Bonjour mes amours !

J'espère que vous allez bien. Ici, je suis dans une humeur très peace et très détente, pourvu que ça dure !

Je suis à la fois étonné et content de lire dans vos reviews que vous n'avez aucune idée de la façon dont l'histoire peut se terminer. Pourtant, je persiste à vous le dire, vous avez tous les éléments nécessaires en votre possession pour le deviner. Mais ça m'amuse bien ahah Sur ce, je vous laisse à l'évolution de Harry... qui perd pied.

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 28.

« Yeah, they say "when we grow up"

"You'll understand when you're older"

Guess I'm still a kid, I don't know it (…)

.

I've always had a problem with relationships

But that's what happens when you see the world through a broken lens

Mistakes can make you grow, that doesn't mean you're friends (…)

.

I like my privacy, but, lately, I feel it's invaded (…)

My biggest failures in life are knowing I never tried. »

Remember this, NF.

.

« Ouais, ils ont dit "quand nous grandirons"

"Tu comprendras quand tu seras plus grand"

Je suppose que je suis toujours un enfant, je ne sais pas (…)

.

J'ai toujours eu un problème avec les relations.

Mais c'est ce qui arrive quand tu vois le monde à travers des lentilles cassées

Les erreurs peuvent te faire grandir, ça ne signifie pas que vous êtes ami-e-s (…)

.

J'aime mon intimité mais dernièrement, je l'ai sentie envahie (…)

Mes plus grands échecs dans la vie sont de savoir que je n'ai jamais essayé. »

Souviens-toi de ça, NF.


L'angoisse. Si Harry avait été prévenu, il n'y aurait pas cru. Cela lui rappelait les nuits d'été durant lesquelles il se réveillait en sursaut, revivant la mort de Cédric Diggory en boucle. Il l'avait vu perdre la vie et, depuis ce jour, il n'avait plus jamais cessé de craindre que ses proches meurent pour son combat… sa prophétie, avait-il compris plus tard.

Pourtant, l'angoisse qu'il ressentait depuis quelques jours n'était pas vraiment comparable. Il avait peur, mais pour lui, pour son intégrité psychique, pas pour les autres. C'était beaucoup plus insidieux, la peur n'était pas à l'extérieur, elle était en lui-même, et il avait peur de ne pas être suffisamment fort pour gérer l'intrusion. Contrairement à ce qu'il avait ressenti durant la guerre, Harry manquait de courage pour faire face, il était épuisé et ne savait même plus à quel fondateur se vouer.

De ce fait, il ressentit une forme de soulagement en voyant Hermione arriver. Un peu comme si sa cage thoracique s'assouplissait après avoir été rigide si longtemps. Hermione avait toujours une solution, un plan, des idées. Sa respiration s'en trouva plus aisée et, quand leurs regards se croisèrent, la connexion fut immédiate. Ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

« Ça fait tellement bizarre de devoir se cacher pour se voir… », murmura Hermione avec des intonations tristes.

« Je sais, mais on n'aurait pu en parler ni chez toi ni chez moi. Asseyons-nous », l'enjoignit-il.

Ils se dirigèrent ensemble vers une banquette en retrait, bien que la taverne ne soit pas très peuplée. Ils avaient volontairement choisi de se rendre dans un quartier moldu un peu à l'écart de Londres pour déjeuner. Ils voulaient éviter que des oreilles indiscrètes soient également des personnes qui les reconnaissent, notamment des journalistes.

« Tu dois retourner au bureau pour quelle heure, déjà ? » lui demanda Hermione aussitôt le serveur parti avec leurs commandes.

« Je vais directement à Azkaban », lui rappela Harry. « Je n'ai pas d'atelier cette semaine, on fait passer les BUSE et les ASPIC. Et comme je suis le directeur… Je dois être là à quatorze heures. »

Hermione acquiesça puis se plongea dans le silence, confuse. Harry voyait bien qu'elle se trouvait dans une situation délicate. Il n'aimait pas cela, même s'il avait conscience, au vu des récents événements, que c'était un mal pour un bien.

Il n'était clairement pas le seul à ressentir le besoin de se livrer et d'avoir quelques éclaircissements.

