Le lundi matin de sa deuxième semaine commença en tous points comme le premier jour de l'année. Avant le début du cours, les groupes des deux maisons se tenaient le plus loin possible l'un de l'autre, comme s'il était dangereux pour eux de se rapprocher. Quand l'échelle argentée fit son apparition, à l'heure pile, les rouge et or furent les premiers à l'escalader et à disparaître par la trappe circulaire. Vega attendait avec trépidation son tour, montant à toute vitesse après Joffrey. Le garçon se dirigea tout de suite vers sa gauche et les tables qui seraient pour toute l'année celles des Serpentard.
Vega, elle, hésita avant de le suivre. Elle voyait Richard qui lui indiquait un pouf libre à ses côtés, mais avant de s'y diriger, elle jeta un coup d'œil du côté des Gryffondor. Ils étaient déjà installés, chacun des binômes à sa table du lundi précédent, mais elle ne voyait pas…
Puis elle remarqua Rionach, assise en plein centre de la salle. La jeune fille ne regardait pas du côté de l'entrée, occupée à fouiller dans son sac pour en sortir ses plumes et son encre, mais Vega sourit et se dirigea vers elle. Elle ne regarda pas vers les Serpentard avant de faire son choix, et ne vit donc pas la déception sur le visage de Richard.
— Passé une bonne semaine ? demanda Vega en laissant tomber son sac à côté de la table.
— Super, répondit Rionach en lui souriant. J'ai fait plein de super rêves.
— Tant mieux, les miens étaient un peu ennuyeux.
Les deux filles rigolèrent en ouvrant leurs manuels, puis s'installèrent pour un nouveau cours de divination qui s'annonçait bien divertissant.
Deux semaines plus tard, un beau dimanche matin ensoleillé, Vega, Astoria et Grace se trouvaient sur le terrain de Quidditch. Vega avait dans son sac son manuel d'histoire de la magie, histoire de pouvoir s'occuper, alors que ses deux amies avaient descendu leurs balais du dortoir. Grace les avait surprises, la veille, en leur annonçant que finalement elle avait décidé de se joindre aux essais pour la position d'attrapeuse.
— Oh, zut, mais à quoi j'ai pensé ? disait Tory, le teint un peu verdâtre.
— Mais tais-toi, tu vas être géniale, lui dit Vega et la serrant dans ses bras, avant de se tourner vers Grace. Et toi aussi.
Quand un coup de sifflet se fit entendre, Vega adressa un dernier signe de la main à ses amies et monta dans les gradins, cherchant un coin d'où elle verrait bien. Quelques autres élèves étaient installés autour d'elle – surtout des amis de ceux qui faisaient les essais, comme elle – et, dans les gradins d'en face, la nouvelle équipe de Poufsouffle qui avait été formée la veille. Au centre du terrain, Matthew Urquhart, le nouveau capitaine de l'équipe, se tenait face à la petite quinzaine d'élèves pleins d'espoir. Il s'agissait majoritairement de garçons, tous assez grands et musclés. Grace, Astoria, et une autre blonde que Vega savait être une cinquième année étaient les seules représentantes de la gent féminine.
— On va commencer par les poursuiveurs, puis le gardien. Il faut seulement deux poursuiveurs, puisque je prendrai bien évidemment la troisième position…
Vega soupira. Bien sûr, ils commençaient par les deux positions qui ne l'intéressaient pas du tout. Dire qu'elle aurait pu dormir une heure de plus…
Pendant que les aspirants poursuiveurs s'alignaient devant le capitaine, Vega sortit de son sac son manuel d'histoire. Elle avait découvert dès sa première année que les lectures des chapitres qui leur étaient assignés étaient bien plus intéressantes que les cours soporifiques de Binns. Elle avait même commencé à lire les textes avant les cours qui porteraient sur ceux-ci, et s'était découvert un grand intérêt pour l'histoire magique. Même si elle ne l'avait jamais avoué à ses amis de Serpentard, qui trouveraient une telle ambition indigne d'une sorcière au sang pur comme elle, elle avait de plus en plus envie de poursuivre des études supérieures en histoire. Peut-être même de devenir enseignante et de prendre la place du fantôme. Merlin savait qu'elle n'aurait pas grand effort à déployer pour que ses cours soient plus intéressants.
