Bonjour mes amours !
Le temps passe et nous arrivons déjà au chapitre 27. Bien que je sois dans l'écriture de la suite et surtout dans l'écriture de ma propre vie personnelle, j'ai du mal à réaliser qu'on en soit déjà là. Ou bien peut-être que c'en est la raison : ma vie personnelle est très prenante. Mais j'y reviendrai bientôt, très bientôt. Je vous laisse avec Drago et sa vision du passage de Charlie.
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 27.
« It takes a lot to understand
The warrior, the sage
The little boy enraged (…)
.
A lot to understand what's humming (…)
.
A lot to comprehend what's coming (…)
.
You wrote me to tell me you're nervous and you're sorry
Crying like a baby saying "this thing is killing me". »
It takes a lot to know a man, Damien Rice.
.
« Ça prend du temps de comprendre
Le guerrier, le sage
Le petit garçon furieux (…)
.
Du temps de comprendre ce qui est chantonné (…)
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Du temps de saisir ce qui arrive (…)
.
Tu m'as écrit pour me dire que tu es nerveux et que tu es désolé
Pleurant comme un bébé en disant "c'est en train de me tuer". »
Ça prend du temps de connaître un homme, Damien Rice.
Ça lui avait fait l'effet d'un coup de poignard.
Drago avait cru qu'il pourrait supporter l'après. Il s'était préparé mentalement, il savait que ce ne serait pas facile d'avoir été l'amant de Potter le temps d'une nuit, de se dire que ça avait été mais que ce ne serait plus jamais. Il aurait presque aimé pouvoir encore murmurer « Harry… », avoir la sensation d'être désiré et le pouvoir de donner du plaisir. Mais Potter avait bien évidemment pris ses distances.
Ça avait déjà été difficile, mais la venue de Weasley-le-deuxième-né-et-ex-de-Potter avait été le coup de grâce. Potter l'avait prévenu qu'il était incapable d'aimer, qu'il ne savait pas comment faire. Il ne lui avait pas dit qu'il aimait déjà quelqu'un. Et ça changeait complètement la donne, parce que cela signifiait qu'il ne pouvait pas l'aimer, lui.
Le voir ainsi, se laisser être aimé, avoir des mots et des gestes affectueux envers un autre… c'était plus qu'insupportable. Certes, Drago n'aimait pas ça. C'était trop mielleux, ça en devenait écœurant. Mais au fond de lui, il aurait voulu être celui qui suscitait cette tendresse… C'en était presque paradoxal. Mais il avait pris conscience qu'il n'avait pas eu tout ce qu'il était possible d'avoir de Potter et, clairement, il n'aurait pas cette chance. Il n'avait pas parlé de la possibilité de le prendre sans le jeter par la suite.
Le pire dans tout cela, c'était qu'à présent, à chaque fois qu'il repensait à leur nuit à eux, qu'il revoyait le visage de Potter exprimer son orgasme et sentait son corps en trembler, il imaginait que c'était Weasley qui le lui donnait… Son plus beau souvenir était à présent gâché.
Potter le Sauveur, mais le sauveur de rien du tout. Drago avait senti la lame s'enfoncer profondément et, à mesure que le trou béant suintait, la vie s'en délivrait. Et à quelques jours des épreuves, avec un Potter larmoyant en fond, Drago se concentrait du mieux possible sur ses cours.
À travers les plaintes, il croyait pouvoir discerner le refrain de la chanson actuelle : I was looking for a job, and then I found a job / And heaven knows I'm miserable now / In my life / Why do I give valuable time / To people who don't care if I live or die. (Je cherchais un travail, et j'ai trouvé un travail / Et le paradis sait que je suis misérable à présent / Dans ma vie / Pourquoi est-ce que je donne du temps précieux / À des gens qui s'en fichent si je vis ou meurs. I'm miserable now, The Smiths). Il était misérable, c'était vraiment le terme.
