Hello mes amours ! :D

J'espère que je vous ai manqué maintenant que je ne publie plus le lundi (mouhahah). Mais c'est pour mieux vous servir mes enfants ! (oui, petite impro nulle du fait du titre de la chanson, c'est rien)

Allez, je vous laisse avec Drago ET Harry, vous avez été patient-e-s, vous méritez de les avoir dans la même pièce ! héhé

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 13.

« This shit is real

And it's hard to look back

But it's harder to move on (…)

Do you remember, we were young? (…)

Is it in my head?

Sometimes I wish that I was. »

Wolf, Highly Suspect.

.

« Cette merde est réelle

Et c'est difficile de regarder en arrière

Mais c'est encore plus difficile d'avancer.

Tu te rappelles, quand nous étions jeunes ?

Est-ce dans ma tête ?

Parfois, je voudrais que ça soit le cas. »

Loup, Highly Suspect.


2003 semblait vouloir être une année de changements, déjà bien entamés depuis le mois de novembre. Ce matin-là, sitôt les détenus levés et nourris, des bruits métalliques avaient résonné dans toute l'aile. C'était Franck, qui frappait avec une barre contre les grilles alors qu'il déambulait dans l'aile.

« Bon, les jeunes. Changement de programme, aujourd'hui, et pour du long terme », commença-t-il, d'une voix ennuyée, à deux pattes de Boullu du soupir.

Son travail était visiblement plus une obligation qu'une vocation. Les sorciers dans leurs cellules, eux, avaient les oreilles grandes ouvertes, bien que las. L'écouter passait le temps, impliquait de connaître l'organisation décidée pour leurs vies, mais ne suscitait pas vraiment les émois.

« Matinée habituelle. Les bosseurs partent bosser, les autres font leurs activités, comme d'hab'. Y'a deux visites prévues chez vous, je viendrais chercher les concernés », continua-t-il, avant de soupirer, cette fois. Drago entendit le son d'un parchemin que l'on déplie. « À 13h25, je viens vous chercher pour une information du SASD, animée par Mr Potter. Il vous expliquera tout, moi, j'me mêle pas. Tout le monde y va, pas d'exception. »

Des protestations s'élèvent, et pas seulement du côté des travailleurs. Les anciens Mangemorts n'acceptaient pas vraiment l'idée que le Sauveur du monde sorcier, celui-là même qui avait scellé leur sort, soit aussi celui qui leur enseignerait quelque chose. Ironie du sort, pour changer.

« J'ai dit : Pas. D'exception. Je reviens d'ici trente minutes pour venir chercher les travailleurs. La moindre tentative de rébellion ne vous dispensera pas de l'information. En revanche, ce sera consigné dans votre dossier. Et vu ce qu'on vous prépare, ça ne risque pas de vous arranger », clôtura-t-il au son d'un parchemin que l'on replie.

Dans un silence presque religieux de la part des prisonniers, les pas du gardien claquèrent et résonnèrent en s'éloignant de plus en plus.

Drago se demandait ce qui l'attendait, mais ses craintes se confirmaient bel et bien : il allait revoir Potter. Mais les derniers mots du gardien le tracassaient plus encore : quelque chose se préparait.

Une boule d'appréhension se forma dans la gorge de Drago, rendant sa déglutition malaisée. Jusqu'à présent, il s'était senti dans un espace-temps en dehors de toute notion de liberté, sinon l'espoir d'atteindre une date déterminée. À présent, il sentait que cette date allait être remise en jeu en fonction de ce qui se passerait, ici et maintenant.

La situation lui échappait en perdant de sa rigidité. Et il n'aimait pas ça du tout.

OoOoO

Comme convenu, Franck était venu les chercher un peu avant 13h30. Il les avait conduits jusque dans la bibliothèque, où l'espace central de lecture avait été redisposé pour faire des rangées de chaises face à deux tables sur lesquelles étaient appuyés Potter, Thomas, Lovegood et deux autres personnes que Drago ne connaissait pas.

