Bonjour mes amours ! C'est avec une certaine émotion que je vous publie ce trentième et dernier chapitre. C'en suivra l'épilogue et une note de fin, où je m'épancherai un peu plus.

Il fut un temps, un temps d'écriture où je connaissais par cœur les paroles de cette chanson, et où je me sentais détruit, à l'image de Harry.

Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.


Chapitre 30.

« It's like I have this sickness

Wearing me down (…)

.

What happened to the true

The love and the spark?

If you give me your soul

I will trade you my heart (…)

.

Tell me, am I dead?

Or something you can heal? »

The sickness, Imminence.

.

« C'est comme si j'avais cette maladie

Qui m'épuisait (…)

.

Qu'était-il arrivé à la vérité

À l'amour et à l'étincelle ?

Si tu me donnes ton âme

Je t'échange mon cœur (…)

.

Dis-moi, suis-je mort ?

Ou quelque chose que tu peux guérir ? »

La maladie, Imminence.


Harry ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis le départ de Drago. Tout ce dont il avait conscience, c'était que ses mains étaient recouvertes d'un liquide poisseux et que sa cuisine était devenue un vrai champ de bataille. Il était assis contre un meuble de sa cuisine, faisant face au carnage qu'il avait lui-même créé dans un accès de rage destructrice.

Autour de lui, il y avait des débris de porcelaine éparpillés en toute part, aux couleurs des assiettes qui occupaient autrefois ses armoires. Et Harry était aussi dévasté que ce que le paysage laissait paraître.

Il avait envie de hurler et en même temps, il se sentait vide, comme s'il avait déjà épuisé toute force vitale. Il revoyait les images tourner en boucle dans son esprit et il ne voulait toujours pas y croire : Drago tournait les talons, le visage figé dans une expression hautaine, puis la porte claquait et Harry perdait tout contrôle, tombant dans le vide.

Confronté aux reviviscences du souvenir, des sanglots le prirent à la gorge, si soudainement qu'il n'avait pas pu les prédire. Et les barrages cédèrent sous la force de son désespoir.

Il était dégoûté de lui, dégoûté de la réaction de Drago, dégoûté de ce monde de merde qui leur prenait des êtres chers, dégoûté de ce que la vie lui faisait vivre. Par la barbe de Merlin, lui qui se défendait de pouvoir un jour éprouver à nouveau des sentiments était tombé amoureux du seul qui n'en aurait jamais rien à caler de lui ! Drago avait clairement d'autres Fléreurs à fouetter qu'un pauvre sorcier en déperdition…

Harry ramena ses genoux à son torse, refermant ses bras par-dessus alors que les sanglots s'intensifiaient. Il sentait les coupures de ses paumes le piquer en frottant contre ses vêtements, et ce simple constat lui donna l'impression d'être des plus misérables. Voilà, il était capable de se rabaisser à ça pour un homme et ça n'avait rien de très excitant. Mais alors, vraiment rien…

Est-ce qu'il pouvait mourir ? Juste maintenant, tout de suite, et ne plus ressentir ce gouffre dans son thorax ? Il voulait que Drago revienne. Il savait qu'il ne pourrait pas gérer l'anxiété que ça créerait, mais il se disait que c'était presque préférable à ce qu'il ressentait à présent qu'il n'était plus là.

Drago aurait pu lui enfoncer un pic à glace dans le cœur que ça lui aurait fait le même effet. Ça faisait mal, bon sang ! Harry détestait ça, il détestait Drago de lui avoir causé cette blessure, il se détestait lui-même de s'être mis dans une telle situation.

C'était quoi, ce monde où il perdait ses proches ?! Merde quoi, après la guerre, on aurait pu l'épargner… À défaut, il aurait pu au moins tomber amoureux de Dean. Là, au moins, ça aurait été réciproque !

Harry pleura de plus belle, entre sanglots et rire étranglé. Il en était à marchander pour tomber amoureux de Dean ! Et de toute façon, il le conclurait avec qui, son pacte ? Le Diable ? Dracula ? Voldemort lui-même ? Personne n'était capable de faire ça, mais c'était incroyable qu'après tout ce qu'il avait traversé, Harry ait oublié qu'il avait lutté au nom de l'amour et non en faveur de la prise de pouvoir. Du pouvoir sur lui-même, mais tout de même.

