Bonjour mes amours ! :D

Nous sommes jeudi et nous ne retrouvons avec un nouveau chapitre du pov Drago.

Vous savez que la musique est importante pour moi. Je voulais vous faire part d'un fun fact à ce propos ! Depuis le début de la fic, j'utilise beaucoup de références dans le metal. Bring me the horizon et Blessthefall, en particulier, sont des groupes que j'écoutais quand j'étais ado et que j'ai redécouvert récemment. Et ce qui est comique, ce qu'ils ont évolué vers des styles que j'écoute davantage maintenant ! Même si pas que... Fin du fun fact. ahah

Je vous laisse avec ce chapitre, j'imagine que vous avez hâte de découvrir à quelle sauce Drago va être mangé (enfin, on va en laisser un peu pour Harry, quand même).

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 9.

« We have to fight or be hollow just like them (…)

There's nowhere to run, all hell is breaking loose (…)

Something tells me we could be here for a while (…)

And I wonder if we'll make it through the night.

All I know is if you can't follow, you die. »

Hollow bodies, Blessthefall.

.

« Nous devons nous battre ou être vide tout comme eux (…)

Il n'y a pas d'issue, l'enfer reprend sa liberté (…)

Quelque chose me dit qu'on pourrait être ici pour un moment (…)

Et je me demande si nous sortirons de cette période sombre.

Tout ce que je sais, c'est que si tu ne peux pas suivre, tu meurs. »

Des corps vides, Blessthefall.


Les journées étaient toujours désespérément interminables. À défaut d'espace pour circuler, Drago, Juan et Barney passaient la plupart de leur temps allongés sur leur couche. L'avantage de partager sa cellule était que Drago pouvait se divertir des conversations des deux autres, même si ça ne l'empêchait pas de s'ennuyer fermement.

Il ne serait pas contre un peu d'intimité aussi. Il était arrivé sept jours plus tôt, et il ne parvenait pas à aller à selles, embarrassé par la proximité. Pourtant, il faudrait bien qu'il y aille un jour…

Mais depuis l'annonce de la gardienne, deux jours auparavant, la teneur des échanges avait changé. À tel point qu'ils s'étaient mués en chuchotements pour tenter de percevoir les sons qui provenaient de l'extérieur.

Chaque jour, ils ne pouvaient que constater la présence des manifestants près de la forteresse. Et surtout, ils entendaient la voix de Potter. Le volume de sa voix, augmenté par un sortilège d'amplification, résonnait dans les couloirs vides et silencieux. Drago avait beau savoir qu'il se trouvait à la tête de la révolte, la première fois que ses mots lui étaient parvenus, il s'était figé. Barney, quant à lui, s'était mis à sautiller dans toute la cellule comme un enfant surexcité, en s'écriant « C'est lui, c'est mon intervenant social ! », jusqu'à ce que quelqu'un dans le couloir lui crie de la fermer.

Les discours de Potter, adressés à ses partisans, les incitaient à pousser la chansonnette des heures durant. Durant ce laps de temps, Drago avait revu sa culture drapeautique. À les entendre, les camarades de son aile également. Drago s'était lui-même surpris à chantonner quelques airs. Qu'importe d'où ils venaient et depuis quand ils étaient incarcérés, les chants patriotiques n'avaient ni âge ni classe sociale. Le plus drôle était peut-être le moment où les voix s'étaient élevées sur Roast Beef of Old England. L'idée de donner de la voix à propos d'un plat dans de pareilles circonstances, même s'il était traditionnel, était somme toute assez risible.

Ce ne fut pourtant pas à ce moment-là que les rires fusèrent. Probablement arrivé à court dans son registre patriotique, Potter avait commencé à s'égosiller sur la chanson Revolution du groupe The Beatles… rapidement suivi par tous, ne respectant plus le sacro-saint silence.