Depuis que Weasley avait mis fin à leur relation soi-disant terminée, trois jours auparavant, Potter avait trouvé refuge dans la musique. Allongé dans le canapé, il chantonnait pitoyablement des chansons plus déprimantes les unes que les autres. Il ne faisait même plus les repas, et y touchait à peine lorsque Drago s'y attelait, totalement absent par ailleurs.
Et Drago saturait de cette situation. D'ici une semaine, il devrait recevoir la réponse du service social pour sa demande d'aide financière, et il espérait que la réponse serait positive. Auquel cas, il pourrait enfin se remettre sur pattes, comme l'avait si gentiment fait remarquer Potter. Alors, il chercherait un logement et s'en irait. Tout serait définitivement terminé.
C'était ce qui était prévu dès le départ, mais cette idée lui donna l'impression que son cœur se refroidissait encore un peu plus. C'était la fin, cette fois il le sentait. Que ferait-il ensuite ? Il ne le savait pas. Avec un peu de chance, il empocherait ses ASPIC. Peut-être commencerait-il des études supérieures ? Adolescent, il avait longuement réfléchi, rêveur plus que décideur, à poursuivre dans le domaine de l'architecture. Il aimait ça, dresser des plans, tracer des lignes, des formes bien droites à partir de l'imaginaire, de l'abstrait, pour donner vie à des projets d'ampleur.
« Ce qu'elle m'a demandé à la fin de la journée… », marmonna Potter. « Caligula en aurait rougi. "Tu es resté trop longtemps à la maison", elle a dit. Et naturellement, j'ai fui. »
« Et elle n'a pas tort. On est vendredi soir, Potter », l'interrompit Drago avec humeur. « T'as pas mieux à faire que de pleurer ton amour perdu ? »
« Je ne pleure pas un amour perdu », râla-t-il en gémissant.
Drago tourna la tête dans sa direction en soupirant. Potter avait ramené ses paumes sur son visage, ses coudes pointant sur le plafond. Il semblait se trouver au bord de la crise de nerfs.
« Je devrais relire Caligula », affirma-t-il, apparemment pour lui-même. « Cette chanson, ça me le rappelle… »
« Caligula ? » releva malgré tout Drago.
Potter se redressa pour s'asseoir, le visage toujours dans les paumes, faisant grincer le canapé.
« Ouais, une pièce de théâtre de Camus », expliqua Potter d'une voix étouffée. « C'est le nom d'un prince qui, après la mort de sa sœur, se fait bouffer par la peur et la haine. Il se refuse à l'amitié et à l'amour pour… un semblant de liberté. »
« Et comment ça se termine ? » continua Drago, plus par automatisme que par réel intérêt.
« Caligula comprend qu'il ne peut pas se sauver tout seul et se donne à la mort. »
« C'est joyeux. »
« Tout est toujours gai avec moi », commenta Potter, avant de hoqueter, probablement pour réprimer un sanglot.
Drago s'en trouva désemparé. Il n'avait jamais su comment s'y prendre avec les larmes, sinon s'en moquer. Mais il ne trouvait pas la situation risible, bien au contraire.
Potter se leva et disparut dans sa chambre, probablement à la recherche d'un peu de solitude. En le voyant quitter la pièce, Drago réalisa qu'il l'avait mis sur ses gardes plusieurs semaines auparavant. « Ça ne te suffit pas d'être le héros de guerre ? Par Salazar, on pourrit tous ici, Potter. Tous. Tu n'y couperas pas. »
En voulant en sauver plus d'un, Potter s'était lui-même condamné. Et Drago en était désolé pour lui, mais il n'avait visiblement pas les moyens de l'exempter de peine.
OoOoO
La nouvelle de la rupture avait dû faire le tour de son cercle d'amis. Potter ne s'était pas rendu à sa soirée hebdomadaire et, dès le samedi matin, l'entièreté de la bande, ainsi que Granger, Weasmoche et Weaslette, s'était réunie dans le séjour. Drago avait dû se résigner et ranger ses cours pour la journée. Il était devenu impossible de se concentrer.
