Bonjour mes amours !

J'ai été ravi de lire que vous aviez ressenti la tension du chapitre précédent ! On monte un cran ? C'est parti pour le pov Drago, et déjà la moitié de la fic...

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 15.

« You wanna know if I'm a friend or an enemy (…)

.

My angels and my demons

They don't know their place

Ready or not, they're gonna come out and play (…)

.

I've been to hell and back and now it's just a part of me

Without the darkness there'd be no light in me. »

Half god, half devil, In this moment.

.

« Tu veux savoir si je suis un ami ou un ennemi (…)

.

Mes anges et mes démons

Ils ne savent pas où est leur place

Prêt ou pas, ils vont sortir et jouer (…)

Je suis allé en enfer et je suis revenu, et maintenant ça fait juste partie de moi

Sans la noirceur, il n'y aurait aucune lumière en moi. »

À moitié Dieu, à moitié démon, In this moment.


« Tu dors ? »

Drago soupira par le nez. Ça faisait des heures qu'il regardait le reflet de la lune sur le mur. Depuis que les grilles avaient été fermées pour la nuit, il avait entendu l'œilleton se soulever à cinq reprises, suggérant qu'il devait être plus de trois heures du matin. Barney ne semblait pas non plus pouvoir fermer l'œil, si Drago se fiait au fait qu'il se retournait sans cesse, assez brusquement, faisant grincer le lit métallique.

Donc non, il ne dormait pas. Mais il n'avait pas vraiment envie de parler non plus.

« Non. Pourquoi ? » répondit-il néanmoins.

« Tu crois que ça va se passer comment, demain ? »

« Qu'est-ce que j'en sais, moi ? »

À vrai dire, c'était bien la raison de son insomnie. Ou de ses insomnies, si on considérait que ça faisait une semaine qu'il avait des problèmes de sommeil. Depuis son altercation avec Potter, pour être exact.

« J'sais pas… Pourquoi tu détestes autant Harry Potter ? Il est gentil, pourtant… »

Drago s'esclaffa, tout en tentant d'étouffer son rire pour ne pas réveiller l'aile et avoir des problèmes avec le gardien de nuit, si bien qu'il s'étouffa lui-même. Il toussa dans un réflexe de survie, afin de reprendre une respiration normale.

« Gentil ? Je ne le qualifierais pas de gentil », s'étonna-t-il, un sourcil levé. « Il est juste… C'est juste Potter. »

« Votre relation est bizarre », insista Barney.

Drago soupira derechef.

« Parce que je suis un fils de Mangemort et que Potter est celui qui a mis fin au règne de Tu-Sais-Qui », clarifia-t-il. « Parce que c'est paradoxal que ce soit lui qui donne ces ateliers, alors que je suis, en quelque sorte, ici par sa faute. »

Barney se tut et Drago en éprouva du soulagement… pendant les premières secondes. Ensuite, le silence fut de retour, seulement ponctué par le son des respirations. Il avait déjà eu tout l'espace pour penser, et on ne pouvait pas dire que ces dernières heures avaient donné quelque chose de concluant. Il ne comprenait toujours pas sa réaction lors du dernier atelier de philosophie et de citoyenneté, et ce n'était pas quelques heures de silence supplémentaires qui l'y aideraient.

« Pourtant… ça se voit qu'il veut t'aider. »

Drago ne répondit pas. Ça non plus, il ne le comprenait pas. Enfin, c'était Potter, le Sauveur du monde sorcier. Il aurait sans doute sauvé le Seigneur des Ténèbres de son propre joug s'il avait pu le faire. Comment pouvait-il faire abstraction du mal qu'on lui faisait ? Le Seigneur des Ténèbres lui avait pris ses parents, ses amis, l'avait conduit à une destinée dans laquelle Dumbledore lui-même s'était bien amusé à le manipuler. Mais il trouvait toujours du bon chez les autres.