Potter discutait justement avec l'un d'entre eux, qui paraissait relativement jeune. Il ne lui donnait pas la vingtaine. Au contraire, la cinquième personne était une sorcière plus âgée, probablement le début de la trentaine. Tous exprimaient, en tout cas, une attitude de travailleurs du social. C'était probablement dû à leur décontraction, tant dans leur manière d'être que dans leur apparence physique. Tous avaient pourtant leur style bien à eux.

Drago ne lâchait pas Potter des yeux. Les bras croisés pour bien signifier qu'il n'avait pas eu son mot à dire quant à sa présence ici, il attendait la suite. Potter ne tarda pas à porter son attention sur son auditoire. Son regard fit le tour, ralentissant brièvement en croisant celui de Drago, dont le cœur marqua un temps d'arrêt, comme surpris par l'échange.

« Bien », fit Potter en frappant dans ses mains avant de les frotter l'une contre l'autre. « Bonjour à tous. Je pense que je n'ai plus besoin de me présenter, en revanche, je vais vous présenter les personnes qui sont avec moi. »

Il désigna de la paume la sorcière dont Drago ne connaissait pas l'identité.

« Voici Leyla. Certains d'entre vous la connaissent déjà, puisqu'elle travaille dans la section administrative du SASD. À ma gauche, mon stagiaire, Émory », ajouta-t-il, montrant cette fois le jeune, qui sourit légèrement à sa mention. « Et enfin, Dean et Luna, deux amis artistes. »

Il s'arrêta, faisant un nouveau tour visuel de l'assemblée. Préparé cette fois, Drago évita la rencontre.

« Je vous précise que Leyla travaille dans la section administrative parce que, depuis un mois maintenant, une nouvelle section a ouvert. C'est la section animations, dont je suis le responsable. »

Un sifflement moqueur suivit la nouvelle, sans que Drago ait eu le temps d'en déterminer l'origine. Probablement un des fils de Mangemorts. Ou, en tout cas, un ancien Serpentard.

« Hum ! » fit Potter en guise de réponse, avant de se racler la gorge. « Ces animations commencent officiellement cette semaine et concernent, en tout cas pour l'instant, uniquement l'aile des jeunes d'Azkaban, et donc… vous. C'est pour cette raison que je voulais vous donner cette petite séance d'informations. Mais aussi parce que vous allez pouvoir être acteurs, en choisissant les activités qui vous intéressent. »

« Ça veut dire qu'on va jouer un rôle ça, comme dans une pièce de théâtre ? » lança Barney.

Les détenus éclatèrent d'un rire gras, à l'exception des fils de Mangemorts et de Bletchey, qui restèrent stoïques.

« Hum ! Non, pas à proprement parler », expliqua-t-il. « Ce sera possible pour l'une des activités, mais je laisserai le soin à mes collègues de vous exposer ça. Non, ce que je voulais dire, c'est que vous allez pouvoir vous inscrire aux ateliers, aux formations, auxquels vous voulez participer. On ne va pas vous les imposer, c'est à vous de voir. »

Du coin de l'œil, Drago vit Barney acquiescer et Potter poursuivit.

« Ce qu'il va se passer aujourd'hui, c'est que chaque intervenant ou intervenante va vous expliquer son atelier. Ensuite, je vais vous toucher quelques mots sur ce qui est encore à prévoir, parce que d'autres ateliers doivent voir le jour. Enfin, je vais vous donner à tous ce sac en toile », dit-il en l'ouvrant, avant d'en sortir les objets qu'il contenait. « Une plume qui fonctionne sans encre et un rouleau de parchemin pour prendre des notes. Un horaire des ateliers. Et un bref descriptif des ateliers actuels et à venir. »

Il remit le sac sur la pile, leur refaisant face. Il se tourna alors vers les sorciers qui composaient son équipe, les dévisageant l'un après l'autre.

« Quelqu'un veut commencer ? »

« Moi, je veux bien », répondit Lovegood d'une voix accorte, qui correspondait aux souvenirs que Drago avait d'elle. « Si c'est O.K. pour toi, Dean. »

Ce dernier acquiesça, avant de se redresser de son appui et de recroiser les bras devant lui, prenant ainsi la parole.

