Bonjour mes amours !
Avant toute chose, je tiens à vous souhaiter une bonne année 2019. J'espère qu'elle sera pleine de bonnes découvertes, et notamment littéraires.
Je n'ai pas grand-chose à vous raconter, ces derniers jours étaient full au boulot et mes fêtes se sont résumées à beaucoup de repas gras. Je ne vais même pas espérer tenir de bonnes résolutions ahah Concernant l'écriture par contre, je viens de terminer mon OS pour la deuxième édition du concours les Chalusse d'Ebène, il est parti en relecture. Advienne que pourra !
Je vous laisse avec ce chapitre dont la fin ne vous laissera certainement pas indifférent-e-s.
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 24.
« Come a little bit closer
Before we begin
Let me tell you how I want it (…)
.
I must confess,
I'm addicted to this (…)
Make me feel like a God (…)
I crave excess. »
Adrenalize, In this moment.
.
« Viens un peu plus près
Avant que l'on commence
Laisse-moi te dire à quel point je le veux (…)
.
Je dois l'admettre,
J'y suis accro (…)
J'ai l'impression d'être un Dieu (…)
Je brûle d'envie de faire des excès. »
Adrénalise, In this moment.
Le mardi soir suivant son match amical, Harry passa au supermarché puis rentra à l'appartement. Après deux semaines et demie de cohabitation, ses réserves avaient dangereusement diminué avant de s'épuiser totalement.
Il avait donc refait le plein de plats préparés et de cuissons faciles, n'ayant jamais trop apprécié passer son temps derrière les fourneaux. Les marmites sur le gaz avaient trop tendance à lui rappeler les cours de potions et ses pensées n'étaient jamais très loin des commentaires désobligeants de Rogue, pour lui rappeler à quel point il était médiocre.
Passant la porte d'entrée, Harry trouva Drago installé à la table de la cuisine, ses cours étalés autour d'un parchemin qu'il noircissait.
« Toujours en train de travailler ? » lui lança Harry en guise de salut, avant de déposer son butin sur le plan de travail.
« Il faut bien. Je t'avouerais que le fait d'avoir tes sources d'inspiration à portée de main m'a pas mal distrait pendant la journée. »
« Qu'est-ce que tu as lu ? » lui demanda Harry en sortant ses achats de son sac de courses.
La réponse tarda à arriver, mais comme il entendait des grattements de plume sur le parchemin, Harry ne s'en formalisa pas outre mesure et commença la préparation du repas, à savoir des tacos. Il sortit une poêle, déballa la viande préalablement hachée et les légumes qui l'accompagnaient et les y jeta.
C'était incroyable la façon dont Harry s'était accommodé la présence de Drago, lui qui tenait tant à la tranquillité de son antre. Si bien qu'au travail, ou même le dimanche après-midi, alors qu'il se trouvait au Terrier, son invité lui manquait… et il se demandait toujours comment il allait, s'il ne sentait pas trop seul ou trop à l'étroit entre ces quatre murs. Sa présence, physique comme dans son esprit, était devenue une habitude.
Quelques instants plus tard, la préparation diffusa leurs premières odeurs sous l'effet de la chaleur, ramenant Harry à la réalité. Lorsqu'il se retourna, Drago l'observait, indéchiffrable.
« J'ai lu Huis-clos, ça m'avait bien plu les extraits en atelier. Mais j'avoue préférer le théâtre joué au théâtre écrit », lui répondit Drago, loin de ses tergiversations mentales, avant de froncer les sourcils. « Dis donc, tu ne t'es de nouveau pas foulé pour le repas. Depuis quand on trouve des épiceries qui préparent tout à ta place ? »
« Depuis toujours en fait. Je fais souvent mes courses chez les moldus, ça m'évite de croiser quelqu'un qui me reconnaît. »
« Comme un plan cul ? » le railla Drago.
Harry le dévisagea, incrédule, avant d'éclater de rire.
« Heu… par exemple. Mais je t'avoue que je pensais surtout à ma notoriété. Ou à un ancien détenu. C'est toujours un peu… cocasse, comme situation. »
« Tu préfères les héberger, niveau supérieur avec Potter. »
L'ironie aurait pu passer inaperçue si Harry ne décelait pas une lueur d'amusement dans les pupilles de son vis-à-vis.
