Bonjour mes amours !
J'espère que vous allez bien. Froidement pour moi, j'ai attrapé un rhume mercredi passé, huit jours après, c'est descendu dans les bronches ahah Mais la bonne nouvelle, c'est que je commence à me faire au rythme de travail et surtout des déplacements que ça implique, donc j'ai repris l'écriture de Failles ! Il m'avait fallu deux semaines pour écrire le chapitre 17, mais ça y est, le chapitre 18 est bien lancé.
En ce qui concerne ce chapitre-ci, c'est une chanson très importante pour moi. Dans mon histoire personnelle, celle qui a inspiré cette histoire fictive, je l'ai beaucoup écoutée, en boucle. C'est celle qui a marqué le début de ma chute, à un moment où je ne réalisais pas encore que je chutais.
Dans tous les cas, on fonce vers le troisième et dernier tiers de Vae soli. Le pire. Le plus intense.
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 20.
« I will never give up on you
I see the real you
Even if you don't, I do, I do. (…)
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And I'll show you the road to follow
I'll keep you safe till tomorrow (…)
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If you're the one to run, to run
I'll be the one, the one you run to. »
The real you, Three day grace.
« Je ne te laisserai pas tomber
Je vois celui que tu es vraiment
Même si toi pas, moi je le vois, je le vois. (…)
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Et je vais te montrer le chemin à suivre
Je te garderai en sécurité jusqu'à demain (…)
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Si tu es celui qui court, qui court
Je serais celui, celui vers lequel tu cours. »
Celui qui tu es vraiment, Three days grave.
Il ne restait plus que quatre jours avant que Drago soit traduit devant le Magenmagot pour sa révision de peine. Quatre jours.
Il s'agissait bien de Drago Malefoy, celui qui lui avait pourri l'existence durant sa scolarité. Celui-là même qu'Harry avait appris à appeler par son prénom, parce qu'il avait appris à l'apprécier. Que ce serait-il passé si, onze ans et demi plus tôt, il avait accepté de lui serrer la main pour sceller une amitié ?
Il avait bien conscience qu'il ne l'aurait jamais fait. Drago représentait alors tout ce contre quoi Harry se battait. Du haut de leurs onze années, ils n'avaient été que les pierres brutes d'une éducation. Aujourd'hui, ils étaient deux jeunes adultes meurtris, qui pensaient par eux-mêmes, qui s'étaient détachés de ce qu'on leur avait inculqué et asséné comme des vérités.
Certes, Drago ne parlait pas beaucoup. Mais il avait l'œil vif et attentif. Il avait le regard perdu aussi. Souvent. Harry ne savait pas comment l'expliquer mais il sentait, au-delà de sa détresse, une grande tristesse. Il le voyait à sa façon dont ses pupilles s'éteignaient, comme si leur éclairage tombait dans un puits profond, avant de s'accrocher à lui, dans une recherche frénétique de survie.
Harry ne comprenait même pas de quelle façon il pouvait décoder toute cette angoisse, alors que le reste du corps de Drago restait totalement impassible. Ou presque. Depuis le retour de son ami, Théodore Nott, Harry avait remarqué qu'il avait tendance à se tendre. C'était pratiquement imperceptible, c'était cette façon de se figer, sa mâchoire se crispant à l'extrême, tandis que son regard fuyait, avant d'affronter courageusement la réalité.
Harry lui-même se sentait de plus en plus nerveux. Et l'énième exemplaire de la Gazette du Sorcier ne serait certainement pas là pour l'aider. Un mois auparavant, il s'était décidé à se réabonner au journal populaire, tentant de vaincre sa peur irraisonnée. Force était de constater qu'il n'y avait plus trace de phobie. En revanche, l'agacement était bien présent.
Drago, Hermione et lui faisaient la Une des journaux depuis que leur alliance stratégique avait été révélée au grand jour. Évidemment, les théories les plus rocambolesques faisaient office de gros titres, principalement du fait que les anciens héros refusaient toutes prises de parole publique. Harry se retrouvait encore une fois propulsé sur le devant de la scène, mais il devait bien admettre que ça avait ses effets positifs. Par Godric, dans quatre jours… C'était inespéré.
En soupirant, il passa la porte du SASD, constatant que les locaux étaient déjà occupés. Richard sortit de son bureau juste à ce moment-là.
« Salut, Harry. Tu as passé un bon weekend ? » fit-il sur le ton de la conversation.