Quelque part, cette aptitude fascinait Drago. Non pas qu'il aurait voulu lui ressembler, ça aurait couru à sa perte. Potter et lui n'avaient pas grandi dans le même monde, ou plutôt dans la même face du monde. Question de survie. Mais c'était quand même intéressant et intrigant comme attitude. Là où Potter aurait pu se faire oublier, il restait désespérément sur le devant de la scène.

Désespérément, c'était du point de vue de Drago. Et pas dans le sens premier du terme. Il désespérait réellement de devoir le côtoyer deux heures par semaine. Il était plus facile de se convaincre de l'absurdité d'un fantasme quand on ne l'avait pas face à soi. Là, il était réel. Visible. Vivant. Tentant. Si pas tentateur.

À ses dépens, évidemment. Mais cette façon qu'il avait de toucher et de regarder son stagiaire… Drago doutait qu'il y ait quoi que ce soit entre eux. Potter était probablement un hétérosexuel pure souche. Peut-être même s'était-il marié à la Weaslette ? Quoi que, l'un comme l'autre avait sans doute trop besoin d'espace et de liberté pour s'embêter d'un mariage. Il n'empêche, à chaque fois que Drago le voyait accorder de l'attention… presque affectueuse… à Émory, il en crevait de jalousie.

C'était peut-être bien cela qui l'avait fait sortir de ses gonds la dernière fois, à bien y réfléchir. Enfin, c'était plus vraisemblablement une histoire de contexte. Entre les gaietés de Potter, aveugle de ce qui se jouait sous son nez, et les mièvreries de Bletchey, qui provoquaient ouvertement Drago, le vase avait débordé.

Et il se haïssait pour ça. D'avoir été faible l'espace de quelques secondes, et de se lever d'un bond. La proximité avec Potter n'avait pas arrangé sa position…

« Drago ? »

Il soupira. Il en avait presque oublié la présence de Barney… D'ailleurs, il ne dormait pas encore celui-là ?! Qu'est-ce qui pouvait le tracasser à ce point, franchement ?

« Quoi, encore ? » râla-t-il en guise de réponse.

« Votre relation est définitivement trop bizarre. C'est pas pareil avec les autres fils de Mangemort », insista-t-il, murmurant la fin de son affirmation, comme si c'était un secret inavouable.

Un secret auquel Barney semblait avoir réfléchi.

« Pour toi, c'est juste un travailleur social. Pour moi, c'était un camarade de classe à Poudlard », avoua Drago, à contrecœur.

« Vous étiez amis, alors ? »

« Non. »

Entre eux, ça avait toujours eu les apparences de deux ennemis. D'une amitié refusée était née une animosité répétée. L'indifférence, ou même la simple antipathie, ne suscitait pas tant de remous. Mais entre eux, ça avait toujours été bien plus. Et Drago le savait, entre l'amour et la haine, il n'y avait qu'un pas.

Il y avait juste des frontières qu'il ne dépasserait jamais.

OoOoO

Après avoir nettoyé son appartement une pièce, comme l'avant-veille, dans ce rituel qui n'avait que de variations celles des ateliers, Drago prit place devant sa cellule. Il ne fallut pas plus de cinq secondes pour que son arrivée soit ponctuée d'un ricanement. Bletchey, évidemment.

Drago releva la tête dans sa direction, l'Avada kadavérisant du regard, bien loin d'être intimidé.

« Ton regard est aussi noir que tes cernes, Malefoy. Des problèmes de sommeil ? » ironisa-t-il.

« Je dors comme un Fléreur », mentit Drago. « Le seul mec pas recommandable que j'ai flairé, c'est toi, et tu es plus une mauvaise herbe qu'un nuisible. »

La mâchoire de Bletchey se crispa, atteignant son visage. Il ne riait plus du tout.

« Tu ne perds rien pour attendre, Malefoy », le menaça-t-il, la tension ayant atteint ses orbites.

« J'ai tout mon temps », répliqua Drago, écartant les bras en montrant l'espace autour de lui, signifiant ainsi que la prison le retenait de toute façon prisonnier.