« Bonjour à vous. Nous sommes Luna et Dean. Comme le disait Harry, nous sommes deux artistes, Luna travaillant comme graphiste-illustratrice pour Le Chicaneur et moi-même comme professeur de dessin dans une école d'Arte & tact. Le samedi en début de soirée, on se retrouve dans une troupe d'improvisation, soit juste entre nous, soit pour de petits matches. »

Lovegood lui sourit en hochant la tête, lui indiquant de cette manière qu'elle prenait la suite.

« L'art est donc quelque chose d'important dans nos vies respectives. Il nous permet effectivement de nous épanouir, d'exprimer des émotions qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre ou à verbaliser, en les mettant en jeu, soit à l'aide de nos pinceaux, fusains, ou encore crayons à parchemin, soit à l'aide de nos corps. »

Une huée suivit le sous-entendu et Drago vit très nettement Thomas et Potter échanger un regard entendu… comme s'ils s'y attendaient. Lovegood, elle, continuait à parler comme si de rien n'était.

« C'est la raison pour laquelle j'ai voulu faire partie de l'équipe de bénévoles quand Harry m'a parlé de son projet. Je voulais que, vous aussi, vous ayez accès à cette manière de vous exprimer. C'est un formidable outil, non seulement pendant la durée de votre emprisonnement, pour que votre esprit puisse s'en échapper le temps d'un atelier, mais également pour votre vie future, pour exprimer votre anxiété, votre impatience, votre tristesse. Et Dean m'accompagne parce que c'est plus chouette de partager ça à deux », termina-t-elle.

À la façon dont les pupilles de Thomas et de Potter se posèrent sur elle avant de dévisager l'assemblée, Drago comprit que ce n'était pas la raison de leur binôme. Qu'elle en ait conscience ou non, Thomas était là pour la protéger. Si l'autre sorcière paraissait plus affirmée et ferme, les détenus pourraient sans aucun doute ne faire qu'une bouchée de la naïveté de Lovegood.

Leyla s'avança alors, présentant à son tour son atelier, qui concernait les relations affectives et sexuelles. Son regard, s'arrêtant sur chacun d'entre eux, les dissuada de faire des commentaires déplacés. Son discours fut accueilli par le silence.

« Merci, Leyla », lui signifia Potter en reprenant la parole. « Je vais maintenant laisser Émory présenter le dernier atelier actif, celui que nous animerons en binôme jusqu'à la fin de son stage. Émory. »

Le jeune sorcier, invité de la main à s'exprimer, s'avança de quelques centimètres, attirant ainsi l'attention sur lui. Il se racla la gorge.

« Bonjour, tout le monde. Alors comme l'a très justement dit Harry, nous animerons ensemble cet atelier, qui se déroulera, ici, dans la bibliothèque », indiqua-t-il en regardant autour de lui, les bras ouverts, imité malgré lui par son auditoire. « Cet atelier, c'est l'occasion d'un échange autour de votre place au sein de la prison, mais également au sein de la société, quand vous sortirez d'ici. Derrière un nom un peu repoussant comme ça, Éducation à la citoyenneté et à la philosophie, se cache une véritable occasion de penser, de réfléchir ensemble et de donner votre avis. »

Si l'annonce de l'intitulé avait suscité quelques grimaces et refus clairement formulés, en revanche, l'idée de pouvoir donner son avis provoqua des chuchotements à la fois enthousiastes et dubitatifs. Mais Drago n'était pas né de la dernière guerre, il se doutait bien que penser était bien différent de changer. Le Ministère avait très certainement accepté l'existence de cet atelier pour susciter leur amendement. Restait à savoir ce que Potter avait, lui, en tête.

« Mais à quoi ça sert ? » lança alors Gregory, approuvé par des murmures. « Depuis quand on écoute ce qu'on a à dire ? »

Drago suivit le regard qu'échangèrent son stagiaire et Potter, ce dernier lui donnant l'autorisation de répondre d'un mouvement du menton.

