Bonjour mes amours !

Accrochez-vous, on est de retour dans le pov Drago. Contrairement à lui, ma vie est dans un tournant : ça y est, je suis officiellement diplômé criminologue ! A moi la recherche d'emploi...

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 3.

« I am truly left alone

But somehow, just somehow

It feels like my loneliness is a victory

Over the self-delusion of joy and happiness. »

The cry of silence, Draconian.

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« Je suis vraiment laissé à l'abandon

Mais d'une certaine façon, juste d'une certaine façon

C'est comme si ma solitude était une victoire

Au-delà de ma propre illusion de la joie et du bonheur. »

Le cri du silence, Draconian.


L'orage. Drago l'avait entendu arriver au loin. Petit à petit, il s'était approché et Drago s'était de plus en plus recroquevillé sur lui-même. Il sentait la peur naître en lui, gagner en intensité au fur et à mesure de son ascension.

Il savait qu'il ne pourrait pas lui échapper. Et il se sentait comme un enfant qui se réveillait d'un cauchemar, s'apercevant que le cauchemar était la réalité et qu'il ne pourrait pas hurler pour appeler sa mère au secours.

Non seulement sa mère n'avait jamais rien pu faire mais, en plus, il n'avait tout simplement pas la force de crier. Il ouvrait la bouche dans un hurlement silencieux, la poitrine compressée sous un poids invisible. Pire encore, plus l'orage approchait, plus il voyait les éclairs illuminer sa cellule et plus la pression invisible s'intensifiait, appuyant de toute part sur son corps décharné et vulnérable.

Les larmes perlèrent aux coins de ses yeux sous l'effet de la douleur. Il tremblait, et paradoxalement, il était également couvert de sueur. Il ne savait plus s'il avait froid, chaud, s'il vivait encore ou s'il se trouvait en enfer, mais il ne rêvait que d'une chose : que tout cela cesse. Il voulait mourir. Merlin, Salazar, par n'importe quel fondateur ou grand sorcier, il voulait juste en finir, ne plus ressentir cette souffrance mêlée de détresse. La délivrance semblait inaccessible, elle n'était même pas envisageable.

Il avait à nouveau deux ans, il ne comprenait pas la douleur qu'il ressentait dans ses chairs et éclatait en sanglots.

Il avait à nouveau trois ans, il était résigné à subir le supplice qui lui était destiné et pleurait en silence.

Il avait à nouveau quatre ans, il mordait si fort sa langue qu'il en goûtait son propre sang.

Il avait à nouveau cinq ans, et il avait appris à dissimuler sa souffrance. Seules ses prunelles pouvaient le trahir, mais il avait depuis longtemps cessé les contacts visuels, les fuyant pour s'enfouir en lui-même.

Aujourd'hui, il était ad vitam aeternam cet enfant, perdu sur les rives du Styx, flirtant avec le feu éternel. Il brûlait littéralement, pendant que son cœur tentait envers et contre tout de résister en se protégeant derrière une paroi de glace.

Drago espérait ne pas survivre à cette nuit.

Et pourtant, cela ne cessait pas. Chaque seconde rajoutait un peu plus de souffrance et l'accumulation était insoutenable. Il voulait hurler après sa mère, la supplier de venir le consoler. Il voulait qu'elle le serre dans ses bras et le prenne contre elle à l'étouffer. Juste pour ne pas s'éparpiller en milliers de morceaux.

Sa bouche ouverte dans un cri silencieux était la porte d'entrée des Ténèbres, qui s'engouffraient dans le trou noir et béant de sa gorge. Un gouffre sans fin, terrifiant et à la fois si vide et si rempli. Vide de sens et vide de joie, mot qui n'avait lui-même plus de sens. Rempli de Méphistophélès en personne et rempli de haine et d'autodestruction.

Les Ténèbres étaient en-dehors, menaçantes.

Les Ténèbres étaient en-dedans, terrifiantes.

Les Ténèbres étaient lui-même, diabolisantes.

Son cœur battait si fort qu'il tentait à présent de fuir par voie orale, se coinçant dans sa gorge à l'en étouffer. Il hoquetait, les larmes l'aveuglant comme pour l'empêcher de voir une issue. Il s'appuya sur un coude, se penchant sur le côté pour tenter de se désobstruer. Et il toussait, gémissait, larmoyant de plus belle, mais rien n'y faisait. Il était comme condamné à cet enfer.

