Bonjour mes amours !
Nous nous retrouvons donc pour le dernier lundi de publication. A partir de maintenant, chaque mise à jour se fera le jeudi.
Ce chapitre est un chapitre qui me tient énormément à cœur. Vous n'y verrez peut-être rien de particulier ; mes relectrices n'avaient rien remarqué. Mais pour moi, il représente le moment où j'ai perdu le contrôle de mon Harry, et j'ai vécu ça, comme à chaque fois, avec beaucoup d'émerveillement. Les mots glissaient enfin sous mes doigts sans avoir à y penser, je ne savais même pas ce que je faisais mais je me disais "bah, on verra bien ce que ça donne..." ; et ça a donné exactement ce que je voulais. Je maîtrisais suffisamment mon Harry pour le lâcher.
Preuve en est d'ailleurs que mes chapitres commencent à s'allonger pour approcher leur "longueur de croisière" (non, ce n'est pas vraiment ça, l'expression).
Ce qui risque de vous intéresser un peu plus, même si ça avait bien été deviné au vu des reviews, c'est qu'ici, je parle de l'amour de jeunesse de Harry. Je vous laisse donc le découvrir !
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 12.
« It's a new chance, a new day
Avoiding the thought of, you coming over
I've been drafted into your war (…)
I never really let you go
Just thought that you should know
Even though you broke my bones
Your soul is where I made my home. »
Fragments, Jaymes Young.
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« C'est une nouvelle chance, une nouvelle journée
En évitant de penser à toi, qui reviendrais
J'ai été enrôlé dans ta guerre (…)
Je ne t'ai jamais réellement laissé partir
Je me disais que tu devais le savoir
Même si tu m'as cassé les os
Ton âme se trouve là où j'ai élu domicile. »
Fragments, Jaymes Young.
Harry se réveilla le matin du 25 décembre avec la sensation d'être à la maison. En effet, cette année encore, il passait les fêtes au Terrier. Et il n'en était vraiment pas mécontent : il avait besoin de repos.
Depuis qu'il avait officiellement obtenu les moyens pour réaliser son projet, Harry travaillait d'arrache-pied à sa mise en place. D'un commun accord avec Richard, il avait terminé son mois, lui permettant ainsi d'engager un remplaçant avant son départ : Edgard Taylor, un sexagénaire qui avait envie de retrouver l'excitation du terrain et de délaisser les archives poussiéreuses de la faculté de psychomagie.
Mais il ne s'agissait pas réellement d'un départ. Pour des facilités juridiques et administratives, Harry avait fait de son projet une extension du Service d'Aide Sociale aux Détenus, devenant de ce fait codirecteur avec son ancien patron.
La situation aurait pu être étrange si seulement il avait eu le temps d'y penser. Il occupait un local de réunion jusque-là inusité, parfois rejoint par Émory dont il restait le maître de stage. Ce dernier avait insisté pour le suivre, arguant que c'était lui qui avait signé la convention et qu'il s'y était engagé. En partie amusé, mais tout de même convaincu que ce n'était pas la meilleure option pour un étudiant, il avait donc coupé la poire en deux et, ensemble, ils avaient convenu que, les lundis et les mardis, Émory prêterait main-forte à Harry et, les jeudis et vendredis, il passerait dans la section administrative et individuelle du SASD, les mercredis étant consacrés à ses cours d'intégration professionnelle.
Toute la difficulté résidait dans le fait qu'il fallait tout créer. Pour l'instant, il se trouvait dans la partie la moins drôle du processus : établir des programmes de formation. Ça demandait des retours à la théorie, la construction de grilles d'évaluation, des préparations de plans divers. En clair, il passait son temps au milieu des parchemins, alors qu'il rêvait de passer à la pratique. S'il ne se trouvait pas dans l'obligation de se justifier auprès du Ministère pour ses activités, il serait déjà derrière les barreaux – ou plutôt sur le terrain – depuis longtemps. Pour le coup, il devait bien l'admettre, il ne regrettait pas d'avoir un stagiaire pour lui rafraîchir la mémoire sur le contenu des cours.
Harry soupira en constatant que la soirée n'avait pas suffi à l'éloigner du travail. Repoussant les draps, il avisa le lit voisin, vide de tout occupant. Ginny s'était déjà levée, probablement pour voler un peu avant que tout le monde se réveille.
