Bonjour mes amours !

J'espère que vous allez bien. Après plusieurs jours de fortes neiges à Liège comme à Charleroi, le soleil est de retour.
Beaucoup de changements dans ma vie, comme vous le savez déjà, mais j'ai enfin clôturé le chapitre 19 de Failles et le chapitre 20 est entamé. Comme toujours, je constate avec beaucoup d'étonnement que ce que je vis se reflète dans ce que Harry et Drago vivent (et inversement). Cette histoire est définitivement très liée à ma vie et c'est avec beaucoup d'émotions que je vous poste ce chapitre 29. L'avant-dernier.

Vous aurez le droit de me détester.

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 29.

« I think of you when I get a whiff of that cigarette smell

Welcome to the bottom of hell

They say pain is a present, let me out of my cell (…)

Sit in my room, tears running down my face and I yell

Into my pillowcases, you say you coming to get us (…)

I'm in a room with a parent that I barely know

Some lady in the corner watching us, while she's taking notes (…)

.

They took you from us once, guess they came back to finish you (…)

Took me everything inside of me to not scream at your funeral. »

How could you leave us, NF.

.

« Je pense à toi alors que je prends une bouffée de cette fumée de cigarette

Bienvenue dans les tréfonds de l'enfer

Ils disent que la souffrance est un cadeau, laisse-moi sortir de ma cellule (…)

Assis dans ma chambre, les larmes roulent sur mon visage et je hurle

Dans mes taies d'oreiller, tu dis que tu viens nous chercher (…)

Je suis dans une pièce avec un parent que je connais à peine

Dans un coin, une femme nous regarde, elle prend des notes (…)

.

Ils t'ont pris à nous une fois, je suppose qu'ils sont venus pour te finir (…)

Il a fallu que je prenne tout à l'intérieur de moi pour ne pas crier à ton enterrement. »

Comment as-tu pu nous laisser, NF.


Drago se tenait dans l'entrée de la chambre de Potter. Étrangement, il hésitait à faire un pas supplémentaire. Lui qui avait toujours régné en prince dans les couloirs de Poudlard n'était pas certain de vouloir avancer, parce qu'il savait pertinemment dans quoi il risquait de s'engager. Le message de Potter avait été clair : sa porte était ouverte pour du sexe. Ni plus ni moins.

Pourtant, il lui avait ouvert une autre porte, symbolique cette fois, en lui montrant les articles de journaux qui avaient concerné son homosexualité. Drago prenait conscience que sa vie avait été exposée, même bien après la guerre, et que ça n'avait pas dû être facile. Aujourd'hui, ça créait des blocages dont il n'avait pas le contrôle immédiat.

Et là, en venant le trouver dans sa chambre où il s'était reclus, Drago le découvrait, accablé. C'était comme si, soudainement, en lui révélant la cause de son désarroi, la prise de conscience l'avait heurté et pris appui sur ses épaules, si solides en apparence. Alors il avait tenté de le ramener dans le présent, en lui faisant parler de sa rixe, mais il lui semblait à présent que celle-ci avait également un lien avec ses tourments.

Il attendait qu'il parle, qu'il réagisse, qu'il fasse n'importe quoi, alors qu'il avait toujours le visage tourné vers la fenêtre de sa chambre, le regard au loin. Drago le savait au fond de lui, si ce n'était pas déjà le cas, quelque chose allait changer sous peu. C'était dans l'air, dans l'ambiance lourde qui les entourait et les séparait.

Drago avait déjà changé. Il se détachait un peu, lentement, sachant l'issue inéluctable. Même si Potter parvenait à le ramener, parfois… comme lorsqu'il l'avait embrassé, quelques minutes auparavant. Drago déglutit et sa salive trouva un passage étroit et douloureux. Potter avait réellement ce pouvoir sur lui.

« Je me suis battu avec Olivier parce qu'il t'a assimilé à un Mangemort », lâcha enfin Potter, dans un murmure qui confirma à Drago que même ça, c'était difficile pour lui.