Même avec Charlie, ce besoin de contrôler ses propres émotions n'avait pas été aussi fort. Son agression, ça avait été comme un rappel violent qu'on pouvait lui faire du mal en s'en prenant à ses proches, et c'était là qu'il avait décidé de tout arrêter… même si dans les faits, il n'y était pas vraiment parvenu. Il avait fait la même chose avec Ginny en fin de sixième année, pour que Voldemort ne s'en prenne pas à elle, pas encore. Il créait de la distance pour qu'on ne l'atteigne pas. Mais jamais ça n'avait atteint l'ampleur que ça avait aujourd'hui. Avec Drago, il n'avait pas pu empêcher l'invasion. Avec Drago, la porte s'était ouverte naturellement, et il avait réalisé seulement après. Il avait réalisé trop tard.

Merlin, comment avait-il pu laisser les choses aller aussi loin ? Maintenant qu'il se retrouvait seul, il n'arrivait pas à comprendre ce rapprochement entre son pire ennemi et lui. Comment Drago avait-il fait pour le toucher là où personne n'avait pu le faire auparavant ? Ça ne lui avait pas demandé le moindre effort. Il avait juste été l'insupportable Drago qu'il avait toujours été, à la différence près que ses failles avaient littéralement aspiré Harry, le piégeant malgré elles, malgré Drago. Ses failles, c'était le gouffre personnel d'Harry.

Non, Harry ne croyait pas que Drago avait joué avec lui. Il était persuadé de bien l'avoir cerné : il s'agissait d'un sorcier digne, qui cachait bien ses traumatismes. Ça ne signifiait pas pour autant qu'il ressentait la même chose que lui, ça signifiait surtout qu'Harry était entré là où il n'aurait jamais dû mettre un orteil… ou le bout de sa verge.

Par Godric, même dans le domaine sexuel, Harry ne s'était jamais comporté de cette façon-là avec quelqu'un d'autre. Il entendait encore Drago soupirer sous ses baisers et gémir sous ses caresses. Il voyait encore ses joues se colorer alors que la température grimpait, et ses lèvres s'entrouvrir à l'appel du plaisir. Il se rappelait également la première fois, où Drago avait tremblé comme une feuille pendant qu'Harry tentait de le pénétrer. Jamais aucun homme n'avait semblé si vulnérable dans ses bras… et Harry s'en était voulu d'avoir cédé. Dans tous les sens du terme. Parce que ce jour-là, quelque chose avait définitivement rompu en lui.

Dans le fond, il ne savait même pas si Drago avait déjà été un bottom ni ce qu'il avait vécu à Azkaban. En fait, il ne savait rien de ce qu'il avait connu, sinon qu'il avait cette image d'inaccessible, et qu'une fois dans l'intimité, son corps se relâchait totalement. Et c'était incroyablement perturbant.

Harry hoqueta en réalisant une fois de plus que c'était la vulnérabilité de Drago qui l'avait perdu. Il en avait assez de tous ces souvenirs qui se présentaient à lui comme des fantômes du passé. Il voulait oublier, tout oublier.

Se traînant jusqu'à son frigidaire en évitant un maximum de se couper à nouveau sur les éclats de porcelaine, Harry en ouvrit la porte et en avisa le contenu.

Forcément, il n'avait que de la bière. Il allait devoir s'en mettre une belle pour modifier son état de conscience.

OoOoO

Harry avait l'impression d'être sur un bateau, gagné par le mal de mer. Ou plus exactement, au fur et à mesure que son esprit lui revenait, il réalisait qu'il était allongé sur un matelas et qu'il avait la nausée. Mais ce n'était pas chez lui, il en était quasiment certain. Et quelqu'un lui tenait la main.

Alors que les battements de son cœur s'accéléraient en se demandant où il se trouvait, des sons lui parvinrent de plus en plus distinctement.

