Bonjour mes amours !

J'espère que vous allez bien et que le froid n'a pas encore congelé vos cerveaux. Pour ma part, je me suis déjà pété la gueule une fois dans les escaliers en me rendant à la gare. Mon cerveau va bien, je crois.

À part ça, que vous dire ? Au boulot, j'ai ma première stagiaire ! Ça fait bizarre de passer de l'autre côté de ma barrière. Mais j'imagine que le retour de Drago à la liberté vous intéresse beaucoup plus, alors je ne vous retiens pas davantage !

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 21.

« Do you feel the chill,

Clawing at the back of your neck?

I start to spill.

Did you really think that you could fix me?

They'll sell your bones for another roll.

Well sharpen your teeth.

Tell yourself that it's just business. »

And the snakes start to sing, Bring me the horizon.

« Sens-tu le froid,

Te griffer dans la nuque ?

Je commence à me renverser.

Pensais-tu vraiment que tu pouvais me réparer ?

Ils vendront tes os pour un morceau de pain.

Alors aiguise tes dents,

Dis-toi que ce sont les affaires. »

Et les serpents commencent à chanter, Bring me the horizon.


Le front contre l'écorce d'un arbre, Drago se demandait comment il en était arrivé là.

Deux heures auparavant, il serrait encore les dents en écoutant les soi-disant experts de sa vie expliquer à quel point il était inapte à la vie en société. Et il se retrouvait là, dans un appui inhospitalier, à tenter de ne pas mourir étouffé.

Il peinait à respirer, la cage thoracique écrasée sous l'effet du plomb. Les battements de son cœur étaient si intenses et douloureux que les larmes lui montaient aux yeux. Pour peu, il aurait appelé sa mère à l'aide, mais elle se trouvait derrière lui, dans l'endroit qu'il venait justement de quitter.

Azkaban. L'immense tour se dressait, menaçante, terrifiante. C'était entre ses murs de pierre qu'il avait passé les quatre dernières années et, paradoxalement, il les regrettait déjà. Le monde était gigantesque, et il ne semblait vouloir faire qu'une seule bouchée de lui.

Il n'avait nulle part où aller. À l'entrepôt, on lui avait rendu ce avec quoi il était arrivé en se rendant à la Justice : la baguette magique de sa mère et un sac contenant en tout et pour tout deux pyjamas, un costume, une cape, trois chemises et des sous-vêtements de rechange. Et on lui avait fait comprendre qu'il devrait attendre le lundi matin pour voir ce qu'il restait des biens de sa famille.

Pour couronner le tout, on lui avait réappliqué la Trace comme à un vulgaire mineur ! Il avait le droit d'utiliser la Magie, mais le moindre de ses sortilèges serait contrôlé et il aurait intérêt à pouvoir se justifier…

Comme dans un élan de survie, il inspira un grand coup. Piteusement, il constata que sa respiration, hachée, ressemblait à des sanglots. « Mon pauvre, dans quel état pitoyable tu es… », pensa-t-il, honteux. Il enfonça un peu plus la tête dans l'arbre, espérant ainsi pouvoir y disparaître, se fondre dans la nature… Cette pensée lui rappela à quel point son existence était insignifiante dans l'immensité du monde et il émit un son plaintif. Un animal apeuré, voilà à quoi il devait ressembler.

Dans la seconde qui suivit cependant, son fameux cerveau reptilien en action, il se tendit.

« Fait chier ! Je suis désolé, Drago, je n'arrivais pas à me dépêtrer des journalistes. »

Potter. Au son de sa respiration saccadée, il paraissait avoir couru. Et Drago ne l'avait pas entendu monter la butte. Quel spectacle lamentable il lui offrait. Il ne parvenait même pas à ordonner à son corps de se déplacer pour offrir une image un peu plus décente. Enfin, au point où il en était de toute façon…

« Merde, t'es pas au mieux, toi. Attaque de panique ? » devina-t-il.

Incapable de parler sans déverser son angoisse, Drago leva sa main, lui présentant son index et son pouce pour signifier « un petit peu ». Il était partagé entre l'ironie et l'envie de frapper du poing pour s'écorcher, dissimuler la déchirure intérieure par une autre encore plus forte.

« Je te promets qu'elle est un peu plus grosse que ça », lui signifia Potter sur le ton de l'humour.