« Eh bien, nous, on va vous écouter. Ce n'est pas pour ça que vos conditions de vie vont changer, si c'est là le sens de la question. Par contre, on peut discuter, vous laisser véritablement un espace pour formuler vos désaccords, et vos craintes aussi », expliqua le jeune sorcier. « À savoir aussi que, si on est tenus au secret professionnel, tout ce qu'on peut entendre peut servir à souligner des problèmes et à en référer au Ministère, pour que ça s'améliore au long terme. Mais le but premier, c'est que vous puissiez réfléchir, discuter. Parce qu'il n'y a rien à faire, l'éducation, quelle qu'elle soit, c'est votre meilleure arme face au système auquel vous serez confrontés à l'extérieur. »

Un silence accueillit sa tirade et le clin d'œil que Potter lui adressa, alors qu'Émory lui demandait implicitement son approbation, n'échappa pas à Drago.

Potter s'avança ensuite, attirant cette fois l'attention sur lui.

« Je vais maintenant vous parler des ateliers qui verront le jour dans les semaines à venir. Premièrement, il y aura des cours de remise à niveau, pour pouvoir passer vos BUSE et vos ASPIC. Je pense que je n'ai pas besoin de souligner à quel point il est important pour votre avenir d'avoir au moins les bases élémentaires en magie, ni la complexité actuelle avec les cours à distance », développa Potter, en faisant voyager son regard sur l'assistance. « Dès que j'aurai trouvé des professeurs, ces cours auront lieu au sein de l'établissement. Deuxièmement, et ça, ce n'est pas encore certain, je pourrai peut-être être en mesure de vous proposer des séances de Quidditch, en tant que spectateurs et en tant que joueurs. »

La frénésie des détenus fut telle que Potter s'arrêta, échangeant un sourire avec ses collègues. Drago lui-même devait bien admettre que l'excitation le gagnait. Il n'était plus monté sur un balai depuis si longtemps… et cela signifiait avoir la possibilité de sortir, d'avoir la sensation de liberté en sentant la brise balayer son visage et ses vêtements. Même si cela demanderait sans doute une sécurisation du périmètre pour éviter les évasions.

Potter finit par les rappeler à l'ordre, afin de terminer son allocution.

« Comme je le disais, ce dernier point n'est pas encore certain. Le fait est que je suis en contact avec une équipe locale qui évalue la possibilité d'une telle mise en place, et qu'il faudra encore faire accepter le dossier au Ministère. Somme toute », poursuivit-il, « vous pourrez tout de même me signifier votre intérêt que je puisse évaluer l'organisation que ça demandera. »

Il chuchota alors quelques mots à son stagiaire, qui sortit un tas de parchemins d'une enveloppe en papier kraft. Potter le réceptionna, attrapant le parchemin sur le dessus et posant le reste sur la table derrière lui.

« Ceci, c'est votre fiche d'inscription, par laquelle vous me signifierez quels ateliers vous intéressent. Vous devez en choisir au moins un parmi ceux qui sont actifs, mais vous pouvez vous inscrire à tous, si vous le souhaitez. »

Des mouvements se firent entendre, les détenus commençant à s'impatienter sur leurs chaises. Drago ne savait pas depuis combien de temps ils se trouvaient là, mais la présentation commençait assurément à se faire longue, et leurs capacités de concentration diminuaient de seconde en seconde.

« Vous allez maintenant faire des files devant chacun de mes collègues afin de vous inscrire, ensuite je vous libérerai », annonça Potter en levant la voix dans la cohue qui se manifesta rapidement, sitôt l'exhortation entamée.

Drago se mouva lui aussi, mais sans conviction. S'il avait bien l'intention de s'inscrire aux ASPIC, n'imaginant pas une seule seconde sortir d'Azkaban sans diplôme – déjà qu'il lui faudrait débuter des études supérieures à l'âge de vingt-trois ans, âge auquel il devrait déjà les avoir terminées -, il n'avait aucune intention de suivre les autres ateliers, et encore moins celui de Potter. Il comptait sur ses charmes pour parvenir à s'en épargner.

Il évalua la situation. Avec Thomas et Lovegood, il avait peu de chances de pouvoir négocier. Il était trop connu pour ça. Avec le stagiaire, c'était peine perdue, Potter était trop attentif à lui et il devrait probablement s'en remettre à lui si une demande ne correspondait pas aux directives qu'il avait reçues. Lui restait donc la sorcière, espérant qu'elle serait sensible à une autre forte tête qu'elle-même.

