Bonjour mes amours !
Le temps passe et nous voilà au chapitre 17. Des choses commencent à bouger, et je vous annonce du concret ici. Je vous remercie pour votre enthousiasme, ça me fait chaud au cœur à chaque retour.
Mon temps est plutôt limité, j'ai pas mal de choses à organiser pour le moment, mais promis, je vous tiens au courant très vite - et Failles continue à s'écrire, parallèlement. 15 chapitres sont déjà terminés, ce qui représente pas moins du quart de la fic, et la moitié de l'histoire (en comptant Vae soli) !
Place au chapitre.
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 17.
« Do you ever wonder
Where I've been
For so long?
.
Maybe if I run amok
They'll get it in their head
That I'm not theirs
And then they'll give me up. »
Breadcrumps, Jacob Lee.
.
« T'es-tu jamais demandé
Ce que j'avais traversé
Pendant si longtemps ?
.
Peut-être que si je deviens incontrôlable
Ils finiront par comprendre
Que je ne leur appartiens pas
Et alors ils me laisseront tranquille. »
Des miettes de pain, Jacob Lee.
Drago soupira en se retournant pour la millième fois au moins. Une fois encore, il ne parvenait pas à trouver le sommeil.
Ce jour-là, Potter aurait dû venir donner son atelier, mais il n'était jamais venu. Et évidemment, personne ne leur avait rien expliqué. On ne leur avait même pas dit où ils amenaient Bletchey et, bien que Drago ne s'en porte pas plus mal, il trouvait tout de même effrayant le fait que l'on puisse venir les chercher, comme ça, en leur disant juste « Rassemble tes affaires, tu t'en vas ».
Évidemment, ça lui était déjà arrivé, le jour où il avait quitté l'aile des Mangemorts pour rejoindre l'aile des jeunes. Mais à cette époque-là – il avait vraiment l'impression que cela faisait une éternité -, il reprenait à peine conscience qu'il avait une existence. L'aile des jeunes, sa cellule, les autres détenus, c'était là ses seuls repères. Que ferait-il s'il devait quitter tout ça ? Il devrait recommencer ailleurs. Il ne verrait peut-être même plus Potter.
Enfin, faudrait-il que Potter veuille encore le voir. Peut-être était-ce là la raison de son absence : s'il ne voulait plus le côtoyer, il lui suffisait d'arrêter de donner son atelier. De chercher un remplaçant. Après tout, la dernière fois, il n'osait même plus le regarder dans les yeux et quand c'était arrivé… c'était comme s'il était effrayé parce qu'il voyait. Sans doute était-il grillé. C'était foutu, Potter savait…
Mais non, ce n'était pas possible. Certes, Drago avait été plus vulnérable ce jour-là, il avait laissé entrevoir ses faiblesses, ce qu'il n'aurait jamais dû faire, mais c'était peut-être ce qui avait permis à Potter de comprendre qu'il n'y avait rien à faire, qu'ils étaient perdus, qu'il ne pourrait sauver personne. Et il l'avait écouté.
Drago s'esclaffa, se moquant de lui-même. Potter, se rendant compte qu'il fonçait droit dans le mur et abandonnant sa mission de sauvetage ? C'était improbable. Et tellement risible que Drago ait pu y croire pendant l'espace de quelques secondes.
Non, mais quel idiot quand même ! Quand il y repensait, il avait osé commenter, à voix haute, la température de ses mains. Il s'était senti dans une bulle pendant ce moment où Potter avait retiré, pièce par pièce, ce qui s'était fiché dans son visage. Visage qui, au passage, avait retrouvé une véritable peau, même s'il faudrait encore quelques semaines pour effacer toute trace du traumatisme.
Au-delà de la douleur, bien réelle, Drago ne s'était plus senti aussi bien depuis longtemps. Il n'était même pas capable de dire s'il s'était déjà senti aussi bien, pour être honnête. S'il avait pu, il aurait fermé les yeux, pour profiter de la douce chaleur des mains de Potter sur son visage, rêvassant sur le chemin qu'elles pourraient ensuite parcourir.
Quoi que, mauvais plan, à en juger par l'érection qui commençait à naître à cette idée. Même si ce n'était pas pire que celle qui l'avait surpris pendant qu'il accrochait son regard au visage de Potter, tel un poisson à un hameçon. Le regarder ou l'imaginer, au final… il restait dans la merde.