« Tu crois qu'il va bientôt se réveiller ? »

« Qu'est-ce que j'en sais ? Je suis manitou, pas médicomage ! »

« Non mais tu aurais pu, tu es suffisamment intelligente pour ça. »

Ron et Hermione. Harry sourit en reconnaissant les voix de ses amis, tout en se demandant si les autres étaient également présents. Hermione était probablement la personne qui lui tenait la main, à en juger par la proximité des sons qui lui parvenaient.

Enfin, dans l'absolu, il ne voyait de toute façon qui d'autre lui tiendrait la main.

« Regarde, il a souri ! » s'exclama Ron.

Harry ouvrit les yeux sur cette affirmation. Il dut battre plusieurs fois des paupières avant de s'habituer à la lumière. Il découvrit alors les regards posés sur lui. Il n'y avait qu'eux deux dans la pièce, et ils affichaient une expression de soulagement immense. Leurs mines tirées par la fatigue semblaient indiquer qu'ils n'avaient pas beaucoup dormi. Harry lui-même ne se sentait pas très bien. Outre la nausée, il avait mal à la tête et avait la bouche sèche, comme s'il s'était soûlé la veille. Cela lui paraissait pourtant fort peu probable que sa consommation d'alcool l'ait mené à Sainte Mangouste, il n'exagérait jamais au point de perdre connaissance.

Harry tenta de se souvenir du déroulement de sa soirée, mais seul son mal de tête se manifesta en s'empirant et il grimaça, avant d'abdiquer. Il obtiendrait probablement des réponses en temps voulu.

« Comment tu te sens, mon vieux ? » lui demanda Ron, alors qu'Hermione le dévisageait, les lèvres pincées.

« Pas très bien. Je me suis pris la cuite de ma vie ou quoi ?! » grommela-t-il.

Ron et Hermione échangèrent un regard, ce qui mit Harry mal à l'aise. Ils connaissaient la raison de sa présence ici, mais ils ne voulaient pas le lui dire. Harry sentit sa respiration devenir difficile il avait soudainement peur de savoir.

Embarrassé, Ron se leva et décréta en marmonnant qu'il allait prévenir les soigneurs de son réveil, et leurs amis au passage, qui attendaient dans la cafétéria de l'établissement. Harry se tourna vers Hermione, son dernier espoir. Il avait sa gorge serrée, la présence de la bande son entièreté lui indiquant qu'il s'était passé quelque chose de grave. Elle resserra sa prise autour de sa main.

« Tu ne te souviens vraiment pas des circonstances qui t'ont amené ici ? » lui demanda-t-elle d'une petite voix.

Ses iris renvoyaient tellement d'inquiétude qu'Harry se sentit coupable. Quoi qu'il ait fait, il lui causait de la peine. C'était bien la dernière chose qu'il voulait…

Il secoua la tête, ce qui accentua sa nausée. Il tenta d'humecter sa bouche avec sa salive, mais elle était décidément trop pâteuse. Il avisa le verre posé sur sa table de chevet.

« Tu veux un peu d'eau ? » lui proposa Hermione.

« Oui, merci. »

Elle se leva pour le lui remplir, avant de le lui tendre. Harry le vida d'un trait, puis le reposa.

« Alors ? Tu m'expliques ? »

Elle acquiesça avant de soupirer et de se lancer.

« Je t'ai trouvé inconscient chez toi. C'était un carnage, ton appart'… des débris de vaisselle partout… Du sang aussi… J'ai essayé de te réveiller, mais rien n'y a fait, pas même la douche forcée… alors… j'ai fait un transplanage d'urgence jusqu'ici… », commença-t-elle, la voix tremblante et les pupilles remplies de larmes. « Tu as immédiatement été admis en soins intensifs. On t'a administré un antidote pour les poisons les plus communs… Merlin, Harry ! Tu as mélangé de l'alcool avec des barbituriques ! Tu es inconscient ou quoi ?! »

Elle avait crié sur la fin, sa peur s'exprimant à travers ses mots. Et la réalité frappa Harry de plein fouet, comme si ses mots apportaient les souvenirs à la manière d'un Cognard sauvage.