« Ouais, je ne suis pas sûr que ça soit un cadeau. Quand Hermione va s'en rendre compte, elle ne va pas beaucoup apprécier. »
« De fait », s'esclaffa Drago en reportant de nouveau son attention sur ses notes. « À combien tu estimes mes chances de survie ? »
« Oh, si tu fuis relativement vite, tu as le temps, le temps qu'elle me hurle dessus. »
« Et comme tu n'as pas pour habitude de fuir le danger, je suis en sécurité. »
« Je te baise, Malefoy. »
« Quand tu veux, Potter. Tu as sûrement deux-trois trucs à m'apprendre. »
Harry se figea, prenant conscience de ce qu'il venait de dire. Drago, lui, continuait d'écrire comme si leur conversation était on ne pouvait plus banale. Et Harry ne lui répondit pas, profitant du son caractéristique de la viande qui jute en cuisant pour se soustraire à l'échange.
Même si Drago faisait de l'humour, il ouvrait sur un champ des possibles que Harry n'avait pas osé imaginer jusqu'à présent. Mais entre le fait que Drago ne l'avait pas envoyé paître avec les Sombrals et le fait qu'Harry se sente suffisamment proche de lui pour lui dire qu'il le baisait, il ne savait pas ce qui était le plus déstabilisant.
En fait, il se rendait compte qu'il n'avait jamais considéré l'orientation sexuelle de Drago. Il était parti du principe qu'il était hétérosexuel, bêtement, comme Drago l'avait fait pour lui…
« Tu as les mains chaudes, Potter. »
« Ah ben comme ça, tu ne pourras plus dire que je ne te fais ni chaud ni froid… »
« Si je ne te savais pas hétéro, je dirais que tu viens de faire une tentative désespérée pour me draguer. »
C'était le jour où Drago avait reçu la bombe non achevée de Bletchey. Cette fois-là, Harry avait eu une érection alors qu'il le soignait… Et quelques jours plus tard, il avait couché avec Émory, comme pour céder à une tension plutôt qu'à une autre. « J'ai fui en couchant avec Émory », réalisa-t-il.
Harry était attiré par Drago. Il ne savait pas depuis quand, il n'avait pas voulu le comprendre, mais il en était à présent certain. Son ancien ennemi l'avait touché d'une façon qu'il n'aurait jamais crue possible jusque-là. D'abord, il avait trouvé injustes les conditions carcérales dans lesquelles il vivait. Ensuite, il s'était senti concerné par sa détresse, au point de vouloir le sauver de tout cela. Enfin, il en avait appris davantage sur l'homme, au-delà de la détresse qu'il avait détectée, et il avait appris à apprécier sa compagnie.
Tout portait à croire qu'il était poussé en avant, par une volonté de se rapprocher de celui qu'il avait jadis considéré comme son ennemi. Il avait clairement dépassé le stade de la conviction professionnelle, même si tout n'avait pas été conscient. Hermione avait raison… et pourtant, en cet instant, Harry n'en avait absolument rien à faire.
Parce qu'il était fichu. Et le plus drôle dans tout cela, c'était qu'il avait fallu qu'il donne son atelier du jour, Par-delà le bien et le mal de Nietzsche, pour qu'il comprenne.
À présent, il le savait. Il était trop tard pour freiner sa course, il avait atteint le point de non-retour.
OoOoO
Après avoir pris conscience de son attirance pour Drago, Harry n'avait plus cessé d'y penser. Tout ça ne pourrait pas bien se terminer, il le pressentait, mais comment pourrait-il faire autrement ? Il fallait qu'il fasse au mieux pour limiter les dégâts, bien qu'il ne soit pas certain que ce soit dans ses aptitudes.
D'autant plus que cesser de penser était une chose, et rester à distance en était une autre. Il n'oubliait pas la facilité avec laquelle il se retrouvait dans des situations embarrassantes après avoir agi inconsciemment. Pas plus tard que samedi dernier, avec ses gamineries, il s'était retrouvé flanc collé à celui de Drago, la cheville emprisonnée dans sa poigne. S'il avait cru que ses attirances risquaient de dégoûter son invité, la vérité était visiblement tout autre, mais de là à ce qu'il accepte d'en être l'objet… Sa propre impulsivité lui faisait peur, parfois.