« Tu te bats contre des vérités, maintenant ? Je suis un Mangemort, ce n'est un secret pour personne », répliqua-t-il, amer. « Tu ne peux même pas le nier, tu as vu ma Marque. »

Potter secoua la tête. Bien sûr qu'il savait qu'il portait la Marque. En revanche, il y avait autre chose, Drago le sentait. Il avait énoncé cela avait un tel calme que la tempête ne pouvait que se hâter.

« Il a aussi dit que tu étais ma pute. C'est là que je l'ai fracassé et qu'il a riposté », dit-il en tournant son visage dans sa direction.

Cette fois, les iris émeraude le transpercèrent. La tempête s'abattit sur Drago et l'engouffra.

Il était le premier à reconnaître le comportement volcanique des Gryffondor. Mais il était également prêt à reconnaître qu'ils combattaient pour leurs propres valeurs, qu'il les trouve justifiées ou non. Potter l'avait défendu. Ce n'était pas nécessaire, il s'en fichait comme de sa première cape de ce que les autres pouvaient bien penser de lui, mais Potter y avait cœur, lui. Tout était dit. Ce n'était soudainement plus qu'une question de sexe.

Inconsciemment, Drago avait avancé de quelques pas dans sa direction, jusqu'à se retrouver à deux pattes de Boullu de Potter. De là, il s'arrêta, le souffle court. Ça lui était égal si dans quelques jours il partait, ça lui était égal s'il aurait mal de le laisser. Il voulait effacer le souvenir de Weasley dans cet appartement, l'enlaçant, l'embrassant. Il voulait remplacer les visions de son imaginaire, qui les peignait ensemble, jouissant. Il voulait Potter, par Salazar, et tant pis si ce devait être la dernière chose qu'il le rendrait heureux.

Il n'aurait jamais cru possible de se rapprocher de Potter. Il avait pourtant eu une première chance de concrétiser ses fantasmes, avec le sentiment douloureux que ce serait la seule et unique chance de sa vie. Et aujourd'hui, Potter lui avait clairement signifié qu'il pourrait s'en saisir une fois de plus, contre toute attente. Une deuxième chance. Ces dernières semaines avaient été au-delà de son imagination.

Et alors qu'il réalisait à peine à quel cadeau empoisonné il avait encore droit, Drago avait déjà pris possession de ses lèvres, le faisant basculer en arrière.

Potter tenta rapidement de prendre le contrôle sur le rythme que Drago leur imposait, apparemment trop lent. Et Drago le comprenait, son cœur battait trop vite, beaucoup trop vite, il fallait le rattraper pour ne pas être distancé.

Quand sa langue brava la frontière de ses lèvres, Drago ne le repoussa pas. Il ne le fit pas davantage lorsque ses mains tirèrent sur sa chemise, puis disparurent par-dessous. Ses paumes suivirent la chute de ses reins en sens inverse, sans jamais cesser de l'embrasser, respirant de plus en plus fort, mêlant ses râles aux siens.

Un coin de son esprit était en train de se demander comment il était possible de sentir son sexe palpiter de cette façon, en même temps que le reste de tout son corps, quand les mains de Potter virent brusquement empoigner ses fesses pour le plaquer sur une bosse déjà bien formée.

Drago laissa échapper un gémissement. Il le voulait tellement, par Salazar… Il voulait sentir ses lèvres et ses mains partout sur sa peau.

Il fut à nouveau pris par surprise au moment où Potter le fit basculer, prenant la position haute, avant de le faire glisser avec force et douceur dans le sens des oreillers, où il se laissa retomber, tête la première. Sous lui, Drago suivait sa propre respiration, avec la sensation d'avoir piqué un sprint sur son balai. Le souffle de Potter lui chatouillait le cou, lui procurant une sensation de bien-être, une bénédiction inattendue.

Il avait cru qu'il ne retrouverait jamais cette sensation et il était véritablement en train de la revivre. Dans son esprit, tout était confus, il ne savait plus que penser, rester ou partir, risquer ou prévenir, espérer ou se résigner. Arrêter de penser.

« Tu ne m'aides pas à penser », soupira finalement Potter, le souffle court, faisant écho à ses propres pensées.

« Parce que tu as besoin de réfléchir pour baiser ? » répliqua Drago, moins assuré qu'il en avait l'air.