Un léger rire un brin rocailleux s'échappa d'entre les lèvres de Drago. Cet idiot avait osé l'humour. Insupportable.

« Ah… ouais… », répondit finalement Drago, comme s'il puisait dans son stock d'oxygène.

Sa tentative de provocation avait lamentablement échoué.

Une main se posa sur sa nuque. Il en eut instantanément le souffle coupé.

« Viens là », fit Potter, l'invitant à se tourner vers lui.

Avant même qu'il ait pu prendre conscience de ce qui lui arrivait, Drago se retrouva le nez dans le cou de son ancien ennemi, humant à pleins poumons son odeur. C'était une eau de toilette étrangement douce et musquée à la fois.

Au fur et à mesure que sa respiration recouvrait un rythme normal, Drago réalisait qu'il se trouvait appuyé contre Potter, ni plus ni moins dans ses bras, pour la deuxième fois en moins de trois semaines. Et force était de constater que ça le calmait.

« Tu te sens de bouger ? On ferait mieux de transplaner avant que des journalistes aient la brillante idée de venir te cueillir à la sortie d'Azkaban », lui murmura Potter, lui arrachant un soupir.

Effectivement, il préférait clairement éviter cette bande de rapaces. Surtout vu l'état actuel des choses.

En guise de réponse, il grogna à l'oreille de Potter, qui le prévint du transplanage imminent. Il eut à peine le temps de penser « ouf ! » qu'il se sentit aspiré dans l'étroit conduit invisible. L'instant d'après, il prenait une grande inspiration. Le monde lui paraissait toujours aussi immense et effrayant, mais c'était presque une bénédiction en regard de l'inconfort du transport. Et la main de Potter, toujours dans sa nuque…

« Ça va ? » s'enquit-il.

« Je ne suis pas fait en sucre », répliqua spontanément Drago.

Potter s'esclaffa aussitôt.

« Je confirme, tu vas mieux. Après toi. »

Drago se redressa en constatant qu'il lui ouvrait la porte d'un café. Le genre d'endroits qu'il n'aurait jamais fréquenté si on ne l'y avait pas conduit.

Il s'exécuta, avant de se retourner vers Potter, qui le suivait.

« Tu es sûr que c'est approprié comme endroit ? »

« Depuis un an et demi que je vis ici, aucun article n'est paru dans la Gazette ou que sais-je autre média à sensation. Alors oui, je pense que c'est approprié. »

« Je veille au grain », assura alors une voix derrière eux.

Un sourire se dessina sur le visage de Potter, ce qui incita Drago à découvrir la personne qui avait fait irruption dans son dos.

C'était une femme, la cinquantaine. Elle lui faisait étrangement penser à Molly Weasley, en moins excentrique.

« Je suis Annette, la tenancière. Enfin, avec mon mari, Thierry, mais il est occupé dans les cuisines en ce moment. On a fait installer des sorts anti-journalistes, on tient à la tranquillité de notre clientèle. Vous êtes un ami de Harry ? »

Ses yeux semblaient briller légèrement à cette question, comme si elle était émue à l'idée de se faire sa rencontre. Drago était perdu. Quel était le lien entre Potter et cette femme ? Il ne savait pas quoi lui répondre, et ce n'était pas tant pour le fait qu'il ne la connaissait pas que pour le fait qu'il… ne savait juste pas. Non, il n'était pas ami avec Potter. Mais qu'était-il alors ?

Le premier vint d'ailleurs à son secours.

« Annette », râla-t-il ouvertement. « Tu sais bien que je ne ramènerai jamais que des amis. »

Son ton parut étrange à l'oreille de Drago, mais celui-ci ne dit rien. Quelque chose lui disait que Potter pensait la même chose que lui, mais qu'il ne voulait pas entrer dans les détails avec la sorcière. Et ça lui convenait parfaitement, il n'avait pas tellement envie que tout le monde sache qu'il venait de sortir de prison. Par Salazar, et dire que quelques heures auparavant, il se trouvait encore dans sa cellule à Azkaban…

La fameuse Annette sembla faner sous ses yeux, avant de leur désigner une table.