Drago. Après six semaines de vie commune, Harry lui avait avoué qu'il ressentait plus qu'une attirance. Pire encore, que ce n'était pas que du désir sexuel, même s'il avait envie de lui, encore et encore, malgré les limites qu'il s'était lui-même imposées, malgré le fait qu'il savait que ce n'était pas une bonne idée. Et alors qu'il savait qu'il devait mettre fin à cette relation, ils avaient à nouveau couché ensemble… Puis il y avait eu l'annonce de la mort de Narcissa Black. Et Drago était parti comme il était venu, laissant Harry face à son désarroi.

Il avait enchaîné les bouteilles de bière, sans y trouver l'effet recherché. Alors, en désespoir de cause, il avait titubé jusqu'à l'armoire murale de sa salle de bain, où il avait avalé d'un trait une potion de sommeil. Après, c'était le trou noir.

Les sanglots le happèrent sans qu'Harry puisse les prévenir. Toute sa détresse refaisait surface en même temps que les souvenirs. Drago lui manquait… Il aurait voulu qu'il soit là, assis dans cette chambre et qu'il attende simplement qu'Harry rentre pour revenir vivre avec lui. Ou qu'il ouvre la porte de la chambre, avec un air inquiet à peine perceptible. Mais ça n'arriverait pas et Harry le savait pertinemment.

« Oh Harry ! » fit Hermione, sa voix se brisant.

Elle se rapprocha, le serrant contre elle. Harry se laissa aller, et ses pleurs redoublèrent d'intensité.

« Comment est-ce que tu as su ? » murmura-t-il après un moment, reniflant au passage.

« Parce que tu m'as appelée », répondit Hermione. « Tu as attrapé ton amulette et j'ai senti la mienne se réchauffer contre ma peau. J'ai transplané directement chez toi, je n'ai même pas pris la peine de prévenir Ron… Merlin, j'ai eu si peur… »

« Je ne m'en rappelle pas… », dit Harry, le cœur au bord des lèvres.

« Un élan de survie, j'imagine… Tu n'as pas essayé de tuer au moins, Harry ? Promets-le-moi… »

Harry déglutit.

« Je te le jure… C'était un accident. Je voulais juste oublier… Puis comme l'alcool a plutôt exacerbé mon anxiété, j'ai voulu dormir et… voilà… »

Hermione soupira longuement. Elle luttait avec difficulté contre les larmes.

« Il est parti, n'est-ce pas ? C'est pour cette raison que tu t'es mis dans cet état ? »

Harry acquiesça, incapable d'admettre la vérité à voix haute. Il ferma les yeux, se réfugiant dans l'odeur réconfortante de sa meilleure amie. C'était quelque chose de léger et d'énergique à la fois, à son image.

« Comment je fais pour toujours merder à ce point… », murmura-t-il alors à mi-voix.

« Je ne sais pas, Harry, je ne sais pas… Peut-être parce que tu ne suis pas ta tête, mais ton cœur… »

Harry soupira. Si Hermione le disait, elle avait probablement raison. Il n'était pas le cœur de pierre qu'il aurait voulu être, même si en cet instant, il aurait donné cher pour pouvoir l'affirmer, au moins encore une fois.

« Tu crois que je suis capable d'aimer vraiment, Hermione ? Genre… être en couple, donner la priorité à l'autre, faire des projets… », douta-t-il.

Hermione prit une grande inspiration.

« Tu es la personne la plus généreuse que je connaisse, Harry. Et il y a deux sens à ce mot. Le premier, c'est le sens commun, celui que tout le monde connaît », expliqua-t-elle. « Tu as le cœur sur la main, et tu as tendance à t'oublier au profit des autres. Mais il y a également un deuxième sens, plus ancien et plus utilisé à notre époque : tu es fier et tu as de l'honneur. Ce qui signifie que oui, tu es capable de tout donner pour quelqu'un, mais que tu auras tendance à conserver une image de vaillant combattant. Je te laisse deviner ce que ça peut causer comme difficultés… »

Harry se tut. Comme toujours, Hermione avait des mots qui sonnaient justes. Et ça ne le rassurait pas réellement. Il sentait la détresse le gagner à nouveau, comme la main d'un Détraqueur qu'il entraverait sa respiration en se refermant autour de sa gorge…

« Je ne pourrai jamais faire ça… »

Hermione resserra son étreinte autour de lui.