Les deux sorciers se défièrent du regard, leur fierté les empêchant de rompre le contact. Finalement, ils furent interrompus par la voix d'Erika.

« Bon, les gars, heure de préau pour les uns, cuisine pour les commis. Qu'est-ce que vous faites ? » leur lança-t-elle, soudainement soupçonneuse, et les pupilles inquisitrices.

Drago ajusta sa posture, affichant un air de celui qui n'avait rien à se reprocher. Bletchey en fit de même, un léger sourire irritant aux coins des lèvres. Erika passa de l'un à l'autre, sa gomme à mâcher claquant sur ses dents pendant de longues secondes avant qu'elle ne reprenne la parole.

« Sérieux, faites gaffe, vous deux », annonça-t-elle. « On vous a déjà r'pérés comme fouteurs de merde. Y'a des r'marques dans vot' dossier. C'pas bon pour vous tout ça. »

Elle repassa de nouveau de l'un à l'autre, les dévisageant comme pour rechercher un signe d'assentiment, puis soupira.

« Bon. Faites gaffe, O.K. ? C'est pour vous que j'dis ça, moi. Allez, au préau. Et à distance pour vous deux, j'ai pas envie de bagarre aujourd'hui. »

En silence, ils prirent la direction de la cour, bien que sans motivation à affronter le froid du vent. Comme si l'humidité intérieure ne leur suffisait pas.

Drago retrouva rapidement sa bande, sans qu'un seul mot fût échangé. Leur union ne souffrait pas du silence. En revanche, le groupe de Bletchey, lui, semblait beaucoup s'amuser. Et Drago n'aimait pas ça.

Depuis qu'il l'avait défié, suite au viol de Barney, Drago savait qu'il n'était question que de temps avant qu'il agisse, se venge et tente de récupérer sa place de spadassin, craint de tous. Lors du dernier atelier de Potter, Bletchey n'avait cessé de le dévisager, provocateur. Son sourire carnassier n'avait pas quitté son visage alors que son seul sujet d'attention était Drago lui-même.

Drago n'avait pas peur, ça, non. Mais il était tendu, aux aguets. Il avait la sensation qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps avant de devoir contre-attaquer. La question restait de savoir à quoi il devrait faire face.

Cette pensée le fit réaliser autre chose : il avait, depuis plusieurs minutes à présent, la sensation d'être observé. Il se retourna alors, découvrant Bletchey à l'autre bout de la cour, qui le dévisageait avec le même sourire carnassier. Il soupira. En cet instant, il aurait donné cher pour avoir une cigarette sur laquelle tirer, mais aucun des fils de Mangemorts n'avait le privilège d'en posséder.

« Ça pue », fit Gregory, perspicace. « Miles ne te lâche pas du regard. »

« Merci pour ta clairvoyance, Gregory », répondit Drago, hargneux, face à son ancien camarade à la mine déconfite. « Ça m'arrangerait beaucoup plus si tu savais ce qui allait me tomber dessus. »

« Moi, je sais. »

Drago se retourna, faisant face à Edmund Nielsen. Nielsen, c'était juste le sorcier insignifiant, qui était là, mais qu'on ne remarquait pas. Et soudainement, il prenait de l'intérêt.

Toute l'attention du groupe sur lui, il enchaîna.

« Ce n'est pas la première fois que je suis incarcéré en même temps que lui. On revient souvent, en fait. On est juste deux mecs qui bricolent des balais dans un hangar. On a un truc en commun : on vole souvent des pièces, et on se fait choper. »

Drago fronça les sourcils. Il savait que Bletchey était bête, mais à ce point… Et surtout, il ne voyait pas trop le rapport avec la situation actuelle.

« Viens-en aux faits, tu veux ? » l'enjoint-il, impatient.

Nielson souriait, comme celui qui détenait une information et qui jouissait du plaisir de la divulgation.

« Il bricole des pièces détachées, mec. Qu'est-ce qu'tu crois qu'ça lui apporte ? Il désassemble, assemble des balais. Et pas seulement », poursuivit-il, les fils de Mangemorts pendus à ses lèvres. « En 2001, il a fait rentrer une bombe en pièces détachées. Malheureusement pour lui, il n'a pas eu le temps de la terminer, les gardiens sont tombés dessus avant. »

Drago souffla, furax.