Depuis qu'Hermione et Ron sortaient ensemble, Ginny et lui partageaient la même chambre lorsqu'ils se retrouvaient au Terrier. Ça ne les avait pas vraiment dérangés, étant restés en bons termes. Somme toute, elle avait été la première au courant qu'il fréquentait Charlie.
Lorsqu'il revenait au pays, toute la famille, Harry et Hermione compris, passait du temps au Terrier. Aux aurores, Ginny en profitait toujours pour lui demander de venir voler avec elle. C'était de cette façon qu'elle avait non seulement constaté l'absence d'Harry dans son lit mais, en plus, sa présence dans celui de son aîné. Ils n'avaient pas cherché à démentir leur relation naissante, et Ginny avait plutôt bien accepté la situation, gageant que Molly pourrait ainsi affirmer qu'Harry était bel et bien de la famille.
Et effectivement, la matriarche avait bien pris la nouvelle. Elle l'avait tellement bien prise qu'elle avait pleuré, prenant tout à tour Charlie et Harry dans ses bras, s'exprimant dans un langage difficilement compréhensible, mais qui laissait entendre qu'elle était heureuse que son fils s'autorise enfin à être amoureux, ce à quoi il avait roulé des yeux. Entre Charlie et Harry, c'était définitivement le second qui avait le plus de difficulté à s'ouvrir à l'autre, mais ils s'étaient bien gardés d'en informer Molly.
Comme ils s'étaient également bien gardés de lui annoncer leur rupture, d'ailleurs. Rupture qui n'en était pas vraiment une non plus… C'était compliqué. Harry pourrait juste dire qu'il ne supportait tellement plus l'idée que d'autres souffrent à sa place, sauf qu'à chaque fois que les deux sorciers se retrouvaient, ils se comportaient comme un couple, alors même qu'il en avait refusé la poursuite.
Il était difficile pour Harry de faire abstraction de Charlie lorsqu'il revenait au Terrier. Son âme occupait cette maison, même en son absence. Le temps d'un repas le dimanche, il pouvait s'y faire, mais durant les fêtes de fin d'année, il avait cette sensation d'être un imposteur. Aujourd'hui, il était partagé entre ses choix et ses ressentis.
Mélancolique, il descendit les étages sous les craquements des marches, retrouvant Molly et Hermione dans la cuisine, la première aux fourneaux, la seconde qui se réveillait doucement devant une tasse de thé noir, Turbulence installé sur ses genoux. Elle ne pouvait plus déloger sans son Fléreur, adopté à la fin de ses études de Magie-strature, depuis qu'elle avait perdu la trace de Pattenrond pendant la guerre.
« Harry, mon chéri ! » s'exclama Molly en l'enlaçant. « Tu as bien dormi ? »
Elle le dévisagea un instant, considérant probablement son teint blafard et ses cernes.
« Tu aurais peut-être dû aller le rejoindre quand il te l'a demandé », commenta-t-elle en lui adressant un sourire contrit.
Harry ferma les yeux, piqué par la douleur. Il tenta de la fuir, mais aussitôt, il sentit une main glisser dans ses cheveux. Sous la caresse de celle qui considérait comme sa mère d'adoption, il soupira à s'en fendre l'âme.
« Ma place est ici, en Angleterre, auprès de vous », murmura-t-il en rouvrant les yeux.
Molly acquiesça doucement, les traits tristes. Elle avait espéré que son refus de vivre en Roumanie avec Charlie déciderait ce dernier à revenir au pays, mais Charlie ne l'avait pas entendu de cette oreille. Et cela convenait parfaitement à Harry. Il était habitué à leur relation à distance, il aimait sa vie de célibataire. S'ils avaient commencé à vivre une relation plus conventionnelle, il y aurait eu des conflits, et Harry détestait les conflits.
« Il t'a écrit, au moins ? » s'enquit Molly d'une voix douce qui dénotait avec son air sévère, ce qui fit sourire Harry.