Elle en était à la moitié du chapitre sur les très intéressantes guerres de géants quand, sur le terrain à ses pieds, Urquhart appela les aspirants batteurs. Vega vit que le terrain s'était vidé depuis le début des essais. Ne restaient plus que Tory et deux garçons, qui s'avançaient vers le capitaine, et Grace et leur camarade de classe Alex Harper, les deux aspirants attrapeurs.
Pendant qu'Urquhart donnait ses instructions, Tory se tourna vers les gradins et envoya un sourire incertain à son amie. Vega lui fit un signe de la main, des papillons dans l'estomac. La blonde avait l'air minuscule entre les deux gorilles qui la flanquaient. Elle n'avait aucune chance.
— J'ai créé un parcours à obstacles, dit Urquhart en esquissant un geste de sa baguette.
Une douzaine de sacs de sable se mirent à léviter, se plaçant à différentes positions dans le stade, certains tout près du sol et d'autres plus haut que le plus haut des anneaux. Ils émettaient tous une faible lueur rouge.
— Vous irez tour à tour. Un Cognard sera libéré, et les deux d'entre vous qui toucherez les douze sacs en le moins de temps deviendrez nos nouveaux batteurs.
Vega sourit. Un test d'adresse en non de force ; peut-être jouerait-ce en la faveur d'Astoria, finalement.
Le jeune homme blond fut le premier à se lancer. Vega le suivait des yeux, impressionnée. Il frappait de toutes ses forces, sa batte faisant un « crac ! » qui résonnait dans tout le stade quand il percutait le Cognard et, la plupart du temps, celui-ci touchait sa cible. Les sacs de sable devenaient verts quand ils étaient touchés – un ensorcellement impressionnant qui n'aurait certainement pas été à la portée de Flint, leur dernier capitaine –, et les douze sacs avaient changé de couleur à peine trois minutes après le début du test. Le batteur se reposa au sol, et Urquhart attrapa facilement le Cognard et le remit dans sa boîte. Il remercia le garçon d'un geste de la tête, puis indiqua à Astoria de s'avancer.
Même de sa hauteur, Vega voyait les airs moqueurs sur les visages des autres aspirants batteurs, même sur celui du capitaine. C'est pas parce que c'est une fille qu'elle ne peut pas être batteuse, se dit Vega, énervée. Les Harpies de Holyhead avaient bien deux femmes qui se débrouillaient très bien avec une batte ! Ils allaient voir ce qu'ils allaient voir…
Malheureusement, Tory connut un mauvais départ, frappant le Cognard de toutes ses forces, mais ne l'envoyant même pas à mi-chemin du sac qu'elle visait avant qu'il ne fasse demi-tour. Le groupe derrière elle, comprenant deux poursuiveurs qui avaient été recalés, se mit à rigoler, et Vega se tourna pour les foudroyer du regard.
La blonde mit plus d'une minute à trapper son premier sac de sable, mais quand elle atteignit les deux suivants à la suite l'un de l'autre, Vega retrouva espoir, se disant que tout n'était peut-être pas perdu. Mais quand le Cognard vira derrière un sac et se dirigea droit vers le visage d'Astoria, la jeune fille sembla rester figée sur son balai. Finalement, juste avant de se faire percuter, elle hurla et se jeta en bas de son balai.
— TORY ! cria Vega en se levant, ignorant les éclats de rire derrière elle.
Sur le terrain, Grace se précipitait vers son amie, qui était déjà en train de se relever, frottant les taches vertes sur ses pantalons. Urquhart se débattait avec le Cognard, et ne répondit que d'un grognement quand Astoria lui demanda si elle pouvait quitter le terrain. Boitillant et s'appuyant sur l'épaule de Grace, elle se rendit jusqu'aux vestiaires.
