Bonjour mes amours !

Je ne m'éternise pas, je suis mort de fatigue (la preuve, vous ne me voyez pas, mais ça fait littéralement vingt minutes que je suis devant mon écran, avec juste les mots "bonjour, mes amours !)". Je vous laisse donc avec ce chapitre, et notamment la rencontre entre Drago et Hermione... quelque chose me dit que ce ne serait pas la seule. (a)

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 19.

« I clear my mind, deny real life, define "here"

Without borders, possessions or enemies (…)

Forget your dreams or fulfill them (…)

I saved my soul

I sold it to the open road (…)

.

But I never said I wasn't the culprit (…)

Just trying to rewrite the wrongs. »

Four walls, While she sleeps.

.

« Je vide mon esprit, je nie la vraie vie, je définis l'ici

Sans frontières, possessions ou ennemis (…)

Oublie tes rêves ou réalise-les (…)

J'ai sauvé mon âme

Je l'ai vendue à une porte ouverte

.

Mais je n'ai jamais dit que je n'étais pas coupable (…)

J'essaie juste de réécrire ce qui est faux. »

Quatre murs, While she sleeps.


Installé à la place habituelle de Potter, contre la table qui lui servait d'appui, Drago venait de terminer la lecture de Paysage, un poème issu de Jadis, œuvre de Rimbaud. Pourtant, il ne se sentait pas aussi à l'aise que le Gryffondor.

Déjà, la situation était intimidante. L'objectif de l'exercice était de parler de ce que lui évoquait le texte, ce qui était personnel. Autant se mettre en avant dans les apparences était aisé, autant faire part de pensées était plus délicat.

Ensuite, Potter lui-même était intimidant. Enfin, pas vraiment intimidant au sens d'effrayant. Drago était aussi déterminé que préoccupé à l'idée de le satisfaire, presque de le rendre fier. Potter l'aidait tellement, il s'obstinait à chercher quelque chose en lui, il ne voulait pas le décevoir. Voilà qu'il pensait comme un Poufsouffle, à présent.

Enfin, il n'était pas certain d'être à la hauteur. Mais ça, il ne le lui dirait pas. Il avait suffisamment honte d'avoir lâché prise le samedi précédent, en s'abandonnant ainsi à lui. En prenant conscience de ce qui s'était passé, Drago s'était senti très mal, il n'avait plus osé regarder Potter… Il ne savait même pas ce que ce dernier lui avait dit pour le rassurer, mais son esprit avait raccroché en entendant les mots suivants : cerveau reptilien. Il lui avait alors certifié que même en transe, si son cerveau reptilien avait détecté le moindre danger, il aurait recouvré toute sa conscience.

En toute honnêteté, Drago avait bien envie de le croire, même s'il ne savait pas si c'était effectivement rassurant ou encore plus effrayant. Parce que si c'était le cas, cela signifiait deux choses : non seulement il ne percevait pas Potter comme un danger, mais en plus, il était capable de se détendre en sa présence. Et ça, il n'était pas certain de pouvoir l'assimiler.

Perdu à ses pensées, Drago n'avait toutefois pas coupé court à son exposé. Il avait commencé par expliquer que Jadis, le titre du recueil, lui évoquait des temps anciens. Le titre du poème, quant à lui, faisait référence à quelque chose de plus métaphorique : plus qu'un paysage, c'était l'action de le contempler ses propres représentations.

Et en effet, cette période lui rappelait l'introspection dont il avait dû faire preuve, pour décider entre fuir les choix de son père ou continuer à fuir les autorités et sa punition. Mais ça, il s'était bien gardé de le révéler à voix haute.

Il avait terminé en parlant du texte en tant que tel. Des ruines, le désastre d'une guerre. Au-delà des querelles évoquées dans le poème, c'était cette fois une référence personnelle très littérale qui lui était apparue : le village dans lequel ils avaient fui était fait de ruines. La maison qu'ils avaient occupée durant tout ce temps était celle d'un couple de moldus, tué de la propre baguette de son père, alors qu'ils avaient tenté de fuir au triste sort qu'il leur était réservé. Ce village avait été la cible d'une expédition sanguinaire, orchestrée par des Mangemorts en quête de toute-puissance.