Bien qu'il ait accepté la Bièraubeurre qu'Alois lui avait tendue, Drago se tenait un peu à l'écart du groupe. Il n'arrivait pas à croire que tout ce monde se soit déplacé pour un cœur brisé, il se serait cru à un enterrement. Thomas et Weasmoche tentaient les blagues les plus ridicules possible pour tenter de rendre le sourire à Potter, ce qui ne semblait pas marcher trop mal, jusqu'à ce qu'il ait quelques secondes pour penser. Granger tentait de philosopher, pendant les autres approuvaient çà et là par des hochements de la tête. Drago se sentait à la fois au bout du rouleau et complètement étranger à ce qui se jouait.
Après ce qui lui parut une éternité, il vit nettement Alois se détacher de l'entassement sur le canapé, chacun en profitant pour se décoller un peu, et vint le rejoindre sur son île déserte.
« Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? » lui demanda-t-il sans préambule en s'appuyant à son tour sur l'appui fenêtre.
« Comme si tu n'étais pas déjà au courant. »
Du coin de l'œil, il vit Alois le dévisager ouvertement.
« Ça fait trois ans qu'ils se sont séparés, mais trois ans qu'ils continuent à se fréquenter malgré tout. Ils avaient une relation particulière, dans laquelle aucun des deux ne s'épanouissait. »
« En quoi ça me concerne ? » répliqua Drago, maussade, qui ne voyait pas bien où il voulait en venir.
« T'es un sorcier intelligent et tu ne t'es pas demandé pour quelle raison ils mettent les choses au clair maintenant ? »
Drago grogna. Qu'est-ce qu'il y connaissait, lui, en relations amoureuses ? Il n'y comprenait rien, et ce n'était pas avec Potter qui s'inventait un cœur de pierre qu'il trouverait du sens.
« Réfléchis-y. Je t'avais dit qu'il lui faudrait du temps, et les choses sont en train de bouger depuis peu, et surtout depuis que vous avez couché ensemble. Ce n'est pas anodin. »
Drago secoua la tête. Il entendait ce qu'Alois essayait de lui faire comprendre, mais les connexions ne voulaient pas se faire. Il était en panne depuis le passage de Weasley.
« Nerveux comme il est, je mettrais ma main aux Scrouts à pétard qu'il en a pris conscience, lui aussi », ajouta Alois. « Non, la rupture nette avec Charlie n'est clairement pas sans rapport avec la situation actuelle. Charlie a toujours accepté le fait qu'Harry aille voir ailleurs, et Harry ne lui a jamais mis de stop alors que c'est contraire à son discours de liberté. »
Drago resta de marbre. Il ne savait plus quoi penser. Ce raisonnement partait dans une direction opposée à ses propres conclusions. Son regard se perdit dans le vide. Il s'efforça de comprendre Potter à la lumière des paroles d'Alois.
Il l'avait connu en guerrier, cherchant à en sauver plus d'un, au péril de sa vie. Et il avait effectivement sauvé le monde sorcier du règne du Mal en détruisant le Seigneur des Ténèbres, il avait sauvé des vies et perdu des amis au passage, sans jamais laisser tomber sa quête, semblant même y trouver une raison de la poursuivre. Drago l'avait admiré pour ça, pour cette dévotion, bien que jamais il n'aurait voulu en être. Il en avait assurément du courage pour se risquer à tout perdre, ce que Drago n'avait pas. Il aurait plutôt fui pour protéger les siens.
Puis il avait rencontré le sage. Il n'aurait jamais pensé qu'il caractériserait Potter de cette façon un jour, et pourtant… Ses études semblaient l'avoir fait mûrir. Il avait appris à agir avec méthode, à réfléchir sur base de ses connaissances et plus uniquement de manière instinctive, bien qu'il restât un fichu Gryffondor impulsif, preuve en étant encore dans sa façon d'agir avec lui. Un livre ouvert sur ses émotions, qu'il ne pouvait dissimuler.