Et son membre qui devenait de plus en plus douloureux au fur et à mesure de ses pensées. Grognant, Drago tendit l'oreille. La respiration lente et régulière de Barney lui confirma qu'il dormait à poings fermés. La voie était libre.
Glissant sa main dans son pantalon, il se caressa lentement, se remémorant tour à tour la gêne de Potter, à la fois désespérante et émouvante, et sa façon de fondre à l'intérieur d'un simple regard…
Oh Merlin, oui ! Si Potter pouvait se fondre en lui, là, maintenant ! À chacun de ses coups de reins, il perdrait un peu plus la tête, il perdrait de sa retenue à en couiner de plaisir. Et en cet instant, il avait également beaucoup de mal à retenir ses cris, à mesure que la rapidité de sa caresse s'intensifiait.
Il se libéra dans un râle, aussi rapidement qu'il avait commencé, essuyant promptement sa main sur sa couverture, avant de se tourner sur le côté, face au mur, les yeux clos.
Son gouffre, qu'il avait si chèrement dissimulé derrière son masque de haine, Potter l'avait découvert. Potter était à présent en mesure de l'atteindre, d'y découvrir ses failles les plus profondes.
Bien malgré lui, Drago commençait à prendre conscience d'une chose : il jouait sa dernière chance sur l'amour. Il voulait y croire jusqu'au bout, parce que c'était son seul espoir de survie dans ce monde en rupture avec le passé et sans repères pour le futur.
Ainsi, il l'aimait à perpétuité. Il l'aimait dans la confusion des peines. Son sourire lui donnait la force de l'âme. Restait à savoir si ça ne détruirait pas le peu de vie qu'il avait pu conserver.
OoOoO
Pendant que Barney se trouvait à son cours d'Histoire de la magie, dans l'optique de passer ses BUSE, Drago révisait ses propres matières.
Il avait entamé le programme pour passer ses ASPIC deux jours auparavant, et même s'il avait été aménagé de manière à aller à l'essentiel, il devait admettre que ce n'était pas si évident que cela. Aujourd'hui, il prenait toute l'ampleur de son désintérêt pour l'école lors de sa sixième année. Certes, il se demandait qui d'autre aurait été en mesure de se concentrer sur les cours dans sa situation, mais ça ne lui facilitait pas la tâche à l'heure actuelle. Ce n'était pourtant que le début, puisqu'il n'avait pu suivre que le cours de Métamorphose. Ceux de Défense contre les forces du mal, Astronomie et Créatures magiques avaient lieu les jeudis et vendredis.
Ceci dit, même s'il était las de son constat, il admettait volontiers que l'étude occupait une bonne partie de ses journées, et ce n'était pas négligeable. Ce huis clos studieux donnait une autre dimension à son enfermement. Sans le rendre agréable pour autant, il le percevait à présent autrement.
En effet, se retrouver entre quatre murs, installé à un bureau, lui rappelait l'époque où il rédigeait ses devoirs. Par moments, son esprit vagabondait à ses quinze ans. Bien que le Seigneur soit déjà revenu au pouvoir, c'était probablement l'époque la plus joyeuse de son existence. Les Mangemorts commençaient à se rassembler et à s'organiser, leurs enfants passaient beaucoup de temps ensemble durant les vacances. D'un naturel solitaire, hormis pour se pavaner dans les couloirs de Poudlard, Drago ne s'était jamais mêlé à eux. En revanche, il s'était rapproché de Théodore Nott.
Théo. Il était le seul fils de Mangemorts qu'il considérait véritablement comme un ami. De toute façon, il n'en avait pas beaucoup, puisqu'il suffisait d'ajouter Blaise et Pansy pour que le compte soit bon, mais Théo restait une exception. Par principe, il avait préféré se tenir éloigné, parce qu'au-delà de son caractère solitaire, il n'adhérait tout simplement pas à toute cette violence. Ou peut-être n'adhérait-il pas à tout ce qui touchait aux convictions de son père, c'était probable aussi. Dans tous les cas, il s'était rapproché de Théo.
