Bonjour mes amours !
J'espère que vous allez bien. Au moment où j'écris ces lignes, nous sommes dimanche, et je me demande comment je vais survivre à la semaine qui s'annonce : je travaillais hier (samedi, donc), demain j'ai une première réunion puis formation, et j'enchaîne avec une autre réunion. Mardi, je termine à 19h, donc je rentre à 22h. Mercredi, je suis en atelier de réflexion HSH (hommes ayant des relations avec d'autres hommes - entendre "personnes possédant un pénis") toute la journée. Jeudi (aujourd'hui pour vous, donc) et vendredi (demain), journées de bureau avec entretiens. J'enchaîne avec la soirée de Noël des bénévoles, puis avec mon anniversaire le 22 décembre, et j'irai boire un verre pour l'occasion... je pense que le dimanche 23, je serai au lit toute la journée ahah Ma vie d'étudiant étant terminée, je reprends le boulot le 26 décembre, eh oui. (Personne pour me rendre visite, je serai seul au bureau ? ahah)
Ceci dit, pour une fois, je suis motivé à écrire mes notes d'auteur en avance parce que ma femme (non, je ne suis pas marié) a commencé à lire Vae soli suite à des conversations aux thèmes proches (limite entre distance professionnelle et aide/engagement, vécus difficiles, solitude, trouver la lumière dans les moments sombres...). Je ne sais pas combien de temps tu mettras pour arriver ici, mais sache que tu me motives à écrire, et ça c'est inestimable. Je t'aime ! *cœur sur toi*
Pour celleux qui n'auraient pas vu mon statut sur la page FB, sachez que des OS de Noël sont en préparation. L'un pour le concours thématique des Chalusse d'Ebènes, un autre comme cadeau pour une amie et un dernier comme suite à l'OS de décembre 2017 "Trois flocons de neige et réglisse sur mes lèvres". Je ne peux pas vous dire quand je les publierai, mais je peux vous dire qu'ils le seront dans le recueil "Guirlande de Noël", que vous pouvez d'ores et déjà mettre dans vos follow. Ma description de profil a également été mise à jour, et j'y précise notamment que si les OS bonus de TALYPE et les Portraits inclusifs sont en suspens, je ne les abandonne pas pour autant.
Sur ce, je vous laisse à la lecture de ce nouveau chapitre, avec la décision de Harry en apprenant que Drago est sans le sous...
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 22.
« Through the glass I lose myself
In the darkest deep
Time is just a memory
With its sun's on me (…)
.
Still fighting my demons
But I follow
Follow you down. »
Up down, Boy Epic.
« À travers la glace, je me perds moi-même
Dans les profondeurs sombres
Le temps n'est qu'un souvenir
Avec son soleil sur moi (…)
.
Je combats toujours mes démons
Mais je te suis
Je te suis dans ta chute. »
Ça monte et ça descend, Boy Epic.
La cigarette au bec, Harry était en train d'entonner Heroes de David Bowie, avec un rythme plus que douteux, mais avec une bonne humeur non feinte. Il sursauta lorsqu'on vint frapper à la porte de son bureau.
Il reprit une position assise correcte, alors que la porte s'ouvrait. Drago se figea littéralement dans l'encadrement, assistant à la scène qui se jouait devant lui.
« Ça bosse dur ici », gaussa-t-il sur Et nous nous embrassions, comme si rien ne pouvait échouer. Et la honte était de l'autre côté.
Plus cliché gay, c'était compliqué. Il fallait qu'Harry prenne garde à ce qu'il faisait, au risque de se griller tout seul. Parce que si Drago lui posait directement la question, il ne pourrait pas mentir. Ou il le ferait, mais sans être convaincant.
« Hum ! Je t'avoue que certaines préparations d'atelier nécessitent de décompresser un peu », se défendit-il en écrasant sa cigarette dans le cendrier posé sur la table.
« Celle-ci porte sur quoi ? » lui demanda Drago en refermant la porte derrière lui.
Il s'assit face à lui, attendant une réponse.
« Les Anormaux de Michel Foucault. Il explique le concept d'anormalité en tant que tel, comment il a été créé par la société, et son évolution dans le temps et dans l'espace. »
« Quand ça l'arrange, en somme. »
« C'est ça. Alors, ton entretien avec Leyla ? »
Drago grimaça, avant de soupirer. Il tourna la tête et son regard se perdit au loin. Pourtant, lorsqu'il s'exprima, il paraissait parfaitement connecté à la réalité.
