Bonjour mes amours !
Cette fois, je peux vous le dire, c'est officiel : j'ai signé mon tout premier contrat de travail ! Je suis engagé comme assistant social dans une association LGBTI+. C'est une nouvelle aventure qui commence pour moi, et une très belle, puisque je rêvais de pouvoir m'épanouir dans ce milieu. Voilà, j'y suis. C'est pour cette raison que j'étais si pris, j'ai eu pas mal de déplacements et de démarches, et comme je cherche un logement, que c'est loin de chez moi et que mes journées sont longues, ça reste d'être encore un peu plus compliqué pour écrire (mais je n'arrête pas pour autant !)
Je ne vous fais pas plus attendre, voilà le chapitre 18 et plus d'intimité pour nos deux héros.
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 18.
« Hey, I'm feeling OK, it's good
Cause lately I been feeling so strange
Like I been re-arranged, changed (…)
.
It's been getting harder to sleep
These muscle spasms hit me so deep
And every single night I get cold
Like I can't feel my hands or my toes. »
Bath salts, Highly suspect.
.
« Hé, je me sens bien, ça va
Car, récemment, je me suis senti si étrange
Comme si j'avais été réarrangé, modifié (…)
.
Il est devenu plus difficile de dormir
Ces spasmes musculaires me blessent si profondément
Et chacune de mes nuits, je me refroidis
Je ne peux plus sentir mes mains et mes orteils. »
Sels de mer, Highly suspect.
Sitôt les lourdes grilles d'Azkaban refermées derrière lui, Harry sortit une cigarette et son briquet de sa sacoche. Il prit le temps d'inspirer et d'expirer plusieurs fois la nicotine bienfaitrice, songeant qu'un jour, il devrait plutôt se tourner vers une herboristerie plutôt que de continuer à fumer ces merdes industrielles. Puis il se concentra sur son état émotionnel et sur les événements de la journée.
Il n'avait pas menti à Malefoy : il était touché par sa détresse. Il devrait le détester ou, au moins, avoir cette fameuse distance professionnelle dont on lui avait tant rabâché les oreilles durant ses études. Pourtant, il n'y parvenait pas. Bon, il n'avait pas vraiment essayé non plus… mais Malefoy était si… étrange et attirant à la fois. Il avait envie de l'aider, lui, celui qu'il était aujourd'hui, celui qu'il était sans doute au moins un peu depuis toujours.
Ça ne changeait rien au fait qu'il avait été la personne la plus détestable de son adolescence, hormis Ombrage et Skeeter, peut-être. Néanmoins, il y avait quelque chose… ses blessures, sa vulnérabilité, il ne savait pas trop… qu'il avait envie d'explorer, de comprendre… de réparer.
Il soupira en humant son T-shirt. Il puait le renfermé, cette odeur propre à la prison et à la moiteur des corps en décomposition. Il ne savait pas encore ce qu'il ferait de sa soirée, mais il la commencerait assurément par une bonne douche et un changement de vêtements.
OoOoO
Harry ne parvenait pas à trouver le sommeil. Pourtant, il s'était couché tôt, bien décidé à se reposer pour l'entraînement du lendemain matin.
Ses idées tournaient en rond. Il pensait au TIG avec Malefoy, il pensait à son programme de remise à niveau, il pensait à son cours de philosophie et de citoyenneté, il repensait à Malefoy… Est-ce qu'il pourrait aider certains détenus à s'en sortir ? À obtenir leur diplôme, à croire à un avenir ? Certains trouveraient-ils un emploi stable ? Auraient-ils une vie épanouissante ? Pourraient-ils faire fi de la société et de ses jugements ? Les fils de Mangemorts se remettraient-ils des séquelles liées à une longue exposition aux Détraqueurs ? Malefoy lui-même réussirait-il à se reconstruire une vie digne du confort qu'il avait connu autrefois ?