« Et ils n'ont rien fait, j'imagine ? »

Nielsen secoua la tête, levant les mains en signe d'impuissance, mais conservant un air de conspirateur. Son attitude paraissait tellement fausse. Le sorcier s'amusait de la situation.

« Évidemment que non. On lui a juste confisqué les pièces. Et il a réussi à faire accuser son codétenu du moment, en plus, donc il est ressorti clean de l'affaire. »

Drago échangea un regard avec Selwyn, le plus vif d'entre eux. Il s'étonna à peine de l'attention, le regard brillant d'excitation et d'inquiétude mêlée. Il devait être, tout comme Drago, pris entre l'envie de voir s'il était vraiment possible de créer une explosion et la crainte que le groupe en subisse les frais. Parce qu'il était certain qu'ils étaient une cible toute désignée. Et Drago, tout particulièrement.

Il reporta son attention sur Nielsen.

« Donc tu crois que ce qui risque de me tomber dessus, c'est une bombe ? »

Un sourire emprunt de puissance étira les lèvres de son vis-à-vis.

« C'est peut-être son seul moyen de te sauter, Malefoy », déclara-t-il.

Des rires gras s'élevèrent. Drago resta de marbre, malgré l'acide qui lui brûlait la gorge. Bletchey et ses pratiques ne lui inspiraient que du dégoût.

« Et toi, qu'est-ce que tu as à gagner dans cette histoire ? » se méfia Drago.

« Oh, juste du divertissement. Il faut bien s'amuser, et il ne nous reste plus que ça pour passer le temps. Et j'ai surtout un plan qui m'assurerait autant la sécurité que le spectacle », révéla-t-il.

Drago se tendit. Prenant tout son temps, Nielsen sortit un paquet de cigarettes de la poche de son pantalon. Il dut remarquer sa convoitise, puisqu'il le lui présenta, l'incitant à en prendre une.

Drago ne se fit pas prier, le laissant même approcher avec son allumette craquée. Enfin, après deux aspirations qui lui irritèrent la gorge sans qu'il le montre, Nielsen lui exposa son plan.

Comme toujours, il n'était question que de jeux de pouvoir à Azkaban. Quelle était la part de rationnel, Drago ne le savait plus. Mais son quotidien, c'était ça.

OoOoOo

« Nous avions terminé la séance précédente sur la phrase finale de Sartre, L'enfer, c'est les Autres », commença Potter, alors que la jambe de Drago tressautait nerveusement, tandis qu'il regardait obstinément ailleurs que dans sa direction. « Cette phrase avait suscité une vive réaction, et avait évoqué votre cohabitation forcée. »

Drago sentait le regard de Potter sur lui. Naturellement, il était visé, puisqu'il était celui qui s'était emporté. Si ce dernier savait qu'actuellement, il se trouvait à des heures de vol de son atelier… et si concentré, à la fois.

« C'est pour cette raison que j'ai un peu bousculé mon programme pour y faire écho et aller dans la continuité. Émory, si tu veux enchaîner. »

« On va rester avec Sartre, et réfléchir autour de la notion d'être », commença le stagiaire, qui avait tout de même une voix beaucoup moins attrayante que celle de Potter. « Lui distingue deux types d'être : l'être en soi et l'être pour soi. Comme ça, qu'est-ce que ça vous évoque ? »

Un bruit de parchemin en mouvement signala à Drago qu'il avait baissé ses notes pour s'intéresser à son auditoire. Le Serpentard attendait l'occasion parfaite pour réagir, en accord avec le plan convenu par Nielsen. Enfin, si on pouvait appeler ça un plan. C'était plus une idée générale, qui se basait sur une occasion à saisir pour provoquer une réaction précise. Drago espérait tellement que Nielsen ne se trompait pas… ou que ce n'était pas un traquenard.

