Bonjour mes amours !

Je vous avais promis un double Noel lundi, et pour cause : non seulement c'est Noel en prison, mais en plus... ce chapitre contient un moment tant attendu. C'est la rencontre entre Harry et Drago.

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 11.

« Petit Papa Noël

Quand tu descendras du ciel (…)

Surtout, n'amène pas de cadeaux

À ces enfants de salauds

Pour les grands, sois sans pitié

Surtout, ne fais pas de quartiers

Ils ne l'ont pas mérité. »

Petit Papa Noël, Les Sales Majestés.


Drago ouvrit les yeux au grésillement des néons, comme s'il attendait ce signe pour se le permettre. Il garda les paupières closes, dans l'espoir de ne pas allonger la journée à venir en se réveillant plus tôt.

Voilà un mois qu'il avait rejoint la section des jeunes d'Azkaban. Sa vie avait radicalement changé de ce fait. En quelques jours, il avait compris tout ce que cela impliquait de vivre en prison. Rapidement, il avait dû tenir un rôle pour y survivre. Il était devenu le leader d'un groupe de fils de Mangemorts, tout cela parce qu'il avait défié Miles Bletchey... qui s'en était pris à son compagnon de cellule. Il était loin de l'aile des Mangemorts : d'une solitude macabre à en perdre contact avec la réalité, avec les Détraqueurs pour seule compagnie, il avait été transféré au cœur d'un système de pouvoir.

Les Détraqueurs. Ceux-là mêmes qui avaient complètement quitté les lieux. La nouvelle, annoncée la semaine suivant les premières clameurs des manifestants, avait suscité l'excitation de ses codétenus, qui y avaient vu un présage de changements. Puis celle-ci était retombée comme un flan mal démoulé.

Il n'y avait pas eu d'évolution notable, à en croire les habitués. Drago, lui, avait tout découvert pour la première fois. Le rituel carcéral, plus animé qu'en haut. L'ouverture des cellules, presque toute la journée, pour permettre l'occupation de la bibliothèque et de la salle de sport. Les visites et les conversations téléphoniques, même si Drago n'y prenait pas part. Les préaux, pendant lesquels les jeux de regards et les tensions étaient plus que jamais présents. Et surtout, la vie en communauté.

Partager une cellule et, plus globalement, une aile avec des sorciers, c'était plus qu'occuper un espace commun. C'était avoir une présence constante. C'était répondre à ses besoins les plus primaires ensemble. C'était une collectivité qui dépendait totalement de ce que les plus hautes instances, invisibles, décidaient pour elle. C'était perdre son autonomie, jusqu'à perdre le sens même de son être et, en même temps, avoir une conscience extrême des limites entre son enveloppe corporelle, si chère et protectrice, et ce qui se trouvait à l'extérieur. C'était vivre comme un automate, attendre à chaque seconde la seconde suivante, en sachant que le temps serait identique l'instant d'après. C'était une existence sans fin, mais dans laquelle il fallait survivre, parce qu'on avait la vague impression que c'était ce qu'il fallait faire. Et on s'y habituait, d'une certaine façon.

Drago s'était levé, réceptionnant à la porte le courrier qui ne lui était assurément pas destiné. Il l'avait déposé sur la minuscule table, avant de se rallonger sur sa couche. Après le départ de Juan, Drago avait naturellement récupéré sa place, jugeant que son matelas, appuyé contre le mur, libérerait un peu d'espace. Ce n'était pas plus mal pour se déplacer, à vrai dire. L'idée de dormir là où s'était trouvé un homme mort ne le dérangeait pas plus que cela. C'était le cycle de la vie, c'était le cycle de la prison. Et il était illusoire de penser que ce serait le dernier drame qui se produirait. Drago n'avait pas d'autre choix que de s'y faire et de passer à autre chose.

Chassant son ancien codétenu de sa mémoire et conscient qu'il avait encore quelques minutes avant de devoir faire le ménage, il retira de sous son oreiller le livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque. C'était un quelconque roman sans intérêt, de la littérature jeunesse, mais qui avait le mérite de passer le temps. Et ça, c'était précieux.