Un livre ouvert, c'était cela. Et Drago n'avait rien vu, puisqu'il s'était retiré dans sa détresse. Et il était certainement bien trop couard pour affronter ce chagrin qu'il ressentait pour un autre que lui. Or, Alois avait raison : tous les signes étaient là, Potter avait peur. Mais il avait également enfoui une colère qui semblait à présent vouloir ressortir. Ses sclères étaient rougies par des vaisseaux sanguins qui pulsaient. Ses membres étaient agités de mouvements frénétiques. Et ses flexions de doigts, aussi volontaires que régulières, indiquaient un engourdissement de ceux-ci. Ce n'était clairement pas une dépression, c'était une anxiété généralisée. En fin de compte, Potter ne pleurait peut-être pas un amour perdu. Il luttait contre quelque chose en lui-même.
Drago n'était pas certain de pouvoir en dire autant. Il n'avait plus le goût à rien, sinon à laisser la vie défiler en le laissant sur le bas-côté. Il y avait pire comme enfer, pour être tout à fait honnête. Il avait tout loisir d'observer Potter, de le voir batailler contre lui-même et contre ses propres instincts de survie, ne sachant plus s'il s'acharnait en vertu de la vie ou au dessein de la mort. Il y avait pire, puisqu'il était près de lui, même si Drago savait que ça devrait se terminer bientôt. Dans le fond, il ne savait même plus ce qu'il préférait. L'avant ou l'après…
« Amour », lança Alois, le sortant de ses pensées.
Drago sursauta imperceptiblement et il se morigéna mentalement d'avoir oublié sa présence à ses côtés. Preuve était de constater qu'il n'était pas une présence dérangeante, en tous les cas. Drago savait apprécier les sorciers capables de rester silencieux.
Il vit Finnigan avancer dans leur direction, ainsi interpellé par son compagnon. Celui-ci le prit aussitôt dans son étreinte, caressant ses flancs avec naturel, et levant le menton pour pouvoir observer son visage tandis qu'il s'adressait à lui.
« Tu veux partir vers quelle heure, cet aprèm ? Maman voudrait nous avoir pour le thé pour qu'on voie ses copines, mais je sais que tu n'aimes pas trop être l'objet de leurs commérages. »
Finnigan haussa les épaules et Drago se désintéressa du reste de la conversation. C'était si naturel qu'il avait l'impression d'être un intrus dans leur intimité. Était-ce réellement de cela que Potter avait peur ? D'une relation si simple que l'on se demandait comment on en était arrivé là ?
« Tu as vu ça ? » s'enquit Alois, se tournant à nouveau vers lui.
« Quoi donc ? » fit Drago en en faisant de même.
« Harry. Il faut voir comment il nous regarde, Seamus et moi. Trop tard », ajouta-t-il alors que Drago tentait de comprendre ce qu'Alois voulait dire par là.
Effectivement, Potter avait déjà le visage tourné vers Erwann, qui lui parlait en souriant. Il se dégageait une certaine douceur de ce sorcier, comme s'il voulait insuffler un peu de bonhomie.
« C'est toujours un mélange d'envie et de… rejet », continua Alois, conscient de son attention. « Je crois que ça lui fait mal de voir qu'il est possible d'aimer et d'être épanoui en même temps. Il aurait sans doute préféré pouvoir se voiler la face sans accroc, évitant l'amour par crainte du gouffre. »
« Tu vois toujours tout, toi », remarqua Finnigan.
« Parce que tu n'as pas remarqué, peut-être ? » répliqua Alois sans méchanceté. « Je sais bien que tu n'as d'yeux que pour moi, mais quand même… »
« Fourbe. »
« Amour de ma vie. »
Drago détourna les yeux au moment où Alois se hissait pour happer les lèvres de son compagnon. Dire que c'était possible pour certains. Dire qu'à peine quelques jours auparavant, il s'était senti tout aussi vulnérable dans les bras de Potter et qu'il en avait redemandé.
Finalement, il comprenait pour quelle raison Potter fuyait. Il en connaissait probablement plus que lui sur les relations de couple, et sur les risques encourus en se donnant à quelqu'un. Le plus étonnant dans tout cela, c'était probablement le fait que ce fut le Gryffondor qui fuyait, et pas le Serpentard.
« Malefoy », le sollicita Granger en se plantant subitement devant lui, le visage fermé.
