Bonjour mes amours ! J'espère que tout se passe bien pour vous. Courage à celleux qui terminent leurs examens !

Je pense que vous vous demandez tous-tes comment va se passer l'après coït et comment Harry considère ce rapprochement. Autant vous dire que vous allez être servi-e-s ! Mais je ne sais pas si le met va vous plaire...

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 26.

« All the weight of all the world

Is right between your shoulders

Heavy is the heart

When the world keeps growing colder

.

Who left the door open

Who left me outside

I'm on my knees and I'm hoping

That someone holds me tonight. »

Outside, Hollywood Undead.

.

« Tout le poids du monde

Se trouve sur tes épaules

Le cœur est lourd

Quand le monde continue à se refroidir

.

Qui a laissé la porte ouverte

Qui m'a laissé dehors

Je suis sur les genoux et j'espère

Que quelqu'un me serrera dans ses bras ce soir. »

Dehors, Hollywood Undead.


Harry sortit une cigarette de sa poche et en proposa une à Drago, qui accepta sans un mot. Rangeant son paquet, Harry nota qu'il tremblait. Ils venaient de quitter le stade national de Londres, et il n'avait pas du tout la tête au Quidditch.

Depuis la douche qu'il avait prise ce matin-là même, Harry avait pris conscience de la tournure qu'avait pris la situation, et il avait l'impression de perdre pied. Il avait couché avec Drago, et plus il y pensait, plus son cœur s'affolait. Il avait complètement déraillé. Pourtant ce n'était pas le pire, puisqu'il crevait d'envie de recommencer.

Hermione l'avait vu venir. Alois aussi. Même Dean avait revu ses positions, suite à leur dernière conversation privée. Harry ne savait pas comment tout cela avait pu arriver, mais à présent, il comprenait mieux pour quelle raison Dean avait renoncé à être aimé en retour. Il avait dû voir ce qu'Harry refusait alors d'admettre pour lui-même : il était tombé amoureux. Amoureux de Drago Malefoy.

Lui qui se croyait jusque-là incapable d'éprouver des sentiments plus qu'amicaux s'en trouvait totalement démuni. Il se rendait compte que s'il avait pris ses distances avec Charlie après son agression, ce n'était pas parce qu'il était aigri. C'était parce qu'il prenait conscience qu'il s'attachait un peu trop à lui, et que ses propres sentiments l'effrayaient… Une fois de plus, il faisait blocage, il s'en empêchait.

Harry soupira. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ? Il avait envie de pleurer. L'idée de s'être entiché de Drago rendait sa respiration laborieuse, il ne savait même plus quoi penser. Il avait peur, et il se sentait étriqué, comme paralysé dans un bloc de glace. Il aurait voulu en sortir, mais il était trop tard, il avait laissé le froid approcher et le gagner.

Quel fichu Gryffondor, il était. Survivre à Voldemort ne l'avait pas rendu invulnérable, il ne pouvait pas avoir le contrôle sur tout. Même s'il aurait aimé pouvoir l'affirmer…

« On ferait bien de rentrer dormir », lui suggéra Drago d'une voix traînante, le rappelant brutalement à l'instant présent.

« Tu as raison », lui répondit Harry à voix basse.

Il avait de la chance que son rendez-vous avec Alysha Straight, la Capitaine des Harpies de Hollyhead, se soit bien déroulé. Il n'était pas un surhomme, et il manquait clairement de sommeil et de discernement.

Son rapport sur la sécurité du stade pour accueillir des détenus attendrait bien le lundi.

OoOoO

Harry avait été désastreux ce dimanche matin. Heureusement pour lui que ce n'était qu'un entraînement, sinon Olivier l'aurait étripé. Il fallait dire qu'il n'arrêtait pas de penser à Drago, et la sensation de tomber dans le vide ne l'aidait pas à se concentrer. Au contraire, il était resté crispé sur son balai. Et toujours ce crépitement dans ses doigts…

Harry déglutit. Il venait d'arriver au Terrier, il avait salué les Weasley, et il avait remarqué Hermione et Ginny, en grande discussion près de la fenêtre du salon. Il savait qu'Hermione ne lui tenait pas rigueur de son altercation avec Drago, mais il s'en voulait de lui avoir menti. D'autant plus qu'entre-temps, il avait sombré dans sa bêtise.