De ce fait, Drago remarqua à peine que vingt minutes s'étaient déjà écoulées lorsqu'on vint leur apporter un seau et un torchon. Un jour sur deux, ici, on devait nettoyer son espace de vie. Et d'un commun accord avec Barney, pour ne pas être dans les pattes l'un de l'autre, ils avaient décidé qu'ils nettoieraient chacun leur tour. Son existence était sarcastique, tout de même. Ayant grandi dans le luxe, privilégiant toujours le pouvoir et reléguant les tâches ménagères à des elfes de maison, il se retrouvait dans la plus grande pauvreté, dépossédé de sa liberté d'action et effectuant ces corvées lui-même. Y compris lorsque les W.C. étaient bouchés, c'était eux qui devaient s'en charger. Quand on était dans la merde, on l'était jusqu'au bout…

Perdu à ses pensées, Drago trempa la serpillière dans l'eau savonneuse et entreprit de nettoyer les quelques mètres carrés que constituait « sa chambre ». Comme un signe d'encouragement, les haut-parleurs s'enclenchèrent, diffusant leur musique. Depuis quelques jours, la prison était animée par des chants de Noël. L'ambiance s'était modifiée, comme si les esprits se faisaient plus légers. D'aucuns savaient qu'ils recevraient des visites et des vivres de leurs proches, autorisés pendant cette période. Ils pourraient manger autre chose que du pain, du porridge et des omelettes. Sauf ceux qui, comme Drago, n'avaient plus personne à l'extérieur. Enfin, il avait tout de même appris que le jour du réveillon, une association venait leur apporter des colis. Ils auraient droit à un vrai repas de Noël, avec de la dinde, et même de la bûche ! C'était inouï.

Ayant terminé son ménage, Drago déposa son seau à l'entrée de sa cellule et en sortit pour la laisser sécher. Au passage, il prit la poubelle et la déposa juste à côté, les détenus employés à l'entretien se chargeant de les ramasser sur leur passage, et il attendit. Évidemment, il n'était pas le seul.

Il échangea un regard avec Grégory, avant de glisser sur le reste de sa garde rapprochée. Tarquin Selwyn, Hamish Rowle, Dayton Wilkes et Fergus Runcorn lui répondirent d'un hochement de tête, le visage fermé. Drago n'était pas mécontent. Bletchey se tenait à carreau avec lui. Il se contentait de lui lancer des regards haineux sur son passage, grinçant parfois des dents, mais il ne semblait pas très enclin à s'opposer à lui. Et Drago ne demandait pas davantage que sa tranquillité, même s'il ne se doutait pas que Bletchey finirait par agir, et que ça ne lui plairait certainement pas.

Les bras croisés, appuyé contre le mur, Drago patienta sans prêter attention aux conversations alentour. Il s'en fichait plus encore que sa première chemise, à vrai dire. Si celle-là était trop petite pour lui à présent, il n'en restait pas moins que ses anciens vêtements lui manquaient. Sa tenue n'avait aucune forme, et le beige était tout bonnement hideux avec sa carnation. Il rêvait d'une longue cape noire en soie, voletant derrière lui alors qu'il claquait du talon dans les couloirs vides du Manoir Malefoy.

Il avait eu quelques flashes de sa vie passée depuis son arrivée. Apparemment, la disparition des Détraqueurs avait permis la résurgence de quelques souvenirs disparates. Rien de très probant, c'était surtout anecdotique. Mais ça le raccrochait à quelque chose de vivant, autour duquel il se refermait comme autour d'une flamme, tant pour se réchauffer comme en plein hiver, que pour la protéger des regards indiscrets et cupides de failles. Malgré tout, ces mêmes failles étaient également sa force : elles durcissaient, le muraient autour de lui-même, créant un noyau solide à l'image de sa mère. Ne lui restait que la sensation tenace qu'elle était la source et l'horizon de tout.

Drago sortit de ses pensées en entendant le chariot d'entretien circuler dans l'allée, poussé par Nagoshy. Ce dernier gardait obstinément les yeux baissés sur le sol, si bien que certains détenus n'hésitaient pas à lui faire des croche-pieds, provoquant des ricanements. Drago resta de marbre, le suivant simplement du regard.