Ils avaient commencé par rédiger leurs devoirs ensemble, puis s'étaient entraînés dans la bibliothèque du Manoir, riant du fait qu'ils utilisaient des sortilèges de magie aux dépens du Ministère – Merlin, que son usage lui manquait ! -, qui ne pouvait pas vérifier qui en étaient les auteurs. Puis, de toute façon, avec toute la magie noire qui irradiait déjà de l'habitation… Bref, Drago et Théo s'étaient côtoyés de plus en plus, si bien qu'ils avaient fini par s'avouer, à demi-mot, que s'ils se rangeaient un jour du côté des Mangemorts, ce ne serait qu'une question de survie, pas de valeurs. Depuis ce jour-là, ils s'étaient liés d'une manière qui dépassait les mots. C'était une question de respect, de confiance et de soutien.
Drago soupira en réalisant que son ami lui manquait. Ses révisions le ramenaient peut-être en pensées dans un passé plus insouciant malgré la guerre sur le point d'éclater, il n'en restait pas moins enfermé dans une cellule, sans avenir à l'horizon. Il préparait ses ASPIC parce que c'était ce qu'il y avait de plus sensé à faire, mais qu'aurait-il à la sortie ? Un nom décrié, un curriculum vitae vierge de toute formation et expérience et, surtout, un vide temporel qui crierait à l'incarcération.
Il voyait très bien les employeurs secouer la tête pour l'interrompre et lui dire, tout en affichant un air désolé, « Monsieur Malefoy, vous dites ? Vous comprenez bien, nous avons d'autres jeunes autrement plus qualifiés et plus… prometteurs que vous. Nous vous souhaitons malgré tout beaucoup de courage dans votre recherche d'emploi », avant que les portes se referment sous son nez.
Non, son avenir n'avait rien de prometteur et d'engageant, ça, c'était une certitude.
OoOoO
Assis dans un cercle, à la bibliothèque comme il en avait l'habitude depuis quelques semaines, Drago attendait le début de son cours de Défense contre les forces du mal.
Il s'en doutait. Non seulement Potter n'aurait jamais abandonné sa mission mais, en plus, Barney l'avait prévenu que le cours d'Histoire de la magie était donné par Potter et un autre sorcier, et Drago n'aurait pas imaginé une autre personne que lui pour le cours de DCFM. Pourtant, le savoir si proche après ce qu'il s'était passé le rendait nerveux.
Finalement, Potter se retourna et dévisagea l'assemblée, négligemment appuyé contre une table, comme à son habitude. Contrairement à lui, son nouveau coéquipier se tenait bien droit, donnant l'impression à Drago qu'il s'était pris un Comète 260 dans l'arrière-train – les manches des Comète étant plus courts que ceux des Nimbus ou des Éclairs de feu. Il semblait plus âgé, également, ce qui dénotait avec la moyenne d'âge des personnes en présence.
« Bonjour à tous », fit Potter, qui était évidemment le premier à s'exprimer. « Je trouve ça super de vous retrouver ici, même si je sais déjà de Lynn et Clark que tout s'est bien passé pour les deux premiers cours. Aujourd'hui, on se retrouve pour le cours de Défense contre les forces du mal qui est, par essence, un cours extrêmement pratique. »
Il s'arrêta, faisant une fois de plus le tour des sorciers en présence, sans pour autant marquer d'arrêt sur l'un d'entre eux. Le cœur de Drago avait du mal à suivre le rythme. Après tout, il restait toujours la possibilité que Potter l'ignore, même s'il continuait à donner ses activités…
« Comme vous le savez déjà, Azkaban est protégé par un bouclier, ce qui exclut tout usage de la magie, et demande une certaine organisation pour que vous puissiez tout de même apprendre des choses intéressantes », expliqua-t-il. « Je suis donc accompagné de mon collègue, Jeff, qui va se présenter. »
Le concerné hocha la tête, avant de prendre la parole à son tour.