Harry envoya valser sa couette au bout de la énième question. Toute cette tension lui donnait envie d'uriner. Il se leva, avançant à l'aveuglette, et il se maudit d'avoir laissé sa baguette sur sa table de chevet. Quand on agissait sous l'impulsion…
Dressé face au trône, il perdit le fil de pensées, qui vagabondèrent en direction d'Olivier, qui risquait de lui faire subir un sortilège de Folloreille pour être certain que la prochaine fois, il l'écouterait quand il lui dirait de venir en forme.
Harry sentit un liquide chaud couler sur son pied en même temps que des picotements dans les doigts attirèrent son attention, lui faisant baisser les yeux.
« Merde… », soupira-t-il, sans pour autant se mouvoir, l'esprit malgré tout embrumé par la fatigue.
Il s'était, tout bonnement et simplement, pissé dessus, et la faute n'était pas seulement due à sa distraction. Il avait encore cette sensation que sa magie se concentrait dans le bout de ses doigts, ce qui était étrange, puisqu'il était nerveux, pas énervé.
Terminant tout de même son affaire, dans l'endroit approprié cette fois, il retourna dans sa chambre, et s'empara de sa baguette. Revenant sur ses pas, il la pointa en direction du sol, lançant un Tergeo ! afin de faire disparaître toute trace de sa déconvenue. Lui-même atteint, il se savonna rapidement, avant de se retrouver debout dans la pénombre de sa chambre, hésitant quant à la marche à suivre. Après tout, s'il n'arrivait pas à dormir, autant s'occuper, non ?
Sans plus tergiverser, il enfila des vêtements amples et transplana, se retrouvant devant une petite habitation sans prétention, que Ron s'amusait à appeler « le placard à balais » pour ennuyer sa sœur. Cependant, il n'eut pas le temps de frapper qu'il entendit la fenêtre du premier s'ouvrir et la tête de Ginny se dessina dans l'encadrement, baguette à la main.
« Harry ? » s'écria-t-elle. « Mais qu'est-ce que tu fiches ici à trois heures du matin ?! »
Penaud, Harry s'excusa d'une grimace. Peut-être aurait-il mieux fait de regarder l'heure avant de débarquer à l'improviste…
« Et toi, comment tu sais que je m'apprêtais à frapper ? »
« Charme du Cridurut. Je ne savais pas que c'était toi. Bon, je descends t'ouvrir. »
Moins de dix minutes plus tard, Harry et Ginny s'élançaient dans les airs, poussant au maximum la vitesse de leurs balais pour atteindre les poteaux en bout de terrain, les contourner puis revenir sur leur point de départ. L'avantage d'être ami avec une joueuse professionnelle, c'était qu'elle avait préféré investir dans un terrain de Quidditch privé plutôt que dans une grande maison. Même en pleine nuit, quelques Lumos ! et les lampadaires fixés à distance régulière éclairaient suffisamment l'espace pour voir où ils fonçaient.
Après quelques allers-retours éreintants, les deux sorciers piquèrent en direction de la terre ferme et se laissèrent retomber comme des chiffes molles, les yeux tournés vers les étoiles. Il faisait nuit noire et le silence les encerclait.
Ce n'était pas la première fois qu'Harry venait ici. La première fois, il avait passé la journée avec Charlie, à s'embrasser et à se caresser, quand ce dernier lui avait murmuré « Je t'aime ». Sur le coup, Harry n'avait rien répondu, mais une fois seul, il avait rejoint Ginny. La deuxième fois, il venait d'annoncer à tout le monde, Charlie compris, qu'il quittait l'Angleterre pour le Canada. Enfin, la troisième et dernière fois avant aujourd'hui, il avait avoué à Charlie qu'il ne souhaitait pas partir vivre en Roumanie avec lui.
Le point commun entre toutes ces situations ? Harry était chamboulé. Il ne savait pas de quelle façon réagir face à la déferlante d'émotions, intérieure comme extérieure à lui, mais il avait besoin d'évacuer. Comme à chaque fois, l'adrénaline provoquée par la course et le vent froid qui le giflait alors qu'il filait à toute allure lui faisaient un bien immense. Et, comme à chaque fois, il quitterait la sorcière, qui l'aurait simplement accompagné dans sa recherche de sensations fortes sans lui poser de questions.