Potter ne répondit pas tout de suite, et il se dit qu'il l'avait peut-être froissé. Mais après tout, c'était bien lui qui avait parlé de sexe, jamais il n'avait sous-entendu le moindre sentiment…

À sa décharge, Drago non plus.

« Hum ! Non, mais j'étais supposé te parler, pas me frotter à toi. »

Il se redressa brusquement, en position assise sur lui, d'où il retira son T-shirt. Drago le dévisagea, déconcerté. Entre les paroles du Gryffondor et ses actes, il était perdu.

« Tu me donnes chaud », se justifia Potter, alors que Drago avait les yeux rivés sur l'objet qu'il venait de découvrir.

C'était un pendentif en forme de lion, qui pendait légèrement dans le vide du fait de la position de Potter au-dessus de lui. C'était la première fois qu'il le voyait.

Il tendit le bras pour le tenir entre ses doigts, le retournant sur lui-même. Il cherchait une signification, une inscription sur le métal, peut-être. L'idée que, peut-être, son Weasley le lui avait donné en guise d'adieu lui traversa l'esprit. La douleur pointa dans son cœur, à la manière d'un poignard qui se joue de lui, taquin.

« C'est Hermione qui me l'a donnée », expliqua Potter, qui avait suivi son mouvement. « C'est une amulette pour s'avertir l'un et l'autre si on est en danger. Elle a sa jumelle avec elle. »

Drago se retint de soupirer de soulagement. Un cadeau de Granger, il pouvait le concevoir sans difficulté. Ces deux-là étaient liés d'une étrange façon, mais aucunement d'un amour passionnel ou lascif.

« Tu ne l'avais pas avant », avança-t-il.

« Non, c'est vrai. Je l'ai depuis mardi, quand on a déjeuné ensemble… Elle… »

Potter soupira, avant de lever les yeux vers les plafonds. Il semblait vouloir prendre des forces ou bien se retenir de pleurer, Drago ne savait pas. Mais il était beau, si faible et si fort à la fois.

Il prit une grande inspiration, puis affronta fièrement son regard.

« Elle voulait qu'on ait quelque chose, au cas où, pour qu'on puisse savoir dans la seconde que l'autre a besoin de nous. Elle a peur pour moi comme j'ai peur pour elle. »

« Pourquoi est-ce qu'elle a peur pour toi ? »

« Parce que, peut-être que j'ai perdu le contrôle avec toi… »

Drago sentit à nouveau son cœur s'accélérer. Il avait encore l'impression que chacune des paroles de Potter avait un sens plus profond, qu'il cherchait à lui dire tellement plus mais qu'il n'y parvenait pas. Et ce constat faisait écho avec les paroles d'Alois. Il était possible que Potter lâche prise, qu'il se laisse aller… tout n'était pas perdu. Et pour peu, Drago reverrait bien ses projets.

Après tout, il n'était pas obligé d'aller étudier à l'autre bout du pays si Potter lui laissait une place dans sa vie… Il y avait d'autres écoles d'architecture dans les environs, qu'importe si celle de Glasgow était la plus réputée. Puis ils étaient des sorciers, bon sang ! Ils pouvaient voyager si aisément.

« C'est si grave ? » souffla Drago, la respiration rendue difficile par l'appréhension.

La pression devait être à son comble pour Potter, puisqu'il bascula sur le côté, se laissant lourdement retomber sur le matelas. Il ne s'éloigna pas pour autant, puisque leurs bras se touchaient et qu'il ne fit rien pour changer cela.

« Je ne sais pas… », admit-il. « Mais je sais que je ne suis pas prêt pour ça. J'ai deux forces contradictoires en moi. L'une d'elles veut t'avoir au plus près et ne plus te lâcher. L'autre est en panique et veut retrouver son pouvoir… son insensibilité. Et… j'ai besoin de retrouver mon calme pour trouver un équilibre, ce qui n'est pas possible si tu es là. »

Immédiatement après ses révélations, Drago sentit son cœur éclater : Potter le voulait, et pas uniquement dans une conception sexuelle.