Harry soupira. Il ne s'était jamais autant pris la tête avec un homme. Éventuellement avec Charlie. Et encore… avec Charlie, c'était clair dans son esprit : il ne voulait juste pas le blesser. Ici, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, tout juste avait-il conscience qu'il allait droit dans le mur, ou qu'il allait manquer sa feinte de Wronski, pour paraphraser Hermione. Était-ce insensé de penser que, malgré tout, il devait le faire ?
Arf ! Oui, il venait bel et bien de penser qu'il devait s'écraser au sol pour comprendre la situation. Drago se moquerait de lui s'il savait… Quel fichu Gryffondor, dirait-il. Mais Harry n'avait pas peur. Ou en tout cas, les battements accélérés de son cœur ne l'empêchaient pas encore de respirer, ce qui était plutôt bon signe. Il avait encore de la marge. Même s'il avait peur et qu'il changeait d'objectif comme de cape.
Il se leva, décidé à quitter le bureau. Il avait suffisamment traîné avant de rentrer, il était temps qu'il affronte la cohabitation. Il salua ses collègues de l'administratif en quittant les lieux, puis transplana aussitôt.
En pénétrant dans la cuisine, il tomba sur Drago, attablé avec ses cours, comme à son habitude.
« Salut, Drago. »
« Potter », fit-il d'une voix froide, qui surprit Harry.
Haussant les épaules, Harry accrocha sa sacoche sur une chaise, se disant qu'avoir passé la journée à étudier l'avait peut-être rendu ronchon, ce qu'il pouvait aisément comprendre. En plus, il ne dormait pas beaucoup et Harry en savait quelque chose, puisqu'ils passaient souvent leurs nuits ensemble.
« J'ai une super nouvelle », lança Harry d'un ton guilleret un peu exagéré, en lui faisant part de la première information qui lui venait à l'esprit. « J'ai trouvé une équipe pour les sorties de Quidditch. »
« Ah ? » fit Drago en guise de réponse, indifférent.
« Oui ! » continua Harry sans se démonter par son attitude. « Les Harpies de Holyhead ! Bon, j'aurais dû y penser plus tôt, Ginny y jouant, j'aurais pu avoir mes chances… Mais enfin, voilà, j'ai eu une lettre de sa capitaine ce matin, Alysha Straight, qui est Batteuse. On doit se voir samedi pour discuter du projet. »
Drago ne répondit pas. Cette fois, Harry grimaça. Il ne savait pas s'il était concentré ou de mauvaise humeur, et s'il devrait le laisser tranquille. La conversation n'était pas si compliquée, d'ordinaire… Il ne savait pas s'il devait poser le pied à terre.
« Tu voudras venir ? Ça t'avait bien plu la dernière fois, non ? »
« Tu me demandes mon avis, maintenant ? » asséna-t-il avec rudesse, sans même lui adresser un regard.
Harry se figea, interpellé. Son ton était non seulement froid, mais en plus, il contenait des notes de tristesse qu'il n'avait encore jamais entendues.
« Qu'est-ce que… », commença Harry, avant de déglutir et de reprendre. « Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
En soupirant, Drago souleva une pile de parchemin et en délogea quelque chose qu'il fit glisser dans sa direction. Il s'agissait d'une enveloppe, sur laquelle on pouvait lire d'une écriture tremblante :
Drago Malefoy
2, Rue Herpo l'Infâme
Quartier sorcier Est
Londres
Harry releva la tête dans sa direction, le jaugeant.
« Qui a trouvé que tu logeais chez moi ? »
Drago ricana, avec cette même intonation à la fois triste et froide.
« T'as la mémoire d'un gnome des jardins, Potter. Ouvre la lettre. »
Ne sachant que penser, Harry s'exécuta et parcourut les lignes qui se dessinaient devant lui.
.
Monsieur Malefoy,
Je n'irai pas par quatre cheminées, la socialisation n'étant pas mon tour de baguette privilégié.
Je connais votre première baguette magique comme toutes celles que j'ai fabriquées au cours de ma longue existence et je pense pouvoir vous affirmer qu'avec un peu de patience, son allégeance pourra à nouveau se tourner vers vous.