« Granger. Qu'est-ce que tu veux ? »
« Quel accueil. »
« Parce que tu viens me parler par courtoisie, peut-être ? »
Granger se pinça les lèvres. Elle n'était clairement pas venue pour lui faire la discussion. Alois siffla, comme admiratif.
« C'est quoi, cette ambiance ? Et ces petits noms affectueux ? »
Granger leva les yeux au ciel, avant de pointer un menton accusateur dans sa direction.
« Tu n'as qu'à le lui demander. »
Drago haussa les sourcils. Elle ne manquait pas de culot.
« Si tu en venais aux faits, Granger, qu'on en finisse. »
« Ce soir. Dix-huit heures. Tu es invité à dîner chez moi. À moins que tu ne craignes les germes de Sang-de-bourbe », asséna-t-elle.
Drago ne cacha pas sa surprise.
« En quel honneur ? »
« Aucun. C'est pour Harry. Et comme il refuse de venir si c'est pour que tu passes la soirée seul ici, c'est un ordre. »
Alors comme ça, Potter se souciait de son isolement ? Par contre, quand il s'agissait de jouer au séducteur ou de s'exposer devant lui avec son ancien fiancé, là, aucun problème. Cet homme était tout de même très étrange. Mais visiblement, Drago avait en partie sa considération et il n'avait pas envie de se faire prier.
« Très bien, votre vile altesse », rétorqua Drago.
Granger lui lança un regard noir, avant de tourner les talons. Drago avait apparemment le don de se mettre en danger avec des lions pour le petit lion d'un autre.
OoOoO
Le repas avait pris une tournure inattendue. Au début, il n'y avait rien eu de notable, juste cette tension malaisante au sein de ce petit groupe qui n'avait pas pour habitude de se rassembler. Au vu de leurs antécédents, il n'y avait rien de surprenant. Granger avait tout de même essayé d'être sympathique, en bonne hôtesse – mais piètre cuisinière, si Drago comparait la qualité des plats à ceux de Potter. Du surgelé, du prêt-à-cuire. Elle semblait malgré tout mal à l'aise par la situation.
En vérité, la seule donnée qui rendait Drago suspicieux, c'était le comportement de Potter. Il évitait le regard de tout le monde. Le sien, c'était compréhensible. Celui de Granger, Drago imaginait assez bien, puisqu'elle avait cette capacité à tout décoder chez lui. Celui de Weasley, en revanche, c'était plus étonnant.
Weasley jetait littéralement des Bombarda de ses iris, comme s'il en voulait à la Terre entière, et ne cessait de passer de l'un à l'autre, comme s'il se demandait sur lequel il allait finalement exploser.
Tout cela ne relevait que de l'intuition, parce que pour être honnête avec lui-même, Drago se doutait bien que sa présence y était pour quelque chose. Il suffisait d'imaginer Granger imposer ce quatrième invité si spécial pour que Weasley batte froid pour toute la soirée. Et pour peu que Potter soit au courant, il s'en voudrait de créer des tensions.
Drago en était donc arrivé à cette conclusion, quand Weasley se décida à lancer les hostilités.
« On est obligés de faire semblant que c'est normal d'avoir la fouine à table ? Non pas que ça me dérange, mais en fait si », grogna-t-il, à la manière d'un enfant qui trouve injuste de devoir mordre sur sa Suçacide.
Sa remarqua sanglante figea la scène, la fourchette de Granger à quelques millimètres de sa bouche, le verre de Potter cessant dangereusement de tourner dans sa paume.
« Je crois que tu as suffisamment bu pour la soirée, Ronald », décida Granger en lui retirant sa bouteille d'Élixir.
« Non, mais laisse-la-moi ! » intervint-il en la lui reprenant des mains avec brusquerie. « C'est tout ce qu'il me reste avec ta nourriture sans goût. »
Dans un coin de la pièce, le Fléreur qui ne se faisait pas entendre jusque-là se mit à cracher. Personne n'y prêta attention. Weasley se resservit alors que son verre n'était même pas vide. Granger garda la tête haute malgré l'humidité de ses yeux. Potter avait relevé le visage en direction de Weasmoche, et il ne semblait pas très content.