« Les comptes Malefoy sont bloqués jusqu'à la fin effective de ma peine, autrement dit jusqu'au 22 septembre 2003 », lâcha-t-il, la mâchoire serrée. « Je ne peux même pas récupérer le Manoir. Compte tenu de son utilisation durant la guerre, il est saisi comme une sorte de pièce à conviction. »
Harry soupira en secouant la tête. Ce gouvernement… Parfois, il se demandait pour quelles raisons il exerçait ce métier. Ça le mettait tellement en rogne que ça affectait probablement sa santé mentale.
« J'imagine qu'elle a lancé une demande pour une aide financière ? » lui demanda-t-il d'une voix tendue.
« Oui. Un mois d'attente, le temps que ça passe par le Conseil d'Administration. »
Harry se leva d'un bond pour s'empêcher de taper du poing sur la table. Il le savait et pourtant, il était énervé par cette réponse. Comment pouvait-on sérieusement laisser un ancien détenu fraîchement libéré sans le sou pendant un mois ? Comment aurait fait Drago s'il n'avait eu personne à l'extérieur pour l'aider et le soutenir ? Ce n'était pas comme s'il pouvait prévoir sa sortie, puisqu'on n'acceptait pas les demandes précédant une sortie.
Occupé à tourner en rond dans la pièce, Harry s'arrêta devant le tourne-disque, dont la chanson Sons of the silent age commençait à l'irriter. Il avait besoin d'un rythme plus agressif, à la hauteur de son agitation. Il opta pour Feuer frei ! de Rammstein, pour un petit feu à volonté. Il ferma les yeux sur les premières notes, sentant les frissons le parcourir au fur et à mesure que les frottements contre les cordes s'intensifiaient pour gagner en vitesse et en énergie.
Il n'avait pas pour habitude d'écouter du metal, mais le metal industriel avait une place particulière dans ses moments de tension. C'était décompressant.
Il inspira et expira plusieurs fois d'affilée, se laissant traverser par la mélodie. Une fois apaisé, il rouvrit les yeux. Drago le dévisageait, incertain.
« Je sais que c'est plus long que prévu et je n'abuserai pas plus de ton hospitalité. Si tu veux bien me laisser une marge de quelques jours, histoire que je trouve un petit boulot… », commença-t-il.
« Non mais t'as cru, toi ! » s'insurgea Harry. « Ce n'est pas ta présence qui m'agace, Drago. C'est ce système de merde. Tu vas rester chez moi, c'est non négociable. Quant à trouver du boulot, tu oublies, parce que tu vas avoir besoin de temps pour bosser tes ASPIC de façon autonome. »
« Mes… mes ASPIC ? » s'étonna Drago. « Désolé, mais là, je ne te suis pas, Potter. Comment veux-tu que je passe mes ASPIC ? Les inscriptions doivent être clôturées depuis des mois, même en candidat libre… »
Cette fois, Harry afficha un immense sourire. Il y avait un rai de lumière dans toute cette vilenie.
« En fait, en commençant à suivre les cours à Azkaban, tu as été directement inscrit aux épreuves qui auront lieu début avril », lui révéla-t-il. « Donc tu as encore un gros mois pour te préparer à les passer. Et comme j'imagine que tu ne remettras pas les pieds en prison pour suivre les cours directement sur place, je te ferai parvenir les différentes matières. Ça te va ? »
« Si ça me va… C'est inespéré », souffla Drago, si bas que Harry aurait pu ne pas l'entendre avec la musique s'il n'avait pas les yeux rivés sur son visage.
« Adjugé vendu, alors. »
Deux pupilles gris de lune s'accrochèrent alors aux siennes.
« Je pourrais aussi avoir tes préparations de philosophie ? »
Agréablement surpris mais particulièrement heureux de cette demande, Harry éclata de rire.
« Ouais, bien sûr que tu pourras. Tu peux même avoir les autres ateliers, si tu veux. »
Le sourire que lui renvoya Drago fit manquer un battement à son cœur.
Il semblait donc que leur cohabitation s'allongeait.