Je viendrai vous rendre visite demain à 10h pour prendre la température.
Mes plus sincères enchantements,
Garrick Ollivander, fabriquant depuis 1926.
.
Harry grimaça en abaissant la lettre. Il avait senti l'embarras grimper au fur et à mesure de sa lecture. Il était coupable et il le savait : il avait écrit au vieil homme sans consulter Drago auparavant. Il n'avait pas imaginé que la réponse s'adresserait directement à lui…
« Je suis désolé, Drago. Je ne voulais pas te donner de faux espoirs si ce n'était pas possible… »
« Bon sang, je ne suis pas fait en sucre, Potter ! » s'exclama-t-il d'une voix étonnement calme, le regardant pour la première fois depuis qu'il était rentré. « Combien de fois faudra-t-il que je te le dise ? »
« Je sais que tu n'es pas fait en sucre ! Mais je fais attention à toi, figure-toi ! » s'écria, sentant l'agacement dans ses propres paroles.
« Mais qu'est-ce que ça te coûtait de me prévenir, franchement ?! Tôt ou tard, j'aurais quand même dû risquer de me confronter au rejet de ma propre baguette ! »
La colère ou la peur d'avoir blessé Drago, Harry ne savait pas, mais cela monta en flèche en lui.
« Ce que ça me coûtait ? C'est que je ne veux pas que tu souffres davantage ! Tu as suffisamment enduré pour que j'en rajoute encore avec des solutions qui ne fonctionnent pas ! » s'emporta-t-il. « Je veux te faciliter la tâche, parce qu'à force de cumuler du négatif, l'espoir se fait moins évident. »
Drago secoua la tête, les traits de son visage affaissés dans une expression incompréhensible pour Harry.
« C'est presque insultant, en fait. Je ne suis pas une petite chose à protéger, Potter, il serait temps que tu le comprennes. Je suis peut-être faible à tes yeux, mais j'ai une force que tu n'imagines même pas », cracha-t-il sur un ton glacial. «. Alors la prochaine fois, plutôt que de m'infantiliser, dis-moi les choses. Je ne te demande pas de changer ton impulsivité, juste de me dire les choses. Je suis capable d'encaisser, et bien plus que tu le crois. »
Alors que Drago se levait brusquement de sa chaise pour aller se réfugier dans sa chambre, Harry eut le temps de voir son regard lui lancer des étincelles.
Ce n'était définitivement pas de la tristesse. C'était de la colère froide.
OoOoO
Une heure plus tard, Harry frappait à la porte de la chambre de Drago, pour l'avertir que le repas était prêt. Il espérait qu'il ne l'enverrait pas manger le gazon du terrain…
La porte s'ouvrit immédiatement, et les deux hommes se retrouvèrent face à face. Harry le dévisagea, surpris de ne rencontrer aucune résistance. Drago semblait simplement fatigué, mais disposé à le suivre.
« Allons-y ? » lui demanda-t-il, alors que Harry restait dans le chemin.
« Hum, oui. »
Sa colère était vraisemblablement retombée et Harry avait dû mal à suivre. Lui-même aurait été soucieux tant qu'il n'aurait pas été assuré de la fin du conflit.
Il ne lui fallut d'ailleurs pas plus de deux minutes à jouer avec ses petits pois-carottes-purée pour remettre le sujet sur la table.
« Drago, pour tout à l'heure… »
Ce dernier arqua un sourcil en l'observant, paraissant à mille lieues de ses tracas.
« L'affaire est close, non ? Ou il y avait encore quelque chose à mettre au clair ? » lui répondit-il d'une voix dénuée de toute animosité.
« Hum ! Non. Je voulais juste m'assurer qu'on était O.K. Tout va bien entre nous, alors ? »
Drago le fixa quelques secondes, avant de lui accorder une réponse.
« Je suppose que oui. Je ne pensais pas que ça te préoccuperait autant. »
Harry cligna plusieurs fois des yeux. Il ne savait pas si Drago faisait de l'humour ou s'il pensait réellement ce qu'il venait de dire. Mais son rythme cardiaque témoignait de son trouble.