Puis dans la seconde qui suivit, Drago encaissa. Voilà, il l'avait dit. Potter avait besoin d'espace, il en était arrivé à la même conclusion que Drago : il fallait qu'ils prennent leurs distances.

Drago ressentait également deux forces contradictoires : entre l'espoir et la conviction douloureuse que ce n'était pas encore gagné. Entre Potter et lui, ce n'était définitivement pas le bon moment.

De toute façon, s'il était honnête avec lui-même, il n'était pas certain d'avoir mérité ce bonheur. Il n'avait pas encore tout réglé, il suffisait de voir comment il était devenu l'ombre de lui-même depuis le début de la guerre. Azkaban avait forgé ses remparts, mais Potter était à l'intérieur du château depuis si longtemps, et il avait tout ramolli. Drago était enfermé en lui-même, abandonné à ses faiblesses. Il fallait que Potter sorte, pour que Drago puisse se reconstruire.

Il se faisait l'effet d'une girouette, à s'accrocher ainsi à la brise la plus rafraîchissante.

« Je voulais t'aider, tu sais… », continua Potter, la voix brisée, rappelant par la même occasion qu'il s'était dévoilé sans obtenir de réaction de la part de Drago.

Il se tourna vers lui, sa tête reposant sur l'oreiller. Potter le dévisageait, incertain, effrayé même.

« Je sais. »

« Mais je ne peux pas, je n'arriverais pas vu l'état dans lequel je suis… Tu me fais perdre la tête, Drago, je te promets », avoua-t-il, son vibrato au supplice.

Pour la deuxième fois en l'espace de quelques minutes, le cœur de Drago explosa. Tout son être criait « Toi aussi, tu me fais perdre la tête, si tu savais… », mais jamais ces mots ne pourraient franchir la barrière de ses lèvres.

« Je vais bientôt partir », lui dit-il à la place, comme pour rassurer un enfant... Potter ou lui-même, peut-être. « J'ai obtenu une aide financière et j'ai un rendez-vous mercredi pour discuter de l'éventualité d'une bourse d'études. »

Il vit Potter déglutir, douloureusement. Il perdait pied, c'était aussi explicite que s'il tombait réellement.

« Tu me diras si tu l'obtiens ? Et pour tes résultats d'ASPIC aussi… »

« Tu t'es porté garant de ma réinsertion, de toute façon, non ? Évidemment que je t'en aviserai. »

Potter sembla s'apaiser, bien que ses traits affichassent désormais une sorte de résignation. Il tendit la main vers son visage et, pour la seconde fois de la journée, caressa doucement sa joue.

« Ma porte te sera toujours ouverte, Drago. Même si tu veux juste prendre un café… je serai content de savoir que tout va bien pour toi. »

« T'es mélodramatique, en fait, Potter. Tu le sais ça ? » le charria Drago, la gorge serrée.

Au fond de lui, c'était le désordre. Potter avait besoin qu'il parte, son visage exprimait toute sa contradiction, son envie de le retenir. C'était tellement tentant de jouer avec ses failles pour obtenir ce qu'il voulait… Cependant, Drago avait conscience qu'au final, ça n'irait pas en sa faveur. Il fallait laisser du temps au temps. Il était probable qu'il n'en ait pas la force, non plus.

Somme toute, il était vraiment touché. Il avait à présent la certitude qu'il reviendrait se battre pour Potter, à sa manière. Si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait demain, dans un mois, dans un an… Il avait toute sa vie devant lui pour le conquérir.

« En attendant, si tu me montrais encore comment tu sais y faire avec tes mains ? » requerra-t-il avec douceur.

Ces mots résonnaient comme un au revoir. Que Potter l'ait cerné ou non, ses prunelles s'illuminèrent étrangement.

« Je vais te montrer ce que je peux te faire vibrer de l'intérieur sans même entrer en toi… », annonça-t-il, résolu, avant de fondre sur ses lèvres.

OoOoO

« Potter, ça fait déjà la quatrième fois que ton téléphone sonne. Je ne suis pas expert en objets moldus, mais ça me semble important », s'exprima-t-il d'une voix douce, teintée malgré tout d'un peu d'ironie.