« Laisse-toi du temps. Aujourd'hui, tu apprends à te remettre d'une déception amoureuse. Demain, tu apprendras à aimer. Ne t'en demande pas trop d'un coup, même si je sais que tu es un fonceur. »

OoOoO

Harry avait rapidement quitté Sainte Mangouste. La rumeur courait qu'il avait été hospitalisé, mais heureusement pour lui, la véritable raison était ignorée des médias. Hermione s'en était occupée, prétextant un épuisement professionnel.

Au début, Harry avait protesté contre cette version des faits, préférant annoncer une chute ou un accident quelconque, mais Hermione avait su le convaincre : à savoir que s'il y avait une fuite, le prétexte se justifierait de lui-même. En effet, depuis deux semaines, il se trouvait sous potions anxiolytiques et antidépresseurs, et devait donc également être suivi par un médicomage psychiatre de manière mensuelle, afin de vérifier que son traitement lui convenait. Sous ordre de ce même médicomage, il avait été en congé maladie durant quelques jours, et avait occupé le canapé de Ron et d'Hermione, évitant ainsi de retourner trop rapidement dans son appartement vide.

Dans ce contexte, le départ de Drago était, d'ailleurs, une donnée à considérer deux fois plutôt qu'une. Et pour le coup, Hermione n'avait pas eu grand-chose à dire : Harry avait choisi de noyer le Strangulot dans le lac, même si ça signifiait s'assommer au passage. Aux journalistes curieux, il avait simplement annoncé que Drago Malefoy avançait dans sa réinsertion et que quitter son domicile était une étape prévisible et attendue. À lui-même, il se répétait qu'ils allaient être heureux, tous les deux, mais séparément. Du moins, c'était ce dont il essayait de se convaincre personnellement. L'avantage des potions était que ses émotions étaient anesthésiées, il ne devait pas se donner trop de mal.

Il avait littéralement anéanti toute émotion, au point de se penser dans le vide, dans le néant. Son esprit tournait en boucle à propos de ce départ prévisible, mais pas si attendu que cela. Harry espérait plutôt que la porte s'ouvrirait et qu'il reviendrait, lui rendant ce sentiment de vie dont il avait été dépossédé, comme si la mort de Narcissa Black n'avait été qu'un mauvais rêve. Comme si ses angoisses n'avaient jamais existé. Ou encore comme s'il n'avait jamais revu Drago à Azkaban, bien que cette version des faits lui donne encore davantage la sensation de sombrer dans le néant. Il était étrange de considérer qu'il voulait oublier, mais pas ne pas avoir vécu.

Hermione lui donnait des nouvelles de lui, somme toute. Par bribes, un peu comme si elle craignait que recevoir tout d'un coup l'achèverait. Elle l'avait informé de la décision de Drago de lui transmettre les preuves de son parcours à elle plutôt qu'à lui… et Harry avait répondu d'un hochement de tête absent. Elle lui avait aussi dit que l'enterrement avait été triste. Triste, parce que dépeuplé. Et Harry savait que Narcissa Black méritait mieux que cela. Il ne la connaissait pas, mais il n'oubliait pas qu'elle lui avait sauvé la vie cinq ans auparavant, et il avait le sentiment de lui devoir quelque chose.

Il lui avait donc rédigé un hommage public. C'était posthume mais, quelque part, Harry avait envie de croire que ça avait un intérêt. Et peut-être que c'était la moindre des choses, compte tenu de la cérémonie minable à laquelle elle avait eu droit.

Ce témoignage, Harry l'avait fait publier par le biais de Luna. Il tenait entre ses mains l'édition du 21 avril 2003 du Chicaneur, assis dans cette cuisine qui avait été le lieu de tant de moments partagés avec le fils de celle qui était à la une aujourd'hui.