« Si tu me racontais ce qu'il se passe avec Nott ? » l'invita-t-il, faisant référence au bref échange qui avait eu lieu lors du repas qui avait eu lieu chez elle, juste après l'altercation avec Ron.

Hermione prit une grande inspiration et se lança.

Elle lui fit alors le récit des dernières semaines. Presque un mois et demi auparavant, peu de temps après la sortie d'Azkaban de Drago, Harry lui avait parlé de Nott et de son parcours jusqu'à son incarcération. Au début, Hermione n'avait pas vu l'intérêt d'aller à sa rencontre, mais plus elle y avait pensé, plus la curiosité l'avait gagnée. Elle voulait savoir pour quelle raison ce Serpentard et fils de Mangemort voulait la rencontrer elle, née-moldue et héroïne de guerre.

Bien que fébrile à l'idée de mentir, elle s'était rendue au parloir en se présentant comme son Manitou et ils avaient longuement discuté, si bien qu'à la fin de leur première rencontre, elle lui avait proposé de le représenter pour défendre son sursis au mois d'août, et ainsi lui permettre de sortir plus tôt.

Nott avait accepté. Depuis, elle se rendait hebdomadairement à Azkaban pour discuter de sa défense, à laquelle Nott participait activement du fait de ses connaissances en droit pénal. Mais ce n'était pas tout. Lorsqu'ils se séparaient, ils continuaient à converser par hibou, de manière plus informelle et intime, cette fois. Hermione étant officiellement sa Manitou, leurs courriers étaient marqués du sceau de la confidentialité et n'étaient pas contrôlés. Nott lui écrivant à l'adresse de son cabinet au Ministère, Ron ne se doutait de rien. Et c'était en cela qu'Hermione se sentait coupable.

« J'ai la sensation d'être infidèle… », admit-elle en guise de conclusion, la tête baissée. « Alors que n'importe qui lirait notre correspondance pourrait affirmer qu'il n'y a rien de plus qu'une amitié. »

Entre temps, le serveur leur avait apporté leurs commandes, auxquelles ils n'avaient pratiquement pas touché. Harry avait la gorge nouée, et Hermione se trouvait probablement dans le même état.

Pourtant, tout au long de son récit, Harry n'avait pas cessé de remarquer qu'elle souriait en se perdant dans ses souvenirs. Lui-même n'avait pas pu s'empêcher de penser à Drago. Comme des pop ! successifs, des apparitions soudaines directement dans son esprit, qui augmentaient son rythme cardiaque. Et cela lui donnait l'impression qu'au-delà des faits, des sentiments commençaient à naître chez sa meilleure amie. La comparaison était hasardeuse, plus intuitive qu'avérée.

« Tu ne fais rien de mal », tenta de la rassurer Harry. « Mais effectivement, si tu te sens mal par rapport à ça… il serait bon de questionner tes intentions. »

Hermione leva un regard douloureux dans sa direction. Le cœur d'Harry se serra.

« Je… Je n'ai jamais voulu ça mais… je te l'ai dit, depuis quelque temps, je ne supporte plus Ron. Ses réactions sont si… puériles. J'ai tellement attendu qu'il mûrisse, mais c'est comme si c'était de pire en pire… », révéla-t-elle dans un soupir. « Tu sais… On essayait d'avoir un enfant, mais ça ne marche pas… Je crois qu'il m'en veut pour ça, comme si j'étais responsable, comme si je bloquais volontairement le processus et… je ne peux juste plus encaisser ses reproches sur tout et rien. »

Une larme s'échappa et elle s'empressa de l'écraser. Instinctivement, Harry tendit la main dans sa direction et sans savoir à quoi s'accrocher, il lui prit la main, la caressant du pouce. Elle lui répondit d'un sourire triste.

« Qu'est-ce que je devrais faire ? » lui demanda-t-elle, presque suppliante.

« Ce que tu crois être bon pour toi », lui répondit Harry, convaincu. « Pas ce que ta tête te dit, ou ce que tu aurais voulu qui soit. Ce que ton cœur a besoin et te souffle. »

Hermione tourna la tête et son regard se perdit à travers la vitrine, indifférente aux passagers à l'extérieur.