Les files avançant à tire-d'aile, Drago se retrouva bientôt face à la concernée.

« Votre nom ? » lui demanda-t-elle.

« Drago Malefoy. »

« À quoi est-ce que je vous inscris ? »

Elle leva la tête dans sa direction, attendant une réponse.

« ASPIC et Quidditch », lâcha Drago, nerveux.

« O.K. », fit-elle en notant les informations. « Vous êtes sûr que vous avez déjà vos BUSE ? »

Drago se retint de soupirer de soulagement.

« Oui. Je suppose que Poudlard ou le Ministère pourra vous le certifier », répondit-il d'une voix neutre.

« Spectateur ou joueur pour le Quidditch ? »

« Joueur. Mais si les deux sont possibles, je n'y suis pas opposé. »

Elle cocha deux cases sur sa feuille, et au moment où Drago voulut partir, soulagé, elle l'interrompit.

« Mr Malefoy, attendez. Et votre atelier obligatoire ? »

Drago serra les dents. Évidemment, ça aurait été trop facile.

« Je n'en souhaite pas », déclara-t-il froidement.

« Pourtant, obligatoire, ça dit bien ce que ça dit », lui dit-elle, en le regardant dans les yeux. Cette femme n'avait décidément pas peur. Elle avait certainement l'habitude, aussi. « Soit vous vous détendez avec mes collègues Dean et Luna. Soit vous faites travailler un peu votre cerveau avec Harry, ce dont vous n'êtes pas démuni, j'en suis persuadée. Soit vous venez souffrir avec moi, qui suis très méchante et qui n'aborde pas du tout des sujets qui vous concernent, vous, votre cœur, dont vous n'êtes certainement pas démuni non plus, et votre membre érectile, dont je suis sûre que vous avez utilité. Alors ? »

Drago la regarda, à la fois admiratif et déstabilisé. Il n'en voulait pas de ces ateliers, il n'en démordrait pas, ni lui ni son ego, d'ailleurs, puisqu'elle qui aimait apparemment souligner les attributs. Mais il devait reconnaître qu'elle avait une fermeté qui lui plaisait, d'un point de vue tout à fait évaluatif. Il n'était pas du tout question d'attirance ici. Contrairement à ce qu'il ressentait pour le sorcier qui se positionna derrière elle, lui jetant un regard furtif qui eut le don d'agacer Drago. Il ne lâcherait rien.

« Un problème, Leyla ? »

« Oh non, juste Mr Malefoy qui ne s'est pas encore décidé pour l'atelier obligatoire », expliqua-t-elle d'une voix blasée.

« J'ai décidé », rappela-t-il d'une voix dure. « J'ai décidé que je n'en voulais pas. »

Des chuchotements firent écho à sa rébellion, certains détenus semblant hésiter à le suivre.

« Drago », l'interpella Potter à voix basse, en le surprenant par l'emploi de son prénom.

De quel droit se permettait-il de lui parler de cette façon ?! Drago lui lança un regard noir, qui ne le perturba pas le moins du monde. Plutôt que de le sermonner, il lui indiqua une direction d'un mouvement de tête, que Drago suivit, intrigué.

Dans un coin de la bibliothèque, Franck le dévisageait, visiblement agacé, mais prêt à intervenir. Il tenait également un rouleau de parchemin en main, et sa plume dans l'autre semblait révéler qu'il avait pris note de la situation, ou qu'il en avait l'intention. Merde, pensa Drago, qui se souvint en même temps de l'avertissement du matin : la moindre tentative de rébellion serait consignée dans leur dossier.

Son regard se porta à nouveau sur Potter, auquel il avait décidé qu'il attribuerait la responsabilité de son échec.

« Viens avec moi », l'enjoint-il en se déplaçant à travers la pièce, suivi des yeux par l'ensemble des personnes présentes.

N'ayant pas trop le choix, Drago lui emboîta le pas, jusqu'à se retrouver dans le couloir, où Potter referma la porte pour leur laisser un peu d'intimité.