Drago n'avait pas rejoint l'hilarité générale. Il s'était perdu dans la voix du Gryffondor. Ce n'était pas qu'il chantait bien, que du contraire. Il n'avait visiblement aucune connaissance en solfège. Mais il le ramenait à une sensation de vie oubliée. Le moins que l'on puisse dire, c'était qu'il apportait un peu d'espoir derrière les barreaux.

Alors que Potter entonnait Free as a bird, Drago ne put que constater qu'il était perdu. Malgré les faussetés, il ne pourrait plus se lasser de cette voix qui lui rappelait qu'il était encore en vie.

OoOoO

Des sons métalliques désagréables firent soudainement écho sous les protestations des détenus.

« Tout le monde debout là-dedans ! » s'écria Franck, le second gardien. « Et on se dépêche ! »

Il passa entre les portes grillagées en maître des lieux, comme s'il se délectait de sa position. Drago le trouvait toutefois on ne peut plus ridicule… Décidément, non, il ne l'aimait pas. Et vu les chuchotements énervés, il n'était pas le seul à préférer Erika.

« On va faire des groupes de deux », cracha-t-il, tout en feignant un ennui profond. « Vous retenez bien le numéro de votre groupe, ou je vous certifie que vous n'allez pas prendre votre douche. Je me répéterai pas trois cents fois. »

« Groupe 1 : Nagoshy et Davis. Groupe 2 : Smith et Bletchey. Groupe 3 : Carrera-Fernandez et Malefoy. Groupe 4 : Carlson et Nielsen. Groupe 5… », hurla-t-il au-dessus de la cacophonie engendrée par l'annonce des douches, indifférent à l'idée que certains pourraient ne pas entendre leur nom.

Lorsqu'il releva les yeux de sa liste, les questions fusèrent.

« Pourquoi ce n'est pas Erika qui nous conduit aux douches ? »

« Ça veut dire qu'on pourra bientôt reprendre les activités ? »

« On aura un parloir aussi ? »

« Et nos minutes de téléphone ? »

« Ça fait déjà une semaine qu'on est cloîtrés H24 dans nos cellules ! Faut qu'on bouge, on n'en peut plus ! »

« Vos gueules ! » beugla Franck. « Vous trouvez encore à vous plaindre alors que c'est le lot quotidien des autres ailes. Non, ce n'est pas Erika, elle s'occupe de la section femmes pour les douches, vous l'savez très bien ! Pour le reste, vous aurez un préau quand tout le monde aura pris sa douche. On verra si on a le temps pour le téléphone après tout ça. »

Drago entendit une série de soupirs et des marmonnements. Vraisemblablement, ils ne pourraient pas trop compter sur ce fameux appel… Même si Drago n'en avait cure, n'ayant personne à joindre, il nota qu'il avait une raison supplémentaire pour détester ce Franck. Il jouait tellement de son pouvoir…

Le premier roulement se fit expéditif, démontrant clairement le peu de patience du gardien. En revanche, le second prit plus de temps. Quelques détenus protestèrent, mais on les exhorta très vite au silence. Drago trouvait ça étrange. Pourquoi se montrer si impatients à l'annonce de la douche et puis pousser les autres à se calmer quand le temps commençait à se faire long entre deux groupes ? Drago nota que Juan n'avait pas l'air dans son assiette non plus. Il gardait le silence, la tête baissée, fixant le sol comme s'il s'agissait de la seule chose qu'il avait encore le droit de regarder…

Avant que Drago se décide à lui poser des questions, il entendit à nouveau des bruits de pas, qui annoncèrent le retour de leur camarade. Drago et Juan s'apprêtèrent alors à sortir.

La scène qui se déroula sous leurs yeux fut tellement hâtée que Drago douta de ce qu'il voyait : Barney, avançant les jambes arquées, pressé par Franck, et Bletchey, transpirant l'orgueil et la puissance.