« Je veux t'aider, et ce depuis que l'on s'est retrouvés. Ce serait impossible à faire si tu ne me faisais plus confiance. »
Deux pupilles pierre de lune s'accrochèrent aux siennes et il se sentit au bord de l'étouffement, le cœur dans la gorge. Son regard était si… intense. Comment la pierre pouvait-elle renvoyer autant de puissance ? Drago avait raison, il était plus fort qu'il n'y paraissait. Pour le moment, c'était plutôt Harry qui était faible…
« Tu pourras m'aider pour DCFM, alors. Il me fait bien rire ton collègue, mais la théorie ne vaut rien sans un peu de magie. De la rigueur oui, mais à le croire, des moldus pourraient aussi se défendre contre le Mal. Déjà que le commun des sorciers se débrouille comme un Londubat sur un manche à balai… »
Harry le regarda, incrédule, avant d'éclater de rire. Le ton désinvolte de Drago lui avait manqué, bien qu'il ait conscience que sa colère avait été de courte durée. C'était plutôt la crainte d'avoir perdu leur complicité qui l'avait rendu nostalgique.
« Tout ça pour que je te tripote encore, c'est ça ? » plaisanta-t-il sans réfléchir.
Il se rembrunit en réalisant le sens de ses propos. Mais Drago ne s'en offusqua pas. Au contraire, un grand sourire amusé illuminait son visage.
« C'est ça. Mais si c'est de cette façon que tu tripotes tous les hommes que tu ramènes dans ton lit, je ne risque pas grand-chose. »
Harry eut un rire nerveux. Pour un Serpentard, il n'avait pas froid aux yeux. Et lui, au contraire, il voyait très bien ce que Drago risquait s'il le touchait de la même manière que les autres… Ses pensées s'égaraient un peu trop pour son propre bien.
« Du coup, tu m'aides ou tu me laisses dans ma merde ? » persista Drago.
« Hum. Évidemment que je vais t'aider. »
Le sourire que Drago lui renvoya lui retourna littéralement l'estomac. Il ne pourrait plus manger, c'était une certitude. Heureusement pour lui, il fut sauvé par le gong, ou plutôt par des coups frappés à l'entrée.
Il s'éclipsa, presque soulagé d'échapper à son malaise.
Il ouvrit la porte sur Hermione, plus que furibonde.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » s'écria-t-elle en lui collant un journal à quelques centimètres de son visage.
« Heu ? La Gazette du Sorcier ? Je sais que je suis myope, mais là, c'est un peu trop près… »
L'emportement d'Hermione prit aussitôt fin, tout comme le journal qu'elle abaissa, sans même le lui montrer.
« Tu n'as pas lu celle d'aujourd'hui ? » lui demanda-t-elle d'une colère contenue.
« Non. Je n'ai plus lu une seule gazette depuis la sortie de Drago, à vrai dire. Je ne doute pas une seule seconde de ce qu'on raconte sur lui, sur moi… ou sur nous », admit-il, baissant de plus en plus la voix.
« Je vois… », exprima-t-elle d'une voix radoucie par la suspicion. « Je peux quand même entrer ? »
Harry s'effaça pour lui céder le passage, refermant la porte derrière elle. Il la suivit jusque dans la pièce principale, réalisant trop tard que Drago s'y trouvait toujours et qu'elle n'était pas au courant pour leur cohabitation. Ses oreilles allaient siffler.
« Granger », la salua-t-il d'emblée.
« Malefoy », lui répondit-elle sur un ton sec. « Alors tu es bien là ? »
« Comme tu peux le voir. »
Hermione fit face à Harry, la lèvre inférieure emprisonnée entre ses dents. Elle n'avait pas l'air étonnée, ce devait être dans tous les journaux. À moins qu'elle l'ait deviné, ce qui n'était pas à exclure.
Elle n'avait pas besoin de prendre la parole pour qu'Harry sache ce qu'elle voulait lui dire.
« Harry, ta chute de Wronski… »
« On dit feinte de Wronski, Granger », la corrigea Drago.