Tout cela, Drago n'y avait plus pensé depuis longtemps. Et finalement, le formuler à voix haute lui avait fait plus de bien que prévu. Dans le regard des autres détenus, il voyait tantôt de la crainte, tantôt une étincelle d'amusement. Ce qu'il ne disait pas, c'était ce qu'il pensait de tout cela. Mais cela parlait suffisamment pour lui : il avait grandi là-dedans, dans cette noirceur. Ça avait été son quotidien, il était fait de ça. Ça ne lui arrachait même pas un frisson.

Alors peut-être qu'il n'avait pas participé au massacre de ce village, mais il n'était pas innocent pour autant. Peut-être qu'un jour, il ferait amende honorable. Mais d'abord, il devrait réparer les dommages qu'on lui avait causé, retrouver un semblant de dignité.

Et pour cela, il s'accrochait à l'opportunité que Potter lui donnait. Même si cela signifiait chanceler alors qu'il le félicitait d'un clin d'œil.

OoOoO

Drago n'avait pas menti. Face à Granger, il ne faisait pas le fier. Par contre, ce n'était pas tant le souvenir de son coup de poing qui le freinait c'était la sorcière qu'elle était actuellement qui l'incitait à rester sur ses gardes.

Assis dans un parloir, il attendait son arrivée, ce qu'elle ne tarda pas à faire, lâchant lourdement son dossier sur la table.

« J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle », lança-t-elle directement, sans même le saluer.

« Bonjour, Granger », répondit-il, entre l'agacement d'être à peine considéré et la satisfaction de se trouver en présence de quelqu'un qui ne prenait pas de pincettes avec lui.

Emprisonnant ses lèvres entre ses dents, Granger n'hésita franchement pas à lui lancer des éclairs du regard, avant de s'asseoir lourdement. Elle n'avait pas envie d'être là, et si ses yeux avaient été des baguettes, Drago serait probablement en train de brûler vif.

« Ce sera Maître Granger pour toi », le recadra-t-elle. « Bon, enchaînons, j'ai autre chose à faire de mon après-midi. Comme tu le sais, j'ai contacté le Magenmagot pour demander l'ouverture d'une révision de ta peine, afin de la réformer en libération conditionnelle. »

Elle s'arrêta, vérifiant qu'il n'avait pas de questions. Mais tout ça, il le savait déjà. Il voulait connaître la suite. Elle n'était pas venue le revoir après une semaine pour lui annoncer qu'une mise à l'audience avait été demandée.

« Pour faire court, disons que l'information a dû tomber dans l'oreille d'un scarabée, j'ai nommé Rita Skeeter », révéla-t-elle, sans se priver de lui rappeler qu'il avait lui-même donné des informations à cette charogne. « Bien sûr, ça fait actuellement la Une de la Gazette, les autres médias ont relayé, ton passé fait l'objet de pages centrales, blablabla. »

Elle leva les yeux au ciel, faisant ressortir le blanc de ses globes oculaires, montrant un mépris que Drago n'aurait même jamais pu concevoir de sa part.

« Entre le fait que je sois ton Manitou », dit-elle en grimaçant, « que je refuse toute interview et que Harry ait affirmé publiquement être de ton côté, le Mangenmagot n'a pas vraiment eu le choix. C'est trop médiatique. La date de l'audience est fixée au vendredi 28 février à 15 heures. »

Pour le coup, ça faisait beaucoup à encaisser. Il ne savait pas trop si c'était le fait que Potter soit de son côté ou le fait que ça y était, ça se concrétisait. Bon sang, dans quinze jours, son sort serait revu… Et tout ça, c'était grâce à Potter et à Granger. Dans quelle dimension parallèle vivait-il ?!

« Et la bonne nouvelle pour toi, c'est laquelle, au juste ? » lui demanda-t-il pour dissimuler son trouble.

« Honnêtement ? Aucune des deux. Je n'ai pas choisi d'être médiatisée pour te défendre, toi et ta soi-disant supériorité de Sang-pur. Je ne cautionne pas la démarche. Et le jugement ne signifie même pas ma propre libération parce que, tu sais quoi, Malefoy ? » s'enquit-elle sans réellement attendre de réponse. « Parce que je sens que la conditionnelle va t'être accordée. Et connaissant Harry, je n'ai pas fini d'entendre parler de toi. »

Le bruit sourd du dossier qu'elle referma le surprit, et le temps que Drago se ressaisisse, Granger tournait déjà les talons, tenant fermement son destin contre elle.