« Mais est-ce qu'on doit envoyer valser trois ans de mariage pour un type qu'on commence à peine à côtoyer… », murmura-t-elle, presque pour elle-même.

« Pour un type que tu connais à peine, non. Mais parce que tu es arrivée à tes limites et que tu te rends compte que tu peux être heureuse autrement qu'avec ton mari, oui », nuança Harry.

Hermione soupira longuement, puis tourna son visage dans sa direction.

« Je crois qu'il le sait. Que je ne l'aime plus. »

« C'est possible… Mais ce n'est pas une raison pour te traiter comme il le fait. »

« Je sais, je sais. Enfin… Et toi ? La cohabitation avec Malefoy ? »

Ce fut au tour de Harry d'échapper à leur connexion visuelle. Que dire ? Il ne savait plus du tout où il en était. D'un côté, il savait qu'il avait été trop loin. Et d'un autre, il se disait que tout ça touchait à sa fin, qu'il avait bien fait d'en avoir profité. Une chance comme celle-là ne se représenterait pas une deuxième fois…

À cette idée, il déglutit. Drago lui échappait peu à peu et ça l'effrayait autant que ses propres sentiments pour lui. Il ne voulait pas s'enfermer dans une relation, il ne voulait pas être cloisonné, exclusif… et pourtant, il savait qu'il était ridicule. Il le voyait bien avec Alois et Seamus, on pouvait être en couple, heureux, et absolument pas fermé à d'autres relations.

Il soupira. Une part de lui était douloureusement aimantée à Drago et une autre lui disait de fuir, de ne pas s'y risquer... c'était tout aussi douloureux. Il n'y comprenait rien, il se donnait l'impression d'être un enfant entouré d'adultes, d'être le seul à être désemparé face à l'amour. Pour peu, il verrait son corps se désassembler et s'éparpiller, et c'était… angoissant.

« Ton silence est éloquent », nota Hermione, le sortant ainsi de ses pensées.

Il s'aperçut alors qu'il jouait avec sa nourriture de la pointe de sa fourchette. Il se revoyait plus jeune, injustement grondé par son oncle Vernon ou sa tante Pétunia. Il ne comprenait rien, mais il n'insistait pas, parce qu'un jour, il serait grand et libre, et tout aurait du sens…

« J'ai peur, Hermione », admit-il d'une voix tremblante.

« Peur de quoi ? »

« Peur de la proximité. Peur de le voir partir. Peur de vouloir son corps, encore… et encore… Peur d'essayer et de le rejeter ensuite. Peur de me sentir étriqué. Peur de le perdre avec mes bêtises. Peur d'avoir mal, peur de ce que ma peur signifie… »

Il s'arrêta, réalisant ses propos. Son cœur battait la chamade, tandis que Hermione le dévisageait, interdite.

« Ça t'étonne ? » la questionna-t-il après un moment.

« Que tu en sois conscient ? Oui. Que tu ressentes tout ça ? Pas vraiment. »

Harry soupira.

« Tu l'as senti venir. Tu m'avais prévenu… »

« Le fait que tu ne m'écoutes pas n'est pas nouveau », affirma Hermione, sans amertume pour autant. « Ceci dit… je crois que je l'attendais, ta prise de conscience, vu ce qu'il s'est passé avec Charlie. »

« Comment ça ? »

Il se sentait encore honteux de la façon dont Charlie l'avait percé à jour et envoyé sur les roses trois ans de relation… bien qu'elles fussent étranges. Merlin, il n'avait pas pu le laisser le toucher alors que quelques jours auparavant, il y avait eu Drago et ça…

« Eh bien, toi qui ne te refuses rien en matière de sexualité… », commença Hermione, les joues légèrement rougies du fait d'aborder ce sujet avec lui. « Tu as accepté Charlie dans ta vie, alors que je sais de Ginny qu'il n'y est pas particulièrement… intéressé. Et bizarrement, quelques jours après que tu ais couché avec Malefoy… Je ne sais pas, intuitivement, je vois un rapprochement. Ce n'est pas la première fois que tu couches avec un type alors qu'il y avait toujours Charlie dans ta vie. À distance, certes, mais toutes les semaines, et là… Bref, je m'embrouille. »

Harry l'observa, la gorge nouée. Elle lisait tellement facilement en lui…

« Tu sais quel est le problème, Hermione ? »

Elle secoua la tête.

