Bonjour mes amours !

Il y a un temps pour survivre et un temps pour se révolter. Ce qui me fait penser à une citation de Friedrich Nietzsche : "La révolte, c'est la noblesse de l'esclavage." Je vous laisse méditer là-dessus ahah

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.

R.A.R.A. :

AL83 : Bonjour ! Tu m'en vois ravi. Surtout que je publie deux fois par semaine et pas encore de rencontre entre Drago et Harry ! Bon du coup, la suite est là. (a) Merci à toi !


Chapitre 10.

« There's a fire within,

Hate to admit it, but I always knew.

Violence and sin

Keeps me fearless,

Keeps me from being... »

House of the rising sun, Five finger death punch.

.

« Un feu brûle en moi,

Je déteste l'admettre, mais je l'ai toujours su.

La violence et le pêché

Me préservent de la peur,

M'éloignent de l'être… »

La maison du soleil levant, Five finger death punch.


Le soleil se levait sur la plaine, en partie dissimulé par la forteresse. Celui-ci annonçait qu'ils avaient tenu bon pour la quatrième nuit consécutive. Concrètement, jamais ils n'auraient été capables de le faire s'ils n'avaient pas été des sorciers.

Harry et les autres manifestants résistaient dans tous les sens du terme. D'abord, ils résistaient par rapport au régime pénitentiaire qu'ils désapprouvaient. Ensuite, ils résistaient au froid et à la fatigue qui persistaient malgré les sorts et les renforts en café. Enfin, ils résistaient aux doutes, issus de l'absence de réaction des autorités magiques.

Le matin qui avait suivi la première nuit, Harry avait proposé de scinder la foule en petits groupes, pour donner à chacun l'opportunité de retrouver un peu de confort et de ramener des vivres qui leur permettraient d'affronter une nouvelle journée et une nouvelle nuit. Pendant les roulements, Harry se chargeait de garder les troupes motivées en chantant. Apparemment, ça marchait, puisque les autres avaient suivi de gaieté de cœur.

Lorsqu'il avait proposé à Émory d'aller se reposer, celui-ci avait protesté.

« Je ne veux pas rentrer si tu ne le fais pas non plus ! »

Harry avait secoué la tête.

« Je reste ici, je ne peux pas déléguer le rôle de leader. Toi, en revanche », insista-t-il, « tu as besoin de repos. De toute façon, j'ai une tâche à te confier et tu ne pourras pas l'effectuer si tu restes ici. »

Les derniers mots avaient suscité l'attention d'Émory. En voyant ses yeux briller de joie à l'idée qu'Harry lui confie une tâche, ce dernier avait compris qu'il avait gagné.

« Tout ce que tu voudras ! » avait-il répondu malgré son non-verbal explicite.

Harry avait souri en plongeant sa main dans la poche de son pantalon en jeans. Il en avait sorti quelques Gallions.

« Je veux que tu achètes quelques journaux pour avoir des informations sur l'actualité. Et que tu passes dans un supermarché pour me prendre quelques conserves et des potions revitalisantes, histoire que mon tribut ne soit pas trop élevé », avait-il expliqué, s'amusant de son analogie.

« Tu n'as besoin de rien d'autre ? » s'était enquis Émory.

« Non, merci. Hermione passera dans le courant de la matinée pour m'amener du linge propre. Mais je compte sur toi pour le reste. Tu promets que tu rentres chez toi pour te reposer ? »

Émory avait acquiescé, un grand sourire accroché à ses lèvres.

Il était revenu quelques heures plus tard, avec les provisions et les journaux demandés par Harry. Ceux-ci contenaient plus du sensationnel qu'autre chose. Seuls deux informations retinrent malgré tout son attention. Un article qui confirmait que les Aurors étaient à la recherche des Détraqueurs et qu'ils n'avaient toujours pas été aperçus sur les côtes, et un autre qui portait le titre suivant :

Harry Potter et son pantin

L'identité du jeune sorcier apparu aux côtés du Survivant lors de son discours a été découverte. Il s'agirait de son stagiaire, Émory Meyer, élève en deuxième année à l'ESSAS, l'École Supérieure de Sociomagie et d'Action Sociale. Si les rumeurs concernant une relation entre les deux sorciers se révélaient être vraies, c'est bien plus que son poste qu'Harry Potter risque : un passage devant le Magenmagot pour corruption.