Elle savait probablement de quoi il retournait mais, elle non plus, elle n'était pas très loquace. Le silence leur convenait bien à tous les deux.
OoOoO
« Hermione ? Je peux te parler ? »
Interpellée, sa meilleure amie se retourna et le dévisagea d'un air grave. De longues secondes s'étirèrent, durant lesquelles elle le scruta, avant qu'elle se décide finalement à acquiescer. En sortant du Terrier, Harry chercha Ron du regard, puis l'invita d'un mouvement de tête à les suivre.
Une fois à distance raisonnable pour échapper à d'éventuelles Oreilles à rallonge, le trio s'arrêta. Ron et Hermione attendirent que Harry parle, mais il ne savait pas par quoi commencer. Il avait appelé Ron uniquement dans le but d'éviter une scène s'il disparaissait seul avec sa femme, mais il n'avait pas oublié que ce dernier n'était au courant de rien concernant Drago.
Il allait devoir mettre les pieds dans le nid d'Occamy.
« Hum ! Je pense qu'il est temps de rappeler au Ministère que notre loi comporte également un plan outdoors », commença Harry, qui zigzaguait entre les œufs pour ne pas les écraser.
« Tu n'as même pas terminé tes heures de TIG que tu penses déjà à ta prochaine insurrection ?! » s'exclama Ron, plus émerveillé que choqué.
Harry et Hermione échangèrent un regard, avant d'éclater de rire, de concert. Évidemment, vu sous cet angle… mais ce n'était pas si étonnant. Harry avait toujours gardé en tête ses objectifs, qu'importent les bâtons qu'on lui mettait dans les roues.
« On t'écoute », fit Hermione, tout sourire.
« On est d'accord pour dire que le meilleur moyen de permettre la réinsertion d'un détenu est de lui donner la possibilité de prendre ses marques dans la société pour qu'il y trouve sa place ? »
« Évidemment », répondit Hermione, sur un ton qui suggérait qu'elle attendait la suite pour se prononcer.
« Or, pour l'instant, le Ministère ne met rien en place, tout simplement parce qu'il n'y croit pas », asséna Harry. « Il faut donc lui prouver qu'il a tort et pour ça, autant y aller fort. »
« Précise ta pensée », l'enjoignit Hermione.
Harry prit une grande inspiration.
« Je veux faire libérer un fils de Mangemort. »
Un silence de mort s'installa dans le cercle, alors que Ron et Hermione échangeaient un regard.
« Harry… », commença Hermione en se retournant vers lui, s'exprimant d'une façon qui présageait qu'elle n'était pas convaincue. « En admettant même que tu parviennes à convaincre le Magenmagot de l'efficience de ton accompagnement, quel fils de Mangemort pourrait bien accepter que tu sois son conseiller ? »
Le sourire du Sauveur du monde sorcier s'agrandit. Cette fois, il sut qu'il avait gagné. Il n'avait jamais douté de l'allégeance d'Hermione, mais si sa seule crainte était l'adhésion du futur libéré sous surveillance, alors il avait déjà fourni le gros du travail en amont.
Sa réaction ne rassura pas du tout Hermione.
« Oh non, Harry, ne me dis pas que… »
Elle s'interrompit en voyant qu'il n'était pas près de démentir. À l'inverse, Ron semblait perdu, les sourcils froncés. Quelque chose lui échappait, et à juste titre.
