons commencé à marcher.
- Oui, tout va très bien maintenant, répondé-je en la regardant. "
Et ce n'était pas un mensonge, dès lors que mon regard avait croisé le sien, tout allait bien. Du moment que Clarke sera à mes côtés, tout ira bien.
Les semaines passent très vite maintenant que je suis avec Clarke, nous essayons de passer le plus de temps possible ensemble mais avec les examens de fin d'année qui approchent, cela devient de plus en plus compliqué. Octavia, Raven et le reste du monde ne savent toujours rien à propos de notre relation, nous continuons de vivre notre idylle en cachette et tout se passe à merveille.
Par contre, il faut absolument que je trouve un stage pour les vacances d'été et les recherches sont très compromises quand on porte le nom Woods. Tous les cabinets d'avocats que j'ai réussi à contacter, connaissent mon père. Des fois, juste de nom, mais cela est suffisant pour que j'y renonce. Je refuse que mon père soit au courant de l'avancée de ma carrière professionnelle, il ne manquerait pas une occasion de venir y mettre son nez. Clarke essaie parfois de me raisonner quand on m'offre une place qui ferait rêver tout étudiant en droit comme moi mais je ne veux vraiment pas que mes parents soient en contact avec des personnes qui peuvent compromettre mon avenir.
Ce matin encore, je suis derrière mon ordinateur à passer en revue toutes les possibles places que je pourrais avoir. Clarke est encore endormie, je n'ai pas osé la réveiller en sachant que de son côté aussi elle se surmène. Elle aimerait trouver un stage à faire dans une galerie de la ville, elle aurait pu s'en passer mais refuse de me laisser seule durant les vacances d'été. J'ai lourdement insisté en lui disant que ce n'était pas nécessaire et qu'elle pouvait très bien aller retrouver ses parents sans se soucier de moi mais elle est toujours aussi têtue.
D'habitude, Octavia, Raven et Clarke retournent dans l'ancienne petite ville qui a abrité notre enfance et adolescence pour y passer les vacances. J'aurais aimé les accompagner à de maintes reprises mais si mon père avait pris connaissance de ma présence là bas, il aurait tout fait pour me retrouver et me bourrer le crâne avec tous ces discours sur la vie et les mauvais choix que j'ai faits. Il y a d'ailleurs très longtemps que je n'y ai pas mis les pieds maintenant.
Je souffle de désespoir en continuant à faire défiler les petites annonces et la liste entière des cabinets de la région. Je commence à me dire que jamais je n'en trouverai un où mon nom n'aura pas d'importance, un endroit dans lequel on me traitera comme une étudiante médiocre à qui on demande de préparer le café. Je ne veux pas qu'on me considère comme la fille privilégiée du grand directeur de Woods Corporation à qui on offrirait des fleurs pour garder les parts de son père.
Alors que je me masse les tempes pour tenter de garder l'esprit lucide, je sens une présence dans mon dos, puis deux bras qui viennent s'enrouler autour de mes épaules.
" - Tu es toujours en train de chercher? Me demande-t-elle en embrassant ma joue. "
Je me retourne lentement et complètement dépitée. Heureusement que le sourire de Clarke est là pour me rappeler à quel point j'ai de la chance de l'avoir dans ma vie. Mes mains se posent délicatement sur ses hanches auxquelles je m'agrippe pour la faire avancer entre mes jambes. Je viens la serrer contre moi alors qu'elle m'inflige de douces caresses dans les cheveux.
" - Je crois que je ne trouverai jamais... Je n'ai plus qu'à aller voir mon référant à la fac pour lui dire que ma carrière est foutue d'avance... Déclaré-je de façon légèrement excessive.
- Ne dis pas ça, je suis sûre que tu vas trouver ! Et ils vont tous se battre pour t'avoir quand ils découvriront que ma copine n'est pas seulement la fille d'un grand PDG !