Gardant un œil sur la porte des vestiaires, prête à s'y précipiter au moindre signe de ses amies, Vega se rassit au bout de son siège. Elle surveillait d'un œil l'essai du troisième aspirant batteur, et quand celui-ci projeta un Cognard tellement fort que le sac qu'il frappa explosa, projetant du sable aux quatre coins du stade, elle se dit que Tory ne serait assurément pas prise. Elle se leva alors, pensant descendre rejoindre ses amies, mais la porte des vestiaires s'ouvrit avant qu'elle n'atteigne les escaliers. Grace retourna au trot vers le terrain où Harper l'attendait avec son balai, et Tory se tourna vers les gradins. L'essai du dernier batteur venait de tirer à sa fin, et Urquhart l'avait accueilli, à son retour au sol, d'une chaleureuse poignée de main. Il ne semblait même plus penser à la jeune Greengrass.
Une trentaine de secondes plus tard, Astoria apparut au sommet des escaliers, portant toujours sa robe de Quidditch. Le groupe derrière Vega l'accueillit avec des rires et des sifflements, et elle passa un bras autour des épaules de son amie quand celle-ci s'assit à côté d'elle.
— Ignore-les, c'est des cons de toute façon.
Tory haussa les épaules d'un air qu'elle voulait désinvolte, mais Vega voyait bien que ses joues étaient un peu plus roses qu'à leur habitude.
— Au moins j'aurai essayé, dit-elle.
Vega la serra contre elle, puis les deux filles se concentrèrent sur l'essai qui se déroulait devant elle. Urquhart venait de sortir une bassine remplie de ce qui devait être près d'une centaine de petites boules dorées. Il donna un coup de baguette en leur direction et elles s'envolèrent dans toutes les directions, volant frénétiquement dans les quatre coins du stade, ressemblant en tous points à des Vifs d'or, l'absence d'ailes mise à part.
— C'est très simple. Dès que vous en attrapez une, elle arrête de bouger, et vous revenez la déposer dans votre panier – il indiqua les deux paniers posés à ses pieds. Une fois que tout est attrapé, celui qui en a le plus à son nom devient attrapeur de réserve.
Urquhart se recula de quelques pas, et Grace et Harper enfourchèrent leurs balais. Quand le sifflet du capitaine retentit, ils s'élancèrent dans deux directions différentes.
Grace allait tellement vite que Vega avait du mal à la suivre des yeux. Sa longue tresse noire flottait dans son dos alors qu'elle traversait le stade à toute vitesse, poursuivant une balle, ou descendait en piqué pour déposer ses dernières captures dans son panier. À ses côtés, Tory applaudissait en riant, sa propre déception oubliée.
— Trop bien, on va avoir une amie dans l'équipe ! Tu crois qu'elle voudra me présenter à Drago ?
Le groupe d'élèves derrière elles avait fini par se taire. Vega se tourna vers eux et les vit, tous l'air un peu abasourdi, admirer son amie voler de droite à gauche, semblant attraper les petites boules qui tentaient de lui échapper avec toute la facilité du monde.
Quand le dernier faux vif d'or fut attrapé – par Harper, même si Vega se doutait que Grace lui avait laissé par gentillesse –, les deux élèves de quatrième année redescendirent au sol. Urquhart était en train de faire le décompte des balles contenues dans les deux paniers, mais ce n'était qu'une formalité : celui de Grace débordait de boules dorées, alors que celui de Harper n'était qu'à moitié rempli.
Quand le capitaine se redressant, tendant la main à Grace, Tory et Vega se levèrent en criant et en applaudissant. Elles n'attendirent pas avant de descendre à la course vers le terrain, interceptant leur amie en chemin vers le vestiaire et lui sautant dans les bras, criant leurs félicitations.
— Je savais que tu serais prise ! s'exclama Tory. Tu étais super, Harper n'avait aucune chance !