« Oui, il m'a écrit », confirma-t-il en songeant au hibou qu'il avait reçu, pas plus tard qu'hier. « Il m'a dit qu'il reviendrait bientôt. Dans le courant du mois d'avril. »
« Et c'est ça qu'il appelle bientôt ? » s'indigna Molly en s'écartant, levant les bras, mains ouvertes et doigts écartés à l'extrême. « Roh ces enfants ! Ils auront ma peau. »
Elle retourna alors à ses fourneaux, attirant l'attention d'Harry sur Hermione, dont la vue était précédemment dissimulée. Il s'en approcha, accueilli par une faible illumination dans ses iris, mettant une fois de plus en avant sa fatigue.
D'un bras tendu dans sa direction, elle l'incita à se rapprocher davantage, et il s'exécuta, la laissant entourer sa taille de son bras et appuyer sa tête sous ses côtes flottantes. Instinctivement, il referma son étreinte autour d'elle, dans un geste de protection, déclenchant les feulements de Turbulence.
L'animal n'aimait pas que l'on s'approche de sa maîtresse. Même Ron avait droit au traitement. Le phénomène était assez impressionnant, mais pas pour son agressivité en tant que telle, plutôt par la brillance qui émanait alors de son pelage argenté, comme s'il ondulait au rythme de sa colère.
« Ça va toi ? » lui chuchota Hermione.
« Ça va », répondit Harry, peu loquace.
Ginny arriva à ce moment-là dans la cuisine, armée de son balai de course, le visage rougi par l'effort. Elle les salua d'un clin d'œil, avant de s'emparer d'un verre qu'elle remplit d'eau.
« Ginevra ! Tu pues la transpiration. Va prendre une douche avant d'empester toute la cuisine ! »
La concernée leva les yeux au ciel en avalant une gorgée d'eau, négligemment appuyée contre le plan de travail.
« Ginevra Molly Weasley, tu as entendu ce que je t'ai dit ou tu as décidé de m'ignorer ? » s'énerva sa mère.
« Oui, je t'ai entendue, maman », répliqua Ginny d'une voix délibérément ralentie, marquée par l'irritation. « Je termine juste mon verre d'eau et j'y vais. »
La mère marmonna quelque chose qui ressemblait à « Les enfants, toujours à n'en faire qu'à leur tête », avant de vérifier la cuisson des pâtisseries.
La maisonnée se réveilla ainsi, lentement, au rythme de la cuisson des bonshommes à la cannelle et aux amandes, dispersant ses effluves sucrés à travers les étages.
OoOoO
Le lendemain de Noël, Harry avait déjà réinvesti les locaux du SASD. Ayant eu des difficultés à s'endormir, passant plus de temps à se retourner qu'à s'assoupir réellement, il s'était levé de bonne heure et était arrivé le premier sur place.
Ce jour-là encore, ses pensées étaient perturbées par le même contenu que durant la nuit : Drago Malefoy. Obnubilé comme il l'était par les préparatifs du réveillon et par le fantôme du Dragonologiste, il en avait oublié sa rencontre fortuite avec le Prince de Serpentard. Et surtout, à son retour à la solitude de son appartement, il avait pris conscience qu'il serait amené à le revoir.
Il n'avait plus pensé à lui depuis des années. Probablement plus depuis la fin de la guerre, pour être précis. Quand il avait quitté le Royaume-Uni, les Malefoy étaient toujours en fuite, et Harry se rendait compte, honteusement, qu'il n'avait jamais cherché à savoir ce qu'ils étaient devenus. Il ne savait donc pas où se trouvaient les parents Malefoy, même si une petite voix lui disait que si le fils n'avait pas bénéficié de circonstances atténuantes, il y avait peu de chance pour que ça soit le cas de ses géniteurs.
Il n'osait pas imaginer ce que son ancien ennemi avait pu subir pendant toutes ces années. Il se souvenait encore de ses mots, acerbes : « on avait plutôt considéré que je ne méritais pas mieux que la compagnie des Détraqueurs ». Et physiquement, ça se voyait. Lui qui était déjà longiligne du temps de Poudlard, il était à présent considérablement aminci, le visage creusé par la privation. C'en était à se demander s'il avait des cernes ou s'il s'agissait tout simplement du creux de ses orbites.
Harry sursauta en entendant des bruits dans le couloir qui menait à son local. Il leva la tête en direction de la porte au moment où celle-ci s'ouvrit, découvrant Émory. Étonné, Harry le suivit du regard tandis qu'il s'installait autour de la table.