- Ton enthousiasme est très plaisant mais je ne crois pas que je pourrais me débarrasser de ce statut un jour, dis-je en m'accrochant davantage à son corps. "
Clarke se détache de mon emprise, créant un grognement de frustration de ma part. Elle ne s'éloigne pas beaucoup et s'accroupit devant moi pour directement planter son regard dans le mien. Même après quelques semaines de relation, ce genre d'échange avec elle me procure toujours des sensations aussi vives. Elle vient doucement caresser ma joue dans laquelle je laisse ma tête se reposer un instant, ce simple geste me permet de maîtriser l'agacement que toute cette situation provoque en moi.
" - Tu vas y arriver et tu te feras ta propre réputation quand tu seras la plus grande avocate de ce pays. Ce sera à ton père de récupérer les éloges qu'on fera de sa fille, n'en doute pas. "
Ma main vient doucement se mouler à la sienne qui est encore contre mon visage. Je lui souris tendrement, elle est vraiment la meilleure personne que ce monde n'ait jamais porté. Je ne sais absolument pas ce que je ferais sans elle, ses mots ont le don de m'apaiser et de canaliser ma haine habituelle.
" - Merci, murmuré-je.
- Tu n'as pas à me remercier, c'est quand mê- "
Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase et l'embrasse du bout des lèvres. J'en avais terriblement besoin, surtout après avoir encore perdu des heures entières à chercher quelque chose que je ne trouve pas.
" - Merci d'être là, avec moi, et de me supporter... Je sais que je ne suis pas très amusante ces derniers temps, avoué-je un peu coupable.
- Tu te rattrapes plutôt bien au lit alors je ne t'en tiens pas rigueur, répond-elle en rigolant. "
Mon dieu. Je suis sûre que Clarke causera ma perte, son rire cristallin est la plus belle des mélodies pour commencer une journée. Je m'en veux presque d'avoir mis autant de temps à me rendre compte de tout cela, j'aurais pu être aussi heureuse bien plus tôt.
Son rire, ses yeux, son petit nez, sa bouche et ses lèvres rosées, ce grain de beauté, chaque rondeur de son corps comme chaque creux, ses gestuelles et sa façon de parler, son enthousiasme, sa joie de vivre, tout ce qui fait d'elle ce qu'elle est me rend folle. Je pourrais passer le restant de mes jours à expliquer ô combien Clarke est une personne exceptionnelle.
Le petit son que provoque la notification qui vient d'arriver sur mon ordinateur me sort de ma contemplation. Je souris à Clarke avant de rediriger mon regard vers l'écran de mon ordinateur. Je cligne plusieurs fois des yeux avant de comprendre réellement ce qu'il est en train de se passer.
" - J'y crois pas... Soufflé-je encore ahurie.
- Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? S'affole Clarke en se relevant soudainement.
- Je viens de recevoir un message du cabinet de Vindra Harris, c'est une avocate des plus respectées mais surtout... "
Je marque un arrêt dans ma phrase en ouvrant le message que je commence à survoler.
" - Surtout quoi? S'impatiente Clarke.
- C'est l'une des plus grandes ennemies de mon père ! Elle avait défendu la partie adverse dans une affaire de fraude, ce qui avait fait perdre beaucoup de crédibilité à mon père à l'époque !
- Alors ça veut dire...
- Alors ça veut dire que j'ai trouvé mon stage ! M'exclamé-je en arrivant à la fin du message qui m'invitait à passer un entretien. "
Une immense joie vient habiter tout mon corps entier, je me relève subitement pour attraper Clarke dans mes bras. Je ne pouvais pas rêver mieux ! Faire mon stage là bas me donne l'assurance que mon père ne pourra pas s'en mêler. Je relâche Clarke toujours aussi heureuse mais ne retrouve pas la même euphorie sur son visage. Je fronce les sourcils avant de lui demander:
" - Tu n'es pas contente pour moi?
- Si ! Bien sûr que si Lex', je suis sincèrement contente pour toi, s'empresse-t-elle de répondre.
- Tu le caches bien alors, dis-je en reprenant place sur ma chaise légèrement déçue.
- Lex'... C'est juste que je ne veux pas que tu t'embarques dans quelque chose d'émotionnellement trop dur... Et travailler avec la rivale de ton père me semble être assez lourd pour commencer... Confesse-t-elle en venant s'installer sur mes genoux.