« Si rien ne change d'ici là, on se revoit le jour de ton audience. Je te ferai parvenir un costume et une cape pour que tu sois présentable. »

Et sans lui dire au revoir, Granger s'éclipsa, le laissant ainsi, soufflé. C'était décidément une sorcière incroyable. Il y en avait cependant un autre. Un autre qui avait toute la sollicitude de Drago.

OoOoO

Drago avait toujours considéré ce qu'il vivait comme une responsabilité. Il n'avait pas d'autre choix que d'assumer, qu'importe si cela était injuste ou inacceptable. Parce qu'il était Drago Malefoy, à la fois fier comme son père et digne comme sa mère, mais il avait également le cœur impénétrable comme les écailles d'un dragon. Enfin ça, c'était ce qu'il aurait aimé continuer à croire.

Au cours de ses longs tête à tête avec Potter, il avait appris ce qui animait le cœur du lion. C'était une rage sourde et dévorante qui ne cessait jamais. Il ne savait pas d'où cette idée de sacrifice lui était venue mais, après tout, lui-même avait grandi dans la noirceur et ça ne l'en avait dégoûté pour autant. C'était comme ça.

Sa rage l'avait poussé à s'instruire sur le fonctionnement de la société. Pour lui, moldue ou sorcière, ce n'était pas bien différent. Tout était organisé de sorte à créer des êtres sous Imperium, sans même avoir à lever la baguette pour cela, chaque individu se renforçant dans la conviction qu'il y avait les normaux et les autres, ceux que l'on enfermait. Que cela soit en prison ou à l'hôpital. L'idée sous-jacente était toujours de soigner, de rendre apte à la vie en société, et personne ne se demandait jamais pour quelle raison il fallait aller contre sa propre nature. C'était un jeu à qui donnerait le mieux l'impression d'être intégré dans le moule alors que ce n'était pas vrai.

Drago voyait les choses différemment. Pour lui, tout était une question de pouvoir. C'était à qui parviendrait à l'obtenir pour faire passer ses règles, et dans le fond, qu'importe si ses subalternes étaient d'accord ou pas. Mais là où il rejoignait Potter, c'était qu'il était évidemment plus facile d'obtenir de l'obéissance si les autres n'avaient pas l'impression de se plier à des ordres. Ou si on y voyait un brin de logique. Parce que dans ce cas, qui tenterait de renverser le pouvoir en place ? Il fallait des Potter pour cela.

Néanmoins, Drago n'avait fait qu'écouter Potter, sans l'interrompre. Et il avait fini par mentionner un ouvrage, en précisant qu'il se trouvait à la bibliothèque. Il n'en avait pas fallu davantage à Drago pour s'y rendre et l'emprunter.

Cet ouvrage, c'était Surveiller et punir du moldu Michel Foucault. Et Potter n'avait pas menti, les parallèles entre le système sanctionnateur moldu était très semblable à celui qu'il connaissait. Pire encore, plus Drago avançait dans sa lecture, moins il lui semblait qu'il pouvait supporter les quatre murs de sa cellule. Il voulait sortir, il craignait d'étouffer dans cet endroit qui était fait pour écraser celui qu'il était.

En soi, il n'avait pas appris grand-chose, ça lui avait surtout confirmé ce qu'il savait déjà, intuitivement. Le système carcéral était une grande supercherie, officiellement destiné à réhabiliter des hors-la-loi, selon les règles en vigueur dans une société donnée, mais qui, en pratique, ne leur offrait aucune chance de se réintégrer. Dans les faits, c'était de la surveillance pure et dure, une façon de les mettre à l'écart et de les empêcher de perturber l'ordre établi.

Alors oui, Potter tentait de changer les choses. Mais selon Drago, il se fourvoyait. L'Etat se fichait pas mal de ce qu'ils vivaient à Azkaban ou de ce qu'ils vivraient en en sortant. Ils n'étaient que des déchets qui y retourneraient tôt ou tard. À moins de montrer patte blanche, mais ils seraient de toute façon cantonnés au bas de l'échelle sociale, pour bien montrer l'exemple et en dissuader d'autres de suivre leurs traces.