« Oh si, tu es parfaitement sérieux », le réprimanda-t-elle en affichant un air sévère, qui ne fit qu'accentuer son sourire insolent. « Comment as-tu fait pour convaincre Malefoy ? »
« Quoi ?! On parle du même Malefoy que celui qui nous pourrissait la vie à Poudlard ? » s'indigna Ron, alors que sa femme leva les yeux au ciel. « Pourquoi tu te fous toujours dans les emmerdes, Harry ? »
Harry s'apprêta à répondre pour se défendre, la bouche ouverte, mais la moue circonspecte d'Hermione l'en dissuada. En fin de compte, il n'était plus tout à fait certain d'avoir gagné la partie. Pourtant, Malefoy ou un autre, qu'est-ce que ça changeait ?
« Pour une fois, je suis plutôt du même avis que Ron. Je ne doute absolument pas de tes compétences ni de l'intérêt de ta… mission », présenta Hermione, en prenant soin de bien choisir ses mots. « Mais c'est de Malefoy dont il s'agit. Comment tout ça peut-il bien finir en sachant que ta relation professionnelle est déjà biaisée par le fait que vous avez grandi ensemble ? »
Harry secoua la tête, montrant clairement son désaccord.
« C'est la même chose pour tous les fils de Mangemort », dit-il, continuant malgré l'envie évidente d'Hermione de le contredire. « Ça va te paraître insensé, mais j'ai confiance en la capacité de résilience de Malefoy. Depuis qu'il assiste à mes ateliers, j'ai senti une évolution. Il y a des barrières qui sautent. Il… »
Harry hésita durant une seconde. Hermione se pinçait les lèvres, luttant visiblement contre son besoin d'exprimer son opinion, et Ron la regardait, comme s'il espérait qu'elle trouve les paroles nécessaires pour le décourager.
Harry soupira.
« Je ne sais pas expliquer ce qu'il se passe, mais j'ai la conviction, je sens que Malefoy me fait confiance et que c'est en lui que je dois miser mes chances de réussite », affirma-t-il d'une voix ferme.
« Harry », commença Hermione sur un ton hésitant. « Je crois en toi, mais… »
Elle soupira, avant de darder son regard dans le sien. Harry déglutit. Elle n'allait pas y aller par quatre cheminées.
« Tu as cette fâcheuse habitude de te mettre dans la merde de Sombrals. Regarde avec ton stagiaire… »
Cette fois, Harry protesta ouvertement.
« Je l'ai défendu ! Tu sais aussi bien que moi qu'il aurait pris plus cher que mes trente heures de TIG si je n'étais pas intervenu ! » s'exclama-t-il.
Hermione secoua plusieurs fois la tête.
« Ce n'est même pas de ça que je te parle. Peux-tu me jurer que tu n'as pas dépassé les limites de tes fonctions avec lui ? Que votre relation n'a pas atteint un autre stade que celui d'un maître avec son élève ? »
La mâchoire d'Harry en tomba. Elle le connaissait trop bien… Son expression coupable le vendit.
« Harry ! » s'insurgea-t-elle, comme si elle avait espéré qu'il démente son affirmation. « Tu m'avais promis ! »
« C'est passible de corruption », renchérit Ron, sérieux et droit comme un elfe qui donnait raison à son maître. À sa maîtresse. Enfin, à sa femme.
Hermione lui lança un regard appuyé, lui signifiant ne pas rajouter une couche, avant de revenir sur Harry.
« Est-ce que tu as couché avec lui ? » lui demanda-t-elle frontalement.
« Oui », avoua Harry. « Mais il n'était plus mon stagiaire à ce moment-là. »
Il se garda bien de lui dire que cela faisait à peine quelques heures que ce n'était plus le cas lorsque cela était arrivé, ni qu'un baiser était survenu sitôt l'accord du Ministre en poche, soit près d'une semaine après le début du contrat de stage.
Hermione prit une grande inspiration avant de soupirer longuement.
« Bon. Je ne vais pas te faire la morale, après tout, tu assumes tes propres responsabilités. Même si je n'en pense pas moins. Et je sais, comme toi tu sens que tu dois le faire, que miser sur Malefoy est vraiment un très mauvais plan. Malgré tout, tu es décidé, pas vrai ? »
« Oui », confirma-t-il. « Ma décision était déjà prise avant de vous en parler. C'est surtout que j'ai besoin de toi, Hermione. »
« En quoi est-ce que je peux t'aider ? » se résigna-t-elle.