Potter grommela quelque chose d'incompréhensible en resserrant sa prise dans son dos, le visage enfoui contre son torse.

Ils avaient littéralement passé l'après-midi au lit, entre baisers et caresses intimes, dans un silence presque tabou. Dans tous leurs gestes, il y avait des non-dits, des retenues inavouées, ce désir de s'éterniser comme si le lendemain n'existerait pas, incapables de s'arrêter en sachant que ce serait la dernière fois. Il n'y en avait vraiment pas un pour rattraper l'autre.

Et Potter n'avait pas menti. Il l'avait touché d'une façon que Drago n'aurait jamais crue possible. Ça ne lui serait même pas venu à l'esprit de se branler ainsi… ça vibrait à l'intérieur de lui, comme si Potter était en lui, la douleur en moins, les peurs envolées, sans une seule fois approcher le passage redouté. Cet endroit magique, ainsi mis sous pression, avait arraché des soupirs à peine audibles et avait intensifié son orgasme.

« J'ai la flemme de bouger et je ne sais pas où j'ai mis ma baguette », râla Potter, le ramenant au moment présent.

Drago releva la tête en direction de la table de chevet, où il avait déposé la sienne quand Potter avait décidé de le dépouiller de son pantalon. Il n'en était toujours pas redevenu le maître, mais il sentait qu'il pourrait l'utiliser, lui faire entendre raison pour les sorts les plus simples, mais il n'en avait pas encore eu le cran.

Son cœur se serra lorsqu'il repensa aux paroles du vieux fabricant, mais il les balaya rapidement. Il devrait s'y faire, sa baguette ne lui répondrait plus comme elle le faisait autrefois. Il y avait cru, mais la situation actuelle changeait tout… Pour autant, il n'imaginait pas une seule seconde la remplacer, le lien qui les unissait existait toujours, bien qu'altéré.

Il l'attrapa finalement, la glissant dans les mains de Potter, qui afficha un air interdit.

« Mmmh, merci. Accio téléphone portable », lança-t-il, avant de lui rendre sa baguette.

Quelques secondes plus tard, il tenait l'objet dans ses mains, vérifiant ses notifications.

« C'est Hermione », annonça-t-il, les sourcils froncés, avant d'appuyer sur une touche et d'appuyer l'appareil contre son oreille. « Hermione ? Qu'est-ce qu'il se passe ? (…) Si ça n'allait pas, je te l'aurais fait savoir, on a l'amulette, maintenant. (…) Hum. Hum. (…) Un courrier du Département de la Justice ? Un dimanche ? »

Ses sourcils se froncèrent davantage, avant de ses yeux s'exorbitent dans une expression d'horreur.

« Répète ça ?! » fit-il d'une voix blanche qui ne rassura pas Drago. « Merde… Je… Ouais, je vais aller lire ça… (…) Merci de t'en occuper, tu es géniale. (…) Oui, je sais. Je t'aime aussi, 'Mione. Je te tiens au courant. »

Avec plus de vivacité qu'il n'en avait fait preuve avant cet appel, Potter se libéra de son étreinte et fila, lui lançant au passage « Je reviens ».

Lorsqu'il revint, ce fut pourtant avec une lenteur démesurée. Dans l'encadrement de la porte de la chambre, complètement nu sans embarras aucun, il tenait un parchemin à la main. Il tremblait et, lorsqu'il releva la tête dans sa direction, Drago comprit que quelque chose de grave était arrivé.

Potter renifla, avant de venir le rejoindre sur le matelas. Il évitait obstinément tout contact visuel avec lui.

« Han Merlin, Drago, je ne sais pas comment je dois te dire ça… »

« Dis juste les choses telles qu'elles sont, alors. Il ne sert à rien de tourner autour du pot de chambre, ça sent la merde de toute façon. »

« C'est fleuri pour un Malefoy… »

« Par Salazar, Potter, crache le morceau. »

« C'est ta mère. »

Les mots le frappèrent en plein visage. Drago se figea. Il s'était attendu à tout, sauf à ce que cela concerne sa mère. Sa chère mère à laquelle il n'avait plus pensé depuis des semaines, tant la cohabitation avec Potter avait pris tout son temps et toute son énergie. Quel fils indigne il faisait !