La lecture de l'encart avait arraché un soupir à Harry. Faute d'un véritable scoop, les médias extrapolaient sur base d'éléments inventés. Ils n'avaient pas changés de ce point de vue là…

Le soir venu, de nouveaux journalistes s'étaient approchés. Cette fois, Harry avait demandé à Émory de se fondre dans la masse pour ne pas alimenter la calomnie. Il avait alors annoncé publiquement son refus d'un retour des Détraqueurs à Azkaban. La révélation avait bien évidemment suscité beaucoup d'excitation dans le chef des journalistes, mais Harry avait simplement ajouté qu'il n'avait pas l'intention de quitter les lieux tant que ses revendications ne seraient pas acceptées par un communiqué officiel du Ministre de la Magie en personne.

La deuxième nuit s'était déroulée de la même manière. À force, Harry était exténué, mais il savait que même en rentrant chez lui, il ne pourrait pas fermer l'œil. Sa place était ici. Si lui s'accordait une pause, qui allait encourager les autres à s'obstiner ? Le plan érigé avec Ron et Hermione semblait si loin, ses contours étaient flous.

Pour ne rien arranger, le retour d'Émory après un nouveau repos fut marqué par une mauvaise nouvelle. La une de La Gazette du Sorcier faisait état d'un incident survenu alors qu'un Détraqueur avaient échappé à la surveillance des Aurors : un moldu du nom de Léonard McLay avait ressenti leur présence. La chance était cependant de leur côté puisqu'un retraité de la Brigade magique avait pu tenir la créature à distance le temps que les Forces de l'Ordre puissent intervenir. Les souvenirs du sorcier avaient pu être modifiés pour qu'il n'ait que le souvenir d'un vent particulièrement glaçant, sans la sensation de désespoir.

Manifestement, vu les murmures horrifiés, il n'était pas le seul à avoir pris connaissance de l'article.

Harry n'était plus certain que sa présence ait du sens. Parfois, il repensait à ce qu'il avait vécu cinq ans auparavant, alors qu'il était à la recherche des Horcruxes, à la différence qu'ici, il ne cherchait rien. Il attendait comme un sot la réaction du Ministère de la Magie. Heureusement, un message de Ron avait rapidement suivi. Ce dernier lui avait annoncé que la proposition d'enfermer les Détraqueurs dans la Salle de l'Amour avait été acceptée.

Ragaillardi, Harry s'était alors levé pour rassurer ses troupes. Il avait déclaré prendre l'entière responsabilité pour l'incident, mais également pour l'ensemble des actes de résistance, leur certifiant que le Magenmagot ne douterait pas que son nom pouvait soulever autant de monde. Ses propos eurent l'effet escompté.

Quelques minutes plus tard, à la grande surprise d'Harry, c'était Luna qui était venue s'asseoir à côté de lui. Jusqu'à présent, elle était restée en retrait, ne manifestant pas son intérêt pour son ami. Ne souhaitant pas le déranger, plus vraisemblablement.

« Tu es toujours aussi courageux », déclara-t-elle sans même le saluer.

Harry haussa les épaules. Il ne savait pas si c'était réellement du courage ou de l'inconscience.

« Je fais de mon mieux pour limiter les pots cassés tout en essayant que ça serve », répondit-il en songeant tant à Émory qu'aux détenus. « Je peux bien rester quelques jours dans le doute et l'incertitude de ma sentence quand d'autres ne savent même plus ce que signifie le mot liberté. »

« C'est très noble de ta part », continua Luna. « J'espère que ton plan aboutira. J'aimerais beaucoup t'y aider, si tu me permets de proposer mes services. »

Harry lui lança un regard surpris.

« Tu veux travailler avec des prisonniers ? »

« Oui, bien sûr », lui assura-t-elle d'une voix douce. « Eux aussi ont le droit à la culture. L'être humain a besoin de se cultiver, de se divertir, de s'informer. Et ils manquent cruellement de tout cela derrière les barreaux. Je pourrais leur donner des cours de peinture. Ou de théâtre. Qu'est-ce que tu en penses ? »

Le visage d'Harry s'illumina en même temps que le coin de ses lèvres s'étirait.

« Tu es géniale, Luna ! Si j'ai une quelconque opportunité de proposer ta candidature, je le ferai. »

La sorcière sembla ravie de sa réponse.