L'échange se fit dans la stupéfaction pour Drago. La seconde d'après, il marchait côte à côte avec Juan, qui se murait dans un mutisme effrayant. La réalité était trop évidente, trop horrible, trop saisissante pour l'ignorer… Et Drago ferma son esprit pour ne pas se laisser envahir d'horribles pensées, pour ne pas gâcher son moment de détente, pour ne pas se laisser envahir tout court. Son psychisme avait besoin d'assimiler l'information avant de pouvoir l'accepter.

Seulement, sur le chemin du retour, Drago ressentait le besoin brûlant de savoir… Il voulait avoir la certitude de ce qu'il avait vu, que ce n'était pas un reflet de son imagination ou le résultat de conclusions trop hâtives. Il interpella Juan.

« Dis… À propos de Barney… », commença-t-il d'une voix enrayée.

« Oui, c'est bien ce que tu crois, hermano », le coupa Juan en serrant les dents. « Este cabrón… Ce n'est pas la première fois. »

Drago manqua de piller au milieu des couloirs, saisi par la confirmation. Il serra les dents pour se forcer à avancer en dépit de l'irritation qui le gagnait peu à peu. Miles Bletchey, un violeur... ? Bien sûr, ce n'était pas un enfant de cœur, Drago le savait. Déjà du temps de Poudlard, il aimait harceler et effrayer les plus jeunes… Mais de là à s'en prendre physiquement à quelqu'un et à porter atteinte à son intégrité physique…

En passant devant la cellule de l'ancien Serpentard, Drago ne se priva pas d'un regard soutenu dans sa direction. Les pupilles des deux sorciers s'accrochèrent et pendant que Bletchey affichait un sourire sardonique, Drago éprouva l'envie d'asseoir sa supériorité sur lui.

« Il est à moi », annonça-t-il d'une voix froide et traînante, sans sourciller. Il s'était exprimé à voix si basse et d'une manière si rapide que le son qui sortit d'entre ses lèvres ressemblait à un sifflement de serpent.

Il eut à peine le temps d'apercevoir Bletchey ciller que Franck le hâtait dans sa cellule pour enchaîner avec le quatrième groupe.

Il se posa sur son matelas, enfermé en lui-même. Drago était affligé par les conduites dont il était témoin. Non seulement celle de Bletchey, mais en plus celle du gardien qui était ouvertement désintéressé, au point de fermer les yeux sur les actes qui venaient de se produire. N'était-il pas supposé représenter la Loi ou, en tout cas, s'assurer que les auteurs d'infractions se tenaient à carreau ? Quelle était réellement l'utilité de tout ce manège sinon de les laisser pourrir et se punir les uns les autres ?

Drago avait envie de cracher sur cette Justice à deux Noises.

OoOoO

Vers 16h30, chacun ayant pu passer sous les jets bienfaiteurs, Franck revint les chercher pour une heure de préau. Il les menaça d'emblée de les laisser dehors s'il devait y avoir des débordements. Drago se demanda bien en quoi ce serait une punition, puisqu'ils pourraient enfin tous se dégourdir les jambes…

…jusqu'à ce que le vent et le froid le happent. Novembre. En plein milieu de la saison d'automne. Il retint difficilement sa mâchoire de claquer sous ses tremblements. Finalement, il espérait que les autres sauraient se tenir. Parce que lui ne tiendrait pas avec des températures pareilles.

Pour se réchauffer, il arpenta la cour en observant ce qu'il se passait autour de lui.

Au centre s'était improvisée une partie de Dom à l'écuyer version moldue, puisqu'ils n'avaient droit qu'à une balle à moitié dégonflée et, bien sûr, puisque les balais étaient interdits. Le jeu était simple : un écuyer devait se charger de toucher et de faire perdre l'équilibre aux poulains. Il ne fallut pas plus de dix secondes pour entendre des cris de protestations, les détenus se chamaillant comme des enfants dans un cour de récréation.