OoOoO
Harry donnait son premier atelier d'Éducation à la citoyenneté et à la philosophie sans Drago. La dernière présentation de texte venait d'avoir lieu, clôturant ainsi l'analyse des poèmes de Verlaine.
« Je vous remercie tous d'avoir bien voulu vous prêter au jeu. Comme je vous l'avais dit, il n'y aura pas de retour détaillé de ma part, parce qu'il n'y avait pas de bonnes ou de mauvaises façons de voir les choses », expliqua Harry en parcourant son auditorat du regard. « Vous vous êtes imprégnés des textes, vous avez fait des liens avec votre propre vécu et c'était là l'objectif. Aujourd'hui, on peut tous s'applaudir. Je termine la séance d'aujourd'hui sur ça, merci à tous. »
Il commença et une salve d'applaudissements retentit en retour. Elle ne dura que quelques secondes, jusqu'à ce que le premier se lève pour remettre sa chaise et quitte la pièce, imité par les autres. Le seul qui resta fut Théodore Nott.
Comme tous les autres jeunes, il s'était vu l'obligation de s'inscrire au moins à un atelier et il avait choisi le sien.
Il avançait dans sa direction, tranquillement, et ne parla qu'en arrivant à sa hauteur.
« Très intéressant comme atelier, Potter. »
« Merci. Je suis toujours étonné de savoir que ça plaît, en particulier à d'anciens Serpentard. En principe, on est supposés se détester. »
« En principe, oui », admit Nott avec un léger sourire. « Mais je sais aussi reconnaître ce qui est de qualité. En plus, on a plutôt intérêt à savoir ce que tu trames. »
Harry le dévisagea, sceptique, avant de s'esclaffer.
« Ce que je trame ? »
« Tu ne vas pas me dire que tu n'as pas une idée derrière la tête ? D'abord tu veux éduquer les détenus, ensuite tu fais libérer Drago. L'étape finale, qu'est-ce que c'est ? Une révolution ? »
Harry en resta coi.
« Perspicace. »
« Serpentard, je dirais. Du coup, qu'est-ce que tu as fait de Drago ? »
« Il loge chez moi le temps de passer ses ASPIC. Ensuite… ensuite, on verra. »
Nott acquiesça, lui donnant l'impression qu'il collectait des informations, sans qu'Harry sache pour quelle raison exactement.
« Et toi ? Puisque tu ne suis pas les cours, je suppose que tu as déjà tes ASPIC ? »
« Effectivement. J'ai même obtenu un diplôme de Manitou spécialisé en z-wetgeving magie, donc tout ce qui est lié aux infractions en usage de la magie noire. »
« Intéressant, tu devrais bien t'entendre avec Hermione… Ou bien vous vous disputeriez pendant des heures pour savoir lequel a le bien-fondé sur x ou y question », admit-il après un instant de réflexion.
Le visage de Nott se fendit d'une expression amusée.
« Granger ? De fait, ça ne me surprendrait pas, elle était déjà très revendicatrice du temps de Poudlard. Elle a fait des études dans le droit pénal ? »
« Tout juste. Elle m'a même aidé à rédiger le plan d'intégration dont cet atelier fait partie. »
« Eh bien, dans ce cas, n'hésite pas à lui dire devenir me rendre visite, ça me ferait plaisir », affirma Nott. « Je ne te retiens pas plus. Fais attention à Drago, Potter. Il est plus délicat qu'il n'en a l'air. »
Lorsqu'il partit, Harry resta seul avec la sensation que ses propos étaient une mise en garde. Il mit quelques minutes avant de recouvrer ses esprits et de se décider à prendre le chemin de la sortie.
OoOoO
Après sa rencontre avec Nott, Harry avait eu du mal à fermer l'œil. Ses mots dansaient dans son esprit comme une parade qui n'aurait pas de fin avant qu'il en ait compris le sens.
Si Nott lui avait fait remarquer, à lui, Harry Potter, que Drago était plus vulnérable qu'il n'en avait l'air, alors la réalité dépassait probablement ce qu'il s'était figuré. Il avait l'étrange conviction qu'elle était plus sombre et plus profonde encore. Mais pour quelle raison Nott l'avait-il averti ? A priori, c'était contraire à tout ce qu'il s'était figuré sur la Maison vert et argent.
Finalement, considérant que sa nuit de sommeil était perdue, il s'était levé et s'était installé dans la cuisine avec une Bièraubeurre.