« Il lui est arrivé quelque chose ? » fit-il, la voix tendue par l'appréhension.

Potter lui lança un regard larmoyant. Toute son impuissance débordait de ses yeux. Alors Drago comprit.

« Je suis désolé, Drago… »

« Non, non, non », refusa-t-il en se levant d'un bond.

Il secouait la tête, comme pour empêcher la réalité de l'atteindre. Mais il était trop tard, elle l'avait transpercé. Aussi sûrement que sous l'effet d'un Petrificus totalus, il était comme gelé à l'intérieur.

Il fallait qu'il parte d'ici.

Il s'affaira à retrouver ses vêtements dans le désordre qui régnait sur le sol de la chambre de Potter, se rhabilla et prit la direction de sa chambre pour embarquer le reste de ses maigres possessions.

En arrivant dans la cuisine, il se retrouva face à Potter, qui s'était revêtu à la va-vite, en attestait l'étiquette de son T-shirt.

« Où est-ce que tu comptes aller ? Hermione s'occupe de la paperasse et l'enterrement n'aura pas lieu avant la fin de la semaine. »

« N'importe où. Je ne pense pas que Londres manque d'hôtels. »

Potter le dévisagea longuement, avant de soupirer.

« Alors ça va se terminer comme ça. »

« Il est temps que je reprenne ma vie en main, Potter. Tôt ou tard, ça devait arriver », lâcha Drago d'une voix froide, presque hautaine.

Ses mauvaises habitudes remontaient facilement à la surface. Ce masque, il l'avait porté si longtemps qu'il s'agissait presque d'une seconde peau. Aujourd'hui, cependant, il était incapable de dire s'il cherchait à se protéger lui-même en se fermant à ses propres émotions, ou s'il voulait leur éviter encore des adieux qui n'en finissaient plus.

« Loin de moi ? »

Drago retint un soupir. Sans lui, sans sa détermination, ils en auraient assurément encore pour plusieurs heures.

« Loin de toi », confirma-t-il d'une voix froide, dénuée de tout sentiment.

Les iris de Potter vacillèrent. Drago sentait à présent la colère monter en lui, aussi congelée que ses émotions. Pas une seule fois il n'avait pensé à ce que lui ressentait et maintenant, il pleurnichait ! Mais il s'en voulait aussi, il avait laissé la situation s'éterniser, et il n'avait même pas eu une pensée pour la seule qui serait morte pour lui.

Qui était morte et peut-être à cause de lui, même. Que serait-il arrivé si Drago était resté avec elle plutôt que de rentrer au pays pour affronter la Justice ? Il ne le saurait jamais.

« Si tu as besoin de moi, je peux t'accompagner à l'enterrement… », suggéra Potter.

Cette fois-ci, Drago sentit la colère s'affranchir à travers toutes les cellules de son organisme. Mais là où elle était explosive pour l'un, elle était insidieuse et intériorisée chez lui. Elle implosait, détruisant tout sur son passage.

« Tu l'as dit toi-même, tu n'es pas en état de m'aider. Alors occupe-toi de ta petite personne et laisse-moi gérer ça. »

Potter resta immobile, ses pupilles fixes. Seule sa pomme d'Adam se mouva. Et derrière la barrière que formait sa cornée, Drago aurait pu jurer le voir chuter du haut de son balai, comme en troisième année, quand les Détraqueurs avaient envahi le terrain de Quidditch.

Mais Drago n'avait plus d'empathie ni de pitié, emmuré en lui-même, dans une pièce du château qu'il avait oubliée et que Potter ne connaissait pas. Il avait déjà tourné les talons et traversait à présent la distance qui le séparait de la porte d'entrée.

Lorsqu'il la referma derrière lui, il entendit distinctement un cri de rage, suivi d'un bruit de porcelaine qui casse. Il ferma les yeux, empêchant les émotions d'affluer. C'était pour un mieux. Il devrait s'en convaincre, même s'il avait déjà fait le plus difficile.

Dans la rue, les oiseaux chantaient le début du printemps, loin des pensées de Drago. Dans sa tête résonnaient les derniers mots qu'il avait entendus de la part de sa mère.