« B'jour, Harry ! » le salua avec son habituel entrain.
« Salut, Émory. Tu ne profites pas de tes vacances ? »
« J'en profite mieux ici que chez moi », lui affirma-t-il avec un grand sourire qui laissait voir sa dentition. « Ma mère me cassait encore les pieds. »
« Ah ? » fit Harry, qui suivait distraitement le déballage de son sac, dont le contenu s'agençait de lui-même sur la table aussitôt qu'Émory l'avait sorti.
Émory acquiesça, avant de tirer une chaise et de s'y asseoir.
« Ouais, tu sais comment elle est devenue pénible depuis la manif' ? Bah il a fallu qu'elle lâche, en plein repas de famille, que si je passais autant de temps avec toi, c'était parce que tu es homosexuel et que je t'idolâtre », râla-t-il, non sans rougir en s'apercevant de la teneur de ses propos. « Enfin… heu… tu sais bien qu'elle exagère quand même. Je suis là pour mon stage. »
Au fur et à mesure de sa tirade, Harry avait senti ses lèvres s'étirer. Amusé, il avait croisé les bras sur son torse, alors qu'Émory perdait de son assurance.
Depuis qu'ils avaient protesté ensemble contre les conditions carcérales, leur relation s'était modifiée. Ils étaient plus enclins à partager de leur vie, bien que ce soit plutôt Émory qui s'épanche sur la sienne, Harry étant davantage une oreille attentive. Mais il avait pris en affection le jeune Gryffondor.
« Enfin, du coup, tout le monde y est allé de son commentaire », poursuivit-il. « Et même si ma mère n'est pas très contente que je vienne travailler pendant les vacances, et le mot est faible, bah je préfère être ici et être utile. »
Harry hocha la tête, réalisant que sa jovialité le mettait de bonne humeur.
« Eh bien, au travail alors ! » lança-t-il. « Si on veut rendre le projet applicable dès la semaine prochaine, on a du pain sur la planche. »
« O.K. », consentit Émory, soudain sérieux. « Par quoi je commence ? Je continue sur l'analyse de « L'existentialisme est un humanisme » ? »
« Non, ça je l'ai terminée début de semaine. Tu peux commencer celle de « Huis clos », à moins que tu ne veuilles relire l'entièreté de la grille avant. »
Ce faisant, il s'empara des documents en question, les tendant à son stagiaire.
« Ouais, je vais faire ça. Merci », dit-il en examinant d'emblée les parchemins, concentré.
Harry disparut lui-même dans « Par delà le bien et le mal » de Friedrich Nietzsche, perdant toute notion du temps.
OoOoO
Harry retira ses lunettes, qu'il posa sur la table, avant de se frotter les yeux. C'était la troisième nuit consécutive durant laquelle il dormait mal, son cerveau refusant tout bonnement d'arrêter de penser, sinon à propos des conditions carcérales de son ancien ennemi de Poudlard.
Il réfléchissait tellement que, même lorsqu'il parvenait enfin à sombrer dans le sommeil, ses rêves étaient faits de grilles d'analyse, qui se transformaient alors en barreaux de prison. Avec la conscience étrange que ce n'était pas la réalité, il entrait en discussion avec Sartre, Nietzsche, Foucault, et même avec Bentham, dont les plans de son panoptique finissaient par lui donner le vertige. Résultat : il était épuisé.
« On s'en grille une ? » lui proposa Émory, qui était toujours fidèle au poste.
« Ouais, allez », accepta Harry en rehaussant ses verres.
Ils sortirent, embarquant au passage cigarettes et briquets, mais également manteaux, bonnets et écharpes, les températures ne dépassant pas le degré zéro.
Grelottant à l'entrée du bâtiment, ils prirent leurs premières aspirations. Alors que le regard d'Émory se perdait au loin, Harry se perdit dans ses souvenirs, le regardant sans le voir.
Le baiser impulsif et imprudent qui était survenu après l'accord du Ministre n'avait heureusement rien changé dans la manière d'être du jeune sorcier. Harry l'avait craint, mais le lundi suivant, il était arrivé au SASD avec son entrain habituel et ses sous-entendus plus qu'explicites. Mais il agissait toujours comme lors des premiers jours, comme si le baiser n'avait jamais eu lieu. Harry était rassuré.