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Narcissa Malefoy, née Black, cette héroïne ignorée

Nous voilà pratiquement cinq ans après la fin de la guerre et la chute du plus grand mage noir de tous les temps, nommons-le sans crainte : Voldemort. Nombreux sont les sorciers et sorcières connus pour lui avoir prêté allégeance et les familles Malefoy et Black en font bien évidemment partie. Nous pouvons être tentés de croire que chaque membre de ces familles est gangrené par le Mal, mais je l'avais déjà révélé solennellement et je le répète, je suis intimement persuadé que chacun d'entre nous est en réalité gris, plus ou moins clair ou foncé, mais jamais totalement blanc ou totalement noir. Narcissa Malefoy ne fait pas exception à cette vision que je me fais de l'humanité.

Je ne connaissais pas ses intentions et je ne les connaîtrai jamais, mais je sais, en revanche, que rien n'importait plus à cette femme que la survie de son fils, Drago Malefoy. Ce même fils, mineur au moment où il a rejoint nos rangs durant la bataille de Poudlard, et qui a pourtant été jugé au même titre que des Mangemorts adultes. Ce même fils pour lequel je me suis porté garant il y a presque deux mois. Peut-être savait-elle que je croirais en lui, puisqu'un certain deux mai 1998, elle m'a sauvé la vie, au péril de la sienne.

Cinq ans après la guerre, à peine deux semaines après son décès, il est temps pour moi de présenter mon mea culpa à cette sorcière qui n'a pas hésité à trahir son maître en lui faisant croire que j'étais mort, alors même qu'elle venait juste de s'entretenir avec moi sur l'état de santé son fils. Oui, vous l'avez bien lu : Narcissa Malefoy a trompé Voldemort et m'a ainsi permis de survivre et de le vaincre au moment où il s'y attendait le moins.

À ceux qui doutent encore sur la façon de considérer cette sorcière, je vous dirais ceci : je pense que l'on peut tous et toutes se reconnaître dans la réaction de Narcissa Malefoy. Quel parent, quel frère ou sœur, quel ami ou amie n'aurait pas fait tout son possible pour sauver l'un des leurs ? Nous pouvons individuellement affirmer que nous n'aurions pas rejoint les rangs du Mal pour cela, et j'admets que je ne l'aurais pas fait moi-même. Mais je ne sais pas quelles raisons l'ont menée à ce choix et pour la juger, il faudrait encore la connaître et pour la connaître, il aurait fallu apprendre à l'aimer. Nous ne pouvons pas affirmer la connaître, nous ne pouvons donc pas la jeter en dehors des frontières de l'humanité sur base de son nom, associé à celui de Voldemort.

Mon plus grand regret est d'avoir été absent au moment de son jugement. Elle méritait d'être reconnue pour ce qu'elle était : une héroïne, ni plus ni moins, pour le courage et la dignité et dont elle a fait preuve pour défier l'illustre Tom Jedusor. Je souhaite aujourd'hui que l'on se souvienne de ce qu'elle a apporté au monde sorcier, dans l'ombre et le mépris. En dépit de cette ombre et de ce mépris, pour être encore plus juste.

À Narcissa Malefoy, R.I.P.

Harry Potter.

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Harry enroula le magazine en soupirant. Il avait le sentiment d'avoir fait une bonne action. Il espérait que Drago serait d'accord avec les mots qu'il avait choisis. Il se rendait compte qu'aujourd'hui, il n'avait aucune idée de ce que Drago vivait. Pas seulement par rapport à la perte de sa mère, mais de manière générale. Il ne s'était jamais demandé comment il vivait leur relation, s'il avait lui aussi développé des sentiments, ou s'il avait voulu prendre ce qui venait et puis avait été dépassé par le cataclysme Harry, ou bien encore si tout ça lui était complètement égal.

La dernière option lui paraissait tellement peu vraisemblable, la deuxième déjà incroyable, alors la première… c'était du domaine de l'inimaginable. C'était difficile de savoir, avec Drago. Mais Harry gardait une petite flamme en lui, malmenée et vacillante mais bien présente, qui lui soufflait que Drago n'avait pas joué un rôle. Qu'il avait voulu partager tous ces moments-là, qu'importe la raison initiale. Ce n'était pas calculé.