« Je ne sais pas ce que je veux. Mais vraiment pas. Ma tête va dans des raisonnements totalement contradictoires… »

Hermione hocha la tête, plusieurs fois, lentement. Elle savait exactement ce qu'il vivait. Et lui ne savait ce qu'il ferait sans elle. Il perdrait probablement la tête.

OoOoO

La veille, lorsque Harry était rentré du SASD, le repas était déjà prêt mais la cuisine était vide de tout occupant. Dans un moment de détresse, il avait cru que Drago était parti. Que lui laisser un repas était sa façon de laisser sa trace, de lui dire « j'étais là, maintenant je suis parti ». D'autant plus qu'il savait qu'une aide financière lui avait finalement été accordée. C'était Leyla qui le lui avait annoncé, le lundi qui avait suivi les épreuves de Métamorphose et de Botanique, autrement dit deux jours auparavant. Drago ne lui avait rien dit mais depuis lors, il était distant.

Le premier jour, Harry était rentré pour accompagner Drago à Azkaban, puis celui-ci lui avait fait comprendre que ce ne serait plus nécessaire. Ainsi, il partait et rentrait seul. Harry avait eu peur qu'il ne parvienne pas à gérer la situation, le retour derrière les barreaux, même si c'était pour quelques heures… lui-même éprouvait un certain soulagement en entendant les grilles se refermer derrière lui, alors qu'il recouvrait la liberté, alors même qu'il savait en entrant qu'il ressortirait. Alors pour Drago qui y avait vécu, ça devait être particulièrement pesant…

Cependant, il ne semblait pas vraiment perturbé. Lorsque Harry lançait des regards attentifs aux détenus, il voyait Drago et il était très concentré sur sa copie. Harry tentait toujours capter son attention lorsqu'il venait la rendre, mais il ne laissait tout bonnement rien paraître. Lui qui était déjà très anxieux à propos des résultats, le fait que Drago ne manifeste aucune émotion l'inquiétait davantage.

En fait, plus le temps passait, plus il sentait qu'il s'éloignait. Il le perdait. Il perdait tous les liens qu'ils avaient progressivement tissés, leurs discussions à la fois si franches et si… prudentes, d'une certaine façon. Il se rappelait leurs rapprochements physiques non calculés, du petit doigt de la promesse à cette fameuse nuit… Rien n'avait été prévu, c'était aussi effrayant qu'évident : la raison était que ça devait se faire.

Harry grimaça en se tendant, puis en balançant sa tête d'un côté à l'autre pour faire craquer sa nuque. Il avait cherché à le détendre avec ses exercices de relaxation, et à présent, c'était lui qui avait besoin de se décrisper. Il avait voulu l'aider, mais il s'était mis dans les emmerdes, comme d'habitude. Il se sentait emprisonné dans son propre esprit.

Tôt ou tard, il faudrait qu'il se libère de cette situation malsaine, parce que ce n'était plus vivable. Le problème était qu'il ne voyait pas d'autre solution que de s'éloigner de Drago et ça lui serrait le cœur d'avance. Il ne pouvait pas l'abandonner, pas après lui avoir promis de ne pas le faire. Une discussion s'imposait…

Il attendrait la fin de ses ASPIC, pour ne pas le déranger dans ses révisions.

OoOoO

La semaine s'était terminée et les épreuves d'ASPIC avec elle. Le vendredi soir venu, Harry était rentré et bien que Drago soit présent, ils n'avaient pas vraiment discuté. Harry lui avait demandé comment il sentait ses examens et il avait répondu « Bien ». Harry n'avait plus su quoi ajouter et ils avaient mangé en silence. Il avait l'impression de ne plus avoir de prise sur lui, mais il ne savait pas s'il était aveugle ou si Drago ne lui laissait plus l'opportunité de l'approcher.