Contrairement à Potter, ce n'était pas la rage qui animait Drago, c'était l'instinct de survie qui faisait bouillonner ses veines, tandis que son cœur pulsait pour trouver une échappatoire. Il fallait qu'il sorte d'ici, c'était vital. Et il leur montrerait, à tous ces pseudos bien penseurs, qui était Drago Malefoy. Il ne se contenterait pas du bas de l'échelle, il l'exploserait, leur plafond de barbelés !

« Malefoy ! » hurla la voix de Franck, qui le tira de ses pensées.

Manquant un battement de cœur mais prenant sur lui, Drago ne leva pas les yeux de son livre.

« Quoi ? » aboya-t-il.

« T'as foutu quoi du matelas où tu pionçais avant que le Mexicain crève ? »

Malefoy ferma les yeux. Ça, il ne pouvait tout simplement plus le supporter. La mort de Juan ne l'avait pas plus affecté que cela, mais le dédain du gardien, c'était de trop. Merde, on parlait d'un être humain, quand même !

« Contre le mur », répondit-il machinalement, les dents serrées.

« Bah tu le fous à terre. T'as un nouveau compagnon de cellule. »

Drago daigna enfin regarder en direction de la grille. Et il n'en crut pas ses yeux.

Théodore Nott se tenait dans l'entrée de sa cellule. De leur cellule. Il se redressa lentement, comme s'il s'agissait d'une illusion et qu'il avait peur qu'elle s'évapore.

« Toujours aussi insolent », lui reprocha son ami, un léger sourire réfutant ses propos.

« Par Salazar, Théo ! » murmura Drago en réponse, se levant avec lenteur. « Bon sang, tu es là… »

Il marqua un arrêt, incapable d'en dire davantage. Il était content de le voir. Théo rit doucement.

« Je t'avouerais que j'aurais préféré qu'on évite vu les circonstances », dit-il en le dévisageant, avant de froncer les sourcils. « Qu'est-ce que tu as fait pour qu'il y ait un mort ici ? Tu l'as ébloui de ta beauté transcendante ? »

Théo se moquait ouvertement de lui et Drago se renfrogna une demi-seconde, avant d'éclater de rire. Ça lui avait tellement manqué.

« Même pas. C'est glauque ici. Mais toi, d'abord, raconte. Qu'est-ce que tu as fait durant toutes ces années ? »

OoOoO

« Tu es bien pensif, aujourd'hui », lui fit remarquer Potter, l'ancrant dans la réalité.

« Comment est-ce que tu vois ça ? » lui demanda Drago, avant de soupirer.

Il était effectivement ailleurs, repensant à ce que Théo lui avait dit la veille. Il avait passé les quatre dernières années aux Pays-Bas, pour échapper au Magenmagot, où il avait obtenu un diplôme de Manitou. Il avait commencé à y exercer, mais il n'avait pas envie de vivre une vie de fugitif et il était rentré… Drago lui avait demandé s'il avait une vague idée de ce qu'étaient devenus Blaise et Pansy, même s'ils n'avaient jamais été ses amis. Apparemment, Blaise aurait ouvert une boutique de bracelet-montre de luxe en Italie, Streghe di quarzo. Il était probable que Pansy l'ait suivi, mais il n'en avait pas la certitude…

« Mmmh, tu n'es pas concentré », répondit Potter, qui s'humecta les lèvres, réfléchissant en même temps qu'il parlait. « D'habitude, tu as… l'œil plus vif, tu es plus réactif, je ne sais pas. Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Drago demeura totalement impassible, tandis qu'il dévisageait Potter. Il était beaucoup plus attentif à lui qu'il ne l'aurait cru. Parce qu'à vrai dire, il ne pouvait pas s'empêcher de le dévorer des yeux et de suivre le moindre de ses mouvements comme on s'accrochait à la source de la vie. Et en cet instant, il pouvait voir ses pupilles émeraude briller, croyant y lire de la bienveillance. Jamais personne ne s'intéressait à ce qu'il pouvait ressentir, sinon pour l'atteindre. Sauf Potter.

Drago soupira.

« Théo est arrivé hier », révéla-t-il.

« Nott ? » fit Potter, dubitatif.

Drago acquiesça. Évidemment, plus que le prénom, le nom lui était familier. Il n'y avait probablement pas un nom de Mangemort que Potter ne connaisse pas, et encore moins ceux qu'il avait affrontés. La bataille du Département des Mystères avait collé des sueurs froides dans les deux camps.

