Le cœur de Pandora II

11. Gilbert le conteur.

Vincent cherchait son grand frère. Celui-ci lui avait dit qu'il viendrait le voir avant de dormir, mais n'était pas venu. Vincent ne lui en voulait pas : son grand frère pouvait être étourdi avec tout son travail. Alors il était à sa recherche.

Il avait cherché dans sa chambre, sans succès. Pareil du côté de la cuisine, de la bibliothèque et même du salon : aucune trace de son frère.

Vincent avait donc laissé tomber, du moins jusqu'à ce qu'il passe devant la chambre d'Oz Vessalius et entende :

— Hein ? Pourquoi ils fêtent un joyeux non-anniversaire ? c'est stupide comme idée !

— La ferme, stupide lapin ! Tu vas réveiller Oz ! et puis c'est un conte, bon sang.

Vincent s'arrêta et sourit. Son grand frère était vraiment trop gentil.

.

12. La demande du chapelier.

— Arg, encore raté !

Gilbert déposa rageusement l'œuf cassé qu'il tenait dans sa main droite et se hâta d'en prendre un autre pour tenter de le casser d'une seule main.

Hors de la cuisine, Alice demande à Oz :

— Qu'est-ce que la tête d'algue fabrique ?

— Il fait un gâteau pour Break.

Alice prit un air outré.

— Un gâteau pour le clown ? Pourquoi ?

— Eh bien, Gil s'inquiétait de l'état de Break et celui-ci en a profité pour le culpabiliser et lui demander de faire un gâteau...

Ah, que Gilbert était facile à manipuler.

Il fallut toutes les peines du monde pour empêcher Vincent de découper le chapelier, énervé que son grand frère ait été ainsi manipulé et ce pendant que Break savourait sa victoire en dégustant son gâteau.

.

13. Les réflexions philosophiques d'Oz.

— Gil ? Alice ?

— Oui, Oz ?

— Vous savez ce que c'est, le temps ?

Gilbert et Alice, qui étaient couchés sur l'herbe avec lui, se redressèrent et le regardèrent avec de grands yeux.

— Pourquoi poses-tu cette question ? demanda Gilbert.

— Regarder les nuages m'a fait penser à ça.

Alice plissa les yeux, la tête levée vers le ciel.

— Moi ça me fait penser à rien, déclara-t-elle franchement. Sauf de la viande, peut-être.

— Tu penses toujours à la viande... fit remarquer Gilbert.

— Et toi Gil ? demanda Oz. À quoi cela te fait penser ?

— Euh...

Gilbert frissonna avant de marmonner :

— Des chats...

— Pauvre Gil ! Même l'univers semble vouloir te malmener avec ta phobie des chats, ha, ha...

Une question vient à l'esprit d'Oz.

— Au fait, d'après vous, c'est quoi l'univers ?

.

14. Une poupée particulière.

Cela, peu de gens le savait. Bon, en fait, personne sauf Vincent n'en avait connaissance et c'était très bien comme ça. Personne ne devait savoir que Vincent possédait une poupée à l'effigie de son grand-frère qu'il chérissait tant. S'il y avait une chose qu'il tenait à garder secret – en plus de son plan pour effacer toute trace de son existence – c'était bien ça.

Du moins jusqu'à ce qu'un jour Gilbert débarque précipitamment dans sa chambre, s'écriant :

— Vince, je... !

Il s'arrêta lorsqu'il vit, dans les bras de son petit frère, une poupée lui ressemblant trait pour trait. Il se mit à rougir, mal à l'aise.

— Je... enfin... j-je vais repasser.

Vincent regarda son frère partir, avant de fixer sa poupée. Il sourit.

— Grand frère est étrange, pas vrai ?

.

15. Miaou !

Lorsqu'il entra dans le salon, Elliot fut surpris de voir son grand frère adoptif debout sur la table basse, scrutant les alentours alors qu'il claquait des dents.

— Gilbert ? Qu'est-ce qui te prend ?

— E-Elliot ! s'exclama Gilbert en le regardant comme s'il venait le sauver. A-aide moi ! Fais sortir ce monstre !

Elliot regarda le salon, perplexe.

— Quel monstre ?

— Miaou.

Il baissa les yeux. Un petit chat – très mignon de son avis, même s'il ne l'avouerait jamais à haute voix – s'approchait de lui, pendant que Gilbert bondit et courut se cacher derrière le canapé.

— I-il est là !

Elliot cligna des yeux. C'était ça, le monstre de Gilbert ?

.

16. Recueillement.

Lorsqu'il arriva au cimetière, Gilbert fut surpris d'y voir Vincent.

— Ah, grand frère, salua Vincent en souriant.

— Vince. Je ne m'attendais pas à te voir, dit Gilbert avec franchise.