« C'est très bon, au contraire. Tu n'as pas besoin de passer quatre heures en cuisine, Hermione, je t'assure que ça fait très bien l'affaire. »
Elle lui sourit tristement, reconnaissante. Drago se demandait si c'était juste une impression ou si Weasley se comportait comme un vrai trou du cul avec sa femme. Sang-de-bourbe ou pas, s'il l'avait épousée, il lui devait un minimum de respect.
« Ça se voit que vous n'avez pas grandi avec la nourriture de ma mère », marmonna Ron, plus pour lui-même. « Elle, elle sait y faire ! »
« Mais ta mère, elle est femme au foyer ! » s'écria Granger, une larme sur la joue, qu'elle s'empressa d'essuyer. « Moi, je me tue à la tâche au travail du lundi au vendredi, parfois jusqu'à des heures pas possibles, j'ai autre chose à faire que me plier à tes caprices ! »
« Et moi, je glande, peut-être ?! Tu crois que c'est la belle vie d'être Auror ? Les weekends, ça n'existe pas dans ce métier ! »
« Je n'ai jamais dit le contraire, Ronald ! Ce n'est pas moi qui me plains des repas, je te ferais signaler ! Et si ça te dérange autant, tu n'as qu'à t'en occuper toi-même. »
Weasley ouvrit la bouche pour répliquer, ce que Drago ne put pas supporter. Il avait beau détester Granger, cette façon de déballer son linge sale face à lui, supposé être leur ennemi, n'était pas des façons de faire.
« Oh la ferme, Weasley. Si tu voulais un elfe, il fallait en épouser un. Il n'y a qu'un idiot comme toi pour penser que tu l'aurais trouvé en Granger. »
Cette intervention plongea la table dans le silence, et la stupéfaction gagna en intensité lorsque Turbulence, le Fléreur, sauta de son meuble, fit quelques pas sur la table, avant de sauter sur les genoux de Drago. De là, il s'étira et se mit en boule.
L'échange de regards entre Potter et Granger était plus qu'explicite : ce n'était pas dans les habitudes de l'animal. Mais la fureur de Weasley était au-delà de la surprise générale. Lorsqu'il explosa, tout le monde sursauta.
« Mais c'est quoi ça ! Ce type, il débarque, et ton chat de merde l'adopte ! Même moi, ton mari, je ne peux pas l'approcher. Tu l'as éduqué contre moi, c'est ça ? Admets-le ! »
« Tu débloques complètement, Ron », intervint finalement Potter. « Moi non plus, je ne peux pas l'approcher. »
« Pourquoi tu le défends toujours ? » hurla Weasley. « C'est un fils de Mangemort ! »
« Je ne le défends pas ! Je t'explique en quoi ton raisonnement ne tient pas debout ! »
« Mais ouais, le plus bête, c'est toujours Ronald Weasley. Pourquoi on est amis, dis-moi ? Pourquoi, si je suis dépourvu de cerveau ? Et pourquoi il est là puisque tu ne le défends pas, hein ? Là, c'est toi qui me prends pour un idiot, c'est pas moi ! »
Potter cligna des yeux, interdit. Drago attendait, le dévisageant. Il se passa la langue sur les lèvres, comme pour temporiser la situation.
« Il est là, parce que… parce que peut-être que j'ai confiance en lui. C'est un fils de Mangemort, comme tu dis, pas un Mangemort. Je lui donne le bénéfice du doute, pour ces chances qu'on ne lui a pas données. Ça te va comme explication, Ron ? Ou tu te sens encore trahi par mes choix ? »
Les cœurs battaient sous les cages thoraciques, les soulevant et les affaissant sous l'effet de la colère ou de la défiance.
« Mais il porte la Marque, non ? » cracha Weasley, imperturbable. « Il te faut quoi de plus comme preuve ? »
« Ça n'a rien à voir, Ron… », s'interposa Granger avec précaution. « Je ne pense pas qu'on lui ait laissé le choix. »
« Il pouvait choisir de mourir par conscience ! »
Drago éclata d'un rire sinistre. Mourir par conscience ? Weasley se croyait dans quel monde au juste ? Il ne lui aurait pas donné un seul jour de survie dans sa famille. Pas un seul.