« Ça va. J'ai enfin terminé mes heures de TIG », répondit Harry d'un hochement de tête en guise de salut. « Et toi ? »
« Très bien. Avec les enfants, on est allés voir le nouveau spectacle de marionnettes sur le monde extraordinaire de Nébulux, le Vaudelune. Enfin, je ne t'interpellais pas pour te parler de ça. Tu as eu l'occasion de lire la gazette de ce matin ? »
Harry fronça les sourcils.
« Non, pas encore. Pourquoi ? »
« Je te conseille de bien t'asseoir quand tu le feras. »
Son ton sonnait comme un avertissement et Harry n'aimait pas ça. Sans plus attendre, il se faufila jusqu'à son bureau, où il s'installa avec un café avant de s'intéresser à son Sinistros personnel.
C'était une édition spéciale qui lui était entièrement dédiée. La première page représentait une photographie de lui au lendemain de la guerre, affublée d'un titre aussi accrocheur que privé de sens : Harry Potter, héros ou délinquant sous protection ?
Bon, finalement, ce serait peut-être bien plus que d'un café dont il aurait besoin… Il avisa la porte, son paquet de cigarette et le tourne-disque qu'il avait acheté pour le travail. Sa décision était prise. Il sortit sa baguette, verrouilla sa porte avec un sort d'Opus panel, l'équivalent sorcier de l'accroche-porte « ne pas déranger », et fit tourner une platine.
Harry sentait qu'il respirait déjà plus calmement en entendant les premières notes de The sound of silence, repris par le groupe Disturbed, avec la voix profonde et envoûtante de David Draiman. Il délogea alors une cigarette de son paquet, et soupira d'aise en s'appuyant sur le dossier de sa chaise.
Il ouvrit le journal à la page de la préface. Il la parcourut rapidement, n'y découvrant pas grand-chose, sinon un résumé romancé de ses exploits, clôturé par le postulat dont le titre faisait l'objet : et si Harry Potter n'était qu'un délinquant protégé par le Ministère pour conserver l'image d'un monde en paix, où les bons et les mauvais sont clairement définis ?
Harry secoua la tête, songeant que la suite ne risquait pas de voler bien haut non plus. Malgré tout, il parcourut le sommaire :
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Ce qui aurait déjà dû attirer notre attention comme un Accio : théorie d'un déséquilibré… page 7
Son homosexualité : entre instabilité relationnelle et impulsivité… page 11
Sa fuite au Canada : vaste supercherie pour dissimuler une incarcération ? ... page 13
Travailleurs sociaux, des êtres en reconstruction ? Analyse avec notre expert psychomage … page 17
Harry Potter, Hermione Granger, Drago Malefoy : une alliance surprenante… page 19
Bonus : qu'en est-il du troisième héros de guerre, Ronald Weasley ? ... page 21
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Harry soupira en passant directement à l'article qui concernait également Drago.
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Nous l'apprenions il y a seulement dix jours : soutenu par Hermione Granger, Manitou et son acolyte de toujours, Harry Potter avait décidé de ramener devant le Mangenmagot nul autre que Drago Malefoy, fils du Mangemort bien connu Lucius Malefoy, et lui-même reconnu comme tel. Ouvertement pro Sang-pur, le jeune sorcier est pourtant aujourd'hui défendu par celui que nous considérons tous comme notre Sauveur. L'incompréhension est générale.
Pourquoi notre grand défenseur voudrait-il faire écourter la peine d'un serviteur de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?
Au vu de nos analyses dans cette édition spéciale, deux grandes hypothèses s'affrontent : soit Harry Potter serait le grand martyr de cette guerre, ayant perdu jusqu'à sa raison (ndlr : pour rappel, selon notre expert, les troubles mentaux sont fréquents après un traumatisme aussi important), soit il aurait toujours eu un penchant pour les Ténèbres, et ses mentors adultes l'auraient protégé de ses propres dérives… tant qu'ils étaient encore en vie.
Si la première hypothèse s'avère exacte, une hospitalisation à Sainte Mangouste serait toute indiquée. Selon nos sources, aucune prise en charge n'aurait eu lieu, même au lendemain de guerre, ce qui est curieux et suggère qu'un autre établissement en aurait eu la responsabilité. Mais alors, quelle serait la part de connaissance du Ministère de la Magie dans cette affaire ?