Hermione écarquilla les yeux, entre la honte d'être ainsi reprise par son ennemi et l'envie évidente de lui arracher la tête… à la moldue. À l'inverse, Harry devait plutôt retenir son hilarité pour ne pas énerver davantage Hermione. Drago était culotté quand même ! Dire que, la veille encore, il se moquait de sa propension naturelle à aller au-devant du danger.
« Tu vois bien qu'il se fiche de toi ! C'est toujours Malefoy, ce trou du cul qui me traitait de Sang-de-bourbe à Poudlard ! »
Elle s'emportait, agacée par son attitude, ne voyant pas qu'il se jouait d'elle.
« Et tu en es toujours une », la provoqua Drago, continuant sur sa lancée.
Harry suivait l'échange de Souaffle, sachant pertinemment que Drago était meilleur au Quidditch, mais qu'Hermione avait l'esprit suffisamment vif pour analyser la situation.
« Harry, je t'en prie, reviens à la raison… », le supplia-t-elle avec des yeux de Botruc battu, abandonnant l'échange en cours, ayant compris que c'était peine perdue.
« Oh merde, Hermione. Je sais ce que je fais », lui répondit Harry. « Je sais ce que disent ces journaux sans les consulter, je sais quelle image tu as de Drago, je sais que tu as tes raisons. Je te demande juste de me faire confiance ! »
Il avait le sentiment d'être indigne de son amitié en lui mentant effrontément. Parce qu'elle avait juste peur pour lui et dans le fond, elle n'avait pas tort… mais l'inquiéter davantage était inutile. C'était son combat avec lui-même, auquel sa meilleure amie ne pourrait pas participer cette fois.
« C'est marrant », releva malicieusement Drago. « Moi, tu me baises, à elle, tu dis juste merde… »
Harry ouvrit la bouche, soufflé par son audace. Hermione affichait une expression outrée. Honnêtement, qui était inconscient du danger, pour le coup ?!
« C'est parce qu'Harry ne le dit qu'aux personnes qu'il considère comme…baisables », répliqua-t-elle, les yeux lançant des éclairs en direction du concerné.
« C'est faux ! » la contredit aussitôt Harry. « Tu es plus que baisable, Hermione ! Mais tu es comme ma sœur, je ne peux pas envisager ça avec toi. »
« J'en ai marre d'être entourée de gays ! Vous êtes vulgaires. »
« Ton mari est vulgaire, pourtant, il n'est pas gay, lui. »
Hermione se pinça les lèvres. Harry s'en voulut presque aussitôt il n'aimait pas la contrarier. Et il savait que Ron était un sujet sensible. Depuis toujours, et peut-être davantage depuis quelques mois.
« Et lui », dit-elle en pointant Drago du menton, « il est gay ? »
« Je n'en sais fichtrement rien », reconnut-il en haussant les épaules d'un geste nonchalant.
Cependant, il devait bien admettre que la réponse l'intéressait tout autant. Hermione consentit à tourner la tête dans la direction du Serpentard, en attente d'une réaction.
Celui-ci semblait véritablement s'amuser.
« Homme ou femme, quelle importance ? Tant que je suis l'objet de convoitise, ça me va », déclara-t-il avec un sourire digne d'un paon.
Cette fois-ci, Harry éclata de rire, qui fut accueilli par un clin d'œil. Il était d'une impertinence… Il notait également que Drago était ouvert sur la question. Le fait d'être potentiellement étiqueté de gay lui passait véritablement au-dessus. Mais cela pouvait signifier qu'il était si à l'aise avec son hétérosexualité que ça lui était égal…
« Et moldus ou sorciers, c'est pareil ? » voulut savoir Harry, qui respirait difficilement du fait de son hilarité.
Drago fronça les sourcils, mimant une réflexion intensive.
« Ça ressemble à quoi un moldu, déjà ? »
Harry n'en pouvait plus. Il avait mal au ventre à force de rire, et les regards noirs d'Hermione n'étaient pas là pour l'aider.
« Quand est-ce que c'est arrivé ? » l'interrogea Hermione, visiblement prête à le sermonner.
« Quelle importance, Granger ? » répondit Drago à sa place, jouant des arcades, ouvertement espiègle.
Les yeux d'Hermione semblaient vouloir sortir de leurs orbites.