« Ne t'avise même pas d'y penser », siffla Bletchey à quelques mètres de lui.

Drago releva la tête, dardant son regard dans le sien. La bile lui montait à la gorge tant il était écœuré par lui, par son aspect dégueulasse, par sa personne, par ses actions. Le visage crispé par de la haine pure, Drago n'était pas loin de lui cracher au visage.

« Celui que j'ai me suffit amplement », répliqua-t-il froidement. « Puis il faut bien qu'il t'en reste un, ce ne sont pas les fils de Mangemorts qui te laisseront toucher à leur derrière… sinon gare au tien. »

Bletchey plissa les yeux, touché à vif.

« Je te rappelle que j'étais là le premier », lui renvoya-t-il.

Drago sourit d'un air satisfait.

« Tu es peut-être le premier dans l'aile des jeunes, Blette…chey », répliqua Drago, se retenant à grand-peine d'exploser de rire, ce dont ses acolytes – en tout cas ceux qui avaient compris – ne se privèrent pas, « mais je sors de celle des Mangemorts. Tout comme tes copains, d'ailleurs. T'es rien, ici. »

Drago avait conscience qu'il jouait avec le feu, mais les serpents avaient le sang froid, ils ne craignaient pas les températures élevées. Tout était une question de régulation.

Bien qu'honnêtement, il se demandait comment il tiendrait jusqu'au mois de septembre. Il lui restait plus de huit mois de détention, soit huit fois plus que ce qu'il venait de passer ici. Il ne tiendrait pas, il le savait déjà. Il espérait simplement que Bletchey flancherait avant lui.

Bletchey, qui venait de prendre un élan soudain pour lui sauter à la gorge, retenu par Selwyn et Rowle, qui avaient été plus rapides que lui. Drago ne se départit pas de son sourire, malgré la tension ambiante. Yaxley, Travers et Macnair s'étaient également rapprochés, prêts à en découdre.

Ils furent cependant interrompus par Franck, qui arrivait en traînant du pied et en soufflant comme un bœuf. Il se figea en découvrant la scène.

« Oh non, les gars, pas aujourd'hui ! Déjà que je dois venir travailler alors que je pourrais m'empiffrer d'élixir viticole et de gâteaux apéritifs, faites en sorte que ça soit calme. Allez, séparez-vous. Tout de suite. »

Les sorciers s'exécutèrent, non sans méfiance, restant à l'affût d'un mouvement suspect.

« Maintenant, vous retournez dans vos cellules le temps de calmer vos esprits. Si j'en vois un seul qui tente d'en sortir avant que je l'y autorise, je ferme toutes les portes jusqu'à demain et vous découvrirez vot' colis entre quat' yeux. Est-ce que je suis bien clair ? »

Des grognements lui répondirent, chacun reprenant place dans l'espace réduit qui était le leur.

« Et les commis de cuisine, vous vous dépêchez de bouffer, que vous puissiez aller bosser ! » poursuivit-il en beuglant.

Alors que Barney sautait du haut de son lit, Drago avait pris place autour de la table, et ils prirent leur petit-déjeuner dans le silence. Puis Barney débarrassa, avant de mettre ses chaussures, sans entrain, mais tout de même pressé.

Franck hurlait déjà dans le couloir, appelant les commis en cuisine, dont Barney lui-même faisait partie. Il adressa un bref salut à Drago en quittant la cellule, qui lui répondit par un hochement de la tête, avant de s'asseoir sur sa couche.

La journée promettait d'être longue.

OoOoO

Plus tard dans la matinée, l'aile des jeunes avait eu droit à une heure de préau. Les uns s'étaient déplacés avec précaution pour éviter de chuter sur les plaques de verglas, les autres étaient restés dans un coin en se frottant les mains. Puis ils étaient rentrés prendre leur repas de midi, avant d'être rejoins par les travailleurs. En ce jour de réveillon, les journées de travail étaient écourtées, principalement parce que la majorité travaillait en cuisine et qu'il n'y avait rien à préparer, puisque le repas du soir serait celui du colis de l'association.