Dans un coin, trois sorciers se parlaient à voix basse et semblaient faire un échange de main à main. Drago était trop loin pouvoir de quoi il s'agissait, mais il pariait sur des cigarettes ou des tickets de cantine. Juan lui avait dit que les plus aisés pouvaient se permettre d'avoir des extras, comme du chocolat ou des sodas. Mais pour cela, il fallait avoir de la famille à l'extérieur, ce que Drago n'avait pas. De toute façon, il ne savait même plus quel goût ça avait… Les festins de Poudlard semblaient se trouver à des années lumières.

Brusquement, une exclamation de surprise mêlée de joie résonna dans la cour et l'œil de Drago fut attiré dans cette direction. Barney se détacha nettement du groupe de joueurs, avant de ralentir, la paume tendue devant lui. Drago vit alors le chat noir, qui observait avec méfiance le sorcier qui s'approchait de lui.

Le temps sembla se suspendre dans cette contemplation. Barney parvenait à approcher l'animal, pas à pas, jusqu'à pouvoir le caresser entre les oreilles. Il offrit finalement un visage exprimant le ravissement à son public, qui éclata d'un rire aimable, tout en retournant à son jeu. Même Drago, qui n'aimait pas spécialement les animaux, trouva la scène touchante.

Il sentit alors quelqu'un derrière son épaule, et anticipa la prise de parole.

« On veut s'allier à toi », fit la voix robuste et décidée de Grégory Goyle. « On ne veut pas s'associer à cette brute de Bletchey et tu es le seul qui peut lui tenir tête. »

Les pupilles de Drago se perdirent à travers l'espace dédié au préau. Elles tombèrent sur Bletchey qui, en pâle copie du Prince des Serpent qu'il était lui-même, le dévisageait avec provocation. Autour de lui, tels ses serviteurs, Angus Macnair, Lachlan Yaxley, Inigo Travers et d'autres détenus ne provenant pas de famille de Mangemorts, tel que Akio Nagoshy. Ce dernier semblait être le moins confiant de tous. C'était le seul qui évitait tout contact visuel, à vrai dire.

« C'est son sous-fifre sexuel », révéla Grégory, faisant écho à ses pensées. « Apparemment, il y en a pas mal qui y sont passés… Mais les deux principaux sont Nagoshy et Smith. Enfin, Smith l'était encore jusqu'à aujourd'hui. »

Drago lui accorda finalement son attention, le toisant, toute émotion dissimulée. Avec lui, il y avait Tarquin Selwyn, Hamish Rowle, Dayton Wilkes et Fergus Runcorn. Uniquement des fils de Mangemorts. Des sorciers dont il fallait se méfier. Des sorciers dont il ne valait mieux pas se faire l'ennemi. Des sorciers qui, apparemment, l'identifiaient comme la deuxième tête de l'aile des jeunes.

Il songea qu'il avait allumé une brèche un peu plus tôt dans la journée en s'opposant ouvertement à Bletchey : quoi qu'il fasse, il devrait être sur ses gardes, à présent. Il avait donc deux options qui se présentaient à lui : ou il restait seul et il représenterait une cible vulnérable, ou il créait une coalition qui lui assurerait une certaine autorité.

« Qu'est-ce qui te fait croire que ça m'intéresse ? » répliqua Drago avec flegme.

Grégory plongea son regard dans le sien, sans ciller. Il était bien loin, le petit gras de Poudlard... Il revenait de plus de quatre ans à la merci des Détraqueurs, lui aussi.

« Écoute, Malefoy », intervient Selwyn. « Ici, c'est plus la salle commune des Serpentard. Seul, tu vas te faire bouffer. Tu le savais déjà quand tu étais ado, puisque tu ne déambulais pas sans tes deux acolytes. C'est encore plus vrai maintenant. C'est du donnant-donnant : pendant que tu nous protèges parce que tu ne crains pas de t'opposer à Bletchey, nous on t'offre un bouclier face à lui, parce qu'il osera moins t'affronter que si tu es seul. Il est prétentieux, mais pas imprudent. »

« Puis ce n'est pas tes compagnons de cellule qui vont couvrir tes arrières », ricana Runcorn. « Je ne parierais pas ma Marque sur eux. On est sûrs que Smith n'est pas un vulgaire Sang-de-bourbe ? »

Drago avança dans sa direction, le regard assombri par son propre mécontentement. Il s'arrêta à deux centimètres de son front pour capter au plus profondément son iris, qu'il transperça littéralement.