En dernier ressort, il se laissa retomber sur le dos, impuissant. Il était envahi de sanglots étouffés par la masse dans sa gorge. Il était parcouru de frissons, comme si sa peau se rétractait face au danger : vaincue, elle espérait la grâce dans ce combat acharné.

À la merci des démons.

OoOoO

Drago ouvrit lentement les yeux au grésillement des néons. Il n'avait pas trouvé le repos, ni pour quelques heures, ni pour l'éternité. Il avait simplement fermé et serré très fort les paupières en priant pour que tout se termine.

L'orage était finalement parti, après avoir fait ses ravages. Lentement, Drago l'avait entendu s'éloigner, le grondement se faisant de plus en plus lointain. Les battements de son propre cœur avaient ralenti. Au début, il n'avait plus entendu que ça, tandis qu'il cognait comme un signal d'alarme dans tout son corps. Puis, alors que tout revenait au calme, il n'y avait plus prêté attention.

Le retour au calme ne signifiait cependant pas que Drago était paisible. Jamais. Il se sentait froid et dur comme la glace. Toujours. Si un sort pouvait enfermer la souffrance, cette glace en serait le plus beau des symboles. Il était comme absent à lui-même, à peine conscient de la brume sous laquelle son esprit était enseveli. L'insomnie l'avait privé d'un sommeil nécessaire. Son corps était là, mais son esprit s'était échappé pour une durée indéterminée.

Enfin, Drago s'interrogeait sur l'utilité de son sommeil. Celle-ci était très relatif. Dans quelle optique était-il nécessaire après tout ? Vu ce qu'il faisait de ses journées… ou plutôt de cette interminable détention, où seule la date d'entrée était plus ou moins certaine.

Son calvaire avait un début clair, mais qu'il ne pouvait pas placer par rapport à cette infinité incertaine qui représentait le temps déjà écoulé. Son calvaire avait également une fin décidée par une haute instance, une fin qui semblait inatteignable. Son calvaire, qui était d'une durée précise, mais d'une durée qui avait perdu tout sens pour lui.

C'était comme une journée qui ne trouvait jamais d'issue. Et c'était finalement sa seule pensée cohérente, le reste n'ayant aucune forme tangible dans son esprit.

Drago était épuisé. Sa fierté légendaire n'avait même plus de raison d'être. Son monde intérieur n'était que désolation. Il se sentait telle une âme en peine, au milieu des tombes, incapable de se mouvoir et de s'extraire de sa propre sépulture. Et la conscience de cette impuissance était pire que la mort elle-même. La mort, elle, représentait une échappatoire en soi. La fuite de tout, mais surtout de cette affliction.

Quand Drago était-il devenu si morne ? Quand s'était-il éteint ? Il se rappelait vaguement d'un adolescent perdu, en quête de son identité. Tout juste se rappelait-il avoir été démuni, effrayé par la sentence que lui réservait le Seigneur des Ténèbres s'il échouait dans sa mission. Rien n'était comparable aux affres qu'il connaissait lors des nuits d'orage à Azkaban.

Ses tourments étaient bien la seule chose que les Détraqueurs ne pouvaient lui retirer, puisqu'elles le plongeaient dans une épouvante sans nom, le laissaient à l'agonie, sans jamais que la mort vienne pour le délivrer.

S'il ne pensait pas de temps à autre à sa mère, il se serait sans doute laissé mourir de faim pour mettre un terme à tout cela.

Il se souvenait d'une femme aimante, douce, attentive, sans pour autant avoir accès à des images, pour que la sensation d'être aimé puisse jaillir à nouveau. Il se souvenait d'une femme aux yeux larmoyants qui lui faisait promettre de vivre. Femme, enfants, travail… cela ne signifiait plus rien pour lui. Malgré tout, il y avait cet instinct de survie, qui lui soufflait que la Grande Faucheuse ne lui permettrait pas de respecter sa promesse. Et il devrait l'honorer cette promesse, pour sa mère.

Il n'était pas suffisamment courageux pour mourir, mais il était suffisamment courageux pour ne pas oublier son engagement. Il s'engageait à rester un homme droit, si cela avait une quelconque importance ici. Il donnait sa parole qu'il rendrait fière la femme qui l'avait mis au monde.

Drago referma les yeux et remonta ses genoux pour se mettre en position fœtale. Il s'étreignit lui-même dans un geste réconfortant, tentant au moins de rester physiquement en seul morceau.