Harry avait tout de même le sentiment d'avoir échoué de la plus lamentable des façons. Comme si en amour, les dés étaient prédestinés à former la combinaison de l'échec. Un peu comme dans la chanson On commence à s'quitter du moldu montréalais Éric Lapointe, Dès le premier regard / Il est déjà trop tard / Nos jours sont comptés / On finit toujours par se quitter.

Harry évacua ses pensées d'un mouvement de main évasif. Il avait suffisamment traîné avant de commencer sa journée de travail. Être le directeur n'était pas un motif suffisant pour faire sauter ses matinées en divaguant.

Du moins, pas de chez lui.

OoOoO

Harry avait donné rendez-vous à ses amis Chez Annette et Thierry en ce début de mois de mai. Les jours s'allongeaient de plus en plus, l'été pointait le bout de sa baguette. Il y avait peut-être même l'ombre d'une éclaircie pour Harry, si on en croyait le léger sourire qui flottait sur ses lèvres.

Bien que les circonstances ne soient pas des plus joyeuses, il avait une bonne nouvelle à leur annoncer. Il ne savait pas si c'était l'effet de son traitement, mais il semblait qu'il avait les sentiments un peu plus à fleur de peau pour le moment, comme si l'émotion procurée par la moindre petite chose était décuplée, et l'annonce à venir lui donnait les larmes aux yeux.

Alois et Seamus arrivèrent en premier, s'asseyant à leur banquette habituelle.

« Alors, Harry, on a quelque chose à fêter ? » lança gaiement le premier. « On sort le champagne ? »

Harry s'esclaffa.

« Non, merci, pas pour moi », répondit-il en soulevant son verre de jus de citrouille pour le lui montrer.

Son regard y disparut justement, un brin nostalgique de leurs soirées de débauche. L'alcool lui était totalement proscrit. Non seulement il ne pourrait probablement pas résister à une consommation excessive mais, surtout, la prise de psychotropes combinée augmenterait l'effet sédatif et les risques divers. Harry avait déjà probablement un peu trop risqué sa vie et sa santé autrefois, et sa conscience lui dictait aujourd'hui de nouvelles limites. Il sortait encore, un peu… mais sans alcool, et il n'avait plus l'envie de draguer, rentrant bredouille.

Il entendit vaguement ses deux amis commander, perdu à ses pensées. Ce fut Erwann qui l'en sortit, la douceur de ses traits apparaissant devant lui. Harry se leva et ils s'enlacèrent.

« Comment ça va ? Olivier ne te fait pas trop la misère depuis que j'ai décidé de quitter l'équipe ? »

« Non ça va », fit le plus jeune en haussant les épaules. « Il est persuadé que tu as quelque chose à te reprocher, au contraire… Tu nous manques, tu sais ? On préférerait que ce soit lui qui parte et que tu le remplaces, mais bon. »

Harry lui sourit, franchement surpris mais touché.

« C'est gentil. De toute façon, ça va être un peu compliqué de jouer, maintenant. Tu vas vite comprendre, j'attends que tout le monde soit là pour expliquer. »

Erwann acquiesça, patient, avant de profiter de l'attente pour commander un verre également. Entre temps, ce fut Émory qui arriva, suivi de près par Dean. Ils le saluèrent tous les deux, trépignant apparemment à l'idée d'en savoir davantage. Ce bouillonnement les amena tout droit vers le bar, où ils trinquèrent leurs bouteilles de Bièraubeurre. Harry nota que ces deux-là se rapprochaient de plus en plus, et c'était probablement lié au fait que quelques jours auparavant, le plus âgé des deux avait proposé au second d'emménager chez lui, dans l'optique de ne plus dépendre des permissions parentales.

Bientôt, ils furent tous là : Hermione et Ron se joignirent également à eux, ainsi que Ginny, à sa grande surprise.

« Bien », commença Harry lorsque tous furent installés. « Je crois que vous le savez tous, même si je ne l'ai peut-être pas dit explicitement à tout le monde, mais quand j'ai acheté mon appartement, j'ai aménagé une des chambres pour mon filleul, Teddy. »

Tous acquiescèrent, les uns enlacés, Dean le bras étendu sur le dossier comme s'il déployait sa virilité, Émory et Erwann souriants et attentifs, Hermione, Ron et Ginny affichant des expressions enthousiastes.