À l'heure actuelle, Drago se trouvait devant la grille de sa cellule, en compagnie de Barney. Droit comme des balais, ils attendaient que Franck fasse l'inspection. Il cherchait tout objet illicite, comme de la drogue, une arme… voir un téléphone portable. Drago ne savait même pas à quoi cela ressemblait, mais Barney lui avait dit que certains objets moldus avaient fait leur apparition dans leur monde après la guerre. Évidemment, Drago n'y avait pas assisté… il se demandait ce qu'était devenue la société sorcière, s'il la reconnaîtrait à sa sortie. La réadaptation s'annonçait délicate. L'idée était angoissante… surtout qu'il ne pouvait rien faire d'où il était.

« Bon, j'ai rien trouvé », grogna Franck, comme s'il avait espéré pouvoir les coincer. Assurément, il cherchait un prétexte pour fermer les grilles et passer son après-midi à faire la sieste. « Vous retournez à l'intérieur le temps que je continue mes fouilles. »

Drago et Barney s'exécutèrent, ne se retournant même pas au son des clefs dans la serrure. Ils rejoignirent leurs couches respectives sans un mot, pendant que le gardien continuait son tour. Noël, songea Drago. Il leva instinctivement la tête vers la fenêtre. À travers les barreaux, il voyait un coin de ciel, presque imperceptible tant il était blanc. Neigeait-il ?

Il avait connu des Noëls blancs à Poudlard et au Manoir, ainsi que les joies des bonshommes de neige en hiver. Il se rappelait même cette sortie à Pré-au-lard, en troisième année, durant laquelle des boules de neige l'avaient coursé à proximité de la cabane hurlante. Sur le moment, il n'avait pas vraiment ri, mais avec le recul, c'était presque un bon souvenir. Il était libre à ce moment-là. Jeune. Insouciant. Sa plus grande inquiétude était son attirance pour Potter, qu'il dissimulait encore derrière son sarcasme et ses moqueries. Nul doute qu'il ne changerait pas de registre s'il le recroisait aujourd'hui. Et pour être tout à fait franc avec lui-même, ça lui plairait bien de retourner à ce temps-là. À cette époque où les Détraqueurs n'étaient encore qu'un prétexte pour charrier Potter. À cette époque où son principal souci était les apparences.

Il soupira, détournant son regard du blanc éblouissant. Ici, les apparences comptaient beaucoup également. Mais tous étaient pourris jusqu'à la moelle, et ce n'était un secret pour personne. Drago ne parvenait plus à se rappeler s'il avait un jour cru au Père Noël, mais il avait reçu des présents, ça oui. En revanche, il se rappelait nettement de ce que l'on disait aux enfants : tu n'auras pas de cadeaux si tu n'es pas sage.

Il n'avait sans doute pas été suffisamment sage, sinon comment expliquer la sentence ? Comment comprendre qu'on était l'oublié d'une société ? Il pensait aux festins en famille, aux festins à Poudlard. Il y aurait des rassemblements, du partage, de la joie. De l'alcool qui coulait à flots, des panses bien étirées. Des sapins couverts de boules et de guirlandes, qui brillaient autant que les yeux des enfants. Et puis il y a les détenus d'Azkaban, ceux qui ne méritaient pas ces bonheurs simples. C'était une certitude : pour la quatrième fois consécutive, il ne recevrait rien.

Alors oui, certains avaient bien pensé à eux le mois dernier, l'espace de quelques jours. L'espace d'un moment de conscience, d'une manifestation. Le temps du choc, de la prise de conscience. Et puis on oubliait, parce que ce n'était pas leur quotidien. Qui se souciait d'eux ? Vraiment ? Drago ne pouvait même pas dire qu'il y avait sa mère. Il ne savait même pas dans quel état elle se trouvait. Mais s'il y avait bien une personne dans ce monde d'oubliés avec laquelle il aimerait passer ce jour de fête, ce serait avec elle. Son seul espoir de rédemption. Et il ne parlait même pas de rédemption au niveau sociétal… Il était loin de se pardonner à lui-même d'être si froid, si indifférent à ce qui l'entourait.