« Je suis très contente, alors. Bon, je vais te laisser. Ton stagiaire revient par ici. Je pense que tu as des choses à lui apprendre. Il a beaucoup de chances que tu l'encadres. »

Harry ne sut dire pour quelle raison, mais cette remarque lui fit plaisir.

OoOoO

À l'aube du cinquième jour, tout changea enfin. Dans la nuit du jeudi au vendredi, un détenu avait mis fin à ses jours. Une équipe mortuaire était venue chercher le corps, les manifestants lui avaient cédé le passage.

Les journaux qu'Émory ramena à Harry en faisaient les gros titres. Ils dénonçaient les conditions carcérales, qu'ils associaient aux causes de la mort du détenu en question. Certains rédigèrent même des pages centrales à propos des lois, de recherches sur le sujet, parlant même de dignité humaine non respectée. Les circonstances semblaient enfin aller dans leur sens.

Dans un même temps, les Détraqueurs avaient été attrapés et placés en lieu sûr au sein du Ministère, entendons la Salle de l'Amour. L'endroit ainsi nommé avait interpellé, tant et si bien que la légende relatant les origines des créatures avait refait surface. Un conteur était vivement recherché. Malgré tout, pour des raisons de sécurité, des Aurors continuaient à faire office de sentinelles, dans le cas où l'une ou l'autre créature se trouverait encore en liberté.

Tout cela avait été très vite et à dix heures, Harry reçut un message d'Hermione qui lui annonçait le retrait du Ministre de la Magie dans ses bureaux. Il avait constitué un Conseil d'urgence. Apparemment, il se trouvait fort désemparé.

Et on pouvait le comprendre : plus les heures s'égrainaient, plus ils étaient nombreux à rejoindre ceux qui manifestaient déjà depuis plusieurs jours, comme s'ils prenaient soudainement conscience des enjeux.

À quatorze heures, un communiqué officiel tomba : Kingsley Shacklebolt fit une déclaration publique expliquant en long et en large ce qui justifiait les conditions d'incarcération. Il termina sa prise de parole en demandant aux résistants de se rendre pour éviter d'autres incidents.

Il avait ainsi sans doute espéré qu'Harry se sente coupable de l'événement tragique survenu la nuit précédente et le faire réagir en le prenant par les sentiments. C'était sans compter le feu qui se déchaînait en lui. Lorsque les journalistes vinrent récolter son avis, sa réponse resta la même : il n'avait pas l'intention de quitter les lieux tant que ses revendications ne seraient pas acceptées par un communiqué officiel du Ministre de la Magie en personne.

Hermione entra alors en scène, en tant que porte-parole de la résistance. Comme prévu, elle lui proposa une rencontre de conciliation avec la tête du mouvement, Harry Potter lui-même. Bien sûr, ils se connaissaient tous pour avoir fait partie de l'Ordre du Phénix. Les jeunes sorciers savaient le plus âgé raisonnable, et le plus âgé connaissait l'influence que pouvait avoir la notoriété d'Harry. Il ne pouvait pas demander comme cela le recours à la force contre le Sauveur, pas sans risquer de provoquer une émeute.

Le Ministre accepta alors de rencontrer Harry, l'invitant à se rendre dans son bureau le plus rapidement possible afin de trouver une entente. Mais le bureau ministériel étant synonyme de puissance à son désavantage, Harry refusa et lui suggéra un lieu emblématique vu la situation : le Service d'Aide Sociale aux Détenus. Kinglsey y consentit.

Harry annonça donc la bonne nouvelle à ses troupes, qui explosèrent en acclamations. Bien évidemment Émory avait tenu à l'accompagner. Harry l'y autorisa, à condition qu'il n'intervienne pas. Il lui avait donné vingt minutes pour se préparer, prenant lui-même une douche et revêtant un costume recouvert d'une cape noire.

Lorsqu'Harry arriva devant le SASD, Émory était déjà devant, fumant une cigarette en l'attendant. Sa mâchoire sembla tomber.

« Waw ! Harry, tu es… waw ! » s'exclama-t-il, en perdant son anglais.

Harry s'esclaffa.

« Ferme la bouche, tu vas avaler un Billywig », se moqua-t-il gentiment, non sans rougir légèrement au compliment.

Terminant sa cigarette, Émory la jeta au sol et suivit Harry à l'intérieur du bâtiment. Hermione lui sauta immédiatement au cou, fidèle à ses habitudes.