Il se racla la gorge en arrivant près d'elles. Il sentit immédiatement Hermione le dévisager, et il n'échappa pas non plus à l'examen de Ginny.

« Si tu ne revenais pas déjà de ton entraînement, je te proposerais d'aller faire une course », commenta cette dernière, perspicace, avant d'échanger un regard entendu avec Hermione.

Harry grimaça. Il était percé à jour.

« Justement, Hermione… », commença-t-il en se passant la main dans les cheveux, nerveux.

« Je vous laisse discuter », annonça Ginny, qui lui tapa amicalement l'épaule en partant.

Il l'entendit s'éloigner et se disputer avec son plus jeune frère à propos de la disparition de la moitié des biscuits apéritifs, ce à quoi Hermione leva les yeux au ciel, puis se concentra à nouveau sur Harry.

Il l'observa longuement, incapable de prononcer un seul mot. Il ne savait pas comment s'y prendre, il ne savait même pas ce qu'il voulait lui dire. Il avait surtout terriblement besoin de son soutien, bien qu'il craignît en même temps ses remontrances.

Et puis il ne pouvait pas lui parler de sa relation avec Drago, pas ici, pas dans cette maison où il avait tant vécu avec Charlie…

« On peut aller en discuter dehors… ? » lui demanda-t-il dans un murmure.

Hermione acquiesça et ils sortirent. Lui faisant face, son amie fut la première à reprendre.

« Tu me fais peur, Harry », admit-elle après un instant, visiblement inquiète.

Harry ferma les yeux, le cœur au bord des lèvres.

« J'ai déconné grave, Hermione… »

Contre toute attente, il sentit ses bras se refermer autour de sa taille. Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes disparaître dans sa chevelure de lionne et éclater en sanglots.

« Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive… »

« Tu viens de t'apercevoir que Charlie n'était pas le seul capable de te troubler, n'est-ce pas ? » souffla Hermione dans son cou.

« Ouais… »

« Pourquoi lui ? »

Harry se figea. Il ne s'était jamais posé cette question. Il était incapable de donner du sens aux récents événements. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait été touché par la détresse de Drago. Au-delà…

« Je ne sais pas… Il a réveillé quelque chose en moi. Une envie de… tout retourner, de me défier. Mais j'ai peur de me perdre dans mon combat... Je n'ai pas la force de porter… tout ça… »

Il avait pensé « Je n'ai pas la force de porter en avant de tous ces sentiments pour quelqu'un », mais le fait de le prononcer à haute voix n'aurait fait que les rendre plus réels encore.

Et c'était effrayant.

« Tu sais quoi, Harry ? Peut-être que je comprends mieux que tu ne le penses », lui certifia Hermione d'une petite voix.

Harry n'eut cependant pas le temps de lever le mystère. Molly les appelait pour déjeuner.

OoOoO

Harry referma son dossier pour sa proposition de collaboration avec les Harpies de Hollyhead et en fit une copie, avant de le remettre à sa chouette.

Il ne voyait pas comment le Département de la Justice pourrait lui refuser une telle mise en place : le stade était déjà sécurisé par des sortilèges antitransplanage. Peu le savaient, mais il y avait également un dôme qui délimitait le terrain, en raison d'une tentative de sabotage par des supporters d'une équipe adverse en 1833. Seules les conditions météorologiques n'étaient pas entravées par ce dispositif.

De plus, les joueuses avaient accepté de participer à l'action de manière bénévole, en échange de la publicité que cela couvrirait. Un premier sponsor, l'Union internationale des Droits d'Humains dotés de Magie, une petite association regroupant quelques sorciers et sorcières soucieux, avait proposé de fournir des camionnettes transplanables aux normes.

Il ne restait que le soutien de la Brigade magique, ce qui risquait en vérité de poser le plus de difficultés concrètes. Le Ministère pouvait très bien donner son accord et justifier que dans les faits, le projet n'était pas applicable…

Harry soupira. Cette fois, il était temps de rentrer. Saluant ses collègues une dernière fois, il s'éclipsa.