« Tu as prévu quoi pour le Nouvel An ? » lui demanda alors Émory, sorti de sa contemplation du lointain.
« Une soirée entre amis », lui répondit simplement Harry, qui ne souhaitait toujours pas entrer dans les détails. « Et toi ? »
Émory haussa les épaules, pas franchement emballé.
« On fait ça en famille, comme à Noël. Tu sors au Kelpy ? »
Harry s'esclaffa, s'étouffant au passage avec la fumée. Il dut tousser quelques fois pour reprendre son souffle.
« Tu as parlé à qui ? » le questionna-t-il, pas dupe, mais plus amusé que fâché.
« Le Kelpy d'Argent est super connu ! » se défendit Émory, se peignant d'un air innocent peu crédible.
Harry lui lança un regard appuyé.
« Bon d'accord, j'ai parlé à Dean Thomas, un jour. Il voulait savoir si les journaux racontaient des bêtises ou pas », s'empourpra-t-il.
Harry secoua la tête, affligé tant par son ami que par son stagiaire.
« Dean devrait apprendre à se mêler de ses fesses plutôt que des miennes. Et toi aussi », lui rappela-t-il, faisant référence à ce qu'il lui avait dit la première semaine. « Mais pour te répondre, non, je ne sors pas au Kelpy pour le Nouvel An. Ce sera plutôt une raclette entre amis de tout horizon. Notamment Ron et Hermione, donc pas vraiment la fréquentation habituelle du Kelpy. »
Émory acquiesça, signant la fin de la conversation.
Quelques minutes plus tard, ils éteignaient leurs cigarettes sur le cendrier extérieur et rentraient pour terminer leur journée de travail. Harry songea au fait qu'il devait encore envoyer son courrier pour annoncer les noms de ses bénévoles au Directeur du département la justice magique et proposer la première version des emplois du temps.
OoOoO
La soirée du 31 décembre était bien amorcée. Installé autour de la table de la salle à manger du couple Weasley-Granger, sur laquelle trônait la machine à raclette, Harry s'abreuvait autant des discussions que de l'élixir viticole et du fromage au poivre.
Il parlait Quidditch avec les garçons – Alois, Seamus, Dean, Erwann et Ron, évidemment - et Ginny, élaborant des pronostics enthousiastes sur la prochaine rencontre des Harpies de Holyhead. Hermione et Luna, quant à elles, étaient un peu à l'étroit à l'extrémité gauche de la table, occupées dans Merlin savait quelle conversation.
Ce soir-là, pour la deuxième année consécutive, le Nouvel An débuterait entre jeunes sorciers sans enfants. Jeunes, mais déjà bien imprégnés par leurs vies d'adultes et englués par les habitudes. Harry avait tendance à l'oublier, mais gérer une association à l'âge de vingt-deux ans, c'était inouï.
« Bon alors, comment ça avance le projet ? » lança Ron, pour changer de sujet, les joues rougies et les yeux voilés par l'alcool.
« J'avoue, raconte ! » renchérit Seamus, qui s'était redressé, s'appuyant négligemment sur l'épaule de son compagnon. Celui-ci le couva des yeux, ouvertement amoureux.
Harry sourit. Il n'avait pas les idées très claires, mais il se trouvait avec les personnes qu'il chérissait le plus, et qui s'intéressaient à ce qui lui tenait vraiment à cœur. Il n'aurait voulu changer ça pour rien au monde.
« On sera en mesure de lancer les premières animations d'ici une semaine », annonça-t-il. « Probablement dès le lundi 6 janvier. »
La nouvelle fut acclamée comme s'il venait de marquer un but, Seamus et Dean sifflant à l'aide de leurs doigts.
« Dans un premier temps, je fonctionnerai principalement en binôme avec Émory, mon stagiaire. Mais j'ai recruté quelques bénévoles qui sont prêts à venir une heure par semaine, en prenant de leur temps libre pour les préparations en amont », expliqua-t-il. « On a Luna et Dean, qui vont donner un atelier artistique : dessin, peinture, théâtre… Puis on a Leyla, une de mes anciennes collègues du SASD administratif. Elle, elle parlera d'éducation à la vie relationnelle et affective. »
« Du sexe, quoi ! » s'exclama Dean en levant son verre comme s'il portait un toast.