Oui, il était au courant. Lucius l'avait bien évidemment mis au courant pour la prophétie. Quand Drago avait appris cela, tout son monde s'était effondré. Enfin, ça coïncidait aussi avec le moment où le Seigneur avait émis l'hypothèse qu'il puisse rejoindre ses rangs, donc il n'était pas certain que tout repose sur la mort à venir de son meilleur ennemi.

Meilleur ennemi qui était bien vivant, face à lui, et dont le regard fut soudainement plus difficile à soutenir. Il y échappa.

« Comment il a été arrêté ? » lui demanda Potter, continuant son interrogatoire.

« Il est revenu au pays, espérant que le Magenmagot serait plus clément qu'au lendemain de la guerre. »

« Ah. Et ça a marché ? »

Drago haussa les épaules. Théo arrivait après le départ des Détraqueurs. Théo arrivait alors qu'il y avait de l'aide mise en place. De là à parler de clémence… Il n'avait rien fait, contrairement à Drago, sinon porter les stigmates d'un nom. Bon, et la Marque aussi, mais… personne n'avait cru bon d'analyser les circonstances de son application.

« Il a pris pour deux ans, avec six mois de sursis. Oui, on peut dire que c'est mieux, effectivement. »

Drago lui-même ne se trouvait pas convaincant. Il était las.

« Tu sais à quoi je pense, Malefoy ? »

Il leva des yeux interrogateurs.

« A ton deuxième texte, celui que tu dois présenter mercredi », expliqua Potter, avant d'en citer un passage. « Alors le chevalier Malheur s'est rapproché, / Il a mis pied à terre et sa main m'a touché. / Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure / Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure. / Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer / Un cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier. »

Drago en resta interdit, perdu quant au sens que lui attribuait Potter.

« Tu connais tous les textes par cœur ? Tu as volé cette habitude à Granger ? » ironisa-t-il.

Potter s'esclaffa.

« Sois gentil, un peu », le morigéna-t-il gaiement. « Mais non, pas tous. J'avoue que tu semblais si perturbé par l'exercice que j'ai tenté de m'en imprégner, pour comprendre. »

Drago grogna. Une part de lui grondait « Fiche-moi la paix, Potter ! », quand l'autre se retrouvait touchée par son initiative. Mais ça le rendait si vulnérable…

« Je ne vois pas le rapport entre la situation actuelle et ce fichu texte », râla-t-il, de mauvaise foi.

En réalité, il voyait très bien quel rapport il y avait. Potter était entré dans son quotidien, avait mis le désordre et maintenant, il représentait sa seule chance de rédemption.

« Alors je vais t'expliquer où, moi, j'en vois un », lui répliqua Potter, avec mansuétude. « Ces derniers temps, t'as été réorganisé. Beaucoup de changements, de choses à penser, à repenser. Malgré tout, tu restais plongé dans le moment présent, parce que la survie en prison, c'est ça : ce temps infini qui représente l'ici et maintenant. Mais le retour de Nott, c'est le Maléfice du Ricochet. Ce sont les faits du passé qui ont des répercussions au moment où tu n'y pensais plus, et c'est là que ça fait le plus mal. »

Drago souffla. Merde, Potter avait le don de le mettre sens dessus-dessous. Il le foutait dans le crottin d'hippogriffe sans même se rendre compte qu'il était le seul à pouvoir lui tendre la main. Ou qu'il serait la seule main que Drago accepterait.

« Et toi, t'es le preux chevalier qui met pied à terre, c'est ça ? » maugréa-t-il dans une tentative d'indifférence.

Il s'attendait à ce que Potter rie, prenant à la rigolade ses propos, mais il n'en fut rien. En lieu et place d'une attitude légère, les traits du visage de Potter se durcirent.

« Je n'ai pas l'intention de te laisser tomber, Malefoy », lui affirma-t-il, sérieux. « Appelle ça comme tu veux, mais quand j'ai décidé de quelque chose, je ne lâche pas. »

Alors que Drago se soustrayait une fois de plus à leur contact visuel, il vit le poing fermé de Potter entrer dans son champ de vision, le petit doigt en avant.

« Qu'est-ce que tu fiches, Potter ? » fit-il d'une voix rauque.

Il fustigea mentalement pour ce trait de faiblesse.