- Comment pourrais-je faire autrement? Il faut obligatoirement que je trouve un stage et je n'ai déjà plus beaucoup de temps... Je suis sûre que tout se passera bien, c'est une vieille histoire donc je ne pense pas qu'elle impacte encore mon père. Mais au moins, je peux être sûre qu'il n'essaiera pas de se mêler de ça... Vindra Harris reste un mauvais souvenir à ses yeux, dis-je en rigolant.
- J'espère bien, sinon je m'occuperai de lui en personne, affirme-t-elle sur un ton menaçant. "
Je rigole légèrement devant sa mine de renfrognée, elle est adorable quand elle est comme ça. Je continue de caresser ses hanches pour tenter de la rassurer. Son inquiétude me touche mais elle n'a pas de raison d'être, tout va très bien se passer, je ne pouvais pas espérer mieux que cette opportunité.
" - Bon il faut juste que je réussisse l'entretien, ce n'est pas encore gagné, déclaré-je.
- Oh je ne me fais pas de soucis pour ça, personne ne te résiste !
- Hum... C'est intéressant à savoir.
- Comment ça? S'offusque-t-elle.
- Et bien, il y a une jolie blonde que j'aimerais beaucoup ramener dans mon lit, avoué-je dans un sourire taquin.
- Lex' ! S'exclame-t-elle dans un rire. Je trouve que tu as déjà bien profité de cette blonde la nuit dernière, elle a besoin de manger maintenant ! "
Après cela, elle quitte l'assise qu'elle avait sur mes genoux, créant un froid glacial sur les zones de mon corps qu'elle couvrait. Je ronchonne encore une fois, elle dépose un léger baiser dans mon cou avant de se diriger vers la cuisine. J'aurais été un bien meilleur déjeuner. Je jette ma frustration au loin pour m'empresser de répondre positivement à l'entretien que Vindra Harris me proposait, enfin je ne pense pas que ce soit elle personnellement qui me l'ait demandée mais peu importe. Je suis bien trop contente à l'idée de faire mon stage là bas.
Aujourd'hui nous sommes Jeudi, un dernier week-end de révisions m'attend pour clôturer cette année. La semaine prochaine risque d'être éprouvante, mes plus gros examens se réunissent sur deux jours, je suis fatiguée d'avance.
J'ai mon entretien dans peu de temps, je m'empresse de sortir de la salle de mon dernier cours de la journée pour commencer à me dépêcher de rejoindre le parking de la fac. Clarke finit plus tard donc elle ne pouvait pas m'accompagner, elle n'a pas manqué de s'excuser une centaine de fois alors que ce n'est même pas de sa faute mais j'ai tout de même trouver cela adorable.
C'est donc Octavia qui s'est proposée pour m'accompagner, je n'avais pas réellement besoin d'être avec quelqu'un pour passer cet entretien mais j'avoue que sa présence me rassure tout de même un peu maintenant que je suis dans sa voiture.
" - Alors stressée? Me demande-t-elle.
- Légèrement mais je pense que ça va bien se passer.
- Et comment que ça va bien se passer ! Tu vas les impressionner c'est sûr, t'as été plus d'une fois major de ta promo !
- Oui peut être mais ça ne fait pas tout...
- Ne sois pas si modeste Lexa, on sait déjà tous que tu vas réussir ! Sérieux, t'es sûrement la fille avec le plus gros cerveau que je connaisse ! S'exclame-t-elle. "
Je ne peux m'empêcher de rire après ce qu'elle vient de dire. Finalement, je suis contente qu'elle soit venue avec moi, ça me permet de penser à autre chose et de me détendre un peu plus.
Octavia n'arrête pas de chanter toutes les chansons populaires qui passent à la radio, ses chorégraphies improvisées ont manqué de nous tuer plusieurs fois mais nous arrivons finalement saines et sauves.
" - Merci de m'avoir accompagnée O', tu n'es pas obligée de m'attendre, ça pourrait être long.