« Oh Harry ! Je suis soulagée que tu sois là. Il en a mis du temps quand même… Cinq jours, c'est long. »

Quand elle recula, Harry put également noter la présence de Ron, un sourire contrit. Il lui tendit un parchemin scellé.

« C'est une convocation devant le Magenmagot par rapport à l'accident avec le Détraqueur… »

Harry acquiesça en prenant le parchemin. Il s'y attendait.

« Mais ce n'est pas de ta faute… », commença Émory.

« J'ai dit que je prenais l'entière responsabilité des faits. D'autant plus que tu es mon stagiaire », l'interrompit Harry. « C'est sans contestation. Et pas un mot devant Kingsley à propos des véritables origines de la manifestation. J'étais là dès le début, point. »

Émory hocha la tête, contraint.

Richard fit alors son apparition et ce ne fut qu'à ce moment-là qu'Harry se rendit compte que les locaux étaient vides d'employés. Son expression fermée ne le rassura pas.

« Où sont Leyla, Erin et Bart ? » s'inquiéta-t-il.

« Où veux-tu qu'ils soient ? » répondit-il. « J'ai ouvert les locaux rien que pour la rencontre. Le SASD est en grève. »

Harry était abasourdi.

« Vous… vous me soutenez ? Tous ? »

Un sourire vint étirer les lèvres de son patron.

« Tous, moi y compris. Après tout, la défense des détenus fait partie de nos missions. Mais à l'avenir, Harry… Préviens-moi quand tu veux jouer les révolutionnaires, d'accord ? »

Harry sentit la chaleur gagner ses joues. Il se reconnaissait bien là dans son comportement impulsif. Il aurait un peu eu du mal à le prévenir, mais il ne se voyait pas non plus admettre à son supérieur qu'il n'était pas capable de se contrôler.

« Si on allait s'installer dans la salle de réunion ? » suggéra Hermione. « Histoire qu'on prenne nos marques avant l'arrivée du Ministre. »

Approuvant l'idée, tous prirent la direction indiquée. Ils révisèrent sommairement leurs revendications pour s'assurer de leur cohérence.

Moins de cinq minutes plus tard, du bruit se fit entendre dans le bâtiment, signifiant une nouvelle arrivée. Ce fut Richard qui se leva, les autres sur le qui-vive. Harry et Hermione se regardèrent dans le blanc des yeux et semblèrent y trouver de la force.

Kinglsey fit alors irruption dans la pièce, accompagné de son secrétaire adjoint.

« Eh bien ! Que du monde ici. Mr Potter et Mme Weasley, je ne suis guère surpris. En revanche… »

« Mme Granger », le rectifia Hermione qui n'aimait pas utiliser son nom de femme mariée. Elle trouvait cela avilissant, elle qui était une femme indépendante.

Pour une fois, Ron ne fit aucun commentaire, jugeant certainement que la situation ne s'y prêtait pas.

« Mme Granger », se corrigea le Ministre avant de reprendre. « En revanche, Mr Weasley, justement. L'inséparable trio ? »

Ron se racla la gorge.

« Oui, mais pas seulement », dit-il en désignant Harry du menton. « J'apportais aussi une convocation à Harry de la part de ma Cheffe. »

Kingsley acquiesça à plusieurs reprises, un doux sourire rêveur sur le visage.

« Ah ! Cette chère Alicia Spinnet. Un très bon élément et une digne successeuse. Si jeune, en plus ! Cela prouve bien qu'elle sait autant manier la baguette que diriger les esprits. Enfin, nous ne sommes pas là pour couvrir de louanges la Cheffe des Aurors. »

Sur ces mots, il se tourna vers Émory.

« Et vous, vous êtes ? »

« Émory Meyer, Monsieur. Le stagiaire d'Harry Potter », fit-il, mal à l'aise.

« Ah oui. Enchanté Mr Meyer », lui dit-il simplement en lui serrant la main. « Voici mon secrétaire adjoint, Mr Fripemine. Il prendra des notes de la séance tenante pour faciliter l'émergence d'un compromis. »

Tous prirent place autour de la table de réunion.