« Tu as refusé de serrer ma main pour un accord. Je te propose aujourd'hui de sceller une promesse. »

Par Salazar tout puissant, Potter ne blaguait pas.

Drago sentit le gouffre s'ouvrir en lui à l'instant où leurs doigts se nouaient, sous le sourire guilleret du Sauveur.

OoOoO

Le dimanche était un jour comme un autre à Azkaban. La différence résidait dans le fait qu'à présent, Théo était là, et qu'il l'avait accompagné à la bibliothèque pour emprunter un livre, chacun lisant à présent sur sa couche, dans un silence respectueux.

Et dire que bientôt, ils seraient à nouveau séparés. Ce serait Drago qui connaîtrait le sens du mot liberté… Rien qu'à cette idée, son cœur s'emballait. D'excitation et d'appréhension. C'était ce à quoi il aspirait, mais il avait peur, parce que c'était l'inconnu. Il n'avait rien à l'extérieur, personne qui l'attendait.

Déglutissant, Drago se remémora pour la millième fois au moins la promesse de Potter. On était loin d'un Serment Inviolable, et pourtant… il avait envie d'y croire. Et surtout, il sentait qu'il n'avait plus trop le choix. Des brèches s'ouvraient en lui, progressivement.

Certes, Potter n'avait pas encore accès à son fort intérieur, mais à cette allure-là, il lui suffirait de franchir les douves pour avoir accès à tout le château.

Cela étant dit, Drago n'était pas le seul à avoir subi une modification. La prison, c'était comme une prison de verre. Il n'y avait personne pour parler, mais tout le monde se tenait à l'œil. Et dans le lourd silence des uns et des autres, Drago pouvait deviner les yeux invisibles. Et si lui restait seul, il avait également remarqué que les groupes créés dans le cadre de l'atelier de philosophie persistaient en-dehors. Il avait surpris des échanges qui ressemblaient davantage à de la solidarité qu'à une association de fait, pour se protéger. C'était comme de la franche camaraderie. C'était étonnant.

C'était comme si tous ceux-là avaient oublié les jeux de pouvoir. Les idées noires et les suicides. Les viols. Et même ce chat torturé, retrouvé boyaux à l'air dans la cour. Drago avait raconté tout ça à Théo. À sa façon, sans y mettre de l'émotion, énumérant des faits. Pour le prévenir. Mais Théo n'avait pas le caractère d'un meneur, et Drago ne savait pas comment un intellectuel pourrait survivre ici. Lui-même, à trop réfléchir, se sentait étriqué dans un entonnoir. Mais bon, Théo avait assurément d'autres ressources. N'était pas Serpentard qui le voulait.

Enfin ! Avec un soupir non dissimulé, Drago se reconcentra sur sa lecture. Il avait repris Une saison en enfer, bien décidé à relire Alchimie du verbe. Si Potter accordait tant d'importance à la façon dont on pouvait comprendre un texte, alors Drago était décidé à tenter de le comprendre, à son tour. Après tout, il ne savait pas grand-chose des pensées de Potter. Il connaissait le Gryffondor impulsif, le Sauveur, mais pas ses tourments. Et Rimbaud semblait bien dépeindre les tourments.

Alors, comme durant les ateliers, Drago avait laissé aller son imagination face aux mots. Et ce qu'il lut était pour le moins… troublant.

« J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable, je fixais des vertiges. (…) Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. J'étais oisif, en proie à une lourde fièvre : j'enviais la félicité des bêtes, – les chenilles, qui représentent l'innocence des limbes, le sommeil de la virginité ! »

Si Potter était son chevalier de Malheur, Drago ne pouvait pas s'empêcher de se demander si lui était la chenille de Potter. Il était loin d'être innocent, mais c'était bien la rédemption que Potter lui destinait. Et avec une grimace, il ne pouvait qu'admettre qu'il était encore vierge. Il n'avait pas d'expérience dans les relations, là où Potter semblait pouvoir manier une autre baguette que sa baguette magique. Le reste n'était que supposition : l'élan de vie du Gryffondor avait-elle connu un état de veille ? Le Potter que Drago connaissait avait-il eu un passage à vide après la guerre ?

En tout cas, ça concordait avec ce qu'il lui avait raconté, le désastre qu'il avait fui. Et ce n'était pas surprenant. Après tout, il avait été aux premières loges de la guerre, aucun doute sur le fait qu'il avait lui aussi été impacté par celle-ci.