Après cela, chacun s'était cloîtré dans sa chambre. La porte fermée. Harry avait relu Caligula, il n'y avait vraiment trouvé les réponses qu'il cherchait. Il s'était surtout dit que l'amour était une affliction et que seules les apparences pouvaient sauver. Ce qu'il n'avait pas en sa faveur, parce que tout le monde avait plus ou moins compris qu'il y avait quelque chose de différent avec Drago… il ferait au moins souffrir Hermione s'il continuait à s'enliser. Parce qu'assurément, elle le verrait, et elle ne pourrait rien faire pour le sortir de là.

Puis il était sorti avec ses amis, bien qu'il n'ait fait aucune prise ce soir-là. Il n'avait pas l'envie de s'amuser, pas le cœur de jouer ses meilleurs tours, pas le désir de prendre le contrôle alors qu'il n'y arrivait plus dans sa vie privée.

La journée du samedi n'avait pas été plus concluante. Drago était resté à l'appartement, pendant que Harry mangeait avec ses amis, comme absent aux échanges. Et ils devaient s'en être rendu compte, puisque aucun d'entre eux n'avait cherché sa participation. Ou alors, Harry n'avait pas entendu…

Quand il était rentré, Drago prenait une douche et il s'était une fois de plus enfermé dans sa chambre avec un livre. Dans Les fleurs du mal, Baudelaire avait écrit :

« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent ! »

Harry avait été lâche. C'était le cas de le dire. Il n'était même pas capable de suivre ses propres conseils. Pourtant, il en devait des explications à Drago. Il ne pouvait pas le laisser tomber, mais en se laissant tomber lui-même, il ne lui serait d'aucune aide, bien au contraire.

Ce fut donc avec un certain soulagement qu'était arrivé le dimanche matin.

Il sentait l'air frais gifler son visage, ce qui lui faisait du bien. Il fermait les yeux et se laissait balancer, tout en prenant de grandes inspirations. Il comptait sur le vol pour atténuer la tension.

« Dis, Potter », hurla Olivier d'en bas. « T'as bu avant de monter sur ton balai pour tanguer à ce point ? En plus, ça fait déjà trois fois que je vois passer le vif d'or et tu n'as pas esquissé un seul mouvement dans sa direction. »

En soupirant, il rouvrit les yeux et aperçut Olivier, apparemment très en colère. Qu'est-ce qu'il l'irritait… Pour lui faire comprendre dans quel état d'esprit il se trouvait, c'est-à-dire à ne pas faire chier, il lui fit un doigt d'honneur. Dans l'absolu, Olivier ne verrait sans doute aucun mal dans l'idée d'aller effectivement se faire foutre, mais c'était tout ce que Harry était en mesure de faire sans descendre de son balai.

Somme toute, ce dernier dut comprendre le message, puisqu'il ne s'adressa plus à lui de tout l'entraînement. Malgré tout, son visage était plus qu'explicite sur le fait qu'il ne décolérait pas et sitôt sa douche prise, Harry le retrouva dans les vestiaires.

« Tu te fous de ma gueule aujourd'hui ou bien… ? » lança-t-il d'emblée.

« Ou bien », répliqua Harry, provocateur, alors qu'il envoyait violemment valser ses chaussures dans son casier.

« Tu me fais chier, Potter. Depuis des mois, tu joues comme une merde. Il est où le prodige du Quidditch ? Celui qui a ça dans le sang ? Je ne reconnais plus le gamin que j'ai entraîné à Poudlard. »

Harry ferma les yeux, passablement agacé. Il n'avait pas beaucoup de patience, et il se sentait prêt à exploser à tout moment. Il inspira et expira par le nez, tentant de retrouver son calme.

« C'est bon, Oli, laisse-le », intervint alors Erwann, tapant gentiment sur l'épaule d'Harry en passant derrière lui.

« Toi, reste en dehors de ça », répondit sèchement Olivier.

Harry rouvrit vivement les yeux, passant son regard de l'un à l'autre. Erwann avait la tête dans son casier, et Harry le vit rougir, comme mal à l'aise. Oliver, quant à lui, fulminait. À la place d'Erwann, il n'aurait pas apprécié que son copain – ou qui que ce soit d'autre, d'ailleurs – lui parle sur ce ton.