- Clarke m'a faite jurer de ne pas te laisser, elle a été incroyablement lourde d'ailleurs ! Donc je vais t'attendre, et ne discute pas les ordres de Clarke ! "
Je rigole doucement avant de sortir et de me diriger vers l'énorme cabinet qui décore cette avenue. C'est très impressionnant, je ne pensais pas que ce serait aussi grand. Je m'avance timidement à l'intérieur après avoir regardé une dernière fois Octavia pour me donner un peu de courage.
Je repère vite l'énorme bureau de la secrétaire qui n'a même pas remarqué ma présence, elle a l'air captivée par son écran, comme si son regard ne pouvait pas s'en détacher. Je fais quelques pas pour me poster devant elle, elle ne me regarde toujours pas. Je m'apprêtais à dire quelque chose mais elle me coupe la parole avant même que je n'ouvre la bouche:
" - Le couloir à droite et porte du fond, d'autres étudiants sont déjà en train d'attendre. "
Très bien, on passera sur la politesse alors. Je la remercie tout de même et suis les directives qu'elle m'a données. Plus je m'avance dans cette énorme bâtisse et plus je me rends compte de son ampleur, tout est gigantesque. Le style d'architecture y est un peu romanesque, pour renforcer ce sentiment de grand luxe. Je suis surprise par l'installation de la "salle d'attente", seulement quelques chaises sont installées négligemment dans le couloir. Ils aurait pu faire un effort. Je m'installe sur une chaise, deux étudiants sont déjà là en train de patienter.
Quand la porte s'ouvre après de longues minutes, je vois enfin de mes propres yeux la grande Vindra Harris. Elle est habillée d'un tailleur qui, je suis sûre, vaut le prix de mon appartement entier. Elle est plus grande que ce que j'avais imaginé, j'avais pris soin de faire quelques recherches à son sujet avant de la rencontrer. Sa chevelure ténébreuse est fidèle à celle que l'on peut voir sur internet. Sans même un mot, on peut sentir son charisme et son professionnalisme. Je ne pensais pas que ce serait elle qui s'occuperait des entretiens, cela ne fait qu'accentuer le stress naissant en moi. Elle invite un étudiant à la suivre avant de refermer la porte, elle n'a pas l'air très amicale.
Le temps semble passer très lentement maintenant, je ne cesse de lire et relire mon dossier que je trouve de plus en plus pitoyable. Mon assurance s'est clairement évaporée depuis que j'ai commencé à patienter. Quand le dernier étudiant avant moi passe, je commence réellement à angoisser. Ce sera moi la prochaine et au vu de la tête dépitée des élèves qui sortent de son bureau, je ne suis pas du tout rassurée.
" - Alexandria Woods? "
Je sors de mes rêveries, qu'il serait plus juste de qualifier de cauchemars, pour relever la tête. Je la vois debout en train de m'attendre, sa main est encore posée sur la poignée de la porte, comme si elle s'apprêtait à me la refermer en pleine face. Je me lève fébrilement et m'avance lentement vers elle. Je la salue poliment.
" - Entrez et installez-vous, répond-elle froidement."
Bon, on peut dire que sa technique d'intimidation fonctionne à merveille. Je m'installe sagement comme elle m'a demandé de le faire. Ses talons cognent sur le parquet en bois alors qu'elle fait le tour de son bureau pour s'asseoir dans cet énorme fauteuil, il aurait pu décorer un manoir sans aucun complexe.
" - Alors Alexandria Woods, vous êtes vraisemblablement le prodige de votre promotion d'après vos professeurs.
- Oh je n'irais pas jusque là, dis-je dans un sourire qui se voulait courtois.
- Et vous avez bien raison ! De bonnes notes et de belles appréciations ne feront pas votre carrière dans le milieu. J'attends de vous une réelle implication et une force de caractère suffisante. Mais connaissant vos origines, je n'en doute pas une seule seconde... "
Mes origines? De quoi parle-t-elle exactement? Elle a sûrement dû voir mon air d'incompréhension quand elle reprend la parole:
" - Vous ne pensez tout de même pas que j'allais oublier ce procès que j'ai mené contre votre père, Madame Woods. Je ne pourrai jamais oublier un homme comme votre père. C'est donc pour cela que je me demande comment sa fille peut-elle prétendre à un stage dans mon cabinet. "
Après ses dires, elle s'était redressée dans son énorme fauteuil pour venir poser sa tête sur la paume de sa main. Elle semble réellement intéressée par la réponse que je vais lui donner. J'avoue ne pas trop savoir comment tourner la chose sans passer pour la fille un peu rebelle qui essaie de se détacher de son milieu pour attirer l'attention.