« L'être en soi, c'est qui on est à l'intérieur, non ? » se risqua Barney.

« C'est ça », confirma Émory. « Et plus précisément, qu'est-ce qui fait que tu es toi ? »

« Heu… M'sieur, c'est dur de parler de moi, là… Je… On n'a plus l'habitude, t'sais. Pis surtout, c'trop dangereux. Si on dit un truc, ça peut se r'tourner contre nous », fit-il d'une petite voix.

Drago ricana intérieurement. Sans même s'en apercevoir, Barney venait exactement d'exprimer ce que Potter et son jeune en apprentissage espéraient entendre.

« Ce n'est pas ce qu'on te demande. Tu peux rester à un niveau superficiel, parler en général », lui expliqua Potter.

Drago secoua la tête. Ce n'était pas avec ses trois neurones que Barney allait comprendre ce que voulait dire Potter. Il prit alors la parole, partagé entre l'idée de faire avancer son plan et l'impatience.

« L'être est fait d'une conscience, la nôtre, celle qui nous est propre et qui nous permet de nous penser », commença-t-il, vrillant ses pupilles dans celles de Potter. « Le problème est que l'être, enfermé en lui-même, finit par s'écraser. En fait, il ne saurait pas exister sans autre chose, il n'est que la porte vers le néant. »

Potter cligna des paupières plusieurs fois, abasourdi, avant que son visage s'illumine. Dans sa poitrine, Drago percevait son cœur battre à la chamade, sous l'effet de l'adrénaline. Il pensait à son plan, il pensait à Potter avec son regard émeraude, il pensait à sa survie. Mais il repensait également à ses quatre années d'enfer avec les Détraqueurs.

C'était ça, le véritable enfer, pas cette immonde proximité comme le proférait l'autre moldu de Sartre. Écrasé en lui-même, avec pour seule compagnie sa conscience, écrasée par le poids de sa non-existence, Drago avait disparu dans le néant qui avait été partout, en dehors et en dedans.

Tout se mélangeait de sa tête, il ne savait plus ce qui était le mieux pour lui, il n'avait que son objectif pour lui donner une conduite. Il se revoyait revenir dans sa cellule froide et sans vie, se raccrochant aux mots de Potter pour revenir dans le présent.

« C'est exactement ça », admit Potter, visiblement épaté, happant au passage Drago du sombre vers la lumière. « Dans la pensée de Sartre, l'être ne peut exister sans son contraire, qui est le néant. Faire des retours en soi-même, délimite, et surtout éloigne de soi-même. En d'autres mots, à force d'auto-analyses, on se dépersonnalise, on ne sait plus qui on est. Mais alors que ça paraît contradictoire, quand on commence à prendre en compte le néant, on offre une nouvelle dimension à l'être. »

Le silence se fit sur ces paroles, probablement trop complexes pour la majorité. Drago risqua un coup d'œil en direction de son ennemi, Bletchey en l'occurrence. Celui-ci semblait perplexe, passant de Potter à Drago, comme s'il cherchait la logique de leur échange. Drago n'était même pas persuadé que Potter sache à quel point il touchait sa réalité, mais il ne manqua pas l'occasion de provoquer son ennemi.

Joueur, et lancé dans sa démarche, Drago décida de répondre à Potter.

« De base, déjà, c'est surtout contradictoire de se penser en dehors du monde extérieur », continua Drago, se tournant vers lui. « Depuis quand l'être se fait sans relation avec ce qui se passe autour de lui ? »

Sa jambe tremblotait de plus en plus, mue par l'excitation. En face de lui, Potter lui offrit le plus éblouissant des sourires, comme si sa participation était le plus beau des cadeaux. Si Potter savait qu'il s'en branlait de son atelier… Et Bletchey qui semblait de plus en plus perdu, lui donnant satisfaction.