« Maintenant, je vais vous imaginer dans positions plus qu'explicites… »
Harry assistait à la scène, impuissant dans son rire incontrôlé. Surtout qu'Hermione avait réellement l'air dégoûtée de les imaginer ensemble, ce qu'il aurait bien volontiers attribué à Ron. Sa rancune à l'égard de Drago devait vraiment être tenace, mais il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça.
« Oh je t'en prie, tu es mariée, tu n'es plus aussi naïve ! Quoi que, si Weasley se sert aussi bien de sa baguette que du temps de Poudlard, je comprends tes réticences. »
Si on pouvait mourir de rire, ce devait probablement être le bon jour. Harry ne pouvait littéralement plus respirer, au point qu'il toussait.
« Je ne te permets pas ! Harry ! » l'appela-t-elle, scandalisée.
Des deux mains, il lui fit signe qu'il ne pouvait lui être d'aucun secours. Elle le frappa sans ménagement, ce qui pour effet de redoubler l'intensité de son rire.
« Oh et puis merde ! Tu sais quoi, Harry ? Rends-moi un service. Quand tu le baiseras la prochaine fois, venge-toi pour moi : baise-le bien profond. »
Harry en perdit le sourire, son hilarité comme coupée à la racine. Non seulement Hermione pensait réellement qu'ils avaient couché ensemble, mais en plus, elle sous-entendait qu'il pourrait faire exception à ses principes et réitérer… Et Drago n'avait pas nié. Au contraire, il avait nourri le Feudeymon.
Il déglutit. Son cœur battait à la chamade.
« Heu Hermione… », commença-t-il, prêt à remettre les choses au clair.
« Je m'en vais », annonça-t-elle, avant de s'exécuter, les laissant en plan.
Harry ne chercha même pas la retenir, conscient que tout cela le dépassait. En soupirant, il saisit sa sacoche et en sortit une cigarette, avec laquelle il se mit à la fenêtre. Après quelques bouffées, Drago le rejoignit, tendant la main pour en bénéficier également. Harry la lui céda, l'observant dans ses mouvements.
À présent, il se sentait triste. Il espérait ne pas avoir blessé sa meilleure amie. En même temps, pourquoi tout le monde s'obstinait-il à vouloir le remettre sur le droit chemin ?
« Pourquoi tu as laissé entendre à Hermione qu'on avait couché ensemble ? » demanda-t-il à Drago.
Une fois de plus, son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine. Et Drago détaillait son visage sans vergogne, tandis qu'il haussait les épaules, faisant prendre conscience de leur proximité à Harry.
« Ça me faisait rire de la voir s'indigner pour si peu », répondit-il avec insolence.
Leurs corps étaient beaucoup trop proches. Face à ses yeux, la cigarette prit place entre les fines lèvres, puis s'en délogea pour laisser la fumée s'en échapper d'un souffle. Il sentait son propre souffle ralentir, combattant son désir. Il repensait aux sous-entendus de Drago face à Hermione, à ces risques apparemment pas très élevés s'il se laissait tripoter. Harry voulait approcher, happer ces lèvres qui le tentaient outrageusement et s'approprier à pleine bouche celle de Drago…
Oh Merlin, par Godric et les trois autres fondateurs. Il ne pouvait pas faire ça.
En l'espace de deux heures, sa marge avait fondu comme neige au soleil. Et lui aussi n'avait qu'une envie : fondre, se fondre en Drago.
« Ce que, moi, je pourrais te demander, en revanche, c'est pour quelle raison elle pense que ça pourrait avoir lieu plus d'une fois », poursuivit Drago.
« Je… », commença Harry.
Il était grillé. Désarmé et en panique, il tourna les talons et disparut à la suite d'Hermione sans même terminer sa phrase.
OoOoO
Ses pas l'avaient intuitivement mené chez Ginny. Ensemble, ils avaient fait des tours de terrain jusqu'à épuisement et Harry s'était endormi sans peine lorsqu'il s'était laissé choir sur son lit. Après cela, il avait tout simplement évité son domicile, rentrant à des heures tardives dans l'espoir de ne pas croiser son invité, qui avait apparemment décidé de lui faciliter la tâche en restant reclus dans sa chambre.