« Je rêve ou tu viens de lui parler comme à une merde ?! » cracha-t-il.

« Je lui parle comme je veux. Non mais c'est moi qui rêve là, c'est celui qui se tape un Mangemort qui se permet de me faire une leçon de morale ! Revois tes valeurs, Potter, puis on en reparlera. »

Harry sentit la furie prendre le contrôle et le déposséder de ses inhibitions. Il entendit le bruit du métal que l'on percute avant de comprendre qu'il venait d'attraper Olivier par le haut de son T-shirt et le projeter contre le meuble.

« Répète ce que tu viens de dire ? » fit-il à quelques centimètres de son visage.

« Je viens de dire que tu t'étais rabaissé en couchant avec ta pute de Malefoy », lui répéta Olivier sans vergogne.

« La pute en question, elle a plus de dignité que tu n'en auras jamais, Dubois ! »

« Harry, calme-toi », l'interrompit Ron, ce qui lui fit réaliser où il se trouvait.

Il tourna la tête dans sa direction et vit l'ensemble de l'équipe contempler la scène, sans savoir comment réagir. Et pendant que Harry perdait du temps à reprendre ses esprits, Olivier se libéra de sa poigne… et riposta avec ses poings.

OoOoO

Lorsque Harry rentra à son appartement, il avait le visage en sang et une paupière tuméfiée. Il le savait à la façon dont son cœur semblait pulser dans son œil droit et à la sensation désagréable du liquide chaud qui coulait de sa tempe à sa joue, avant de goutter sur le sol.

Les garçons avaient dû les séparer, puisque Olivier et lui se ruaient de coups. Harry était rentré dans une rage qui lui avait fait perdre la notion de ce qu'il était en train de faire. Et enragé, il l'était toujours. Sitôt mis à l'écart par George, Ron et Dean, il avait hurlé pour qu'on le relâche et il était sorti en trombe des vestiaires, avant de transplaner directement chez lui, laissant tomber le repas au Terrier. Il voulait être seul. Dubois de merde.

Il ouvrit le minuscule congélateur situé au-dessus de son frigidaire et en sortit un morceau de viande congelé qu'il se plaqua sur l'œil, avant de reclaper violemment la porte et de se diriger vers le canapé où il se laissa tomber. Le froid commençait déjà à le brûler, mais il ne bougea d'une patte de Bouillu pour changer ça.

« T'en fais du bruit », commenta Drago en se pointant dans l'espace commun. « T'as fait quoi ? Tu t'es frotté à un Cognard ? »

Son ton ironique n'échappa pas à Harry.

« Ah. Ah. Ah. Très drôle. Non, je me suis battu. »

« Je vais de découverte en découverte, dis-moi. D'abord l'ivrognerie, maintenant les bagarres », le railla Drago.

« Je te… merde », grogna Harry alors qu'il entendit les pas de Drago s'éloigner.

Il soupira. Il s'était rattrapé au dernier moment, avec lassitude. Sa colère était retombée d'un seul coup, comme frappée d'un Petrificus totalus, sauf qu'il s'agissait plutôt d'un coup du désespoir. Il s'épuisait tout seul avec ses purins de sentiments pour Drago, et son purin de désir. Non, il ne coucherait pas une deuxième fois avec lui. Il fallait qu'il cesse d'agir sans penser aux conséquences.

Il éclata d'un rire jaune. Lui, agir en pensant aux conséquences de ses actes ? La bonne blague.

Il sentit le canapé s'affaisser sous le poids d'une deuxième personne et il se figea.

« Donne ça, avant que le froid affecte la totalité de tes neurones », requit Drago.

Harry ouvrit sa paupière libre pour mieux le percevoir. Assis du bout des fesses, à quelques centimètres des siennes, Drago tenait à la main un linge, probablement pour entourer la viande et le protéger de la morsure du froid. Harry lui tendit la viande.