Il était déjà dix-neuf heures lorsqu'il rentra chez lui et Drago était attablé à sa place habituelle, penché sur ses cours.

« Potter », l'accueillit-il sans lui accorder un regard.

« Drago », répondit machinalement Harry.

Dire que moins de 48h auparavant, Drago chuchotait son prénom pour le supplier de le prendre… Harry sentit la chair de poule hérisser ses poils et frissonna. Ces souvenirs semblaient appartenir à une autre dimension.

Vu l'heure tardive, il ne perdit pas de temps et déposa ses affaires, plaçant deux pizzas au four. Puis il ouvrit la porte du frigidaire dans l'optique de se servir une Bièraubeurre bien méritée. Il s'immobilisa devant le contenu.

« Un apéro ? » proposa-t-il à Drago.

« Pourquoi pas », fit-il d'une voix insipide. « Au fait, tu as reçu du courrier dans l'après-midi. J'ai posé l'enveloppe à côté du panier de l'entrée. »

« Ah. Merci. »

Il décapsula les deux bouteilles, en tendit une à Drago et disparut dans l'entrée. Il avait déjà fait demi-tour lorsqu'il se figea, l'adresse sous les yeux. Ou plutôt, l'écriture avec laquelle elle avait été écrite. Il aurait pu la reconnaître entre mille. Et il savait déjà ce qu'elle contenait.

« Merde… », marmonna-t-il en revenant dans la cuisine. « Merde… »

Il prit appui sur son plan de travail, le cœur cognant à vive allure. Il décacheta l'enveloppe, avant d'en sortir la lettre.

.

Mon petit lion,

Me voilà sur le départ. Je t'avais promis d'arriver d'ici début avril et nous y sommes. J'ai eu quelques difficultés avec un nouveau-né et j'ai craint de ne pouvoir quitter la réserve à temps, mais j'y suis finalement parvenu !

J'arriverai probablement demain en début de soirée, au plus tard dans la nuit de mardi à mercredi. Fais-moi une petite place dans ton lit, hein ?

Suave nerosite (tendres pensées),

Ton cul-terreux.

.

Harry éclata de rire à la signature, bien que nerveusement. Cela avait été un sujet de taquinerie entre eux, Charlie était le campagnard à la recherche du sauvage… et Harry, le sauvage qui se terrait pourtant en plein centre-ville.

Il releva la tête, à vue sur Drago. Celui-ci prenait justement une gorgée de sa bière, avec une grâce que Harry ne pourrait jamais reproduire, puis reposa la bouteille, le tout sans quitter des yeux ses parchemins. Comment Harry allait-il concilier son passé et son présent ? Ce n'était même pas une histoire de querelles ancestrales entre les Weasley et les Malefoy, c'était la réunion des deux seuls hommes qui avaient réussi à faire battre son cœur.

« Merde, merde… », répéta-t-il pour lui-même.

La seule chose dont Harry était certain, c'était la peur qui le gagnait petit à petit. Et la certitude qu'il fallait qu'il prévienne Drago de la venue de Charlie…

« Et merde… »

« Bon Potter, tu m'agaces avec ta formule de style plus que douteuse. Alors soit tu m'expliques qu'on en finisse, soit tu la fermes, que je puisse me concentrer, merci », lança Drago, acerbe.

« Hum… De toute façon, ça te concerne aussi… », marmonna Harry.

Drago se retourna pour lui faire face, un sourcil arqué et ses iris gris de lune attentifs. Le cœur de Harry rata un battement. Merlin…

Il soupira. Il n'y avait pas trente-six mille cheminées pour annoncer qu'ils allaient être trois durant les prochains jours.

« Mon ex revient en Angleterre pour quelques jours. Il loge ici. »

Il vit clairement les iris de Drago vaciller, avant qu'il se reprenne. Ce constat eut le don de perturber Harry.

« À une semaine près, je t'aurais dit que je pourrais trouver un logement, mais là, je n'ai pas encore eu de réponse pour ma demande d'aide financière », annonça Drago, à peine audible.