« Très bien. Je vous apporte quelque chose à boire ? À manger ? »

« La carte, s'il te plaît. »

Elle fit volte-face et Drago suivit Potter, qui prenait place à la table précédemment désignée. Pourtant installés en face à face, Drago évita le regard de Potter. Ce n'était pas seulement une question de malaise : il avait été si habitué aux quatre murs gris de sa cellule – ou blanc sale, il ne savait pas trop – que les lieux, bien que banals, lui en mettaient plein les yeux. Il ne savait plus où regarder, entre les tableaux accrochés, le comptoir en bois, la décoration très « hall de gare » et même les luminaires. C'était simpliste, mais bien plus chaleureux que tout ce qu'il avait connu dernièrement.

Il fut sorti de ses pensées par Annette qui revenait avec la carte des menus. Elle affichait une expression plus pincée, comme si elle se retenait de se mêler de leurs affaires. Quoique, à en juger par le regard qu'elle lui lança, elle avait peut-être compris qui il était…

« Je reviens dans cinq minutes pour vos commandes », annonça-t-elle avant de disparaître à une autre table.

Drago constata à ce moment-là que, par chance, les lieux étaient pratiquement déserts. Il était incapable de dire si c'était normal pour un vendredi soir, compte tenu de son absence prolongée dans le monde des sorciers libres.

Avec un bref soupir, il porta alors son attention sur la carte. Ses yeux mirent quelques instants pour comprendre où chercher. Sur la première face, il y avait les entrées, sur la deuxième les plats, sur la troisième les desserts et, enfin, sur la quatrième, les boissons. Si on considérait la pauvreté des propositions, on pouvait juger que tout était préparé sur place. Par contre, si on considérait l'absence totale de choix que Drago avait connus ces dernières années, c'était tout simplement énorme. Il ne savait pas où donner de la tête.

Potter sembla prendre conscience de son trouble, puisqu'il retourna sa propre carte pour lui désigner un plat.

« Les tourtes aux oignons sont bonnes. Sinon, il y a le classique saucisse-purée, ça ne te changerait pas trop de Poudlard. »

« Effectivement », fit Drago, qui ne savait qu'en penser. Dans l'absolu, ça lui était égal. Il soupira. « Je ne sais même pas ce que je vais faire de ma vie… Je n'ai rien, pas même une Noise. »

Il se perdit dans la contemplation de la rue par la fenêtre, en proie à un fort sentiment de lassitude. Ce soir, il était dans cette taverne, mais demain ? Il dormirait sous les ponts, passerait de squat en squat, vivant dans la crainte de faire une rencontre malheureuse ? Quelle vie… Entre ça et Azkaban, il ne savait plus qu'elle était sa préférence, en fin de compte.

Il entendit vaguement Potter commander les tourtes avec deux Élixirs de Bienfaisance, le vin du petit peuple.

Le silence s'étira jusqu'à ce que la tenancière leur apporte leurs boissons.

« Qu'est-ce que je t'ai dit il y a quelques jours ? »

Drago prit alors la peine de regarder dans sa direction. Potter ne semblait pas particulièrement content, l'irritation rendait sa voix plus grave. Que Drago trouve cela affriolant était désespérant vu les circonstances. Néanmoins, il ne pouvait pas le laisser lui parler de cette manière.

« Je sais très bien ce que tu m'as dit, Potter. Mais tu as suffisamment fait pour moi. Je dois me débrouiller tout seul, à présent. »

Celui-ci secoua la tête en soupirant longuement.

« Tu parles. On est vendredi soir. Où est-ce que tu comptes aller ? Tu ne peux même pas entamer une demande d'accès aux comptes de ta famille, les bureaux sont fermés jusqu'à lundi matin. Et j'ai de la place pour t'héberger en attendant. »

« Je me débrouillerai. »

En vérité, il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait le faire. Mais ça ne pouvait être plus long à attendre qu'en prison, si ? De toute façon, il ne pouvait pas interférer comme cela dans la vie de Potter. Il se rappelait très bien sa mine desséchée du samedi matin. Potter avait une vie sociale, et une vie sexuelle qui plus était. Il n'allait pas s'empêtrer d'un ancien détenu.