En revanche, si c'est la seconde hypothèse qui l'emporte, comment peut-on expliquer que personne n'ait rien vu ? Malgré les signes évidents d'une déviance (psychologique, sexuelle, sociale), aucun médicomage, aucun expert juricomage n'a émis d'opinion. Les événements récents, les manifestations centrées sur les conditions carcérales, ont à peine suscité l'intérêt du Ministre de la Magie. Ministre qui, nous le rappelons, faisait lui-même partie de l'Ordre du Phénix, le groupe de résistance durant la guerre. Devons-nous y voir un indice ? Kingsley Shacklebolt connait-il la personnalité instable d'Harry Potter et le protège-t-il ?
Beaucoup de questions et peu de réponses à ce jour, mais sachez-le, chers lecteurs : nous ne vous laisserons pas dans le doute ! Un prochain numéro tâchera d'y voir plus clair.
S.P.
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Il était décidément bien plus facile de remettre en question l'intégrité d'un individu plutôt que l'idée préconçue que l'on se faisait d'un condamné… ou du fonctionnement humain de manière générale.
Harry reposa la gazette juste au moment où son téléphone portable se mit à vibrer. Jetant un coup d'œil à l'écran, il vit le prénom d'Hermione s'y afficher. Une seconde plus tard, il décrochait.
« Hermione ? »
« Comment tu te sens ? » s'enquit-elle aussitôt.
Évidemment, elle avait déjà pris connaissance de l'actualité et s'inquiétait pour lui.
« J'ai l'impression de revenir en cinquième année, quand personne ne me croyait à propos du retour de Voldemort… », répondit-il dans un soupir.
« Tu sais bien comment les médias réagissent quand quelque chose ne correspond pas à leur logique », fit Hermione avec prudence.
Harry secoua la tête. Hermione n'avait pas besoin de le lui dire, il en était le principal intéressé, ce n'était pas la première fois.
« Ce qui me chiffonne, c'est que c'est Drago qui va en pâtir dès sa sortie. Pour l'instant, il n'est pas encore au courant de ce que disent les journaux, mais s'il est libéré… ça ne va pas l'aider dans sa réinsertion. Vraiment pas. »
Il s'arrêta, perdu dans ses pensées. Les journalistes allaient faire leurs choux gras de tout ce qui tournaient autour de l'audience et des premiers mois de Drago en liberté. Et il était plus fragile qu'il ne laissait paraître aux yeux de tous. Si, en plus, Harry le prenait sous son aile, ils subiraient doublement les invectives journalistiques… Est-ce qu'il était prêt à faire une nouvelle fois la Une pendant des mois ? Pour une révolution, c'était une chose, mais… Ils allaient sauter sur les conclusions comme ils l'avaient fait avec Émory. Et Drago n'était pas au courant pour son homosexualité.
À cette idée, Harry se sentit le souffle court, comme si une main invisible exerçait une pression sur son thorax. Il ne voulait pas que Drago le sache. Pour la première fois depuis l'éclatement de l'affaire avec Charlie, quelqu'un n'était pas au courant. Et il réalisait qu'il voulait conserver ça, comme un secret que l'on garde précieusement… C'était ridicule, il en convenait. Mais pour une fois, il pourrait ne pas être vu comme l'homosexuel en déroute. Il avait envie que Drago le voie autrement, comme un travailleur social impliqué dans sa mission, comme ce preux chevalier dans Sagesse…
Alors qu'il reprenait une grande inspiration pour faire part à Hermione de son regain de motivation, il réalisa qu'elle n'avait plus ouvert la bouche depuis que lui-même l'avait fait.
« Heu… Hermione ? Tu es toujours là ? »
« Tu n'es pas sérieux, Harry ? »
Il réfléchissait à vive allure, mais il ne voyait pas ce qui lui valait son ton courroucé.
« À propos de quoi ? »
« Oh, ne fais pas l'innocent, Harry », répliqua-t-elle sur un ton sévère, qui lui fit penser au professeur McGonagall quand ils se faisaient prendre à enfreindre le règlement. « Depuis quand tu es suffisamment proche de Malefoy pour l'appeler par son prénom ? »
Harry cligna plusieurs fois des yeux, le temps que l'information fasse du chemin jusqu'à son cerveau. Il n'avait même pas songé au fait qu'Hermione n'était pas au courant, ça lui était venu naturellement.
« Depuis les TIG… », avoua-t-il, penaud.
Il déglutit. Elle parvenait toujours à le cerner. Toujours.