« T'es tombé sur la tête, Drago ! » s'emporta Harry. « Il n'est pas question de te mettre dehors. »

Une petite voix lui murmura qu'il n'avait peut-être pas envie de se retrouver à tenir la chandelle, mais Harry rejeta immédiatement cette idée. Il avait présenté Charlie comme son ancien petit-ami, ce qui était la vérité, Drago n'était pas supposé savoir qu'ils avaient encore… d'étranges habitudes.

« Et tu vas le faire dormir où ? Sur le canapé ? Il ne faudra pas compter sur moi pour le faire », grogna Drago.

Harry laissa échapper un rire, puis se reprit. Cette tendance à faire le prince l'amusait, mais lui rappelait aussi la vérité.

« Personne n'a jamais dormi dans la chambre que tu occupes, tu sais », admit-il. « Et Charlie dort toujours avec moi. »

Quelques secondes s'écoulèrent, si bien qu'Harry crut que Drago ne lui répondrait jamais. Mais il se trompait.

« Problème résolu alors », conclut-il.

Si seulement Drago pouvait avoir raison…

OoOoO

Vingt-quatre heures après avoir découvert la lettre de Charlie, des coups furent frappés à la porte. Tendu, Harry se leva pour lui ouvrir.

Il savait qu'il ne devait rien à Drago et probablement que celui-ci n'en avait rien à faire de sa relation avec son ex, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être nerveux. Habituellement, il n'y avait personne pour assister à leur cohabitation ambiguë, et seuls les parents de Charlie pensaient encore qu'Harry était leur beau-fils…

Il ouvrit la porte sur un immense sourire, avant de tomber sur une constitution digne d'un dragon. Charlie Weasley était grand, musclé et clairement imposant. Il était pourtant aussi effrayant que tendre, à l'image du Calmar géant.

Dans la seconde qui suivit, deux bras se refermèrent autour de lui, dans un geste brusque qui le colla contre son torse solide en lui oppressant la poitrine.

« Par Godric, Charlie, laisse-moi respirer ! » se plaignit-il d'une voix étouffée.

« Mais tu m'as tellement manqué… Je suis content de te retrouver, mon petit lion », se défendit Charlie sur un ton plein de douceur.

Harry grogna dans sa barbe, bien que son cœur ait manqué un battement.

« Mmmh, tu m'as manqué aussi. Mais arrête de me serrer comme ça, j'ai l'impression que c'est ta mère qui m'embrasse », râla-t-il.

Charlie s'esclaffa en le relâchant, avant de lui caresser la joue de ses doigts rugueux, qui contrastaient avec la tendresse de son geste.

Il s'empara alors de ses bagages, qu'il avait négligemment lâchés au sol pour l'étreindre, se dirigeant vers les pièces à vivre. Harry le suivit.

« Je vais mettre ça dans ta chambre. Tu as quelque chose à manger ? Je suis affamé par… Bonjour. Tu es le fils Malefoy, c'est ça ? » s'arrêta-t-il net en découvrant l'invité.

« Exact », fit Drago, serrant la main que lui tendait Charlie. « Et toi, l'aîné Weasley ? »

« Non, le deuxième fils. Bill est l'aîné. »

Harry observa leur poignée de main avant d'intervenir.

« J'héberge Drago le temps qu'il se remette sur pattes », révéla-t-il.

« Je sais que j'assure, mais je ne suis pas une bête, Potter », ironisa Drago.

« Ah. Ah. Ah. Je vais déposer tes affaires », dit Harry à l'attention de Charlie, mal à l'aise. « Tu peux te servir, on vient à peine de terminer le repas. Il reste des pâtes dans la passoire et de la sauce dans la casserole. »

Lorsqu'il revint dans la cuisine quelques instants plus tard, Charlie dégustait son plat face à un Drago visiblement très appliqué dans ses révisions. Après tout, il passerait ses ASPIC dans moins d'une semaine, il était normal qu'il ne s'intéresse pas plus que cela au nouvel arrivant…

OoOoO

Quand Harry rentra du travail le mercredi en fin d'après-midi, une délicieuse odeur de maïs lui chatouilla les narines. Comme à l'accoutumée, il trouva Drago assit avec ses parchemins, mais il y avait également Charlie, et celui-ci était aux fourneaux.

« Drago », le salua-t-il.