« Très bien, fais comme bon te semblera, Drago. Je demanderai juste à Annette de me tenir au courant. Parce que si tu changes d'avis, c'est ici que l'on se retrouvera. Elle saura comment me joindre. »

OoOoO

Drago était parti. Il avait mangé sa tourte, bu son Élixir et il était sorti sans demander son reste. Il avait de toute façon eu beaucoup plus que ce qu'il aurait osé espérer.

Pourtant, cela faisait plusieurs heures à présent qu'il errait sans but dans les rues de Londres. La nuit était tombée. Les températures également. Et sa cape était loin de lui suffire.

Quel idiot ! Il avait voulu être courageux, assumer, mais il n'était qu'un vulgaire gamin bouffi par l'orgueil. Il n'avait besoin de personne, il ne voulait rien redevoir à personne. Et surtout, il n'était pas sûr de pouvoir faire confiance à qui que ce soit.

Mais après tout, pouvait-on vraiment attendre plus de maturité de sa part ? Il l'avait lui-même admis à Potter, une part de son esprit était toujours ce gamin de dix-huit ans au sortir de la guerre. Ce n'est pas un manque de prévoyance, c'était simplement un manque d'expérience. Et un trop-plein dans d'autres domaines…

En soupirant, Drago pressa le pas. Il repassait devant la route principale, qui débordait de bars, de boîtes de nuit et de fêtards. C'était à quelques mètres de lui et pour autant, ce n'était pas le même monde. Il fuyait les lumières aveuglantes comme un vampire. Toute cette effervescence lui donnait surtout envie de se cacher, de gagner un peu de tranquillité.

Voilà qu'après avoir fui Potter et sa proposition, l'instinct de survie le poussait à revenir là où il l'avait quitté plusieurs heures auparavant. L'instinct et la détermination d'apprendre, parce qu'avec Potter, il avait déjà évolué. Il devait mettre un peu de sa fierté de côté, mais le jeu en valait la chandelle.

En arrivant Chez Annette et Thierry, il constata avec soulagement que l'endroit était toujours ouvert. Il y avait à présent un peu plus de monde, principalement des bandes de jeunes occupés à échanger avec enthousiasme devant leur bière. La cloche tinta lorsqu'il passa la porte, et il fut aussitôt accueilli par Annette.

« Ah ! Je savais bien que vous reviendriez. Harry ne semblait pas trop y croire, lui », révéla-t-elle. « Je vais l'appeler. Je vous sers quelque chose en attendant ? »

« Mmmh. Un verre d'eau, s'il vous plaît. »

Il regarda autour de lui, indifférent à la clientèle qui ne paraissait même pas avoir noté son arrivée. Il s'assit à une chaise du comptoir et son regard tomba sur une horloge qui affichait une heure du matin. Ainsi, Potter n'avait pas cru qu'il reviendrait. Il allait assurément le déranger en pleine soirée…

Perdu dans ses pensées, il sursauta presque lorsque Annette revint avec son verre d'eau, qu'elle posa devant lui.

« J'ai eu Harry au téléphone. Il a dit qu'il serait là dans dix minutes. »

Drago la remercia d'un hochement de tête et s'empara de sa boisson, sa vue se perdant loin, au-delà du mur devant lui. Son attention fut à nouveau troublée, cette fois par du mouvement, puisqu'un individu passa devant la porte vitrée qui donnait sur un couloir, avant de sortir tout à fait du bâtiment. Il n'y accorda pas davantage d'intérêt, songeant que l'étage de la brasserie devait être habitable, jusqu'à ce que, quelques minutes plus tard, Potter surgisse devant la même porte vitrée, qu'il emprunta.

Les cheveux mouillés et apparemment habillé à la va-vite, il se dirigea vers lui dès qu'il l'eut repéré.

« Tu es revenu », dit-il en affichant un grand sourire, le souffle court. « Désolé, j'ai pris une douche avant, je… »

« Tu étais encore en charmante compagnie », acheva Annette pour lui.

Potter rougit jusqu'à la racine de ses cheveux, tout en se frottant l'arrière du crâne, mal à l'aise. Avec ses pupilles embuées, probablement par un léger état d'ébriété, il avait l'air mutin de celui qui enfreint les règles et qui assume moyennement. Potter dans toute sa splendeur, en somme.

« Ouais, c'est ça », grimaça-t-il.