« Licencié de la faculté de Magie-Strature, j'ai commencé mes études par un Legis corpus, avant de me spécialiser dans la Médi-action des Sorts et des Destinées Impers-donnables », lança-t-il d'un air fier, perdant instantanément Drago et probablement les autres. « En d'autres termes, j'ai appris à concilier des différends, autant entre sorciers, qu'entre sorciers et créatures magiques. Raison pour laquelle je suis associé avec Harry, pour allier mes connaissances historiques et théoriques à sa pratique de terrain. »
« Merci, Jeff », termina Harry, sur un ton impassible, ce qui fit intérieurement ricaner Drago il était soulagé de ne pas avoir à assister à des gestes d'affection entre eux, le stagiaire lui avait suffi. « Bon, on ne va pas se mentir, la situation est un peu délicate pour vous, pour moi, pour nous. Nous avons pratiquement tous été en cours ensemble, et je me retrouve à vous enseigner une matière qu'on aurait dû apprendre en même temps. »
Il s'arrêta une nouvelle fois, et cette fois, il croisa le regard de Drago. Il s'y attarda, pendant plusieurs secondes, et Drago cessa de respirer. Potter continua comme si de rien n'était.
« De deux choses l'une : ça ne change rien au fait que je vous considère comme tout à fait capables d'y arriver, sinon je ne serais pas là, mais j'ai bien conscience que ça ne règle pas l'ironie de la situation. Ceci dit, j'ai déjà donné des cours, lorsque j'ai pris la tête de l'Armée de Dumbledore, l'année où le Ministère a pris le contrôle sur les programmes scolaires par l'entreprise d'Ombrage. Là aussi, ils étaient nombreux à être mes camarades de classe. »
Potter oubliait aussi le fait qu'il les avait en quelque sorte conduits derrière les barreaux, mais il n'allait certainement pas se faire le Manitou du Mage noir en le lui rappelant.
« Enfin, il y a bien un point, et d'importance, qui diverge : il faut contourner le fait que nous ne pouvons pas nous servir de baguettes magiques », rappela-t-il. « Nous allons donc procéder comme suit : au début de chaque cours, Jeff vous présentera théoriquement un sort, sa formule et son usage. De mon côté, vous le savez, je préfère nettement la pratique. Je vais donc vous mettre en situation, vous apprendre à sentir votre magie. Son usage est certes interdit, et même impossible, mais vous n'en êtes pas privés de vos capacités pour autant. Je vais donc tenter de vous reconnecter à ce potentiel magique, par des exercices de concentration. »
Drago se figea, le temps que l'information fasse du chemin dans son esprit. Seulement alors, il hocha la tête, appréciateur. L'idée était intéressante. Et puis il devait bien admettre qu'elle ne lui déplaisait pas. En prison, il avait tendance à oublier qu'il était un sorcier.
OoOoO
À la fin des deux heures de DCFM, Drago était un peu sonné. Il ne savait pas trop si c'était l'exercice de pleine conscience de sa magie ou si c'était le fait de savoir que Potter était à proximité, mais il avait comme des picotements au creux de l'estomac, comme s'il se réveillait après un long sommeil.
Il se leva pour remettre sa chaise dans le cercle, tous s'étant dispersés pour se concentrer en eux-mêmes, pour éviter l'impression d'être à vue des autres. Alors que chacun quittait la bibliothèque, Potter l'appela.
« Drago ? »
L'intéressé se retourna, plus vraiment surpris par l'utilisation de son prénom. En revanche, il ne savait pas si ça le contrariait ou si ça l'attristait.
« Tu cherches à créer un sentiment de proximité ? » lui répondit-il, sur la défensive.
Potter pinça les lèvres, avant de les humecter, cherchant la meilleure des réponses, comme s'il craignait de se faire mordre par un Botruc en tendant la main.
« Je voulais savoir comment tu allais », révéla-t-il, ignorant sa question.
« Je me porte comme un charme. Tous les jours, je sors mon transat et je profite du soleil méditerranéen. La belle vie, en somme. Comment rêver mieux ? »
Drago s'étonnait lui-même de la rapidité avec laquelle il était redevenu méprisant. La peur du rejet, peut-être… souvent.
Potter soupira.
« Je voulais parler de ton visage. Je me doute bien, sans réellement pouvoir l'imaginer, que ce n'est pas un club de vacances, ici. »
« Ah », fit Drago, qui ne s'était pas attendu à ça. « Eh bien, ça va beaucoup mieux grâce à tes soins. Mais je serai sûrement défiguré à vie. Un deuxième balafré, en somme. »
La tentative d'humour fit Billywig, puisque Potter sourit instantanément. L'estomac de Drago s'en retrouva noué. Est-ce qu'il avait conscience de ce qu'il lui causait ?!