Il croisa les bras devant lui, formant ainsi un rempart entre Potter et lui. Non seulement pour lui montrer qu'il n'avait pas l'intention de céder, mais également pour, véritablement, ne pas céder. Les pupilles vertes qui lui faisaient face semblaient le sonder. Drago ne fléchit pas.

Potter soupira.

« Je vais être franc avec toi », commença-t-il, baissant les armes. « Si je pense effectivement que c'est dans votre intérêt, à tous, de suivre les ateliers, ça ne me plaît pas trop de vous y obliger. Pire encore, il se trouve que votre présence et votre participation pourraient déterminer l'issue de la deuxième partie de mon plan. »

« Et en quoi ça m'intéresse ? » lança Drago d'une voix glaciale.

Potter darda son regard dans le sien et Drago espéra que ses iris ne vacillaient pas.

« Parce que votre comportement fait que vous pourriez bénéficier ou non d'une réduction de peine », lâcha Potter.

Le cœur de Drago manqua un battement. Réduction de peine. Sortir plus tôt d'entre ces quatre murs qui sentaient la charogne. C'était trop beau pour être concevable.

« Et tu sais quoi ? » continua-t-il, avec toute l'attention de Drago. « Je pense même qu'ils pourraient s'en servir pour l'allonger si vous mettez le désordre. »

Drago rompit le contact en grognant. Quelle bande de… !

« Prends mon atelier, Malefoy. Je ne t'y ferai pas chier à parler. Et en dehors, tu fais profil bas pour avoir une chance de ne pas faire à fond de peine », lui suggéra-t-il.

Drago secoua la tête, avant de rétablir le contact visuel.

« Bien sûr, comme si je n'avais pas suffisamment vu ta tronche du temps de Poudlard », grommela-t-il.

Il crut voir une lueur d'amusement dans les prunelles de Potter. Il n'aimait pas particulièrement ça. C'était lui qui se moquait des autres, pas l'inverse.

« Qu'est-ce que tu as à y gagner ? » voulut savoir Drago, qui préférait toujours qu'on joue cartes sur table avec lui.

Cette fois, Potter lui sourit franchement.

« Vu la réaction qu'a suscité ta tentative de rébellion, je crois que tu es passé du statut de Prince des Serpentard à prince de l'aile des jeunes d'Azkaban », annonça-t-il, presque guilleret. « Obtenir ton allégeance, c'est m'assurer un certain ordre pendant mes animations. »

« Tu me fais chier, Potter », râla-t-il, révélant en même temps la victoire son ancien ennemi.

En réponse, Potter lui tendit la paume, comme lui-même l'avait fait onze ans et demi plus tôt, avant de se voir refuser son offre d'amitié. Drago regarda la main, puis dévisagea Potter avec un sourire machiavélique.

« Alors là, tu rêves », dit-il en rouvrant la porte pour regagner la bibliothèque.

Il allait s'inscrire à son fichu atelier de citoyenneté et de philosophie. Mais il n'allait certainement pas donner l'impression à Potter qu'il avait une emprise sur lui. Même s'il avait la sensation qu'il le connaissait mieux que lui-même, il n'allait pas lui laisser entendre que tout serait facile.

Personne ne marcherait dans sa tête. Et certainement pas Potter.

OoOoO

Supporter la proximité de Potter deux jours de suite dans la même semaine, c'était de trop pour Drago. Il en venait presque à regretter d'avoir accepté le compromis.

Installé dans le cercle de chaises, il avait suivi, sans intervenir, l'établissement de la charte de leur groupe. Toujours inactif, il écoutait malgré tout le contenu de l'exposé de Potter et de son stagiaire, qui se complétaient mutuellement. Après leur avoir parlé des fondements théoriques de la prison, et les idées qui sous-entendaient son fonctionnement totalitaire, ils en étaient arrivés à un sujet qu'ils ne connaissaient tous que trop bien : le temps en prison, interminable, créé par ce même fonctionnement totalitaire.