Il observa Drago l'envelopper du tissu, et le suivit des yeux alors qu'il se penchait, s'appuyant sur sa cuisse au passage, pour la réappliquer sur son œil blessé. L'autre œil ne l'avait pas lâché, observant le visage mi-ange mi-démon qui se tenait si proche.

Des images de Drago après l'attaque de Miles lui revenaient à l'esprit. Il se souvenait de sa peur, de la blessure de Drago, des morceaux de métal qui y étaient figés et qu'il avait dû lui retirer.

Par Godric, c'était cette fois-là qu'il avait ressenti, pour la première fois, du désir pour Drago et rien que d'y penser…

« Pourquoi tu me regardes comme ça, Potter ? » lui demanda-t-il, le visage totalement hermétique.

Harry remua les jambes, mal à l'aise, ce qui lui attira bien évidemment l'attention de Drago. Assurément, il vit mais il fit aucun commentaire. Cependant, il évita de croiser son regard.

« Je vais avoir l'air fin au travail demain… », soupira Harry.

« De fait. Il faudra attendre un ou deux jours pour le maquiller, histoire qu'il dégonfle un peu. Enfin, si c'est bien un coup à la moldue. »

« Dire qu'il y a quelque temps, c'était moi qui te soignais », murmura Harry. « Ça fait quoi ? Trois mois ? J'ai l'impression que ça fait une éternité… »

Drago ne dit rien, concentré à sa tâche… qu'il aurait pu depuis longtemps reléguer à Harry. Son regard se perdit sur le visage de Drago. De sa blessure, il ne restait rien. Il avait vraiment bien cicatrisé…

Machinalement, sa main trouva un chemin jusqu'à l'endroit concerné et Harry le caressa du pouce. Tout au plus restait-il la sensation d'une deuxième peau qui avait fusionné avec la première. Drago ferma les yeux, et Harry eut la sensation qu'il avait mal de ce toucher… une douleur enfouie.

Il retira sa main, comme électrifié.

« Je suis désolé… », souffla-t-il. « Je ne voulais pas te rendre triste. »

Drago rouvrit les yeux en soupirant. Son visage jusque-là inexpressif affichait désormais une grande fatigue. Harry eut presque l'impression de le revoir à Azkaban, avec ses grands cernes noirs, à la différence qu'il s'était un peu remplumé depuis. Il n'était plus aussi squelettique, il était redevenu le Drago Malefoy longiligne qu'il avait toujours connu.

C'était comme si la distance entre eux l'avait ramené tout droit en cellule et Harry sentit son cœur se serrer. Il l'en avait sorti, ce n'était pas pour qu'il y retourne par sa faute. Il ne le supporterait pas.

Mu par l'instinct, il prit d'autorité la viande des mains de Drago et la déposa dans un coin du canapé, sans quitter des yeux l'homme en face de lui. Dans la seconde qui suivit, sa paume avait retrouvé une place sur sa mâchoire, l'aidant à joindre leurs lèvres.

Il l'embrassait avec tout le désespoir qui l'habitait, ce qui rendait l'échange lent et doux, dans lequel il ne se reconnaissait pas. Il n'avait jamais embrassé quelqu'un de cette façon. Mais le fait que Drago lui répondait l'incitait à poursuivre, jusqu'à aller chercher sa langue avec la pointe de la sienne.

Ce fut à ce moment-là que Drago choisit de se reculer, jusqu'à se retrouver à l'autre extrémité du fauteuil, regardant partout sauf dans sa direction. Et l'image qu'il lui renvoya fut comme un coup de Cognard.

« J'ai fait un truc qu'il fallait pas, c'est ça ? » voulut-il savoir, la voix brisée.

Son cœur cognait dans sa poitrine, tant son baiser était explicite : il explosait de tous ces sentiments qu'il ne pouvait pas dire, pas expliciter à Drago, sous peine de le perdre. En tout cas, à sa place, Harry se fermerait. Il avait toujours mis des barrières avec ceux qui attendaient quelque chose de lui.

« Qu'est-ce que tu veux au juste ? » lui demanda Drago en réponse, les yeux baissés sur ses mains jointes.