« Est-ce qu'il est gay ? »
« Hermione ! » s'insurgea-t-il.
« Réponds », le somma-t-elle fermement.
Harry soupira. Il la voyait venir. Et pourtant, ce n'était pas du tout là ses intentions. Il voulait juste l'aider… Bon, d'accord, il avait juste voulu aider Émory aussi. Mais la situation n'était pas du tout la même ! Émory le cherchait quand même depuis le début du stage, lui…
« Je n'en sais fichtrement rien, Hermione. Ce n'est pas… »
« Ta chute de Wronski, Harry », l'interrompit-elle, alors qu'il l'imaginait très bien lever les yeux au ciel.
Elle n'était peut-être pas très forte en Quidditch, mais elle savait comment utiliser ses connaissances pour lui faire comprendre ses avertissements. Elle reprit après un soupir.
« Je sais très bien qu'elles sont tes intentions. Mais il s'agit de Malefoy. Tu vas l'aider et après quoi ? Tu vas te dévouer pour lui sauver la mise ? Lui ne te fera pas de cadeau. Sur ce point, il n'a pas changé, ne l'oublie pas. »
« Avec moi, il est différent… », murmura-t-il en baissant la tête, comme un enfant pris en faute.
Dans le combiné, un nouveau soupir se fit entendre.
« Comme d'habitude, tu ne vas en faire qu'à tête. Bon, ne nous disputons pas, tu es suffisamment stressé comme ça, pas vrai ? » devina-t-elle, tandis qu'il acquiesçait, même si elle ne pouvait pas le voir. « Tu viens manger à la maison ce soir ? Ça te changerait les idées et ça me rassurerait de t'avoir près de moi. »
« D'accord. À ce soir alors, Hermione. »
« À ce soir, Harry. Je t'aime. »
Lorsqu'il raccrocha, un sourire s'était dessiné sur ses lèvres. Il n'était pas rassuré quant à l'issue de l'audience, mais au moins, il sentait un peu mieux. Quoi qu'il fasse, Hermione serait là…
… pour lui remonter les bretelles.
OoOoO
Harry avait passé la soirée chez Ron et Hermione, se servant de plus d'élixir viticole que de raison, si bien qu'Hermione lui avait interdit de rentrer chez lui en transplanant. Il avait donc passé la nuit sur le canapé du couple, le chat d'Hermione, Turbulence, l'observant avec méfiance, comme s'il le soupçonnait d'un mauvais coup.
La routine, pensa-t-il ironiquement en écoutant la présentation de Barney pour l'atelier d'éducation à la citoyenneté et à la philosophie.
Lorsque la fin du cours sonna, il observa tout son petit monde s'évacuer vers la sortie. Il s'étonna de la rapidité avec laquelle certains étaient devenus complices. Il avait l'impression d'être professeur des écoles, assistant aux échanges animés de ses élèves, qui riaient et continuaient le débat en dehors de sa classe. Il avait véritablement atteint son objectif principal avec cet atelier et il n'en était pas peu fier. Restait à voir si son idéal était réalisable : que cela leur serve de point d'appui et de ressort pour leur vie à l'extérieur de la prison.
Réconforté par ce constat, il vit alors Drago se diriger vers la sortie. Se rappelant qu'il avait quelque chose pour lui, il s'empressa de sortir sa housse anti-plissage de sa sacoche et accourut à sa suite.
« Drago ! J'ai quelque chose pour toi. »
Celui-ci s'arrêta avant de faire volte-face, le regard tombant sur la housse.
« C'est ton costume-cape pour l'audience », dit-il simplement, alors que Drago le regardait toujours sans rien dire.
« Merci », répondit-il finalement après quelques secondes de silence. « Tu as fait un excès de zèle ? »
Harry le dévisagea sans comprendre. Son expression dut mettre son interlocuteur sur la piste de son embarras, puisqu'il rit doucement.
« Tu as ta gueule de déterré du samedi matin », explicita-t-il.
« Oh », fit Harry, mal en l'aise, en se frottant l'arrière du crâne. « Ouais, j'ai passé la soirée avec Hermione et Ron. La bouteille d'élixir y est passée. Et je n'ai pas beaucoup été aidé. »
Il grimaça en avouant sa propre faiblesse.