« Potter », obtint-il en réponse.

Sans rien ajouter, il se dirigea vers Charlie, posant instinctivement la paume dans le bas de son dos. Ce ne fut qu'une fois qu'il l'eut fait qu'il réalisa son geste.

« Qu'est-ce que tu fais ? » le questionna-t-il, dans le but de dissiper sa gêne.

« Une mămăligă », répondit-il en l'embrassant sur la tempe. « J'ai été faire quelques courses ce matin. »

Harry ferma les yeux. Comme à chacune de ses visites, il appréciait son affection, mais cette fois-ci, cela avait un goût particulier. Le grattement de la plume en fond lui rappelait qu'ils n'étaient pas seuls et surtout, que certaines choses avaient changé.

« J'ai fait une zacuscă pour l'apéritif, je t'attendais pour servir le tsuica », continua-t-il, étranger à ses pensées.

« Tu as mis ça au frais ? »

« Ouaip. »

Harry en profita pour se déloger de son étreinte. Charlie aimait bien cuisiner et ce n'était pas pour déplaire à Harry d'être déchargé de cette tâche. D'autant qu'avec Charlie, tout comme au Terrier, cela avait la saveur des réunions familiales, et lui donnait toujours le sentiment d'en faire partie.

Il sortit le schnaps et l'assortiment de légumes, dressant ainsi la table. Il n'osa pas regarder en direction de Drago, qu'il percevait pourtant en biais.

« Tu viens, chou ? » commença Harry avant de se rectifier, sentant le regard de Drago, qu'il n'avait pas pu éviter. « Hum ! Charlie. »

Il vit nettement Drago tirer la langue et mimer une nausée. Harry le frappa du dos de la main, comme pour l'interpeller sur l'inconvenance de son attitude, mais il rit nerveusement.

« Je mets ça au four et j'arrive », prévint le concerné.

Ce faisant, il s'exécuta et, moins de dix secondes plus tard, servait l'apéritif. Il porta un toast.

« À la carrière de mon petit lion et à notre amour indéfectible malgré la distance », déclara-t-il. « Noroc ! »

Harry déglutit et son état ne s'arrangea pas lorsque deux pupilles gris de lune s'ancrèrent aux siennes, indéchiffrables. Néanmoins, Charlie faisait déjà cul sec avec son eau-de-vie et Harry ne se voyait pas s'éterniser dans son embarras. Il avala donc le contenu de son verre, et Drago en fit rapidement de même. À peine quelques secondes s'étaient écoulées, si bien que Charlie n'avait rien remarqué de leur hésitation.

Quand Harry reposa son verre sur la table, Drago semblait s'être perdu dans Londres, à travers la fenêtre de la cuisine.

OoOoO

« Quand est-ce qu'on ira manger chez ma mère ? Je ne lui ai pas encore annoncé que j'étais de retour en Angleterre », lui demanda Charlie, alors qu'ils étaient tous les deux allongés dans le canapé, dos à torse.

Après le repas, Harry s'était laissé entraîner dans le salon. Il avait trop mangé et il n'avait pas eu l'énergie de protester. Mais il commençait à le regretter. Là n'était plus sa place et il ne se sentait pas fort à l'aise dans cette position.

« Je ne sais pas. Demain ? » lui répondit-il en observant avec réserve leurs mains enlacées.

« Mmmh, d'accord », accepta ce dernier en le serrant plus fort contre lui. « Je pourrai quand même encore un peu m'occuper de toi. »

Harry ne dit rien, mais il retirera sa main, empêchant ainsi Charlie de continuer ses cajoleries. Ce faisant, il ne put que noter du mouvement du côté de Drago, toujours occupé à ses révisions. Comme un tic nerveux. Et cette vue, combinée à l'exposition de son intimité avec Charlie, le déconcerta.

« De toi et de ton corps… », ajouta-t-il à son oreille.

« Charlie ! » s'indigna Harry. « On n'est pas tous seuls. »

« De fait, vous n'êtes pas seuls », intervint Drago. « J'essaie de travailler. »

Harry grogna. Il ne savait que penser de l'attitude de Drago. Il était visiblement irrité, ce qui était parfaitement compréhensible. Malgré tout, il sentait une distance entre eux, pour laquelle la cause n'était pas claire. Était-ce dû à leur rapprochement intime ? Était-ce du respect du fait de la présence de Charlie ? Ou encore de la jalousie par rapport à leur relation ?