Fixant tout son attention sur elle, il lui lança son regard le plus implorant.
« Tu es la seule Manitou qui accepterait d'assurer sa défense… »
Dépassée, elle secoua la tête, soupirant derechef. Mais cette fois, il sut qu'il avait vraiment gagné.
« Tu le sais, que je ferais n'importe quoi pour toi. C'est pour ça que tu me le demandes… Sache que je ne t'approuve pas, Harry, pas du tout même. Parce que je le sens mal et que j'ai peur pour toi. Mais je t'aime, et je serai toujours derrière toi », abdiqua-t-elle.
Harry afficha un sourire triomphant, face à un Ron catastrophé.
« Tu es la meilleure, Hermione ! »
« Et c'est tout ? On n'essaie plus de le faire changer d'avis ? » tenta Ron. « On parle de Malefoy, là, quand même ! »
« Toi, essaie, si tu veux. Moi, je vais juste espérer que Harry ne se loupe pas dans sa feinte de Wronski. »
OoOoO
Harry déambulait dans la bibliothèque en assistant, satisfait, à l'implication de ses citoyens philosophes en herbe. Jeffrey était présent également, mais plutôt pour une question de sécurité.
Depuis l'attaque dont Miles avait été l'auteur, Harry ne voulait pas prendre de risques, et préférait que chaque atelier soit supervisé par un tiers. Il l'avait même imposé à Leyla, qui n'était pas très contente, mais qui y avait consenti, à condition que le Duc-à-l'allure-Demiguise n'intervienne pas dans son atelier. Évidemment, Harry n'y voyait pas d'inconvénient.
Après avoir fait le tour des groupes, Harry se dirigea vers Malefoy, le seul qui avait décidé de travailler en solo sur ses textes. Il était d'ailleurs l'instigateur ignorant de cette séance : après avoir parlé de Rimbaud avec lui, Harry avait décidé de préparer une leçon sur des textes de Verlaine, son amant maudit. En effet, Sagesse et Jadis et naguère étaient suffisamment imagés pour que les détenus puissent faire des parallèles avec leur condition, pour concevoir leur passé ou envisager leur avenir.
S'asseyant au bord de la table sur laquelle Malefoy s'était installé, Harry s'intéressa à son travail.
« Alors, tu t'en sors ? » lança-t-il sur un ton qu'il voulut détaché.
Il n'avait pas cessé de penser à lui ces derniers jours, à ce qu'il avait dû vivre en prison, à ce qu'il vivait encore aujourd'hui. Il avait même tenté de comprendre pour quelle raison il l'appelait parfois par son prénom alors que, lorsqu'ils se retrouvaient seuls, l'usage de son patronyme revenait instinctivement. Il ne se l'expliquait pas, sinon qu'ici, il les appelait tous par leur prénom… C'était machinal, révélateur d'une habitude, et même d'une relation plus ancienne, presque intime.
« Ton but est de me faire souffrir, admets-le », soupira Malefoy, sans qu'Harry comprenne s'il s'agissait d'humour ou d'un aveu.
« Qu'est-ce que tu as pioché comme textes ? » lui demanda Harry, en se penchant pour lire à l'envers.
Il décoda ainsi les titres : Paysage et I, le tout premier texte dans Sagesse. Le premier parlait de souvenirs désastreux, le second d'un cœur blessé réparé par une main tendue.
« Qu'est-ce qui te pose problème ? » continua gentiment Harry.
« Le problème, Potter, c'est que je me vois mal expliquer devant tout le monde ce que ces textes m'évoquent », murmura-t-il, comme s'il s'agissait d'un secret.
Malefoy fuyait ouvertement son regard, et Harry se questionna sur l'origine de son trouble : cela lui évoquait-il des souvenirs de querelles de couple, ce dont il était réellement question dans Paysage ?