Il gribouillait sur un morceau de papier ses idées d'équipes de Quidditch qui pourraient encadrer des détenus, quand il fut interrompu par des bruits de pas en provenance du couloir. Ce faisant, Drago fit son entrée dans la pièce, vêtu d'un pyjama en soie. Même en tenue de nuit, il restait élégant, alors que Harry… c'était tout juste s'il pensait à enfiler un pantalon. À ses risques et périls. La honte cuisante de son érection le premier matin ne se faisait pas oublier.
« Insomniaque, Potter ? » lui lança Drago d'une voix morne.
Si Harry se fiait à son attitude, pas le moins du monde ensommeillée, Drago non plus ne venait pas de se réveiller subitement.
« Trop de choses, en tête », admit-il dans un murmure. « Et toi ? »
« Aussi. »
Il y eut quelques secondes de battement, durant lesquelles Harry assimilait la confession, avant qu'il se décide à lui répondre.
« Il y a d'autres bières dans le frigidaire, si tu veux me tenir compagnie. »
Il entendit Drago ouvrir la porte, avant d'entrer dans son champ de vision et de s'asseoir à côté de lui, bière à la main.
« Et pour l'ouvrir ? »
En guise de réponse, Harry glissa sa baguette dans sa direction. Concentré sur son parchemin, il mit un moment à réaliser que Drago ne s'en était pas emparé.
Il releva la tête, scrutant ainsi le visage de son compagnon de nuit. Son regard était tout simplement figé sur sa baguette, sans expression aucune. À moins qu'il ait pâli, mais Harry ne pouvait pas le certifier.
« Drago ? Quelque chose ne va pas ? »
« Est-ce qu'elle me répondra tout comme la mienne te répond ? » lui demanda-t-il, ses yeux gris, ancrés aux siens, qui semblaient…peinés.
Merlin, c'était étrange de lire cette expression chez lui. Mais il le comprenait, il se souvenait encore de la douleur qui lui avait causé la perte de sa baguette. La réparer, ça avait été comme retrouver une partie de lui-même. Ou l'inverse.
« Tu peux la récupérer si tu veux… Je l'ai gardée. »
Harry vit clairement sa pomme d'Adam se soulever et se rabaisser.
« Non, son allégeance a changé. Et j'ai toujours celle de ma mère. »
Harry acquiesça, conscient de la difficulté que cela représentait. Sans ajouter quoi que ce soit, il ouvrit lui-même la bouteille. Il se renseignerait pour savoir si Ollivander pouvait faire quelque chose, mais il ne voulait pas en parler à Drago maintenant, pour ne pas lui donner de faux espoirs.
« Alors, c'est le Quidditch qui te préoccupe ? »
« Mmmh ? » fit Harry, perdu dans ses pensées. « Non, c'était simplement pour focaliser mon attention, ça. Et pour toi ? »
« Je ne sais pas, c'est trop enfoui », souffla Drago. « Je ne peux même pas dire si ça date de la guerre ou si ça a commencé avec les Détraqueurs… »
Il but une gorgée, le regard ailleurs. Harry repensa aux propos de Nott. Drago était endommagé, tout comme lui. Il agita nerveusement sa plume, observant ses oscillations tout en parlant.
« Je t'avoue que je ne sais pas trop non plus quand ça a commencé ou ce qui en est à l'origine. Mais depuis la fin de la guerre… bah c'est plus trop ça. Trop plein. »
Il soupira longuement, avant de s'emparer de sa propre bière, comme on s'accrocherait à une bouée pour ne pas se noyer.
« Eh ben, je crois que nos démons jouent avec nous, Potter », lui répondit Drago dans un murmure.
« Tu sais ce qui est paradoxal ? » lui demanda Harry sur le même ton.
« Mmmh… non ? »
« Pour survivre et pour mener à bien cette guerre, j'ai dû faire confiance à de nombreuses personnes, parfois aveuglement… Et là, c'est comme si… comme si j'avais épuisé mon stock de confiance. Je ne peux plus. »
Il se tut, soudain conscient de ce qu'il venait de révéler. C'était gros, très gros.
Drago se racla la gorge.
« Je comprends l'idée. Même si moi, j'ai dû apprendre à ne pas faire confiance pour survivre. Du coup… Hum… Pour utiliser aussi une métaphore, c'est plutôt comme si je n'avais pas d'espace pour stocker ma confiance. »
« Finalement, t'étais prêt pour Azkaban, en fait », commenta Harry avec aigreur.