Vincent rit doucement, d'un air mélancolique.

— Oh, tu me blesses grand-frère, dit-il d'un ton taquin. Je ne suis pas sans cœur, tu sais ? Même si nous n'étions pas proches, je l'aimais bien.

Gilbert devait admettre qu'il ne s'y attendait pas. Sauf qu'avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, une voix retentie.

— Gilbert et Vincent. Vous êtes venus ?

Leo venait vers eux. Sa présence ne les étonna pas.

— Bien sûr que nous sommes venus, dit doucement Gilbert. Même si nous ne partagions pas le même sang, c'était notre petit frère.

Leo se contenta d'hocher la tête, alors qu'il regarda la tombe devant eux.

La tombe d'Elliot Nightray.

.

17. Un dernier effort.

Vincent se sentait mourir. Sauf que cette fois, il ne voulait pas mourir. Il désirait vivre, continuer d'être aux côtés de son grand frère. Pourtant, il n'en pouvait plus. Il faisait déjà un effort surhumain pour marcher jusqu'à la tombe de Lacie, où il ne put s'empêcher de sourire en voyant Gilbert, à l'ombre de l'arbre.

Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus. Gilbert allait le réprimander pour cela, à coup sûr. Sauf que Vincent ne se sentait pas coupable pour sa si longue absence. Derrière lui, il avait ramené avec lui ceux comptaient le plus pour son frère. Alors, cette absence, il ne la regrettait pas. Cette surprise plairait à Gilbert, et c'était la dernière qu'il allait lui faire, avant de partir.

Maintenant, il ne lui restait qu'un dernier petit effort pour aller faire ses adieux à son grand frère.

.

18. Une vieille amie.

Lors sa vie prit fin, Gilbert Nightray mourut le sourire aux lèvres, et accueillit la mort comme une vieille amie.

Il avait souvent entendu dire qu'à la mort, nos proches venaient nous chercher. Il ne pensait pas que c'était vrai et ignorait qui pourrait bien l'attendre pour le conduire vers l'au-delà.

Deux personnes furent là. Vincent et Break.

— Tu as pris ton temps, taquina Break, avec un sourire malicieux. Même le rat d'égout a été plus rapide que toi.

— Tu m'as menti, grand frère, dit Vincent le sourire aux lèvres, ignorant le chapelier. Tu as pris ton temps pour me rejoindre.

Ils avaient tous les deux pourquoi il avait mis tant de temps. Cette raison portait deux noms : Oz et Alice, qu'il avait laissés chez les vivants.

Une main se posa sur son épaule et il fut accueilli par le sourire éclatant d'oncle Oscar.

— Te voilà finalement, Gil !

Gilbert se sentit trembler d'émotions et sourit. Aux côtés de Break, d'oncle Oscar et de Vincent, il se dirigea vers le bout du tunnel.

.

19. Un amer sacrifice.

Vincent sourit alors qu'il regarda Ada Vessalius. Elle avait changé de nom depuis, mais il ne s'était pas renseigné sur son nouveau nom. Pour lui, elle resterait toujours Ada Vessalius, celle qui lui avait permis d'accepter qu'il pouvait vivre.

Sauf qu'il était un Baskerville et, de plus, il était un être égoïste : il ne voulait plus souffrir en s'attachant à quelqu'un et voir cet être cher disparaitre. Ainsi, Ada Vessalius devait oublier son existence : elle s'éloignerait de lui, et lui finirait par apaiser la douleur dans son cœur.

La voir mariée et heureux avec un autre suffisait à Vincent pour confirmer qu'il avait fait le bon choix.

De toute manière, Vincent n'avait jamais été chanceux en amour.

.

20. Bataille.

Il y avait un étrange vacarme dans le manoir, ce qui attira l'attention d'Oz, Alice et Gilbert. Ils se dirigèrent vers l'origine du capharnaüm et ouvrirent doucement la porte.

— Je vais te tailler en miettes, chapelier !

— Pas si je m'occupe de ton cas le premier, rat d'égout !

Des tasses en porcelaines et des paires de ciseaux volaient dans la pièce. Break et Vincent étaient en train de se battre comme des chiffonniers.

Gilbert referma doucement la porte.

— Je crois qu'il vaut mieux ne pas entrer.

Ils reviendraient plus tard, pour voir lequel serait mort dans cette bataille des plus étranges.


Voilà ! J'ai écrit cette dizaine de drabbles dans un temps record (comment ça, c'est rapide à écrire, des drabbles ?) et j'en suis assez contente. Ah, et pour les acharnés (ou du moins les Potterhead beaucoup trop passionnés... comme moi), vous aurez peut-être reconnu la référence aux contes de Beedle le Barde dans le drabble dix-huit.