Au mépris de sa propre douleur, il se perdit dans les rares souvenirs de son enfance. Une enfance durant laquelle les contes avaient toute leur place et contre lesquels le pouvoir des Détraqueurs n'avait pas de prise, tant ils étaient sombres.

OoOoO

L'enfant au sang noir.

Il était une fois une famille du sang le plus pur et de plus noble qui soit, reconnue de tous comme telle, qui vivait confortablement dans un Manoir des hautes vallées d'Écosse.

Le maître des lieux, Arthus, et son épouse, Séraphine, poursuivaient une existence paisible en compagnie de leur fils unique, Edmund. Il était d'une grande fierté pour ses parents qui le préparaient d'ores et déjà à reprendre la fonction de Gouverneur, qui n'était assiégée que par les Sorciers au sang les plus rouges et brillants qui fussent. Le sang de la noblesse, le seul et l'unique, les autres n'étant issus que de pâles copies génétiques.

L'éducation d'Edmund était semblable à celle de tout sorcier au Sang pur de son âge.

La diction, la rhétorique, l'eurythmie, la bienséance en public et la bienséance durant les repas avaient lieu le lundi matin. L'habillement et la posture, le goût pour la mode se déroulaient le lundi après-midi.

Les histoires, us et coutumes des Sorciers de l'Aristocratie se tenaient le mardi matin, tandis que l'Équitation se pratiquait le mardi après-midi.

La lecture de partition et le piano prenaient place le mercredi matin, suivis de la Collégiale des Enfants de la Noblesse dans le courant de l'après-midi.

Le jeudi matin permettait la découverte et l'utilisation des plantes communes de Grande-Bretagne, avant la dictée et la récitation du jeudi après-midi.

L'Ancien anglais et les codes de l'aristocratie s'enseignaient le vendredi.

Enfin, le Vol et le Maintien sur balai s'exerçaient le samedi matin, le samedi après-midi dédié à la Socialisation en Société Aristocrate.

Le dimanche matin était jour de repos en famille, permettant ainsi de choisir avec soin leurs accoutrements pour les vêpres qui se tenaient le jour même.

Les soirées de la semaine étaient consacrées à la lecture des Contes pour Dignes Descendants du Registre, afin de divertir les jeunes esprits tout en les préparant aux bonnes mœurs. Ils pouvaient ainsi se plonger dans le sommeil avec des pensées d'enfants bien éduqués.

Comme tout bon et digne héritier, Edmund semblait apprendre ses leçons avec rigueur et perfectionnisme. Jamais on l'eut cru si on l'eut entendu à l'époque, et pourtant : Edmund n'était pas si honorable que sa ligne le présageait.

À l'âge de huit ans bien entamé, l'opprobre fut jeté sur sa famille. Edmund présenta de mauvais comportements qui révélaient un caractère particulièrement séditieux. Ses parents, ayant crainte qu'il en perde définitivement toute noblesse, l'envoyèrent en visite chez le Sorcier à la Barbe Bleue en guise de correction.

Lorsqu'il revint à la formation de la lune suivante, Edmund avait changé. La correction semblait avoir porté ses fruits et mené à son rééquilibrage sanguin. Dès lors, il présentait une attitude impassible, discrète et modérée, ainsi qu'un habillage soigné. Ses père et mère étaient soulagés, ne s'inquiétant plus de l'avenir de leur héritier. Ce fut malheureusement à tort.

Un incident vint à nouveau troubler leur quiétude. Alors que la famille était conviée au vêpre estival, des rumeurs coururent durant l'événement. Edmund, censé être à présent irréprochable en société, se dissimulait sous une table du buffet, la cape ayant quitté ses épaules tandis qu'il dévorait le contenu d'une assiette à la manière d'un sorcier sans distinctions, d'un animal sauvage ou d'un piètre moldu.

Arthus, en bon père de famille, alla chercher l'enfant au moment où les premières rumeurs tombèrent à son oreille. Il exposa aux yeux de tous la bête et l'état déplorable dans lequel elle se trouvait. La coutume voulait qu'après un tel déshonneur, une dague viendrait couper les chairs de l'enfant, révélant ainsi la couleur de son sang.