« Essaie avec moi d'abord, alors », lui suggéra-t-il.
Malefoy releva la tête et le regarda comme si la Dragoncelle avait atteint ses capacités de raisonnement.
Harry laissa volontairement planer quelques secondes de silence. C'était si déstabilisant que cela poussait généralement à la prise de parole. Cela n'y manqua pas.
« C'est tellement idiot… », lâcha alors Malefoy.
« Dis toujours. Au pire, tu ne peux pas être plus ridicule que tu ne l'as déjà été, quand tu me cherchais des Noises à Poudlard », tenta Harry, pour faire baisser la tension.
Malefoy lui lança un regard courroucé, avant de comprendre qu'il se moquait de lui.
« Et tu crois que c'est en m'insultant que tu obtiendras quelque chose de moi ? »
Harry lui sourit, provoquant un soupir chez le Serpentard.
« T'es chiant, Potter. »
« C'est une seconde nature chez moi, il paraît. »
Harry jouait avec l'humour, mais Malefoy ne sembla pas se détendre pour autant. Le sujet devait lui évoquer des situations relativement difficiles, et il ne savait pas comment l'aider à en parler sans le brusquer.
« Quand on a fui, c'était à la campagne », lâcha brutalement Malefoy.
Harry se figea. Il n'avait pas été préparé à sa réponse. Finalement, il n'avait pas eu besoin d'intervenir pour que Malefoy poursuive.
Harry se reprit en une fraction de seconde, raccordant le poème à la réalité.
« Et pourquoi tu es revenu ? »
« Parce que c'était désastreux. »
Malefoy ricana en faisant référence au premier texte. Harry profita de la perche tendue pour enchaîner avec les parallèles.
« Des disputes ? »
Malefoy émit un bruit étrange, comme s'il voulait se retenir de parler mais que les mots sortaient en dehors de toute volonté.
« Ouais. Mon père… »
Il ferma les yeux et Harry le laissa rassembler ses souvenirs, sans l'interrompre. Ça lui semblait particulièrement difficile, à en croire sa bouche qui s'ouvrait pour se refermer, et à sa pomme d'Adam qui finit par se mouvoir sous l'effet de la déglutition.
« Sais-tu ce qu'un sorcier devient lorsqu'il perd toute sensation de pouvoir ? » lui demanda-t-il en relevant les yeux, leurs regards roche et émeraude s'accrochant.
« Il devient une version brute de lui-même ? » suggéra Harry, voyant qu'il attendait une réponse.
Malefoy acquiesça plusieurs fois, avant de poursuivre.
« Mon père avait déjà tout perdu au retour de… du Seigneur. Mais quand on s'est retrouvés au milieu de nulle part… il en a perdu jusqu'à la raison. Il fonçait droit dans le mur, préférant vivre caché que de faire le dos rond pour se faire pardonner. »
« Et tu n'étais pas d'accord avec ça », enchaîna Harry.
« Non. Je ne… J'avais d'autres projets. »
Harry acquiesça à son tour. À dix-huit ans, il avait dû faire le choix difficile de quitter les siens pour suivre sa propre route. Il avait dû faire preuve de courage, et il avait terminé entre les griffes des Détraqueurs…
« Moi aussi, je suis parti parce que c'était désastreux », lui révéla Harry, sans savoir pour quelle raison il le faisait.
Les prunelles de roche se figèrent, interdites.
« Tu es parti ? »
« Oui. Au Canada. C'est là-bas que j'ai fait mes études. Puis je suis revenu au pays. »
« Pourquoi, toi, tu es revenu, du coup ? »
Harry haussa les épaules. Il l'entendait déjà dire qu'il aurait mieux fait d'y rester pour sauver ses fesses. C'était pourtant là toute la vérité et à choisir, il le referait.
« Parce que c'était toujours aussi désastreux. Parce que je voulais changer les choses. »
Malefoy acquiesça, d'une façon qui semblait signifier qu'il enregistrait l'information plus qu'il ne l'approuvait.