Drago, quant à lui, ressentait quelque chose de curieux… un mélange d'espoir et de désir. Désir d'avoir ce que l'autre homme avait eu de Potter. Espoir, parce que Potter avait interrompu leur activité pour lui. Une impulsion nouvelle s'éveilla en lui. Il voulait suivre Potter, là où il voudrait bien l'emmener.

Merlin, Drago avait à présent la certitude que Potter aimait les hommes. À en croire la serveuse, il n'en était pas à son coup d'essai, elle devait les avoir vus défiler. Contrairement à Drago, qui n'avait que son propre manche à astiquer…

« Bon, viens, je vais te montrer où j'habite », l'invita Potter, avec empressement, comme s'il voulait éviter de s'éterniser. « Bonne nuit, Annette. »

« Bonne nuit, les jeunes. À demain matin ! »

Sans plus de cérémonie, Drago suivit Potter par la porte vitrée, puis il tourna à droite. Le couloir qu'il avait précédemment deviné donnait sur une volée de marches en bois, que Potter grimpait déjà quatre à quatre.

Il l'attendit en haut et sitôt la porte d'entrée passée par Drago, il la referma derrière lui.

L'endroit était pour le moins rudimentaire. Sur la droite, il y avait un salon, qui contenait, en tout et pour tout, un canapé, une bibliothèque et un bureau. Sur la gauche, formant comme une seule et unique pièce avec le séjour, une cuisine basique – évier, armoires, plan de travail – avec sa table ronde et ses quatre chaises. Un bout de couloir donnait sur trois autres portes fermées. Il s'agissait probablement de l'ancien logement des propriétaires de la brasserie, devenu trop étroit pour une famille.

« Ce n'est pas très grand, mais bon, je vis seul alors… »

« Ça fera l'affaire. C'est toujours plus grand que neuf mètres carrés avec deux autres détenus. »

« Hum, c'est sûr. Bon, je te montre le reste. »

Il s'engagea à l'arrière, Drago sur ses talons. Il ouvrit la porte de gauche, dans laquelle Drago jeta un œil.

« La salle de bain. Il y a tout ce qu'il faut dans les armoires. Je dois même avoir une brosse à dents neuve dans le meuble derrière le miroir. »

Une fois de plus, c'était simpliste. Mais il y avait quelque chose qui lui plaisait bien : c'était justement un bon intermédiaire entre Azkaban et le luxe qu'il avait connu, ça ne devrait pas être trop difficile. Et puis il y avait une bonne odeur… quelque chose de musqué et de doux à la fois, qui lui donnait la sensation d'être là où il voulait être.

Son odeur, réalisa Drago. Tout s'expliquait.

« Et par là, c'est ma chambre », fit Potter, à mille lieues de ses pensées. « Merde, j'aurais dû ouvrir la fenêtre avant de descendre. »

Ce faisant, il avança dans la pièce et Drago ne put que constater le remue-ménage. Et surtout, l'odeur moite du sexe… Merlin, Potter allait le tuer. C'était à la fois terriblement excitant et dérangeant. Il ne voulait pas imaginer Potter dans des positions plus qu'explicites avec le grand brun de tout à l'heure…

D'ailleurs, si c'était ça, son genre, il était dans la merde. On aurait dit un Sirius Black dans sa jeunesse. C'était un peu malsain aussi, non ?

Potter repassa devant lui, en évitant son regard, et ça eut au moins le mérite de dérider Drago, qui cessa de penser à ses activités charnelles. Son cœur s'accéléra à l'idée qu'il puisse être embarrassé par la conjonction lieu de sexe et présence de Drago.

« Et là, c'est ta chambre. Enfin, c'est la chambre que tu peux occuper le temps que tu resteras ici. »

Cette fois-ci, Drago entra franchement dans la pièce, découvrant une petite pièce avec un lit une place, un coffre à jouets et une petite bibliothèque, contenant ce qui semblait être des livres pour enfants. Il y avait également quelques peluches et la décoration était un peu plus fournie par rapport au reste du studio. Un dessin prenait place sur une bonne partie du mur du fond : un sorcier qui filait droit vers les étoiles, penché sur son balai.

Sous le choc, Drago fit volte-face un peu trop rapidement, surprenant Potter qui recula d'un bond.