Assurément, les trois derniers étaient déjà au courant, Molly n'ayant pas manqué de transmettre le message. Leur discussion avait d'ailleurs témoigné de son pardon ; elle ne lui tenait pas rigueur d'avoir blessé les sentiments de son fils. Elle espérait simplement que tous les deux trouveraient leur bonheur, même si elle était triste de ne pas pouvoir le considérer comme son beau-fils.

« En principe, j'attendais que ma vie devienne un peu plus stable pour passer du temps avec lui, l'inviter à loger et… enfin, comme le dit Hermione, il ne faut pas attendre que l'environnement change de lui-même, il faut provoquer ce changement. Alors voilà, dès le weekend prochain, vous verrez une petite tête en ma compagnie. »

« Tu t'en occuperas très bien, Harry », lui certifia Alois, conscient de ses doutes.

« En plus, tu as plein de belles choses à lui apprendre », renchérit Émory. « J'en sais quelque chose, tu as été un formidable pédagogue avec moi. Et je ne parle même pas du fait qu'on a fait la révolution ensemble, tu es juste d'un naturel… instructif. Tu es généreux, compréhensif, sensible, mais aussi courageux et déterminé. En fait, t'es un modèle, tu feras un super parrain. »

Harry rougit sous les acclamations, les paroles de son ancien stagiaire provoquant son émoi. Il ressentait également une force nouvelle.

« C'est ce que je lui dis depuis toujours », confirma Hermione, en roulant des yeux. « Puis même si je n'approuve pas la prise de psychotropes, je ne peux que constater les effets bénéfiques que ça a sur toi. Tu te poses. Tu es en train de créer cet environnement stable pour un enfant. »

« Y'en a un qui est tombé amoureux en goûtant à ton biscuit ! » lança Dean, ignorant Hermione et charriant Émory.

« Mais n'importe quoi ! » se défendit ce dernier. « J'aurais pu dire la même chose avant. Mais je vais pas mettre sur le même rapport éducatif l'humain et le sexe. On parle d'une relation entre un adulte et un enfant, là. Il a quel âge, d'ailleurs ? »

« Cinq ans », répondit Harry, amusé par l'échange, bien que toujours aussi ému. « Merci pour vos mots, ça me touche. Je compte sur vous tous pour être ses super tatas ! »

Tous s'esclaffèrent, à l'exception de Ron qui maugréait dans sa barbe inexistante. Seamus s'en aperçut en lui lança une grande tape dans le dos.

« Oh t'en fais pas, Ron, je suis sûr qu'il ne se doutera jamais que tu es hétéro ! On ne le laissera pas prendre le mauvais exemple, t'en fais pas ! »

Les rires redoublèrent et même Hermione ne peut s'en empêcher, tant que l'euphorie était au rendez-vous. Il fallait admettre aussi que l'expression de Ron valait son pesant de Gallions.

Le regard de Harry se perdit au loin, au son de ses éclats de rire, ne voyant même pas la rue londonienne qui se dessinait devant lui. Il se disait que son existence trouvait enfin son équilibre ou, en tout cas, en prenait la direction, comme s'il avait fallu qu'il vive ces derniers mois en perte de repères pour se réajuster.

La vie était bien étrange, parfois. De toute façon, même avec un chemin droit et parfaitement éclairé, il n'était pas certain de pouvoir affirmer qu'il ne prendrait pas des sentiers insoupçonnés et impraticables. Après tout, il avait cette fâcheuse habitude à se mettre dans la merde.


C'est ici que se termine cette histoire, l'histoire de ma vie, en quelque sorte. Je ne vais pas épiloguer maintenant, puisque je vous publierai l'épilogue dimanche (héhé).

Je sais que cette fin vous rend triste, et en même temps que vous vous y attendiez. Je sais également que vous êtes des personnes réfléchies et que vous serez tous-tes content-e-s de souligner que Harry avance malgré tout, malgré ses difficultés.

Il avance, ça, je vous le promets. A dimanche. Flux énergétique de scarabée sur vous.