« Je ne viendrai pas en cours jeudi », lui annonça-t-il alors.
« Je sais, tu as un entretien avec Hermione. »
Malefoy confirma d'un hochement de tête.
« Merci », souffla-t-il, apparemment sincère.
Harry lui accorda un sourire. Il ne savait pas s'il le remerciait pour la conversation ou pour la tentative de libération, mais cela marquait clairement la fin de l'échange. Il quitta donc sa table, dans l'optique de refaire un tour des groupes.
OoOoO
C'était son deuxième samedi à Azkaban. Cette fois-ci, Harry avait apporté sa radio pour diffuser un peu de musique. Les mélodies libéraient toujours les esprits.
Alors que la peinture s'auto-appliquait sur les murs des cellules, Harry avait décidé qu'une pause cigarette s'imposait. Il se dirigea vers l'îlot central, illustre représentation du système panoptique du siècle dernier, y retrouvant sa sacoche, puis s'appuya contre les barreaux de l'unique fenêtre. Malefoy le dévisageait sans rien dire.
« Tu veux ? » lui proposa Harry en pointant sa cigarette dans sa direction.
Malefoy haussa les épaules, puis avança. Harry le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il s'arrête devant lui, et il ne lâcha pas du regard, alors même qu'il recrachait sa fumée.
Comme dans un film au ralenti, Malefoy en fit autant, le défiant presque alors qu'il s'emparait du poison et le portait à ses lèvres, jusqu'à en laisser échapper sa fine fumée blanche.
« Ne le prends pas mal, Potter, mais t'as vraiment une gueule d'Inferus, ce matin. »
D'abord hébété, Harry fut ensuite gagné par l'hilarité. Il ne savait pas à quoi il s'était attendu, mais certainement pas à ça. Mais c'était typiquement du Malefoy. Enfin, le fils, en tout cas. Une fois encore, il opta pour la sincérité.
« Je ne dors pas beaucoup en ce moment. Puis, surtout, je suis sorti hier soir et… »
Il s'arrêta, les yeux toujours posés sur Malefoy. Il avait pensé « …et comme d'habitude, j'ai ramené un mec et on a baisé jusqu'à pas d'heure ». Mais il ne pouvait pas dire ça à Malefoy. Il se racla la gorge.
« Bref, ma nuit fut courte. »
Harry crut voir une lueur dans les prunelles de son vis-à-vis, mais il ne parvint pas à en décoder la signification. À défaut, il changea de sujet de conversation.
« Et toi, dis-moi ? Ton entretien avec Hermione ? »
Leur contact visuel se rompit alors que Malefoy se perdait dans sa mémoire.
« Eh bien, je dirais qu'elle n'a pas changé, la Granger. Toujours aussi… farouche. »
« Quoi, tu as tenté de la séduire, Malefoy ? » le charria Harry.
« Ah. Ah. Ah. Non, certainement pas. Je me souviens trop bien de son coup de poing en troisième année », répliqua le premier, dont le souvenir semblait le crisper. « Non. Je voulais dire qu'elle est intransigeante. Elle semble se méfier de moi, aussi. »
Il n'avait sans doute pas tort. Pourtant, Malefoy n'était pas le seul tenu en joue par la baguette de Hermione. Harry lui-même serait observé, il le savait.
Harry retourna au milieu du couloir, où il s'assit, suivi de Malefoy. Ils restèrent silencieux pendant un certain laps de temps. Durée durant laquelle Harry crut sentir une montée de chaleur sur son flanc gauche.
Tournant la tête dans sa direction, il le vit, la tête appuyée contre le mur, le cou raide. C'était comme si toute la tension interne de Malefoy irradiait par ses pores. Harry eut alors une idée.
« Mmmh ! Comme jeudi tu as manqué le cours de DCFM, peut-être que je devrais t'expliquer ce qu'on a fait, pour que tu ais plus facile à raccrocher la prochaine fois », lui proposa-t-il.