La tablée éclata de rire.
« Même pas forcément », le contredit Harry, bien qu'hilare, lui aussi. « C'est un terme global, ça inclut notamment de la gestion de conflits, de l'expression émotionnelle, ou encore des questions sociétales comme l'égalité des genres. »
« Pas de salariés, alors ? » intervint Alois.
« Pas dans l'immédiat. J'attends encore les fonds. J'ai reçu l'arrêté ministériel confirmant l'extension des missions du SASD, mais pas encore les budgets. C'est pour le courant du mois, normalement. »
La bouteille d'élixir posée à côté de lui s'envola, réceptionnée par Seamus qui se resservit. Le baiser sur son épaule n'échappa à personne, si bien que le groupe se perdit dans ses pensées, jusqu'à en perdre le sujet de conversation en lui-même.
Vidant son verre de rouge d'un trait, Harry se leva en emportant son paquet de cigarettes.
Ce ne fut qu'une fois sur la terrasse qu'il s'aperçut que l'élan d'affection l'avait mis mal à l'aise. Soupirant, il alluma une cigarette, observant la rue passante du haut du troisième étage. Londres était illuminée et particulièrement animée en ce jour de réveillon.
La porte-fenêtre s'ouvrit et se referma au son du coulissement caractéristique, mais il ne se retourna pas, perdu dans la contemplation du paysage. C'était si facile, avec les éclats lumineux des installations éclairantes diverses. C'en était presque hypnotisant.
Il sentit une pression dans le bas de son dos et, à la manière dont elle le fit, il comprit qu'il s'agissait d'Hermione. De sa main disponible, il entoura ses épaules, la rapprochant de lui. Lui qui évitait toujours les contacts physiques hors de ses relations charnelles, il ne s'expliquait pas son naturel avec sa meilleure amie. Il ressentait comme un besoin de la protéger.
« Tu sens le tabac », fit Hermione, d'une voix pincée.
Un mouvement de tête dans sa direction confirma à Harry qu'elle avait le nez retroussé dans une expression de dégoût. Il s'esclaffa.
« Et toi, l'élixir viticole. »
Elle sourit, et il releva la tête pour tirer sur sa cigarette.
« C'est dur pour toi, tous ces changements au boulot, non ? » lui demanda Hermione.
Harry acquiesça, tandis qu'il recrachait la fumée, tentant au maximum de le faire dans la direction opposée à celle de son amie.
« Plutôt, oui. Mais ça va aller, ce sont les débuts. »
« Tu n'as pas l'air de dormir beaucoup. Tu travailles souvent de chez toi ? »
Harry secoua la tête, amusé. C'était presque comique comme inquiétude quand on connaissait le perfectionnisme de la sorcière.
« Pas tant que ça. Mais j'ai le cerveau plein, j'y pense souvent. »
« Et la période n'est pas la plus facile pour toi, non plus. »
Harry soupira, le visage de Charlie se dessina devant ses yeux avant de s'effacer alors qu'il tirait une nouvelle fois sur sa cigarette. Elle avait donc fait le rapprochement entre son départ soudain et la période, et il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir.
Mais bientôt, le visage de Malefoy se substitua à la première image. Surpris par l'apparition inattendue, il cligna plusieurs fois des yeux, avant de reprendre ses esprits.
« Tu sais qui j'ai vu à Azkaban en allant déposer les colis de Noël ? » interrogea-t-il Hermione, sans transition.
« Mmmh non ? »
« Malefoy. »
Il avisa sa cigarette, soudainement nerveux. Il allait être amené à le revoir. Et, bien qu'il l'eût détesté pendant sa scolarité, il ne pouvait pas accepter son sort, l'idée qu'il ait été enfermé. C'était encore un adolescent quand Voldemort était revenu au pouvoir… Il n'avait pas réellement pu choisir.
Il croisa le regard d'Hermione, qui attendait la suite.
« Je ne savais pas qu'il s'y trouvait… », fit-il à voix basse, désemparé.