« Toujours dans l'exagération, Malefoy. Mais je te promets qu'on s'y fait et, entre amochés, on se comprend », lui assura-t-il gaiement.
Drago ne put empêcher un sourire d'étirer ses propres lèvres, tandis qu'un léger rire naissait à l'entrée de sa gorge, faisait autant trembler ses cordes vocales en écho avec le tremblement de son myocarde.
« Dans ce cas, il faudra que tu m'apprennes, parce que j'ai encore du mal. »
Il accrocha son regard aux prunelles émeraude, invoquant mentalement Salazar pour que Potter comprenne le sous-entendu.
« Chiche ? » répliqua Potter, sérieux.
« Chiche », répondit d'emblée Drago.
Les yeux brillants, lui confirmant ses attentions, Potter le salua.
« Compte sur moi. Bon, je te laisse aller à ton cours d'Astronomie. On se voit bientôt », promit-il.
Drago ne savait pas exactement dans quoi il venait de s'engager avec Potter, mais il l'avait fait.
OoOoO
Il s'était écoulé deux jours depuis le bref échange que Drago avait eu avec Potter. Ils s'étaient vus la veille, durant le cours de Créatures magiques, mais ils n'avaient pas discuté. Potter s'était contenté de donner son cours et Drago de l'écouter, se faisant la réflexion qu'il n'avait plus rien à voir avec celui de Poudlard. Drago soupçonnait une influence de Granger dans son contenu, tant cela était orienté sur la nécessité de valoriser la relation entre les sorciers et les animaux. Nombreux étaient les parallèles avec les guerres du monde magique.
Ainsi, la pression interne avait pu retomber. Drago ne craignait plus, dans l'absolu, de ne plus revoir Potter. Après tout, si son objectif avait été de ne plus le croiser, il aurait pu se contenter d'enseigner la matière des BUSE. Et il admettait qu'il ne se tracassait plus outre mesure de ce qu'il l'attendrait. Il ne verrait plus Potter avant le mardi suivant.
Il avait donc emprunté un énième livre à la bibliothèque, pour permettre à la journée du samedi de paraître plus courte. Ou moins longue. Cette fois-ci, il s'était intéressé à un poète français, Arthur Rimbaud. Bien qu'il ne soit pas capable de lire le français et que la traduction anglaise faisait perdre du sens à ses écrits, Drago y trouvait tout de même de l'intérêt.
Peut-être était-ce de la faute de Potter puisque, depuis qu'il suivait son atelier, les mots avaient pris une autre dimension, beaucoup plus réflexive qu'auparavant. Et depuis plusieurs minutes à présent, il restait figé devant un passage de Mauvais sang, dans Une saison en enfer, qui lui évoquait un peu trop sa propre existence.
« Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retours des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.
Maintenant, je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.
On ne part pas. – Reprenons les chemins d'ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l'âge de raison – qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.
La dernière innocence et la dernière timidité. C'est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons.
Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l'ennui et la colère.
À qui me louer ? Quelle bête faut-il adorer ? Quelle sainte image attaque-t-on ? Quels cœurs briserai-je ? Quel mensonge dois-je tenir ? – Dans quel sang marcher ? (…)
– Ah ! je suis tellement délaissé que j'offre à n'importe quelle divine image des élans vers la perfection.
Ô mon abnégation, ô ma charité merveilleuse ! ici-bas, pourtant ! (…)
Connais-je encore la nature ? me connais-je ? – Plus de mots. »
L'expression manquait de pudeur, mais l'idée était bien là : avant, Drago avait la noblesse de son nom, aujourd'hui, il en avait perdu toute gloire associée, devenant la bête noire de la société magique. Et il s'accrochait à Potter comme à un balai de sauvetage…
« Malefoy ! »
La voix rêche de Franck le fit sursauter, et son livre en tomba sur le sol. Maudissant le gardien, se maudissant lui-même de ce réflexe non contrôlé, il se pencha pour ramasser sa lecture. Il n'eut pas le temps de se redresser qu'il reçut du linge sur le visage, visiblement lancé depuis l'entrée de la cellule.
Serrant les dents pour ne pas répliquer, Drago tira d'un coup sec sur ce qui ressemblait à un ensemble de travail, et leva la tête en direction du coupable, non sans dissimuler sa hargne.