« Ne reste pas ici. Tu mérites bien mieux que cette vie de fuite. Fais des études. Trouve un bon travail. Une femme à aimer. Fonde une famille. Mais, s'il te plaît, mon chéri. Ne reste pas ici. »

Un Malefoy n'avait qu'une seule parole. Il reprit sa route.

OoOoO

Drago sentit les larmes couler sitôt la porte de sa chambre d'hôtel refermée. Granger venait de passer pour lui faire signer quelques papiers. Pour qu'il accepte que l'enterrement ait lieu dans l'enceinte d'Azkaban. Avait-il le choix, de toute façon ? Le Ministère leur avait tout pris. Il n'avait pas de quoi lui offrir une cérémonie digne de ce nom.

Granger l'avait regardé avec un mélange de méfiance et d'indulgence. Son regard avait été pénétrant, et Drago avait eu la certitude qu'elle savait.

Avant de partir, elle s'était retournée vers lui, pinçant sa lèvre inférieure entre ses dents. Elle avait attendu de longues secondes avant de se décider à lui parler, de sorcière à sorcier et non pas de Manitou à client.

« Mes condoléances, Malefoy. Sincèrement. »

Elle avait eu les pupilles tristes de celle qui aurait voulu faire quelque chose mais ne pouvait pas. Elle avait hésité à franchir le seuil.

« Comment va-t-il ? » lui avait-il demandé, malgré lui.

« Pas très bien. Mais je suppose que tu t'en doutes. »

Drago avait acquiescé. Pour autant, il ne s'inquiétait pas outre mesure pour lui. Potter était bien entouré, il avait pu le voir de ses propres yeux.

« Si tu me le permets, c'est à toi que j'enverrai les preuves de ma réinsertion. »

« Ça me paraît judicieux… Merci pour lui. »

En soupirant, il sortit une cigarette du paquet qu'il avait acheté dans une librairie, à côté de l'hôtel. Il était dans un quartier moldu, à l'abri des journalistes. Mais pas à l'abri de ses pensées.

À chaque bouffée, il espérait tout brûler à l'intérieur de lui. À la place, il pensait à Potter, aux cigarettes qu'ils partageaient tandis qu'ils rénovaient l'aile des Mangemorts ensemble. À la place, il pensait à sa mère, à cette femme merveilleuse qu'elle avait été et qu'il ne reverrait plus jamais.

Non, il ne pouvait pas concevoir sa disparition. Et encore moins dans de telles circonstances. Les autorités avaient conclu à un suicide, mais Drago n'en croyait pas un mot. Sa mère ne l'aurait jamais laissé ici, seul. Elle ne l'aurait pas abandonné, jamais.

Il espérait presque qu'elle frapperait à la porte de sa chambre d'hôtel. Qu'elle lui sourirait, en s'excusant pour la peine occasionnée. Évidemment qu'elle ne l'aurait jamais abandonné…

Drago soupira. Il se faisait du mal tout seul à nier la réalité. Mais il ne pouvait définitivement pas croire à un suicide. Granger lui avait dit qu'elle s'était suicidée avec des antidépresseurs… Il ne comprenait même pas comment elle avait pu s'en procurer. Et elle n'était certainement pas fragile au point d'avoir une prescription du médicomage d'Azkaban. C'était un mystère complet.

Ses raisonnements étaient sans issue. Dans tous les cas, il avait tout perdu. Son insouciance, depuis si longtemps déjà. Ses espoirs, bien que Potter ne soit pas passé loin de les réveiller définitivement. Puis il avait perdu sa mère. Il avait perdu Potter… Son seul objectif résidait à présent dans la promesse qu'il avait faite, pour suivre les dernières volontés de sa mère.

Son regard tomba sur sa Marque découverte. Il faudrait qu'il songe à la recouvrir, un jour. Il n'était pas question qu'il garde cette immondice sur son corps, pas quand elle représentait à elle seule la cause de tous les maux de sa mère. Si son père n'avait pas été se soumettre au Seigneur des Ténèbres, jamais il n'aurait à affronter la douleur qu'il vivait aujourd'hui.