Grace haussa une épaule, avec à peine un petit sourire satisfait sur les lèvres.
— Je ne sais même pas si j'aurai l'occasion de jouer cette année. J'imagine que Drago ne ratera pas beaucoup de matchs.
Pendant que Grace se changeait, et pendant qu'elles remontaient ensuite vers le château, Vega et Tory ne cessèrent de parler. Même le désintérêt habituel de Vega pour le Quidditch semblait avoir disparu maintenant qu'une de ses meilleures amies se joignait à l'équipe.
De retour dans les cachots, elles se préparaient à fêter toute la nuit – au diable leurs devoirs – mais la première chose qu'elles entendirent quand le mur pivota fut un hurlement d'une voix qu'elles connaissaient bien.
— QUOI ?!
Reconnaissant la voix de son frère, Grace se précipita dans la salle commune, suivie de près des deux autres filles. Au pied des escaliers, Theodore se tenait face à Urquhart, le visage rouge de rage. Il ne leva même pas les yeux quand le trio entra, semblant ignorer que sa sœur se trouvait non loin.
— Qu'est-ce que tu veux dire, MA SŒUR est la nouvelle attrapeuse de Serpentard ?!
— Attrapeuse de réserve, reprit Urquhart d'une voix faible. Elle a passé les essais ce matin et elle était de loin la meilleure…
— Hors de question, trancha Theodore. Elle n'aura pas ma permission de se joindre à l'équipe, pas pendant que je suis toujours à Poudlard.
— Mais Theo –
— Dans une équipe avec sept garçons, la seule fille ? Tu la prends pour quoi ? Je ne vous laisserai pas traîner le nom de Nott dans la boue. Tu devais avoir d'autres candidats pour le poste, choisis l'un de ceux-là. Grace ne sera pas attrapeuse, point final.
Bouche bée, Vega regardait la confrontation entre les deux garçons plus âgés. Semblant se dégonfler, Urquhart se tourna vers elles avec une grimace avant de faire demi-tour et de se diriger vers les dortoirs des garçons – sans doute pour annoncer Harper que le poste était à lui, finalement.
— THEODORE NOTT !
Vega sursauta. Grace, l'air absolument furieux, dévala les escaliers et se posta devant son frère. Elle faisait une bonne tête de moins que lui, mais son menton était raide et ses cheveux emmêlés par le vent semblaient crépiter. Vega ne l'avait jamais trouvée si menaçante, mais Theodore ne bougea pas d'un poil, gardant les bras croisés sur sa poitrine et fixant son regard dans celui de sa sœur.
— De quel droit te permets-tu de décider de ce que j'ai le droit de faire ?
— Depuis que papa est parti, c'est à moi de te protéger, et –
— Papa ! Papa serait fier de moi !
— Il ne serait pas fier de te savoir seule avec sept garçons, à faire Merlin sait quoi dans les vestiaires après les matchs.
— Tu me prends pour une traînée ?! Tu es dégoûtant, Theodore. Dégoûtant !
Les larmes aux yeux, Grace partit à la course vers son dortoir, bousculant son frère au passage. Celui-ci fit volte-face, semblant se préparer à la suivre, mais constata à cet instant que le silence était retombé sur la salle commune et que tous les yeux étaient tournés vers lui. Alors il grogna et disparut vers son propre dortoir.
Vega et Tory s'échangèrent un regard inquiet et se précipitèrent à leur tour vers leur chambre. Leur amie était affalée sur son lit et ses sanglots résonnaient jusque dans le couloir. Elles fermèrent doucement la porte derrière elles puis se rendirent au lit, s'asseyant chacune d'un côté de Grace. Tory lui prit une main, et Vega posa la sienne dans son dos, frottant en un mouvement circulaire, comme le faisait sa mère quand elle était malheureuse.
Elles ne pouvaient rien faire d'autre. Juste être présentes pour leur amie. C'était déjà suffisant.