Il se faisait l'impression d'un lâche, et son propre comportement le fatiguait, à un tel point que le vendredi soir, il rentra chez lui sitôt la journée terminée, croisant même Drago qui était une fois encore attablé avec ses cours, et fila directement dans sa chambre, où il fut emporté par le sommeil.
Il se réveilla peu de temps après, constatant que Drago sortait de la salle d'eau, passant ainsi devant sa porte entrouverte, ce qui l'avait probablement réveillé.
« Drago », l'appela-t-il instinctivement.
Il crut d'abord ne pas avoir parlé suffisamment fort, mais il entendit clairement des pas qui faisaient marche arrière, jusqu'à se poster à l'entrée de la pièce. Alors Harry prit une grande inspiration et se leva, jusqu'à s'appuyer contre le chambranle de la porte. Il fallait qu'il lui parle.
Les pupilles lune de pierre le sondaient, n'exprimant elles-mêmes aucune expression.
« Une bière, ça te dit ? » lui proposa Harry.
« O.K. », répondit platement Drago.
Alors Harry se mit en mouvement, leur servant une bouteille, avant de s'asseoir en tailleur contre le bras du canapé, rapidement suivi par Drago, qui s'installa face à lui.
« Alors », commença Harry, la voix enrouée par l'anxiété, « comment s'est passé ton rendez-vous avec Ollivander ? »
« Bien », fit-il sur le même ton que précédemment. « Vu les propriétés de ma baguette, il y a de grandes chances qu'elle soit encore sensible à notre connexion. Ceci dit, vu ses propriétés, elle est également têtue et ça lui prendra un moment avant de… se laisser aller. »
« C'est plutôt positif. »
Le silence se fit sur cette réponse plate. Alors Harry prit une nouvelle inspiration. Il ne pouvait pas tourner bien longtemps avant de se décider à braquer en direction du vif d'or.
« Je sais pourquoi Hermione pense que je pourrais coucher plus d'une fois avec toi », lâcha-t-il subitement.
Son cœur cognait à lui faire mal et la rapidité avec laquelle le regard de Drago se posa sur lui lui coupa le souffle. Il dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir parler, tant il était difficile de respirer.
Il se concentra sur le contenu de son atelier de mardi pour avoir une base qui tienne la route.
« Elle me connait tellement bien qu'elle sait analyser jusqu'à ma tension musculaire. Elle sait prédire quand il va se passer quelque chose et quand ça s'est déjà passé. »
Drago plissa les yeux, pensif. Harry avait envie de vomir tellement son cœur le fracassait de l'intérieur…
« Sauf qu'elle se trompe, puisqu'elle croit qu'il s'est passé quelque chose. »
Harry soupira en s'étirant pour poser sa bouteille sur la table. Il enfouit alors sa tête dans ses paumes et frotta son visage. Il s'exprimait mal.
« Elle interprète mal, parce que… parce qu'elle… », bégaya Harry. « Oh et puis merde ! »
Il se redressa brusquement. Les mots se mélangeaient dans son esprit, il était incapable de se faire comprendre à travers eux. Il avait toujours été plus fort dans l'action.
Il s'empara de la bouteille de Drago, tout en le regardant dans les yeux. Il ne fit même pas attention à l'endroit où il la déposait, se préoccupant bien plus des iris face à lui, avant de suivre la ligne de la mâchoire de Drago de son pouce.
« Je crève d'envie de t'embrasser. »
« Qu'est-ce que tu attends encore pour le faire, alors ? » lui murmura Drago, son souffle lui chatouillant les lèvres.
Cette réaction eut raison de Harry. Il fondit sur ses lèvres, à la recherche du vif d'or, du Saint Graal, la langue de Drago qu'il caressa doucement de la sienne.
Il n'était plus maître de lui-même, mais pantin de ses sensations, pantin de ses envies, avec la conscience démesurée d'être à califourchon sur Drago, qui répondait tout aussi fiévreusement à son baiser, tout en parcourant son torse de ses mains…
Alors, est-ce que j'avais bien prédit, c'est une fin de chapitre qui vous plaît ? Comment ça, j'ai coupé au mauvais moment ? mouhahah
C'est la promesse d'un chapitre 25 inoubliable, moi je vous le dis.
Du coup, à jeudi prochain ! héhé