Pire encore, elle avait été si forte durant toutes ces années et il l'avait lâchement abandonnée. Il n'aurait même pas l'occasion de l'embrasser une dernière fois.

OoOoO

« Bonjour, mon fils. »

Drago avait perçu sa présence avant d'entendre le son de ses pas. Son corps s'était aussitôt préparé à la rencontre, se métamorphosant comme s'il subissait les effets d'un sortilège de durcissement. Tout dans son attitude s'était brusquement modifié : il s'était redressé dans une posture droite et impénétrable, son visage était froid et inexpressif, tous ses gestes étaient pensés et maîtrisés.

Il ne lui répondit même pas.

« Tu as pris de mauvaises manières sous l'aile de Harry Potter. Tu ne fais même plus preuve de politesse envers ton vieux père. Déshonorant. »

Ainsi, il savait.

« Entre nous, celui qui déshonore le plus notre famille, ce n'est pas celui qui se trouve actuellement en liberté. »

Au son que fit Lucius, Drago sut sans le regarder qu'il se retenait d'une joute verbale plus offensive en public. Ils attendaient le Velapotentiaire qui, dans la tradition sorcière, était chargé de mener les pouvoirs du défunt de l'autre côté du voile au cours d'une cérémonie magique.

Ils n'étaient pas nombreux, le service funèbre d'Azkaban était réservé aux membres de la famille les plus proches. Autrement dit, à part la surveillance, il n'y avait que Lucius, Drago et une psychomage à leur disposition. Sa tante Andromeda avait été conviée, mais son état de santé ne lui permettait apparemment pas de se déplacer.

« J'en doute fortement. J'ai tout fait pour te détourner de tes… dispositions, mais rien n'y a fait. »

Drago se retint difficilement de lui faire face et de lui afficher ainsi l'horreur d'être démasqué par la seule personne qu'il méprisait réellement. Rien ne disait qu'il savait, il cherchait peut-être la corde sensible, comme il l'avait toujours fait. Mais Drago ne le laisserait pas gagner cette bataille. Son aversion profondément ancrée agissait comme un rempart contre la tentative d'invasion. Et Lucius qui le regardait avec malice, fier de sa surprise.

« C'était toujours Potter par-ci, Potter par-là. Comment crois-tu qu'un père pouvait être à ce point aveugle ? J'avais à cœur ton avenir, j'ai été abusé. »

Drago avait envie de vomir. Il jouait au père exemplaire, mais il n'était qu'un vicieux personnage. Seul le pouvoir l'avait toujours intéressé. Drago n'avait jamais compris ce que sa mère, si intelligente et digne, avait pu lui trouver.

« Ton attitude me déçoit énormément, fils. Ta mère aurait honte de toi. »

Drago serra les dents face à cette bassesse. Lucius ne reculait vraiment devant rien pour le faire vaciller et avoir la satisfaction de voir ses défenses trembler. Et le pire dans tout cela, c'était qu'il avait touché au but, Drago s'en voulait déjà suffisamment d'avoir été absent dans les derniers instants de sa mère.

D'une force que Drago n'expliqua pas lui-même, il parvint à s'enfermer en lui-même, si bien qu'il n'était plus vraiment là.

OoOoO

Drago tenait entre ses mains son premier sésame. Il venait de recevoir les résultats de ses ASPIC, auxquels il avait obtenu la mention générale Optimal. Il pourrait ainsi joindre son diplôme à sa demande de bourse et ainsi espérer être admis à l'école supérieure du Méridien dans l'œil, surnommée la Mid'O.

Étape par étape…


Alors que je relisais ce chapitre, je vérifiais parfois mon fil d'actualité FaceBook et je suis tombé sur cette citation : "Tout est en désordre. Les cheveux. Le lit. Les mots. La vie. Le cœur." Jack Kerouac. Je trouve que ça correspond bien à cette histoire.

Il reste encore un chapitre. Tout est encore possible. Ou pas. Comme je vous le disais, vous avez le droit de m'en vouloir, lâchez vos émotions en review.

Je garde mes larmoiements pour l'épilogue, dans une semaine et demi.

Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cai.