« Une chambre d'enfant ? » s'étonna Drago avec le plus de calme possible, son cœur tambourinant dangereusement au fil des théories que son esprit construisait.

Reprenant ses esprits, Potter se racla la gorge.

« Hum ! Normalement, c'est la chambre que Teddy devrait occuper. Je suis son parrain, tu sais… ? » commença-t-il, un peu dérouté.

Drago secoua la tête. Non, il ne savait pas. Mais la situation semblait peiner Potter. Et le rassurait un peu.

« Et s'il veut venir loger chez toi ? »

« Ça ne risque pas d'arriver de sitôt. Je n'ai pas trop eu le temps de m'en occuper depuis la fin de la guerre. Un peu avant mon départ au Canada, puis… »

Il soupira, avant de s'apprêter à sortir de la pièce.

« Cette chambre, c'est surtout une promesse que je compte prendre le temps quand j'aurai mis un peu d'ordre dans ma vie », admit-il d'une petite voix. « Bon, je suis vanné, je vais me coucher. N'hésite pas à prendre une douche si tu le souhaites, je suis tellement mort que ça ne me réveillera pas de toute façon. Bonne nuit, Drago. »

« Bonne nuit, Potter. »

OoOoO

Drago n'avait pas beaucoup dormi. Pendant la nuit, il avait joué avec sa baguette, sans pour autant faire usage de la magie. La retrouver après autant de temps était une sensation étrange, et même en la retournant dans tous les sens, il ne parvenait pas à s'y faire.

Enfin, ce n'était pas vraiment sa baguette non plus. C'était toujours celle de sa mère, qui la lui avait donnée et ne l'avait pas récupérée. Il n'avait pas vraiment pu s'en procurer de nouvelle depuis la bataille de Poudlard. Il se demandait si Potter avait toujours la sienne…

À défaut de trouver le sommeil, il s'était donc levé, passant devant la porte entrouverte de la chambre de son hôte, dont la respiration lente et profonde se faisait entendre. Puis il s'était installé à la fenêtre de la cuisine, observant la ville qui s'éveillait doucement en contrebas. Seul le souffle paisible de Potter était audible, donnant l'impression que l'appartement respirait.

Aux alentours de huit heures, le bruit cessa pour laisser place à d'autres, plus mouvementés. Potter se réveillait.

Il arriva moins de quelques minutes plus tard, le visage chiffonné par le sommeil et vêtu, en tout et pour tout, d'un caleçon, déformé par son érection matinale. Il se figea, tandis que Drago le dévisageait de haut en bas.

« On fait un petit matin triomphant, Potter ? » se moqua-t-il.

Potter s'empourpra tout en se passant une main à l'arrière du crâne, comme à chaque fois qu'il était mal à l'aise.

« J'avais oublié que tu étais là, pas encore réveillé », marmonna-t-il, en se dirigeant vers la machine à café. « Hum ! Non, je vais d'abord mettre un pantalon. »

Il fit demi-tour, retournant dans sa chambre, pour en revenir avec un bas de pyjama. Drago n'était pas certain que ça soit suffisant, à en juger par sa propre érection naissante. À son corps défendant, Potter était sacrément bien bâti. Et ce n'était certainement pas son travail en prison qui lui avait sculpté ce corps.

Qui plus était, au retour de Potter, il ne put que juger que son rhabillage était inutile pour dissimuler sa rigidité.

« Je te fais un café aussi ? » lui proposa-t-il une fois face à la machine, sans pour autant le regarder.

De son perchoir, Drago ne pouvait que constater qu'il avait encore les joues rougies, et cela le mit immédiatement de bonne humeur.

« Volontiers », répondit-il en se déployant, avant de s'installer à la table ronde.

Dans une absence d'échanges que Drago ne trouva pas dérangeante, Potter prépara les deux cafés, suivi des yeux par le premier. Lorsqu'il posa les deux tasses sur la table, il s'assit avec nonchalance, jusqu'à bâiller. Heureusement, il mit la main devant sa bouche, mais poussa ensuite un gros soupir digne du Poudlard Express en entrée de gare.

« Toujours plein d'élégance à ce que je vois », railla Drago.

« Et toi, toujours aussi précieux », répliqua Potter, qui réprima un nouveau bâillement.

Drago sourit, amusé par l'image du Sauveur du monde sorcier au réveil. Et c'était lui qui était supposé être son preux chevalier !