« Ce temps, vous le subissez. Mais vous pouvez dès aujourd'hui le mettre à profit », leur suggéra-t-il. « Émory, si tu veux lire le premier extrait qu'on a relevé. »

Franchement intrigué, mais trop fier pour le montrer, Drago tendit l'oreille sans pour autant regarder dans leur direction.

« L'homme, tel que le conçoit l'existentialisme, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. […] », lut le stagiaire, marquant une pause. De ce que son ouïe lui révélait, Drago ne pouvait que constater la concentration du groupe. Émory poursuivit. « L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. […] c'est-à-dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l'avenir. L'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement. »

Drago lui-même avait du mal à comprendre le sens des mots entendus. Ils semblaient s'entrechoquer dans sa boîte crânienne et se mélanger.

« L'extrait que vient de vous lire Émory provient d'un ouvrage qui s'appelle L'existentialisme est un humanisme, d'un philosophe moldu nommé Jean-Paul Sartre. Derrière une formulation compliquée se cache en fait quelque chose de très simple. Est-ce que quelqu'un veut se lancer et me dire ce qu'il a compris ? »

Un silence accueillit sa question.

« Et si je vous dis que l'existentialisme est une façon de penser son existence ? » tenta-t-il à nouveau.

« Oui, Akio ? »

Surpris, Drago ne put s'empêcher de relever la tête. Nagoshy avait bel et bien levé le bras et s'apprêtait à présent à prendre la parole.

« Ici, on est comme de la merde, oubliés d'tous. Mais si j'comprends bien ce que vous essayez d'nous dire depuis t'à l'heure, ça veut dire qu'à partir du moment où on réfléchit à qui on est, on a une chance d'exister, pour nous, et de… je sais pas, décider de ce que l'on veut ou pas ? » hésita-t-il.

Potter lui sourit, et Drago fut presque jaloux de cette reconnaissance.

« C'est exactement ça », approuva-t-il. « En fait, à partir du moment où vous réfléchissez à qui vous êtes, à la façon dont vous évoluez, vous pouvez commencer à penser à votre avenir : à quoi vous aspirez ? Quels sont vos rêves ? Non seulement vous pouvez commencer à créer un projet pour votre sortie, mais en plus, vous vous créez une échappatoire ici et maintenant, en rêvant d'une vie hors des barreaux. »

« Mais ça fait flipper ça, en fait », répliqua Nagoshy.

Les lèvres de Potter s'étirèrent davantage, alors qu'il se penchait sur le parchemin que tenait Émory, s'appuyant sur son épaule pour davantage d'équilibre. Malgré lui, Drago serra la mâchoire.

« C'est marrant, parce que c'est l'idée du prochain extrait », révéla-t-il, avant de lire. « L'existentialisme déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci : l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est non seulement celui qu'il choisit d'être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l'humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. »

Nagoshy acquiesça suivi des huit autres détenus présents… Miles compris. Même pour Drago, cela évoqua quelque chose : « Je pense donc je suis ». Il ne savait plus d'où il tenait une telle citation, mais il était décidément perturbé par cet atelier. Il sentait que celui-ci résonnait en lui et changeait des choses. Certes de manière infime, à peine perceptible, mais tout de même.

D'autant plus qu'il devait admettre que Potter avait un don pour animer des groupes. Il ne le laissait indiscutablement pas indifférent. Ce n'était pas nouveau, mais Drago aurait aimé que cela reste à l'état de fantasmes. Là, Potter se trouvait face à lui. Et jouer des apparences froides était plus difficile qu'il ne l'aurait cru. Il était plus faible qu'il ne l'était à l'époque de Poudlard.

Tellement plus faible qu'il lui aurait vendu son âme, son cœur, tout son être pour pouvoir s'échapper d'ici.


Aaaaah cette poignée de main symbolique ! N'est-ce pas un classique des Drarry d'y revenir ? J'aime tout particulièrement le fait que Drago envoie péter Harry, entièrement, je jubilais (non, je ne suis pas très net).

J'espère que ce petit compromis me plaît. Mon petit doigt me dit, en tout cas, que Harry et Drago n'ont pas fini de se confronter mouhahah

On se retrouve la semaine prochaine !