" - Et bien... J'ai eu quelques différents avec mon père et aujourd'hui, je ne compte absolument pas sur son influence pour faire valoir mon dossier plus qu'un autre. C'est pour cela que je suis venue ici, j'avais conscience de votre passé avec mon père donc je savais que je pourrais éventuellement m'en sortir de par moi-même. "
Bon, je n'ai peut être pas souligner l'aspect le plus important, c'est à dire d'éloigner mon père le plus loin de mes affaires mais il ne me semble pas nécessaire de le préciser pour le moment. Elle continue de me fixer avec son regard turquoise, cette profondeur et le côté glacial de ses yeux sont vraiment déstabilisants. J'ai l'impression qu'elle pourrait me faire disparaître instantanément.
" - Hum... C'est intéressant. Bon nous allons commencer l'entretien si vous le voulez bien maintenant. "
J'acquiesce, les questions barbantes et prévisibles commencent à être posées. Je contrôle parfaitement le sentiment d'inquiétude qui avait pris place en moi quelques instants plus tôt. Je dirais même que je suis assez confiante. Le sujet qu'elle me donne à étudier est d'une facilité accablante, je pourrais même croire que cela a été fait exprès. Elle semble satisfaite de mes réponses, ce qui est étonnant au vu de l'antipathie qu'a exprimé son caractère auparavant.
L'entretien continue encore un moment jusqu'à ce qu'elle déclare:
" - Bon, je pense avoir vu ce qu'il était nécessaire de voir... Votre dossier m'intéresse beaucoup, il faudra encore que je délibère avec mes confrères mais il se peut que je m'arrange pour vous obtenir la place de mon assistante personnelle, l'actuelle va bientôt partir en congé maternité ! Enfin un vrai problème ! J'espère que vous en serez à la hauteur, aucune erreur et aucun retard ne seront tolérés. "
Je jubile intérieurement, cette offre serait vraiment splendide dans mon futur CV. J'essaie tout de même de garder une allure professionnelle en me contentant d'acquiescer poliment. Nous commençons à nous lever pour quitter son bureau mais elle m'arrête une dernière fois avant d'ouvrir la porte.
" - Par contre, je ne l'ai peut être pas encore précisé, mais vous ne serez pas la seule étudiante à effectuer un stage ici. Une autre élève a été sélectionnée la semaine dernière donc j'espère que le travail de groupe ne vous dérange pas.
- Non, absolument pas, répondé-je dans un sourire.
- Parfait ! Je vous libère alors, ça a été un réel plaisir Alexandria. Vous avez un avenir prometteur et j'espère que votre père s'en rendra compte. Dans tous les cas et en attendant, vous aurez une réponse d'ici ce week-end."
Je me contente de sourire en la remerciant. Je ne suis pas sûre que mon père réalise quoique ce soit un jour mais je ne vais pas commencer à rentrer dans les détails.
Je sors fièrement de son bureau, ça ne s'est pas si mal passé. Travailler pour la rivale de mon père serait vraiment un exploit admirable, j'ai presque envie de l'appeler pour lui annoncer mais je sais que ça ne servirait à rien. Maintenant, je vais continuer de croiser les doigts jusqu'à ce que j'obtienne une réponse.
Je me dépêche de sortir de ce gigantesque bâtiment pour retrouver Octavia. La pauvre, cela fait déjà une heure et quelques qu'elle doit attendre. Dans la précipitation, je rentre dans une personne qui rentrait au même moment où je sortais. Je fonds en excuse en commençant à ramasser mon dossier qui s'était étalé par terre. La personne en face de moi se baisse pour m'aider, c'est quand je vois ses mains que je relève enfin la tête pour l'identifier. Nos regards se croisent enfin.
" - Lexa? "
Oh non.