« Je ne sais pas… », admit Harry à voix basse. « Je suis perdu. La seule chose que je sais, c'est que c'est plus fort que moi. J'ai envie de toi… »

Il sentait son cœur cogner dans son thorax, prêt à le déchirer pour rejoindre celui qui le faisait battre. Si Harry l'écoutait, il sauterait sur Drago. Il n'avait jamais eu autant envie de quelqu'un, et c'était juste… totalement contraire à ses principes.

« Par Salazar, Potter… Je ne peux juste pas être celui que tu baises quand tu n'as pas eu ton compte. »

Harry déglutit, le cœur dans la gorge. Drago était tellement plus que ça… Il n'en était pas à imaginer autre chose que du sexe, mais Drago n'était certainement pas un plan de rattrapage.

Comme d'habitude, mu par l'instinct, il se leva et partit chercher une boîte qu'il gardait dans le fond de sa penderie depuis plus de trois ans. Il revint dans le salon, la déposant sur la table, juste devant Drago.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Ça, c'est la raison pour laquelle je n'ai rien d'autre à t'offrir que mon corps. »

Dans sa tête, ça criait : je ne suis pas le genre de type qui s'engage, je ne suis pas quelqu'un de stable. Je n'en suis tout simplement pas capable, parce quand j'ai touché à mes limites et j'ai trouvé le néant.

« Normalement, je ne le fais qu'une fois… Je ne sais pas t'expliquer pour quelle raison, mais Alois et Hermione ont raison sur un point : pour une fois, je n'exclurais pas une deuxième fois », continua-t-il, plus bas. « Alors voilà… c'est toi qui vois. »

« Qu'est-ce qu'il y a dedans ? » le questionna Drago dans un chuchotement à peine audible.

« Des articles de journaux, datant des années 1999 et 2001. Ce sont les périodes durant lesquelles mon homosexualité a fait la une. D'abord parce que mon partenaire régulier de l'époque, Charlie, a été agressé », précisa-t-il en notant la grimace de Drago. « Ensuite parce que c'est l'année où je suis rentré et que l'Angleterre a découvert mes comportements volatiles. »

Il vit clairement la pomme d'Adam de Drago se soulever et redescendre.

« Je te laisse regarder à ton aise… Je serai dans ma chambre », lui signala-t-il en guise de proposition.

Il eut à peine le temps de se dire qu'il avait encore merdé et qu'il n'avait pas su lui dire qu'il était à bout. Drago ne mit pas longtemps à venir le rejoindre.

Lorsqu'il passa la porte, un air de nostalgie planait dans la pièce, aidé par la mélodie de With or without you de U2. Harry et Drago se dévisagèrent longuement, avant que le dernier prenne finalement la parole.

« I can't live with or without you ? » releva-t-il. « Je ne peux pas vivre, avec ou sans toi ? C'est déprimant. »

« Ouais, je sais », admit Harry.

Il n'en dit pas plus, ses propos étant déjà relativement révélateurs à son sens : il n'était pas très heureux avant de retrouver Drago, et ça ne s'était pas arrangé par la suite. Disons que la différence tenait dans l'intensité. Avant, il faisait aisément semblant d'aller bien. À présent, c'était beaucoup plus compliqué.

« Tu ne m'as pas dit avec qui tu t'étais battu ni pour quelle raison. »

Harry détourna le regard. Il regrettait d'avoir laissé la viande dans le salon, tout en sachant que c'était encore un moyen d'éviter la conversation à venir s'il se levait pour aller la chercher. La douleur était une distraction si aisée quand il s'agit d'affronter ses responsabilités.

Et il était définitivement temps d'expliquer à Drago qu'il s'était trop enlisé dans ses propres emmerdes pour continuer à lui laisser la porte ouverte.


Est-ce que vous voyez un peu plus où je veux en venir maintenant ? Est-ce que vous êtes prêt-e-s à me détester ? J'ai quand même un dernier cadeau dans le prochain chapitre, pour vous dire doucement au revoir (jusqu'à nouvel ordre).

On se retrouve la semaine prochaine pour l'avant-dernier chapitre (et oui, déjà...). Ce sera également le moment de vous annoncer la date à laquelle je ferai mon prochain live (sur FaceBook) pour debriefer de Vae soli.

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.