« Bien », fit-il une fois tout le monde installé. Il ne semblait pas très à l'aise hors de son bureau, ce dont Harry se réjouit. « Je pense que nous sommes d'accord pour dire que la situation est délicate. Heureusement, les Aurors ayant fait un excellent travail, la population sorcière comme moldue est à présent hors de danger. »

« Mais signifier cela, c'est oublier les conditions de vie à Azkaban », le coupa Harry. « Si l'on peut appeler ça vivre. »

« Mmmh ! Oui. Je me demande tout de même pourquoi vous vous y intéressez maintenant, Mr Potter », contra-t-il, visiblement dans l'embarras. Le suicide du détenu devait avoir une place dans son esprit. A moins qu'il ait compris qu'il était acculé.

Cette fois, ce fut Hermione qui intervint. Heureusement pour lui, parce que Harry ne reconnaissait plus du tout le résistant qu'il avait connu dans l'Ordre du Phénix.

« On ne peut pas vraiment dire qu'Harry s'y intéresse seulement maintenant. Dois-je vous rappeler que nous avions déposé une proposition de loi l'an dernier ? Cette proposition est somme toute très renseignée, puisqu'elle couvre à la fois mon expertise juridique et l'expérience qu'Harry a acquise au cours de sa formation au Québec. Que vous faut-il de plus pour comprendre que nos intentions datent de la dernière guerre ? »

Hermione avait asséné tout cela d'une voix très calme, qui alourdit malgré tout l'ambiance. Enfin, surtout pour Kingsley, parce qu'Harry devait bien admettre qu'avec Hermione à ses côtés, il se sentait puissant.

Kinglsey prit une grande inspiration avant de soupirer longuement.

« Vous avez raison », admit-il. « Et pour être tout à fait honnête, je n'ai pas vraiment d'autre choix que de trouver un accord avec vous. Je pense que la population ne me le pardonnerait pas. Il faut avoir le Survivant de notre côté. »

Ron soupira avec mépris.

« Tout ça, ce n'est qu'une histoire de politique, de pouvoir, d'élections. C'est pathétique. »

Harry aurait pu être horrifié qu'il énonce de tels propos en face du Ministre de la Magie si lui-même ne devait pas se retenir de pouffer. Puis Kingsley n'avait que ce qu'il méritait s'il avait à ce point changé.

« C'est exact, Mr Weasley. Mais c'est le prix à payer pour pouvoir faire passer d'autres lois qui nous tiennent à cœur », tenta-t-il pour le radoucir.

« C'est exactement ce que l'on a fait, finalement », renchérit Harry. « Comme la procédure officielle ne fonctionnait pas, on a eu recours à des moyens détournés pour tenter d'obtenir ce que l'on veut. »

Kingsley soupira.

« Très bien. Quelles sont vos revendications ? »

Harry et Hermione, de concert, passèrent l'heure qui suivit à lui expliquer le projet de réinsertion en deux phases, derrière les barreaux et à l'extérieur, sans oublier le refus que les Détraqueurs reviennent à Azkaban.

« C'est bien beau tout ça, mais ça demande des moyens. Essentiellement des moyens humains, mais il faut payer toutes ces personnes qui travaillent. Vous y avez pensé ? »

Harry aurait bien envie de rétorquer que « tout ça », c'était son problème, mais il s'abstint. Il avait une bien meilleure idée.

« L'idéal, ce serait d'avoir une petite équipe fixe, même payée quelques heures par-ci par-là. Le reste peut fonctionner avec l'aide de bénévoles. Moi-même, je m'engage à donner bénévolement du temps à ce plan. Des stagiaires pourraient également faire l'affaire », exposa Harry, motivé par une montée d'adrénaline qui lui donnait le sourire. « À terme, on pourrait même former d'anciens détenus pour qu'ils prennent la relève, ce qui serait en plus un bon pied de nez par rapport au taux de chômage observé dans cette population. »

À présent, Kingsley se frottait le menton de la longueur de son index, pensif.

« Si je vous nommais chef d'un service d'animations, vous accepteriez ? »

« … quoi ?! » s'étonna Harry.

Sa mâchoire lui en tombait. D'un débat particulièrement houleux pour défendre des droits, dans un contexte où il risquait de perdre son emploi, il se retrouvait avec une promotion qui répondait à ses attentes. Peut-être Kinglsey n'était pas perdu, en fin de compte… Les apparences.