« C'est marrant, j'aurais plutôt cru que l'ivrogne du groupe était Weasley », déclara Drago avec un sourire triste. « Bon, je dois y aller là. On se voit jeudi, Potter ? »
Alors qu'il tournait les talons pour rejoindre son cours de Métamorphose, Harry réalisa que si Drago pouvait avoir connu ce genre de soirée, ce n'était plus arrivé depuis longtemps. Finalement, la plus grande violence d'Azkaban, c'était la violence du temps perdu. Harry avait expérimenté des choses aussi banales qu'une soirée arrosée à refaire le monde avec ses deux meilleurs amis quand d'autres pourrissaient en regardant le plafond de leur cellule. Et ce temps, Drago ne pourrait jamais le récupérer.
OoOoO
La fin de la semaine était passée à une allure à peine croyable. Pourtant, ses nuits n'avaient pas été de tout repos, tandis qu'il se tournait et se tournait, encore et encore, dans son lit, des heures durant.
Le jeudi après-midi au cours de DCFM, Harry avait proposé un exercice de relaxation, et il avait bien senti que Drago n'était pas réceptif. C'était comme si de lourdes particules de plomb peinaient à se déplacer dans l'espace, attendant péniblement le jour de leur mise en poussière. Qui pouvait dire alors ce qu'elles libéreraient comme principe actif le moment venu.
Et le moment, c'était maintenant.
Harry se trouvait exactement à l'endroit qu'il avait cherché à fuir à la fin de la guerre. Celui-ci n'avait pas changé. C'était le même que dans ses souvenirs à l'aube de la cinquième année. C'était le même que dans ceux de Dumbledore durant l'année où il avait appris l'existence des Horcruxes : au centre, face à l'auditoire qui se remplissait peu à peu du public et des journalistes, le Mage en coiffe derrière lui, le plumier, qui authentifierait la décision judiciaire autour de lui, les différents Mages chargés de faire surgir la vérité juridique plus loin, sur la partie droite de la salle, les jurés populaires désignés par la Balance de feu à sa gauche, les experts dont Harry faisait partie et enfin, en bout de ligne juste avant le public, l'isoloir pour le détenu avec son Manitou et les Aurors chargés de la sécurité.
Son cœur battait la chamade, mais ce n'était rien comparé au moment où il vit Drago arriver dans son costume-cape, encadré par les Aurors et accompagné d'Hermione. Merlin, il était époustouflant. Le blanc de sa peau tranchait tellement avec le noir de son ensemble qu'Harry était incapable de dire s'il était blafard ou si c'était une impression. Dans tous les cas, si ce n'était pas son teint, c'était sa démarche qui était lugubre. À le regarder, on aurait pu croire qu'on l'emmenait au baiser du Détraqueur. Harry entendait presque les longs vibratos des cordes dans la chanson Deathzone d'Apocalyptica, rapidement rejoints par les coups courts et secs sur la batterie.
À cette idée, Harry frémit. Drago n'avait peut-être pas eu droit au retrait de son âme, mais les quatre années d'exposition l'avaient probablement bien morcelé. En cet instant, Harry n'était plus tout à fait certain du rapport coût/bénéfice de son action. N'aurait-il pas mieux fait de laisser Drago aller à fond de peine ? N'aurait-il pas pu lui épargner une nouvelle audience publique, la présence des journalistes ?
Il grimaça. C'était plus fort que lui. Et le regard de roche qui s'ancra dans ses iris le lui confirma. La détresse qu'il y lisait lui donna la force de se soulever. Aujourd'hui, quand le Magenmagot l'appellerait à la barre, lui appellerait le lion qui rugissait en lui, prêt à sortir les canines.
Son impulsion ne l'aida pas à patienter pendant que le Mage en coiffe déclarait l'audience ouverte. Sa tension s'intensifia encore alors que l'on faisait lecture des faits qui avaient mené à la peine. Hermione fut appelée à exprimer sa requête et à exposer point par point les éléments en faveur d'une libération sous surveillance tracée.
Les différents experts prirent ensuite la parole pour témoigner des faits et de la personnalité de Drago. Harry dut mordre sur sa Suçacide pour ne pas intervenir avant d'en avoir l'autorisation, espérant que sa langue ne fondrait pas au passage. Tous ces gens ne connaissaient pas Drago. Ils le voyaient à travers l'image publique, à travers son master status de Mangemort et de fils de Mangemort, parlant ainsi de son éducation. Harry n'était plus que fourmillements. Sa magie lui vrillait par tous les pores.