« Tu ne t'offusques même pas », nota Potter en levant les yeux dans sa direction.

Drago haussa les épaules. Les prunelles émeraude l'observaient avec une naïveté déconcertante, preuve que Potter avait encore l'esprit embrumé.

« Peut-être parce que c'est la vérité. »

« Où se trouve ta mauvaise foi légendaire, Drago ? » fit Potter en souriant jusqu'aux oreilles.

« Dans l'aile des Mangemorts, le jour où tu as cessé de m'appeler par mon patronyme », lui rétorqua Drago d'une voix traînante.

La réflexion eut sitôt fait de figer Potter, qui le dévisagea, perdu. Son expression semblait dire : « tu te fiches de moi ou quoi ? ». Drago éclata de rire.

« Il en faut peu pour te déstabiliser, Potter. »

Ce dernier grogna, avant de jeter un coup d'œil à l'horloge murale.

« J'ai pas l'habitude de me lever aussi tôt, ça me perturbe. D'habitude, je me lève, je prends une douche et je descends rejoindre les gars », expliqua-t-il en mangeant ses mots, comme s'il en faisait l'économie.

Potter n'avait décidément rien de séduisant au petit matin. Enfin, presque rien…

« D'ailleurs », continua Potter, « si tu veux venir… »

« Pour voir la tronche de Weasley ? Merci, mais je m'en passerai », répondit précipitamment Drago, avec une aversion non dissimulée.

Potter explosa littéralement de rire, pour Merlin savait quelle raison.

« Ron ? Non, non, il ne sort pas avec nous. Il ne fait pas partie de la bande de sorteurs », développa-t-il, pleurant presque du fait de son hilarité.

Interloqué, Drago le fixa.

« Vous êtes en froid ? »

« Hum non. On se voit toujours, disons juste que nos soirées sont plus posées. L'effet du mariage sur lui, peut-être », fit Potter, pensif.

Cette fois, Drago afficha un rictus moqueur.

« Qui a bien voulu épouser cet énergumène ? »

Potter grimaça, apparemment pas très à l'aise.

« Hermione. »

Drago en resta sans voix. Il songeait au fait que Granger méritait bien mieux que ce sorcier sans distinction. Elle, au moins, elle avait quelque chose dans le crâne.

Potter soupira, avant de se lever et de fouiller les poches de sa cape, négligemment pendue à l'une des chaises. Il en sortit une cigarette, qu'il alla fumer à la fenêtre.

Un froid s'installa, et Drago se demanda ce qu'il se passait dans le couple Weasley-Granger pour que leur ami réagisse de cette façon. Mais il garda ses questionnements pour lui, persuadé que si Potter n'ajoutait rien, l'envie n'apparaîtrait pas comme par magie.

OoOoO

Le lundi matin, Drago s'était rendu au Service d'Aide Sociale aux Détenus, laissé à l'expertise de Leyla par Potter en personne.

Ils avaient discuté de sa situation et ensemble, ils avaient commencé des démarches pour une aide financière, les comptes et les biens de Malefoy étant détenus par le Ministère jusqu'à la fin effective de sa peine. Ils avaient tout de même rédigé un courrier pour demander un accès anticipé du fait de sa surveillance tracée, mais elle lui avait clairement fait comprendre qu'il ne fallait pas trop escompter une réponse ; les délais étant relativement longs, il y avait fort à parier que la procédure automatique s'appliquerait avant que celle-ci lui parvienne.

Drago sentait la frontière fragile entre celui qu'il était et celui qu'il aurait dû être : un sorcier respectable, qui n'avait de compte à rendre à personne. Un sorcier qui aurait pu se targuer de sa superbe de Sang pur.

À la place, il devait prendre sur lui et se fier à la générosité de Potter pour l'héberger durant les quatre semaines à venir, le temps de savoir s'il aurait droit à une aide du Ministère.


Alors, qu'avez-vous pensé de la sortie de Drago ? Comment vous envisagez leur cohabitation et la suite de leur relation ? Est-ce que ça va fricoter et comment ? Héhé (est-ce que je suis là où on m'attend ? Ahah)

Je vous dis à la semaine prochaine, flux énergétique de scarabée sur vous,

Cai.