« Oui, O.K. », souffla Malefoy, comme s'il ne voulait pas briser le silence, sans pour autant esquisser le moindre mouvement.
Harry le trouvait beau. C'était juste idiot et totalement incongru comme pensée, et pourtant… c'était bien le cas. Tendu ainsi à l'extrême, le corps de Malefoy lui donnait l'impression d'avoir subi un sortilège de ramollissement, sauf que l'état de tension précédant l'état d'élasticité perdurait.
Oh Merlin, c'était exactement l'image que lui donnaient ses conquêtes juste avant la délivrance…
Harry se ressaisit en secouant la tête, percevant en même temps un mouvement dans le chef de Malefoy, qui pivotait la tête dans sa direction.
« Alors, qu'est-ce que vous avez fait en cours jeudi ? » lui rappela-t-il.
« Tu te souviens de l'exercice de pleine conscience ? »
Malefoy acquiesça.
« On a été un cran plus loin, en utilisant cette conscience pour faire voyager notre magie, qu'importe son intensité », lui expliqua Harry.
« Quelles sont vos instructions, Professeur ? »
Malefoy affichait à présent un sourire narquois qui fit lever les yeux au ciel à Harry.
« Tourne-toi », fit-il, amusé. « Assieds-toi en tailleur, en regardant dans ce sens-là. »
Il lui indiqua la gauche, l'invitant ainsi à lui tourner le dos. Le but était de contrôler son positionnement, pour qu'il ne puisse plus se servir du mur pour maintenir une position contraire à la détente.
Lorsque Malefoy s'exécuta, Harry repéra rapidement les zones de tension principalement la nuque et les épaules.
« Ferme les yeux et respire lentement. De longues inspirations et expirations », l'enjoignit-il.
Harry le laissa faire quelques mouvements, constatant en même temps que ses zones de tension le bloquaient, l'empêchant ainsi de déployer tout son potentiel respiratoire.
Mu par l'instinct, Harry plaça son index à la jonction de son cou et de ses omoplates, provoquant un bref sursaut dans le chef de Malefoy.
« Il fallait le dire si ton but était de me tripoter, Potter », commenta-t-il.
« Et encore une fois, tu te laisses faire », le charria Harry. « Maintenant, concentre-toi sur mon doigt et sur la pression qu'il exerce. »
OoOoO
Il avait réussi. En parlant doucement à Malefoy, il l'avait amené à se détendre progressivement. Son corps c'était si bien relâché qu'au fur et à mesure, Harry l'avait vu devenir mou, se courber, jusqu'à ce que le haut de son dos vienne toucher son épaule. Et il avait continué à lui parler d'une voix apaisante, tout en observant sa poitrine se soulever et se rabaisser au rythme de sa respiration lente.
On disait que les concepteurs de cheminées communicantes étaient justement les plus mal entretenus. Et effectivement, pendant que Malefoy se détendait, Harry s'était de plus en plus tendu, et pas seulement à cause de la concentration. Comme si son corps avait déployé, malgré lui, un Protego, même s'il ne savait pas à quoi il faisait obstacle.
On disait aussi que les inventeurs de balais étaient de ceux qui allaient à contre-courant. Mais ça, c'était encore autre chose. Et à en juger par le doute qui l'étreignait quant à ses capacités à aider Malefoy sans faiblir, Harry était certain d'une chose : il n'était pas sorti du Chaudron Baveur.
Tout bien considéré, il agirait comme Malefoy et lui-même l'avaient fait tout l'après-midi : comme si de rien n'était. Et il n'en parlerait certainement pas à Hermione, qui tenterait de le convaincre d'arrêter. Il savait ce qu'il faisait. Il gérait.
Harry et Drago n'ont pas fini de jouer avec le feu, moi je vous le dis ! ahah
Alors, qui a hâte que ça dérape ? (a) Quand et comment Harry et Drago vont comprendre qu'ils sont attirés l'un pas l'autre ?
Flux énergétique de scarabée sur vous, à jeudi !
Cai.