« Mr Potter. »
Enfin, il était interpellé !
Il se leva à pas aussi modérés que possible, bien qu'à l'intérieur il fusait aussi rapidement que son bon vieil Éclair de feu. Il jeta un rapide coup d'œil en direction de Drago alors qu'il gagnait la barre. Sa mâchoire était serrée à l'extrême tandis qu'il le suivait des yeux.
« Citez votre nom entier et votre fonction, je vous prie. »
« Harry James Potter, intervenant social au Service d'Aide Sociale aux Détenus. »
Il sentait sa voix trembler sous les vibrations de ses cordes vocales tendues à l'extrême. Il s'enjoignit à respirer. Ce n'était pas le moment de flancher.
« Jurez-vous sur l'honneur de dire la vérité et uniquement la vérité ? »
Le Mage lui-même semblait las de son discours maintes et maintes fois répété.
« Je jure sur l'honneur de dire la vérité et uniquement la vérité, Monsieur le Mage en coiffe. »
« Bien. Nous avons entendu différents experts qui, eux, s'opposent à une libération de Mr Malefoy. Vous, au contraire, soutenez cette alternative. J'ai lu votre rapport. Pouvez-vous étayer vos propos pour l'ensemble de nos auditeurs ? »
Harry hocha la tête, avant de se racler la gorge et de sortir un morceau de parchemin. Son discours était prêt. Ou plutôt, le plan de son discours. Il était de toute façon incapable de s'en tenir à un texte écrit mot à mot.
« Monsieur le Mage en coiffe, Mesdames et Messieurs les Mages et experts, Monsieur le Plumier, Mesdames et Messieurs les spectateurs et journalistes, ma présence aujourd'hui n'est pas anodine.
Je ne vous apprends rien en vous disant que notre pays a été dévasté par une guerre sans merci, opposant ce que l'on appelle communément le Bien et le Mal, opposant la Lumière aux Ténèbres. Dans cette guerre, je n'ai pas été simple spectateur, j'ai aidé à retrouver un équilibre. Équilibre que je n'ai pas trouvé et qui m'a poussé à migrer vers d'autres horizons, à comprendre, à mettre du sens dans cette réalité trop complexe. »
Il marqua une pause. Tout un chacun semblait pendu à ses lèvres, mais Harry les remarqua à peine. Il notait l'information, comme il notait les battements de son cœur et l'adrénaline qui courrait ses veines. Sa magie, elle, se concentrait en son centre, comme pour protéger ses forces vitales.
« J'ai trouvé plus de questions que de réponses, mais j'ai surtout compris pour quelles raisons je n'avais pas trouvé cet équilibre : nous avons tendance à diviser le monde entre la Lumière et les Ténèbres, à écarter ceux que l'on juge mauvais pour en conserver les bons, faisant de nous des êtres finalement aussi méprisables que ceux que nous jugeons. »
La salle sembla retenir son souffle face à l'accusation explicite et le Mage en coiffe se dandina quelque peu sur sa chaise en style ancien, se retenant probablement d'intervenir par politesse. Harry poursuivit, plus déterminé que jamais.
« En fait, nous nous trompons. Nous fermons les yeux sur cette réalité implacable : il n'y a pas de dichotomie nette. Nous sommes, chacun d'entre nous, un subtil mélange de Ténèbres et de Lumière. L'idée est donc de savoir si un rééquilibrage est possible pour que nos détenus se rapprochent davantage d'un gris clair. »
Harry commençait à avoir la bouche sèche et il regretta d'avoir laissé son gobelet d'eau à la table des experts. Mais il se remotiva, arguant pour lui-même qu'au plus vite il avancerait, au plus vite il pourrait étancher sa soif.
« Ça fait à présent un an et demi que je travaille au sein du SASD. D'abord comme conseiller administratif et, depuis presque deux mois, comme directeur des animations. J'ai vu de nombreuses personnalités défiler, faisant écho aux connaissances que j'ai cumulées au cours de ma formation. Savez-vous ce qui distingue un détenu qui a statistiquement le plus de chance de se réinsérer d'un individu qui récidive ? La rébellion. Ceux qui se rebellent sont ceux qui ont le plus de chance de réinsertion. »
Cette fois-ci, Harry entendit distinctement quelques raclements de gorge. Son discours ne faisait pas l'unanimité, il le savait, mais quitte à mettre la lumière dans un repaire de vampires, autant y aller au Lumos Maxima.