Contre toute attente, Drago s'esclaffa.
« L'ironie me va mieux qu'à toi, Potter », déclama-t-il avant de boire au goulot.
« C'est quoi, les règles pour faire de l'ironie ? Être en piteux état et le dissimuler tant bien que mal ? Jouer à plus fort qu'on ne l'est réellement ? Parce que, tout ça, je sais le faire. »
Il sentait à nouveau l'énervement s'emparer de lui, et il agita les doigts pour tenter de dissiper les fourmillements à leur extrémité. Il ne savait même pas ce qui le mettait dans cet état, parce que ce n'était certainement pas Drago.
« Si tu me fais une confidence à propos de ce que tu caches, Potter, j'en fais de même », le défia Drago.
Surpris, Harry le dévisagea.
« Tout le monde sait tout de moi. Toute ma vie a toujours été dépeinte dans les journaux. »
Drago arqua en sourcil. Évidemment, Harry pensait bien à une chose qu'il ne lui avait pas dite, mais ça, il avait envie que ça reste un secret. Même si tôt ou tard, il finirait par l'apprendre, qu'il le veuille ou non.
« Bon, d'accord », concéda-t-il, en optant pour une vérité à mi-chemin. « Tu sais pourquoi je me contente de plans d'un soir que je ne revois plus jamais ? »
« Mmmh non. Dis-moi ? »
Harry soupira. Dans quoi il s'embarquait ? Il songea à Hermione, au fait qu'elle l'avait mis en garde… Mais comment voulait-elle qu'il ne plonge pas ? Il n'avait pas envie de réfléchir, pas envie d'envisager les dangers. S'il devait s'écraser au sol, il le ferait.
« Je ne sais plus comment on fait pour s'attacher. J'ai l'impression d'être un cœur froid… Une part de moi… voudrait bien, je crois, mais… je ne peux juste plus », admit-il d'une traite, terminant à court de souffle.
Il s'arrêta. Voyant que Drago n'enchaînait pas, il tourna la tête dans sa direction. Son regard était perdu au loin.
« Et toi ? » murmura-t-il, comme pour ne pas le perturber dans sa contemplation.
Des pupilles en pierre de lune grise vinrent s'accrocher aux siennes. Elles brillaient étrangement. L'alcool, peut-être, quoique peu probable vu la quantité ingérée.
« Moi ? Ah oui », fit Drago en se reconnectant à la réalité.
Il tendit l'avant-bras devant lui, paume vers le haut, se donnant accès aux boutons de sa manche. Harry comprit avant qu'il la soulève totalement.
Sous ses yeux, la Marque des Ténèbres, toujours aussi terrifiante malgré l'effet du temps sur sa coloration. La vue lui arracha un frisson.
« Rares sont les fils de Mangemorts qui la portent. Le Seigneur voulait… punir mon père, en quelque sorte. Comme si un gamin de seize ans pouvait rattraper ses erreurs… », expliqua-t-il en soupirant. « Enfin, pour le coup, même si le Magenmagot n'a pas vérifié, je n'ai pas volé ma condamnation. La Marque suffit à déclarer ma culpabilité. »
« Tu dis ça avec tellement de détachement… », commenta Harry, dans un mélange de fascination et d'horreur.
Drago haussa les épaules. Le silence s'installa alors et les propos de la conversation se mélangèrent avec les propos tenus un peu plus tôt dans la journée par Nott. Il est plus délicat qu'il n'en a l'air. Être en piteux état et le dissimuler. Je n'ai pas volé ma condamnation.
« Je peux toucher ? » lui demanda-t-il alors, sans avoir prévu de le faire.
Drago sembla se tendre à cette idée, mais son regard lui tomba dessus et cette fois, Harry vit clairement le passage de l'hésitation au lâcher-prise. Lui-même sentait… quelque chose… du même ordre.
« Vu où Il se trouve maintenant, tu ne risques pas de Le rappeler », répliqua-t-il guise d'accord.