« Tu t'mets ça sur le dos et t'attends qu'on r'vienne te chercher. T'as deux minutes, pas une de plus », grogna Franck, sans même considérer son air.
Il tourna les talons, laissant Drago avec son nouvel attirail. Râlant, mais résigné, il s'en vêtit et attendit, penché au bord de son lit, bien déterminé à ne pas se faire surprendre, cette fois-ci. Il aurait bientôt des réponses à ses questions et, de toute façon, il ne pouvait pas espérer en obtenir autrement.
Enfin, il entendit des bruits de pas, qui n'avaient rien à voir avec ceux, lourds, du gardien. Et Potter se dessina dans l'entrée de la cellule, affichant une expression à la fois embarrassée et joyeuse.
« Salut, Malefoy. »
« Bah alors, Potter, ça ne te suffit pas de me voir en cours, tu viens aussi me faire travailler le weekend, maintenant ? » le charria-t-il, préférant l'attaque pour se cacher des sensations des battements de son cœur.
« Tu ne crois pas si bien dire », répliqua Potter. « Le matériel est dans la première cour après l'entrée sécurisée. On va monter ça au dernier étage. »
Au dernier étage. Le fameux étage où il avait passé les quatre dernières années.
Tendu et totalement désorienté, Drago lui répondit d'une voix blanche qui ne lui ressemblait pas.
« Tu rigoles ? »
« Je… non… », bredouilla Potter. « Excuse-moi, je voulais te faire sortir un peu de ces quatre murs, mais je n'avais pas du tout pensé que l'idée de retourner dans cette aile t'horrifierait autant. Bonne journée, Malefoy. »
Il tourna à son tour les talons, désemparé.
Drago secoua la tête, avant de soupirer longuement. Il n'aimait pas le voir comme ça. Même si c'était ridicule, Potter était sa seule chance de survie, ici. Il ne pouvait pas le laisser filer.
Se levant d'un bond, il sauta plus qu'il ne marcha jusqu'à rejoindre le couloir, le rattrapant.
« Potter, attends ! »
L'intéressé de se retourna, presque surpris.
« Je viens avec toi », lui expliqua Drago. « Mais c'est parce que tu as promis de m'apprendre… Et il faut toujours tenir ses promesses. »
Au sourire que lui renvoya Potter, Drago sut qu'il n'avait pas oublié.
« Allons-y, alors. »
OoOoO
Ils rénovaient l'aile des Mangemorts. Potter lui avait expliqué en quelques mots que c'était sa sanction pour les manifestations du mois de novembre, celles-là mêmes qui étaient à l'origine de son transfèrement. C'était également la raison de son absence au précédent cours de philosophie. Comme quoi, il s'était monté toute une pièce de théâtre…
« J'avais le droit de choisir un détenu pour m'aider à faire tout ça. Même si ce n'est pas très compliqué, c'est toujours plus agréable d'être à deux. Et ce sera plus facile quand il faudra tenir les lits pour qu'ils se fixent dans le sol et sur les murs », expliqua Potter, perché sur son tabouret, afin d'atteindre le plafond pour y coller les rubans qui délimiteraient la pose de Recouvre-m'en Express, la peinture auto-appliquante.
« Et pourquoi moi ? » fit Drago sur le ton de la conversation, bien que réellement intéressé par sa réponse.
« Parce que tu es plus grand que moi, pas besoin d'un deuxième tabouret ! » s'exclama Potter.
Perplexe, Drago se retourna, le découvrant, hilare. Il ne voyait pas ce qu'il y avait de drôle, mais sa bonne humeur était contagieuse.
« Sérieusement », reprit-il, tout en baissant le son de sa voix, « je… je voulais te permettre une échappatoire. Ta détresse me… touche. »
« Mmmh », répondit instinctivement Drago.
Il avait l'air sincère, mais il ne savait pas quoi lui répondre. Alors, ce furent les mots, issus du poème lu un peu plus tôt, qui franchirent la barrière de ses lèvres.
« Plutôt, se garder de la justice. – La vie dure, l'abrutissement simple, – soulever, le poing desséché, le couvercle du cercueil, s'asseoir, s'étouffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers : la terreur n'est pas française », récita-t-il.