Sa conscience finit par s'envoler dans un univers auquel Drago n'avait pas accès. Il n'en sortit même pas lorsque le cliquetis caractéristique annonça la réouverture des grilles, à peine le nota-t-il, sans réellement l'associer à sa signification.

En revanche, il souvint très bien de la rapidité et de la violence avec laquelle sa conscience réapparut en entendant sa voix. Il était alors appuyé contre le dossier de sa chaise, jouant une partie de bataille explosive avec sa bande, chacun ayant ramené de quoi s'asseoir autour de la petite table de la cellule de Drago et Barney.

« … idéalement trois ou quatre. Peut-être ceux qui ont déjà l'habitude de faire le trajet jusqu'aux cuisines ? Pour une question d'efficacité. »

Les pas claquaient à présent sur le sol au début de l'allée, prévenant de leur arrivée imminente.

« Je peux vous mettre Carlson, Davis et Smith », fit Franck, d'une voix de plus en plus forte à mesure qu'ils approchaient. « J'ai jamais de problème avec eux, ils sont réglo. »

Ils s'arrêtèrent au coin de la cellule que Drago occupait, sans y jeter un œil.

« Bon, je vous laisse gérer, une bière sans alcool m'attend », marmonna le gardien, visiblement mécontent de l'interdit. « Vous connaissez déjà Smith de toute façon. »

Drago se figea, sentant la rencontre inévitable. Barney étant à moins d'un mètre de lui, nul doute que Potter allait le voir en venant le chercher.

Drago n'eut pas l'occasion d'entendre les bottes claquer contre le sol, Barney ayant déjà bondi de sa chaise, comme s'il avait été conçu sur ressort, faisant un bruit monstre avec sa chaise qui claqua le carrelage. Drago lui lança un regard entre la méfiance et la consternation, mais celui-ci ne s'en rendit même pas compte. Par Salazar, à se demander ce qui lui avait pris de vouloir protéger cet énergumène…

« Mr Potter ! » s'égosilla-t-il. « Je suis juste ici ! »

Drago ferma les paupières l'espace d'une seconde, se retenant de dire à son camarade de chambre de la boucler. Il ressemblait à un Poufsouffle domestiqué et ça avait le don de l'agacer.

Prenant sur lui, cependant, il fixa l'entrée de la cellule. Potter finit par se présenter dans l'encadrement, les traits tirés par un léger sourire amusé. Sourire qui ne tarda pas à s'effacer lorsque ses pupilles tombèrent sur Drago. Instantanément, Drago sentit sa mâchoire se serrer alors que Potter le dévisageait, apparemment sous le choc.

« Bouh ! » fit Drago d'une voix froide, afin de dissiper le malaise.

Grégory, fidèle à lui-même, s'esclaffa d'un rire épais, rapidement suivi par le reste de la bande, hormis Barney.

« Malefoy ? » s'étonna Potter, qui ne se laissa pas intimider par les moqueries. Lui aussi, il était fidèle à lui-même.

« Ça t'en bouche un coin, Potter ? Pourtant, vu mon nom, il n'y a qu'ici que j'ai ma place, n'est-ce pas ? » cracha-t-il, préférant toujours l'attaque à l'exposition d'une vulnérabilité. « Quoique, avant ta magnanime intervention, on avait plutôt considéré que je ne méritais pas mieux que la compagnie des Détraqueurs. »

Un silence s'étira lentement, comme un élastique qu'on tend, sachant que le claquement serait imminent.

« Ça veut dire quoi magna…mime ? » répéta maladroitement Barney.

Drago sourit avec malice, sans quitter Potter du regard. Ce fichu Potter qu'il était si facile de houspiller.

« Ça veut dire que Potter a une telle grandeur d'âme qu'il pardonne même aux miséreux », cracha cette fois Drago, détestant cette position de faiblesse.

Par Salazar, aucun Malefoy ne se rabaissait à ça. Il n'avait pas besoin que Potter lui sauve la mise ! Il s'en sortirait très bien tout seul. Sans lui, il serait encore dans l'aile des Mangemorts, à se faire user l'âme par les Détraqueurs en passage, sans notion du temps qui passe.

Même si sans lui, il aurait sans doute fini calciné dans la Salle sur Demande. Mais ça, il ne le formulait jamais à voix haute.