« Effectivement, j'en sais quelque chose. »
OoOoO
Le reste de la semaine se déroula étrangement. Il fallait dire qu'entre le SASD et les discussions nocturnes avec Drago, Harry ne se reposait pas beaucoup et son manque de sommeil commençait à se faire sentir. Il était nerveux, et du coup, plutôt soulagé d'être vendredi. Il sentait que, dans un tel état, il pourrait s'en prendre à quelqu'un pour une Branchiflore. Autant dire que ça n'avait aucun intérêt.
Il avait donc décidé de rentrer directement après le cours de Créatures magiques, sans repasser par le bureau. Il trouva Drago en pleine concentration sur ses notes. La compréhension devait être particulièrement ardue, puisqu'il renvoyait une expression perplexe.
Harry fit le tour, se positionnant juste derrière lui.
« Qu'est-ce qui te perturbe à ce point ? » le questionna-t-il en se penchant par-dessus son épaule.
« Hum ! Les explications de ta collègue. Je ne savais pas qu'on pouvait se protéger de cette façon. Enfin je ne connaissais que les sorts de protection. »
Harry parcourut rapidement les notes de l'atelier d'Éducation à la Vie Relationnelle et Affective. C'était une partie qui parlait d'infections sexuellement transmissibles et des moyens de s'en protéger, et notamment de préservatifs. De fait, il comprenait que Drago soit sceptique.
« C'est normal, ça fait peut-être deux ans que ça a été repris des moldus. Évidemment, les versions sorcières sont plus fonctionnelles. Attends, je vais te montrer. »
Il se redressa et accrocha sa sacoche au dossier d'une chaise, puis disparut dans sa chambre. Il revint avec le tiroir de sa table de chevet, qu'il renversa sur celle de la cuisine. Drago rassembla ses parchemins pour faire de la place.
« Alors », fit Harry en prenant les deux boîtes qui traînaient dans l'amoncellement de protection en latex. « Il y a deux sortes de préservatifs. Les adaptatifs et les détecteurs. »
Il posa les boîtes, puis piocha un préservatif au hasard.
« Tous ceux-là, ce sont des adaptatifs. Contrairement aux préservatifs moldus, il n'y a qu'un seul gabarit. Ils s'adaptent automatiquement à la taille de ton pénis. Autre avantage », continua-t-il face à un Drago attentif, « c'est qu'ils sont lubrifiants et ce, en fonction du besoin. Plus le passage est étroit ou scabreux, plus ils produisent de gel. C'est pas mal, c'est ceux que je préfère. Et tu peux faire en fonction des odeurs et des goûts. »
Il attrapa quelques préservatifs pour lui montrer les différentes sortes : bleu, vert, rouge, jaune, violet… Il y en avait vraiment pour toutes les envies.
« Puis tu as les détecteurs. Franchement, c'est un peu de la merde, ça. Le principe, c'est que ce sont des préservatifs basiques, sans couleur. Ils sont enduits avec une potion révélatrice pour détecter d'éventuelles infections. Tu ne peux pas lubrifier avec n'importe quoi, sinon ça perturbe les composants. Et puis là, les couleurs, bah t'as pas trop envie de les voir quoi. Puis ce n'est pas optimal non plus rien ne vaut une analyse sanguine. »
Il s'arrêta, pensif.
« Mmmh, d'ailleurs, il faudra que je rappelle aux gars qu'on doit y aller. D'habitude, on y va tous les trois mois, ça fait un moment-là », dit-il, plus pour lui-même.
« Ça ne suffit pas de se protéger ? » lui demanda Drago, le tirant hors de ses pensées.
« Le risque n'est jamais de zéro. Et entre nous, vu l'état d'ébriété dans lequel je suis à chaque rapport, je ne peux pas certifier que ça ne m'est jamais arrivé d'oublier… Hum… », admit-il, mal à l'aise. « Puis on y va ensemble, comme ça c'est plus amusant et le jour où l'un de nous a une merde, il ne se retrouve pas tout seul à devoir le gérer. »
« Je pourrais venir la prochaine fois ? Pour voir comment ça se passe. »
« Oui, bien sûr. Je vais te montrer un dernier truc, même si on l'utilise peu, c'est toujours bon à savoir », dit Harry en en déballant un. « Tu peux en faire un carré de latex avec un simple sortilège de découpe. »
Il le déroula, montrant sa forme, avant de le découper en forme de carré.
« Voilà à quoi ça ressemble. »
« Et à quoi ça sert ? »
« C'est pour les anulingus. Et les cunnilingus », ajouta-t-il, se voulant exhaustif.