« Rimbaud », souffla Potter.
« Oui », confirma Drago. « Tu ne devrais pas savoir ça. Mais psychologiquement, ça commence à être dur. J'ai… peur de ne jamais sortir d'ici. »
Potter descendit de son tabouret, admirant son œuvre, avant de les conduire dans la cellule suivante, puis d'y répéter les mêmes gestes. Alors que Drago crut qu'il n'enchaînerait tout simplement pas, Potter le fit.
« Rien n'est perdu, Malefoy, tu sais ? Si j'essaie de vous faire réfléchir à travers des écrits, ce que tu fais très bien, par ailleurs… c'est pour vous apprendre que vous avez un grand pouvoir : celui de vous libérer vous-mêmes, par la pensée. »
Drago soupira.
« C'est facile à dire pour toi, Potter. Tu peux aller et venir. Tu choisis sciemment de venir à Azkaban. Moi, je suis bloqué ici. »
« C'est vrai », admit-il. « Mais tu peux décider de ton avenir. Et tu sais qu'il existe, même si tu ne le perçois que difficilement. Sinon ça ne te perturberait pas autant. Je me trompe ? »
Il se retourna sur lui et leurs regards s'accrochèrent, mais Drago ne cilla pas. À la place, il se fixa sur ses cernes, et il se demanda si lui aussi, il avait des difficultés pour trouver le sommeil.
Et si Drago était honnête avec lui-même, il ne savait pas ce qui le perturbait le plus : les cours de Potter ou Potter lui-même ? Mais ça, il ne le lui dirait pas.
« Je ne voulais pas t'en parler avant la fin de la journée, mais… j'ai réfléchi et j'ai quelque chose à te proposer », commença-t-il, alors que Drago était tout ouïe. « Dans le projet que je mets en place, il y a bien évidemment tout le programme que tu as pu découvrir à l'intérieur de la prison. Mais il y a aussi une partie que tu ne connais pas. Et ça concerne une possible liberté conditionnelle. Je voudrais que tu sois le premier à en bénéficier. »
Son esprit se mit littéralement sur pause alors Potter fouillait dans sa sacoche, avant d'en extraire des documents qu'il lui tendit. Mu par un automatisme, Drago les attrapa.
« Remplis ces parchemins. Moi, je me charge de contacter un Manitou pour te défendre. Et je te promets que, d'ici un mois, tu passes devant le Magenmagot pour lui faire un fameux Bloque-jambes. »
Potter semblait si enthousiaste à cette idée que Drago n'eut pas le cœur d'y faire objection. En revanche, il ne pouvait pas se permettre de s'accrocher à des rêves qui ne verraient jamais le jour.
« Dis-moi qui voudra défendre un sorcier comme moi, Potter ? Ça arrange bien tout le monde ma présence ici », soupira-t-il.
« Oh, moi, je connais quelqu'un qui me suivra quoi que je fasse », lui assura-t-il, un grand sourire aux lèvres.
Il ne fallut pas plus de quelques secondes à Drago pour comprendre de qui il s'agissait. Il n'y avait qu'une seule personne en laquelle Potter pouvait avoir une confiance aveugle.
« Granger », maugréa-t-il. « T'es un grand malade, Potter, tu en as conscience ? »
Guilleret comme un enfant qui monte pour la première fois dans le Poudlard Express, Potter retourna à sa besogne.
« Quand tu retourneras dans ta cellule, tu liras Alchimie du verbe. Ça confirmera tes propos », s'amusa-t-il.
OoOoO
Ce jour-là, alors que Drago regagnait sa couche après son heure de préau, un silence glacial régnait dans l'aile des jeunes. Le chat découvert et approché par Barney, quelques mois auparavant, avait été retrouvé sans vie. Les pleurs et les reniflements de son codétenu, bouleversé par la torture apparente, lui offraient un fond sonore par sa lecture, relisant en boucle Mauvais sang.
« Sur les routes, par les nuits d'hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon cœur gelé : « Faiblesse ou force : te voilà, c'est la force. Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre. » »
Potter le ferait-il vraiment sortir par les Grandes Portes ?
Et vous, vous pensez que Harry pourra faire sortir Drago ? héhé
A la semaine prochaine pour davantage de moments rien qu'entre Harry et Drago.
Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.