« En effet, ceux-ci s'adaptent plus facilement à la vie extérieure parce qu'ils ont gardé leur autonomie et leur libre arbitre malgré l'enfermement. Paradoxalement, on ne prend pas en compte les études qui le démontrent. On ne prend pas la peine, on ne prend pas le risque, parce que nous sommes aveuglés par nos peurs et nos besoins primitifs de vengeance. Nous croyons analyser les faits, mais nous justifions notre manque de recul et nos méthodes dénuées d'humanité pour écarter et fragiliser ceux que l'on identifie comme la cause de nos maux. »
Harry prit une dernière inspiration. Ça y était, il touchait à la fin de son laïus.
« Alors oui, il est vrai que Drago Malefoy a été reconnu coupable. Il n'est probablement pas un enfant de chœur et les différents faits mentionnés derrière les barreaux suffisent à démontrer qu'il n'est pas un gentil Boursouf rebondissant gaiement derrière les intervenants, les gardiens et les autres détenus qui imposent leur loi.
Le fait est qu'il n'est pas adapté à la prison. Drago Malefoy est un sorcier qui réfléchit. Un prisonnier ne peut pas survivre à l'enfermement s'il réfléchit. Mais si Drago Malefoy n'est pas un détenu exemplaire, il est un citoyen de demain, meurtri par la prison, avec les outils nécessaires pour se reconstruire à sa sortie. Et c'est pour cette raison que moi, Harry Potter, intervenant social spécialisé en magie noire, je crois en sa capacité de réinsertion. Et je m'en porte personnellement garant si, au demeurant, vous lui accordez cette liberté sous Trace. »
Harry s'interrompit, mettant ainsi fin à sa prise de parole. Il avait la bouche sèche et son cœur tambourinait contre sa poitrine. Il l'avait fait, il avait dit tout haut ce que la bienséance du Magenmagot n'admettait pas. Et face à lui, les visages fermés des Mages ne présageaient rien.
« Bien », fit le Mage en coiffe après un silence prolongé et particulièrement intenable. « Je vous remercie pour votre intervention, Mr Potter. Vous pouvez regagner votre siège. »
Harry s'exécuta, tandis que le Magistrat poursuivait.
« Nous avons entendu la Défense et les Experts. Je vais à présent me retirer pour entendre les Jurés et mes Mages associés. La séance reprendra à dix-sept heures précises pour le compte-rendu du délibéré. »
L'annonce provoqua un remue-ménage immédiat. Se rappelant qu'il était assoiffé, Harry s'empara de son gobelet d'eau. Il eut à peine le temps d'y tremper les lèvres que Hermione lui sauta dessus.
« Harry ! » s'exclama-t-elle, effervescente comme une potion crache-flammes. « Tu as été grandiose ! Bon tu vas au-devant des ennuis, comme d'habitude, mais tes propos n'étaient pas dénués de sens. C'était même très juste, cohérent et bien amené. »
« Hum ! Merci, Hermione. »
« Par contre… », continua-t-elle, son visage se fermant sur une expression sévère. « Je m'en porte personnellement garant ? Tu plaisantes ou quoi ?! »
Harry rit nerveusement, mal à l'aise.
« Avoue que ça a du cachet ! On ne se porte pas garant pour une cause en laquelle en ne croit pas ! »
Hermione leva les yeux au ciel, avant de soupirer.
« C'est peut-être bien ça, le problème. Tu ne devrais pas autant t'impliquer pour un usager. »
Son ton était à la fois réprobateur et découragé.
« Tu me crois si je te dis que tout va bien se passer ? » lui demanda Harry, dans l'espoir désuet de la convaincre.
« Oh non. Ceci dit, je crois que c'est ce que tu as envie de croire et que tu t'aveugles avec la vérité. Je n'ai qu'à attendre que tu t'en rendes comptes par toi-même. »
Sur ces mots, elle lui adressa un sourire d'excuse, avant d'aller retrouver celui qu'elle ne défendait que par amitié envers Harry.
Restait à attendre le verdict.
J'avais oublié que j'avais été vilain et que je vous avais dispensé du verdict dans ce chapitre mouhahaha Je suis si vilain.
Que pensez-vous du discours de Harry ? Où pensez-vous que se trouve son point de rupture, ce qui va le faire plonger ?
C'est maintenant que tout bascule.
On se retrouve la semaine prochain pour le verdict !