« Un seul mot contre mes camarades de cellule, et je t'envoie sous les griffes de Bletchey. Il paraît qu'il manie très bien sa baguette, mais ce n'est pas vraiment de la magie qui en sort… », fulmina-t-il.

Il eut le temps de voir un voile de terreur traverser les iris de son vis-à-vis et de l'entendre déglutir avant de reculer pour s'adresser à tous ceux qui se trouvaient devant lui.

« J'admets que vous avez raison. Je me méfie de lui », dit-il en coulant un bref regard en direction du concerné. « On va donc faire comme ça. Mais interdiction de vous en prendre à Juan et Barney. »

« Ce sont tes petits protégés ? » se moqua Wilkes.

Drago le considéra de la tête au pied et inversément. Visiblement, il allait devoir déployer des trésors de patience pour se faire respecter.

« Oui. Ça te pose un problème ? Tu veux toi aussi vérifier ce que contient la baguette de Bletchey ? »

« Hum. Non. »

« Bien. On est d'accord alors. »

L'ensemble de l'aile fut alors rappelé par le beuglement fort sympathique du gardien, assorti d'un avertissement, et tous s'exécutèrent, non sans soupirs. L'heure qui venait de s'écouler avait finalement été la plus intéressante depuis le transfèrement de Drago.

Sa vie était devenue d'une monotonie absurde. Là où auparavant, survivre s'apparentait à une forme de passivité dévorante, ici la survie devait être active et réfléchie.

Aussi étrange que cela puisse paraître, son univers commençait à prendre forme. Les êtres qui l'entouraient également, formant des groupes au sein desquels ils se ressemblaient, se fondaient, s'usaient, méconnaissables. Pas de place pour l'unique, mais pour le lisse, le dur, le sauvage. On craignait, on hésitait, on sentait l'instinct de survie battre les tempes. Un faux pas, et c'était la mort.

L'avantage était que les êtres pervertis par la malice avaient ceci de vrai qu'ils devenaient entièrement de leur perversion.

Qu'à cela ne tienne : si cela était le prix à payer pour en réchapper, Drago se fondrait dans le moule du dictateur. Parce qu'il était tout simplement hors de question qu'il soit celui qui se ferait marcher dessus.

À partir d'aujourd'hui, il rayait les mots sentiment, peur et faiblesse de son vocabulaire. Définitivement.

OoOoO

Drago ne croyait pas être si proche de la vérité en pensant que la survie ne tenait qu'à un faux pas.

Le lendemain, dans le courant de l'après-midi, Erika vint leur annoncer qu'elle ouvrait les grilles pour leur permettre d'accéder à la bibliothèque, à la salle de sport et à quelques minutes de téléphone pour ceux qui le désiraient.

Pendant que les autres en profitaient, Drago resta dans sa cellule, retrouvant un peu de tranquillité pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité.

Le soir-même, ses camarades regagnèrent leur cellule. Juan semblait retourné. Il avait eu sa femme au téléphone, il avait entendu sa fille gazouiller. Elles lui manquaient.

Tard le soir, ces deux camarades avaient discuté. Malgré les chuchotements, pensant qu'il dormait, Drago avait entendu des bribes de leur conversation. Les mots vibraient encore dans ses tympans comme s'il venait de les percevoir.