Un rapide coup d'œil en direction de Théo, installé en biais sur son matelas, lui fit prendre conscience qu'il était observé. Potter n'était pas le seul aux premières loges. Mais ce à quoi Théo avait assisté était bien différent d'une guerre. C'était la connivence entre Potter et Drago, alors qu'ils partaient pour les heures de TIG.

Il n'avait rien dit. Pas de questions, malgré leurs antécédents. Un regard avait suffi pour qu'il comprenne.

OoOoO

Ils regardaient le résultat de leur travail, les joues rougies par l'effort. Potter et lui-même venaient de fixer le dernier lit, clôturant ainsi officiellement les trente heures d'intérêt général du premier.

Drago en éprouvait une étrange sensation de vertiges et de nausées. Non pas en raison de l'effort fourni cette fois, mais parce qu'il réalisait ce que cela impliquait. La journée du 22 février touchait à sa fin, le rapprochant inexorablement de la date. Une part de lui doutait de la réalité des choses, mais Potter y croyait pour deux.

« Pfiou ! Une bonne chose de faite », conclut-il. « Clope bien méritée ! »

Drago le suivit jusqu'à l'unique fenêtre. Partager une cigarette était toujours l'occasion de dévisager Potter sans se faire griller, ce dernier ne se gênant pas non plus. Ce jeu de regards était à la fois déstabilisant et enivrant. C'était un jeu dangereux pour Drago. Mais foutu pour foutu…

« Comment tu te sens à l'idée de l'audience qui approche ? » lui demanda Potter après un silence prolongé.

Drago haussa les épaules.

« Je ne sais pas, Potter. C'est surréaliste. »

« Tu pourrais m'appeler par mon prénom, maintenant, non ? On pourrait le faire, tous les deux. »

Drago leva un sourcil. Potter était Potter. Ce serait… trop bizarre.

« Tu peux utiliser mon prénom si tu veux. Mais non, moi je n'en ferai pas de même. »

« Pourquoi ? »

Drago soupira.

« Je n'en sais rien, moi, pourquoi. Est-ce que je t'en pose des questions, moi ? » s'indigna-t-il, plus laconique que réellement irrité.

Potter s'esclaffa.

« Quoi ? »

« Oh rien, Monsieur Malefoy et ses grands airs », se moqua-t-il.

Drago sentit le coin de ses lèvres s'animer d'un tic nerveux.

« Je croyais que tu voulais m'appeler par mon prénom », dit-il pour dévier la conversation.

« Drago », se corrigea Potter, redevenant sérieux. « Alors ? Comment on devient intime avec toi ? »

Drago grogna. Ce n'était pas vraiment les images les plus appropriées qui lui venaient à l'esprit.

« Je ne sais pas, qu'en pense Rimbaud ? » lança-t-il en guise de boutade, pour dissiper son malaise.

Potter se figea, les yeux écarquillés. Lui songeait ni plus ni moins à L'Alchimie du verbe, mais ses pensées n'étaient apparemment pas partagées. À moins que son analyse concernant l'innocent vierge à guider ne soit pas si éloigné de la vérité… Il n'eut cependant pas le temps de clarifier ses propos.

Potter respirerait à nouveau aisément. Et alors qu'il retrouvait sa flexibilité, il éclata de rire.

« Han Merlin, elle était bien trouvée celle-là ! » lui accorda-t-il, alors que Drago dissimulait sa perplexité. « Quand tu recouvreras ta liberté, je te ferai lire Hombres. C'est du Verlaine, mais c'est clairement plus explicite que ce qu'a pu écrire son amant maudit. »

Drago ne répondit pas. Il n'avait pas suivi le raisonnement de Potter. Et quelque chose lui disait qu'en lisant cet ouvrage, un Lumos l'éclairerait.

Mais il avait actuellement d'autres Fléreurs à fouetter. Le compte à rebours avant son audience était lancé.


Que de surprises dans ce chapitre, n'est-ce pas ? Laquelle avez-vous préférée ?

Hommage à la promesse du petit doigt qui a plu à mes relectrices autant qu'à moi en l'imaginant héhé

En parlant de petit doigt, celui-ci m'a dit que la semaine prochaine, il y aurait une audience...

Flux énergétique de scarabée sur vous !