« Tu as raison, Weasley. J'aurais pu mourir, mais pas par acquis de conscience. Parce que c'était ma famille ou ma dignité. J'aurais tué pour ma mère. Mais ne me fais pas croire que t'es tout blanc, non plus. Les règles, tu sais les contourner quand ça t'arrange. »
« Mais moi, j'aurais jamais accepté de porter allégeance au Mal ! Faut être pourri jusqu'à la moelle pour faire ça ! » tonna-t-il en se levant d'un bond pour le regarder d'en haut.
Drago ne bougea pas, levant le visage pour le défier du regard. Il ne craignait pas Weasley.
« Tu n'es qu'un fichu bien-pensant. Pourri, je le suis sans doute. Mais tu ne vaux pas mieux que moi. Et le jour où tu comprendras que tu as aussi des cadavres dans tes placards, tu te retrouveras tout seul face au dégoût de toi-même. »
Drago crut qu'il allait se prendre une rossée en voyant Weasley s'élancer sur lui, jusqu'à ce que Potter saisisse ce dernier par les épaules, renversant une partie de la table. Granger cria et Potter disparut dans une pièce commune avec le fauve qui fulminait.
Granger évita obstinément de croiser son regard et, lorsque Potter revint, elle tomba dans ses bras en chuchotant.
« Je suis désolée de la tournure de la situation… »
« Ce n'est pas de ta faute si Ron se comporte mal. Tu n'es pas responsable de sa tenue. »
« Je sais… mais quand même… », souffla Granger. « Ça ne va plus entre nous, Harry. Je n'arrive plus à lui trouver des excuses comme je le faisais avant. »
Potter soupira. Drago assistait à la scène, comme indifférent. Inconsciemment, il s'était mis à caresser le Fléreur, qui ronronnait sans retenue.
« Je m'en étais rendu compte… Et quelque part, je suis content que toi aussi. Je l'adore, mais… je n'aime pas la façon dont il te traite. Je veux que tu sois heureuse. »
Granger acquiesça, puis elle sembla se rappeler sa présence et parut mal à l'aise. Comprenant le message, Drago se leva en portant Turbulence, qui miaula, contrarié.
« Je vais faire un tour. Bonne soirée, Granger. »
« Bonne… soirée, Malefoy », consentit-elle, interloquée.
Arrivé en bas de l'immeuble, Drago regretta de ne pas avoir le paquet de cigarettes de Potter sous la main. Ça lui aurait pourtant fait du bien.
Il n'avait pas sa place ici. C'était le monde de Potter et des autres Gryffondor animés de bonnes intentions. Ils n'étaient pas de parfaits chevaliers, preuve en était avec le comportement de Weasley. Même s'il était apparemment le seul à ne pas s'apercevoir de son imperfection.
Et n'en déplaise à Drago, lui non plus n'était pas l'incarnation de la vertu. Il ne savait même pas quelle direction il voulait donner à sa vie et ça lui était complètement égal qu'on le prenne pour Salazar savait quoi. Le plus simple pour l'instant était peut-être de suivre ce que la société attendait de lui…
Drago se perdit dans la contemplation de la ville et de ses lumières, songeant au beau temps qui revenait, quand Potter sortit. Il parut soulagé de le trouver là.
« Tu n'es pas parti bien loin », constata-t-il en lui tendant une cigarette.
La porte de sa chambre fermée, ses cigarettes qu'il fumait sans les lui partager… Les détails étaient en apparence anodins, pourtant Drago les notait au fur et à mesure. Potter et sa façon inconsciente de mettre de la distance entre eux. Il y avait l'avant et il y avait l'après…
« Comme tu peux le remarquer », répondit Drago en acceptant sa proposition.
Ils fumèrent en silence. Les minutes s'égrainaient, de plus en plus insupportables.
« Tu vas m'ignorer encore longtemps ? » attaqua finalement Drago, fatigué d'attendre.