Un coup à la porte d'entrée l'interrompit dans son explication. Il se leva, en prenant la direction. Il ouvrit sur Dean, un immense sourire éclairant son visage.
Aussitôt, il se rappela. Dans sa précipitation pour rentrer, il avait complètement oublié qu'il lui avait donné rendez-vous au SASD. Dean devait lui apporter les notes de préparation à l'atelier d'expression artistique pour Drago.
Il n'eut cependant pas le temps de s'excuser. Le regard de son ami tomba sur ses mains, dans lesquelles il tenait toujours la digue dentaire.
« J'arrive à un mauvais moment, on dirait », nota-t-il, maussade.
Tout sourire avait disparu de son visage. Harry soupira.
« Même pas, j'expliquais juste à… »
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Dean le bousculait, faisant irruption dans la cuisine. Harry referma brusquement la porte derrière lui, avant de débouler à sa suite.
Dean s'était figé devant la scène : Drago, assis devant un étalage de préservatifs.
« Thomas », le salua Drago, qui ne montrait aucune surprise.
« Qu'est-ce qu'il fout là, lui ? » lança Dean d'un ton hargneux, en faisant volte-face sur Harry, qui soupira derechef.
« Je l'héberge. Maintenant, sors, Dean. S'il te plaît », lui réclama Harry, qui se sentait crépiter.
Il n'était pas d'humeur à supporter sa jalousie. Déjà pas en temps normal, mais ce jour-là encore moins.
« T'as toujours de bonnes excuses pour ne pas coucher avec moi, mais je constate que tu te fiches bien de ma gueule. Tu pouvais me le dire si tu avais oublié Charlie avec Malefoy. J'aurais compris. Ou peut-être pas. Mais au moins, je n'aurais pas l'impression d'avoir été mené en bateau. »
Harry ferma les yeux, pour tenter de contenir sa colère. Voilà, pensa-t-il, maintenant, Drago sait que je suis homo. Et tout ça, c'était à cause de Dean et de sa possessivité totalement injustifiée. La colère l'emporta sur la raison et il rouvrit les yeux.
« Tu dégages. Tout de suite. Sinon c'est moi qui le fais, et pas de la plus douce des façons. »
Dean le dévisagea d'un regard peiné, ce qui ne fit qu'augmenter la déferlante intérieure, qui se transforma rapidement en fureur.
« JE T'AI DIT DE DÉGAGER ! » hurla-t-il cette fois, avançant dans sa direction pour mettre sa menace à exécution.
Dean ne se le fit pas répéter. Il tourna les talons, et Harry n'attendit pas le claquement de la porte d'entrée pour s'enfermer dans sa chambre. Des larmes de colère et de douleur mêlées lui barraient les joues.
Pendant toute la durée de l'échange avec Dean, il n'avait pas jeté un seul regard en direction de Drago.
OoOoO
Harry se réveilla au milieu de la nuit. S'il était parvenu à s'endormir sans trop de difficulté, ce qui était déjà un exploit en soi, un sursaut l'avait ramené à la conscience alors qu'il avait la sensation de tomber dans le vide.
Une forme de désespoir s'abattit sur lui. Drago savait. Il était dépité. Comment se comporterait-il avec lui à présent ? Il aimait leur cohabitation. Il aimait leurs discussions nocturnes d'insomniaques. Il aimait l'intérêt de Drago pour les ateliers, alors même qu'il préparait ses ASPIC en parallèle. Il aimait cette connivence entre eux… qui risquait d'éclater, à présent.
Ils avaient été proches, au point qu'Harry le prenne par deux fois dans ses bras. Maintenant, Drago risquait d'instaurer une certaine distance entre eux, interprétant ça pour une tentative de séduction. Même s'il restait calme, son rejet risquait d'être violent. Sans doute parce qu'il resterait calme, en réalité.
Harry soupira longuement, avant de se lever. En sortant de sa chambre, il jeta un rapide coup d'œil à son réveil trois heures, il avait manqué son rendez-vous hebdomadaire. Il n'était pas d'humeur de toute façon, surtout pour voir Dean. Quel abruti… Il faudra pourtant qu'ils s'expliquent, une fois encore.