« Il a été jugé peu de temps après ton départ au Canada », soupira Hermione, qui prit appui à rambarde de sécurité. « Il s'est rendu lui-même à la justice, mais le Magenmagot n'a pas été clément envers lui. Il a pris pour cinq ans. Association de malfaiteurs. »
Harry souffla, énervé. C'était tellement injuste cette « justice » à deux vitesses !
« Et ses parents ? »
« Ils ont été arrêtés un peu avant ton retour. Mars 2001, je pense. Ça n'a pas suscité trop d'émois, ça a aussi été assez expéditif… La mère a eu la même peine, cinq ans. Son père, lui, a pris pour dix ans. À titre de Mangemort, il a été considéré comme l'un des dirigeants. »
Harry secoua la tête, tirant rageusement sur sa cigarette, pratiquement consumée jusqu'au mégot à présent.
La porte-fenêtre se rouvrit alors, sans se refermer cette fois.
« Qu'est-ce que vous faites ? » fit la voix, tendue, de Ron.
Harry et Hermione se retournèrent, se délaçant par la même occasion. Les traits de Ron exprimaient le désemparement.
« Bah rien, on discute pendant que je fume », fit Harry en haussant les épaules.
Il vit clairement un échange de regard entre les deux époux et Hermione baissa la tête, ce qui ne lui ressemblait pas.
« Y'a un problème ? » lança-t-il avec un peu trop de virulence, relevant la tête en direction de Ron.
Ce dernier eut à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'une main l'agrippa pour l'entraîner à l'intérieur de l'appartement.
« Bon ça suffit maintenant, Ron ! » s'exclama Ginny en levant les yeux au ciel, exaspérée. « Sérieusement ! C'est Harry. C'est ton meilleur ami et il est gay, de surcroît. Alors t'es gentil et t'arrêtes de faire le crétin. »
Harry soupira en comprenant la situation. Il écrasa sa cigarette dans le cendrier, avant de faire face à Ron, qui résistait à la poigne de sa sœur.
« T'es jaloux ? » s'étonna-t-il, furibond. « Il faut sérieusement que tu prennes plus confiance en toi, vieux. Hermione t'aime, et jamais elle ne pourrait te tromper. »
Il secoua la tête, avant de le dépasser pour regagner l'intérieur, au chaud.
« Mais toi, t'es sorti avec des filles, avant. Et on ne peut pas te dire que tu sois actuellement très stable ! » lança Ron.
Harry se retourna lentement, choqué par ses propos. Les yeux écarquillés, il le dévisagea. Derrière lui, il discerna clairement Hermione le supplier du regard de ne pas répondre. Ron était insécurisé, saoul et énervé, rien de bon ne pourrait sortir d'une discussion alors qu'il se trouvait dans cet état. Il ferma les yeux, à deux doigts d'exploser.
« Ma vie sexuelle te remercie pour ton intérêt, mais elle ne t'a pas demandé ton avis. »
Il sentit Ginny l'éloigner de la terrasse et il ne résista pas. Il la suivit jusqu'à la salle à manger, pliant et dépliant nerveusement les doigts de sa main droite. La nervosité lui en avait fait perdre la sensibilité.
Il ne pouvait pas blâmer Ron pour cette phrase assassine. On ne pouvait pas le qualifier de sensé quand il s'agissait d'Hermione, et encore moins quand il avait bu. Puis il était vrai que sa vie amoureuse n'avait rien de stable. Il n'en était pas capable, même avec Charlie, alors qu'il le savait, il l'avait aimé.
Un jour, peut-être. Il savait ce qu'il faisait, en attendant, il avait d'autres priorités. Notamment celle de retrouver son calme, avant de perdre le contrôle de sa magie et de faire exploser la machine à raclette d'un Bombarda involontaire.
Je pense que l'identité de l'amour de jeunesse de Harry ne vous étonne pas : la référence au dragon pendant la manifestation vous avait plus qu'aiguillé-e-s.
Mes relectrices avaient été étonnées que Harry ne se soit pas inquiété du sort des Malefoy, surtout après que Narcissa ait protégé Harry dans la forêt interdite. Et vous, ça vous surprend ? Ou vous comprenez que dans sa situation, il ait occulté au maximum?
Je vous laisse donc avec votre impatience de retrouver Harry et Drago dans un même chapitre,
Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.