Potter le dévisagea, abasourdi, avant de rougir.
« Je ne… Bon d'accord », admit-il. « Je ne sais pas comment réagir depuis… depuis ce qu'il s'est passé entre nous. »
Drago manqua à peine un battement. Il s'y attendait. C'était tellement prévisible qu'il se demandait si la vérité pouvait encore l'atteindre.
« Je ne suis pas fait en sucre », lui rappela-t-il, exaspéré. « Je savais dans quoi je m'engageais. Ou plutôt dans quoi je ne m'engageais pas. Alors tu arrêtes de me faire la tête pour si peu. »
« Pour si peu… »
Potter leva la tête dans la direction opposée à celle de Drago, dissimulant son visage. Drago se demanda s'il pleurait et si Alois avait raison. Il remarqua alors que Potter tremblait et qu'il agitait de nouveau ses doigts, comme s'ils s'étaient engourdis.
Potter soupira longuement, mais n'ajouta rien. Drago pensa alors à son départ, au fait qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps chez lui… avec lui… Alors il fit ce qu'il n'aurait jamais voulu faire dans d'autres circonstances. Il le remercia.
« Tu m'as donné bien plus que ton hospitalité, Potter. Tu m'as considéré comme un sorcier, ni plus ni moins, malgré mon passé. Alors ne crois pas que j'attende de toi un traitement différent de celui-là. Sois juste… toi, ça fera l'affaire. »
Potter vrilla enfin ses iris dans les siens. Incertitude et peur s'y mêlaient, si bien que Drago ne savait pas s'il avait atteint son objectif.
OoOoO
« Tu as tout ce qu'il te faut ? »
« Que voudrais-tu qu'il me manque, Potter ? » répondit Drago, agacé. « Je n'ai besoin que de la lettre du Ministère, qui prouve que j'ai bien le droit de participer aux épreuves, et de ma baguette pour prouver mon identité. »
Il commençait ses ASPIC ce jour-là, par Métamorphose. Il appréhendait un peu, évidemment, ce qui était normal avant un examen, mais c'était sans commune mesure avec Potter, qui ne tenait plus en place. S'il continuait sur sa lancée, son stress allait finir par le gagner.
« Mmmh, tu as raison. Je m'inquiète juste pour toi… »
Drago leva un sourcil amusé. Dans le fond, il était touché, mais il ne l'aurait laissé paraître pour rien au monde. Surtout pas du fait des derniers événements. Il s'était résigné. Il voulait garder un bon souvenir de Potter et de leur cohabitation.
Malgré ce que lui avait dit Alois, il ne voulait pas s'engager là-dedans. Ce n'était pas une question de patience, ça lui demandait une assurance et une conviction qu'il avait perdues. Pour l'instant, il avait besoin de penser à son avenir… Il fallait qu'il pense à lui, qu'il se cherche et qu'il trouve sa voie.
« Allez Monsieur le Chevalier d'escorte, nous avons de la route devant nous. »
Potter lui accorda un sourire crispé.
« Ne te fiche pas de moi. »
« Et toi, cesse de t'angoisser pour rien. C'est presque insultant. Tu m'en crois capable, oui ou non ? » rétorqua Drago sur un ton ferme.
« Oui ! » répliqua Potter, presque offusqué par le raccourci volontaire. « Bon, on y va alors ? »
Il lui tendit le bras pour transplaner. Drago jeta un dernier coup d'œil à la porte de sa chambre, avant de le suivre. Potter ne le savait pas encore, mais ce matin, alors qu'il se trouvait encore au travail, Drago avait reçu du courrier.
Une aide financière lui avait été accordée.
Je pense qu'à ce stade, vous avez une aide de la façon dont tout cela va se terminer. Il reste trois chapitres, mes amours. Trois. Histoire de ranger quelques affaires et, alors, comme Nicolas Flamel à la destruction de la pierre philosophale, cette fanfiction va se terminer.
Je vous laisse à votre tristesse, à la semaine prochaine et flux énergétique de scarabée sur vous,
Cailean.