En arrivant dans la cuisine, il constata que Drago s'y trouvait déjà, concentré sur un parchemin. Instinctivement, il baissa la tête, notant qu'il était en caleçon, comme d'habitude. Pour le coup, c'était lui, l'abruti. Ça n'allait certainement pas l'aider.
« Quelque chose a vibré plusieurs fois dans ton sac », lui lança Drago, le sortant de tes pensées. « Soit tu as un sex toy qui s'active tout seul, soit c'est ton téléphone. Comme tu n'es pas sorti, je suppose que tes amis s'inquiétaient. »
Harry resta interdit. Son ton était neutre. Il faisait même de l'humour. Peut-être qu'il s'était trompé, en fin de compte…
« Hum… Vu l'heure, je leur expliquerai demain matin. De toute façon, il faudra que je parle à Dean », marmonna-t-il, craignant tout de même de mettre le sujet sur le tapis.
« De fait », répondit simplement Drago.
« Hum ! » se décida Harry, se raclant la gorge. « Je peux m'asseoir à côté de toi ? »
Drago releva la tête, le regardant comme s'il était idiot.
« Heu… Je te rappelle que tu vis ici ? »
Mal à l'aise, Harry vint s'installer à côté de lui, découvrant ce qu'il était en train de faire : il dessinait le plan d'un bâtiment.
« Qu'est-ce que tu fais ? » lui demanda Harry, curieux.
Drago haussa les épaules.
« J'essaie de reproduire le Manoir. L'atelier d'expression artistique m'en a donné envie. »
À la mention de l'atelier de Dean, Harry prit conscience qu'il faisait diversion par appréhension. Il prit une grande inspiration.
« Écoute, Drago, ce que Dean a dit hier… », commença-t-il.
Il déglutit. Il ne savait même pas ce qu'il voulait lui dire.
« Je sais que beaucoup de sorciers ont du mal avec l'homosexualité, et je… Oui, j'aime le sexe avec d'autres hommes, mais je ne veux que tu penses que je… j'essaie… », balbutia Harry, qui s'en voulait de ne pas pouvoir aligner deux mots correctement.
« De me mettre dans ton lit ? » termina Drago à sa place, un sourcil arqué.
Harry se figea, notant le calme manifeste de son invité. Trop calme pour quelqu'un qui venait d'apprendre quelque chose d'aussi important. Alors la Noise tomba.
« Tu étais déjà au courant », affirma Harry, hébété.
Drago s'esclaffa.
« On ne peut pas dire que la discrétion soit ton fort, Potter. Tu ramènes un plan cul le soir où j'arrive chez toi. Tu fais plein de références sans t'en rendre compte : les chansons que tu écoutes, l'évocation de tes sorties entre gars, tes connaissances en sexualité un peu trop orientées », lista-t-il. « Ah oui, et j'ai lu Hombres aussi. Que tu m'avais conseillé, pour rappel. »
Au fur et à mesure de sa tirade, Harry s'était senti rougir. Il avait encore plus manqué de précaution qu'il ne l'avait cru.
« Alors ça ne change rien entre nous ? » demanda-t-il pour s'en assurer.
« Je crois que je n'ai pas fui alors que tu as une fameuse tendance à te promener à moitié à poil toutes les nuits et tous les matins. Je ne vois pas pourquoi ça changerait. »
Harry ne savait pas exactement comment il devait comprendre ses propos, mais il s'en trouva immédiatement soulagé.
Il songea à Hermione, et il se dit que, pour une fois, elle avait tort : Drago était digne de confiance. Peut-être pourrait-il un peu lâcher du lest avec lui…
J'imagine que vous ne doutiez pas une seule seconde que Harry hébergerait Drago, et si c'est le cas, vous aviez raison !
C'est donc le début de leur cohabitation. Ils en sont à des confessions. Harry sait que Drago sait. Mais Harry ne sait pas encore pour Drago. A partir de maintenant, je peux vous dire une chose : ça va méchamment s'accélérer.
Est-ce que je suis vilain si je vous dire que c'est maintenant qu'il faut fuir avant que votre cœur lâche définitivement ?
On se retrouve la semaine prochaine. D'ici là, je vous souhaite un bon réveillon de Noël, et pour celleux qui en passeraient un difficile, n'hésitez pas à m'écrire en MP ici ou sur mon adresse mail. N'hésitez pas, je sais que c'est parfois un sale moment à passer.
Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.