Potter déglutit.

« Vous méritez mieux que de telles conditions de vie, en même temps », déclara-t-il.

« Qui s'en soucie ? » continua Drago sans dissimuler son sarcasme.

Il était agacé. Énervé. Tendu. Il ne savait plus. Mais il ressentait une telle haine… Il avait envie de balancer la table avec tout ce qu'elle portait, foncer sur Potter et l'empoigner… Il se mordit l'intérieur des joues pour empêcher la visibilité de sa tension intérieure. Pour peu, il aurait embrassé Potter. Dans ses pensées, mais tout de même.

« Moi, par exemple », répliqua Potter d'une voix égale, apparemment pas déstabilisé par son ton. « Et je n'ai pas terminé, d'ailleurs. Je suis en train de mettre en place des projets de formation internes et externes. Pour vous aider. »

« Grand bien te fasse », lâcha Drago en détournant le regard, faisant semblant de se réintéresser à la partie en cours. « C'était à qui, là ? »

« Mais c'est pour ça que vous venez plus me voir alors ! » intervint Barney, tandis que Drago levait les yeux au ciel. « Mr Taylor, un remplaçant qu'il a dit. Il est pas méchant, mais… il pue le vieux, un peu. »

Drago laissa échapper un rire bref, entre tension et désespoir. Qu'allait-il faire de ce codétenu, sérieusement ? Pas grand-chose, probablement.

« C'était à moi », lui répondit Runcorn, qui ne se préoccupait pas ou plus de la conversation. « Baron Sanglant de pique. »

Drago enchaîna distraitement avec la Grosse Dame de carreau, gardant l'oreille tendue.

« Hum ! Oui, c'est pour ça. Mais on aura bientôt l'occasion de travailler ensemble. D'ici une à deux semaines, en principe. Enfin, on y va ? Sinon on n'aura jamais fini de rentrer les colis de Noël pour le repas. »

« Oui ! Je vais chercher Ben et Luke ! » s'écria Barney en se levant pour aller les chercher.

Potter lança un dernier regard en direction de Drago, mais celui-ci fit mine de ne pas le voir, les yeux sur le tas de cartes. Alors il s'éloigna de la porte, sans un mot.

Et Drago commença à prendre conscience de la réalité des paroles prononcées : il allait être amené à revoir Potter.

OoOoO

Veille de Noël ou pas, cela n'avait rien changé à Azkaban : à vingt-et-une heures trente, sans exception, le gardien de nuit, qui ne parlait jamais, avait fermé les cellules après avoir vérifié barreaux et fenêtres, bien que sommairement. Il ne fallait jamais trop lui en demander.

Drago n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Chaque heure, il avait entendu l'œilleton se soulever alors qu'on vérifiait qu'il n'y avait pas de pendu ou de tentative d'évasion. Seul dans la nuit, il s'était senti bien loin de l'ambiance détendue du repas, où ils avaient joué aux cartes, jusqu'à un nombre incalculable de parties.

Le matin, à six heures trente, les néons grésillèrent. Drago réceptionna le courrier en répondant aux salutations d'Erika. Il retourna se coucher, écoutant distraitement les conversations. Il entendit Nielson, ou peut-être Carlson, blaguer à propos du fait que pendant la nuit, il avait mis au point un plan d'évasion, et Erika lui répondre d'attendre au moins que ça soit les pauses de Franck pour le mettre à exécution, histoire qu'il travaille un peu. Il nota les rires, indifférent.

Finalement, c'était un jour comme un autre derrière les barreaux. Un jour qui s'écoulerait aussi lentement que les précédents et sans doute aussi lentement que les prochains. Au moins ne pourrait-il pas comparer et percevoir l'ampleur de la merde de son quotidien. La monotonie était peut-être le meilleur des cadeaux, en fin de compte.

« Joyeux Noël, Drago », songea-t-il en retirant le livre de sous son oreiller.


Et voilà pour un Noel un peu particulier, pas très joyeux... mais la rencontre avec Harry est une belle promesse : d'ici peu, ils se reverraient.

On se retrouve lundi, le dernier lundi, pour le Noel de Harry.

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.