« Quand j'ai raccroché, je marchais comme un automate. J'suis revenu jusqu'ici, je sais même pas comment. J'ai la tête plein des mots d'ma femme, plein des rires heureux de mi princesa. Mais c'est comme si c'était d'un autre monde, je me souviens pas, comme si c'était pas moi, pas ma vie, pas ma femme, pas mon enfant. Moi je suis où ? À des années lumières de la vie, je suis déjà dans l'trou, mais je suis pas mort encore. »

« C'est comme si on me vidait de ma magie, hermano. Tellement doucement que j'me laisse avoir, que je fais semblant de pas l'voir, mais j'ai comme envie de taper des gueules et de me fracasser le crâne contre ces barreaux de mierda et d'éclater en morceaux. Foutre du sang partout, de la même façon qu'ils foutent ma vie en l'air sans même s'en rendre compte. Ou bien ils s'en fichent comme de leur première cape. Je me sens si lâche de jamais l'avoir fait, t'sais. Mais j'ai peur de ce que Merlin va m'dire, s'il va me juger aux portes du paradis pour ce que j'ai fait dans ma vie. »

À en juger le sursaut qui avait pris Drago à bras le corps, il s'était endormi et le cri de Barney lui avait vrillé les tympans, avait pénétré son corps à la manière de l'acier, avant de les réveiller d'une des plus violentes façons qui soit. Encore ensommeillé, il avait tourné la tête en direction de Barney, puis avait suivi son regard.

Il faisait nuit noire et pourtant, il n'avait aucun doute sur ce qu'il se passait sous ses yeux. Il avait l'impression d'assister à une saynète, mais son immobilisme témoignait de l'horreur de la situation. Et les hurlements de Barney ne pourraient rien y changer.

Durant la nuit du 21 au 22 novembre 2002, Juan Carrera-Fernandez, vingt ans, venait de se donner la mort. Son regard fixait à jamais Drago sans le voir, éteint par la lame plantée dans sa jugulaire. Il savait ce qu'il faisait. Il ne s'était donné aucune chance de survie. Il avait toutefois trouvé un moyen de passer plus tôt la grande porte, de sortir de l'enfer carcéral avant d'arriver à fond de peine.

Cela faisait deux heures que Drago écoutait Barney parler et pleurer sans l'interrompre. Il trouvait désarmant de voir un homme pleurer dans cet univers.

« T'as un bon fond toi, même si on ne dirait pas », remarqua Barney en reniflant.

« Personne ne te croira si tu leur dis », fit Drago en riant jaune.

« Toi-même, tu n'y crois pas… », chuchota le premier. « Comment tu fais, toi ? »

La question n'était pas précise, pourtant Drago en avait compris le sens.

« Personne ne m'attend à l'extérieur. »

Rien ne ressemblait plus à une prison qu'un poing fermé. En permanence sous tension aux yeux et aux vues de tous. Dans le lourd silence se devinaient les yeux invisibles. Il fallait rester sur ses gardes pour ne pas perdre toute sa magie, même s'il fallait pour ça n'en garder que la magie la plus sombre.


C'est ici que Mery-Alice Gilbert a pris peur. Elle m'a dit, à quelques mots près, "mon Cai, je ne suis pas sûre de pouvoir lire ça." Et je l'ai rassurée, comme je compte vous rassurer à présent.

Je vous avais prévenu dans les TW en début de fics qu'il y aurait mentions de viol et suicide d'un personnage secondaire. Nous y sommes. Je vous promets que ça n'ira pas plus loin dans les détails. Les faits se sont déroulés, donc ils pourraient être remémorés, mais c'est tout.

Vous devez également commencer à vous dire que le temps se fait long avant une rencontre avec Drago et Harry. Et vous avez raison. C'est pour cette raison que je publie deux fois par semaine, pour accélérer et arriver au moment des retrouvailles. Paroles de mes relectrices, une fois qu'on n'y est, on n'arrive plus à décrocher. Un peu de patience donc, si vous voulez toujours continuer cette aventure avec moi.

J'en profite d'ailleurs pour remercier les quelques personnes qui me suivent. Vous êtes peu nombreuses, nettement moins que pour TALYPE, ce à quoi je m'attendais. Mais il y a des reviews d'une telle richesse... Merci à vous, ces personnes qui prennent le temps de me laisser leur avis, parfois leur pavé.

On se retrouve lundi pour la suite de la révolution !

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.