« Tu as tout à fait raison », lui répondit Potter, non sans faire plaisir à l'ego de Drago. « L'être et le monde sont liés, ça me paraît inconcevable de penser l'un sans penser l'autre. Justement, étudions le rapport du sorcier au monde. Émory ? »

Ce dernier acquiesça et Drago détourna le regard du duo pendant qu'il prenait la parole. Bletchey semblait avoir vissé sa tête dans sa direction, le foudroyant des yeux. Drago le dévisagea sans vergogne.

« Partons d'un fait simple : si j'étudie le rapport de l'homme au monde, cela signifie qu'en ce moment même, je me pose une question. J'espère trouver une réponse et je sais que je peux recevoir une réponse négative. Cette négation, c'est la représentation du néant », développa Émory. « C'est la possibilité permanente du non-être, de l'absence de soi, et ça conditionne la façon dont on se questionne. Le néant nous offre donc une nouvelle façon de se penser : dans la négation, dans l'absence, dans ce que l'on n'est pas. »

Brillant, le petit stagiaire venait de lui prouver en quelques phrases qu'il n'avait été qu'absence à lui-même pendant quatre ans. Drago sentait ses membres trembler, et plus seulement sa jambe, comme si son être voulait justement lui rappeler qu'il était bien vivant. Plus de Détraqueurs. Il était là, avec ce fichu Potter dont la voix le ramenait chaque fois à la vie. Sa mission, par Salazar ! Bletchey. La bombe en construction. Survie. Concentration, Drago !

« On peut mettre en relation cet être et ce non-être et questionner cette relation », reprit Potter, qui agitait Drago de l'ombre à la lumière sans même s'en apercevoir. « Quel genre de questionnements pourrait-on avoir ? »

Drago sentit une nouvelle opportunité d'intervenir pour provoquer Bletchey. Ces allées et venues entre l'être et le néant l'inspiraient, même s'il ne comprenait pas où cela le mènerait. Il se fiait à son instinct. Mais Bletchey avait-il réellement sur lui cette bombe et oserait-il la lancer à proximité de Potter ?

« C'est de l'ordre de la comparaison », s'exprima Drago, tout en narguant Bletchey. « On a toute une série de représentations sur l'être, on s'attend à remplir les critères. Or, on ne les remplit pas tous et jamais entièrement. Si je me fais l'idée d'un sorcier comme un être instruit, ayant accumulé suffisamment de connaissance en magie, je vais comparer chaque être rencontré à partir de ce niveau de connaissance attendu. Mais je m'attends également à ce que ça ne soit pas toujours le cas. Y compris quand ils s'y croient. »

L'attaque envers Bletchey était à peine voilée. De ce fait, ses pupilles lui lancèrent des éclairs. Drago en était persuadé, il le pressentait, comme un courant dans ses veines : si Bletchey le pouvait, il l'aurait déjà explosé d'un Bombarda. Il fallait toujours jouer avec l'ego des Serpentard. Toujours.

Bien que l'idée d'exploser ne l'enchantait guère, il se rapprochait de minute en minute de son but. Et il espérait de tout son être, bien en relation avec son environnement, ce qui ferait certainement plaisir à Potter, que Bletchey avait bien la bombe en cours de construction sur lui. En la déclenchant impulsivement, il se dévoilerait face à Potter. Et surtout, il le ferait avant d'en avoir terminé la construction et permis sa pleine puissance explosive. Dans cette affaire, Drago n'était pas certain d'en réchapper vivant. Ou entier. Mais autant le faire devant des témoins, non ? Il ne chuterait certainement pas sans emporter Bletchey avec lui. Certainement pas.

« Tu mets les mots sur l'idée », confirma une nouvelle fois Potter. « Tout cela se fait à travers la perception et le jugement. Et on y pense sans cesse, au point que l'on peut dire que le néant hante l'être. Si l'on va plus loin, on peut même dire que le néant naît de l'être lorsque celui-ci rencontre ses propres limites. »

« En d'autres mots, sans néant, on disparaîtrait totalement. Ironiquement, si la comparaison est source vitale, on peut donc dire que la haine de l'autre est ce qui nous rend vivants. Sans jugement, on s'autodétruirait », conclut Drago, qui fixait Bletchey, avant de s'emballer. « On est plus vivant en méprisant notre prochain et en le percevant comme un immonde bâtard. Ou pire : comme un Sang de bourbe. »

Soudainement, à l'image de Drago une semaine auparavant, Bletchey se redressa, envoyant le dossier de sa chaise rejoindre le sol.