N'ayant d'autre choix pour calmer les esprits, Lord Arthus procéda au rituel. La stupéfaction catastrophée des convives fut à la hauteur de la découverte : Edmund, fils d'Arthus, descendant d'une des familles des Vingt-huit Sacrés, n'était qu'un infâme enfant au sang noir.

La déconvenue fut d'une telle ampleur que sa mère, Séraphine, ne put plus retenir ses larmes. Elle déserta les lieux après s'être excusée et s'enfuit. On ne la revit plus jamais dans les hautes vallées.

Le père, Arthus, n'avait à nouveau pas d'autre choix que de rétablir l'ordre et de sauver le peu de dignité qu'il restait à sa famille. S'excusant à son tour, il entraîna l'enfant avec lui et s'enfonça dans la forêt noire, marchant des heures durant sur sa plus fidèle monture, le Pur-Sang Gallois à la toison de Noise.

Lorsqu'il eut atteint la clairière, il y abandonna l'enfant, le plaçant bien au centre pour qu'il soit visible de tous les esprits de la forêt. Il récita une vieille incantation visant à alerter ses ancêtres de l'infamie qui avait eu cours. Il prouva ainsi qu'il rejetait toute filiation avec ce sang impur. Ses ancêtres l'entendirent et il quitta les lieux, les laissant agir de la façon la plus juste qui puisse être au vu des circonstances.

Des jours durant, l'enfant agonisa, mourant de faim et de soif. L'hypothermie le gagna également, gelant sa conscience.

Son sang était si impur que même les créatures magiques se refusaient à s'en sustenter. Il fallut attendre le huitième jour, alors que l'enfant se trouvait dans une inconscience la plus complète, pour que la Mort vienne absoudre ses souffrances et le cueillir pour l'emmener dans son domaine.

Mais la grâce de la Mort avait un prix. Elle l'avertit qu'il serait seul à errer dans l'immensité et l'éternité des limbes, à la merci des feux éternels. N'ayant d'autre convenance que de la suivre, l'enfant disparut avec elle.

Il se dit que l'enfant a depuis longtemps perdu son cœur, calciné par les flammes de l'enfer.

Dans tout cela, le pire est sans doute le sort de ses parents.

Séraphine, répudiée pour avoir mis au monde un enfant au sang noir, fut dépossédée de son nom. Elle fut condamnée à jouer de ses charmes pour survivre.

Arthus, déshonoré de n'avoir point pu choisir une bonne épouse, dut se contenter d'une femme sans charme, à la dignité critiquable, mais provenant sans nul doute d'une famille d'une noblesse respectable. On dit qu'ils ne purent jamais avoir d'enfant, étant frappés d'infertilité par punition ancestrale. Étant le seul mâle de sa génération, sa lignée s'éteignit avec lui.

Ce châtiment exemplaire marqua pendant bien longtemps les familles de la noblesse, guidant ainsi les enfants sur le chemin de la dignité.

OoOoO

Récitant son conte, Drago finit par être emporté par ses songes. Cette fois-là, il rêva.

Dans son sommeil, il était devenu cet enfant, Edmund. Il avait jeté l'opprobre sur sa famille. La lignée des Malefoy avait disparu par sa faute, parce que son sang était noir. Il avait condamné sa mère à la prostitution, subissant les assauts d'autres hommes. Il avait déshonoré son père, qui avait dû épouser la mère Bulstrode.

Et lui, Drago, brûlait dans le feu éternel. Mais son cœur n'était pas carbonisé, il était froid comme la glace.

Laissé à l'abandon, Drago ressentait sa solitude comme une victoire. Une victoire sans joie ni bonheur. Décharné, meurtri, martyr aux chairs gâtées, mais toujours conscient de sa condition.

Il n'avait plus qu'une idée en tête : attendre le moment de sa rédemption pour respecter sa promesse et obtenir la fierté de sa mère. C'était en définitive tout ce qui lui restait.

Non, l'honneur des Malefoy n'était pas encore perdu. Drago s'y engageait.


Non, Drago n'a pas fini de souffrir... Que pensez-vous de sa réaction durant l'orage ? Qu'est-ce que cela vous évoque ?

J'ai été inspiré d'écrire ce conte (très joyeux, il va sans dire) et je trouve qu'il contextualise bien ce que ce Drago a pu vivre durant son enfance. Pas qu'il fût Edmund, mais pour l'ambiance, la pression sur ses épaules.

On se retrouve lundi pour le pov Harry !

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.