Harry secoua la tête. Drago, jaloux ! Il se croyait vraiment dans un monde parallèle, parfois. Drago n'était pas envieux de ce qu'ils partageaient, il avait même dit qu'il n'attendait rien de lui, que c'était simplement une question de désir mutuel. Il ne fallait rien y voir d'autre.

Charlie se mouva sous lui et Harry leva le menton pour tenter de percevoir son visage.

« Viens, on va dans ta piaule. Comme ça, ton ami pourra réviser sans dérangement. »

Harry se redressa sans chercher à comprendre la signification de son sarcasme. Arrivé dans sa chambre, il se laissa retomber comme une chiffe molle. Au moins n'était-il plus sous les yeux de Drago.

Charlie referma la porte derrière lui avant de venir le rejoindre. Il se positionna aussitôt au-dessus de lui, l'embrassant du bout des lèvres. Harry le laissa faire, se disant que sa douceur finirait par le gagner et lui donnerait également des élans de tendresse.

Mais rien ne vint, et, lorsqu'il sentit la main de Charlie descendre jusqu'à sa braguette pour l'ouvrir, sa seule impulsion fut de vérifier que la porte était bien fermée et pas entrebâillée.

« Ça fait bien trop longtemps que je rêve de revoir ton visage déformé par l'extase », lui susurra-t-il alors qu'il précipitait sa main dans son caleçon.

Harry soupira longuement, la bouche entrouverte dans une expression béate. Cependant, son plaisir fut très vite amoindri par des images du corps de Drago et par des souvenirs de ses gémissements. Il se figea.

« Charlie, je ne peux pas faire ça… », souffla-t-il, les paupières closes par la honte.

Son amant cessa immédiatement ses caresses, remontant au niveau de son visage. Harry pouvait sentir son souffle sur sa peau.

« Pourquoi ? »

Il tourna la tête, cherchant à fuir le regard de Charlie, mais celui-ci lui attrapa la mâchoire, le forçant à faire face à la situation.

« Pourquoi ? » insista-t-il.

« Parce que je ne suis plus amoureux de toi, Charlie… Et on sait tous les deux ce que coucher signifie pour toi », admit-il en rouvrant les yeux, par respect pour celui qu'il avait aimé. « Je suis désolé… »

Son ancien amour le dévisagea un moment, avant de se décider à parler.

« Ça fait longtemps que je t'ai perdu, Harry. Même si ça fait trois ans que l'on continue à se voir, à se comporter comme un couple à chacune de mes visites. Et ce, malgré le fait que tu saches pertinemment que je suis asexuel et que je ne te touche que parce que je t'aime et que j'aime te faire du bien. Alors, je te le demande, et je ne le ferai qu'une seule fois : qu'est-ce qui a changé ? » lâcha-t-il d'une traite.

Harry secoua la tête. Ce qui avait changé ? À peine un peu plus de quatre mois auparavant, il avait retrouvé Drago, et là… oui, là, tout son quotidien avait été bouleversé.

« Je suis perdu, Charlie… »

« C'est l'autre blondinet, pas vrai ? »

« Charlie… »

Il avait visé juste. Harry était incapable de dire de quelle façon il y était parvenu, mais force était de constater qu'il avait deviné.

« Ne me mens pas, Harry, s'il te plaît… », l'implora-t-il.

« Oui… », avoua-t-il d'une petite voix. « Comment est-ce que… ? Non, c'est bon, laisse tomber. »

Charlie soupira et Harry vit clairement la douleur transpercer ses iris.