« C'est moi qui vais te détruire, espèce de bouffon ! »

Tout se succéda trop rapidement pour que les cerveaux puissent analyser la situation. Dans la seconde qui suivit, Drago ressentit une vive douleur sur le côté gauche de son visage, puis il réalisa qu'il s'était recroquevillé sur le plancher, sans le souvenir d'avoir chuté. Autour de lui, des bourdonnements, des sons qu'il était incapable d'analyser.

Il remua dans l'idée d'observer ce qui se passait autour de lui, mais la douleur qu'il ressentit dans ses chairs l'en dissuada. Il ferma les yeux, avant de les rouvrir brusquement, alors même qu'il réalisait. Diantre, il était en vie ! Bletchey lui avait jeté sa foutue bombe devant la face de Potter ! Une fois de plus, la prison venait de lui prouver qu'elle créait des fauves en puissance. Ce n'était vraiment difficile d'y provoquer quelqu'un… Oubliant la sensation de déchirure sur son visage, il prit appui sur un coude et jeta un œil à la pièce.

Potter maintenait Bletchey contre une étagère, un bras en travers de la gorge. Le cercle de chaises semblait avoir été saccagé. Pas par une bombe, mais ça donnait une assez bonne idée de la scène. Les détenus étaient éparpillés dans la bibliothèque, se lançant des regards hésitants. Et plus aucune trace du stagiaire.

Drago assista à la saisie de Bletchey par Franck, tandis qu'Erika évacuait les détenus par la sortie. Personne ne lui accordait de l'attention, alors qu'il lui semblait que, peu à peu, il recouvrait l'usage de son ouïe.

Ah, Potter arrivait dans sa direction. Il entendait ses talons claquer sur le sol, comme un pas lointain. Drago se redressa davantage, ignorant la douleur, si bien qu'il se retrouva sur un genou, prêt à se relever quand Potter fut à son niveau. Il vit ses lèvres bouger, mais il n'en comprit pas un traître de mot.

« Je ne t'entends pas », prononça-t-il, ne s'entendant pas lui-même, mais le vibrato dans sa gorge lui signifiant qu'il avait bien parlé.

D'un hochement de tête, Potter se pencha, suivi du regard par Drago. D'une main sur sa mâchoire, il lui fit tourner la tête, provoquant une grimace. La sensation n'était décidément pas des plus agréables.

Potter se retourna, semblant parler à quelqu'un derrière lui. Émory était de retour. Ils échangèrent quelques mots, la main de Potter, toujours sur lui. Ça commençait à le brûler, mais pas à cause de la bombe.

Les yeux de Potter se posèrent à nouveau sur lui et leurs regards se croisèrent. Au-delà de mots inaudibles, Drago voyait un mélange d'inquiétude et de soulagement. Et il ne brisa pas le contact.

Il ne savait plus où il se trouvait, il ne voyait que ses iris émeraude, auxquels il s'accrochait. Il ne voulait plus lutter. Il voulait se laisser glisser, faire son trou dans l'océan, laisser le néant engloutir la souffrance à jamais, pour peut-être renaître dans une âme plus pure et bienfaisante, dans une synergie positive que rien n'entache.

Par Salazar, son cœur crevait d'amour à la moindre étincelle dans ses yeux. Il était fichu.


Peut-on dire que ce chapitre était explosif ? ahah

Petit secret de production : pour décrire la fin de la scène, j'ai pensé au moment dans le film Hunger games, quand Katniss fait sauter les réserves alimentaires de ses ennemi-e-s.

Et tout ça pour faire naître l'impatience chez vous : le chapitre 16, c'est un face à face entre Harry et Drago, seuls. Rien que ça... :p

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.