« Si un tel projet doit voir le jour, je ne vois personne d'autre pour le porter que vous. Évidemment, vos moyens seraient limités. Je dois encore évaluer cela en fonction du budget que je peux lui accorder. Mme Granger », continua-t-il en s'adressant cette fois à la sorcière. « Vous prendrez contact avec Mr Fripemine pour vérifier les closes, je présume ? »

« Ce sera fait », lui assura cette dernière. « Et en ce qui concerne les Détraqueurs ? »

Intérieurement, Harry remercia Hermione. Sans elle, il aurait oublié ce point. Il se tourna vers Kingsley, le défiant du regard d'y faire objection.

Celui-ci soupira.

« Eh bien ! Je suppose que si vous invitez vos troupes à quitter Azkaban et à regagner leurs occupations habituelles, on peut s'entendre sur une rectification de l'usage des Détraqueurs. »

« Autrement dit ? »

« Autrement dit, nous les laisserons là où ils se trouvent actuellement : dans la Salle de l'Amour », conclut le Ministre.

Au sourire qu'échangea le trio, Kingsley ne fut pas dupe.

« Ah ! Je vois que le scénario de votre soulèvement était bien ficelé », comprit-il, dépité de ne pas l'avoir vu venir. « Bon, je prends congé, j'ai encore un communiqué officiel à donner... Nous serons bientôt amenés à nous revoir pour les formalités. »

Il les salua et quitta les lieux, son secrétaire adjoint à ses talons.

Ron affichait un visage radieux et Hermione, après une exclamation de joie, l'incita à retourner au Ministère avec elle. Il n'avait pas de réelles raisons pour être restés aussi longtemps et Hermione pensait évidemment à tout le travail qui l'attendait.

Ne restait plus que Richard et Émory.

Le premier félicita chaleureusement Harry en lui demandant de faire passer le message qu'il attendait ses employés de pied ferme lundi à la première heure. Lui compris, puisque officiellement, il était toujours sous contrat.

« Je te laisse fermer derrière toi ? Je t'avouerais que je suis pressé de retrouver le confort de ma maison », termina-t-il sans réellement attendre de réponse de sa part.

Il leur souhaita une bonne fin de semaine et partit. Harry et Émory ne tardèrent pas non plus à sortir et Harry verrouilla la porte d'entrée après avoir éteint toutes les lampes.

Il était encore sous le choc de l'issue de cette réunion. Tout avait démarré d'actions inconscientes, et tout se terminait on ne pouvait mieux. Et tout ça, c'était grâce à Émory, même si ce dernier avait avant tout cherché à l'impressionner.

Il était tellement content qu'il se sentait comme un enfant qui avait gagné un prix, qu'il n'aurait jamais obtenu sans la personne qui se trouvait en face de lui.

« Je dois te tirer mon chapeau pour le travail que tu as accompli. Sans toi, on n'en serait pas là, et je t'en suis vraiment reconnaissant. »

« Oh ! Euh… eh bien… », balbutia Émory en rougissant. « Je… De rien, c'était avec plaisir. »

Harry sourit. Il le trouvait adorable et il éprouva soudainement l'envie de le remercier à la hauteur de son investissement.

En deux pas, il fut face à Émory et empoigna le col de sa chemise pour approcher son visage du sien. Leurs lèvres se touchèrent pour un baiser furtif, dans la violence de l'émotion qui l'assaillait sur le moment.

Lorsqu'ils séparèrent, Harry réalisa avec horreur ce qu'il venait de faire. Émory n'était pas un simple sorcier avec lequel il pouvait interagir de la sorte. Il s'agissait de son stagiaire

Stagiaire qui, à l'heure actuelle, semblait euphorique au possible.

« Écoute, Émory… », commença Harry sur le ton de l'excuse.

« T'en fais pas, Harry. J'ai compris que c'était dans l'impulsion du moment. Moi aussi, je suis content. On se voit lundi ! » le rassura-t-il en partant à reculons, un immense sourire barrant son visage.

Après un dernier signe de la main, il tourna les talons et s'éloigna.

Harry secoua la tête. Merlin, qu'il se sentait idiot pour le coup…


Est-ce qu'on aime l'impulsion des Gryffondor ? Est-ce qu'on aime quand ils font des bêtises ? Moi, je dis oui ! ahah

Quelque chose me dit que lundi prochain, c'est doublement Noel : pour vous et pour Drago. (a) Ce sera d'ailleurs mon dernier lundi de publication.

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.