« Comment ? Eh bien à commencer par le fait que vous viviez ensemble. Tu me l'as toujours refusé, protégeant à cor et à cri ton besoin d'espace personnel. J'arrive, et je constate qu'il est là depuis un bon moment, parce que vous avez pris vos petites habitudes, tous les deux. »

« Charlie… »

« Laisse-moi finir, s'il te plaît », requit-il. « Merlin, je ne te demanderai même pas si vous avez couché ensemble, dans le fond, ça n'a aucune importance. Parce que non seulement, tu ne t'es jamais privé d'aller voir ailleurs, mais en plus, je sais que tes sentiments ne dépendent pas de la complicité au pieu. Quoique, c'était peut-être ce qui te manquait avec moi… »

Harry sentit les larmes lui monter aux yeux en entendant les doutes de son ancien petit-ami. Il l'avait réellement aimé, et ses besoins en matière de sexualité n'avaient rien avoir avec ça. Certes, il avait aimé l'intimité avec Drago, mais il fallait admettre qu'il n'était pas très expérimenté. C'était totalement autre chose qui était en jeu…

Cette fois-ci, il s'approcha de lui-même de Charlie, effleurant sa joue râpeuse de son index replié. Il ancra son regard au sien. Il ne voulait pas qu'il se sente mal à cause de lui…

« Charlie, je te promets que j'ai été sincère avec toi. Tu es assurément mon premier amour. C'est juste que… »

« … qu'il a su exister après moi. »

« Surtout après les événements… », nuança Harry.

Il avait à présent envie de pleurer. Tout ça, c'était tellement injuste… Parfois, il avait réellement la sensation que le monde était contre lui. Ou bien que de toute façon, comme il aurait dû perdre la vie durant la guerre, il ne pourrait plus jamais se sentir vivant.

Charlie secoua la tête.

« Je n'ai jamais compris comment ça avait pu te toucher à ce point. Par Godric, je suis un gaillard ! Alors oui, je me suis pris une sacrée raclée par cette bande de gamins, oui c'était gratuit et clairement homophobe, mais on s'en branle ! » s'enflamma-t-il. « Justement, on aurait dû leur montrer qu'on était au-dessus ça, que notre amour était plus fort que leur haine ! »

Il conclut par un soupir.

« Enfin, le mien l'était en tout cas. Mais je ne peux pas t'en vouloir. Ou plutôt, je n'y arrive pas. »

Il attrapa son poignet, déposant un baiser au creux de sa paume, avant de se lever et de sortir de la chambre.

« Charlie, attends ! Où est-ce que tu vas ? » s'écria Harry à sa suite.

Il se retourna, un sourire triste dessiné sur le visage.

« Chez mes parents. Il est temps que je leur annonce que notre histoire est terminée. Je repasserai chercher mes affaires quand tu seras au travail », lui signala-t-il. « Tu ferais mieux de reboutonner ton pantalon, mon petit lion, tu fais exposition. »

Sur ce, il le planta au milieu de la cuisine, et Harry resta hébété quelques instants. Il se décida finalement à renfermer son service trois-pièces.

Il se laissa lourdement choir sur une chaise, face à Drago, qui n'avait pas perdu une seule miette de la scène. Et il le dévisageait ouvertement.

« Quoi ? » attaqua-t-il avec colère. Il tremblait.

Drago haussa les épaules.

« Je constate que je ne regrette pas du tout de ne pas avoir été initié aux romans à l'eau de rose de ma tante Andromeda. C'est assez déplaisant, pour ne pas dire minable », affirma-t-il, acerbe.

Harry eut l'envie soudaine de lui faire ravaler son autosuffisance. À la place, il s'empara d'un morceau de parchemin qu'il chiffonna hargneusement, avant de la lui lancer en plein thorax.

« À quoi tu joues, Potter ? » siffla Drago sur un ton menaçant.

« Je m'évite de faire ou de dire quelque chose que je pourrais regretter », répliqua-t-il d'une voix aiguë.

Il se redressa, fuyant la pièce. Les larmes débordaient déjà de ses orbites.


Dois-je fuir pour ne pas subir votre haine à mon égard ? ahah Pour ma défense (et celle de Harry), il a admis pour lui-même qu'il était amoureux de Drago ! Je me souviens d'une phrase que ma chère Almayen m'avait dite un jour "j'aimerais en prendre un pour frapper l'autre", et je me dis que vous devez être un peu dans le même état là ahah

A la semaine prochaine pour découvrir l'impact de cette visite sur Drago !

Flux énergétique sur vous,
Cailean.